Correspondance de Napoléon – Octobre 1803
Saint-Cloud, 6 octobre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
Citoyen Général Soult, j’ai reçu votre croquis sur la petite rivière de Wimereux. Il m’a confirmé dans l’idée qu’il doit y avoir là quelque chose à faire. J’écris donc à l’amiral Bruix d’en faire faire le projet d’un port par le citoyen Sganzin. Ne pourrait-on y mettre à l’abri de l’ennemi que quarante à cinquante bâtiments, ce serait toujours une grande conquête. Faites-moi connaître si l’air y est sain, et quels sont les bâtiments près de ce ruisseau qui pourraient servir à des établissements militaires.
Je suis fort de votre opinion, qu’il vous faut encore dix-huit mortiers. Nous vous en ferons autant qu’il nous sera possible. J’en ferai fondre de nouveaux qui, j’espère, porteront encore plus loin.
Tous vos projets pour le cap Gris-Nez, Calais, Ambleteuse et la rivière de la Canche me paraissent parfaitement entendus.
Toutes les fois que vous me dites sur la manière de placer les pièces à la laisse de basse mer me parait également bien entendu ; j’en verrai le plan avec grand plaisir.
Toutes les fois que vous m’écrirez, envoyez-moi la situation des troupes de votre camp. La 4e doit être arrivée.
Faites-moi connaître le nombre de malades que vous avez eu, corps par corps, depuis le 1er fructidor jusqu’au 1er vendémiaire. Si la 43e a des malades, faites-la remplacer par la 22e de ligne, qui est à Calais, et faites remplacer la 22e de ligne par la 75e, qui est à Saint-Omer. La 43e se rendrait alors à Boulogne pour camper dans sa division.
Deux demi-brigades se rendent à Montreuil, de là à Étaples. Le général Partouneaux et l’ordonnateur du camp de Compiègne s’y rendent à cet effet. Ils seront sous vos ordres jusqu’à ce que l’état-major de ce camp se trouve parfaitement organisé.
Il faut exercer les soldats à nager (au sens de : manier la rame, ramer, bien entendu !). Il faut donc que tous les jours, en se relevant toutes les trois heures, les soldats exercent sur les péniches et les bateaux canonniers, lorsqu’ils peuvent aller en rade, et, lorsqu’ils ne peuvent y aller, dans le port. Dès après-demain je commence à faire nager la Garde sur six péniches. Chaque détachement y restera deux heures, de manière qu’on exercera toute la Garde à pied chaque jour.
Un petit sloop français a été pris par une chaloupe anglaise entre Nieuport et Dunkerque. Il n’y avait que trois gendarmes et deux hommes de la 108e sur le rivage, qui n’ont pu faire un feu suffisant pour le défendre. J’avais cependant ordonné qu’il y eût toujours sur la côte des piquets de cavalerie et des pièces mobiles; mais il paraît qu’ils restent en ville. Faites-moi connaître où se placent les piquets et les pièces mobiles; tout cela doit se correspondre, pour être à même de se porter partout. La prise de ce sloop, quelque peu importante qu’elle soit, est un malheur, parce qu’elle prouve peu de surveillance. J’en écris au général Davout. Si 30 hommes avaient pu se trouver là avec leurs carabines, la chaloupe anglaise, qui a eu deux hommes tués par ces cinq seuls hommes, aurait abandonné son projet.
Saint-Cloud, 6 octobre 1803
Au général Davout, commandant le camp de Bruges
Citoyen Général Davout, un sloop français a été pris entre Nieuport et Dunkerque par une chaloupe anglaise, montée par 14 hommes. Ce sloop s’était échoué à terre; mais, trois gendarmes et deux hommes de la 108e s’étant seuls trouvés là pour le défendre, la chaloupe anglaise les a forcés et s’est emparée du sloop. Vous n’avez donc point sur la côte, comme il a été ordonné, des patrouilles de cavalerie correspondant entre elles, et des batteries mobiles disséminées sur tous les points, pour pouvoir se porter partout où il sera nécessaire. Si ces patrouilles et ces batteries mobiles ne sont pas ainsi organisées, donnez ordre qu’elles le soient sans délai, de manière que des hommes à cheval soient continuellement placés sur les côtes, correspondent entre eux et portent partout la protection nécessaire.
Envoyez-moi l’état de situation de vos troupes et le nombre de malades que vous avez eu, compagnie par compagnie, depuis le 1er fructidor jusqu’au ler vendémiaire, et distinguez les ordres des soldats.
L’air de Gravelines est très-mauvais; tenez-y peu de monde. On me dit que la 25e y est tout entière; elle se perdra là. Envoyez-la à Dunkerque, et vous ne laisserez à Gravelines que 100 hommes, qu’on relèvera fréquemment.
Les bâtiments armés doivent faire, tous les jours, leur tournée en rade, et ne point rester inutiles dans le port.
Apprenez-moi bientôt qu’une ou deux divisions de corvettes de pêche sont en rade, et que les soldats s’exercent, tous les jours, à la nage sur des péniches, soit en rade, soit dans le port.
Faites-moi connaître si la solde est au courant, et si ce qu’on distribue aux soldats est de bonne qualité.
Saint-Cloud, 6 octobre 1803
A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne
Citoyen Amiral Bruix, le 7 vendémiaire, entre Nieuport et Dunkerque, une chaloupe anglaise, montée par 14 hommes, s’est emparée d’un sloop venant de Flessingue. Il ne s’est trouvé à terre, pour protéger son échouage, que trois gendarmes et deux soldats de la 108e. J’avais ordonné qu’il y eût des piquets de cavalerie et des batteries mobiles sur toute la côte. Il me paraît que ce service ne se fait pas comme il doit se faire. J’avais également ordonné que le bateau canonnier qui est à Nieuport se tînt à la mer pour éloigner toute chaloupe ou péniche ennemie; mais il parait qu’il reste dans le port, de manière que cela ne produit aucun résultat. Je n’entends pas dire non plus que la flottille de corvettes de pêche qui est à Ostende tienne la rade. Il n’est pas possible qu’elle ne soit pas en état de sortir. Donnez ordre qu’une division armée de pièces de 24 sorte tous les jours, se tienne en rade et fasse l’exercice.
Faites-moi connaître les points où l’on a placé des piquets de cavalerie, ainsi que des pièces mobiles, et comment le service s’y fait.
Une division de la flottille, partie de Brest, a eu un engagement avec les Anglais à la hauteur de Perros. Je n’ai pas encore de détails; mais il parait que l’ennemi a été repoussé et que la division a continué sa route. Cette flottille était composée de bâtiments de modèle; les marins assurent qu’ils sont supérieurs aux anciens, qu’ils tiennent davantage, et qu’ils dérivent moins. Le citoyen Forfait me mande de Saint-Malo qu’il a navigué avec plusieurs de ces bateau: de nouveau modèle, nouvellement mis à l’eau; qu’il en a été très satisfait, et qu’il espère qu’ils présenteront beaucoup plus d’avantage que les anciens.
Le général Soult m’a envoyé un croquis sur la rivière de Wimereux. Au ler brumaire, lorsque Boulogne sera achevé, mon intention est de faire là un petit port, capable de contenir une ou deux divisions de la flottille. Le rapport que j’en reçois est que l’eau est constamment à six pieds de hauteur dans cette rivière. Il doit être facile de procurer une chasse, puisque le torrent a beaucoup de rapidité. Il paraît que le flux monte jusqu’au moulin de Wimereux dans les mortes eaux, et dans les vives eaux jusqu’au moulin de Wimille.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur
La ville d’Aoste a fait des pertes assez considérables lors du passage de l’armée de réserve. Je désire que vous me fassiez un rapport sur ce qu’on pourrait faire pour l’indemniser.
Je désire également qu’il me soit fait un projet pour savoir ce qu’il a à faire pour les eaux minérales situées près de Saint-Didier, dans la vallée d’Aoste, étant urgent de les mettre en bon état.
Désirant faire quelque chose qui soit avantageux à la vallée d’Aoste, je désirerais qu’on présentât dix enfants des principaux habitants de cette vallée, pour être élevés dans les prytanées ou les différents lycées en France.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public
Je vous avais écrit pour faire payer une ordonnance de 160,000 fr. destinée au génie de Boulogne, par urgence au ler vendémiaire. Non-seulement cette urgence n’a pas été soldée, mais encore, le 13 vendémiaire, où elle devait être soldée, elle ne l’était pas. Les travaux du génie allaient être suspendus si le général Soult n’avait prêté 30,000 francs à Boulogne.
Les ordonnances pour les hôpitaux sont également arriérées dans leur payement. Faites-moi connaître en réponse si vous avez envoyé 500,000 francs que les ministres de la guerre et de l’administration de la guerre auraient tirés pour le camp de Saint-Omer.
Faites-en passer 300,000 francs en or, sur la réserve, dans la journée; 100,000 francs resteront entre les mains du payeur de Boulogne, qui les tiendra à la disposition du général Soult, qui les appliquera au service le plus pressant; 200,000 seront à la disposition de l’amiral Bruix pour les dépenses de la marine. L’emploi sera régularisé par les ordonnateurs de la marine et de la guerre, l’état qui sera donné par ces généraux sera envoyé par les payeurs dès que les payements seront consommés, afin de pouvoir les régulariser.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
La situation de la ville d’Aoste, Citoyen Ministre, est très-importante sous le point de vue militaire. Je pense qu’il faudrait y avoir des casernes pour y tenir régulièrement un bataillon et escadron de cavalerie, non-seulement pour répandre quelque argent dans ce vallée, qui est misérable, mais encore pour nous attacher et familiariser avec la langue française cette portion de la 27e division militaire, qui peut être d’une si grande importance pour nos opérations militaires.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au général Berthier
Dans l’état des bouches à feu, Citoyen Ministre, disponibles dans les directions d’artillerie, que vous m’avez remis au ler fructidor, n’est pas question des pièces de 3 de montagne, autrichiennes, piémontaises, que nous pourrions avoir. Il n’est pas question non plus de pièces à la Rostaing. Je désirerais connaître l’état de tous ces pièces que nous pourrions avoir dans nos arsenaux. Nous avons beaucoup pris aux Autrichiens. J’aurais besoin de quatre cent de ces pièces de 3 autrichiennes ou de montagne, et de trois cents pièces à la Rostaing, si toutefois ce nombre en existe. Je vous prie de m’en faire passer l’état.
Je désirerais avoir à Saint-Cloud un obusier de 8 pouces. S’il y a à Paris, faites-en remettre un à l’artillerie de la Garde; s’il n’y avait ni à Paris ni à Vincennes, faites venir en diligence celui est à la Fère.
Faites remettre également dans la journée de demain à l’artillerie de la Garde une de ces charrettes que l’on construit à Paris, afin que j’en voie le modèle.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au général Berthier
Je vois, Citoyen Ministre, par le rapport du général Laroche, qu’on a placé à Granville un mortier de 10 pouces, qui est arrivé de Cherbourg, et que la portée de ce mortier, d’après l’expérience, a été de 2,000 toises. Je désire connaître dans quelle année ce mortier a été fondu. Je ne connais que les mortiers à plaque et des galiotes qui portent à 2,000 toises, et je ne pense pas qu’il ait été fait de galiotes de 10 pouces.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au général Dejean, ministre directeur de l’administration militaire
Le général Soult m’écrit, Citoyen ministre,
1° Que les hôpitaux sont dans le plus mauvais état à Boulogne;
2° Qu’il n’y a aucun moyen d’évacuer les malades de Boulogne sur les hôpitaux;
3° Qu’aucune couverte n’est encore arrivée à Boulogne, ce qui l’a obligé de prendre celles du casernement;
4° Que les biscuits faits à Saint-Omer sont de la plus mauvaise qualité.
Il est bien instant de prendre des mesures efficaces pour remédier à tous ces objets.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
Citoyen Général Soult, vous avez bien fait de prendre des couvertures partout où vous en avez trouvé, puisque, depuis six mois que toutes les dispositions sont ordonnées, on a eu l’ineptie de vous en laisser manquer. On m’assure qu’il doit vous en arriver 20,000.
Je donne des ordres pour que ce qui vous arrive relativement au génie n’ait plus lieu; qu’une somme de 100,000 francs parte aujourd’hui, afin que lorsque les besoins paraissent urgents, vous la mettiez à la disposition des différents chefs de service.
Vous savez combien les évacuations des hôpitaux ont d’inconvénients. Nous n’avons pas à craindre ici que nos hôpitaux soient levés; il faut donc que les malades restent à Boulogne le plus possible. Il faudrait un second hôpital aux environs. Il n’y a rien de nuisible aux malades comme de les faire voyager, et puis ce sont des hommes qui, éloignés de leurs corps, sont perdus.
Faites rentrer la 43e, et faites faire le service d’Ambleteuse par la 22e de ligne. La 75e, qui est à Saint-Omer, peut remplacer la 22e ligne à Calais.
Nous nous exerçons ici depuis trois jours à nager sur des péniches. Toute la Garde y aura bientôt passé et saura bientôt nager.
Je vous enverrai, par le prochain courrier, l’instruction que avons dressée pour cet objet.
Je vous envoie un ordre pour la flottille; mettez-le à exécution sur-le-champ.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne
Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre. Le ministre de la marine pourvoit sans doute à vos besoins. Je donne ordre qu’on vous expédie 200,000 francs pour pouvoir de suite solder les ordonnances de la marine et subvenir aux besoins les plus pressants descente.
Je ne conçois pas que vous n’ayez pas une grande quantité boulets à Boulogne. Vous avez un moyen de vous en procurer indépendamment des dispositions générales faites par le ministre marine, c’est de faire venir de Dunkerque la moitié de ce existe. Vous pouvez les faire venir par terre, si la mer n’est pas sûre.
Je pense qu’il est préférable que les bateaux de l’ancienne flottille aient des chevaux plutôt que des pièces de campagne; mais deux chevaux sont une condition de rigueur.
Je partage votre opinion sur les garnisons stables.
Je vous recommande de faire beaucoup nager les soldats su péniches. Tous les hommes de la Garde apprennent à nager; 75 hommes par péniche nagent deux ou trois heures par jour. Je pense que vous avez des péniches à Boulogne. Il faut que, tant sur les péniches que sur les bateaux canonniers, les soldats nagent dans le port, lorsqu’ils ne pourront aller en rade.
Si le bateau canonnier de la ville de Brest, qui est à Calais, n’était pas assez fort pour recevoir de gros canons, on en mettrait de petit calibre, et il pourrait toujours recevoir des chevaux , ce qui est la chose importante.
J’ai lu les différents ordres du jour de la flottille. Les louanges sont les seuls mobiles dans les grandes affaires. Dans les derniers événements, les chefs ont plus fait que les équipages et les troupes, qui n’en sont pas venus aux mains. Il ne faut pas que les soldats pensent que la gloire est si facile à acquérir.
Les sections de la flottille qui sont parties du Havre, de Granville, de Cherbourg, de Saint-Malo, doivent se rendre à Boulogne; mais celles qui partiraient, ayant à leur bord des troupes des 9e légère, 32e, 39e et 64e, doivent se rendre à Étaples; voyez donc d’organiser ce port, et écrivez dans les différents ports qu’on vous instruise, à mesure que les différentes divisions arrivent, quelles sont les troupes qu’elles ont à bord.
Toutes celles qui auraient à leur bord des troupes des 10e et 24e légères doivent se rendre à Boulogne, ainsi que celles qui sont à Dunkerque.
Vous trouverez ci-joint un ordre pour la flottille que vous ferez exécuter sur-le-champ.
————————————-
Pour être législateur, il faut être porté par un collège d’arrondissement; il ne me sera donc pas possible d’engager le Sénat à nommer Nielly. Je ferai avec plaisir ce qui pourra être avantageux à ce général, qui a des qualités, mais qui n’a pas les qualités administratives (Joseph-Marie Nielly, 1751-1833. Il a quitté le service actif en septembre, en froid avec Decrès) nécessaires à un préfet.
Saint-Cloud, 8 octobre 1803
ORDRE DU JOUR POUR LA FLOTTILLE DE BOULOGNE
La 2e division, composée de la 24e légère, 4e, 43e, 46e et 57e de ligne, et de dix compagnies du 5e d’artillerie à pied, sera attachée à la flottille de chaloupes canonnières.
Le 1er bataillon de la 24e légère sera attaché à la 1e section de la 1e division.
Le 2e bataillon de la 24e sera attaché à la 2e section de la 1e division.
Le ler bataillon de la 4e de ligne sera attaché à la 3e section de la 1e division.
Le 2e bataillon de la 4e sera attaché à la 4e section de la 2e division
Le ler bataillon de la 4e sera attaché à la 2e section de 2e division
Le 2e de la 43e sera attaché à la 3e section de la 2e division
Le 1er bataillon de la 4e sera attaché à la 1e section de la 3e division
Le 2e bataillon de la 46e sera attaché à la 2e section de la 3e division
Le ler bataillon de la 57e, à la 3e section de la 3e division;
Le 2e de la 57e, à la 1e section de la 4e division.
Chaque compagnie sera attachée à une chaloupe canonnière, et lui fournira perpétuellement 21 hommes de garnison.
Le 5e d’artillerie fournira 4 hommes de garnison par chaloupe canonnière, ce qui portera la garnison à 25 hommes.
La 1e division, composée de la 10e légère, de la 14e de ligne, 28e de ligne, 36e, et 55e et les dix compagnies du 1er régiment d’artillerie à pied, seront attachées à la flottille des bateaux canon et serviront également chaque bataillon à une section, ce qui pourvoira au service de dix sections, c’est-à-dire de trois divisions et d’une section. Chaque compagnie sera attachée à un bateau et fournira 21 hommes de garnison. L’artillerie fournira 4 hommes de garnison.
Les officiers de marine commandant les divisions et sections de chaloupes canonnières et de bateaux canonniers, ainsi que les pages, seront toujours les mêmes. Ils seront fixés dans le plus court délai, et l’on ne pourra, sous aucun prétexte, y rien changer.
L’amiral attachera trois péniches à la 1e division et trois à 1a 2e commandées chacune par un capitaine, de frégate, et qui seront chargées d’exercer le soldat à la nage. On placera dans chaque péniche 64 hommes aux avirons et deux canonniers aux deux pièces. Les troupes s’exerceront à la nage par bataillon, et de manière que tous les jours chaque soldat y ait été exercé deux heures. Les premières leçons seront données dans le port ; après quoi on ira en rade.
Toutes les fois que les chaloupes canonnières devront sortir du port et qu’un plus grand nombre de troupes sera jugé nécessaire, chaque compagnie fournira un renfort.
Il sera destiné à Dunkerque deux péniches, pour exercer à la nage la division de Dunkerque. Il en sera destiné trois à Calais et quatre à Ostende pour le même objet.
On exercera les canonniers, pendant qu’ils manœuvreront sur les chaloupes canonnières, bateaux canonniers et péniches , à tirer des tonneaux placés sur le rivage, et de manière que les boulets ne soient point perdus.
Saint-Cloud, 9 octobre 1803
Au général Berthier, ministre de la guerre
Donnez ordre au général Dupas, au citoyen Lahoussaye, aux généraux Lemarois, Sebastiani, Lacoste et Paulet, de visiter les ports de leur arrondissement, de voir le nombre de bateaux prêts, et si le nombre de garnisons désignées s’embarquent sans délai.
La 64e, qui est en marche pour Dieppe, doit fournir des garnisons aux bâtiments disponibles à Fécamp, Saint-Valery-en-Caux et Tréport. Le général Dupas fera la distribution de cette demi-brigade en garnisons, et fera que les différents bateaux partent le plus tôt possible pour les différents points de réunion. Je ne puis que faire la même observation au citoyen Lahoussaye. Un bataillon de la 43e doit fournir des garnisons à tout ce qui sera prêt, soit à Cherbourg, Caen et Granville. Ce chef de brigade répartira les garnisons le plus tôt possible sur ces bateaux. Enfin que le général Lemarois envoie un petit détachement, soit de la 39e, soit de la 32e pour mettre garnison sur les bâtiments qui sont prêts à partir à Lannion. Faites-moi un rapport qui fasse connaître le nombre de garnisons fournies et celles disponibles.
Saint-Cloud, 10 octobre 1803
Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies
J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, les pièces contenues dans les huit cartons que vous m’avez envoyés. Il en résulte les observations suivantes :
Il n’y aurait encore d’arrêté par la commission que
10 bâtiments à Bruges, valant . . . . . 121,300 francs.
35 à Ostende, valant . . . . . . . . . . . . . 440,456
14 à Lorient, valant . . . . . . . . . . . . . . 98,000
39 à Dunkerque, valant . . . . . . . . . . . . 906,049
39 dans le 3e arrondissement, valant . 255,882
11 dans le 5e arrondissement. . . . . . . . . ”
—- ——————
146 1,821,687
Cela ne ferait donc que 146 bâtiments. Sur ces 146 bâtiments, 81 sont destinés à faire partie de la flottille de guerre. Il ne resterait donc que 65 bâtiments pour faire partie de la flottille de transport. Mais j’ai lieu de croire que votre registre et les états que vous m’avez envoyés sont infidèles. Je n’y vois point portés les 60 bâtiments de Blankenberghe, ni les bâtiments de Nieuport; aucun bâtiment du Havre. Je vois dans la correspondance du contre-amiral Lacrosse qu’il y avait plus de 40 bâtiments au Havre, 14 à Fécamp et 25 à Saint-Valery-en-Caux, achetés par la commission.
Faites dresser pour jeudi des états par arrondissement de tous les bâtiments de la flottille de transport qui ont été achetés, de leur prix, de l’état où ils sont et de ce qui s’oppose à leur départ pour Boulogne.
Je vois par votre correspondance que vous avez donné l’ordre dans les 4e et 5e arrondissements de cesser tout envoi de bâtiments. Vous êtes donc assuré que nous avons le nombre nécessaire dans les ler, 2e et 30 arrondissements.
Je vois par la correspondance du citoyen Daugier qu’on pourrait se procurer facilement 100 doubles chaloupes , armant seize avirons, ayant plus de stabilité que la péniche, quoique ayant quelque infériorité pour la vitesse. Il faudrait ordonner l’achat de ces 100 doubles chaloupes et en faire acheter un pareil nombre dans le 5e arrondissement. Ces 200 doubles chaloupes, réunies aux 350 chaloupes de Terre-Neuve, de Saint-Malo, nous seront de la plus grande utilité.
Je vois, dans les lettres du capitaine Jacob des 19 prairial et 13 messidor, que le 5e arrondissement procurera facilement une centaine de doubles chaloupes pontées on non pontées,
Je vois, dans la correspondance du préfet maritime de Toulon , que des bâtiments de 16 pieds de large et tirant 5 pieds d’eau peuvent passer par le canal de Languedoc. Je désirerais donc que ce préfet maritime nous fit passer 150 doubles chaloupes ou doubles felouques allant à l’aviron. Il y a dans la Méditerranée de ces bâtiments qui vont à la rame extrêmement vite. Ces 150 doubles chaloupes nous mettront à même de nous passer de quelques péniches, et il n’y aura aucune partie de nos côtes étrangère à cette importante expédition.
Je vois, dans la correspondance du commissaire de Saint-Malo , qu’il a fait préparer un très-beau canot de 37 pieds de long. Faites-le diriger sur Boulogne.
Donnez ordre également que les 7 péniches et les 7 caïques préparées pour mon service dans les différents ports partent pour se rendre à Boulogne.
Il me paraît nécessaire de donner provisoirement à chaque péniche des numéros particuliers; à leur arrivée dans les ports d’Ostende et de Boulogne, elles prendront les numéros des différentes chaloupes et bateaux auxquels elles seront attachées.
Je vois dans la correspondance du capitaine Kersaint que, indépendamment des 22 bateaux canonniers de l’ancienne flottille qui sont partis de Granville et des 13 prêts à partir de Saint-Malo , il y en avait 13 autres qu’on réparait au 24 fructidor.
Dans l’état de situation que vous envoie de sa division le capitaine Saint-Haouen , je vois qu’il y a 7 bateaux canonniers armés de mortiers. Je désirerais savoir de quelle espèce de mortiers sont armés ces bateaux. L’épreuve faite par le préfet Nielly n’est pas du tout satisfaisante, car son procès-verbal porte qui a tiré avec trois livres de poudre, ce qui veut dire qu’il a tiré avec des mortiers cylindriques à petite portée, et avec ces mortiers on ne pourra jamais atteindre l’ennemi.
Si donc l’on devait conserver ces bateaux armés de mortiers, il faudrait qu’ils pussent servir.
Saint-Cloud, 11 octobre 1803
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
Citoyen Général Soult, vous trouverez ci-joint la lettre du ministre du trésor public. Je ne conçois pas comment, le 14, l’ordonnance de 160,000 francs n’était pas payée. Le payeur doit être sévèrement puni, ayant reçu 130,000 francs le 4 vendémiaire.
Faites-moi connaître si toutes les ordonnances que les ministres de la guerre et de l’administration de la guerre ont tirées sont soldées. Vous verrez par la lettre du ministre du trésor publie que j’ai fait envoyer des fonds pour les solder par urgence.
Il y a dans ce moment à l’eau et prêts à partir de différents points, depuis Bayonne jusqu’à Ostende, plus de 200 chaloupes canonnières et bateaux canonniers de différentes constructions. J’espère qu’avant le 1er frimaire nous aurons une grande portion de la flottille rendue dans les différents points de réunion.
Saint-Cloud , 11 octobre 1803
Au général Soult
Citoyen Général Soult, vous trouverez ci-joint un exercice que j’ai rédigé moi-même après avoir exercé deux ou trois fois la Garde sur la Seine. Faites-le transcrire à l’ordre pour que chaque capitaine en fasse une copie. Avant de le faire imprimer, j’attendrai que vous en ayez fait usage dans les ports huit ou dix jours, afin de voir si l’expérience ne demandera pas quelques changements.
J’ai vu avec grand plaisir les batteries que vous faites faire sur les rochers. Cela me paraît bien entendu.
Ce que vous me dites relativement à la possibilité de placer 60 bataillons dans votre camp nous sera fort utile. Je me consolerai facilement, si nous n’avons pas le fort de la Crèche pour l’époque demandée; je serais très-fàché que celui de l’Heurt nous manquât.
Je ne conçois pas comment votre régiment de hussards n’est pas arrivé. N’auriez-vous pas pu y suppléer sur les côtes par quelques chasseurs, afin d’être certain que tout secours sera porté ?
Il est nécessaire que les deux escadrons que vous avez placés sous les ordres du général Margaron, depuis Boulogne jusqu’à la Somme, s’exercent à la manœuvre du canon, afin qu’ils puissent rapidement se porter aux batteries des côtes, les renforcer, les servir avec plus de rapidité et surtout plus de courage que ne peuvent le faire des troupes non aguerries.
Votre batterie mobile du côté de Wissant n’est pas assez forte. Vous devez avoir des pièces de 12 de votre équipage de campagne; vous avez des obusiers de 8 pouces; envoyez-en là huit on dix, car vous devez être certain qu’il vous arrivera quelque événement; des traîneurs des divisions qui sortiront de Calais ou de Dunkerque ne pourront pas doubler les caps Gris-Nez ou Blanc-Nez, et échoueront hors la portée des batteries; et, si vous n’avez pas là, à l’heure même, des hommes qui puissent se porter à leur secours, et des pièces de canon , ces bâtiments seront infailliblement pris. Vous devez rendre responsables les deux officiers généraux et supérieur que vous avez chargés de la défense de la côte depuis Calais jusqu’à la Somme, du moindre bâtiment qui serait pris; car alors des détachements de cavalerie et d’artillerie peuvent se porter rapidement sur un point où un bateau poursuivi échouerait, et alors il devient impossible de s’en emparer. C’est ce qui vient d’arriver à Dieppe : un sloop s’est échoué; le général Sébastiani s’y est porté avec 60 hommes et de l’artillerie; les péniches ont lâché prise, et le sloop est rentré à Dieppe.
Les deux officiers inspecteurs doivent faire faire l’exercice au moins à quatre batteries par jour; doivent avoir vu , tous les jours, les batteries, et les faire manœuvrer au moins deux heures. Celui que vous avez chargé de la surveillance de la côte de Calais à Boulogne doit s’établir dans la chapelle du cap Gris-Nez et être jour et nuit à cheval. Faites-moi connaître si les batteries mobiles peuvent passer le long de l’estran, depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à Étaples.
Faites connaître au général Margaron que je ne compte pour rien le dire des gens du pays; qu’il doit s’y porter; qu’il y a quelque chemin à trouver ou quelque falaise; et s’il y a un chemin à faire, on le fait faire sur-le-champ.
J’ai trouvé que tous vos régiments étaient faibles; comment la 55e n’a-t-elle que 1,500 hommes? Elle peut facilement en avoir 1,800. Ordonnez-leur donc à tous de faire venir de leurs dépôts ce qui leur manquerait pour être à 1,600 hommes, officiers non compris, c’est-à-dire à près de 1,700 hommes, tout compris.
Faites-moi connaître, des 207 malades que vous avez eus en fructidor et des 188 que vous avez eus en vendémiaire, combien il en restait au 15 vendémiaire, combien sont rentrés à leurs corps, combien évacués, et combien sont morts.
Dans les baraquements, on ne saurait porter trop d’attention à la santé des troupes ; dès qu’il y a plus de malades dans l’un que dans l’autre, il faut en savoir la raison, qui n’est souvent que dans la mauvaise qualité des fournitures.
Ma grande crainte est que, devant passer l’hiver ainsi, nous n’ayons beaucoup de malades.
Je compte venir vous voir d’ici à quelques jours, et je désire que tous les corps se trouvent tous à 1,700 hommes.
Je ne vois point d’inconvénient à placer à Ambleteuse deux demi- brigades au lieu d’une.
Quant à Wimereux, faites vos préparatifs pour le campement; j’attends, pour ordonner là un port, que l’ingénieur Sganzin m’ait fait connaître son projet.
ANNEXE A LA LETTRE CI-DESSUS
INSTRUCTIONS POUR LES ÉQUIPAGES DE PÉNICHES
Une péniche se divise, dans le sens de sa longueur, en quatre parties
L’arrière,
Les bancs d’arrière,
Les bancs d’avant,
L’avant.
L’arrière est la partie de la péniche où se trouve la chambre, c’est-à-dire depuis le gouvernail jusques et non compris le banc de cette chambre, où s’assoient les nageurs.
Les bancs d’arrière sont ceux à compter de la chambre jusques et compris celui du grand mât.
Les bancs d’avant sont ceux à compter de l’avant jusques et non compris celui du grand mât.
L’avant est la partie de la péniche, vers l’étrave, qui a un petit pont et sur laquelle on n’arme pas d’avirons.
Une péniche se divise, dans le sens de sa largeur, en tribord et bâbord.
Le côté de tribord est celui de la droite du patron, qui, placé au gouvernail, regarde l’avant de la péniche.
Le côté de bâbord est le côté gauche du même homme, lorsqu’il regarde la péniche.
Une péniche est armée de quinze avirons à bâbord et de quinze avirons à tribord.
Elle peut en avoir un moindre ou plus grand nombre, selon sa longueur.
L’aviron est composé de trois parties
1° La poignée,
2° Le manche,
3°, l’a pelle.
La poignée est l’extrémité de l’aviron la plus mince et qui es arrondie pour être saisie par les deux mains du nageur.
Le manche est la partie de l’aviron équarrie et qui se trouve en dedans de la péniche lorsque l’aviron est armé.
La pelle est la partie de l’aviron qui se trouve en dehors de la péniche lorsque l’aviron est armé.
Chaque aviron est garni d’un cercle en cordage, qu’on nomme estrope, et qui sert à le fixer à une cheville de fer qui est sur le côté de la péniche. Cette cheville s’appelle tolet.
Une péniche a quatre mâts :
1° Le grand mât, c’est celui qui est à peu près au centre;
2° Le mat de misaine, c’est celui qui est élevé à l’avant;
3° Le tape-cul, c’est celui qui est à I’extrémité de la chambre;
4° Le beaupré,c’est un mât presque horizontal qui se place et se déplace en avant du mât de misaine.
Une péniche a autant de voiles que de mâts, c’est-à-dire quatre voiles :
1° La grande voile, c’est celle qui s’adapte au grand mât;
5° La misaine, c’est celle qui s’adapte au mât de misaine;
3° Le tape-cul, c’est celle qui s’adapte au mât d’arrière;
4° Le foc, c’est la voile qui s’adapte an beaupré.
On appelle vergue la pièce de bois sur laquelle est lacée chaque voile; chaque vergue prend le nom du mât auquel elle s’applique.
Le foc est la seule voile qui n’ait point de vergue.
Hisser veut dire élever.
Amener veut dire faire descendre.
Amarrer veut dire attacher.
Larguer veut dire lâcher.
Pour hisser une voile, on pèse sur un cordage qui est le long du mât de cette voile et qui s’appelle drisse. Quand la voile est hissée, la drisse s’amarre an pied du mât.
On appelle amure le coin de la voile qui est fixé au pied du mât. On dit aussi amurer, pour dire de tirer sur le cordage qui fixe le coin d’une voile au pied du mât.
On appelle écoute le cordage qui sert à étendre la voile dans le sens de la longueur de la péniche.
On appelle border l’action de tirer sur l’écoute pour étendre la voile.
On appelle cargue le cordage qui sert à replier la voile. Il est au pied du mât de cette voile.
Carguer une voile, c’est tirer sur la corde qui la fait replier.
Le foc n’a point de cargue; pour le faire descendre, il suffit de larguer la drisse.
Pour carguer une voile, il faut larguer son écoute.
Lorsqu’une péniche est dans le port, ses avirons sont rangés en nombre égal, tribord et bâbord, de manière à être serrés dans le plus petit espace de chaque bord, les pelles tournées vers le gouvernail, et les pelles les plus en arrière ne dépassant pas le dernier banc des nageurs; les poignées les plus en avant ne doivent pas dépasser le premier banc des nageurs.
On appelle gaffe une pique de fer armée d’un crochet, emmanchée à une longue perche qui sert à accrocher l’endroit où on aborde, ou à à arrêter la vitesse du bâtiment et le choc qu’il éprouve en abordant la plage ou un autre bâtiment.
Une péniche a trois gaffes; dans la navigation elles sont rangées deux à tribord et une à bâbord, sur les côtés de la péniche.
Lorsque les troupes se présentent pour s’embarquer, elles se placent sur deux rangs, en bataille sur le rivage.
COMMANDEMENTS
1° Embarquez
A ce commandement, les officiers comandant les détachements qui doivent embarquer font faire par flanc à droite, se mettent à la tête, et les quinze premières files entrent dans le bateau par deux, en longeant le côté de bâbord.
Un officier commandant en second se porte à la tête de la seizième file et entre en longeant le côté de tribord.
Les hommes marchent ainsi jusqu’au banc le plus en arrière des deux côtés.
Les deux officiers entrent dans la chambre et se placent, le premier à tribord, pour commander le côté de tribord, et le deuxième à bâbord, pour commander le côté de bâbord. Deux sergents se mettent près d’eux , de chaque côté.
Lorsque les deux premiers hommes des files sont parvenus aux derniers bancs de l’arrière, des deux côtés, ils font halte et descendent en arrière du banc dans le fond de la péniche.
Les tambours entrent dans la chambre.
S’il y a un troisième officier, il reste de l’avant.
Les deux premiers sous-officiers restent de l’avant et saisissent le gaffes, les tiennent debout, le fer en haut, et ils sont chargés de cette partie si importante de la manœuvre.
Le troisième sous-officier se tient à l’arrière, armé également d’une gaffe destinée au service.
Les avirons du premier rang de bâbord et de tribord sont toujours servis par des sous-officiers, sergents-majors et caporaux, qui ont rang après ceux destinés aux gaffes.
Les avirons après le grand mât sont servis également par les sous-officiers.
Cependant, lorsqu’il y aura quelques sous-officiers qui seront plus aptes au service, le commandant pourra les désigner; mais ce ne sera que rarement, parce que c’est là le poste d’honneur.
A mesure que les hommes de chaque file arrivent au banc d’arrière qui n’est pas occupé, ils font halte et descendent en arrière de ce banc dans le fond de la péniche.
Le patron reste au gouvernail et commande les manœuvres.
Un matelot se met près du grand mât, et un autre près du mât de misaine.
Les canonniers se mettent à leurs pièces.
2° PRÉPAREZ-VOUS À NAGER
A ce commandement, tous les hommes ôtent leurs sacs, qu’ils placent sur les râteliers pratiqués le long de bâbord et de tribord.
Au commandement, les deux rangs, gardez vos fusils, les rangs les plus près du côté de la péniche gardent leurs fusils entre leurs jambes.
3° PRENEZ LES GAFFES
A ce commandement, les sous-officiers prennent leurs gaffes en saisissant le fer de la gaffe du côté où ils se trouvent, tirent à eux jusqu’à ce qu’ils puissent la placer debout, le fer en haut et le bas touchant le pied.
4° POUSSEZ AU LARGE
A ce commandement, les hommes qui tiennent les gaffes les allongent, le fer en avant, et poussent les péniches au large. A mesure qu’ils s’éloignent du premier point d’appui, ils en prennent un second, tant qu’ils trouvent fond.
5° BORDEZ LES AVIRONS
Ce commandement contient quatre temps
Le premier consiste à saisir l’aviron qui se trouve sous la main, à le tirer en arrière, jusqu’à ce qu’il soit assez balancé pour pouvoir mettre la pelle en dehors de la péniche, devant soi;
Le deuxième, à mettre la pelle en dehors de la péniche, la poignée en dedans, le collet du manche de l’aviron près du tolet;
Le troisième, à soulever l’aviron et engager l’estrope dans le tolet;
Le quatrième, à s’asseoir sur le banc, la face à l’arrière, les pieds appuyés sur la traverse qui est au-dessous, et tenant fixement l’aviron dans une position horizontale.
Pour cela, le nageur qui tient la poignée appuiera dessus comme sur un levier, et celui de côté appuiera fortement les deux mains sur le manche, en se tenant carrément en face de la chambre.
6° NAGEZ
A ce commandement, tous les hommes qui tiennent la poignée des avirons portent ensemble le corps et les bras en avant à eux; ils appuient sur la poignée, de manière que la pelle ne plonge pas dans l’eau avant qu’ils aient développé en avant tout leur avant-bras.
Lorsque l’avant-bras est développé, ils laissent élever insensiblement la poignée de l’aviron, de manière à plonger la pelle dans l’eau d’environ 7 pouces, et en même temps ils ramènent l’aviron en arrière, en tirant fortement sur la poignée.
Nota. Pour qu’une péniche soit bien nagée, il est essentiel que les deux nageurs qui sont sur le banc le plus en arrière nagent ensemble et par un mouvement bien mesuré.
Chacun des autres nageurs doit avoir l’œil sur l’aviron qui est immédiatement devant lui, afin d’en bien suivre le mouvement avec le sien.
Aucun nageur ne doit donc aller ni plus vite ni plus doucement que celui qui est devant lui; il doit s’attacher à emboîter la nage, comme on emboîte le pas en marchent en troupe.
A ce commandement, les nageurs portent le corps et la poignée de l’aviron en arrière, de manière à plonger la pelle dans l’eau, du côté de l’arrière de la péniche; ils appuient ensuite sur l’aviron, dans le sens opposé à celui de la nage, et continuent ce mouvement, qui fait rétrograder la péniche.
8° CONTRETENEZ
A ce commandement, les nageurs plongeront la pelle de l’aviron dans l’eau, en appuyant fortement sur l’aviron, de manière qu’il soit immobile.
A ce commandement, les hommes s’arrêtent, baissent le manche des avirons, de manière qu’ils soient horizontaux et ne touchent pas l’eau.
10° NAGE TRIBORD OU BÂBORD
A ce commandement, le bord nommé nage seul.
11° SCIE TRIBORD OU BÂBORD
A ce commandement, le bord nommé scie seul.
12° NAGE BÂBORD OU TRIBORD, ET SCIE TRIBORD OU BÂBORD
A ce commandement, le bâbord nage et le tribord scie.
13° NAGE FORT
A ce commandement, les hommes qui sont à côté du nageur qui tient la poignée portent les deux mains sur le bras de l’aviron, et secondent, par un mouvement simultané, l’effort de celui qui tient la poignée.
Ils ne doivent s’attacher qu’à suivre son mouvement, sans lenteur et sans précipitation.
Nota. Toutes les fois que ce commandement n’aura pas été fait, l’aviron ne sera manœuvré que par l’homme qui tient la poignée.
14° DÉFIE D’AVANT
A ce commandement, les sous-officiers chargés des gaffes les allongent en portant le fer en avant, et les posent sur l’objet qui est devant eux, de manière à repousser le bâtiment en arrière et à prévenir le choc qu’ils éprouveraient en abordant, et, à mesure que la vitesse du bâtiment diminue, ils diminuent de force sur le manche de la nage.
15° ABORDEZ
A ce commandement, les hommes qui tiennent les gaffes manœuvrent le bâtiment et tirent à eux, afin de faire arriver le bâtiment.
16° CHANGEZ DE PLACE
A ce commandement, les hommes de chaque rang changent entre eux, et celui qui tenait la poignée de l’aviron ne l’abandonne que lorsque celui qui le remplace l’a bien saisie.
17° LES RANGS DE DEHORS
Prenez vos armes; chargez vos armes; feu à volonté, etc.; bâbord, feu; tribord, feu; banc de l’avant de bâbord, feu; banc de l’avant de tribord, feu.
Pour opérer ce mouvement, on doit avoir levé rames.
18° PRÉPAREZ-VOUS A L’ABORDAGE
A ce commandement, tous les rangs prennent leurs fusils entre leurs jambes; les matelots prennent leurs pistolets et sabres d’abordage.
19° A L’ABORDAGE
A ce commandement, les hommes du rang de dehors se mettent debout sur les bancs, sautent dans le bâtiment ennemi. Ceux qui sont à tribord, si l’abordage se fait à bâbord, où à bâbord, si l’abordage se fait à tribord, se portent sur les bancs pour sauter dans le bâtiment ennemi.
20° LAISSE ALLER
A ce commandement, celui qui tient la poignée de l’aviron s’efface un peu vers le côté de la péniche, en s’inclinant vers le centre, de manière à faire passer devant lui le manche. L’aviron ne doit être abandonné par le nageur qu’avec une grande précaution.
Pendant ce mouvement, l’homme du même banc qui est sur le côté de la péniche s’est fortement incliné vers celui qui tenait la poignée, et c’est lorsque celui-ci a vu que son camarade ne peut être atteint, non plus que les hommes qui sont derrière lui, qu’il laisse aller la poignée à elle-même. Aussitôt qu’elle est abandonnée, l’aviron tourne sur son estrope et se range de lui-même en dehors et le long de la péniche, le manche en avant et la pelle en arrière.
21° RENTREZ LES AVIRONS, REMETTEZ LES GAFFES.
(Pour sauter dans le bâtiment ennemi.)
A ce commandement, les nageurs soulèveront leurs avirons de manière à dégager l’estrope du tolet. Lorsqu’elle sera dégagée, ils haleront l’aviron à eux, en l’appuyant sur le côté de la péniche jusqu’à ce qu’il s’y trouve balancé, de manière à pouvoir pousser aisément le manche en avant et sur le côté de la péniche; ce qu’ils feront aussitôt, jusqu’à ce que la pelle soit rentrée.
Les sous-officiers qui tiennent les gaffes auront soin de les saisir au milieu du manche et de les faire rentrer en dedans, le long du côté de la péniche, en mettant toujours le fer de la gaffe du côté où est leur place.
22° PRÉPAREZ-VOUS À DÉBARQUER.
A ce commandement, les hommes reprennent leurs fusils et remettent leurs sacs.
23° BÂBORD DESCENDEZ, A DROITE MARCHE
Toutes les descentes, à droite marche.











