Correspondance de Napoléon – Mai 1804

Saint-Cloud, 27 mai 1804

A M. Lebrun

Monsieur Lebrun, Colonel Aide de camp, vous partirez dans la journée pour vous rendre à Bordeaux. Vous y verrez le préfet commissaire général de police et le commissaire de marine. Vous leur ferez connaître que mon intention est qu’ils fassent une levée extraordinaire de matelots pour les ports. Dans une ville comme Bordeaux, il y a toujours des ressources. Vous les pousserez le plus possible. Vous verrez par vous-même, en vous promenant sur le port habillé en bourgeois et causant avec différents individus, a effectivement encore des matelots.

Vous irez voir la frégate le Poursuivant,dernièrement arrivée d’Amérique, qui est au bas de la rivière. Vous verrez quelle est la force de son équipage, son approvisionnement, si elle a besoin de réparations, et si elle est propre à faire une mission. Vous verrez la frégate la Pénélope, qui est sur le chantier; vous presserez le commissaire de marine d’y faire travailler avec toute l’activité possible, vous verrez combien elle a de vingt-quatrièmes de faits et ce qui s’oppose à ce qu’on y travaille avec plus d’activité. Vous verrez les bâtiments de la flottille qui sont en rade, et ce qui reste des 44e et 63e, qui ont dû s’embarquer dans ce port; ce qu’il y aurait en chantier ou en armement pour la flottille. Vous me ferez sur tout cela un mémoire raisonné et détaillé, voyant tout vous-même et y mettant le temps.

Vous irez à Bayonne; vous y verrez l’état des construction pour la marine et y ferez les mêmes observations, de même à Jean-de-Luz. Vous m’enverrez de là un rapport détaillé et circonstancié.

De là vous vous rendrez au Ferrol et à la Corogne; vous verrez les bâtiments les uns après les autres, ainsi que le bâtiment batave. Vous vous assurerez de la situation de chacun de ces bâtiments; vous verrez quelle espèce de campagne ils peuvent faire, et ce qui les empêche d’entrer dans le bassin. Vous verrez ce que la marine espagnole pourrait leur fournir, soit en vivres, soit en agrès, etc. et ce que le commandant pourrait se faire fournir avec de l’argent. Vous examinerez les équipages; vous vous informerez de ce qu’on a fait des hommes qui étaient à Malaga et à Cadix, et qui ont dû se rendre
au Ferrol pour tenir garnison sur les vaisseaux. Vous resterez cinq ou six jours dans ce port et m’enverrez de là un mémoire raisonné et détaillé.

Vous vous rendrez de là à Madrid. Vous y verrez l’ambassadeur Beurnonville. Vous lui remettrez les demandes de l’escadre que vous aurez recueillies, afin qu’il fasse les démarches nécessaires pour obtenir du Gouvernement espagnol ce dont elle a besoin, car je voudrais qu’en messidor les cinq vaisseaux de cette station pussent partir pour une mission éloignée.

Vous retournerez à la Corogne et au Ferrol, pour vous assurer par vous-même de l’effet qu’autant produit les promesses du Gouvernement espagnol.

Vous reviendrez de là à Paris en passant par Rochefort; vous verrez l’île d’Aix; vous irez en rade, vous prendrez note de la situation de chaque vaisseau, et de l’état des constructions.

 

Saint-Cloud, 27 mai 1804

Au vice-amiral Thévenard

Monsieur Thévenard, Vice-Amiral, préfet maritime à Lorient, je désirerais que l’Alqésiras fût lancé avant le 14 juillet et pût être en rade avant le 20 messidor. Je désirerais également que l’un des deux vaisseaux le Régulus ou le Courageux, qui sont en construction depuis l’an IX et l’an X, fût en rade avant le mois de fructidor. Il est possible qu’il y ait des obstacles pour le Régulus et le Courageux. Renforcez les travaux, prenez tous les moyens qui vous seront inspirés par votre expérience et votre zèle pour le bien du service, et faites-moi connaître sur quoi je puis positivement compter. Je m’en fie, pour l’exécution de mon ordre, à vos talents et à votre attachement à la patrie et à moi.

 

 

Saint-Cloud, 28 mai 1804

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, ce ministre de Wurtemberg, Steube, est un plat sot, aussi malintentionné qu’ignorant. S’il y avait quelque manière très-délicate d’insinuer qu’on le rappelât, cela me serait très-agréable.

Écrivez au général Lannes à Lisbonne, et parlez ici à M. de Souza, et cela cependant délicatement, afin que le ministre de Portugal à Berlin, qui est notre ennemi forcené, soit rappelé.

Saint-Cloud, 28 mai 1804

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, M. Racault de Reuilly, attaché à la légation de Russie, ayant voyagé sur la côte de la mer Noire et en ayant rapporté des plans et des mémoires utiles, mon intention n’est pas que ce voyage soit à ses frais; je désire donc que vous lui remboursiez tout ce qu’il lui aura coûté les états qu’il vous remettrait.

Saint-Cloud, 28 mai 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, 60,000 hommes de la conscription de l’an XIII été mis à la disposition du Gouvernement. Il n’y a point de temps à perdre pour répartir entre les différents corps ladite conscription.

Les 3e, 5e, 10e, 19e, 34e, 37e, 47e, 56e, 58e, 59e, 70e, 72e et 86e régiments d’infanterie de ligne, et les 3e, 12e, 21e, 24e,
26e et 28e d’infanterie légère, me paraissent les régiments les faibles et ceux qui auront le plus besoin de monde.

Les régiments de cuirassiers me paraissent à peu près complets.

Les régiments de dragons me paraissent avoir encore de grands besoins. Faîtes-moi connaître ce qui leur manque. Mon intention est de les porter par la conscription au complet du pied de paix.

Il y a plusieurs régiments de chasseurs qui sont très-faibles.

Enfin je désirerais porter au complet les régiments d’artillerie Je désire donc que le plus tôt possible vous me fassiez un rapport sur la situation actuelle de l’armée, dans lequel vous me fassiez connaître ce qu’il manque au complet de paix des corps, tel qu’il a été réglé pour l’an XII.

Les garnisons de la marine se fournissent d’une manière très-irrégulière. La manière la plus convenable me paraîtrait celle de faire de fournir par chaque régiment de ligne la garnison d’un vaisseau. Il est convenable d’avoir à bord de nos vaisseaux des soldats d’un courage éprouvé et bien disciplinés. Comme la marine se charge du payement de nos garnisons, cela n’augmenterait pas les dépenses de la guerre et n’aurait plus l’inconvénient de sacrifier plusieurs corps pour le service de la marine.

Saint-Cloud, 28 mai 1804

DÉCISION

Bouchotte, ancien ministre de la guerre, demande qu’il lui soit alloué un traitement de 5,000 francs, à compter du 1er floréal an XII. (Jean-Baptiste Bouchotte, 1754-1840. Il fut ministre de la guerre, durant un an, en 1793) Renvoyé au ministre de la guerre. Il me paraît convenable d’accorder un traitement à cet ex-ministre.

DÉCISION

Donadieu demande à être réintégré dans son grade. (Gabriel Donnadieu, 1777-1849. Une « forte tête ». Arrêté en 1800 pour avoir parler d’assassiner Bonaparte, il avait été arrêté, puis destitué) Donner de l’emploi à cet officier à l’armée de Brest.

Saint-Cloud, 28 mai 1804

Au contre-amiral Decrès

Monsieur Decrès, Ministre de la marine, je vous prie de me faire connaître où en est la levée des matelots génois; combien il en est parti de Gênes, et combien il en est arrivé dans nos ports.

Saint-Cloud, 28 mai 1804

Au contre-amiral Decrès

Monsieur Decrès, Ministre de la marine, par les renseignements que je reçois du Havre, il y manque de la poudre; de sorte que la division impériale ne pourra partir qu’avec soixante coups; il en faut cent. Voyez s’il y aurait de la poudre à Rouen, et, dans ce cas, prenez des mesures pour en faire expédier avec la plus grande diligence.

Donnez ordre au préfet maritime du Havre qu’il fasse partir sur-le-champ les 20 caïques sous l’escorte de la première division de chaloupes canonnières qui partira. Je le laisse maître de les faire partir avec ou sans canons; il y a à Boulogne des canons qui pourront leur servir. Dans tous les cas, j’attache la plus grande importance à ce que les 20 caïques soient promptement rendues : voilà la saison de s’en servir. Si ces bâtiments partent sans canons, on pourra leur mettre le nombre de matelots nécessaire à leur navigation; leurs équipages seront complétés à Boulogne.

Donnez l’ordre également, s’il est nécessaire de diminuer l’armement, que l’on laisse à la Canonnière 100 hommes et qu’on en retire 217 hommes. On embarquera à bord 150 hommes d’infanterie, qui, avec 100 hommes d’équipage, suffiront pour mettre cette frégate en état de défense dans la rade. Il y a besoin de quatre-vingt-deux pièces de canon de 24 au Havre, pour achever l’armement des bâtiments qui y sont. Il faudrait près de cent milliers de poudre. Je préférerais donc qu’on dirigeât sur le Havre l’artillerie qui est à Paris, au lieu de Dunkerque. Il manque aux corvettes impériales, au Havre, du cuivre pour le doublage. Il faut vingt pièces de bronze courtes faites-en la demande au premier inspecteur. S’il y en a à Paris, vous en enverrez, sans quoi ces bâtiments seront provisoirement armés au Havre de quelques pièces de canon pour leur défense, et, arrivés à Boulogne, on les armera de pièces de bronze courtes.

Il y a à Saint-Valery-en-Caux un bateau de première espèce, 5 de deuxième et 13 péniches. Ces bâtiments n’ont point d’artillerie, qui doit leur être envoyée du Havre. Donnez contre-ordre et ordonnez aux bâtiments de Saint-Valery de partir sous l’escorte de la première division, qui passera devant Saint-Valery-en-Caux, et de se rendre à Boulogne, où ils prendront leur artillerie.

Saint-Cloud, 29 mai 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, les deux premiers escadrons de guerre des régiments de dragons, composant les divisions des généraux Baraguey d’Hilliers et Klein, seront portés au complet de 300 hommes par escadrons, officiers compris; ce qui fera 600 hommes par régiment. Ces 600 hommes seront composés des hommes à cheval qui sont à cheval aux deux premiers escadrons, et le reste d’hommes à pied. Vous donnerez l’ordre aux 3e, et 4e escadrons d’envoyer ce qui est nécessaire pour le complément des deux premiers.

Faîtes-moi connaître la situation des 22e, 23e, 24e, 25e, 26e, 27e, 28e, 29e et 30e régiments de dragons. Je désire connaître si ces régiments ont leurs fusils.

Saint-Cloud, 29 mai 1804

Au maréchal Berthier

Il y a besoin de garnisons au Havre; mais il doit encore y rester des troupes, soit du 96e, soit des détachements que vous y avez fait passer dernièrement. Donnez l’ordre au général qui y commande de vous envoyer l’état des bâtiments de la flottille en partance, ou qui seraient dans le port prêts à partir, avec les garnisons à bord de chacun, ce qui est nécessaire, et ce qui est encore existant au Havre.

Donnez, en attendant, l’ordre à deux bataillons des grenadiers de la réserve, à Arras, de se rendre au Havre en passant par Abbeville,  Eu, etc. Ces bataillons seront répartis sur tous les bâtiments de la flottille.

Saint-Cloud, 30 mai 1804

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

Je désire que la note officielle de lord Hawkesbury soit envoyée officiellement à nos agents dans les cours étrangères, hormis en Russie, en Danemark, en Suède et à la Porte, avec une note qui porterait en substance :

Que le soussigné est chargé, par ordre de son gouvernement, d’appeler l’attention du cabinet sur la présente note de lord Hawkesbury ; que, quelle que soit la grossièreté des injures, jusqu’à cette heure inconnues dans les communications, que ladite note renferme contre le Gouvernement et la nation française, le Gouvernement français n’a dû y répondre que par un souverain mépris ; mais que les principes que l’Angleterre proclame hautement sont tellement subversifs de l’ordre établi en Europe, que le Gouvernement français l’a jugée digne de toute son attention.

En effet, il y est dit qu’un ambassadeur, ministre ou chargé d’affaires, ou tout autre individu revêtu d’un caractère public dans une cour neutre, a le droit de machiner contre le Gouvernement français, quoique cette cour soit en paix avec lui. L’ignorance la plus honteuse, et cette irréflexion qui caractérise depuis plusieurs années les démarches du cabinet britannique, l’ont pu seules porter à proclamer un tel blasphème. Eh quoi ! il autorise donc le Gouvernement français à considérer tous les agents du cabinet britannique comme espion ,et, comme des agents de complots et de guerre ! et le plus beau caractère, espèce de sacerdoce sacré et environné de toute la vénération des hommes, n’est donc pour le cabinet britannique qu’un voile pour couvrir des complots, des crimes et des subversions ! Un ambassadeur est un ministre de conciliation ; son devoir est toujours un devoir saint, fondé sur la morale ; et le cabinet britannique nous dit que c’est un instrument de guerre, qui a le droit de tout faire, pourvu qu’il ne fasse rien contre le pays dans lequel il est accrédité. Ainsi, dans le sens du Gouvernement anglais, si un ambassadeur anglais pouvait pointer un mortier du milieu de la Bavière, ou de la rive droite du Rhin, pour écraser une ville de France, la France devrait point le trouver mauvais, et les électeurs de Bavière, Bade, de Wurtemberg n’auraient rien à dire, vu qu’il ne fait rien contre le pays dans lequel il est comme si tout ce qui se fait dans un pays n’était pas soumis à la juridiction du gouvernement du pays, et si la première clause de l’inviolabilité attachée au caractère d’ambassadeur n’était pas qu’aucune nation n’a pu encore supposer qu’il entrât dans ses fonctions de ne rien faire, etc.

La conclusion de cette note, qui doit être faite avec soin , et de laquelle on observera de répéter autant que possible les propres mots de la note anglaise, doit être que, jusqu’à ce que le Gouvernement anglais ait rétracté de pareils principes, et jusqu’à ce qu’il soit rentré dans les bornes du droit des gens, la France ne reconnaît plus de ministres anglais, et se regardera en état de guerre contre eux jusqu’à cinquante lieues des frontières. Le Gouvernement anglais avait donné souvent des preuves d’une politique féroce ; mais il appartenait à ces derniers temps de le faire avec autant de niaiseries et d’imbécillité. Prendrait-il les souverains de l’Europe pour autant de nababs des Indes ? et croirait-il que la doctrine erronée et absurde que la force a obligé les puissances maritimes d’adopter sur mer puisse l’être sur terre par les nations du continent ?

Saint-Cloud, 30 mai 1804

  1. M. l’Empereur désire savoir si Monsieur Talleyrand a vu l’ambassadeur Turc.

Je désire aussi que Monsieur Talleyrand fasse faire pour le Moniteur une note sur les affaires d’Amérique contre la neutralité armée

Lettres à Talleyrand

Saint-Cloud, 31 mai 1804 (Lettre datée par erreur du 1er mai 1804)

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je n’ai pu voir qu’avec beaucoup de mécontentement que, malgré mon intention bien soutenue que les vaisseaux en rade de Brest levassent l’ancre tous les jours, afin d’exercer les équipages, de harceler l’ennemi et de favoriser le passage de la flottille d’Audierne, aucun vaisseau, pendant tout le cours de l’année, n’a appareillé ; de sorte qu’on a permis à l’ennemi de bloquer, avec un petit nombre de bâtiments, une escadre considérable. L’amiral Truguet, dans le compte qu’il vous a rendu, m’ayant justifié par aucune raison suffisante l’inexécution de mes ordres, mon intention est qu’il soit rappelé et remplacé immédiatement par un officier actif, qui ait l’habitude des mouvements, qui soit allé depuis peu à la mer, et qui sache que la perte de plusieurs mois passés dans l’oisiveté est irréparable.

Vous ferez connaître à ce nouvel amiral que des escadres légères doivent journellement harceler l’ennemi, et qu’il convient que tous les vaisseaux, chaque fois que le temps le permet, appareillent et remouillent, ne courussent-ils que quelques bordées. Vous prescrirez que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne s’écarte point de ces dispositions. Leur exécution précise produira l’effet qu’on doit se proposer, de tenir en alerte l’ennemi et les équipages en haleine, d’exercer l’armée aux deux opérations les plus difficiles, appareiller et mouiller, et de l’accoutumer à l’ensemble nécessaire pour profiter d’une circonstance favorable.

L’ordre d’appareiller ne sera donné aux escadres légères que par un signal, et l’amiral, dans le compte qu’il vous rendra journellement, fera connaître le temps que chaque bâtiment aura mis à appareiller.

Les bâtiments qui appareilleront seront, autant qu’il sera possible, accompagnés de quelques caïques, dont les vaisseaux fourniront les équipages. Il doit se présenter, dans le cours de l’été, un grand nombre d’occasions où ces caïques pourront être très-utiles.

J’ai ordonné au ministre de la guerre de faire fournir le nombre de soldats nécessaire comme garnison, pour qu’il y ait 200 hommes sur chaque vaisseau de guerre.

Ces hommes seront exercés, indépendamment des manœuvres basses, à nager dans les grandes chaloupes des vaisseaux.

Saint-Cloud, 14 prairial an XII (3 juin 1804)

Au maréchal Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Mon Cousin, je reçois le compte que vous me rendez des chaloupes canonnières de la Garde. Elles seront jointes à Boulogne par 27 autres qui vont partir du Havre sous le commandement du capitaine Baugier, et qui formeront une belle division de 36 chaloupes canonnières et de 36 péniches. L’artillerie doit avoir des pièces de 24 légères. On peut de préférence les placer sur les chaloupes canonnières de la Garde.

Faites connaître au général Legrand et au chef de bataillon Cuny que je leur ai accordé ce qu’ils me demandent, et que j’en ai sur-le-champ expédier l’ordre.

L’amiral, pour encourager les soldats, leur fera sentir combien ils se rendront utiles pour la descente, et leur présentera l’exemple des troupes campées sur les côtes, qui passent des journées entières à  nager dans les bâtiments de la flottille.

Prescrivez à l’amiral d’accorder des prix aux soldats qui monteront sur les vergues, et faites sentir aux contre-amiraux et aux capitaines des vaisseaux qu’il n’est rien que des chefs ne puissent obtenir des sentiments d’honneur et de l’émulation dont le soldat français est animé. Mettez à la disposition de l’amiral les fonds nécessaires pour ces arrangements. C’est l’occasion de remarquer combien serait stérile l’observation des capitaines qu’ils n’ont pas de matelots, si on ne prenait pas les moyens propres à en former.

Enfin chaque vaisseau doit être approvisionné d’un certain nombre d’obus de 36, chargés avec la roche à feu. L’amiral inspirera confiance aux officiers dans ces mobiles, et en fera tirer fréquemment dans les exercices du canon. Vous lui enverrez une instruction primée qui fera connaître la manière de placer l’obus dans le canon et vous recommanderez de ne se servir d’obus qu’à petites portées. Cette instruction sera mise à l’ordre de l’armée.

Je n’ai pas besoin de rappeler que l’amiral ne doit point avoir de logement à Brest, et qu’il doit passer des mois entiers sans quitter la rade ; que les capitaines de vaisseaux ne doivent jamais aller à terre, et que les officiers de corvée doivent toujours être des officiers inférieurs.