[ed-logo id=’7324′]

Latest Posts

La campagne de 1809 – Abensberg

L’autre Iéna

 

Ordre de bataille françaisOrdre de bataille autrichien

Positions de l’armée alliée le soir du 19 avril.

Les 1e et 2e divisions bavaroises ont passé la nuit derrière l’Abens, la 3e devant Abensberg, c’est-à-dire là où les avaient conduites leur marche avant les premiers combats.

Lefebvre, qui n’a aucune nouvelle de Davout, s’est, après le violent orage de l’après-midi du 19, avancé avec la cavalerie des 1e et 2e divisions sur la route d’Abbach[i], jusqu’à ce qu’il aperçoive les feux des divisions Gudin et Saint-Sulpice.

La cavalerie lourde de Nansouty s’est avancée entre Neustadt et Vohburg, où se trouve également la division de réserve Demont.

Les Wurtembergeois sont à Vohburg, où le pont a été consolidé et le passage des bagages rendu possible ; des patrouilles sont envoyées vers Reichertshofen et plus loin que Gersenfeld, faisant la liaison avec le cops d’Oudinot. Le général Vandamme avait reçu, vers 16 h, le 19, l’ordre de soutenir les Bavarois sur l’Abens. Alors qu’il est en route, le général Mouton, venant de Siegenburg, l’informe que la division Wrede n’a rien à craindre. Il fait donc bivouaquer ses troupes à Mühlhausen, Forstdurnbuch et Neustadt (où s’établit son quartier-général). Un bataillon est laissé à Ingolstadt.

 

La maréchal Jean Lannes
La maréchal Jean Lannes

Le général Oudinot n’est pas allé, le 19, plus loin que Pfaffenhofen. La division Tharreau et les 7e et 20e chasseurs à cheval (Colbert) sont le soir sur la route de Geisenfeld, la division Claparède (avec Oudinot), le 9e hussards et les dragons légers badois, sur la route qui, par Paunzhausen et Allershausen, mène à Freising. Les cuirassiers Espagne bivouaquent, ce même soir, à Scheyern, à l’ouest de Pfaffenhofen.

La division Legrand était arrivée à Pfaffenhofen vers 14 h, y les troupes de Carra Saint-Cyr, de Molitor et la cavalerie légère de Marulaz. Les chevaux légers hessois sont les derniers à arriver et il semble que Boudet soit arrivé dans la nuit.

Masséna, à Pfaffenhofen, attend les ordres de l’empereur.

Napoléon apprend la situation

Celui-ci, dans l’après-midi du 19, était parti d’Ingolstadt. A Neustadt, il rencontre le colonel Galbois, qui l’informe de la fin des combats à Teugen et Hausen. Napoléon apprend ainsi que le 3e corps de Davout a conservé le champ de bataille, que deux de ses divisions sont intactes, à Reißing, et que l’ennemi semble être au nombre de 80.000 hommes !

L’empereur, continuant sa route, est, en fin d’après-midi, à Vohburg[ii], où son quartier-général s’installe.

Le 20, l’Empereur arrivait à Vohburg, où il apprit que les corps des archiducs Charles et Louis, du général Hiller, des princes de Liechtenstein, de Hohenzollern et de Rosenberg, formant soixante à quatre-vingt mille hommes, s’avançaient pour lui livrer bataille, vers Abensberg. De suite il monta à cheval, et nous l’accompagnâmes dans la reconnaissance qu’il fit de la ligne de ses avant-postes et de la position de l’ennemi. Il ne rentra le soir à Vohburg que pour donner ses ordres, à la suite desquels il annonçait à ses généraux que la journée du lendemain serait une seconde Iéna.[iii]

Les nouvelles s’accumulent maintenant, envoyées par Lefebvre, Vandamme et Mouton. Le premier fait savoir que son opposant, sur l’Abens, doit être fort de 24 à 25.000 hommes. Vers 22 h, il envoie aussi la nouvelle que la liaison avec son collègue Davout est enfin faite. Vandamme, de son côté, informe l’empereur que son infanterie légère n’est pas loin de Siegenburg, l’infanterie de ligne bivouaquant à Neustadt et Forstdurnbuch.

Mais c’est Mouton qui, à 21 h, apporte les nouvelles les plus importantes, en plus de celles concernant la victoire de la journée :

Maintenant, Sire, je crois que, si le corps du maréchal Davout éprouve de l’embarras, il serait utile aux intérêts de V. M. de réunir le corps bavarois, de lui faire passer l’Abens, aux ponts d’Abensberg et de Biburg, et de le faire marcher franchement à l’ennemi en le faisant remplacer par le corps du général Vandamme qui, au besoin, pourrait lui offrir des secours. Je resterai avec les Bavarois jusqu’à ce que V. M. me donne ordre de la rejoindre. Les déserteurs assurent que c’est le corps commandé par l’archiduc Louis qui est en présence, ils le disent considérable. Il se pourrait aussi que les troupes, parties de Rohr pour Kelheim, se fussent arrêtées sur ce point. Il ne nous était pas plus facile de juger les forces de l’ennemi qu’à lui de fixer ses idées sur les nôtres; le pays est tourmenté, a des forêts qui permettent de manœuvrer presque constamment à couvert. Le duc de Danzig était à l’extrême gauche et moi à l’extrême droite; je ne l’ai pas vu, mais son chef d’état-major l’attend ici et s’il n’arrive pas, nous irions le rejoindre; on le croit à Abensberg. La division Deroy était à peine réunie au point d’attaque à la chute du jour.[iv]

Devant Lefebvre, s’est donc le corps d’armée de l’archiduc Louis, peut-être même une partie de l’armée de l’archiduc Charles qui, de Rohr, doit être en marche sur Kelheim, et qui a donc été stoppée sur l’Abens.

Plus de doute pour l’empereur : il a devant lui, au sud de Tengen et à l’est de l’Abens, des forces considérables. Une grosse partie a été battue par Davout, une plus petite par Lefebvre[v]. Manifestement, on ignore, au quartier-général de l’empereur, qu’à Tengen seul un corps d’armée autrichien a été engagé, qu’au soir du 19, une partie importante des forces autrichiennes se trouve vers Hausen, sur la route reliant Eckmühl à Ratisbonne. D’où les ordres à Masséna d’envoyer des renforts sur Abensberg et marcher sur Landshut.

Karl Philipp Fürst von Wrede (1767-1838), Hanstaengl, Lithographie 1828
Karl Philipp Fürst von Wrede (1767-1838), Hanstaengl, Lithographie 1828

Napoléon apparaît sûr de lui pour la journée du 20 : seule une faible partie des forces qu’il a maintenant sous la main sera nécessaire pour terminer ce qu’a commencé Davout, et, avec Masséna à Pfaffenhofen, il va pouvoir se précipiter sur la ligne de communication de l’ennemi.

Abensberg - 20 avril - Matin
Abensberg – 20 avril – Matin

Napoléon, qui a reçu Lannes arrivant d’Espagne[vi], dort peu cette nuit là. Il confère  longuement avec Berthier, envoie l’ordre :  

  • à Davout de faire en sorte que l’archiduc Charles ne tombe sur la gauche du corps d’armée qu’il vient de mettre sous les ordres de Lannes[vii],
  • à Lefebvre de se mettre en marche immédiatement avec les Bavarois et les Wurtembergeois,
  • à Masséna d’envoyer Oudinot (2 divisions d’infanterie, cavalerie légère) par Geisenfeld ou Au, pour soutenir son aile gauche, de marcher avec le 4e corps et les cuirassiers Espagne sur Freising ou Moosburg, de s’emparer du pont de Moosburg et, si possible, de ceux de Landshut, afin d’empêcher les Autrichiens de se défendre sur l’Isar et de rendre impossible leur retraite sur Landshut. Il réitère ses instructions à 6 heures du matin,

 Je monte à cheval pour aller moi-même reconnaître la situation des choses aux avant-postes, attaquer l’ennemi, s’il occupe encore quelques positions, et le poursuivre l’épée dans les reins, s’il bat en retraite. Je vous prie de votre côté de ne pas perdre un moment et de le surprendre au passage de l’Isar.

P.S. — Plus vous vous rapprocherez de Landshut et mieux cela vaudra. Sans doute que, si vous pouviez aller à Landshut, cela serait préférable ; mais tâchez d’aller à Moosburg.

Les faits donnent raison à Napoléon : il n’a pas à se faire de soucis sur l’Abens, car, le 20 avril, ne se trouve là que le faible corps d’armée de Louis, et Hiller, pour venir à son secours, prend, depuis Mainburg, la route de Pfeffenhausen. En fait, les Bavarois et les Wurtembergeois n’auront pas, ce 20 avril, à se confronter au gros de l’armée autrichienne.

 

Positions de l’armée autrichienne le matin du 20 avril.[viii]

  • le VIe corps (sans la division Jellačić, toujours à Munich), est en position à Mainburg, c’est-à-dire fort loin pour intervenir efficacement ;
  • le Ve corps est sur les hauteurs en face de Biburg (général-major Bianchi, sa gauche appuyé sur Perka) et de Siegenburg (lieutenant-général prince Reuss), ayant sur sa droite la brigade Thierry (détachée du 3e corps)[ix], à l’est d’Offenstetten et en arrière, près de Rohr, un détachement du 3e corps sous les ordres du lieutenant-général Schusteck (Frontaliers Broder – Hussards Kienmayer) ;
  • le 2e corps de réserve à cheval sur la route Neudstadt-Landshut qui court au nord d’Umelsdorf ;
  • le IIIe corps est sur les hauteurs derrière Hausen avec un détachement près de Bachel ;
  • le IVe corps est près de Dinzling ;
  • le 1er corps de réserve est sur les hauteurs de Grub ;
  • les cuirassiers, la division Lindenau et la brigade Vécsey sous les ordres du prince Jean Liechtenstein, sont sur la chaussée d’Eckmühl à Ratisbonne, occupant Eglofsheim avec une avant-garde.

Sur la rive gauche du Danube :

  • le IIe corps se trouve sur les hauteurs devant Stadt-am-Hof ;
  • le Ier corps se porte d’Amberg sur Neumarkt.

Au quartier général de l’archiduc Louis, on a bientôt compris qu’on est confronté, sur l’Abens, à des forces importantes, mais dont on pense qu’elles n’attaqueront pas Abensberg. Louis est mal informé, n’ayant pas reçu d’informations fiables sur les évènements de la veille, porte son attention sur Rohr. Quant à Hiller, ayant quitté Mainburg à six heures du matin, il passe par Lindkirchen et N-Hornbach, il rejoint Louis à son quartier général, à 9 heures, avant de rejoindre l’avant-garde de Radetzky. Faisant une reconnaissance avec ce dernier, il arrive à l’étonnante conclusion que les Français sont en fait en retraite, et que leur mouvement sur Offenstetten n’a d’autre but que de masquer cette retraite !

 

La bataille d’Abensberg [x]

Vers 7 heures, après avoir encore donné l’ordre à Vandamme d’avancer avec toutes ses troupes, sur Siegenburg, Napoléon monte à cheval [xi], et galope [xii], entouré  des chevau-légers bavarois et des chasseurs wurtembergeois, vers l’Abens, accompagné de son état-major, de Lannes et de Bessières. Il entre à Abensberg, vers neuf heures. Avec Bacler d’Albe, il examine les cartes du champ de bataille qu’il a choisi. [xiii]  Il a décidé qu’il dirigerait, aujourd’hui, personnellement les troupes de la Confédération.

Tengen, où se trouve Davout, va servir de point autour duquel les troupes présentes sous les ordres de Napoléon vont pivoter. Lannes doit marcher sur Rohr, qui est, semble-t-il, le centre du dispositif autrichien. Comme les Wurtembergeois arrivent précisément  à cet instant, il les place non loin de Arnhofen, entre Lannes et les Bavarois, qui ont ordre de passer la rivière à Abensberg, et d’enlever ce village. Mais la division Wrede attendra que la ligne autrichienne soit bien attaquée, pour forcer le passage de l’Abens, et, par la droite des Français, attaquer la gauche des Autrichiens. Enfin, il donne pour instruction à Masséna de se diriger sur Landshut, par Freising et Moosburg, et d’y être le lendemain 21, pour y interdire, le cas se présentant, le passage de l’archiduc Charles.

 

Ce dernier a été passablement perturbé par la journée du 19, y voyant un signe certain que c’est Napoléon et toute son armée qui s’est trouvé devant lui. Il décide de rappeler vers lui le corps d’armée de l’archiduc Louis, Hiller le remplaçant dans la position qu’il allait abandonner. Lui-même décide de rester, le 20, entre Grub et Dinzling, avant de pouvoir, le pense-t-il, renouveler son attaque en direction du Danube, mais avec des forces plus importantes, et de rejoindre les Ier et IIe corps[xiv].

Mais l’archiduc Louis, avant même d’exécuter cet ordre, aperçoit, le matin du 20, des forces françaises considérables :

  • Les Wurtembergeois, les Bavarois, les cavaliers de Demont et Nansouty, qui arrivent par Abensberg et Arnhofen
  • Les divisions Morand, Gudin, les cavaliers de Jacquinot et Saint-Sulpice, venant de Reising et Buchhofen.

Il n’hésite pas, et, au lieu de manœuvrer pour rejoindre Charles, il décide de combattre là où il se trouve, espérant que Hiller arrivera à son secours.

Le terrain sur lequel les affrontements vont avoir lieu se présente de la façon suivante :

Une plaine mamelonnée et ombragée de petits bois tient dans le quadrilatère Buch-hofen-Tann-Rohr-Abensberg. Trois petites vallées y allongent des coupures. La route de Kelheim à Landshut peut servir au gros équipage. Un chemin reliant Abensberg à Eggmûhl croise la route avant d’aboutir à Frauenwald. Des villages garnissent de beaux sites. Si une terre de ferme consistance permet d’exécuter partout les évolutions de la cavalerie et du canon, de nombreux abris en peuvent masquer les formations.[xv]

Lorsque les troupes bavaroises passent devant lui, Napoléon, qui se trouve sur une petite hauteur, entre Abensberg et Bruckhof [xvi], entouré du Prince royal et de Lefebvre, les fait réunir, et les harangue

Selon sa coutume, l’empereur commença sa visite par les bivouacs des troupes, qui, de la droite à la gauche, l’eurent bientôt vu et reconnu ; en sorte qu’aucun soldat ne doutait plus de la campagne. Il fit de suite prendre les armes à l’armée bavaroise, et la forma en avant d’Abensberg. Il n’était escorté et accompagné que d’officiers et de troupes bavaroises ; le Prince royal de Bavière était à côté de lui dans ce moment-là. L’empereur lui frappant sur l’épaule, lui dit : « Eh bien, Prince royal, voilà comme il faut être roi de Bavière, quand ce sera votre tour, et ces messieurs vous suivront toujours; autrement, si  vous restez chez vous, chacun ira se coucher; alors, adieu l’état et la gloire. »

 Les officiers bavarois qui parlaient français le répétèrent en allemand, et cela courut parmi les soldats bavarois, qui, comme ceux des autres nations, jugent bien de la vérité.[xxi]

Ce pouvait-il que cet ennemi, que nous allions attaquer, ne puisse être expulsé de sa forte position ?[xxii]

 

Combats d’Offenstetten

Après avoir été ainsi haranguée, la 1e division bavaroise avance en direction d’Offenstetten :

  • la 1e brigade (Rechberg) sur l’Ochsenstrasse et Offenstetten,
  • la 2e brigade (Stengel) par Seehof, un peu au nord

Les deux brigades sont précédées de tirailleurs, qui nettoient les bois des tirailleurs autrichiens ; la cavalerie, qui fait encore l’escorte de Napoléon, suivra un peu plus tard.

Vers 10 h, les tirailleurs bavarois arrivent, devant Offenstetten, au contact des troupes de Thierry[xxiii]. Une petite compagnie tient le village, une autre, un peu plus à l’est, une ferme entourée de murs (la « Sommerkeller »), ainsi qu’une autre ferme (Schäferei). Le reste (Pfanzelter) de l’infanterie de Thierry se trouve de chaque coté de la route, avec quelques pièces d’artillerie. Le régiment de dragons n° 1 (Levenehr) est partagé sur les ailes du front, qui s’étend sur environ 1.300 pieds, adossé à des bois.

Louis-Pierre Montbrun
Louis-Pierre Montbrun

Thierry ne sait rien de ce qui s’est passé le 19 à Teugen et Hausen, et les informations de ses patrouilles concernant des mouvements importants de troupes accompagnées de leurs bagages ne sont pour lui que la confirmation que l’ennemi, battu par le général en chef, est en retraite.

Mais, lorsque les colonels Richter et Hardegg, après une reconnaissance au travers des piquets de la cavalerie bavaroise, reviennent l’informer que l’ennemi est loin de retraiter, bien au contraire, et que Pfanzelter lui fait savoir qu’il est menacé sur sa position, Thierry réalise que c’est en fait lui qui doit maintenant reculer sur Rohr.  Mais la fusillade, à ce moment, a commencé à Offenstetten et il peut déjà voir les troupes ennemies en marche sur l’Ochsenstrasse. Il envoie donc l’ordre à Pfanzelter de se retirer en direction de Rohr, faisant l’arrière-garde.

Les Bavarois (1er bataillon des Gardes) se lancent à l’assaut d’Offenstetten, qu’ils occupent rapidement, mais lorsqu’ils se dirigent sur la Sommerkeller, ils sont arrêtés par les tirs des défenseurs, se contentant alors de laisser une compagnie au sud de la position. La 1e brigade Prince royal continue par la grande route, en deux lignes. Une partie de son artillerie commence à ouvrir le feu contre l’artillerie autrichienne. La 2e brigade, avance sur la ferme Schäferei.

Pour son repli, Thierry comprend qu’il lui faut empêcher l’ennemi de passer par ses ailes. Aussitôt que les bataillons et une partie des dragons se sont engagés sur la route de Bachl, après la mise en batterie de l’artillerie bavaroise, les défenseurs de la ferme Schäferei engagent une courageuse résistance.

Entre 11 et 12 heures, les défenseurs de la Sommerkeller sont enfin délogés, en dépit d’une attaque des dragons Levenehr, qui leur coûte de très lourdes pertes, avant qu’ils ne se retirent sur Sallingberg.

Mais, finalement, Thierry réussit à échapper à l’attaque d’un ennemi pourtant en supériorité numérique et la 1e division bavaroise n’avance que lentement en direction de Bachl.

A Bachl, Thierry espère trouver les troupes de Pfanzelter, mais, arrivant à Scheuern, il doit se rendre à l’évidence : l’ennemi, venant du nord, s’est déjà emparé de la route, un régiment de cavalerie (1er chasseurs – Jacquinot) barre le chemin, et Pfanzelter est invisible.

Ce dernier, en effet, pendant que la brigade Thierry combattait à Offenstetten, a du reculer devant les troupes de Lannes. Dès 7 h 30, ses avant-postes s’étaient repliés sur Bachl, sans cependant être inquiétés durant la matinée [xxiv]. A la même heure, il a reçu de Vukassovich l’autorisation de faire mouvement, en cas de besoin, sur Rohr. Ce n’est qu’en fin de matinée que Lannes s’est avancé, par Schambach [xxv], sur Bachl.

Pfanzelter, qui a entre-temps reçu l’ordre du quartier général de se replier, avec la brigade Thierry, sur le IIIe corps, s’est dirigé sur Langquaid, mouvement dont il n’a cependant informé que Schustekh[xxvi]. De sorte que Thierry ne sait rien de ce mouvement, tout comme de l’ordre de se joindre au IIIe corps ![xxvii]

Peu avant que Thierry n’arrive à Scheuern, Pfanzelter a été attaqué par de la cavalerie française, qui s’est emparée de deux canons, ainsi que de deux autres pièces d’artillerie renvoyées à Bachl, sans protection, par Thierry. Dans cette action, 2 compagnies de Frontaliers Peterwardein sont faites prisonnières. Mais Pfanzelter n’est plus inquiété jusqu’à Landquaid, où il fait sa jonction avec le IIIe corps d’armée.

Thierry continue donc sa route vers Rohr, par les forêts à l’ouest de la route, pour se mettre à l’abri de la cavalerie française, mais aussi parce que les dragons Levenehr ont choisi une autre route. Durant cette retraite, le désordre s’installe et le nombre de fuyards est important. Thierry[xxviii] arrive finalement vers 14 h à Rohr, où Schustekh est déjà aux prises avec la cavalerie de Lannes.

Rapidement, les Français entourent le village, mettent en batterie leur artillerie, et anéantissent avec leur cavalerie quatre escadrons de hussards Kienmayer. C’est la déroute du coté autrichien, les fuyards forment bientôt une longue colonne en direction de Rottenburg. Thierry est fait prisonnier, alors qu’il tente encore de résister, en même temps que des milliers de ses soldats[xxix]. Ce sont les cavaliers de Jacquinot, Saint-Sulpice et Nansouty, ainsi que les 13e léger, 17e et 30e de ligne qui participent à la poursuite des Autrichiens. Ceux-ci, arrivés à Rottenburg, y rencontrent les avant-postes du Ve corps (chevau-légers Rosenberg). Leur retraite, mais aussi leur poursuite, prend ici fin.

 

Abensberg - 20 avril 4 h 30
Abensberg – 20 avril 4 h 30

Combats de Biburg – Siegenburg

Après avoir tiraillé, vers 10 h du matin, avec les avant-postes de Bianchi, le gros de la 2e division bavaroise (Wrede) passe l’Abens à Biburg, à midi, protégée par l’artillerie positionnée des deux cotés du village.

L’Empereur, à la tête des Bavarois, attaqua la brigade Bianchi presque en face de Biburg, et la repoussa sur le corps du prince de Reuß, qui se trouvait sur les hauteurs de Kirchdorf avec 8 bataillons et un régiment de cavalerie. Les Autrichiens se défendirent avec valeur. [xxx]

Le 6e léger (La Roche) et le 7e de ligne (Löwenstein) se lancent, par Hölzlhof,  à l’assaut  des positions autrichiennes, le 13e de ligne passe par Ziegelstadel, le 6e de ligne vers Hörlbach (Herzog Wilhelm) ; le 3e de ligne (Herzog Karl) avance au pied des hauteurs de Perka.

Après avoir transmis la nouvelle du passage de l’ennemi et de leur arrivée depuis Abensberg, Bianchi s’est retiré sur les hauteurs, pour mieux se lier avec les deux bataillons de Reuß, en avant de Kirchdorf ; ses troupes [xxxi] occupent alors Mitter et Ober-Hörlbach et les hauteurs qui mènent à Perka.

Vincenz-Ferrerius Frederico Bianchi
Vincenz-Ferrerius Frederico Bianchi

Bianchi résiste aux attaques bavaroises, jusqu’à ce qu’il reçoive, vers 14 h, l’ordre de l’archiduc Louis de se replier. [xxxii] Ce dernier veut se retirer en direction de Pfeffenhausen, maintenant que le VIe corps (Hiller), ou en tous les cas une grande partie, a pris la direction de Rottenburg, selon les derniers ordres du général en chef.

Devant Biburg, les Bavarois ne sont pas particulièrement heureux. Au sud, les tirailleurs du 13e de ligne, aidés par de l’artillerie bavaroise, ont certes réussi à s’emparer de Ziegelstadel, mais les attaques répétées de la brigade Becker sur les positions de Bianchi sont infructueuses. Les Bavarois, et les Wurtembergeois envoyés pour les soutenir, ne parviennent même pas à atteindre Bianchi lorsque celui-ci entame son retrait. Certes, les unités laissées à Mitter et Ober-Hörlbach n’opposent qu’une faible résistance à l’entrée du 6e de ligne, mais l’arrière-garde (IR 30 Duka [xxxiii]) se maintient encore longtemps dans les fossés et les champs au nord de Kirchdorf. Le gros de la brigade Bianchi se retire finalement vers 15 h, recueillie par les troupes de Reuß, vers Willersdorf et Pürkwang, rejoignant finalement le gros de la colonne à Schweinbach.

Les Wurtembergeois (moins quelques unités laissées devant Siegenburg) avaient passé l’Abens à Abensberg, où Napoléon les avaient salués comme il avait salué les Bavarois, avaient continué, par Gadenhof [xxxiv], sur Bruckhof, où l’infanterie de ligne, une brigade de cavalerie et de l’artillerie avaient été retenus longtemps comme réserve. Les deux bataillons d’infanterie légère, les chevau-légers  Herzog Heinrich et une batterie attelée continuent leur marche en avant [xxxv] et vont trouver l’occasion de participer aux combats.

Michael baron von Kienmayer
Michael baron von Kienmayer

Les hauteurs au sud de Perka sont escaladées par le 3e régiment de ligne bavarois (Herzog Karl – division Wrede), après que l’aile gauche de Bianchi ait été forcée à la retraite, d’où il rejette les postes les plus avancés de Radetzky. Mais il en est lui-même repoussé par de la cavalerie autrichienne, qui stoppe ainsi cette attaque. Celle-ci peut reprendre en direction de Langquaid, lorsque les Wurtembergeois (bataillon de chasseurs König – 1er bataillon léger), venant du sud le long de l’Abens, se présentent en renfort.

Le 1er bataillon Prince Charles (division Wrede) a continué sa route le long de l’Abens en direction de Siegenburg, attaqué et pris possession du village. Avec le renfort wurtembergeois, le bataillon se tourne maintenant contre l’aile gauche de Radetzky (renforcé de 4 compagnies de Frontaliers Brod et de 2 escadrons de hussards Kienmayer), qui a pris position à Langhaid et Kipfelsberg, pour protéger la retraite de la division Reuß. Après un court engagement, les Autrichiens évacuent cette position, continuant leur mouvement de repli, sur les hauteurs de Pürwang et de Irlach, qu’ils atteignent vers 17 h, bien qu’ils soient en permanence sous le feu de l’artillerie alliée. Ils y sont recueillis par deux bataillons de grenadiers du général d’Aspre, qui vont aux devant d’eux musique en tête, et leur permet de se reformer. Sa batterie attelée se repositionne, le régiment de uhlans n° 1 Archiduc Charles fait front devant l’ennemi, pendant que les Frontaliers se mettent en marche sur Ludmannsdorf. De là, toutes les troupes du Ve corps d’armée (archiduc Louis) se mettent dirigent sur Pfeffenhausen.

Vers le soir, le 6e régiment de ligne bavarois, à la poursuite de colonel Hammer, arrive à Högelsing, où se trouve également le 2e bataillon du 3e de ligne bavarois, qui arrive de Langquaid, à la poursuite, par Allmersdorf, de quelques unités autrichiennes (vraisemblablement de Radetzky). Ces troupes, ignorant où se trouve le reste de la division, bivouaquent au nord de Ober-Eulenbach.

Plus tard, Wrede et sa cavalerie se réunissent enfin à ces troupes et arrivent finalement à Pürkwang, face à Radetzky.

Après le bref engagement à Kipfelsberg, le général Hügel a traversé, avec les bataillons légers wurtembergeois, le vallon de Morgenrot, pour prendre possession de la chaussée. Lorsque, enfin, les troupes de Hügel et de Minuzzi s’approchent des nouvelles positions de Radetzky, à Pürkwang, au moment où celles de Wrede s’en approchent également, arrivant par le nord, Radetzky ne juge plus nécessaire de défendre cette position, le mouvement de retraite du gros des forces autrichiennes étant bien engagé. Après une courte fusillade, il se retire, mais prend rapidement une nouvelle position, ce chaque coté de la chaussée, au sud de Ludmannsdorf, le détachement d’Aspre reculant jusqu’à Pfeffenhausen.

Wrede poursuit l’arrière-garde autrichienne jusqu’à Schweinbach. La tombée de la nuit et le manque de munitions l’empêchent cependant de continuer et il prend position au sud de ce village. Minuzzi s’arrête à Irlach, Hügel à Umelsdorf. Le gros des troupes wurtembergeoises se rassemble le soir en avant de Siegenburg.

La colonne de l’archiduc Louis arrive, tard le soir, à Pfeffenhausen, où lui-même se trouve vers 19 h.  Une partie du détachement de Hammer et les troupes disloquées de Radetzky les rejoignent, ainsi que, venant de Landshut, trois régiments de Volontaires Viennois[xxxvi]. Au même moment, du VIe corps, se trouvent également à Pfeffenhausen la brigade Hohenfeld, les bataillons 4, 5 et 6 de Volontaires Viennois, 4 escadrons de hussards Liechtenstein, 4 compagnies de Frontaliers St-Georg et 2 compagnies d’infanterie Benjovszky.

Louis accorde un court repos à ces troupes, sur les hauteurs au sud du Groß-Laaber. Une forte garnison est laissée à Pfeffenhausen, et les bagages et voitures de munitions arrivés en désordre de Rottenburg sont dirigés sur la route de Landshut. Mais, au vu de la situation, que lui a confirmé Hiller, il décide de continuer la retraite durant la nuit, en direction de Landshut.

Car, en effet, suite aux évènements survenus sur la route Bachel – Rohr – Rottenburg, la situation, pour l’aile gauche de l’armée autrichienne, s’est considérablement détériorée.

 

Combats de Rohr

A Rohr, vers midi, Schustekh a été informé que Thierry est attaqué par des forces en nombre supérieur. Il donne l’ordre à Pfanzelter de le soutenir du mieux qu’il peut, écrivant à l’archiduc Louis qu’il pense agir ainsi correctement, même si Pfanzelter fait savoir qu’il a lui-même l’ordre, du commandement général, de se diriger avec Thierry sur Langquaid et Leyerndorf.

Mais, déjà, les alliés se sont déjà positionnés entre les troupes de Pfanzelter et Rohr et repoussé celles de Thierry, en grand désordre, par la route Bachel – Rohr, sur ce dernier village.

L’ennemi fut mené au pas de course jusqu’au village de Rohr, où il essaya de se rallier. Le régiment fut chargé d’enlever ce point. Les dispositions furent si bien prises que la première charge suffit pour l’emporter (…) Cinq cent prisonniers couronnèrent le succès de cette entreprise qui ne coûta au régiment que 15 blessés. [xxxvii]

La situation de Schustekh devient d’autant plus préoccupante qu’il ne faut pas compter sur l’arrivée à Rohr du VIe corps (Hiller) avant la fin de l’après-midi.

Au pire, Schustekh peut se retirer vers Pfeffenhausen, mais il lui semble urgent de recueillir les troupes qui sont encore aux prises avec l’ennemi, et qui, aux dires d’isolés et de fuyards, combattent désespérément.

Comme Rohr est complètement encombré de voitures de toutes sortes, Schustekh décide de positionner son petit détachement (8 compagnies de Frontaliers n° 7 Brod et 4 escadrons de hussards Kienmayer) sur les hauteurs derrière la ville. Lorsque cette position est évacuée, ce sont les restes des troupes de Thierry, suivis de près par l’ennemi, qui l’occupent.

Les Alliés montre d’abord de la cavalerie légère, qui se dispose  à tourner l’aile droite de Schustekh, bientôt se déploie de ce coté de Rohr de la cavalerie lourde (Jacquinot, Saint-Sulpice), dont l’artillerie attelée commence à tirer. Elle est suivie  de l’infanterie de Lannes (Morand). Gudin, de son coté, après de courtes escarmouches avec un détachement de Pfanzelter, a quitté Bachel en obliquant sur Adlhausen, pour remonter la vallée du Laaber.

A Rohr, arrive de Sallinberg la brigade de cavalerie Zandt (1e division bavaroise). Il y a désormais ici au moins vingt escadrons de cavalerie alliée.

Pour donner du temps à l’infanterie de Thierry de se regrouper, Schustekh lance ses hussards et les dragons Levenehr à l’attaque de la cavalerie légère alliée. Les chasseurs français sont repoussés au premier assaut, mais les cavaliers autrichiens sont attaqués sur leur flanc droit par un régiment de cuirassiers, qui les repousse au-delà de la route. Un terrain marécageux rend leur ralliement difficile et, malgré leur courage et leur résistance, la défaite est complète. Un détachement de hussards complète la déroute, sabrant tout ce qui se présente, y compris Schustekh, dont le destin du détachement est alors scellé.

La cavalerie française ne s’attarde pas avec l’infanterie autrichienne, qui erre dans les champs, mais continue sa chasse au milieu  des troupes en fuite et des bagages, le long de la route de Rottenburg.

Dans ses conditions, la résistance de l’infanterie, à Rohr, ne peut durer longtemps. Sans artillerie, en terrain découvert,  et soumis aux attaques renouvelées d’une cavalerie nombreuse, les quelques compagnies de Frontaliers Brod et de Thierry ne peuvent sérieusement combattre la division Morand, qui se déploie au sud de la ville, et sont conduites rapidement à retraiter.

Le désordre le plus complet se répand dans les rangs des troupes autrichiennes, et tout ce qui ne trouve pas un refuge dans les bois est abattu ou fait prisonnier par les cavaliers français. Thierry cherche par tous les moyens à redonner courage à ses hommes, descendant plusieurs fois de cheval, pour donner l’exemple, finissant par être lui-même fait prisonnier. Dès ce moment le régiment d’infanterie n° 1 Kaiser ne compte plus au nombre des troupes combattantes, et seuls quelques dragons Levenehr parviennent à s’échapper.  Les 8 compagnies de Frontaliers Brod sont pratiquement anéanties, de nombreux chariots de munitions et de bagages tombent aux mains des Alliés.

La poursuite ne se ralentit que tout près de Rottenburg, où les Français, entre 16 h et 17 h, rencontrent la pointe du VIe corps autrichien.

Garde impériale
Garde impériale

Combats de Rottenburg

Hiller, revenu à N.-Hornbach, avait ordonné à ses troupes, qui s’y reposaient, de reprendre leur marche. Vers midi, la colonne, ayant en tête les quatre escadrons Vincent, prend la route de Pfeffenhausen, Hiller passant de son coté par Lauterbach, dans la direction de Ober-Eulenbach. Retenu un moment par des problèmes de monture, il n’arrive entre Pattendorf et Ober-Eulenbach que lorsque le destin des troupes de Schustekh et de Thierry est déjà scellé.

Pourtant, Hiller se montre encore confiant : en cours de route, il ajoute au message de Schustekh, envoyé de Rohr vers midi à l’archiduc Louis, et dans lequel celui-ci l’informe que Thierry est attaqué par des forces supérieures, qu’il sera à Rohr vers 16 h, avec deux brigades d’infanterie et quelques escadrons du VIe corps, de quoi aisément venir en aide à Schustekh !

Mais la situation prend rapidement une autre tournure : de nombreux fuyards arrivent et des piquets de cavalerie ennemie incitent Hiller à se rendre le plus rapidement à Rottenburg.

La colonne du VIe corps s’est déjà arrêtée à Pfeffenhausen, car les routes sont encombrées de chariots. Pour rejoindre la route moins encombrée qui se trouve sur la rive est de la rivière, il faut passer celle-ci au-dessus du village et le traverser avec difficulté en raison de l’encombrement, et continuer la marche par Hatzkofen.   La colonne rencontre plusieurs fois de l’artillerie en fuite et des isolés, ce qui l’oblige à chaque fois à s’arrêter. Finalement, la tête de colonne atteint Gieseltshausen en même temps que les troupes alliées qui sont à la poursuite de Schustekh et Thierry.

Hiller se rend compte qu’il a devant lui des forces plus importantes que les siennes, qui sont peut-être sous les ordres de Napoléon en personne, mais il prend quand même la décision d’arrêter leur marche en avant. Pour cela, la brigade Hoffmeister occupe Rottenburg et les hauteurs à l’ouest du village, sur la rive droite du Laaber, tandis que les escadrons Vincent et la brigade Weißenhoff se fraient un chemin par Hatzkofen et avancent sur la gauche de la rivière jusqu’à Pattendorf. De l’artillerie est même mise en position, avec difficulté, tandis que la cavalerie, dans des charges impétueuses, repousse les premières lignes de l’infanterie alliée.

En face, la division Morand et plusieurs régiments de cavalerie se déploient. Mais la nuit commence à tomber et une attaque contre de telles troupes ne semble pas être avisée. Pourtant, une tentative est faite pour empêcher une attaque des alliés par le sud-ouest. Le régiment d’infanterie Deutschmeister (brigade Weißenwolff), emmené par le colonel Czolich, se lance à l’attaque du bois occupé par les alliés, s’en empare au prix de nombreuses pertes [xxxviii], mais doit finalement se replier sur Rottenburg. Les 13e léger et 17e de ligne (brigade Lacour) se contentent de ce résultat.

Des compagnies du IR 51 Splényi, parviennent également à repousser à la baïonnette une attaque alliée sur Rottenburg, juste avant que la nuit n’interrompe les combats.

Infanterie saxonne. Augsburger Uniform. M. Strein. Napoleon on line

Entre-temps, Hiller a été informé que Louis, menacé sur son aile droite, se retire sur Pfeffenhausen. En l’absence de toute information concernant l’armée principale, et au vu des forces alliées qu’il a devant lui, Hiller décide de ramener à Türkenfeld les troupes arrivées à Rottenburg. Le reste de ses troupes a déjà reçu l’ordre de se diriger sur le Groß-Laaber, le gros de celles-ci sont déjà à Pfeffenhausen lorsque la colonne de l’archiduc Louis y arrive.

Les fuyards et de nombreux éléments du train – dont 58 voitures de ponton – arrivent dès le soir même à Landshut. Le train du quartier général [xxxix] passe par Weihenstephan, Essenbach, où se trouve le régiment de hussards n° 4 Hessen-Homburg. Là on apprend que les alliés se trouvent déjà à Rottenburg, que tout est en fuite, qu’en plus la route de Landshut est encombrée de voitures. Le train du quartier général est en conséquence dirigé sur Dingolfing, où il arrive tard le soir.

Après son arrivé à Türkenfeld (à une heure du matin le 21 avril), Hiller envoie un courrier à l’archiduc Charles pour l’informer des évènements et de ses plans : en vain, car les communications sont déjà interrompues entre les deux groupes d’armée et son message est intercepté par les Français..

Durant cette journée, les Alliés ont a déplorer des pertes très réduites ( 16 officiers, 463 soldats tués ou blessés), contrairement aux Autrichiens, qui déplorent 112 officiers, 6.760 soldats tués ou blessés, entre 3 et 4.000 prisonniers et la perte de 8 drapeaux et 12 canons .[xl]

Vers 21 heures, Napoléon [xli] est à Rohr [xlii]. Il a de quoi être satisfait : après les différents combats de cette journée, l’archiduc Charles se trouve dans une situation particulièrement délicate, car désormais coupé de son aile gauche [xliii], tandis que lui-même court le risque d’être acculé au Danube, à Ratisbonne.

Mais, s’il se montre satisfait[xliv], l’empereur ne saisi pas entièrement l’intérêt de la situation, car, en fait, il pense avoir défait le gros des troupes de son adversaire[xlv], qu’il croit en déroute sur la route de Landshut.

Et c’est sur cette fausse impression qu’il décide de se diriger sur ce point, où, pense-t-il, et avec l’aide de Masséna, il le surprendra au moment de son passage de l’Isar, et l’anéantira.

Cette série de combats, connus sous le nom de bataille d’Abensberg, qui signalèrent la journée du 20, eurent une influence marquée sur le reste de la campagne, en préparant la séparation de l’aile droite des Autrichiens du reste de leur armée. Quoique les actions qui la composent aient eu lieu sur divers points, ce fut en effet une véritable bataille, parce que toutes se livrèrent simultanément dans un même but, et furent le résultat d’un plan aussi mûrement réfléchi que vaillamment exécuté.[xlvi]

Ce même jour est survenu un autre évènement, important pour la suite de la campagne

Chirurgien et soldat saxon blessé du régement Reichten. Darmstadt. Napoleron on line
Chirurgien et soldat saxon blessé du régement Reichten. Darmstadt. Napoleron on line

Reddition de Ratisbonne

Lorsqu’il avait quitté Ratisbonne, Davout y avait laissé le 65e de ligne, pour tenir la ville, et en détruire le pont, dès que les Autrichiens apparaîtraient sur la rive gauche du Danube. Mais lorsque le IIe corps de Kolowrat  apparaît effectivement sur les hauteurs de Pfaffelstein, les hommes du génie réalisent que le pont de pierre résiste parfaitement à leurs tentatives de démolition. Le 65e doit donc se préparer à défendre la ville.

A la tête du régiment se trouve le colonel Louis-François Coutard, qui a obtenu une certaine notoriété en 1800, lors du siège de Gênes, et pour qui Davout voit ici, à Ratisbonne, une opportunité d’avancement, pour ce solide soldat qui est  aussi son cousin !

Dans la journée du 19, les patrouilles de Kolowrat s’approchent des défenses françaises, sur les hauteurs dominant Stadt Am Hof. A leur grande surprise, elles trouvent les retranchements vides et, lorsqu’elles atteignent les redoutes, leurs occupants s’enfuient rapidement vers le village. Kolowrat constate également qu’il n’y a plus un seul des soldats qui, peu de jours auparavant, campaient autour de Ratisbonne. Faisant avancer son artillerie, il fait commencer le feu sur les faubourgs.

Le 65e se retrouve sous cette terrible canonnade à laquelle il ne peut répondre, et à l’abri de laquelle, l’infanterie autrichienne (IR 54 Froon – plusieurs compagnies de chasseurs tyroliens), en colonne serrée, se rue à l’assaut du faubourg, en direction du pont de pierre, sous le feu des hommes de Coutard, qui se sont réfugiés dans les maisons et tirent des fenêtres. Mais la colonne est stoppée net en arrivant à la porte du pont, accueillie par une terrible mousqueterie qui la décime en partie.

L’assaut se termine ce soir là, et Coutard peut fièrement annoncer à Davout qu’il a résisté, fait 400 prisonniers et pris 2 drapeaux. Mais plus de la moitié de ses hommes sont hors de combat, et, surtout, les munitions sont pratiquement épuisées. Il assure le maréchal qu’il pourra tenir, pour autant que celui-ci le réapprovisionne.

Durant la journée du 20, le 65e va continuer à combattre bravement, dans l’espoir de voir des convois de munitions arriver. A 1 contre 10, sous un bombardement continuel, il finit par épuiser totalement ses munitions. Coutard entame donc des négociations pour une reddition honorable, allant même à proposer à Kolowrat un armistice de 24 heures, au bout duquel, s’il n’a pas reçu des renforts, il se rendra. Et Kolowrat, en dépit de son énorme supériorité numérique, accepte !

Hélas pour Coutard, il apprend bientôt que le 1er corps de réserve autrichien, emmené par Liechtenstein, s’approche de la ville, pour, selon les ordres de l’archiduc Charles, s’en emparer. Informé de l’armistice qui vient d’être conclu, Liechtenstein répond que son corps d’armée n’est pas inclus dans l’accord, et que, donc, il se prépare à un assaut en règle de la ville.

Abensberg - Positions le 20 avril au soir
Abensberg – Positions le 20 avril au soir

Devant cette situation, Coutard ne peut que mettre bas les armes, ce qui est fait à 17 h 00. Une heure plus tard, ce qui reste du 65e sort de Ratisbonne. Les officiers sont libérés sur parole [xlvii], les soldats faits prisonniers de guerre.

Par mon rapport d’hier, 8 heures du soir, j’avais fait connaître à V. E. les résultats avantageux de la journée et mes dernières ressources. J’employai toute la nuit du même jour à faire mes dispositions pour recevoir une seconde attaque. Le nouvel ordre de tenir et les espérances apportées ce matin par l’ aide de camp de V. E. nous promettaient une journée heureuse; mais rien n’ayant pu pénétrer jusqu’à nous, toutes nos munitions étant épuisées, ayant devant moi la division de M. le général Kollowrath, cerné par M. le général prince de Liechtenstein et menacé d’une triple attaque que je ne pouvais pas repousser sans cartouches, je me suis vu réduit, après plusieurs sommations faites par ces deux généraux, à rendre la ville aujourd’hui, à 5 heures du soir. [xlviii]

La route de la Bohème est désormais sécurisée pour une retraite éventuelle de l’armée de l’archiduc Charles [xlix].


NOTES

[i] Aujourd’hui Bad-Abbach

[ii] Il passe la nuit dans le Pflegschloss.

[iii] Lejeune, p. 282. En fait, c’est l’expression utilisée par Napoléon dans ses lettres à Davout ou au roi de Saxe, le lendemain de la bataille. Lejeune l’aura sans doute « récupérée » dans la Correspondance, publiée la même année que ses Mémoires.

[iv] Mouton à Napoléon. Saski, volume 2, p. 272.

[v] Et Berthier écrit à Masséna qu’ « un engagement général a eu lieu entre le prince Charles, avec ses principales forces, et le duc d’Auerstaedt et les Bavarois. Les Autrichiens ont considérablement souffert »

[vi] Il avait quitté la Péninsule le 26 mars ! Tous ses biographes le décrivent alors « brisé physiquement et moralement par le siège de Saragosse » (Damamme).

[vii] Ce corps d’armée provisoire a été rapidement formé des divisions Morand et Gudin, retirées à Davout, de la 1e brigade de cuirassiers Saint-Sulpice et des chasseurs Jacquinot.

[viii] Saski, volume 2, p. 272.

[ix] Thierry est complètement isolé. Sa demande à Bianchi de le soutenir ne sera satisfaite que pendant les combats, lorsque le bataillon Kaiser sera envoyé à Thierry.

[x] L’habitude, que nous respectons ici, a été prise de nommer bataille d’Abensberg une série de quatre rencontres, survenues simultanément à Offenstetten, Biburg-Siegenburg, Rohr et Rottenburg.

[xi] Le départ, prévu pour six heures, fut retardé à cause d’un épais brouillard. (Gachot, p. 76)

[xii] Sur un cheval appartenant au roi de Bavière. Les chevaux du Grand Quartier n’ont pas suivi, et c’est la division Nansouty qui fournit les montures de l’état-major.  (Binder von Krieglstein, p. 236)

[xiii] Dans la maison d’un nommé Xavier Edelhart, nous dit Gachot (p. 76). La maison existe toujours, à l’angle de la Babostrasse et de la Abenstrasse.

[xiv] L’entêtement du généralissime aurait été le résultat d’une attaque d’épilepsie, dont il était atteint, et qui l’handicapera durant toute cette campagne (Binder von Krieglstein, p. 234). Hypothèse repoussée par d’autres historiens.

[xv] Gachot, p. 78.

[xvi] Une stèle commémore toujours l’évènement

[xvii] On notera l’importance psychologique de cette phrase, qui ne reflète toutefois pas totalement la réalité.

[xviii] Il ne passera pas par Munich, mais sera à Vienne le 10 mai !

[xix] Cette version provient des Archives du prince Louis de Bavière (qui était présent, et traduisait les paroles de Napoléon), où elle figure dans une note manuscrite. La Correspondance présente cependant  de ce discours une autre version (n° 15099) : « Soldats bavarois ! Je ne viens point à vous comme Empereur des Français, mais comme Protecteur de votre patrie et de la Confédération allemande. Bavarois ! Vous combattez aujourd’hui seuls contre les Autrichiens. Pas un Français ne se trouve dans les premiers rangs; ils sont dans le corps de réserve, dont l’ennemi ignore la présence. Je mets une entière confiance dans votre bravoure. J’ai déjà reculé les limites de votre pays; je vois maintenant que je n’ai pas assez fait. A l’avenir je vous rendrai si grands, que pour faire la guerre contre les Autrichiens vous n’aurez plus besoin de mon secours. Depuis deux cents ans les drapeaux bavarois, protégés par la France, résistent à l’Autriche. Nous allons dans Vienne, où nous saurons bientôt la punir du mal qu’elle a toujours causé à votre patrie. L’Autriche voulait partager votre pays en baronnies, vous diviser et vous distribuer dans ses régiments. Bavarois ! Cette guerre est la dernière que vous soutiendrez contre vos ennemis; attaquez-les à la baïonnette et anéantissez-les. »

[xx] Napoléon s’adressera également aux troupes du Wurtemberg, leur parlant « des victoires qu’ils avaient remportées sur la Maison d’Autriche lorsqu’ils servaient dans l’armée prussienne et les derniers avantages qu’ils avaient obtenus dans la campagne de Silésie. Il leur dit à tous que le moment de vaincre était venu pour porter la guerre sur le territoire autrichien. » (1er Bulletin de l’Armée d’Allemagne)

[xxi] Savary. Mémoires, volume 4, p. 78.

[xxii] Le Prince royal au roi de Bavière. Cité par Gill, p. 88.

[xxiii] Ou plutôt de ce qui en reste après les combats de la veille.

[xxiv] Pfanzelter a même envoyé à Thierry, sur sa demande, 2 pièces d’artillerie et 2 chariots de munitions d’infanterie.

[xxv] Aujourd’hui Unterschambach.

[xxvi] 3e division du Ve corps d’armée de l’archiduc Louis.

[xxvii] Une telle absence de coordination ne pouvait avoir que des conséquences fâcheuses pour l’ensemble des opérations.

[xxviii] A qui il ne reste tout au plus que 3 compagnies de fantassins et un demi escadron de cavalerie (Binder von Krieglstein, p. 239)

[xxix] Au total 3 à 4.000 hommes de Thierry et Schustekh sont fait prisonniers ce jour-là (Binder von Krieglstein, p. 241).

[xxx] Mémoires de Masséna, volume 6, p. 151.

[xxxi]  7 2/3 bataillons, 1 1/4 escadron, 11 canons. (Krieg 1809, volume 2, p. 454)

[xxxii] Cet ordre a été envoyé à toutes les troupes présentent sur l’Abens, au vu de l’accroissement constant des troupes ennemies.

[xxxiii] Le régiment Duka perd le 20 avril 6 tués, 65 blessés, 51 prisonniers et 109 disparus (Binder von Krieglstein, p. 251)

[xxxiv] Aujourd’hui Gaden.

[xxxv] 3 escadrons des chasseurs à cheval prince Louis continuent d’escorter Napoléon.

[xxxvi] Dans un piteux état de fatigue.

[xxxvii] Plaige, op. cit.

[xxxviii] Les Deutschmeister perdent ici 178 tués, 384 blessés, 237 prisonniers et 463 disparus (Binder von Krieglstein, p. 249)

[xxxix] Où se trouvent également les chevaux de selle de l’empereur François !

[xl] Digby Smith, p. 292.

[xli] Durant toute la journée, il semble que Napoléon soit resté avec les troupes de la division bavaroise du Prince royal. Vers midi, il a pris un léger repas, sur une hauteur à l’ouest de Bachl, passant le reste de l’après-midi dans ce village. (Binder von Krieglstein, p. 242)

[xlii] D’abord à la brasserie Weinziell, puis à l’hôtel de la Poste (où séjournait Charles 48 heures auparavant), où il dort quelques heures sur une chaise (Garros/Tulard, p. 312)

[xliii] L’archiduc Louis (Ve corps) et Hiller (VIe corps) sont à Pfeffenhausen et Turkenfeld, respectivement, c’est-à-dire à environ 4 kilomètres au sud de Rottenburg, et, dans la nuit, les deux généraux vont décider de se replier sur Landshut.

[xliv] « Les journées du 19 et du 20 ont été pour l’armée autrichienne ce que la journée d’Iéna a été pour l’armée prussienne. », écrit-il au roi de Saxe, le 21 avril.

[xlv] Davout ne lui a-t-il pas lui-même écrit, après Tengen, qu’il avait battu 80.000 hommes sous les ordres de l’archiduc Charles ?

[xlvi] Mémoires de Masséna, volume 6, p. 153.

[xlvii] Coutard sera promu général de brigade en août 1811, puis, peu après Napoléon le fit baron de l’Empire.

[xlviii] Coutard à Davout, 20 avril, 10 heures du soir. Saski, volume 2, p. 306.

[xlix] Pelet ne se prive pas de critiquer ici le pauvre Coutard !