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26 au 28 novembre 1812 – La Bérézina

27 novembre 1812

Le 27, Napoléon passe (note : à quelle heure ?), avec son quartier général, sur la rive droite et se rend à Zwanicky, où se trouve aussi Oudinot.

Général Bro :

« Le 27 novembre, les pionniers placèrent la tente de I’Empereur entre la Bérézina et les marais de Zaniwski (sic), sur un tertre où, le 25 juin 1708, Charles XII s’était arrêté pendant sa marche sur Moscou »

Sergent Bourgogne : « Ce jour là (le 27) l’Empereur passa la Bérézina avec une partie de la Garde et environ mille hommes appartenant au corps du maréchal Ney. »

Général comte Roguet : « Le 27 à 6 heures du matin, Napoléon passe sur la rive droite ».  

Général comte Guyot : « 27 novembre, passé la Bérézina. Avec le Régiment et l’Empereur. »

Bellot de Kergore : « Vers deux heures, Sa Majesté passa la rivière avec (la Garde) et laissa d’excellents bivouacs vacants. On la vit s’établir sur la rive (droite), ce qui annonçait qu’on irait pas loin ce jour là. »

Marbot : « Le 27 au soir (sic), l’Empereur passa les ponts avec sa garde et vint s’établir à Zawniski, où la cavalerie reçut l’ordre d’aller les rejoindre. Les ennemis n’y avaient pas paru. »

Baron de Bausset : « Le quartier général de l’empereur, et lui-même de sa personne, ne passa qu’après les troupes régulières. Les équipages de la maison impériale formaient une espèce de convoi à la tête duquel était notre voiture. Venait ensuite le fourgon du trésor de la couronne , quelques autres fourgons de la maison, la voiture de la chambre de l’empereur, etc. , puis celle du général Belliard, qui n’était pas encore rétabli de la blessure qu’il avait reçue sur le champ de bataille de la Moscowa , ensuite le général Dumas, intendant général de J’armée, atteint d’un maladie chronique, dont le médecin en chef de l’armée, le célèbre et bon M. Desgenettes , commençait à le guérir. M. Méjean, secrétaire des commandemens du vice-roi, venait après, etc., etc., etc. La dernière voiture du cortège était celle du comte Daru; (..) Nous marchions escortés par une compagnie de la jeune garde et par un petit détachement de la gendarmerie d’élite. Pendant que nous cheminions paisiblement pour nous rendre à Zembin avec le corps d’avant-garde, dont le vice-roi avait pris le commandement depuis le passage de la Bérézina, nos braves contenaient le général Tchitchagof et le mirent hors d’état d’inquiéter le passage de la Bérézina , qui s’effectua avec ordre et tranquillité le premier jour. »

Le mameluk Ali :  » Le lendemain l’ordre fut donné de passer le pont. Ce pont, qui était sur chevalets, et dont le tablier n’était pas à plus de un pied de la surface de l’eau, ne me parut pas des plus solides, surtout ayant à résister à une grande quantité de glaçons que la rivière charriait assez rapidement. Pendant que plusieurs généraux, ayant l’épée à la main, contenaient la multitude qui se pressait aux abords du pont, le grand-écuyer, chargé de la police, faisait passer avec ordre et successivement les équipages de la Maison de l’Empereur et le train d’artillerie, recommandant aux conducteurs d’aller doucement et à distance pour ne pas trop fatiguer le pont. En même temps, il faisait filer à droite et à gauche des voitures, les grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde. Je fus un des premiers qui passèrent. Dans le parcours, je crus plus d’une fois que le pont allait s’enfoncer, sous le poids des canons et des fourgons…

Nous passâmes ensuite un bois marécageux qui bordait la rive gauche de la rivière. La terre n’étant gelée que de quelques pouces, le chemin tracé que l’on prit ne présenta plus bientôt qu’un long bourbier, que l’on fut obligé de couvrir de branches d’arbres mises en travers, pour que les roues des canons et des voitures ne s’enfonçassent pas trop profondément. On se tira de ce défilé avec assez de peine ; à chaque pas, les pauvres chevaux s’abattaient, embarrassés qu’ils étaient par les branches sur lesquelles ils marchaient. Ceci passé, le chemin devint un peu plus solide. Nous trouvâmes trois petits ponts peints en gris, élégamment construits, ayant même de chaque côté des rampes dont les barreaux étaient tournés. Ces pont étaient à un quart d’heure l’un de l’autre et jetés sur des ruisseaux larges et profonds, dont les abords étaient fangeux. On ne conçoit pas comment les Russes avaient oublié de détruire ces ponts , le désordre, qui était déjà très grand dans l’armée, s’en fût augmenté, car leur réparation ou leur reconstruction eût retardé notre marche. »

Maurice de Tascher : « Le 27. La garde d’honneur se rassemble et reste en bataille, depuis le matin jusqu’à 2 heures après-midi, près de la tête de pont; puis chacun s’en va pour son compte. » 

Le capitaine Louis Begos a vu l’Empereur, ce jour là : « Napoléon n’était plus le grand Empereur que j’avais vu aux Tuileries ; il avait l’air fatigué et inquiet. Il me semble encore le voir avec sa fameuse redingote grise. Il nous quitta au galop, parcourut tout le 2e corps d’Oudinot. Je le suivais des yeux quand je le vis s’arrêter devant le premier régiment suisse qui se trouvait dans notre brigade. Mon ami, le capitaine Rey, fut à même de le contempler tout à son aise. Comme moi, il fut frappé de l’inquiétude de son regard. (…)

De temps à autre, il prenait sa longue-vue. Connaissant les mouvements de l’armée russe, qui arrivait à marches forcées des bords du Dniepr, il craignait d’être coupé et à la merci de l’ennemi qui voulait nous envelopper de trois côtés à la fois avant que les ponts fussent achevés ; je ne sais si je me trompe, mais je crois que ce moment fut un des plus cruels de sa vie. Sa figure ne trahissait cependant pas d’émotion ; on n’y reconnaissait que de l’impatience. (…) »

Dans la journée, les passages vont reprendre : ce sont les restes du IVe corps (Eugène), du IIIe (Ney), du Ve (Poniatowski) du VIIIe (Westphaliens).

Général comte Roguet : « Eugène, Ney, Poniatowski, les Westphaliens, 4e, 3e, 5e et 8 corps, ensemble 6.000 hommes, arrivent, traversent et s’engagent sur la route de Zembin, afin de prévenir l’ennemi sur une série de ponts de plusieurs centaines de toises. »

Mais, pour les deux premiers, il s’agit d’environ 2.000 hommes, pas plus de 500 à 600 hommes pour les deux autres ! Car la désorganisation est indescriptible, les traînards fort nombreux.

Faber du Faure (officier d’artillerie, 25e division – Wurtembergeois -, IIIe  corps de Ney) : Le 27 novembre à deux heures du matin, les gardes, le 3e corps d’armée et, avec ce dernier, la 25e division (de 6 régiments d’infanterie, 4 régiments de cavalerie et 1.000 hommes d’artillerie, elle ne comptait plus dans ses rangs que 150 hommes sans canon), quittèrent le bivouac de Stoudianka, et passèrent les ponts pour se rendre à la rive droite. Les officiers surnuméraires suivirent ce mouvement à sept heures du matin. Ce départ fut pour plusieurs milliers de traîneurs de la Grande Armée qui se trouvaient dispersés au loin dans les bivouacs d’alentour un signal pour se précipiter également sur les ponts. On vit, à la pointe du jour, une masse épaisse et confuse d’hommes, de chevaux, de voitures se porter vers les passages étroits des ponts, et les enlever pour ainsi dire d’assaut. Quoique l’ennemi ne fut point à proximité, cette affluence n’en était pas moins effrayante ; et ce qui contribuait encore à l’augmenter, c’est que la gendarmerie et les pontonniers, conformément aux ordres qu’ils en avaient reçus, ne laissaient passer le pont qu’à des détachements de troupes en rangs ou aux officiers et soldats armés, et repoussaient de l’entrée tous les autres, en employant la force des armes. Des centaines d’hommes furent, dans la presse, écrasés contre les ponts ou sous les pieds ou bien précipités dans l’eau.

Ceux qui avaient la permission de passer les ponts, ne couraient moins de danger que lorsque, par un heureux hasard ils pouvaient, au milieu de la foule, se tenir dans la prolongation des rampes et qu’ils étaient portés sur les garde-fous par cette masse mouvantes. Mais dès qu’on les manquait, on était en danger ou d’être broyé sous les pieds, ou de tomber dans les glaces de la Bérézina. Au milieu de cette terrible agitation, on vit l’Empereur, la sérénité sur le front, s’arrêter au rivage, entre les ponts, faire tous ses efforts pour ramener l’ordre dans cette confusion et le calme dans ce tumulte, pour débrouiller ce chaos. Il dirigea le passage jusque vers le soir, puis il se rendit avec sa suite sur la rive droite et fixa son quartier-général dans le hameau de Zanivki, à une demi-lieue de la Berezina.

La plupart des nôtres, après avoir atteint la rive droite, y campèrent aussitôt. Sans s’inquiéter de ce qui se passait autour d’eux, ils ne songèrent qu’à allumer des feux pour faire la cuisine et se chauffer, et firent en un mot toutes les dispositions nécessaires pour bivouaquer cette nuit. Soins perdus ! A peine était-on parvenu, au milieu d’une neige violente et après de longs essais, à mettre les feux en ordre ; à peine avait-on fait fondre la neige pour en obtenir de l’eau, que des troupes du 9e corps d’armée arrivèrent à la rive droite, se déployèrent sur l’emplacement de ce bivouac ; et ceux qui l’avaient établi se virent réduits à la nécessité de chercher un autre gîte pour la nuit. »

Au soir de cette journée du 27, le Ie corps (Davout) arrive enfin à Studianka. Il s’agit là de trois à quatre mille hommes, certes épuisés, mais armés et avec de l’artillerie. Dans le même temps, le IXe corps  de Victor, qui arrive de Polotsk, poursuivi par Wittgenstein,  et qui en un mois a perdu 10.000 hommes, s’est replié et s’est placé entre Borisov et Studianka.

La division Partouneaux (corps d’armée d’Oudinot), elle-même embarrassée de milliers de fuyards, à qui l’on a fait croire au passage à Borisov, est coupée de Studianka, et, malgré une résistance héroïque, contrainte de se rendre au matin du 28.

Rapp : « Partouneau avait été pris, toute sa division avait mis bas les armes ; un aide-de-camp du maréchal Victor vint confirmer cette triste nouvelle. Napoléon fut vivement affecté d’un malheur si inattendu. < Faut-il après avoir échappé comme par miracle, après avoir complètement battu les Russes, que cette défection vienne tout gâter ! « 

Caulaincourt : « L’échec de l’amiral Tchitchagov aurait décidé entièrement en notre faveur la hasardeuse opération du passage de la Berezina, sans un de ces événements qui échappent à toutes les combinaisons humaines parce qu’ils sont hors de toute probabilité. Il n’y avait point de doute que le reste de l’armée l’eût passée sans difficultés et eût été sauvée, si [une division] la division Partouneaux restée à Borissov et qui devait rejoindre le duc de Bellune [le maréchal Victor] à la nuit, ne se fût pas trompée de route dans l’obscurité, à l’embranchement de celle de Stoudianka avec celle de Veselovo. Le général Partouneaux et une partie de l’état-major, croyant être sur la bonne route et avoir le duc de Bellune devant eux, marchaient avec toute confiance à la tête de la division pour reconnaître à l’avance la position qu’elle prendrait, lorsqu’ils tombèrent au milieu des Russes et furent faits prisonniers. L’ennemi, averti d’avance de l’erreur de ces officiers et que la division les suivait, avait fait ses dispositions pour les laisser avancer. Le général de division était pris ; sa division capitula aussi sous les ordres des généraux Le Camus et Blanmont. »

Général comte Roguet : « Cependant, Victor arrive, le 27, au pont de Stoudianka mais sa dernière division, partie de Borissov dans la nuit, s’égare et tombe entre les mains des Russes ; 4.000 hommes du général Partouneaux, restés à Borissov, où ils étaient inutiles depuis le 26 au soir au milieu d’une masse d’isolés, mettent bas les armes, après avoir perdu 2.000 soldats en essayant de rejoindre l’armée. »

L’Empereur couche à Zanivski.

Maurice de Tascher : « Bivouac et nuit cruelle près du pont. Je perds mon frère et mes camarades. »

Claude Victore Perrin en 1812 - (Portrait par Gros)
Claude Victore Perrin en 1812 – (Portrait par Gros)

La journée du lendemain (28) s’annonce périlleuse et décisive. Car Tchitchakov va bien finir par venir attaquer les français qui sont déjà sur la rive droite, pendant que Kutusov et Wittgenstein les presseront sur leurs arrières. Napoléon demande à Victor de couvrir le point de passage, tout en laissant quelques troupes à Borisov. Au soir du 27, ce sont près de 72.000 russes (sans compter les 30.000 de Kutusov) qui sont prêts à fondre sur 30.000 français, partagés sur les deux rives de la rivière, et encombrés de 40.000 traînards !

Carte des environs de Studianka
Carte des environs de Studianka

La nuit survient, et pourtant, une fois encore, les traînards se refusent à passer les ponts !

Général comte Roguet : « Nombre de maraudeurs s’obstinèrent encore comme la nuit précédente, à bivouaquer sur la rive gauche au lieu de profiter des ponts pour s’écouler. »

Ségur : « Dans la nuit du 27 au 28, le désordre cessa par un désordre contraire. Le ponts furent abandonnés, le village de Studianka attira tous ces traîneurs : en un instant il fut dépecé, il disparut et fut converti en une infinité de bivouacs…Toute cette nuit fut encore perdue pour le passage. »

Marbot, qui s’inquiète de ne pas voir arriver le cheval portant « la petite caisse et les pièces de la comptabilité des escadrons » retourne vers les ponts :

« (..) je croyais les ponts encombrés. Je m’y rends donc au galop, et quel est mon étonnement de les trouver complètement déserts ! Personne n’y passait en ce moment, tandis qu’à cent pas de là et par un beau clair de lune j’apercevais plus de 30.000 traînards ou soldats isolés de leurs régiments, qu’on surnommait rôtisseurs (…) Du reste, pas un officier de la maison impériale , pas un aide de camp de l’état-major de l’armée ni d’aucun maréchal n’était là pour prévenir ces malheureux et les pousser au besoin vers les ponts ! »

Carte de la bataille
Carte de la bataille

Colonel Planat de La Faye : « J’eus l’occasion d’observer dans cette circonstance, combien le malheur abrutit et rend imprévoyant. Le pont resta libre toute la nuit sans qu’il y passât peut-être vingt personnes. J’engageai quelques-uns des malheureux traînards, qui étaient près de moi, à profiter de cette facilité pour passer à l’autre rive ; mais comme ils n’y voyaient ni feu ni village, ils préféraient passer la nuit accroupis devant les tisons d’un mauvais feu de bivouac, plutôt que d’acquérir un salut certain au prix d’une nuit passée sans feu. La plupart de ces malheureux périrent le lendemain… »

Le sergent Bourgogne passe sans encombre, au matin du 28 :

« A l’entrée de la nuit, nous fûmes assez tranquilles. Chacun s’était retiré dans ses bivouacs et, chose étonnante, plus personne ne se présentait pour passer le pont ; pendant toute la nuit du 27 au 28, il fut libre. Comme nous avions du bon feu, je m’endormis, mais, au milieu de la nuit, la fièvre me reprit, et j’étais encore dans le délire, lorsqu’un coup de canon me réveilla. Il faisait jour ; il pouvait être 7 heures. Je me levai, je pris mes armes et, sans rien dire à personne, je me présentai à la tête du pont et je traversai absolument seul. Je n’y rencontrai personne que des pontonniers qui bivouaquaient sur les deux rives pour remédier lorsqu’il y arrivait un accident.

Lorsque je fus de l’autre côté, j’aperçus, sur ma droite, une grande baraque en planches. C’était là où l’Empereur avait couché et où il était encore. Comme j’avais froid à cause de ma fièvre, je me présentai à un feu où étaient plusieurs officiers occupés à regarder sur une carte, mais je fus si mal reçu que je dus me retirer. »