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États-Unis – La réponse américaine

En 1800, les Américains considèrent l’Espagne comme une nation corrompue. Les Espagnols, qui gouvernent toujours le territoire, déclarent nul, en 1802,  le traité de San Lorenzo, ce que les marchands américains considèrent comme un acte détestable. Le gouverneur Espagnol de la Louisiane, toujours en fonction après la Convention de San Ildefonso, interdit alors le trafic fluvial aux américains jusqu’à la Nouvelle-Orléans, en octobre 1802, aggravant les tensions entre les États-Unis et l’Espagne et accroissant le  désir de Jefferson d’obtenir cette ville stratégique. La lettre de James Madison à Carlo Martinez de Yrujo, le 25 novembre 1802, montre les difficultés pour les Américains de savoir si l’intendant Espagnol a fermé unilatéralement la Nouvelle-Orléans au commerce américain ou si c’est le gouvernement espagnol de Madrid qui l’a ordonné. [1]

Les plans d’Alexander Hamilton pour une solution militaire de cette nouvelle crise inquiètent Jefferson, qui espère éviter la guerre et souhaite éviter à tout prix, pour son rival, Hamilton, la gloire d’une guerre. Hamilton épouse souvent des sentiments pro-britanniques, du fait des liens linguistiques et culturels entre les Américains et les Britanniques. [31] Le traité de Geai de 1794, par lequel les États-Unis acceptaient la neutralité, tout en “penchant” pour la politique Britannique, représentait la position de Hamilton .[2]  De Hauts Fédéralistes collaboraient même avec les Britanniques pour attaquer la Louisiane et la Floride et les articles dans le New York Evening Post soutenaient la saisie de la Floride et de  la Nouvelle-Orléans par la force. La conscience qu’a Jefferson de ces sentiments encourage donc le président à chercher une solution paisible à la crise.[3]

Par opposition à Hamilton, Jefferson voulait fermement et espérait une solution diplomatique.  Sagement, il reconnaissait l’importance du commerce pour la politique étrangère et combien la guerre pouvait menacer les relations commerciales de l’Amérique avec l’Europe et, au bout du compte, l’économie domestique. D’autres américains éminents partageaient de tels sentiments, car Fédéralistes et Républicains croyaient que la neutralité servait mieux les intérêts d’une Amérique militairement faible, surtout après les difficultés qu’elle avait eu à venir à bout des pirates barbares, en 1802. Quoi qu’il en soit, par prudence et pragmatisme, Jefferson se prépare, de 1802 à 1803, à la guerre contre Napoléon, pour le cas d’un échec de la diplomatie.[4]

Carte des États-Unis en 1800
Carte des États-Unis en 1800

La politique étrangère américaine envers la France s’aventure ainsi de nouveaux dans des eaux hostiles, pendant que les affaires avec la Grande-Bretagne commence à s’améliorer, malgré la haute-main de cette dernière sur les transports de et vers la France, durant les guerres révolutionnaires et de Napoléon, et en dépit du ressentiment résiduel envers l’ancienne mère patrie de l’Amérique, datant de l’époque coloniale. Surtout, on ne peut ignorer que Jefferson ne désirait pas apparaître comme subordonné à Londres, même si, afin d’effrayer la France, Jefferson menacé de alliance avec la Grande Bretagne contre la France pour saisir les territoires, lorsque la guerre en Europe aura recommencé, ce qui semble de plus en plus probable.[5]  Jefferson fait merveilleusement pat de ses idées à Robert R. Livingston, le ministre américain en France, lorsqu’il écrit :

« le jour où la France prendra possession de la Nouvelle-Orléans, sera celui de la sentence qui la maintiendra dans ses eaux continentales. Cela scellera l’union de deux nations qui, ensemble, peuvent s’assurer la possession exclusive des océans. A partir de ce moment , il nous faut nous marier avec la flotte et la nation anglaises. »[6] 

Peut-être seulement à demi sérieux, Jefferson essayé principalement d’utiliser cette menace d’une alliance avec la Grande Bretagne afin d’intimider la France, alors qu’en réalité il ne souhaite pas vraiment un partenariat contre une France qu’il aime, avec l’ennemi de l’Amérique pendant la Guerre d’Indépendance Américaine.[7]

La crise diminue finalement un peu lorsque Jefferson reçoit des nouvelles de la restauration des droits Américains sur dépôt à la Nouvelle-Orléans, la guerre menaçant de plus en plus en l’Europe, et les problèmes auxquels l’armée de Leclerc est confrontée dans les Caraïbes. Ironie de l’Histoire, c’est á ce moment qu’est signée la paix, éphémère, d’Amiens, le mois même où Jefferson  fait les premières ouvertures à Pierre Samuel Dupont de Nemours, et que Rufus King explore les possibilités pour l’Amérique d’acheter des territoires français en Amérique du Nord.

Pour commencer, Jefferson envoie à Du Pont de Nemours une note destinée à convaincre les Français de l’importance de céder aux États-Unis, tous les territoires  français en Amérique du nord,  nord Américain territoire aux États-Unis. Du Pont, cependant, ne délivrera ce message, que si les États-Unis aident la France à gagner le Canada, en échange de la rétrocession de la Louisiane ou d’une offre acceptable en monnaie pour Bonaparte. Peu favorable à l’offre de Dupont et doutant des capacités du négociateur américain  à Paris, Livingston, Jefferson fait partir un envoyé spécial à Paris, avec les instructions afin d’obtenir la Nouvelle-Orléans, de manière à diminuer l’influence de la France et de l’Europe en général en Amérique du nord, et d’évaluer les chances de la France dans une guerre contre les États-Unis.

En plus de la Nouvelle-Orléans, Jefferson veut aussi la Floride, en particulier Mobile Bay et Pensacola, ce qui assurerait la souveraineté des Etats-Unis à l’est du Mississipi. que les Florides, la Baie particulièrement Mobile et Pensacola, pour que les États-Unis aurait l’est de souveraineté du Mississippi.[8] Jefferson, comme Benjamin Franklin, a compris l’importance stratégique de Nouvelle-Orléans pour les échanges et, contrairement  à Montesquieu, Jefferson et Madison pensent qu’une plus grande république diminuera “les passions locales. ” [9]

Le 2 mars 1803, Madison écrit à Livingston et à Monroe qu’il espère obtenir de la France consulaire la Nouvelle-Orléans, la Floride orientale et la Floride occidentale, ce qui ferait du Mississipi la frontière entre les États-Unis et la Louisiane. Il ajoute, que n’importe quel accord avec la France devra inclure la libre navigation et le commerce sur le Mississippi, pour la France et les États-Unis. Le 11 avril 1803, l’armée de Leclerc ayant subi des pertes atroces à Haïti, la capacité française maintenir le contrôle sur la Louisiane en étant conséquemment réduite, et la guerre entre la France et la Grande Bretagne semblant imminente, Talleyrand, de façon inattendu, informe l’ambassadeur américain Robert Livingston que Bonaparte est prêt à vendre aux États-Unis tous les territoires de la  Louisiane, afin de gagner de l’argent pour financer la prochaine guerre européenne.[10]

Le traité d'achat
Le traité d’achat

Le 12 avril, 1803, James Monroe arrive en France et commence des négociations avec François Barbé-Marbois de François, représentant de Bonaparte. Le 2 mai 1803, les négociateurs américains, Robert Livingston et James Monroe, obtiennent la Louisiane entière, au lieu de seulement la Nouvelle-Orléans, pour quinze millions de dollars ou onze millions et demi de dollars en monnaie comptant, soit seulement quelques pennies l’acre, et l’annulation de trois millions et demi de dollars de dette. En fait, les États-Unis avaient voulu vingt millions de dollars de réparations pour les bateaux américains saisis par les Français pendant la Quasi Guerre, avant la Convention de 1800; ils n’obtiennent aucune indemnité financière de la France de Napoléon, et au contraire doivent payer des millions de dollars à la France, pour la Louisiane.[11]

Livingston et Monroe écrivent d’abord Washington pour annoncer la cession, le 13 mai, 1803. Les journaux républicains applaudissent à l’achat, alors que les journaux fédéralistes dénoncent le traité. Néanmoins, la popularité de Jefferson augmente de façon notable lorsque l’achat devient largement connu; peu de temps après il annonce l’accord au public américain public, au moment de l’Independance Day de 1803. Pendant ce temps, un débat au Congrès s’instaure sur la question de savoir si les États-Unis doivent ou ne doivent pas acheter le territoire. Jefferson considère qu’un amendement constitutionnel est nécessaire pour légaliser l’achat., mais beaucoup craignent que Bonaparte retirera son offre si le Congrès tergiverse sur le sujet en débattant de la constitutionnalité de l’achat. Des américains de renom comme John Adams et Alexander Hamilton, exprima leur soutien à l’achat de la Louisiane, le 20 octobre 1803, le Sénat des États-Unis ratifie l’accord avant qu’une éventuelle crise constitutionnelle ne vienne empêcher la mise en application pratique de l’achat.


NOTES

[1] Kastor, The Louisiana Purchase, 3; James Madison, “Letter from James Madison to Carlos Martinez de Yrujo, November 25, 1802” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 164; Pope, Dictionary of the Napoleonic Wars, 306; Andrew Trees, “Building a New Nation: American Politics in a Revolutionary Age” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 21.

[2] Hamilton, “Alexander Hamilton on the Louisiana Purchase” in The Louisiana Purchase, 170; Kastor, The Louisiana Purchase, 4; Sofka, “Thomas Jefferson and the Problem of World Politics” in The Louisiana Purchase,  53.

[3] Hamilton, “Alexander Hamilton on the Louisiana Purchase” in The Louisiana Purchase, 168-172; Sofka 53.

[4] Thomas Jefferson, “Third Annual Message to Congress” in The Avalon Project: The Louisiana Purchase; 1803  (New Haven: Yale Law School, 1997) http://www.yale.edu/lawweb/avalon/presiden/sou/jeffmes3.htm; Kastor, The Louisiana Purchase, 4; Sofka 51-53.

[5] Thomas Jefferson, “Second Annual Message to Congress” in The Avalon Project: The Louisiana Purchase; 1803; (New Haven: Yale Law School, 1997) http://www.yale.edu/lawweb/avalon/presiden/sou/jeffmes2.htm; Kaplan 96, 98-99; Sofka 59.

[6] As it turned out, the U.S. would wind up battling the British instead of the French before Napoleon Bonaparte’s reign was over.   Kaplan 99; Sofka, 57-58.

[7] Jefferson, “Thomas Jefferson on the French Revolution” in Liberty, Equality, Fraternity: Exploring the French Revolution, 192-193; Kaplan 101; Sofka 58.

[8] Thomas Jefferson, “Letter from Thomas Jefferson to James Madison, March 19, 1803” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 183; Kaplan 99-100, 103; Kastor, The Louisiana Purchase, 4; Sofka 51, 54, 59, 60.

[9] Sanford Levinson, “The Louisiana Purchase as Seminal Constitutional Event” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 109-110; Thomas Jefferson, “Message to the Senate of October 17, 1803 Regarding the Louisiana Purchase” on The Avalon Project: The Louisiana Purchase; 1803 (New Haven: Yale Law School, 1997) http://www.yale.edu/lawweb/avalon/presiden/messages/tj004.htm; Peter S. Onuf, “The Louisiana Purchase and American Federalism” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 120, 125; Sofka 55.

[10] Regrettably for the French, Rochambeau, who had replaced Leclerc, quit Hispaniola in November 1803.  On January 1, 1804, Haiti formally declared independence, thus dissipating any serious French plans for North America.

[11] James Madison, “Letter from James Madison to Robert R. Livingston and James Monroe, March 2, 1803” in The Louisiana Purchase, edited by Peter J. Kastor (Washington: CQ Press, 2002), 173, 177; Pope 306.