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26 au 28 novembre 1812 – La Bérézina

 28 – 29 novembre 1812

Ce 28, vont se réaliser les pires craintes. Les russes attaquent sur les deux rives, à Brill (car Tchitchakov a enfin compris la situation) et à Studianka.

Général comte Guyot : « Au même instant le corps du général Wittgenstein attaque le IXe corps français (duc de Bellune) à la tête des ponts; une vive canonnade s’engage et dure jusqu’au soir du 28. »

Faber du Faure : « Le 28, dès la pointe du jour, le canon annonça par son tonnerre sur les deux rives que, sur la gauche, Wittgenstein, enfilant la route de Borissov avec ses 40.000 Russes et, sur la droite, Tchitchagov avec 27.000 hommes, marchaient contre les entrées des ponts ; et que le dernier jour était sans doute venu pour la plupart de ces malheureux. »

Heureusement, le terrain sur lequel se déroulent les combats, sur la rive droite, sont peu propices au déploiement en ligne et les français résistent désespérément, en de violents combats de tirailleurs.

Le soldat suisse Bussy : « Nos rangs s’éclaircissent. On n’ose plus regarder à droite et à gauche, crainte de ne plus vois son ami, son camarade. Nos rangs se resserrent, notre ligne se raccourcit et le courage recouble. Horrible carnage ! Pour arriver devant nos ponts, il faut qu’ils nous passent dessus, qu’ils nous écrasent tous jusqu’au dernier. On ne sent pas le froid.

Oudinot est blessé, Ney le remplace, et repousse les russes sur Borisov.

Baron de Bausset : « Le maréchal Oudinot, atteint d’une balle dans le côté, fut obligé de se retirer. Le général Legrand, l’un de nos plus habiles généraux, y fut aussi blessé. Alfred de Noailles y fut tué. »

Sur cette rive, les combats ne vont cesser que bien après la nuit tombée, vers 23 heures.

En face, les troupes de Victor (et notamment les Badois), qui a, depuis 9 heures le matin, toute l’armée de Wittgenstein sur les bras, tiennent tête à l’ennemi, continuant de protéger les ponts aux abords desquels se presse une horde de traînards et une masse de bagages. Pendant des heures, ceux-ci vont entendre siffler les boulets que l’on tire d’une rive à l’autre, par dessus leurs têtes !

Dans une magnifique action, 800 cavaliers, conduits par le colonel von Laroche, repoussent ceux de Wittgenstein (34e chasseurs), qui sont pourtant cinq fois plus nombreux. Mais ils vont être bientôt contraint d’abandonner le terrain.

Rapp : « Je vis des charges d’infanterie et de cavalerie très brillantes ; celles que conduisait le général Fournier (note : en fait, le colonel Fournier a quitté le champ de bataille, blessé) surtout étaient remarquables par leur ensemble et leur impétuosité. »

La confusion est intense, Éblé et ses pontonniers essayant en vain de canaliser cette foule désespérée.

Faber du Faure : « Dès lors, une seule idée, un seul but occupe tous les esprits, celui de gagner le seul pont resté debout ; et pour y atteindre, renversant tout ce qui les entoure, tout ce qui s’oppose à leur passage, chefs, camarades, femmes et enfants, ils les foulent aux pieds on les poussent dans les flots de la Berezina ou dans les :flammes de la maison qui brûlait entre les deux ponts. Victor, avec son corps réduit à environ 6.000 hommes, fit des efforts inouïs pour arrêter Wittgenstein ; et Oudinot, Ney et Dombrowski et leurs 9.000 hommes refoulèrent Tchitchagov sur Stakhov ; mais Wittgenstein dont les forces étaient trop supérieures s’avança de plus en plus vers les ponts, de manière qu’à la :fin, il put diriger le feu meurtrier de son artillerie, bien supérieure en nombre, non seulement sur le corps de Victor, mais encore sur ce groupe épais d’hommes sans défense, sur cet amas de voitures et de chevaux, et même sur le pont. Alors le malheur et le désespoir de cette foule pressée furent à leur comble. Presque chaque coup porta ; les boulets et les obus battaient en brèche cette masse compacte ; les cris de ces malheureux étouffaient le tonnerre du canon et le sifflement des balles, et l’on se pressait avec une nouvelle furie vers le pont. Autour des ponts s’élevaient, comme des collines, des monceaux d’hommes et de chevaux foulés aux pieds ou tués par le feu de l’ennemi ; il fallait, pour gagner les ponts, passer sur leurs corps tout en combattant ; les flots et les glaçons charriés par la rivière les entraînaient de temps en temps, mais ce n’était que pour faire place à d’autres. Enfin la nuit survint, les coups de l’ennemi devinrent plus incertains et finirent par cesser entièrement : vers neuf heures du soir, Victor parvint avec son corps à se frayer un passage à travers cette scène d’horreur et de désolation ; il se rendit à la rive droite, laissant une arrière-garde à Stoudianka. »

Général Griois :

« Un des ponts était affecté au passage des voitures et des chevaux et l’autre à celui des piétons. Cette précaution, fort bonne pour des troupes organisées, devenait impraticable avec une foule sans chefs et sans direction. Les voitures, les chevaux, les piétons suivaient la même route ; arrivés au pont, on refusait le passage aux voitures et aux chevaux ; on voulait même les faire rétrograder. C’était chose impossible, et bientôt les voies furent obstruées…

Les cris des malheureux renversés par les chevaux répandirent l’épouvante. Elle se propage rapidement, elle est au comble, et dès ce moment la confusion devient horrible. Chacun s’exaspérant du danger, cherche son salut dans sa force. On use même des armes pour pénétrer à travers cette multitude qui conserve à peine assez d’énergie pour crier, et qui ne se défend que par des imprécations. Dans cette lutte effroyable, un faux pas était un arrêt de mort ; une fois tombé, on ne se relevait plus. Je vois encore se débattre les malheureux renversés près de moi, dont les têtes apparaissaient par intervalles au milieu de la foule ; on n’écoutait pas leurs cris, ils disparaissaient et le sol s’exhaussait de l’épaisseur de leurs cadavres. »

Le chirurgien Larrey manque de peu, sans cette cohue, d’y laisser la vie:

« On n’entend que des cris lamentables et des hurlements affreux. Les ponts, mal assurés, se rompent encore sous le poids extrême de la foule et toute espérance de salut est, dès ce moment, détruite  (…) Jamais, sans doute, on n’a vu une catastrophe plus affreuse que celle-là. On assure qu’il a péri ou qu’il a été fait prisonnier plus de trente mille personnes. (…) J’avais passé deux fois ce malheureux pont pour sauver une partie de mes équipages que je cherchais vainement et faire passer les caisses d’instruments de chirurgie dont nous avions le plus grand besoin. Le troisième voyage faillit me coûter la vie et, si nom nom et ma personne n’avaient été connus, je n’aurais jamais pu passer. Je me trouvais en effet là au moment du plus grand désordre de la foule, sans pouvoir la percer. J’étais près de périr quand je fus heureusement reconnu. Mon nom fut prononcé. Aussitôt, les regards se tournent vers moi, et chacun s’empresse de m’aider. Transporté de soldat en soldat, je passe de mains en mains jusqu’à l’extrémité du pont et rejoins ainsi le quartier général… »

Maurice de Tascher : « Le 28 – Je me rends au pont à la pointe du jour. Désordre et encombrement horrible. Je manque plusieurs fois d’être étouffé et je passe après 4 heures d’attente (à 11 heures); une demie-heure après, l’ennemi commence à tirer et le passage devient un massacre. Combat à Borisow (?), Nombre immense d’hommes et de chevaux noyés. Je vais me restaurer dans un village près de la rivière; la vue des Cosaques me fait partir. Je fais trois lieues sur une chaussée étroite au milieu des bois et des marais et j’arrive à Zembin, petite ville. »

Le cuirassier Tirion : « Il en résulta un encombrement que je ne verrai plus, je l’espère, et que je désire que personne ne voie plus, car c’était un spectacle effrayant à voir. Tous ces soldats qui, quelques temps plus tôt, se seraient tous élancés pour rendre service à leurs frères d’armes, ne songeaient plus qu’à leur conservation individuelle, cherchant à se sauver, même au dépens de ceux qui les entouraient. Tout homme qui faiblissait ne pouvait plus se relever, on marchait dessus, il était écrasé. » »

C’est également le 28 que Alexandre Bellot de Kergorre passe la rivière.

« A peine lancé dans la foule, nous fûmes dispersés comme du sable au vent; je me trouvai porté quelques instants et perdis mon cheval que je tenais par la bride (…) Il fallait, ou passer la Bérézina à la nage, ou courir le risque d’être étouffé en cherchant à gagner le pont; je me déterminai pour ce dernier parti (..) Les boulets passaient en quantité sur ma tête; l’ennemi visait cette masse, mais, suivant sa coutume, il visait trop haut : le danger des projectiles était le moindre, on n’y faisait pas attention (..) On se poussait, on se tirait, comme dans toutes les foules où règne la terreur (..) J’étais sauvé. Le pont me venait un peu plus haut que l’estomac. Je réunis le peu de forces qui me restaient pour m’élancer dessus et parvint à y grimper. Je me trouvais alors à vingt pas du commencement; il était couvert de monde, mais on y passait en ordre, puisqu’il n’y avait dessus ni hommes ni chevaux morts. On avançait comme le fait une grande foule dans un terrain uni, quand elle est pressée. »

Constant : « J’ai dit que le pont était sans rebords. On voyait une foule de malheureux, qui s’efforçaient de le traverser, tomber dans le fleuve et s’abîmer au milieu des glaces. D’autres essayaient de s’accrocher aux misérables planches du pont, et restaient suspendus sur l’abîme jusqu’à ce que leurs mains, écrasées par les roues des voitures, lâchassent prise; alors ils allaient rejoindre leurs camarades, et les flots les engloutissaient. »

Coignet : « .. Derrière nous se passait une scène épouvantable : Les russes dirigeaient sur la foule qui encombrait les ponts les feux de plusieurs batteries qui décimaient ces masses en désordre. De notre position, l’on voyait tomber cette grêle de feu sans qu’il fut possible de secourir nos malheureux compagnons. Tous couraient pêle-mêle vers les ponts; les voitures se heurtaient, et la confusion fut si grande, qu’hommes et femmes se précipitaient des ponts dans la Bérézina et disparaissaient, engloutis par les glaces que charriait la rivière. Personne ne peut se faire une idée d’un pareil tableau. Cinq mille personnes des deux sexes périrent dans la Bérézina, et nous y perdîmes le riche butin que nous avions fait au début de la campagne. »

Baron de Bausset : « (…) le 28 au soir, les grandes masses. russes arrivèrent et menacèrent ces ponts encore encombrés d’une foule de chariots et de passagers, qui se nuisaient à eux-mêmes par la précipitation de leurs tentatives pour échapper aux Russes : ceux-ci s’annonçaient déjà par de nombreux Cosaques, dont l’approche bruyante faisait refouler sur l’espace étroit du pont tout ce qui était encore sur le bord glacé de la Bérézina. Le désordre fut à son comble, lorsque l’artillerie ennemie dirigea la mort sur cette dernière planche de salut. Nous perdîmes beaucoup de monde : une partie fut précipitée dans les flots par ceux des nôtres qui tentaient de s’ouvrir passage, et I’autre fut mitraillée sans pitié par le canon ennemi. »

La nuit survient enfin, séparant les combattants épuisés. Victor a perdu près de 3.000 hommes, les russes le double. Mais les français ont conservé la rive gauche. Un calme relatif succède à ces combats meurtriers. L’Empereur couche à Zanivski.

Victor et ses hommes passent la rivière le soir même, entre neuf heures et minuit, profitant de l’inattention de l’ennemi. Aussitôt sur l’autre rive il fait mettre en batterie les restes de son artillerie.

Cette nuit est également mise à profit pour essayer de déblayer les abords des ponts. Car il faut, le lendemain, sauver ce qu’il reste du corps d’armée de Victor, et le plus possible de traînards. C’est là encore la tâche d’Éblé et de ses hommes, pourtant épuisés.

Colonel Chapel : « Il fallu faire une tranchée à travers un encombrement de cadavres d’hommes et de chevaux et de voitures brisées ou renversées (…) Le 9e corps (…) défila sur le pont en très bon ordre, emmenant avec lui toute son artillerie. » »

Sur la rive qu’il vient de quitter, des milliers d’hommes attendent, de façon incompréhensible, la levée du jour, pour passer eux aussi, alors que la route, là, est libre !  Ils se mettent à préparer le repas : le bois et la viande ne manquent pas !

Éblé et Victor, sur l’ordre de Napoléon, repassent la rivière et s’efforcent de les faire bouger, pour éviter qu’ils ne restent sur la rive gauche. Les ponts sont encore là ! Mais à l’aube, c’est l’ordre donné par l’empereur, ils doivent être détruits !

Le passage de la Bérézina, vu par différents artistes.

Le passage de la Berezina - Langlois
Le passage de la Berezina – Langlois

Malgré ces ordres, Éblé retarde le moment de mettre le feu aux ponts, sauvant ainsi encore quelques centaines de malheureux.

Mais vers neuf heures, les russes sont presque là, sur les talons de l’extrême arrière garde française (division Girard), qui, pour passer, doit escalader des monceaux de cadavres. Derrière eux, les Cosaques.

Le passage de la Berezina - Langlois
Le passage de la Berezina – Langlois

Éblé ne peut plus reculer et, la mort dans l’âme, donne l’ordre fatidique. C’est alors, sur la rive opposée, l’ultime ruée, accompagnée d’une immense clameur.

Constant : « Le pont fut brûlé à huit heures du matin ».

Ségur : « Il était huit heures et demie du matin, lorsqu’enfin Éblé, voyant les russes s’approcher, y mis le feu.

Le désastre était arrivé à son dernier terme. Une multitude de voitures, trois canons, plusieurs milliers d’hommes, des femmes et quelques enfants furent abandonnés sur la rive ennemie. On les vit errer par troupes désolées sur les bords du fleuve. Les uns s’y jetèrent à la nage, d’autres se risquèrent sur  les pièces de glace qu’il charriait; il y en eut qui s’élancèrent, tête baissée au milieu des flammes du pont, qui croula sous eux : brûlés et gelés tout à la fois, ils périrent par deux supplices contraires ! Bientôt, on aperçu les corps des uns et des autres s’amonceler et battre avec les glaçons contre les chevalets ; le reste attendit les Russes. Wittgenstein ne parut sur les hauteurs qu’une heure après le départ d’Éblé, et, sans avoir remporté la victoire, il en recueillit les fruits. « 

Le margrave de Bade assiste à la destruction des ponts : « Le jour était venu et on travaillait avec le plus grand zèle à la destruction des ponts. C’était un spectacle déchirant de voir tant de blessés et de malades qui demeuraient sur l’autre bord et qui se trouvaient maintenant livrés à l’ennemi (…) La masse des soldats isolés qui tombèrent en activité peut être, sans exagération, estimée à dix mille hommes. Quarante canons et la plupart des voitures de tous les généraux, avec une partie de la caisse militaire, restèrent là, et le butin doit avoir été grand. »

Le sergent Bourgogne est `a aussi :

« Nous avions passé une mauvaise nuit. Beaucoup d’hommes de la Garde impériale avaient succombé . Il pouvait être 7 heures du matin. C’était le 29 novembre. J’allai encore auprès du pont, afin de voir si je rencontrerais des hommes du régiment. Ces malheureux, qui n’avaient pas voulu profiter de la nuit pour se sauver, venaient, depuis qu’il faisait jour, mais trop tard, se jeter en masse sur le pont. Déjà l’on préparait tout ce qu’il fallait pour le brûler. J’en vis plusieurs qui se jetèrent dans la Bérézina, espérant la passer à la nage sur les glaçons, mais aucun ne put aborder. On les voyait dans l’eau jusqu’aux épaules, et là, saisis par le froid, la figure rouge, ils périssaient misérablement. J’aperçus, sur le pont, un cantinier portant un enfant sur sa tête. Sa femme était devant lui, jetant des cris de désespoir. Je ne pus en voir davantage ; c’était au-dessus de mes forces. Au moment où je me retirais, une voiture dans laquelle était un officier blessé, tomba en bas du pont avec le cheval qui la conduisait, ainsi que plusieurs hommes qui accompagnaient. Enfin, je me retirai. On mit le feu au pont ; c’est alors, dit-on, que des scènes impossibles à peindre se sont passées. Les détails que je viens de raconter ne sont que l’esquisse de l’horrible tableau. »

C’est alors que les scènes les plus horribles se déroulent. Ségur :

Alors, comme dans toutes les circonstances extrêmes, les cœurs se montrèrent à nu, et l’on vit des actions infâmes et des
actions sublimes ! Suivant leurs différents caractères, les uns, décidés et furieux, s’ouvrirent le sabre à la main un horrible passage. Plusieurs frayèrent à leurs voitures un chemin plus cruel encore ; ils les faisaient rouler impitoyablement au travers de cette foule d’infortunée qu’elles écrasaient. Dans leur odieuse avarice, ils sacrifiaient leurs compagnons de malheur au salut de leurs bagages. D’autres, saisis d’une dégoûtante frayeur, pleurent, supplient et succombent, l’épouvante achevant d’épuiser leurs forces. On en vit, et c’étaient surtout les malades et les blessés, renoncer à la vie, s’écarter et s’asseoir résignés, regardant d’un oeil fixe cette neige qui allait devenir leur tombeau ! …

On aperçut des femmes au milieu des glaçons, avec leurs enfants dans leurs bras, les élevant à mesure qu’elles enfonçaient ; déjà submergées, leurs bras roidis les tenaient encore au-dessus d’elles !

Au milieu de cet horrible désordre, le pont de l’artillerie creva et se rompit ! La colonne engagée sur cet étroit passage voulut en vain rétrograder . Le flot d’hommes qui venaient derrière, ignorant ce malheur, n’écoutant pas les cris des premiers, poussèrent devant eux, et les jetèrent dans le gouffre, où ils furent précipités à leur tour.

Tout alors se dirigea vers l’autre pont. Une multitude de gros caissons, de lourdes voitures et de pièces d’artillerie y affluèrent de toutes parts…

Ces flots de misérables roulaient les uns sur les autres ; on n’entendait que des cris de douleur et de rage ! Parmi eux des femmes, des mères, appelèrent en vain d’une voix déchirante leurs maris, leurs enfants, dont un instant les avait séparées sans retour ; elles leur tendirent les bras, elles supplièrent qu’on s’écartât pour qu’elles pussent s’en approcher ; mais emportées çà et là par la foule, battues par ces flots d’hommes, elles succombèrent sans avoir été seulement remarquées. Dans cet épouvantable fracas d’un ouragan furieux, de coups de canon, du sifflement de la tempête, de celui des boulets, des explosions des obus, de vociférations, de gémissements, de jurements effroyables, cette foule désordonnée n’entendait pas les plaintes des victimes queue engloutissait ! »

De fait, le français Langeron note : « Toutes les richesses de Moscou y étaient rassemblées; on y voyait plus de 10.000 voitures, et dans ce nombre, de magnifiques équipages, berlines, calèches, phaétons, droshkis, etc. pris dans la capitale, dans les hôtels des seigneurs où dans les ateliers des selliers, trophées qu’on s’était proposer de mener à Paris. »

Les Cosaques  massacrent un nombre de survivants estimé à entre 5.000 et 10.000….

Le Margrave de Bade, qui commande la brigade badoise :

« Le jour était venu et on travaillait avec le plus grand zèle à la destruction des ponts. C’était un spectacle déchirant de voir tant de blessés et de malades qui demeuraient sur l’autre bord et qui se trouvaient maintenant livrés à l’ennemi. Aucune plume ne peut décrire la désolation qui s’offrit à nos yeux lorsque les Russes prirent possession de la rive gauche. La masse de soldats isolés qui tombèrent en captivité peut être sans exagération estimée à 10 000 hommes. Quarante canons et la plupart des voitures de tous les généraux, avec une partie de la caisse militaire, restèrent là, et le butin doit avoir été grand. »

De Zembin, Napoléon écrit à Marie-Louise :

Ma bonne amie, je sais que 15 estafettes m’attendent à trois journées d’ici. J’y trouverai donc 15 de tes lettres. Je suis bien chagrin de penser de la peine que tu vas avoir d’être tant de jours sans mes nouvelles, mais je sais que dans les occasions extraordinaires je dois compter sur ton courage et ton caractère. Ma santé est parfaite, le temps bien mauvais et très froid. Adieu, ma douce amie, deux baisers au petit roi pour moi. Tu connais toute la tendresse des sentiments de ton époux.

Le roi de Naples, le vice-roi, le prince de Neuchâtel se portent bien. Donne de leurs nouvelles à leurs femmes, ainsi que le grand maréchal (Duroc), qui écrit, et tous mes aide-de-camps. Donne aussi des nouvelles de son fils à Madame Montesquiou.

La bataille de la Bérézina est terminée. Et pourtant, de terribles épreuves attendent encore les rescapés.