Correspondance de Napoléon – Mars 1806

Mars 1806

 

Paris, 1er mars 1806

ARRÊTÉ

ARTICLE Ier – Les statues des généraux Dugommier, Custine, Hoche, Joubert, Caffarelli et Leclerc seront exécutées en marbre.

ART. 2. – La somme de 90,000 francs affectée à ces travaux sera payée, savoir : 15,000 francs sur le budget de l’an 1806, et 45,000 francs sur le budget de l’an 1807.

ART. 3. – Les marbres seront fournis aux artistes, ou il leur en sera tenu compte.

ART. .4. – Ces six statues devront être terminées pour le salon de l’an 1808. Passé cette époque, elles seront considérées comme n’étant pas acceptées, et les artistes qui en auraient été chargés regardés comme inhabiles aux travaux que le Gouvernement pourrait ordonner dans la suite.

ART. 5. – L’intendant général de la Maison de l’Empereur et le directeur général du musée Napoléon sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera point imprimé.

 

Paris, 1er mars 1806

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR

Le Ministre de l’intérieur fait un rapport sur les écoles spéciales.

L’Empereur charge le ministre de l’intérieur de faire imprimer tous les états propres à faire connaître les progrès et la situation des écoles spéciales; un mémoire dans lequel on examinera quels sont les besoins de l’Empire dans ce genre d’institution, et la question de savoir s’il y a en France assez d’écoles spéciales de médecine, de droit, de mathématiques, d’astronomie, de dessin, de musique, etc. M. Fourcroy est invité à rédiger un mémoire qui fasse connaître les résultats utiles produits par l’étude de la botanique depuis cinq ans.

Le ministre de l’intérieur présente les projets de décrets dont la rédaction avait été ordonnée par l’Empereur pour l’établissement d’un pensionnat à l’école de droit et au conservatoire de musique, et sur les bâtiments qui peuvent être ajoutés à l’école polytechnique.

Ces projets de décrets sont adoptés.

 

Paris, 2 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je suis assez surpris que, le 15 février, mon chargé d’affaires se trouvât encore à Cassel. Je suis surpris aussi de la note de M. Cetto. Il est vrai que le roi de Bavière m’en a remis une sur le même objet, mais je n’y ai jamais fait de réponse. Il faut laisser tomber cela. On ne doit point mettre mon nom en avant lorsqu’on n’a point de pièces. Je ne vois pas pourquoi la cour de Bade ne profiterait pas de l’abbaye de Heitersheim comme l’Autriche. Cependant il ne faut se prononcer ni pour ni contre; il faut seulement engager à prendre patience. La situation de l’ordre de Malte est incertaine; je me trouverais d’ailleurs engagé à le maintenir dans le pays vénitien et à Naples, et je ne sais pas encore ce que je ferai à cet égard. Dites à M. Cetto qu’il ne faut jamais se servir de mon nom lorsqu’on n’a point de traité. En général, profond silence sur les affaires de Malte, comme si elles n’existaient pas.

 

Paris, 2 mars 1806

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin , j’ai reçu votre lettre d’Anspach du 21 février. Faites insensiblement enlever les armes de Prusse, et faites-les remplacer partout par celles de Bavière; mais faites cela avec toute la décence possible. N’oubliez pas de dire, dans toutes les circonstances, toute sorte de bien du roi de Prusse; mais faites entendre, dans vos conversations, que le sort d’Anspach est irrévocablement fixé et que cette province appartient pour jamais à la Bavière. Nourrissez votre armée avec le produit des contributions ordinaires; payez votre solde, si cela est possible.

Le prince Joseph s’est emparé de tout le royaume de Naples. Tenez-vous constamment sur vos gardes, et envoyez-moi les renseignements qui vous parviendraient sur ce qui se passerait d’important à Bayreuth et sur tous les points qui vous avoisinent. Vous savez que le maréchal Augereau est avec 30,000 hommes à Francfort, et le maréchal Lefebvre à Darmstadt avec 24,000.

 

Paris, 2 mars 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, Savary a dû vous écrire pour que vous fassiez partir une quinzaine de gendarmes d’élite pour Naples. J’ai reçu vos lettres des 23 et 24 février. Les levées de volontaires et autres de cette espèce dépensent de l’argent et ne sont d’aucun résultat. Veillez à ce que les conscrits soient bien exercés, et que vos dépôts soient bien tenus. J’approuve beaucoup la formation du corps dalmate; donnez- lui un bon chef; écrivez en Dalmatie pour qu’on le complète. Cette province fournissait autrefois beaucoup de troupes à la république de Venise.

 

Paris, 2 mars 1806

Au prince Eugène

Mou Fils, je reçois votre lettre du 25 février. Je n’approuve point la répartition proposée par le général Chasseloup. Je ne veux pas dépenser un sou à Pizzighettone, pas un sou à la Rocca d’Anfo; tout au plus 200,000 francs à Mantoue. Je vous ai déjà écrit que je voulais dépenser cette année 1,200,000 francs à Palmanova et 800,000 francs à Osoppo. Il faut que le général Chasseloup ne perde pas une heure. D’abord, il s’agit avant tout de tracer autant de demi-lunes qu’il y a de fronts et de les revêtir, ainsi que les contrescarpes, cette année; cela est même plus pressé que les contrescarpes autour de la place actuelle. Je m’en rapporte aux ingénieurs pour ces ouvrages, qui sont de la première nécessité. Qu’on travaille, sans perdre un instant, à Palmanova et à Osoppo. Les évènements se précipitent aujourd’hui avec une telle rapidité qu’il ne faut pas s’en reposer sur les apparences. Que les demi-lunes soient d’abord tracées à Palmanova; il ne faut que 1,200,000 francs pour commencer ces travaux; pour le reste, j’aurai le temps de recevoir les plans et de les approuver. Quant à Osoppo, on peut commencer à l’approvisionner et travailler aux opérations les plus importantes. Je vous ai déjà fait connaître que les travaux à faire, pour cette année, à Mantoue, se bornaient à revêtir les demi-lunes de Pietole. Si je puis dépenser davantage à Palmanova et Osoppo, je le ferai volontiers. On ne saurait mettre trop tôt ces places en état de défense : qu’elles le soient au 1er janvier 1807.

————————

Dites à Auguste que le mariage de Stéphanie Beauharnais, que j’ai adoptée pour ma fille, est conclu; que j’attends le prince de Bade demain, et que le mariage se fera incontinent. Stéphanie est une très-jolie personne, le prince de Bade est très-content de son mariage, et même la Margrave, qui, depuis mon passage, est extrêmement bien pour moi.

 

Paris, 2 mars 1806

Au prince Eugène

Mon Frère, Tascher m’apporte votre lettre du 18 février. Si les galériens vous gênent, vous pourrez très-bien me les envoyer en France. Les Jésuites, commencez par les renvoyer tous chez eux. Il doit y en avoir très-peu de Napolitains. Je ne reconnais point cet ordre. Miot doit, à l’heure qu’il est, être arrivé. Je vous ai envoyé cinq ou six auditeurs, jeunes gens dune grande probité, qui ont suivi le Conseil d’État depuis un an et qui ont du talent. Le capitaine de vaisseau Jacob, officier distingué, que je vous ai envoyé, doit aussi vous être arrivé. Chassez Sibille, qui est un voleur. Je charge le général Radet, qui est à Milan , de se rendre près de vous pour organiser et commander votre gendarmerie. Berthier, Saligny ne valent pas mieux que le chef d’état-major que vous avez. Selon mon opinion, vous vous formez des idées un peu fausses. Il faut voir les  hommes de près pour savoir ce qu’ils valent. J’espère que vous occupez tous les forts et que vous les avez fait approvisionner. Soyez inflexible pou les voleurs. Masséna est haï de toute l’armée; vous devez bien vous convaincre aujourd’hui de ce que je vous ai dit plusieurs fois, que cet homme n’a point l’élévation nécessaire pour conduire des Français. Arcamba doit être arrivé. Je viens de donner l’ordre à Dubreton de se rendre à Naples. Toutes les fois que vous aurez un chef d’état-major qui vous plaira mieux, vous êtes le maître de le prendre. J’ai donné ordre que l’on fasse partir le colonel Gentili pour Naples. J’espère que vous serez content de Radet. Quant au pavillon, que voulez-vous que je vous dise ? Vous savez quels gens sont ces Turcs. Je leur ai fait reconnaître le royaume d’Italie; vous pouvez assurer les Napolitains que leur pavillon sera respecté un peu plus tôt, un peu plus tard. Essayez de leur donner mon pavillon; les officiers de marine que vous avez savent comment cela se fait. Je fais écrire à Alger et à Tunis. Je vous envoie Forfait pour préfet maritime; employez-le de la manière que vous jugerez la plus convenable. J’approuve fort tous les choix que vous avez faits. J’ai ordonné que tous les Napolitains qui sont dans le royaume d’Italie vous fussent envoyés. Masséna a tout pris. Il faudrait lui faire conseiller de rendre les trois millions qu’il a pris; vous pourriez employer à cela Saliceti. Dites-lui qu’il le voie, qu’il le prévienne que Solignac a déclaré officiellement qu’il avait reçu en don trois millions; qu’il faut qu’il les rende, sans quoi, dans le compte, que je publierai au mois de mai, de la levée des contributions de l’armée, il y sera porté tout au long comme ayant reçu cette somme, avec les pièces justificatives; je nommerai une commission de sept officiers pour le faire condamner à la rendre. Cela est extrêmement sérieux.

Vous êtes trop circonspect. Naples peut fort bien vous donner quatre ou cinq millions.

Je fais demain l’ouverture du Corps législatif. Annoncez mon arrivée prochaine à Naples; Naples est si loin, que je n’ose pas vous promettre d’aller jusque-là; mais il n’y a pas de mal à l’annoncer, tant pour l’armée que pour les peuples du pays.

Le général Dumas avait d’abord l’ordre de se rendre en Dalmatie; l’ordre que je lui ai envoyé d’aller à Naples ne l’a pas rencontré. Je viens de le lui faire réitérer. Sebastiani n’est pas guéri de sa blessure.

Les embarras dans lesquels vous vous trouvez arrivent toujours. Je vous recommande de ne pas marcher sans gardes; pour cela, Composez votre garde de quatre régiments de chasseurs et de hussards. Formez-vous aussi deux bataillons de grenadiers tirés des grenadiers de l’armée et une compagnie d’artillerie légère. Mettez bien ceci dans vos calculs , que, quinze jours plus tôt ou plus tard, vous aurez une insurrection. C’est un événemement qui arrive constamment en pays conquis. Je ne sais si vous ne pourriez pas vous aider d’Alquier ou de David, qui sont à Rome; faites-leur écrire de vous joindre. Il y a plusieurs consuls de Sicile dans les États de Naples; vous pouvez vous en servir. Vous n’avez pas besoin du ministre de la marine pour renvoyer Bavastro et Sibille. Faites-leur notifier par le capitaine Jacob que je leur donne l’ordre de se rendre en France. Quelque chose que vous fassiez, vous ne vous soutiendrez jamais dans une ville comme Naples par l’opinion. Pourvoyez à ce qu’il ait des mortiers dans les forts, et des réserves pour punir promptement l’insurrection qui éclaterait. Arrivez promptement à un désarmement. Le général Saint-Cyr doit être arrivé. C’est un homme qui ne laisse pas que d’avoir de l’expérience et qui vous sera utile. Je vous ai envoyé les généraux Donzelot et Lamarque. Ce sont deux officiers distingués. Donzelot pourrait être un assez bon chef d’état-major; je ne sais pas jusqu’à quel point il serait meilleur que César Berthier; mais vous devez être plus certain de l’attachement de Berthier. J’imagine que vous avez du canon dans vos palais et que vous avez pris toutes les mesures pour votre sûreté. Vous ne pourrez trop veiller sur tout votre monde. Les Français sont d’une confiance et d’une légèreté sans exemple. Gallo doit vous avoir joint; il proteste d’un dévouement sans bornes. Cette lettre vous sera portée par un officier de gendarmerie que vous pourrez garder : c’est un homme adroit et qui pourra vous servir dans la police. Tous les embarras que vous éprouvez dans ce moment, on les éprouve toujours dans des circonstances pareilles aux vôtres. Désarmez ! désarmez ! Mettez de l’ordre dans cette immense ville. Tenez vos parcs dans des positions où la canaille ne puisse pas prendre vos canons. Calculez que vous aurez une émeute ou une petite insurrection. Je désirerais beaucoup pouvoir vous aider de mon expérience dans de pareilles matières; j’ai su cependant, par le peu que Tascher m’a dit, que vous vous en tirez bien.

 

Palais des Tuileries, 2 mars 1806

DISCOURS PRONONCÉ PAR L’EMPEREUR À L’OUVERTURE DE LA SESSION

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, Messieurs les Tribuns et les membres de mon Conseil d’État, depuis votre dernière session la plus grande partie de l’Europe s’est coalisée avec l’Angleterre. Mes armées n’ont cessé de vaincre que lorsque je leur ai ordonné de ne plus combattre. J’ai vengé les droits des États faibles opprimés par les forts. Mes alliés ont augmenté en puissance et en considération; mes ennemis ont été humiliés et confondus. La Maison de Naples a perdu sa couronne sans retour. La presqu’île de l’Italie tout entière fait partie du grand empire. J’ai garanti, comme chef suprême, les souverains et les constitutions qui en gouvernent les différentes parties.

La Russie ne doit le retour des débris de son armée qu’au bienfait de la capitulation que je lui ai accordée. Maître de renverser le trône impérial d’Autriche, je l’ai raffermi. La conduite du cabinet de Vienne sera telle, que la postérité ne me reprochera pas d’avoir manqué de prévoyance. J’ai ajouté une entière confiance aux protestations qui m’ont été faites par son souverain. D’ailleurs les hautes destinées de ma couronne ne dépendent pas des sentiments et des dispositions des cours étrangères. Mon peuple maintiendra toujours ce trône à l’abri des efforts de la haine et de la jalousie. Aucun sacrifice ne lui sera pénible pour assurer ce premier intérêt de la patrie.

Nourri dans les camps, et dans des camps toujours triomphants, je dois dire cependant que, dans ces dernières circonstances, mes soldats ont surpassé mon attente. Mais il m’est doux de déclarer aussi que mon peuple a rempli tous ses devoirs. Au fond de la Moravie, je n’ai pas cessé un instant d’éprouver les effets de son amour et de son enthousiasme. Jamais il ne m’en a donné des marques qui aient pénétré mon cœur de plus douces émotions. Français ! je n’ai pas été trompé dans mes espérances. Votre amour, plus que l’étendue et la richesse de votre territoire, fait ma gloire. Magistrats, prêtres, citoyens, tous se sont montrés dignes des hautes destinées de cette belle France, qui, depuis deux siècles, est l’objet des ligues et de la jalousie de ses voisins.

Mon ministre de l’intérieur vous fera connaître les événements qui se sont passés dans le cours de l’année. Mon Conseil d’État vous présentera des projets de lois pour améliorer les différentes branches de l’administration. Mes ministres des finances et du trésor public vous communiqueront les comptes qu’ils m’ont rendus. Vous y verrez l’état prospère de nos finances. Depuis mon retour, je me suis occupé sans relâche de rendre à l’administration ce ressort et cette activité qui portent la vie jusqu’aux extrémités de ce vaste empire. Mon peuple ne supportera pas de nouvelles charges; mais il vous sera proposé de nouveaux développements au système des finances dont les bases ont été posées l’année dernière. J’ai l’intention de diminuer les impositions directes, qui pèsent uniquement sur le territoire, en remplaçant une partie de ces charges par des perceptions indirectes.

Les tempêtes nous ont fait perdre quelques vaisseaux, après un combat imprudemment engagé. Je ne saurais trop me louer de la grandeur d’âme et de l’attachement que le roi d’Espagne a montré dans ces circonstances pour la cause commune. Je désire la paix avec l’Angleterre; de mon côté je n’en retarderai jamais le moment; je serai toujours prêt à la conclure, en prenant pour bases les stipulations du traité d’Amiens.

Messieurs les Députés au Corps législatif, l’attachement que m’avez montré, la manière dont vous m’avez secondé dans les dernières sessions, ne me laissent point de doute sur votre assistance. Rien ne vous sera proposé qui ne soit nécessaire pour garantir la gloire et la sûreté de mes peuples.

 

Paris, 2 mars 1806

Au maréchal Soult

J’ai reçu votre lettre du 17 février. J’ai lu avec intérêt le mémoire qui y était joint. Continuez à m’en envoyer de pareils; et tâchez de donner à M. de la Rochefoucauld les renseignements que vous auriez, surtout sur la manière dont il pourrait se faire informer des mouvements militaires des Autrichiens.

 

Paris, 3 mars 1806

DÉCISION

Notre intention étant que la princesse Stéphanie Napoléon, notre fille, jouisse de toutes les prérogatives dues à son rang, dans tous les cercles, fêtes et à table, elle se placera à nos côtés; et, dans le cas où nous ne nous y trouverions pas, elle sera placée à la droite de Sa Majesté l’Impératrice.

 

Paris, 3 mars 1806

ARRÊTÉ (voir l’article à ce sujet)

ARTICLE 1er. – Les sujets ci-après désignés seront exécutés en peinture, pour les sommes affectées à chacun desdits sujets, savoir :

1° L’Empereur haranguant le 2e corps d’armée sur le pont du Lech, à Augsbourg;
2° L’armée autrichienne prisonnière de guerre, sortant d’Ulm, défilant devant Sa Majesté et à l’instant où elle parle aux généraux vaincus;
3° Surprise du pont du Danube à Vienne, au moment où le prince Murat, le maréchal Lannes et le général Bertrand persuadent aux généraux de les laisser passer;
4° Charge des gardes impériales russes; Rapp présentant à l’Empereur les drapeaux, les canons, le prince Repnine et plus de 800 prisonniers nobles, de la garde russe;
5° L’entrevue de l’empereur Napoléon et de l’empereur François II en Moravie;
6° La 76e demi-brigade retrouvant ses drapeaux dans l’arsenal d’Innsbruck;
7° L’Empereur pardonnant aux révoltés du Caire sur la place d’Ezbekyeh;
8° Les comices de Lyon.

Les huit tableaux ci-dessus seront exécutés dans la proportion de 3 mètres 3 décimètres de haut sur 4 ou 5 mètres de large; le prix affecté à chacun desdits sujets sera de 12,000 francs; ci, pour les huit, 96,000 francs.

9° L’entrée de Sa Majesté dans la ville de Munich, à l’instant où les Bavarois viennent au-devant d’elle;
10° Le mariage de S. A. R. le prince Eugène avec la princesse Augusta de Bavière;
11° Le passage de l’isthme de Suez et Sa Majesté visitant les fontaines de Moïse;
12° L’arrivée et l’entrevue de Sa Majesté avec Sa Sainteté à Fontainebleau.

Ces quatre tableaux seront exécutés dans la proportion de 1 mètre 8 décimètres sur 9 mètres 2 décimètres; le prix affecté à chacun sera de 6,000 francs; ci, pour les quatre, 24,000 francs.

13° La Vierge de la victoire, tableau pour la chapelle des Tuileries; ce tableau sera payé 6,000 francs.
14° Le combat du Formidable, commandé par Gilles Troude (Aimable-Gilles Troude, 1762 – 1824) à Algésiras (Bataille navale d’Algésiras, 6 juillet 1801), qui démâta un vaisseau anglais et força l’amiral Saumarez à l’abandonner, quoiqu’il eût quatre vaisseaux à lui opposer.

Ce tableau sera exécuté dans la proportion de 2 mètres 9 décimètres de haut sur 3 mètres de large, et sera payé 8,000 francs.

ART. 2. – La somme de 134,000 francs, affectée au payement de ces quatorze tableaux, sera payée, savoir : 67,000 francs sur le budget de l’an 1806, et 67,000 francs sur le budget de l’an 1807.

ART. 3. – Tous ces tableaux seront placés dans le palais impérial des Tuileries, après l’exposition publique au salon du musée Napléon fixée au 15 août 1808.

ART. 4. – Tous les artistes qui, à cette époque, et sans motifs plausibles, n’auraient pas terminé leur ouvrage, seront considérés comme inhabiles aux travaux que le Gouvernement pourrait ordonner dans la suite.

ART. 5. – L’intendant général de la Maison de l’Empereur le directeur du musée Napoléon sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

Paris, 3 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, portez des plaintes au prince de Nassau de ce qu’il souffre à Deutz un recruteur autrichien. Je ne veux point de recruteurs allemands si près de moi. J’apprends qu’ils se rende partout, et qu’il doit même en venir à Francfort. Faites remettre à ce sujet une note à la diète de Ratisbonne. Vous y établirez que l’Autriche n’a pas le droit de recruter dans les États d’Allemagne, et que les princes, villes ou États qui recevront des recruteurs autrichiens chez eux seront considérés, s’il survenait une guerre, comme faisant cause commune avec l’Autriche. Faites dire à Francfort que la ville ne doit point souffrir de recruteurs autrichiens. Écrivez dans ce sens à mes ministres en Allemagne; que tous protestent que je ne veux point de recruteurs autrichiens; qu’il faut que l’Autriche recrute chez elle. Faites beaucoup de bruit de cela, et parlez-en ici au chargé d’affaires des villes hanséatiques.

 

Paris, 3 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, en relisant avec attention les lettres de M. Lesseps, que je vous renvoie , je vois que M. Czartoryski argue d’un traité qui existe entre les deux États. Faites-moi un petit rapport là-dessus. Il me paraît que nous avons plus à gagner qu’à perdre, car mon principal but est d’encourager le commerce. Si donc je suis engagé par un traité à ne pas confisquer les marchandises, je désire que vous écriviez à M. Lesseps (Mathieu-Maximilien-Prosper, comte de Lesseps, 1774-1832) une lettre, qu’il puisse montrer, dans laquelle vous direz que j’ai trouvé la réclamation de la Russie juste, et qu’elle a raison; que j’ai donc donné l’ordre que l’article 45 du traité de 1786 fût mis à exécution, et que l’on datât, en conséquence, de telle époque. Vous aurez soin de mettre pour époque le jour où l’armée russe est entrée dans la Pologne autrichienne, car c’est celle de la déclaration de guerre. Cependant rédigez votre lettre de manière à ne pas vous engager à rendre les bâtiments pris à la mer avant ladite époque, car je n’entends dater que de la déclaration de guerre; et il ne vous échappera pas que la Russie ne veut ne pas être en guerre que pour arguer de ses anciens traités.

 

Paris, 3 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous renvoie les papiers de votre correspondance. J’en ai retiré la lettre de Francfort, que j’ai communiquée à M. Mollien; il vous la renverra. J’ai gardé tout ce qui a rapport au projet d’organisation du grand empire. Plus je lis ce que vous m’avez présenté sur cet objet, plus je vois que rien n’est mûr. Il me manque beaucoup de données. Il serait facile de se les procurer. M. Alquier, à Naples, et M. Dauchy, à Venise, pourraient faire sans bruit la recherche nécessaire. Il y a, dans l’un et l’autre pays, des fiefs qui tombent avec les souverains; plusieurs s’éteignent chaque année. Mon intention est de m’emparer de tous, pour les faire servir à récompenser mes officiers. Cela d’ailleurs aurait plus d’un but; ces fiefs, mis dans la main des Français, formeraient un entourage au nouveau roi, pour lequel sa force militaire n’en est pas un suffisant. Envoyez à MM. Dauchy et Alquier des instructions pour cet objet.

 

Paris, 3 mars 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un décret qui nomme M. Lagrange, capitaine au 9e régiment de dragons, second secrétaire la légation à Vienne (Son nom sera étroitement lié à la prise de la ville, en 1809). Vous le ferez venir et vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il tienne une note exacte de la force des régiments autrichiens et des lieux où ils se trouvent; qu’à effet il doit avoir dans son cabinet une boite divisée par cases, dans chacune desquelles il mettra des cartes portant le nom des généraux des régiments et des garnisons, et qu’il changera de cases selon les mouvements qu’ils subiront. Tous les mois, il vous adressera, ainsi qu’aux relations extérieures, le relevé de ces mouvements, et ajoutera les changements que les régiments pourraient éprouver dans leur organisation. Cette mission est très-importante. Il faut que M. Lagrange s’y livre tout entier, et qu’il ne se déplace pas un bataillon autrichien que je n’en sois instruit. Vous lui ferez connaître que la marque de confiance je lui donne en le chargeant de cette mission.

—————–

Je vous envoie une douzaine d’exemplaires de mon discours au Corps législatif; vous le ferez mettre à l’ordre de l’armée.

 

Paris, 3 mars 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois enfin des états tels que je les demande contenus dans le rapport du ministre des finances. Voilà ce que j’appelle des états. Je les ai lus avec une grande attention. J’imagine que le ministre en a gardé des copies. Je n’ai lieu d’être fâché que de que vous ne m’ayez pas envoyé ces états plus tôt. Je désire avoir des renseignements sur celui qui a pour titre : « Elenco di alcuni fel devoluti alla regia camera per l’estinzione delle linee investite ». Savoir ce que cela rend, et ce que cela deviendra dans la nouvelle législation du royaume d’Italie pour ceux qui seraient encore dans les mains des particuliers.

 

Paris, 3 mars 1806

A M. Prina, ministre des finances du royaume d’Italie

J’ai reçu votre travail du 22; je l’ai trouvé en très-bon ordre, et dans une forme qui m’est tout à fait convenable. J’ai reconnu là une nouvelle preuve de votre zèle et de votre attachement à ma personne.

 

Paris, 3 mars 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 février et le décret que vous avez pris. Ce décret s’est croisé avec un autre que vous aurez reçu pour liquider ces arriérés. Ce qui est dû pour les réquisitions doit être pris sur les fonds qui étaient affectés aux travaux du port de Volano et sur le produit du sopra imposio. Faites liquider strictement toutes les fournitures; il est impossible qu’on ait fourni six millions. Faites payer les mois de février et mars qui sont dus à mon trésor impérial.

Je vous laisse le maître de diminuer le nombre des commandants et adjudants de place français , hormis ceux des places fortes, où je désire qu’il y en ait; si vous en avez dans d’autres places, envoyez- les au prince Joseph, qui en aura besoin d’un grand nombre.

Donnez des ordres pour que les deux frégates l’Adria et l’Aquila,et les bricks le Pollux et l’Orion, soient en état d’appareiller pour nettoyer la côte de la Dalmatie des corvettes et bricks anglais. Si vous pouvez y joindre l’Austria, à laquelle vous donnerez le nom d’Austerlitz, cela vous formera une division qui vous sera très-utile, et qui empêchera le golfe d’être bloqué par une frégate et des bâtiments légers.

Le prince Joseph a besoin d’officiers français; tous ceux dont vous n’auriez pas besoin à votre état-major, envoyez-les-lui, sans vous débarrasser de ce que vous auriez de pire, mais en les mêlant. Je crois avoir envoyé à Palmanova le général qui commandait à Peschiera. Envoyez à Peschiera et à Osoppo un bon chef de bataillon français comme commandant d’armes.

 

Palais des Tuileries, 4 mars 1806

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, voulant donner une preuve de l’affection que nous avons pour la princesse Stéphanie Beauharnais, nièce de notre épouse bien-aimée, nous l’avons fiancée avec le prince Charles, prince héréditaire de Bade; et nous avons jugé convenable, dans cette circonstance, d’adopter ladite princesse Stéphanie Napoléon comme notre fille. Cette union, résultat de l’amitié qui nous lie depuis plusieurs années à l’électeur de Bade, nous a aussi paru conforme à notre politique et au bien de nos peuples. Nos départements du Rhin verront avec plaisir une alliance qui sera pour eux un nouveau moyen de cultiver leurs relations de commerce et de bon voisinage avec les sujets de l’Électeur.

Les qualités distinguées du prince Charles de Bade et l’affection particulière qu’il nous a montrée dans toutes les circonstances nous sont un sûr garant du bonheur de notre fille. Accoutumé à vous voir partager tout ce qui nous intéresse, nous avons pensé ne devoir pas tarder davantage à vous donner connaissance d’une alliance qui nous est très-agréable.

 

Paris, 4 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, la demande de M. Masserano est juste. La Toscane ne payera plus de subsides, quand le port de Livourne sera fermé aux bâtiments anglais. Il faut que le commerce anglais soit prohibé en Toscane et l’entrée des marchandises des manufactures anglaises défendue. J’ai ordonné qu’à compter du ler avril la reine d’Étrurie cesserait de payer des subsides à mon trésor France. Écrivez en conséquence à M. de Beauharnais.

 

Paris, 4 mars 1806

Au maréchal Augereau

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 24 février. Il ne faut pas entrer dans le pays de Berg; 2,500 chevaux peuvent très-bien vivre dans l’étendue du pays que vous occupez. D’ailleurs les choses ne peuvent rester longtemps dans l’état actuel. Je vous enverrai avant peu de nouveaux ordres. En attendant, faites reposer et réparer vos troupes, et surtout les dragons de la division du général Bourcier.

 

Paris, 5 mars 1806

  1. M. Fox

Monsieur, j’ai mis la lettre de Votre Excellence sous les yeux de Sa Majesté. Son premier mot, après avoir achevé la lecture, a été :

« Je reconnais là les principes d’honneur et de vertu qui ont toujours animé M. Fox. Remerciez-le de ma part, et dites-lui que, soit que la politique de son souverain nous fasse rester encore longtemps en guerre, soit qu’une querelle aussi inutile pour l’humanité ait un terme aussi rapproché que les deux nations doivent le désirer, je me réjouis du nouveau caractère que, par cette démarche, la guerre a déjà pris, et qui est le présage de ce qu’on peut attendre d’un cabinet dont je me plais à apprécier les principes d’après ceux de M. Fox, un des hommes les mieux faits pour sentir en toutes choses ce qui est beau, ce qui est vraiment grand. »

Je ne me permettrai pas, Monsieur, d’ajouter rien aux propres expressions de Sa Majesté Impériale et Royale. Je vous prie seulement d’agréer l’assurance de ma plus haute considération.

 

Paris, 5 mars 1806

DÉCISION

Le ministre de la marine prie l’Empereur de faire examiner s’il serait possible d’établir dans l’intérieur un on plusieurs bagnes pour y recevoir environ 2,000 condamnés aux fers. S’occuper d’un projet pour en envoyer à la paix 4 ou 5,000 à Cayenne.

 

Paris, 5 mars 1806.

A M. Fouché

Faites mettre quelques articles dans les journaux qui fassent connaître avec quelle verge de fer les Russes gouvernent la Pologne. Chaque maison est inondée de troupes; on a désarmé tous les citoyens et les arrestations sont nombreuses.

 

Paris, 5 mars 1806

EXPOSÉ DE LA SITUATION DE L’EMPIRE (Ce rapport a été préparé par Champagny)

(voir le texte)

 

Paris, 6 mars 1806

NOTE POUR LE GRAND JUGE

La section de législation examinera :

1° S’il n’est pas convenable de déclarer que toutes les hypothèques prises par les Juifs faisant l’usure sont nulles et de nul effet;
2° Que, d’ici à dix ans, ils seront inhabiles à prendre hypothèque;
3° Qu’à dater du 1er janvier 1807 les Juifs qui ne posséderont pas une propriété seront soumis à une patente et ne jouiront pas des droits de citoyen.

Toutes ces dispositions peuvent être particulièrement appliquées aux Juifs arrivés depuis dix ans et venus de Pologne ou d’Allemagne.

 

Paris, 6 mars 1806

A M. Lavalette

Faites connaître à Fiévée que je suis très-mécontent de la manière dont il rédige son journal. Il est ridicule que, contre les règles du bon sens, il veuille donner croyance à tout ce que disent les papiers allemands pour faire peur des Russes. Il est ridicule de dire qu’ils mettent 500,000 hommes sur pied, tandis que , dans la coalition même, la Russie ne fournissait qu’une centaine de mille homme lorsque l’Autriche en fournissait 300,000. Mon intention est qu’il ne parle des Russes que pour les humilier, atténuer leurs forces, prouver combien leur fatras de réputation militaire et les éloges de leurs armées sont peu fondés.

 

Paris, 6 mars 1806

A M. Fouché

Il est temps enfin de mettre un frein aux journaux; ils alarment perpétuellement le commerce et la nation sur les Russes. Rien n’est plus ridicule et plus plat. C’est là la tâche des Anglais et même des Russes. Il faut leur défendre de parler des armées russes, à moi de les réduire à leur juste valeur. La Russie n’a pas, dans tout son empire, 220,000 hommes sur pied. Le Journal de l’Empire est plus alarmiste; il nous met sans cesse les Russes sous les yeux.

Le Moniteur ne doit parler de la Russie que par des articles communiqués par les relations extérieures.

 

Paris, 6 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, mon intention est que les articles politiques du Moniteur soient faits par les relations extérieures. Et quand j’aurai vu , pendant un mois; comment ils sont faits, je défendrai autres journaux de parler politique autrement qu’en copiant les articles du Moniteur.

 

Paris, 6 mars 1806

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, il faut écrire que ce M. Gianti soit chassé de Rome, s’il est vrai qu’il ait suscité l’insurrection d’Arezzo.

Il faut soutenir la Bavière dans ses prétentions sur l’Autriche. Puisqu’il n’est question que de Würzburg dans le traité, il faut que l’Autriche s’en tienne là; c’est bien assez.

Il faut faire demander à Tunis les Lucquois, en déclarant qu’ils sont sous ma protection. Présentez-moi un projet de réponse au prince Morousi.