Correspondance de Napoléon Ier – Novembre 1811

Wesel, 1er novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte de Montalivet, je vous envoie une lettre du préfet de la Roer, qui demande l’exportation de blés et qui prétend qu’il y en a dans ce département deux millions d’hectolitres en sus des besoins de la consommation. Je pense qu’en effet on peut y ache­ter 200,000 quintaux métriques pour Paris.

Je vous envoie un mémoire que je vous prie de lire au conseil des subsistances pour qu’il se pénètre de son objet. La liberté du com­merce des blés est de principe. Une gêne momentanée des moutures est sans inconvénient. Il ne vous échappera pas qu’il en résultera plusieurs avantages : on sera obligé d’envoyer des grains et non des farines à Nantes; ce  qui influera de plusieurs francs sur le prix des farines à Paris. M. Maret ne parait pas avoir considéré les choses sous ce point de vue. Si on juge nécessaire de porter le pain à 15 sous, ce qui ne m’étonnerait pas, il importe de prendre les mesures indi­quées dans mon mémoire, afin de lutter contre le renchérissement de la farine. Il faut aussi qu’il y ait sur la place un pain de beaucoup moindre valeur. En l’an X, j’en fis faire qui était assez beau et qui coûtait beaucoup moins. Il faut même en faire faire qui approche le pain de munition. J’ai accordé un fonds de 2 millions pour les achats, on y trouvera une ressource suffisante pour les primes; d’ailleurs, quand vous me rendrez compte de vos besoins, je mettrai de nouveaux fonds à votre disposition.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je vous renvoie les lettres de Savone afin qu’il ne s’égare rien de la collection. Répondez vous-même au médecin Porta que vous avez mis sa lettre sous les yeux de l’Empereur; que Sa Majesté a mis en marge de sa lettre que, quelques discussions qu’il y ait eu entre le Pape et Sa Majesté, et quoiqu’elles aient été plus ou moins vives, Sa Majesté considérerait toujours les services personnels rendus au Pape comme s’ils avaient été rendus à elle-même; que le médecin Porta n’avait qu’à faire connaître ce qu’il désirait, et que son traitement lui serait payé comme au temps où le Pape était à Rome; qu’en conséquence il lui était alloué un traitement de 12,000 francs depuis le moment qu’il avait quitté Rome, lequel traitement lui serait continué tant qu’il demeurerait avec le Pape; que vous allez lui envoyer une ordonnance de payement, et qu’il vous fasse connaître depuis quand il a cessé d’être payé.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’écluse qui sépare le lac de Haarlem du Zuiderzee est nécessaire à occuper. Il y a un ouvrage en terre qu’il faut perfectionner et tenir en bon état; mais je pense que sur l’écluse il faudrait un corps de garde casematé, pour 100 hommes, qui mette à l’abri de toute sur­prise ce poste important, de sorte que cet outrage obligeât l’ennemi, venant du Helder ou de tout autre point, à doubler le lac de Haarlem et à faire douze lieues, c’est-à-dire six lieues pour venir à Haarlem et six lieues pour revenir ensuite sur Amsterdam. C’est donc obtenir un grand avantage à peu de frais. Faites faire le projet de l’amélio­ration à faire à cet ouvrage en terre et de cette casemate, parce que je veux les faire exécuter la campagne prochaine.

En améliorant l’ouvrage en terre, on ne doit pas perdre de vue qu’il doit me servir de poste avancé contre Amsterdam en cas de mouvement populaire.

Je vous ai fait connaître le parti que je voulais tirer des inondations dont la gauche s’appuie à Naarden et la droite à Gorcum; que je voulais que cette ligne fut étudiée; que des corps de garde en ma­çonnerie fussent placés sur les digues pour protéger les batteries, de manière à avoir là une ligne qui appuyât celle du Rhin et la mit à l’abri de toute surprise, supposant la ligne de l’Yssel forcée. Ce projet doit être étudié. Chargez le directeur actuel, le général Krayenhoff et l’ingénieur hollandais Blanken de faire un projet là-dessus, qui me sera présenté aux conseils de décembre.

On me présentera aussi le travail sur les inondations d’Amsterdam, dont la gauche s’appuie à Minden et la droite au lac de Haarlem, et sur le nombre de corps de garde retranchés qu’il faudrait pour garder relie ligne.

En supposant une expédition des Anglais au Helder tandis que l’armée serait occupée, et qu’ils voulussent tenter un coup de main sur Amsterdam sans prendre le Helder et sans qu’ils fussent maîtres de cette clef de la Hollande, il faudrait d’abord les empêcher de venir sur Amsterdam. L’occupation de l’écluse entre le lac de Haarlem et le Zuiderzee, les chaloupes canonnières envoyées dans le lac de Haarlem et dans le Pampus, les places de Naarden et de Hellevoetsluis, et enfin une trentaine de corps de garde retranchés, pour 50 hommes, sur les digues, servant de réduits à des batteries, pour­raient conserver pendant quelques semaines la possession d’Amster­dam ; ce qui ne serait pas à dédaigner dans de certaines circonstances. Toutefois il faut en faire le projet et le rendre l’objet d’une discus­sion; il faut que le plan en soit tracé, que le devis soit fait et les teintes des inondations bien lavées. Dans ce cas, je ferais construire les corps de garde, mais on placerait toute l’artillerie dans la place de Naarden ; ce serait l’affaire de peu de jours pour la placer en batterie.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je viens de trouver dans la place de Wesel 50 jeunes gens, tous Français, de bonne mine, dont 25 ou 26 sortent du 7e régiment de hussards. Ces jeunes gens sont en prison depuis plusieurs mois comme mauvais sujets. Cependant vous n’avez pas envoyé leurs noms, des notes sur eux, enfin rien qui fasse connaître ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait. Grand nombre déjeunes gens ont les certificats les plus honorables de leurs corps. Le commandant de la place les a tenus au cachot sur ce que vous lui avez dit; le ministre de la guerre, qui n’a point été prévenu, n’a donné aucun ordre : voilà donc 50 Français au cachot sans qu’on ait aucune pièce qui établisse pourquoi ils y sont. Le colonel du 7e régiment de hussards, s’il a participé à cet acte, est bien coupable. On les a fait sortir sous prétexte de les en­voyer au 9e régiment de lanciers, et on les a conduits à Wesel où on les a mis en prison. Il est possible que ces jeunes gens soient de mauvais sujets, mais cette manière de faire est horrible, et le caractère de soldat français demande plus de respect.

Vous avez également envoyé une trentaine d’hommes, provenant de la légion hanovrienne, qui n’ont pas été reçus au 9e régiment de chevau-légers. Ces hommes ne méritaient pas d’être mis en prison, cependant ils sont au cachot. Ils se sont engagés volontairement: ils sont partis de Niort volontairement. Que le 30e régiment de chas­seurs ne juge pas à propos de les prendre, c’est tout simple; mais il fallait qu’on tint procès-verbal, qu’on les reçus en subsistance, qu’on informât le ministre de la guerre et qu’on attendit ses ordres. Mais les avoir fait mettre au cachot, cela parait extraordinaire.

Si vous avez fait placer dans le 30e régiment de chasseurs, aujour­d’hui 9e régiment de chevau-légers, des Français, vous avez eu tort, et cela est contre mon intention. Aucun homme ne peut être changé d’un régiment sans l’autorisation du ministre. Mon intention n’a ja­mais été que dans le 30e de chasseurs, ni dans les 123e, 124e, 125e et 126e régiments, on fit entrer aucun Français, et qu’on y détachât aucun cadre français.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin , les Anglais jettent beaucoup d’hommes sur nos côtes ; je viens d’en trouver ici une cinquantaine qui étaient au cachot. J’ai causé avec plusieurs. Ils se divisent en trois classes : Français, alliés de la France, et tout à fait étrangers. Ce sont tous de malheureux hommes qui ont servi l’Angleterre pendant plusieurs années; beau­coup ont été pris en Espagne et dans nos colonies; plusieurs sont depuis longtemps au service de l’Angleterre. Ayant des hernies, ou devenus vieux, les Anglais les renvoient. Ils ne les envoient pas à Morlaix, parce que, n’étant pas prisonniers, on ne les recevrait pas; ils les jettent sur les côtes. Que doit-on faire de ces hommes ? Charger un commissaire de police de les interroger, de dresser un procès-verbal de leur historique; s’ils sont Français, de les renvoyer dans la ville où on les connaît; s’ils sont étrangers, de les renvoyer chez eux, en les faisant accompagner jusqu’aux frontières ? Donnez des ordres en conséquence.

Il faut que les noms de ces hommes et des détails sur chacun soient mis dans les gazettes de Hambourg, accompagnés de commentaires qui fassent sentir l’ingratitude et l’horrible conduite des Anglais de renvoyer ainsi, dépouillés et nus, des hommes qui les ont servis.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre état de situation de l’armée au 15 oc­tobre. Je vous prie de m’envoyer celui du 1er novembre. Je ne com­prends pas celui-ci, parce que je remarque plusieurs observations comme celle-ci : « Le 13e régiment a compris dans sa force 450 hom­mes qui doivent venir des dépôts de Wesel et Strasbourg. » Un état de situation est une chose positive et non hypothétique. Vous dites : «  présents sous les armes 3,693 » ; y sont-ils ? n’y sont-ils pas ? Un état de situation sert de base aux mesures d’un général. Quelle était la situation du corps d’armée au 15 octobre ? Voilà ce que je demande. Je ne sais pas si la 1e division a 11,629 hommes présents ou si elle n’en a que 10,000.

Je vous renvoie l’état pour que vous rectifiiez ces notes. Je voudrais que les malades à la chambre fussent au moins compris en note, car je sais que les régiments en ont bon nombre.  Je vois aussi que le 2e de chasseurs n’a que 730 hommes, tandis qu’il a 1,029 chevaux; il en est de même du 7e et du 8e de hussards, du 16e de chasseurs, et du 9e de chevau-légers. De sorte qu’il n’y a que 6,000 hommes et près de 8,000 chevaux. Il n’y a pourtant que 400 malades ; cela mérite explication.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Monsieur l’Architrésorier, je vous envoie la copie d’une lettre que j’écris au prince d’Eckmühl, afin qu’elle vous serve de règle: nommez une commission pour faire justice, et qu’elle se dépêche. Mais ayez soin que des articles bien faits remplissent les gazettes d’Amsterdam.

 

Düsseldorf, 2 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans l’actif du trésor au 1er octobre, état n° 2 de la balance, 394,000 francs pour avances à la Garde Impériale ; il faut régulariser cela. Je vois 300,000 francs pour inscription sur le Monte Napoleone : vendez cette inscription au domaine extraordinaire. Je vois des bons de la caisse d’amortissement du royaume d’Italie : vendez cela au domaine extraordinaire. Je vois 1,700,000 francs pour avances aux troupes napolitaines; je croyais cette affaire régularisée et que vous aviez des bons. Qu’est-ce que c’est que ces 163,000 francs à Hope et un million à Perregaux ? Il faut régulariser tout cela. Je vois dans cet actif 9 millions de piastres dues par l’Espagne et 5 millions, ce qui fait 14 millions, qui pa­raissent bien compromis; faites-moi connaître ce qu’on peut faire de cela. Dans le passif, je vois plusieurs créanciers pour 3,700,000 francs ; je ne croyais pas que vous dussiez rien à personne.

Je vois dans l’état n° 7 qu’il est encore dû sur 1806, 3,200,000 francs pour les fonds généraux et 120,000 francs sur les fonds spéciaux ; je croyais que cela avait été régularisé par mes derniers décrets; également les 4 millions de 1807.

Dans les états n° 15, 16 et 17, je vois 5,900,000 francs qui sont dus par le domaine extraordinaire à la guerre : il faut régula­riser cela. Je ne comprends pas comment, aujourd’hui que nous sommes à la fin de l’an 1811, le trésor a à réclamer 500,000 francs pour 1809, et les finances 600,000 francs. Je vois que la conscrip­tion a rendu en 1809  5,100,000 francs, et qu’il n’a été dépensé que 3 millions : il resterait donc 2 millions de boni. Pourquoi portez-vous le produit d’une vente de 300 chevaux au gouvernement napo­litain, 120,000 francs ? Vous n’auriez pas dû toucher cela; ces 120,000 francs devaient aller à la caisse d’amortissement, comme produit de vente d’effets militaires. Qu’est-ce que c’est que ces 32,000 francs pour l’approvisionnement de Pampelune ?

Dans l’état n° 20 je vois qu’il reste 4,500,000 francs à recouvrer sur les recettes diverses et accidentelles, et 1,100,000 francs sur les départements des Bouches-du-Rhin et de l’Escaut; cela rentrera-t-il ?

Dans l’état n° 22 je vois un fonds destiné au payement de la viande en Hollande, 330,000 francs. Je ne comprends pas cet article. Vous n’avez encore rien perçu pour cela.

En général, je trouve que les fonds spéciaux sont portés trop en masse dans vos états et qu’ils ne sont pas assez divisés. J’y voudrais aussi plus d’ordre. Je désirerais que vous fissiez le budget des fonds spéciaux de 1800, 1807, 1808, 1809 et 1810; que les recettes y fussent détaillées avec des notes qui précisassent le décret et la nature de la recette; que la 1e colonne contint ce que chaque article devait rendre, la 2e colonne ce qu’il a rendu, la 3e ce qui reste à recouvrer; que la dépense fût classée par ministère et section de ministère, eu faisant connaître le crédit que j’avais ouvert, ce qui a été dépensé et ce qui reste à dépenser. Cela mettra de l’ordre dans une matière qui est aujourd’hui en désordre. Vous ferez faire de même le budget de 1811.

Dans l’état n° 22 je vois aux fonds spéciaux, à l’article Revenus : Abonnements au Bulletin des lois, centimes additionnels, etc., cela se comprend très-bien. Mais je vois plus bas Dépenses locales des dépar­tements de l’Ems-Supérieur et des Bouches-de-l’Elbe; cela ne s’entend pas ; une dépense n’est pas une recette. Je vois Traitement des tréso­riers spéciaux. Grains envoyés en Corse; cela ne s’entend pas davan­tage. Tout cela est mal parlé, mal classé, et a besoin d’être remanié. On peut dire la même chose de la dépense : Droit de péage, Octroi de navigation, Demi-tonnage, Vente de domaines dans les 27e et 28e divisions militaires; tout cela n’est point dépense. Il y a dans cette classification du désordre. Je désire donc que vous fassiez faire le budget des fonds spéciaux en 1811 par chapitres, et qu’il soit rédigé avec discernement. La division naturelle parait être par ministère, tant en recettes qu’en dépenses.

Faites-moi aussi un travail qui me fasse connaître ce que j’ai à gagner sur les fonds spéciaux des années antérieures qui ne sont pas employés. Par exemple, je vois qu’en 1807 il y a 550,000 francs qui n’ont pas été dépensés, dont 53,000 francs pour menues dépen­ses des tribunaux, 55,000 francs de droits sur les bacs, 100,000 francs pour travaux publics, 280,000 francs pour la conscription. Je vois qu’en 1808 il y a 640,000 francs, dont 288,000 francs pour la conscription; qu’en 1809 il y a 2,500,000 francs. Ainsi voilà plus de 3 millions dont une partie m’appartient et peut être ôtée, ce qui bonifiera d’autant ma balance. Faites des recherches là-dessus.

J’ai lu avec attention l’état n° 24. Les 837,000 francs dus par le gouvernement russe devront rentrer par la régularisation que fera le ministre de la marine, qui a reçu sur ces fonds des vaisseaux et des matériaux russes. Les 4,800,000 francs du débit des négociants réunis devraient rentrer, le million d’avances aux troupes westphaliennes, les 6,800,000 francs du prêt fait à l’Espagne, ce qui reste du sur l’Espagne, devraient rentrer; cela ferait une somme de 20 millions, qui, joints aux 12 millions des princes espagnols, feraient 32 millions sur le recouvrement desquels on peut difficilement compter. Il faut bien distinguer si les 500,000 francs du subside du roi Joseph sont compris dans la solde ou sont hors ligne. Jus­qu’alors vous les avez compris dans la solde, puisque vous les portez dans les convois.

Dans l’état de la caisse de service je remarque, ce que j’ai déjà remarqué, que je n’aime pas que vous ayez des effets en compte courant à la Banque.

 

Düsseldorf, 2 novembre 1811

NOTES SUR LES AFFAIRES DU CRAND-DUCHÉ DE BERG.

1° Finances. Sa Majesté suppose que celui qui fait les fonctions de directeur du trésor a ses comptes en règle et conformes aux comptes qui se tiennent en France. Il sera conduit demain par M. le comte Rœderer et par M. le comte Beugnot à un conseil d’administration que Sa Majesté tiendra après son lever. Il présentera ses comptes. A ce conseil seront appelés les ministres du Grand-Duché, le duc de Bassano et le comte Daru. On fera venir les conseillers d’État et les divers employés qui peuvent donner des renseignements; ils seront admis au conseil si Sa Majesté les demande. On apportera à ce conseil les comptes des divers exercices et les budgets, afin que Sa Majesté les approfondisse et fasse réellement le budget en connaissance de cause. L’exercice 1811, étant presque terminé, peut servir de base, tant pour la recette que pour la dépense.

2° Administration. Pour l’organisation générale, il faut d’abord avoir un Conseil d’Etat. Celui qui existe aujourd’hui ne parait pas en être un. Il doit faire fonction de cour de cassation; il doit être juge suprême du contentieux, interprète de la loi, réviseur des budgets et des comptes. Il doit former une sorte de représentation du pays, et Sa Majesté n’y voit que des étrangers. Il faut que, si le pays avait des représentations à faire, le Conseil d’État puisse être son organe et avoir sa confiance. Il convient de créer près le Conseil d’État des maîtres des requêtes et des auditeurs. Il faut présenter la liste des plus imposés pour la composition des collèges électoraux de dépar­tement. Sa Majesté ne veut pas de collèges électoraux d’arrondisse­ment. S’il convient à Sa Majesté d’avoir une assemblée du pays, elle sera prise dans les collèges. Les membres des collèges seront nommés pour la première fois par Sa Majesté; ils se renouvelleront conformé­ment aux constitutions françaises.

Les conseils généraux doivent être convoqués sans délai pour la répartition des contributions, etc.

On présentera à Sa Majesté, dans le conseil qu’elle tiendra, le budget des départements pour 1812, l’emploi des centimes variables facultatifs, etc., les budgets des communes qui ont plus de 5,000 francs de revenu.

3° Ordre judiciaire. L’organisation judiciaire ne peut être différée. Il faut proposer la division en cantons, l’établissement et la nomina­tion des juges de paix, l’établissement et la nomination des tribunaux de première instance, des cours criminelles et d’une cour d’appel. Sa Majesté veut enfin qu’on lui propose ce qui est nécessaire pour qu’au 1er janvier un ordre judiciaire établi suivant le système français entre en activité.

4° Instruction publique. L’instruction publique doit être organi­sée de manière que Düsseldorf soit le centre de l’instruction, qu’une université y soit établie pour donner des degrés, et qu’aucune place ne puisse être occupée que par des gradués de l’Université.

Un lycée pour 100 élèves, pensionnaires ou élèves du gouvernement, sera organisé à Düsseldorf ; il fera partie de l’Université.

On établira quatre ou cinq écoles secondaires dans le Grand-Duché. Ces écoles enseigneront le français, le latin et les mathématiques.

On suppose que les écoles primaires sont dans un état satisfaisant.

A dater du 1er janvier, tous les jeunes gens du pays seront obligés de quitter les écoles étrangères; ils ne pourront être élevés que dans le Grand-Duché ou en France.

5° Cultes. Proposer un décret pour ériger un évêché et un chapitre à Düsseldorf, diviser et circonscrire les paroisses, et étendre au Grand-Duché les principes du Concordat.

On établira dans l’Université une école de théologie. Personne ne pourra être curé s’il n’a été élève dans cette école ou en France.

Les protestants et les calvinistes doivent être organisés comme en France. Sa Majesté nommera les ministres et les pasteurs.

6° Organisation militaire. L’armée est organisée. Il faut chercher les moyens d’y faire entrer des officiers du pays. Les officiers sont presque tous étrangers.

Il faut établir les droits de police.

Il faut voir s’il ne serait pas nécessaire de faire commander chaque département par un officier supérieur.

Il faut aussi proposer des listes de jeunes gens qui puissent être placés à Saint-Cyr ou à Saint-Germain.

7° Ponts et chaussées. Il faut proposer à Sa Majesté les travaux que le pays demande et ceux qui sont dans son intérêt.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je désire que vous voyiez la reine d’Etpagne, et que vous lui fassiez connaître que je désire que la princesse de Suède quitte Paris et retourne en Suède. Cela est d’autant plus important, qu’il est probable que les mesures que prend le gouvernement suédois vont amener la guerre entre la Suède et nous, et qu’il ne serait pas convenable que la princesse se trouvât ici dans ce moment; que je pense donc que la princesse ne doit pas perdre un moment, ni attendre mon arrivée, pour se rendre en Suède auprès de son mari.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, sans rime ni raison, les préfets forment des gardes d’honneur et donnent des grades et des épaulettes de colonel. La composition de ces gardes est souvent ridicule. Ce sont de pauvres employés, qui n’ont pas 6,000 francs pour tout bien, qui en font partie, et souvent c’est un employé d’un grade subalterne qu’on décore du grade de colonel. Je désirerais qu’une décision du Conseil d’État réglât la formation et la composition de ces gardes ; qu’elles ne pus­sent être formées par les préfets que sur l’avis officiel de mon voyage donné par le ministre de l’intérieur; qu’elles ne pussent être compo­sées que des membres des collèges des départements et de leurs enfants ou neveux; que le plus haut grade ne put être au-dessus de celui de capitaine; que, si la compagnie est forte de 40 hommes et plus, le commandant n’eût que le grade de capitaine ou de lieute­nant ; que, si elle est forte de moins de 30 hommes, le commandant ne fut que lieutenant ou simple officier. Je pencherais même pour supprimer ces gardes d’honneur, si je ne craignais de faire une chose désagréable pour les villes, qui voient avec plaisir leurs enfants s’ap­procher du souverain dans ces circonstances. On pourrait admettre aussi dans ces gardes des membres des conseils municipaux et leurs enfants; mais il faut en exclure les employés. Je ne rencontre que des employés des postes et autres administrations, qui quittent leur besogne pour aller faire les gardes d’honneur; ce qui est fort ridicule.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, d’après la lettre du sieur du 27 septembre, il ne faut pas tarder à le rappeler. Il parait que c’est un jeune homme encore peu propre aux affaires.

Il est très important que vous fassiez des instructions détaillées pour un de mes agents dans les provinces illyriennes, et que cet agent parte sans délai. Il serait bon de le faire précéder d’une lettre que j’écrirai au Grand Seigneur, en réponse à celle qu’il m’a écrite il y a plusieurs années.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, les affaires de Suède méritent de fixer sérieusement mon attention. Je suppose que M. Alquier sera à Co­penhague; que vous lui avez envoyé ses lettres de créance pour résider en cette cour, et que je n’ai plus à Stockholm qu’un chargé d’affaires. Je désire que vous me fassiez un rapport général sur la conduite de la Suède depuis deux mois, et que vous rédigiez un projet de note très modérée, mais très ferme, que ce chargé d’affai­res remettra. Si mes corsaires ne sont pas relâchés sans délai, s’il ne m’est pas donné satisfaction pour les insultes faites dans la Poméranie suédoise, où le sang français a coulé, enfin si le gouvernement suédois ne renonce pas au système de faire escorter par ses bâtiments armés les bâtiments que le commerce anglais couvre sous le pavillon américain, vous donnerez ordre à ce chargé d’affaires de quitter Stockholm avec toute la légation.

Il est nécessaire que la note qu’il remettra soit très détaillée et en même temps très précise, pour qu’elle puisse, le cas arrivant, servir au besoin de manifeste. Il faut y parler de la paix ; que je ne l’aurai pas faite si la Suède n’avait pas accédé à notre système; y parler de la déclaration de guerre de la Suède à l’Angleterre, qui, au détriment du respect que les nations se doivent, n’a été qu’une comédie; parler du commerce de Gœteborg; que je ne nie pas que la Suède n’ait le droit de faire ce qui lui convient, mais que le droit de tromper et à manquer à sa dignité n’appartient à aucune nation; parler des trois scènes qui ont eu lieu ces trois dernières années dans la Poméranie suédoise ; parler de la direction que toutes les lettres de l’Europe pour l’Angleterre ont pu prendre par la Poméranie et par Gœteborg, et cependant la Suède est en guerre avec l’Angleterre; parler enfin des insultes faites à mes corsaires et de la prétention d’escorter par des bâtiments suédois armés les bâtiments anglais prétendus américains ; que ce serait donner par là le spectacle, jusqu’à présent inconnu, d’une nation en guerre qui escorte les bâtiments de son ennemi ; que, si la Suède ne se désiste pas de ce droit d’escorter les bâtiments amé­ricains violant les décrets de Berlin et de Milan, et conserve la pré­tention d’attaquer mes corsaires avec ses bâtiments de guerre, le chargé d’affaires quittera Stockholm ; que je désire conserver la paix avec la Suède; que ce désir est palpable; mais que je préfère être en guerre à un pareil état de paix.

Vous préviendrez ce chargé d’affaires qu’avant de demander ses passeports il doit faire venir à lui tous les consuls de France qui sont en Suède, afin que les Français soient prévenus et reviennent. Vous ferez connaître au chargé d’affaires, dans ses instructions, que je lui défends de parler au prince royal; que, si le prince l’envoie chercher, il doit répondre que c’est avec le ministre qu’il est chargé de traiter. Il doit garder avec le prince royal le plus absolu silence, ne pas même ouvrir la bouche. Seulement, si le prince se permettait de s’échapper en menaces contre la France, comme cela lui est déjà arrivé, le chargé d’affaires doit dire alors qu’il n’est pas venu pour écouter de pareils outrages et qu’il se retire ; mais, en général, il doit éviter toute entrevue avec le prince royal.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Écrivez au comte Saint-Marsan qu’il doit empêcher le général Blücher d’être employé, et qu’il ne faut pas, puisqu’on nous a donné cette raison, le justifier aujourd’hui et montrer par là de la mauvaise foi.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il est nécessaire de préparer à Nantes, à Nevers et dans les dépar­tements où le pain est cher, des travaux pour cet hiver. Concertez-vous à cet effet avec les ponts et chaussées, afin d’avoir un travail tout prêt sur cet objet important.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 30 octobre. Vous êtes des enfants à Paris, vous perdez la tête par la peur que vous avez. Que sera-ce quand le pain sera à 18 sous, que les boulangers auront consommé leur approvisionnement, que la réserve n’aura plus que 2 ou 3,000 sacs de farine et qu’il n’y aura plus que 8 à 10,000 sacs sur la halle ? Le préfet de police a par trop peur. Quand on a 20,000 sacs de farine en réserve, du blé pour en faire 100,000 sacs, qu’il y a 30,000 sacs en réserve chez les boulangers, il faut prendre des précautions, mais ne pas perdre la tête, n’avoir jamais peur. La peur n’est jamais bonne à rien. Le mal est si peu de chose, que je vois que la simple prime a tout arrangé; le conseil a par son institution l’autorisation de la continuer. Tout se réduit donc à attendre pour cinq ou six jours mes ordres ; il n’y a donc pas lieu de craindre des crises ou de s’effrayer.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’attends avec impatience des nouvelles d’Irlande et je n’en reçois pas; il faudrait envoyer de nouveaux agents. Mes moyens sont prêts, et, j’étais sûr d’avoir un parti, je ferais l’expédition; elle pourrait se faire à la fin de février ou au commencement de mars. Il faut donc envoyer des agents et bien compléter les régiments irlandais.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous n’êtes pas exactement instruit des désertions qui ont lieu dans votre corps d’armée. Les colonels vous peignent tout en beau. Vous avez beaucoup plus de malades, et surtout de déserteurs, qu’on ne vous en accuse. Donnez des ordres positifs afin d’avoir des rapports exacts des corps. Il faut enfin accoutumer les corps à rendre des comptes fidèles de tout ce qui se passe.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je suis informé que vous faites des présents de che­vaux au prince royal de Suède. Je désire que vous contremandiez l’envoi de ces chevaux. La Suède se comporte mal, et d’un moment à l’autre il est possible que nous soyons en guerre. Ces présents ne sont donc point convenables dans cet état de choses. Vous ne savez pas à quel homme vous faites des présents. D’ailleurs l’envoi de chevaux a toujours l’air d’un hommage. Rien ne peut me déplaire davantage que cet envoi de chevaux.

Napoléon.

P. S. J’ai vu le Grand-Duché. Je vais demain passer la revue à Cologne de plusieurs régiments de cuirassiers. Après cela je m’en vais droit à Paris.

 

Düsseldorf, 4 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il est des mesures que, n’étant point urgentes, vous ne devez pas prendre. Vous avez donné de l’argent pour fournir de l’artillerie aux 127e, 128e 129e et au 11e léger; mais ces régiments sont loin d’être formés. Le ministre que cela regarde avait pris des mesures; les vôtres sont en contradiction. Vous avez accordé pour cinq bataillons, je n’ai accordé que pour trois. Vous accordez pour ces régiments plus que le ministre ne passe; cela met de la confusion dans l’administration. Il faut vous en rapporter à la décision du ministre. Lorsque ces régiments pourront fournir leurs 4e bataillons, on sera à temps de leur fournir l’artillerie; mais d’ici là il y a bien du temps, et ce sera, en attendant, une économie de faite.

 

Düsseldorf, 5 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous renvoie votre portefeuille d’aujourd’hui. Les rapports de Kolberg prouvent combien le comte de Saint-Marsan a été dupe, et combien il est nécessaire d’avoir à Berlin quelqu’un. Que ce ministre réussisse ou non dans la négociation dont il est chargé, il est important de le rappeler aussitôt qu’elle sera terminée. Ce ministre ne peut pas rester là plus longtemps. C’est un militaire qu’il faut envoyer. Prenez des renseignements, et faites-moi un rapport à mon arrivée à Saint-Cloud.

Je vois avec peine qu’il n’y ait point de consuls à Kolberg ni à Memel. Il faut avoir dans ces deux points importants non seule­ment des consuls, mais aussi des chanceliers, qui écrivent tous les jours et instruisent de tout ce qui se passe. Il faut rappeler le consul que j’ai à Pétersbourg,  qui ne me sert a rien, et en envoyer un autre.

Vous exprimerez mon mécontentement à M. de Krusemark de ce que le sieur Lefebvre, étant secrétaire de légation, n’a pu aller nulle part sans être accompagné ; que les officiers français et les agents français qui sont accrédités doivent pouvoir aller partout où le peuple peut aller. Vous lui ferez connaître la substance de ce que nous con­naissons sur la Prusse, sur la réunion des troupes à Kolberg, sur la manière de transporter les canons, etc. Vous ajouterez que cette politique est fausse et misérable et capable d’ôter à la Prusse toute considération ; que c’est l’ancien système remis en usage ; que la Prusse, en voulant le suivre, se perdra, et se perdra sans inspirer d’estime; tandis qu’en s’alliant franchement avec la Russie, ou avec toute autre puissance qu’elle suppose devoir faire la guerre à la France, si elle devait succomber ce serait au moins avec honneur; que si, après le traité que négocie le comte Saint-Marsan, on continue la même conduite et à mettre en contradiction les paroles avec les faits, le traité ne signifiera rien, et la Prusse sera sans système. La légation en Prusse demande à être vigoureusement organisée.

Envoyez au colonel d’Albe, chef de mon bureau topographique, un extrait du rapport du secrétaire de légation envoyé à Kolberg, avec la note de tout ce qui s’est fait dans cette place.

 

Cologne, 6 novembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai ouvert le courrier qui arrive de Saint-Pétersbourg. Je n’y vois qu’une seule chose importante, c’est qu’elle tend à expliquer l’affaire du 5, qui a eu lieu en Moldavie, par l’espoir qu’on avait eu de repousser les Turcs sur la rive droite. Il paraît qu’en effet les Russes ont attaqué et ont été repoussés.

Votre langage à Paris doit être celui-ci : que si la Russie veut désarmer, je ne demande pas mieux que de désarmer; que cela tran­quillisera la Prusse et rassurera tout le monde; mais, qu’il faut aussi que la Russie nous rassure sur le manifeste qu’elle a fait; ce qui ne peut être qu’en finissant les affaires d’Oldenburg, ou en nous expli­quant le but de cette réserve de manière qu’elle ne nous montre pas le germe d’un mécontentement qui, entre grandes puissances, se résout toujours par la guerre; que l’empereur Alexandre se fait beau­coup de mal et en fait beaucoup à l’Europe en donnant aux affaires une direction dont personne ne peut prévoir le résultat, tandis qu’il serait si facile de revenir à l’esprit de Tilsit, etc.

 

Cologne. 6 novembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les sept régiments de cuirassiers qui composent les deux divisions qui sont à Cologne et à Bonn n’ont ni forges de campagne ni caissons d’ambulance. La forge de campagne est indispensable, surtout si les circonstances conduisaient ces régiments en Pologne ; le caisson d’am­bulance est nécessaire dans tous les cas. Ces régiments avaient tout cela ; mais le ministre de l’administration de la guerre le leur a retiré; il est nécessaire de le leur rendre sans délai. Le 5e régiment de cui­rassiers est mal habillé; le major a gardé au dépôt beaucoup d’effets nécessaires au corps. Ce régiment a un besoin urgent de colonel; je crois en avoir nommé un ; pressez son arrivée.

En général, il faut donner l’ordre positif au bureau du mouvement que, toutes les fois que les escadrons de guerre partiront, le colonel parte avec, et que, dans le cas où cela ne se pourrait par raison de maladie, de congé ou par vacance, le major marche à sa place. Aussitôt qu’une place de colonel vient à vaquer, le major doit se rendre aux escadrons ; ce qui permettra au nouveau colonel, s’il est en France, d’aller passer une quinzaine de jours à son dépôt pour prendre connaissance des affaires du régiment. Cette marche doit être constamment suivie, et vous ne devez accorder aucun congé à des colonels qu’autant que le major rejoindra le régiment. Ce mécanisme n’est pas bien compris; il faut l’expliquer par une circulaire aux colonels et aux majors ; il faut l’expliquer surtout à celui de vos bureaux  que cela regarde. Règle générale : les colonels, ou en leur absence, les majors, doivent toujours être aux escadrons de guerre.

Ceci me fait penser que le grade de colonel en second est un mauvais grade, parce qu’on y place des majors; ce qui produit de l’instabilité dans ces derniers grades. Je prends donc le parti de sup­primer les colonels eu second en les remplaçant par des majors en second ; ceux-ci sont pris parmi les chefs d’escadron et les chefs de bataillon, ce qui ne présente pas le même inconvénient, et ce sera d’ailleurs plus économique. Vous placerez donc au fur et à mesure des vacances les colonels en second actuellement existants, et vous me présenterez le nombre de majors en second qu’il est nécessaire de nommer pour les remplacer.

 

Cologne, 6 novembre 1811

NOTE SUR COLOGNE.

I. De Wesel à Mayence, il y a 60 à 70 lieues sans aucune place forte, une armée qui voudrait envahir la Belgique d’accord avec une expédition anglaise se porterait sur Cologne, de Cologne sur Juliers, Aix-la-Chapelle, Liège, d’où elle arriverait à Bruxelles et de là à Anvers. Cette armée serait obligée de masquer et de faire observer Wesel, de masquer Juliers et Maastricht; il faudrait aussi qu’elle masquât Givet, et il est probable que cette armée jugerait devoir prendre au moins Juliers, et peut-être Maastricht, avant de passer la Meuse. Mayence se trouve tellement loin que cette place ne pourrait exercer aucune influence sur cette opération, en supposant que l’ennemi vint par Cassel ou Lippstadt, ou par la route de Siegen.

2. Si l’on avait à Bonn une place forte, l’ennemi serait aussi obligé de masquer Bonn. Toutes les troupes de l’Alsace, au premier mouvement de l’ennemi, se réuniraient sur Bonn, tandis que les troupes de Hollande se grouperaient sur Eesel et Venlo. Il serait donc difficile de penser que l’ennemi pût pousser sa route sans Bonn et Juliers.

3. Ces idées avaient fait penser à fortifier Bonn, qui se trouve à peu près à moitié chemin entre Wesel et Mayence; mais les fortifica­tions de Bonn offrent quelques difficultés ; la ville est environnée de montagnes qu’il faudrait occuper. D’ailleurs Bonn est au débouché des montagnes : la plaine qui s’étend depuis la mer, c’est-à-dire depuis Flessingue, Ostende et le Zuiderzee, et qui couvre les embou­chures de la Meuse et du Rhin, finit à Bonn. L’emplacement de la place, à l’extrémité de la plaine, pourrait avoir des inconvénients, et, sans contredit, la place serait mieux située à Cologne, qui par sa position exerce une grande influence sur la plaine.

4. Si une place forte existait à Cologne, il serait impossible à l’ennemi de passer le Rhin entre Cologne et Wesel et entre Clèves, Venlo, Juliers et Maastricht. Il lui serait également impossible de prendre Bonn pour point d’appui sur le Rhin ; car de Bonn il faudrait qu’il longeât la plaine et vint passer à deux lieues et demie de Co­logne, pour arriver soit à Aix-la-Chapelle, soit à Juliers. Il passerait donc tout à fait sur la ligue d’influence de la nouvelle place. Il fau­drait donc qu’il eut un corps d’observation devant Wesel, un autre pour bloquer Cologne, et qu’il pût disposer d’un troisième corps pour observer ce qui viendrait de Mayence sur Bonn. Cette opération peut être considérée comme impraticable, et avec une place à Colo­gne on aurait toute certitude qu’aucune opération ne peut être tentée sur la Belgique sans qu’au préalable l’ennemi se fût emparé de cette place.

5. La population de Cologne est de 40,000 âmes; Metz en a 45,000; Strasbourg, Mayence, Lille sont plus considérables. Cette population n’a donc rien qui puisse effrayer, d’autant plus que ce pays est géographiquement français, et que les habitants ne peuvent nourrir aucun souvenir ni regret qui les fassent aspirer à un change­ment de choses.

L’étendue de la ville est à peu près de 2,200 toises; cela ne dépasse pas les bornes ordinaires ; Mayence et Strasbourg ont une étendue beaucoup plus grande. En disant 2,000 toises on ne com­prend pas le segment du côté du Rhin, puisque ce côté, fermé par une muraille, est déjà à l’abri de toute attaque.

Les fortifications actuelles constituent un très bon camp retranché. Une bonne muraille, ayant un bon fossé, met l’enceinte à l’abri d’un coup de main. La propriété de cette muraille est telle, qu’il n’est plus question désormais, pour faire de Cologne une place conve­nable, que de l’entourer d’ouvrages en terre; et des masses de terre très considérables sont déjà en avant des fortifications.

6. Mayence et Wesel sont deux débouchés suffisants pour le nord de l’Allemagne.

Cologne pourrait donc être considérée comme place tout à fait défensive, et n’occuper la rive droite que par un ouvrage avancé, placé là comme vedette. On remettrait à un temps plus éloigné d’étendre les ouvrages de la rive droite, de manière à conserver sur ce point la possession d’un grand pont.

7. Cologne exigera sans doute au moins 12,000 hommes de garnison et un matériel considérable d’artillerie. On ne pourra dis­poser et la place ne pourra s’aider d’aucune inondation ni d’aucun moyen extraordinaire ; elle ne pourra offrir qu’une résistance simple, telle que pourra la présenter son front actuel perfectionné.

On demande quelle serait la défense de la ligne actuelle perfec­tionnée, rétablie, et ayant ses points faibles renforcés de manière que tout le pourtour se trouve en équilibre.

La durée de cette défense ne peut pas être telle, qu’il soit convenable d’exposer une garnison forte de 12,000 hommes et un matériel aussi considérable; en conséquence, l’on propose de couvrir toute l’enceinte actuelle par des couronnes, afin de donner à la place trois mois de résistance, temps nécessaire pour venir à son secours.

Or il faut au moins cinq couronnes sur un pourtour de 2 à 3,000 toises; ce qui présente le double inconvénient d’une augmen­tation de dépense hors de proportion avec le résultat, et d’une aug­mentation de garnison également hors de proportion avec ce qui est convenable. Cette idée conduirait à celle de renoncer à fortifier une place de cette étendue.

8. Le problème se trouve donc tracé dans les limites suivantes: rétablir l’enceinte actuelle, en la perfectionnant et la mettant en équilibre dans toutes ses parties, et lui donner une force de résistance de trois mois, sans augmenter des ouvrages déjà trop considérables et une garnison déjà trop forte.

9. La solution de ce problème est dans une citadelle qui serait établie soit en aval, soit en amont. Cette citadelle, appuyée sur le Rhin afin que le côté du trapèze se trouve hors d’attaque, pourrait se réduire à trois fronts qui seraient fortifiés avec soin, auraient une forte artillerie et seraient rendus susceptibles d’une longue résistance. Alors on n’aurait plus le regret de laisser 10 à 12,000 hommes dans ce point important. La ville prise après la résistance qu’elle doit offrir, le matériel, les vivres et la garnison se retireraient dans la citadelle, y soutiendraient un second siège qui donnerait le temps d’accourir et d’obliger l’armée assiégeante à repasser le Rhin, ou du moins donnerait le temps de défendre la Meuse, et l’ennemi aurait manqué le but.

10. Cela posé, on désire qu’on présente aux conseils de décem­bre un tracé exact, avec profils, de l’enceinte actuelle.

Que faut-il faire, 1° pour rendre la muraille entièrement défensive et la couvrir de manière qu’elle ne soit pas aperçue de la campagne ; 2° pour détruire les maisons dans les bastions et rétablir les murailles qui en ferment la gorge; 3° pour rétablir les parapets, chemins cou­verts, fossés, places d’armes, glacis, et toutes les masses du système existant ?

4° Quelles sont les parties faibles, et que coûteraient les lunettes et contre-gardes à y établir pour ramener l’équilibre ?

5° La place ainsi rétablie, combien de jours pourrait-elle se défendre ? Quelle armée faudrait-il pour en faire l’investissement ? Quelle garnison faudrait-il pour la défendre ?

6° Enfin où serait-il convenable de placer la citadelle ? Que coûte­rait-elle, et combien de jours pourrait-elle se défendre ?

11. Ce plan ainsi réalisé, on aurait réuni tous les avantages : on aurait une place forte de premier ordre, qui, en cas d’événe­ment , serait mise à l’abri d’un coup de main, même par 2,000 hom­mes; on aurait une citadelle qui contiendrait les habitants et amé­liorerait leurs dispositions; on occuperait sur le Rhin la véritable position qui peut le mieux garantir la Belgique et qui exerce le plus d’influence sur la plaine; on resterait maître de cette immense plaine, dont les ressources de toute espèce entreraient pour quelque chose dans les chances de succès de l’ennemi. Enfin on aurait un immense casernement capable de contenir tout ce qui serait nécessaire à une armée, et l’on ne ferait pas une dépense hors de proportion avec son objet.

On ne parle pas des ouvrages sur la rive droite; il est hors de doute qu’il en faut, ne serait-ce qu’une tête de pont; mais ces ouvrages ne tiennent pas au but. Quand ils seraient pris, l’ennemi n’aurait rien, puisqu’on ne considère pas la place comme offensive, mais comme défensive. Sa véritable défense est le fossé du Rhin et la muraille existante, qui suffisent pour la mettre à l’abri d’un coup de main.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il parait que des courriers russes ont passé à Metz hier; on aura donc des nouvelles aujourd’hui. Je désire que vous prépariez pour le général Lauriston une dépêche que vous me soumettrez, et dans laquelle vous lui ferez connaître mon arrivée à Paris, la continuation de mes dispositions pacifiques et mon désir de voir se terminer, cet hiver, nos différends avec la Russie. Vous lui direz qu’une division de cuirassiers s’est rendue à Erfurt ; que l’incertitude sur tout ce qui se faisait en Prusse a paru rendre nécessaire l’accroissement de nos forces en cavalerie ; qu’on ne connaît rien à la manière d’agir de cette puissance ; vous lui apprendrez ce qui s’est passé relativement à l’armement, au désarmement, à l’annonce qu’elle désarmait et à la continuation des armements, de sorte que je ne sais plus ce que cela veut dire ; que cela doit faire comprendre comment la question s’embarrasse, comment cela pourrait entraîner, et com­bien il est nécessaire de nommer des commissaires de part et d’autre pour tranquilliser sur tous les points et faire cesser cet état de choses.

Vous aurez soin de faire connaître que tout cela doit être dit sans affectation et naturellement.

Le comte Lauriston peut même insinuer légèrement qu’il est fort malheureux que la Prusse se mêle d’armer ; qu’il est de l’intérêt de cette puissance qu’elle ne se mêle pas de la question et ne se per­mette pas de mouvements qui peuvent aussitôt en entraîner d’autres.

Le même courrier sera porteur d’une lettre à M. de Saint-Marsan sur les mouvements de la Prusse et la nécessité où cela nous a mis de faire marcher de la cavalerie. Il pressera de nouveau la Prusse de rester tranquille.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Donnez ordre au préfet de la Roër de se rendre à Wesel et d’y terminer les affaires de cette ville : 1° régler en recette et en dépense le budget pour 1811 ; 2° présenter sans délai le budget de 1812, de sorte qu’il soit soumis à ma signature avant le 1er décembre ; 3° créer des revenus, et dès lors établir un octroi à la française pour 1812.

Pour le budget, la première question qui se présente est la dette. La dette n’a pas été reconnue ; mon intention est de la régler comme dans la Belgique ; la constituer en totalité absorberait trop de reve­nus ; mais on me présentera un projet de décret pour en constituer une partie sur le principe de ce qui a été fait pour Anvers.

Le préfet présentera un projet pour instituer à Wesel une sous-préfecture, un tribunal de première instance, et leur former dans les départements de la Lippe et de la Roër un arrondissement, de ma­nière qu’il y ait au moins 50,000 âmes. On ne prendra rien dans le grand-duché de Berg. Il y a, je crois, un tribunal à Reuss; dès lors, il s’agira tout simplement de le transférer à Wesel. Le décret dési­gnera également le logement où le tribunal et la sous-préfecture seront établis.

On aura soin de réparer le pavé parfaitement ; cela est nécessaire pour les communications militaires. Le préfet établira également un système d’éclairage tel que la ville soit parfaitement éclairée. On fera évaluer les maisons à abattre, et le décret ordonnera la démolition des maisons, près la grande église, qui obstruent les communications de la porte de Munster à celle du Rhin. Le préfet, le maire et le commandant du génie se réuniront, et le préfet présentera un plan d’alignement de la ville, de manière à détruire toutes les excavations qui existent, à régler la circulation et à créer une nouvelle place entre la porte de (Le nom est laissé en blanc sur la minute) et la maison actuelle du gouvernement.

On pourrait faire là une grande place carrée, dont un des côtés appuierait à la porte, et dont un des côtés servirait à bâtir un hôtel pour le gouverneur, une grande auberge, une salle de spectacle et les autres logements nécessaires dans une ville de grande garnison et qui va être un centre considérable de passage.

Le préfet me présentera également un projet pour faire connaître le lieu où l’on pourrait établir un hôpital civil, destiné à contenir ordinairement 100 lits et pouvant en contenir 300; ce qui est néces­saire dans une place de guerre.

Cette commission présentera également un projet, avec l’estimation des indemnités convenables, pour abattre toutes les maisons qui gênent la défense de la ville ; il y en a qui ont été bâties sur le ter­rain même des fortifications.

Le préfet présentera également un projet de décret et les mesures à prendre pour établir à Wesel une école secondaire française et des écoles primaires où l’on montre à parler français, enfin pour établir une compagnie d’artillerie bourgeoise à l’instar de celle qui existe à Lille, et une compagnie de pompiers.

Le préfet restera à Wesel jusqu’à ce que tous ces projets et esti­mations soient parfaitement rédigés.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois avec plaisir, par votre lettre du 9, que les deux bataillons des 1er et 2e régiments du Banat sont en bon état. Faites-les reposer à Dijon deux ou trois jours, et ordonnez qu’ils soient dirigés sur Paris, où je désire les voir. Vous les ferez rester dans une caserne à deux lieues de Paris, où vous en ferez passer la revue, et, lorsque vous vous serez assuré de leur bon état, je les verrai à la parade.

La demande d’officiers français est juste. Il faut leur en donner parlant allemand.

Quant à l’autre régiment qui se trouve à Trieste, je ne sais pas bien s’il serait convenable de retirer tant de Croates ; je ne crois pas l’avoir demandé. Je les prendrais avec plaisir, puisque cela me ferait en Allemagne une nouvelle brigade, mais je voudrais savoir si cela est politique. Faites-moi un rapport là-dessus.

Il est bon que vous écriviez à ces deux régiments, avant qu’ils arrivent à Dijon, que leur destination est pour Paris, parce que je veux les voir. Cela pourrait être d’un bon effet et empêcher peut-être quelques désertions.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 6 sur l’armement des cuirassiers et lanciers ; c’est une question extrêmement importante.

Il est reconnu que la cavalerie cuirassée peut difficilement se servir de sa carabine ; mais il est aussi fort absurde que 3 ou 4,000 hommes de si braves gens soient surpris dans leur cantonnement ou arrêtés dans leur marche par deux compagnies de voltigeurs. Il est donc indispensable de les armer. Les régiments de cuirassiers de l’ancien régime avaient des mousquetons qu’ils portaient, non comme la cava­lerie légère, suspendus en bandoulière, mais qu’ils portaient pour s’en servir comme de fusils.

Je désire que vous formiez un conseil d’officiers de cavalerie et que vous déterminiez quelque chose sur cet objet. Je ne puis pas m’accoutumer à voir 3,000 hommes d’élite qui, dans une insurrection ou une surprise de troupes légères, seraient enlevés par un partisan, ou dans une marche arrêtés par quelques mauvais tirailleurs derrière un ruis­seau ou une maison : cela est absurde. Mon intention est que chaque homme ait un fusil; que cela soit un mousqueton très court, porté de la manière la plus convenable aux cuirassiers, peu m’importe. J’ai déjà fait donner à la grosse cavalerie des mousquetons. A la paix ils les ont renvoyés; dans la dernière campagne ils n’en ont pas eu.

Présentez-moi donc un projet là-dessus, pour que ces 3,000 hommes n’aient pas besoin d’infanterie pour se garder dans leurs cantonne­ments, et, mettant pied à terre, puissent se faire jour quand il y a une force d’infanterie d’une grande disproportion avec eux. La guerre se compose d’événements imprévus ; c’est ne pas en avoir de notions que supposer que 15,000 hommes de grosse cavalerie pourront tou­jours être tenus de manière à être couverts.

Quant aux lanciers, voyez s’il est possible de leur donner une cara­bine avec leur lance ; s’il n’est pas possible, il faudrait au moins avoir le tiers de la compagnie armé de carabines, c’est-à-dire tout le pre­mier rang et la moitié du deuxième rang, tous les maréchaux des logis et le tiers de la compagnie (à peu près 40 hommes, en les sup­posant complets), armés de carabines. Les Cosaques ont la lance, mais ils ont des carabines et même de grands fusils avec lesquels ils tirent très loin.

Vous ferez aussi entrer cela dans l’objet du travail de la commis­sion d’officiers généraux.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois, par votre lettre du 6 novembre, que les trois régiments suisses qui sont en France ne pourront m’offrir que six bataillons, et le 1er, qui arrive à Plaisance, que deux. Ce ne serait donc que huit bataillons au lieu de douze. Mais je compte sur un recrutement de 3,000 hommes dans le courant de l’hiver ; ce qui pourra permettre à chaque régiment de fournir un bataillon de plus. Pour avoir ces 3,000 hommes, il est urgent de s’occuper assidûment. Voyez le duc de Bassano et M. Maillardoz. La Suisse me coûte un argent immense et ne me rend aucun service ; jusqu’à cette heure je suis fort dupe, puisque j’ai là une cohorte d’officiers sans soldats. Il faut, 1° que les cantons se chargent de recruter ; 2° réduire les bataillons de neuf à six compagnies, ce qui réduira les officiers d’un tiers. J’aurai alors quatre régiments, chaque régiment de quatre bataillons, chaque bataillon de six compagnies, chaque compagnie de 140 hommes, et 3,200 hommes par régiment ou 12,000 hommes. Pour recruter ces 12,000 hommes, il faut que les cantons s’engagent à les tenir au complet. J’approuve cependant qu’ils ne soient pas obligés de fournir plus de 3,000 hommes par an.

3,000 hommes en huit ans égalent 24,000 hommes ; en ôtant les morts, les déserteurs, etc., il est à espérer que cela se maintiendra à 12,000 hommes.

Il faudrait pourtant que, dans le cas d’une guerre avec la Russie ou l’Autriche, guerre qui intéresse les Suisses, puisqu’en cas de non succès ils seraient compromis, ils fournissent 4,000 hommes au lieu de 3,000. Voici les bases sur lesquelles il faut travailler sans délai.

Ils doivent cependant fournir 16,000 hommes; il y aura donc pour eux économie.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Lors de mon passage à Givet, un détachement de prisonniers anglais a travaillé à rétablir un pont volant. Parmi ceux-là j’ai remar­qué le zèle et l’activité de huit ou dix de ceux spécialement qui se sont jetés dans un batelet pour aider à là manœuvre du pont. Don­nez ordre que l’état des dix hommes qui se sont le plus distingués dans cette circonstance soit dressé ; que les hommes soient habillés à neuf, et qu’on remette à chacun cinq napoléons avec un ordre de route pour Morlaix, où ils seront remis au Transport-Office, en fai­sant connaître la raison de leur délivrance. Vous en instruirez le ministre de la marine, que cette correspondance regarde. Il est néces­saire qu’il n’y ait pas d’injustice, et que les hommes qui se sont le mieux comportés soient choisis de préférence. Il y a là un ministre anglais qui s’est présenté pour me demander la permission d’aller passer trois mois en Angleterre ; accordez-la-lui. Il pourrait être chargé de la conduite des autres. Enfin je vous envoie une pétition qui m’a été remise dans la même circonstance par une Anglaise; faites-moi un rapport sur ce qu’elle demande.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le capitaine de la compagnie d’artillerie du 3e régiment à cheval, qui est à Bonn, est manquant ; le lieutenant est un jeune fou, ayant trois ou quatre ans de service : il est fort important d’envoyer un bon capitaine à cette compagnie. Je désire même qu’elle soit envoyée en Allemagne à une division d’infanterie, vu qu’elle est composée de conscrits, et qu’elle soit remplacée par une autre compagnie du 2e régiment d’artillerie à cheval. Par ce moyen, la division de cui­rassiers serait servie par les compagnies d’un même régiment.

Je désirerais la même chose pour toutes les divisions de cuirassiers. Au lieu de deux compagnies de deux régiments différents, chacun aurait deux compagnies du même régiment.

De même pour les bataillons du train. Il y a à Cologne deux com­pagnies du même bataillon du train qui servent, dans deux divisions différentes; il y a de même à Bonn deux autres compagnies du même bataillon partagées entre deux divisions : il serait bien plus conve­nable de les réunir. Il faut que les deux compagnies du train qui paraissent nécessaires pour le service d’une même division de cuiras­siers soient du même bataillon.

Une observation importante aussi est de donner le commandement de l’artillerie légère des cuirassiers à des hommes qui aient fait les campagnes précédentes avec les divisions de cuirassiers. J’ai vu à Bonn un chef qui n’a pas encore fait ce service et qui va faire son apprentissage.

Ces divisions de cuirassiers servent différemment. Il est donc néces­saire d’avoir des hommes qui aient fait l’expérience des campagnes d’Autriche, d’Iéna ou de Friedland.

Ces compagnies d’artillerie à cheval n’ont pas d’ouvriers, de sorte que les vingt-quatre pièces de canon que j’ai vues à Cologne et à Bonn n’avaient pas un seul ouvrier. Pourquoi les compagnies d’ar­tillerie à cheval n’ont-elles pas d’ouvriers ?

N’attachez au service des cuirassiers aucune compagnie d’artillerie qui ait été ruinée en Espagne, et qu’on ait recrutée avec la conscrip­tion de cette année ; mais mettez-y des compagnies d’artillerie à cheval qui n’aient pas souffert et se soient reposées depuis 1809.

Il faut nommer un général de brigade d’artillerie pour prendre le commandement de l’artillerie de la cavalerie de réserve. Il aura qua­rante-huit pièces sous ses ordres, en passera la revue, mettra tout en état, et pourra se tenir à Wesel.

Il faudrait également un général de brigade qui eût fait le service de la cavalerie, soit comme colonel, soit comme général, aux cam­pagnes passées.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 9 sur les équipages d’artillerie du corps d’observation de l’Elbe.

Je ne sais pas pourquoi la 7e division est portée à vingt-huit pièces de canon; il me semble qu’elle ne doit en avoir que quatorze, comme les autres. Cette division se trouve d’ailleurs à Danzig.

Faites refaire l’état n° 1.

L’artillerie des 1e, 5e et 6e divisions sera placée dans la 32e divi­sion militaire, ainsi que seize pièces de la division de réserve. Leur parc doit être organisé de manière quelles aient leur double appro­visionnement.

La 7e division sera placée à Danzig; à cet effet, on prendra tout le matériel, personnel et attelages sur ce qui existe aujourd’hui à Danzig.

L’artillerie de la 8e et de la 9e division, ainsi que les deux batte­ries de la réserve, se réuniront à Wesel : savoir, leur approvisionne­ment et demi par division, et le reste formant une portion de la partie du parc de réserve qui restera à Wesel.

Enfin l’artillerie des quatre divisions de réserve de cavalerie, for­mant un état à part, ayant l’artillerie de deux divisions à Wesel et celle d’une division à Hanovre, avec un approvisionnement et demi; une à Erfurt avec un approvisionnement et demi, et l’autre demi approvisionnement avec le demi approvisionnement des divisions qui sont sur le Rhin, à Wesel, où ils formeront la réserve.

Selon votre état, il faut 7,000 chevaux pour faire ce service. Je pense qu’il faudrait compléter en hommes et en chevaux les quatre bataillons qui sont en Allemagne et les destiner au service des neuf divisions d’infanterie et des quatre batteries de la réserve et du parc, et employer un autre bataillon de ceux qui sont en France, que l’on compléterait également, pour le service des quatre divisions de la réserve de cavalerie. Par ce moyen le grand parc serait divisé en deux fractions : une à Minden et une à Wesel. Toute l’organisation des cuirassiers se rattacherait à un général d’artillerie et à un directeur du parc de réserve de cavalerie, qui résiderait à Wesel et serait sous les ordres du directeur général du parc. Il resterait alors à envoyer des ouvriers à Wesel pour y monter un fort atelier de réparation. Il faudrait aussi prendre toutes les églises de Wesel, hormis une pour les catholiques et une pour les protestants, pour pouvoir y déposer tout ce matériel et le mettre à l’abri pendant la mauvaise saison, sans pourtant le décharger : les chevaux seront à Wesel et dans les envi­rons; de sorte que, vingt-quatre heures après la réception de votre ordre, toute la colonne puisse se mettre en marche pour entrer en campagne.

Il me semble qu’il est nécessaire qu’il y ait un colonel à Minden, un général d’artillerie et un directeur du parc à Wesel. Le matériel de­venant très considérable, il faudrait avoir un général de division pour commander l’artillerie et trois généraux de brigade, chacun d’eux chargé du commandement et de la surveillance de l’artillerie de trois divisions, et qui seraient employés selon les circonstances et modifi­cations que les événements rendraient nécessaires. Quant aux compagnies d’artillerie, il faut chercher les compagnies des régiments à pied ou à cheval qui sont déjà en Allemagne, puisqu’il y a un si grand avantage à tenir le plus possible les régiments réunis.

Il est nécessaire que cela ne touche pas à l’organisation du corps d’Italie ni à celle du corps d’observation du Rhin, de sorte que ces corps puissent s’organiser une artillerie telle qu’elle a été réglée sur le papier, sans avoir besoin de nouveaux calculs ; car le corps d’ob­servation de l’Elbe doit être indépendant de l’organisation des deux autres corps.

Indépendamment de la réserve de la Garde, vous me ferez un état de récapitulation qui fasse connaître l’état de toute l’artillerie : 1° celle du corps de l’Elbe, comme il a été dit ci-dessus, 2° de la réserve de la cavalerie, 3° celle d’Italie, et 4° celle du Rhin, comme elles ont été réglées précédemment.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les 127e, 128e et 129e régiments donnent de sérieuses inquié­tudes ; tous les essais qu’on a faits en les plaçant dans les îles n’ont pas réussi. Cela justifie les rumeurs qui m’étaient parvenues depuis plusieurs mois par l’Angleterre sur ces régiments. Il est donc temps de prendre un parti. Il faut d’abord les séparer. Donnez ordre au prince d’Eckmühl, par l’estafette du soir, de faire partir celui des trois régiments qui est le plus mauvais et de le diriger sur Maastricht. Donnez ordre à un bon général de brigade, parlant allemand, de prendre le commandement de ce régiment et d’en passer une sévère inspection. Les deux autres régiments seront placés sous les ordres, l’un du général Latour, l’autre d’un général de brigade, parlant allemand, que désignera le prince d’Eckmühl. Le prince d’Eckmühl ou ira en passer la revue lui-même, ou en fera passer une revue de rigueur par ses officiers d’état-major. Il fera diriger par détachements de 100 hommes, sur les régiments de la Tour-d’Auvergne et d’Isembourg, les Prussiens, les Mecklembourgeois, Russes et Danois qui se trouvent dans ces régiments. Il enverra aux pionniers coloniaux les mauvais sujets qu’il y aurait. Enfin il procédera à l’épurement des cadres de la manière suivante : il verra les colonels, majors, chefs de bataillon et adjudants-majors, s’assurera que ce sont des Français parlant allemand, ayant fait la guerre avec nous et ayant les qualités requises. Il sera autorisé à envoyer à Maëstricht ou à Wesel, où ils seront à votre disposition, les officiers qui n’auront pas les qualités nécessaires, avec des notes, pour que vous puissiez me proposer de l’emploi pour eux ; les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants qui sortent du service d’Autriche : il enverra également des notes sur eux. Ceux de ces derniers qui seront suspects seront renvoyés égale­ment à Wesel. Quant à ceux sortant de l’ancien service, des villes de Bremen, de Hambourg, d’Oldenburg, il distinguera ceux qui sont natifs des villes, qui y ont domicile et des parents, de ceux qui sont étrangers et qui ont été admis au service de ces villes.

Les étrangers seront dirigés sur Wesel, avec des notes, pour que vous puissiez me proposer de leur donner de l’emploi ou de les placer dans les régiments étrangers. Ceux qui sont du pays, le prince d’Eckmühl en fera deux classes : les uns, qu’on essayera de garder dans les régiments jusqu’à nouvel ordre, et les autres, qu’on pourra en­voyer en Italie et en Espagne dans les corps. Il fera remplacer les officiers et sous-officiers vacants, de manière cependant à ne compléter que trois bataillons dans chaque régiment. Le résultat de cette opération sera qu’il n’y aura dans ces régiments d’autres officiers su­périeurs que des officiers français, et d’autres capitaines, lieutenants et sous-lieutenants que des Français ou des officiers ayant fait la guerre avec nous, ou des officiers sortant du service d’Autriche, et provisoirement des officiers du pays, bons sujets, domiciliés et connus. La même opération sera faite pour les sous-officiers. Aucun sous-officier étranger ne sera souffert dans ces régiments; on n’y conservera que des sous-officiers nés dans la 32e division militaire, mais domiciliés et connus ; encore ce nombre sera noté, afin de pouvoir insensiblement les faire passer ailleurs. Enfin la même opération sera faite pour les soldats. Tout ce qui sera prussien, danois, suédois, mecklembourgeois, russe, sera dirigé, par détachements de 100 hom­mes, sur les régiments d’Isembourg et de la Tour-d’Auvergne, de sorte qu’il ne restera dans le régiment que des hommes nés dans la 32e division militaire; et ceux qui seraient jugés mauvais sujets, soit dans les étrangers, soit dans les naturels du pays, seront dirigés par détachements de 25 hommes sur les dépôts de pionniers coloniaux. Vous autoriserez le prince d’Eckmühl à remplacer les officiers et sous-officiers par des hommes tirés de son corps d’armée, mais parlant allemand ; il vous en enverra l’état, et vous me présenterez des pro­jets de décrets à signer. Vous donnerez les mêmes instructions pour le régiment, lorsqu’il sera arrivé à Maëstricht. On verra, lorsque les régiments seront ainsi épurés, s’ils présentent un aspect plus satisfaisant. Mandez au prince d’Eckmühl qu’il serait important qu’il pût voir lui-même ces régiments, au moins qu’il fit faire cette opération par un homme d’un tact plus sûr et plus fin que le général Latour.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Dans la visite que j’ai faite de différents corps de l’armée, j’ai trouvé que les troupes étaient mieux habillées que dans la révolution, où les fournitures étaient faites par les fournisseurs d’alors; mais j’ai été loin d’en être satisfait, vu les sommes immenses qu’elles me coû­tent et la régularité qui est portée dans l’administration dans les temps actuels. Il est impossible de rien fournir aux troupes qui soit bon ; car comment vouloir qu’elles puissent lutter contre l’intérêt des fournisseurs ? En général, les tricots sont mauvais, les shakos sont de mauvaise qualité, ou ils sont souvent de bonne qualité, mais mal confectionnés. Il en est de même des gibernes. Aucun reproche ne peut être fait aux corps, parce qu’ils répondent à tout « que l’admi­nistration de la guerre le leur a envoyé ». Quant aux draps, la plus grande partie de celui que j’ai vu est beaucoup plus mauvaise que celui que j’ai vu aux régiments qui les achetaient eux-mêmes.

Les régiments d’infanterie légère, qui avaient l’habitude d’acheter des draps, trouvent, en général, que les draps qu’ils achetaient étaient beaucoup meilleurs que ceux qu’on leur envoie.

Je désire donc connaître de quelle manière se fera l’habillement de 1812. Mon intention est que l’administration de la guerre ne fournisse rien, tout au plus le drap ; et encore je crois que cela même est une question : car il est de fait que les régiments d’infanterie légère, pen­dant le temps qu’ils se sont habillés, l’ont été mieux qu’ils ne le sont aujourd’hui, un major qui est pressé par une grande quantité de conscrits qu’il a à habiller reçoit tout ce qu’on lui envoie, quoique de mauvaise qualité. Il y a d’ailleurs des gens qui ne veulent pas se faire des affaires et établir un procès contentieux. II est donc néces­saire que des mesures efficaces soient prises pour que le drap qui sera fourni soit fourni bon, d’autant plus qu’il n’est pas raisonnable d’envoyer des draps dans le fond de l’Illyrie pour qu’ils reviennent ensuite. Cela met du retard pour tout, est préjudiciable à mon service et ruine les fournisseurs. Il faut donner la latitude aux régiments de ne pas recevoir le drap qui serait mauvais, mais il faut, avant tout, prendre des mesures pour s’assurer que les draps qu’on envoie sont de bonne qualité. Les bureaux actuels de l’habillement ne sont orga­nisés que pour la comptabilité; ils ne font rien pour s’assurer de l’exactitude des envois, de ce qu’il y a en magasin et de la bonté des fournitures; de sorte que, au lieu d’accueillir et d’encourager les plaintes des corps, on les reçoit mal en général.

Dans le grand-duché de Berg, je donne tout en argent aux corps ; les masses sont un peu moins fortes qu’en France : je n’ai point vu de troupes si bien habillées et en si bon état; cela ne peut faire aucune comparaison avec les nôtres.

Dans les remontes, j’ai trouvé beaucoup de mauvais chevaux. Les conditions des marchés sont en général à refaire.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

On m’assure que le chef de bataillon Everts, du 4e de ligne, a été nommé officier de la Légion d’honneur n’étant pas encore légionnaire. Vous deviez vérifier le fait, et, s’il était vrai, me renvoyer mon dé­cret. Vous n’êtes pas excusable.

Vous savez que j’ai toujours pour principe de ne faire jamais offi­cier dans la Légion d’honneur si l’on n’est pas déjà légionnaire, ainsi que pour tous les grades.

Lorsqu’une erreur a lieu, c’est à vous à représenter le décret.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Monsieur le Comte Lacépède, voulant donner un témoignage de ma satisfaction au prince Kolowski, ministre de l’empereur de Russie en Sardaigne, je lui ai accordé l’Aigle d’or [1]Le texte primitif portait : l’Aigle de la Légion d’honneur. L’Empereur a, de sa main, effacé les derniers mots, et les a remplacés par le mot d’or . Envoyez-lui cette déco­ration à Cagliari, où il se trouve, par le canal du général comman­dant en Corse. Vous pouvez en prévenir le prince Kourakine par un billet, l’empereur de Russie ayant permis au prince Kolowski d’accepter cette décoration.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il existe un décret pour la Spezia . Cependant les constructions ont continué à avoir lieu à Gènes. Ce qui m’avait porté à placer les éta­blissements à la Spezia, c’était moins la beauté de la rade que le mauvais établissement de Gènes. Les constructions avaient lieu hors des fortifications, dans un lieu isolé, ce qui n’était pas raisonnable ; mais, depuis que vous m’avez fait connaître que Ton peut construire dans la darse, je pense qu’il faut s’en tenir à Gènes, par toutes sortes de raisons, d’abord parce que c’est le centre d’une grande population, et que cela offre toute facilité. Faites-moi un rapport là-dessus; car, si vous pouvez construire dans la darse, vous aurez un superbe arsenal. Je ne serais pas éloigné de prolonger les digues et de dé­penser 2 millions pour cela; ce qui d’ailleurs a l’avantage politique d’être très agréable à cette grande population. Cela supposé, il fau­drait que la marine conservât l’établissement du lazaret de la Spezia. Cette année, j’ai fait travailler aux fortifications, puisqu’en manœu­vrant dans la Méditerranée il est hors de doute que ce golfe nous, sera nécessaire, et qu’il sera utile même pour réparer nos vaisseaux.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le golfe de Villefranche peut être utile à nos escadres, ainsi que le golfe Juan. Faites tracer sur une carte les batteries qui existent, ainsi que l’armement et leur état actuel. Il faut s’attendre que nos vais­seaux de Toulon, en continuant à sortir, seront obligés de chercher leur refuge dans la rade de Marseille. Faites-moi connaître le lieu où ils mouilleraient et la situation actuelle des batteries, afin que je dé­termine ce qu’il est nécessaire de faire.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il serait convenable que vous me soumissiez un projet de mouvement, sur les bases suivantes, à exécuter dans l’hypothèse où la Prusse serait de mauvaise foi. Le prince Poniatowski, avec l’armée du Grand-Duché et la 7e division, se réuniraient par un mou­vement combiné, en peu de jours et avant que la nouvelle en fût arrivée à Berlin, pour intercepter la route de Berlin à Graudenz et à Dirschau; de sorte que tout ce qui existerait de militaires prussiens fut désarmé et fait prisonnier, que les convois fussent pris, Graudenz bloqué tout d’abord, Marienburg occupé et sur-le-champ retranché, et les retranchements que l’ennemi a faits du côté de Pillau, dans l’isthme qui communique avec Danzig, surpris, dans le temps que tous les Saxons marcheraient par Glogau, et vous par Stettin et Magdeburg sur Berlin et sur Kolberg. Ce projet a pour but, si la Prusse continue à être de mauvaise foi, de prendre l’initiative; il faut le bien calculer pour le rendre le plus profitable possible. Marquez-moi sur une carte la position actuelle de l’armée du Grand-Duché, celle de vos divisions, des troupes de la Saxe et de la Westphalie, et faites-moi connaître comment vous entendriez exécuter ces mouvements, enfin quelles sont les forces que la Prusse aurait à opposer de Berlin et de Kolberg. Il sera nécessaire, lorsque j’aurai approuvé ce plan, que vous le communiquiez au prince Poniatowski et au général Rapp, pour qu’ils le connaissent bien, et qu’instruits de mes intentions ils aient l’œil sur les rassemblements des Prussiens et sachent où frapper aussitôt que vous leur en aurez donné l’ordre.

Je n’ai pas besoin de vous dire que tout cela est fort hypothétique. Le comte Saint-Marsan négocie en ce moment avec la Prusse; mais je vois tant de mauvaise foi et d’incertitude dans ce cabinet, que je crois qu’il sera impossible d’empêcher sa ruine. Je crois que sur l’Oder les Prussiens n’ont qu’un pont; il sera donc facile de s’en em­parer et de le détruire, et d’envelopper toutes leurs garnisons entre l’Oder et la Vistule avant qu’ils s’en aperçoivent. Les forces des Prus­siens se divisent, je crois, entre la Saxe et la Silésie, entre l’Elbe et la Vistule, entre la Vistule et le Niémen. Combien de troupes ont-ils dans chacune de ces parties? Combien peuvent-ils en réunir ? Pour cette opération je n’ai pas besoin de vous dire que Modlin et Zamosc seront bien approvisionnés et armés; qu’une partie de l’armée du Grand-Duché sera en observation du côté de la Russie, et que tout votre corps d’armée et les Saxons seront sur la Vistule avant les Russes, puisque vous seriez à Berlin qu’on ne le saurait pas encore à Pétersbourg. Faites connaître la situation de Marienburg. A-t-on détruit les fortifications que j’avais fait établir, ou ce poste pourra-t-il être promptement remis en état ? Si les retranchements du côté de la (illisible) ne pouvaient être enlevés d’un coup de main, il faut avoir un bon nombre d’obusiers et de petits mortiers, pour les accabler d’obus et de bombes et les détruire en peu de jours; afin de fermer sur-le-champ le passage de Pillau. Faites-moi connaître jusqu’où va la limite du territoire de Danzig de ce côté. Il serait peut-être convenable de faire établir une bonne redoute à la limite du territoire de Danzig. Par ce moyen on pourrait masquer le mouvement, et, au lieu de partir de Danzig, on partirait de la redoute. D’ailleurs, puisque les Prussiens travaillent tant à Pillau, l’occupation d’un point de ce côté est d’une grande prudence.

N’écrivez rien sur tout cela au général Rapp ni au prince Poniatowski. Commencez par prendre des renseignements avant de me répondre; cela ne presse pas. Il vaut mieux tarder d’une quinzaine de jours pour que vous puissiez me bien faire connaître l’état de l’échiquier. Quand j’aurai votre plan, je le ratifierai, et je vous auto­riserai alors seulement à communiquer ce projet éventuel au prince Poniatowski et au général Rapp.

Napoléon,

Les Russes ont eu de grands succès sur les Turcs, qui se sont comportés comme des bêtes brutes. Je vois la paix sur le point de se conclure. Je suis assuré de l’Autriche.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, si la guerre a lieu et que la Prusse soit contre nous, la première chose à faire est de faire partir de Magdeburg un équi­page de siège pour prendre Spandau, et des places de Stettin, Küstrin et Glogau, un équipage de siège pour Kolberg. Il est donc nécessaire que ces deux équipages de siège existent et soient formés sur le pa­pier, de sorte qu’on soit certain d’avoir dans ces places les pièces, affûts, porte-corps, charrettes, plates-formes, outils, poudres, (Ici un mot illisible) démasqué, l’équipage de siège pour Spandau puisse partir de Magde­burg, et, six jours après le mouvement démasqué, l’équipage de siège de Kolberg puisse partir des places de l’Oder. Vous sentez que ce travail doit être fait très secrètement dans le bureau de votre géné­ral d’artillerie. Je pense qu’on pourra trouver à Magdeburg l’équipage de siège de Spandau. Je doute qu’on puisse former dans les places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, celui destiné pour Kolberg. Il faut voir si cet équipage existe à Magdeburg indépendamment de la défense de la place. Si les moyens de cette place sont insuffisants, il faudra le faire venir de Hambourg et de Wesel ; mais il faut qu’il parte de Wesel par le moyen de relais d’artillerie placés depuis Wesel jusqu’à Magdeburg. De cette manière les transports ne coûteraient absolument rien ; cela ne donnerait aucun embarras au pays et arri­verait très promptement à Magdeburg. Je pense qu’il faut établir tout ce qui est nécessaire pour la défense des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau. Je crois que Magdeburg est suffisamment ap­provisionné; il n’en est pas de même des autres places. Les équipa­ges de siège de Spandau et de Kolberg peuvent être compris dans l’approvisionnement de ces places, puisque, pendant qu’on consom­merait ces munitions, on en ferait venir de nouvelles de France. Je pense que le personnel d’artillerie des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, n’est pas suffisant. Envoyez dans ces places deux com­pagnies d’artillerie, de celles attachées à votre parc; vous les retrou­verez en marchant en avant. Envoyez-y également des officiers d’état-major d’artillerie, et du génie. Les garnisons de Stettin et de Küstrin sont, je crois, suffisantes; celle de Glogau ne l’est pas. Proposez-moi d’y envoyer un nouveau régiment, afin qu’on soit sans inquiétude.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre du prince d’Eckmühl, avec une lettre du ministre Cessac et différentes pièces. Il est convenable que vous or­donniez au major du 1er de chasseurs de se rendre à Paris, et que vous nommiez un inspecteur aux revues et deux officiers accoutumés aux détails de l’administration de la guerre, pour suivre la plainte.

J’y attache la plus grande conséquence. La réponse des bureaux de l’habillement n’est pas satisfaisante. On laisse planer le soupçon sur le major : s’il est coupable, il faut le destituer; si, au contraire, ce major est innocent, c’est ià tort que les agents de l’habillement veu­lent couvrir ainsi leurs dilapidations.

Cette affaire doit donc être mûrement approfondie, de même que toutes celles qui arriveraient, soit pour porter la lumière dans les opérations de l’habillement, soit pour avoir des idées nettes sur l’hon­nêteté des majors.

II faut faire une circulaire aux différents majors pour les rendre responsables des effets qui seront reçus aux régiments, et leur faire connaître qu’ils ne doivent recevoir aucuns mauvais effets, de sorte qu’ils n’aient rien à alléguer toutes les fois que les régiments seront dans une mauvaise situation ; que les fournitures coûtent beaucoup à Sa Majesté, et que les payements sont exactement faits; qu’il faut donc que les effets soient de bon aloi et de très bon service. Même chose pour les chevaux de remonte. Mettez à l’ordre du jour, et té­moignez mon mécontentement au colonel du 20e de chasseurs de ce qu’il a reçu des chevaux qui sont à réformer ou à évaluer à moitié du prix d’achat. Faites connaître que les colonels et officiers qui rece­vront les chevaux seront responsables de tous les mauvais chevaux qu’ils recevraient. Mes troupes me coûtent fort cher et sont en par­tie fort mal habillées. Tout ce qui leur est fourni est excellent en comparaison de ce qui se fournissait dans la révolution, mais non eu égard à l’ordre et à la régularité qui ont été introduits dans l’administration.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je tiendrai un conseil de l’intérieur pendant chaque semaine des mois de novembre, décembre, janvier et février; ce qui fera quatorze conseils. On commencera par y traiter les objets relatifs au commerce et aux manufactures. On traitera ensuite et successivement des différentes branches de votre ministère. Trois conseils pourront être consacrés aux affaires des ponts et chaus­sées et des travaux publics; trois conseils, placés à quinze jours d’intervalle, aux budgets de la ville de Paris et des villes qui ont plus d’un million de revenu, et à la comptabilité des compagnies de réserve ; deux conseils, également placés à quinze jours d’intervalle, aux travaux des eaux minérales, des prisons, des maisons de men­dicité; un conseil, aux dettes des départements et aux budgets des centimes variables et fixes; enfin d’autres conseils seront employés à traiter des objets relatifs aux changements dans les préfectures et dans les mairies des bonnes villes, aux affaires des mines, de la librairie, de l’instruction publique, des sciences et arts et autres objets de votre département. Je vous prie de me faire un rapport sur la distribution et sur l’ordre des matières qui seront traitées dans ces conseils. Les comptes de 1810 et de 1811 y seront examinés, de manière que, si les fonds sont insuffisants, les suppléments néces­saires puissent être accordés, et ce pour chaque article. Après avoir considéré le compte de chaque branche d’administration, on en con­sidérera la législation, et l’on proposera les changements convena­bles pour marcher vers le perfectionnement de chaque partie. Il faut que la réunion des procès-verbaux de ces conseils soit à la fois un compte de finances et un exposé des motifs des changements et des améliorations opérés. Les résultats de tous ces comptes rendus sont : 1° l’état réel des dépenses de 1810; 2° l’état par approximation des dépenses de 1811, 3° le budget de 1812.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, désirant examiner dans les conseils que je me propose de tenir cet hiver, tous les quinze jours, les prin­cipales parties de l’administration de votre département, il est néces­saire de régler l’ordre des matières qui devront être traitées dans chaque séance, de sorte que les principaux objets, l’état des dépen­ses de votre département, les comptes définitifs de l’exercice 1810 et années antérieures, le compte approximatif de 1811 et le budget de 1812, la solde, la formation des équipages, les armements à faire l’année prochaine, les nouvelles institutions des écoles, les martelages et l’exploitation des bois, les approvisionnements de tout genre et les travaux hydrauliques, soient l’objet de sept conseils. Je vous prie de me présenter un projet pour régler ce qui sera fait dans chaque conseil.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie des notes sur la flottille de Boulogne, qui vous feront parfaitement connaître dans quel esprit je la considère. La flottille de Boulogne sera toujours un des plus puissants moyens d’influer sur l’Angleterre; et toutes les fois que nos escadres commenceront à remuer et que l’on doublera ou triplera la flottille, que l’on requerra les pêcheurs et les matelots de la côte, qu’on embarquera sur la flottille de l’artillerie et du matériel, l’An­gleterre s’attendra à une combinaison qui amène des escadres devant Boulogne, et dès lors elle sera obligée de tenir en réserve une grande partie de ses vaisseaux dans la Tamise et aux Dunes, et un corps de troupes assez considérable pour couvrir Londres et ses chantiers. Je pense donc que 4 ou 500 bâtiments de la flottille seront toujours nécessaires à avoir à Boulogne, afin de pouvoir transporter une qua­rantaine de mille bommes et plusieurs mille chevaux sur l’autre rive; qu’on peut diminuer à volonté l’artillerie et le matériel, afin de sou­lager les bâtiments et de donner plus de place pour les transports; enfin que l’on peut se servir indifféremment de tous les bâtiments qu’on a; que la dépense consistera donc dans l’entretien des 500 bâ­timents. Faites-moi connaître la situation de la flottille telle que je l’ai ordonnée, ce qui depuis en a été soustrait, ce qui reste en maté­riel et en personnel, afin de régler définitivement l’organisation de tout ce qui est nécessaire à la flottille.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez des lettres du roi de Naples; vous y répondrez. Aussitôt qu’on saura la quantité de mortiers qui lui est nécessaire, on la tiendra à sa disposition à Toulon; il sera nécessaire qu’il en­voie des bâtiments les chercher. Il faut qu’il fasse connaître la distance d’où l’on doit tirer ces mortiers, afin qu’on lui en envoie qui aient les qualités requises. Ayant ordonné l’établissement d’un camp à Scilla, mon intention était que ce camp fût permanent comme ceux de Boulogne, du Texel; c’était le moyen d’avoir des troupes bien disciplinées, et d’être constamment prêt pour l’expédition de Sicile sans que l’ennemi pût en préjuger l’époque déterminée; mais le Roi ayant jugé à propos, quoique commandant mon armée, de lever le camp et de retourner à Naples, il a par là fait manquer mes projets, et a rendu belle la position des Anglais en Sicile, de mau­vaise qu’elle allait devenir. Il est de la première importance d’avoir une place forte à l’extrémité de la botte, où une garnison de 2 ou 3,000 hommes puisse tenir six semaines de tranchée ouverte et donner le temps de venir à leur secours. Dans cette place, des appro­visionnements de campagne, de siège et de fortes batteries pour intercepter le détroit, devront exister. Cette place devait se construire depuis trois ans; mais à Naples on n’a rien fait, parce que le royaume est gouverné sans plan. En conséquence, ce qui est de première nécessité, c’est d’avoir un point fort sur le continent, vis-à-vis la Sicile, qui assure les communications de l’armée en Sicile; c’est la première chose à faire. Je désire avoir le plan du local de la place à laquelle on travaille, et connaître le temps où elle pourra être finie. Quant à une expédition en Sicile, il ne faut point la considérer comme une expédition d’un mois ou deux ; elle doit être considérée comme une guerre permanente et qu’il faut établir solidement. En attendant, il faut qu’un camp de 10 ou 12,000 hommes soit placé dans les environs de la Sicile; il servira également à accélérer les travaux de la place forte. Une flottille de guerre doit y être réunie. Lorsque ces opérations préliminaires seront faites, le mouvement des escadres de Toulon, du Texel, de l’Escaut, avec des troupes que je fais partir directement de France, fera le reste. Mais une expédition de Sicile devant une armée anglaise qui est maîtresse de la mer ne peut être combinée et suivie pour être mise à fin qu’avec secret et avec activité ; le rôle qu’a à jouer le roi de Naples est de réunir 10 ou 12,000 hommes et une flottille du côté du détroit, et d’éta­blir une place qui puisse soutenir deux mois de tranchée ouverte, avec de formidables batteries au point vis-à-vis le détroit.

Si les frégates anglaises se sont approchées des côtes, c’est que les batteries sont mal armées ou mal disposées ; il faut qu’elles soient armées avec du canon d’un calibre supérieur.

Effectivement, il paraît qu’une vive dissension a lieu en Sicile. La mesure qu’a prise le Roi, d’avoir levé le camp de Scilla sans mon ordre, ayant dérangé mes dispositions et fait manquer cette occasion d’en profiter, il faut prendre des mesures pour y remédier le plus tôt possible, en commençant un plan d’opération qui puisse avoir ces résultats.

 

Saint-Cloud,18 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le brigandage s’accroît dans les environs de Rome. Formez autant de colonnes mobiles qu’il est nécessaire, composées d’Italiens et de Français, avec des détachements de cavalerie; mettez à la tête de ces colonnes des officiers actifs et intelligents, et faites-les marcher sur les États romains; elles se combineront avec celle que forme le général Miollis, pour faire cesser ce brigandage. Occupez-vous de cela avec activité. La grande-duchesse enverra également de Toscane quelques colonnes mobiles.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un officier au maréchal Suchet : faites-lui connaître le mouvement du général Reille, qui doit marcher en Aragon pour le soutenir. Faites-lui savoir que, le jour même où il croyait Mina réuni à l’Empecinado pour secourir Blake, ce Mina était du côté de Mondragon, vivement poursuivi par le général Bourke. Dites-lui que nous avons des nouvelles de Gibraltar du 25 octobre ; que les troupes de l’armée du Midi ont enlevé le camp de Saint-Roch et Algésiras ; que Ballesteros est cerné sous Gibraltar; que le général Decaen est parti pour secourir Barcelone et fera tout ce qu’il sera possible ; que le Roi mande que, dès le ler novembre, il a fait occuper Cuenca en grande force pour le soutenir, et que le duc de Raguse a ordre d’envoyer sur ce point une division. Annon­cez-lui que les Anglais ont 18,000 malades en Portugal et sont hors d’état de rien entreprendre ; que le duc de Dalmatie a ordre d’envoyer une colonne sur Murcie pour faire une diversion; qu’ainsi donc il faut attaquer vigoureusement Valence et s’en emparer.

Renvoyez au duc de Raguse son aide de camp; faites-lui connaître que la grande affaire du moment est la prise de Valence. Annoncez-lui les avantages que vient de remporter le maréchal Suchet. Envoyez-lui le Moniteur (depuis un mois), il y verra que les Anglais ont 18,000 ma­lades et paraissent décidés à rester sur la défensive. Il est indispen­sable, si Valence n’est pas prise, qu’il fasse un détachement de 6,000 hommes qui puisse se réunir avec ce que l’armée du Centre aura de disponible et marcher au secours du maréchal Suchet. Aussitôt Valence prise, bien des troupes seront disponibles ; il se trou­vera considérablement renforcé; alors commenceront les grandes opérations de son armée. A cette époque, c’est-à-dire vers la fin de janvier, après la saison des pluies, il devra se porter, avec l’armée de Portugal et partie de celle du Midi, sur Elvas, et inonder l’Alentejo, tandis que l’armée du Nord, renforcée d’une partie de l’armée de réserve, se portera sur la Cou et Alfayates. Mais l’important, dans ce moment, est la prise de Valence; il faut donc qu’il mette aussitôt une division en mouvement.

Écrivez au Roi dans ce sens. Je suppose qu’il aura envoyé ce qu’il a de disponible pour communiquer avec le maréchal Suchet et le soutenir; dites-lui que, si Valence n’est pas prise, je donne ordre au duc de Raguse d’envoyer une division qui se joindra à ses troupes, de manière à former un bon corps de 10 à 12,000 hommes pour marcher au secours du maréchal Suchet. Envoyez le Moniteur d’un mois au Roi, au maréchal Suchet, aux généraux Reille, Caffarelli et Dorsenne.

Écrivez au général Reille que j’espère qu’il aura reçu les nouvelles du maréchal Suchet du 6 ; qu’il est nécessaire de l’appuyer en envoyant aussitôt la division Severoli, et en marchant lui-même en Aragon avec toute sa division, pour appuyer le maréchal. Dites-lui que le général Decaen marche sur Barcelone. Donnez l’ordre au géné­ral Caffarelli de se porter avec sa division contre Mina, de le pour­suivre partout jusqu’à sa destruction, de prendre le commandement de la Navarre et d’appuyer le général Reille en Aragon. Le général Dorsenne est assez fort; écrivez-lui que la grande affaire est de prendre Valence.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, les dernières lettres du général Monthion que vous m’avez remises sont du 29 octobre; voilà donc vingt jours. Il est étonnant qu’il n’envoie pas plus souvent ses rapports. Je n’ai de même rien, à la date de vingt jours, des généraux Caffarelli et Reille; cette négligence est trop forte; il faut que les généraux Monthion , Thouvenot, Reille, Caffarelli et Dorsenne vous rendent compte tous les jours et que votre correspondance soit mieux alimentée. Remettez-moi les derniers états de situation du Nord ; que je sache le nombre des malades qui sont en Biscaye. Remettez-moi aussi l’état des ordres que vous avez donnés pour les bataillons de marche et ceux que vous avez envoyés au général Monthion pour les mouvements de ces bataillons.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, communiquez au ministre de Dane­mark les nouvelles d’Angleterre; dites-lui que les marchandises an­glaises ont augmenté de 50 pour 100 à Helgoland, et qu’elles sont versées dans le Holstein. Écrivez à mon ministre à Copenhague et au prince d’Eckmühl pour que des instances soient faites et des mesures prises pour empêcher cette contrebande. Vous raisonnerez avec le ministre de Danemark; vous lui rappellerez ce que j’ai déjà fait une fois pour le Holstein, et vous lui ferez comprendre qu’il y aurait de l’ingratitude à laisser faire de nouveau la contrebande dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On demande à Lyon, 1° pourquoi on ne prend pas sur la rive droite de la Saône les matériaux pour combler Perrache; on assure qu’on épargnerait beaucoup de dépenses, et que cela servirait pour la route de l’Ardèche;

2° Quels sont les moyens de faire disparaître les ruines sur les quais de Pierre-Encise ;

3° Quand sera établi le dépôt de mendicité. On désigne un empla­cement nommé Pierre-Bénite, sur le Rhône, comme très convenable pour cet établissement.

Pourquoi les habitants de Lyon n’envoient-ils pas leurs enfants aux lycées, et pourquoi les envoient-ils à Largentière et à Tournon ? Il y a des difficultés, dans ces lycées, qu’il faut que le grand maître lève.

Le dépôt de mendicité de Florence ne sera prêt que dans un an et ne pourra recevoir que 800 mendiants. On se plaint que les bâ­tisses sont mal faites et qu’une partie s’est déjà écroulée. Deux mé­moires ont été envoyés sur cela au ministère : faites-m’en le rapport. La municipalité de Florence, étant riche, doit y pourvoir.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor publique, à Paris

Je vous prie de prendre très secrètement quelques informations, et de voir si vous ne pourriez pas me suggérer quelques idées pour donner à l’administration des jeux une règle fixe.

L’administration des jeux de Paris, à ce qu’il paraît, emploie un fonds de banquiers de 11 à 1200,000 francs. Indépendamment des 3 ou 4 millions qu’elle verse dans la caisse de la police et de dépen­ses de toute espèce, cette administration fait un profit que l’on évalue de 100 à 150 pour 100, de sorte que cette maison retire 2 à 3 mil­lions de la mise d’un capital de 1,200,000 francs. On calcule, je crois, que les jeux rendent brut aux banquiers 7 à 8 millions. Il me paraît extrêmement absurde de laisser à une maison qui a fait une immense fortune une gratification annuelle de 1,800,000 francs. Il y a eu un temps où la somme de 1,200,000 francs qu’il faut tous les jours a pu être un objet.

Il faudrait donc s’informer du mécanisme de cette machine-là, et voir si l’on ne pourrait pas faire exploiter cela par une compagnie, soit au profit des hôpitaux, soit à celui de l’approvisionnement de réserve en blé de la ville de Paris.

Un nommé Davelouis s’est beaucoup occupé de ces matières; il est bon à écouter, sans croire à toutes ses assertions. Il peut indiquer des hommes versés dans cette partie. Il faut mettre à cela du secret et une sorte d’habileté, parce que la police est fort à l’affût, consi­dérant les jeux comme une ferme que beaucoup d’agents du ministre veulent exploiter à leur profit.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Vous m’avez manqué essentiellement en faisant poursuivre un in­dividu par la seule raison qu’il m’avait adressé des réclamations contre vous ; ce qui est d’autant plus injuste qu’il m’a appris des choses que je ne savais pas et que je ne devais pas ignorer. Faites-lui connaître qu’il ait à rentrer chez lui et à n’avoir rien à craindre. Prenant, dès ce moment, cet individu sous ma protection spéciale, j’entends qu’il ne soit pris aucune mesure contre lui sans mon auto­risation spéciale. J’espère que vous ne retomberez plus dans un pareil manquement. Tous les citoyens français ont le droit de réclamer à moi contre qui que ce soit; et aucun ne doit être arrêté, lorsque c’est par l’ordre du ministère, qu’après qu’il m’en a été rendu compte et que j’ai donné mon approbation.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites voir au comité des fortifications si, en m’emparant de toutes les Iles qui bordent la rade du Morbihan, et en y plaçant des pièces de 36 sous l’angle de 40 degrés, et des mortiers à la Villantroys, je ne parviendrais pas à croiser les mobiles de manière que l’ennemi ne puisse pas y mouiller, ou y mouiller sans sécurité, et reconquérir cette rade. Le mouillage de l’ennemi dans ces parages a bien des in­convénients, puisqu’il intercepte notre cabotage de la Bretagne. Le régiment de Belle-Île me servirait merveilleusement pour cet objet.

 

Saint –Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’éprouve une vive satisfaction du résultat des épreuves faites à la Fère. Je vois que les mortiers à la Villantroys de 9 pouces, avec 30 livres de poudre, ont été à 2,650 toises, et que le mortier de 11 pouces, avec 45 livres de poudre, a été à 2,980 toises, c’est-à-dire à près de 3,000 toises : c’est un prodigieux résultat. Il faut con­tinuer ces épreuves avec la plus grande activité. Je ne sais pas ce que le temps a de commun avec des épreuves d’une pareille importance. Les épreuves doivent avoir pour but, 1° de charger les bombes, 2°de déterminer la longueur de la fusée, et enfin de pousser jusqu’au bout cette découverte.

Je désire donc que vous donniez des ordres à la Fère pour continuer les expériences, et que vous nommiez une commission d’offi­ciers d’artillerie pour y présider. Je ne m’oppose pas à ce que vous fassiez faire des modèles de 10 pouces et de 12 pouces pour les com­parer avec ceux-ci; mais je ne pense pas que l’on doive, sans épreu­ves, compromettre la grande portée qu’on a obtenue.

Je pense qu’il faut faire des essais en grand, afin de trouver la possibilité d’arriver à 3,500 toises. Les Anglais avaient le projet de passer cet hiver dans la rade d’Hyères; les obus jetés sous l’angle de 40 degrés, avec des pièces de 36 et les mortiers à plaque, leur ont fait abandonner ce projet. Je désire avoir de ces mortiers à la Villantroys de 11 pouces jusqu’à dix, pour en placer aux différentes batte­ries des îles d’Hyères et sur le continent. Je pense également qu’il faut en faire couler en fer, aux fonderies de l’Isère; mais je pense qu’il faut attendre deux ou trois mois, jusqu’à ce que de nouvelles expériences aient appris le parti qu’on peut tirer de cette découverte si importante.

J’aurais besoin de placer de ces mortiers à la batterie de la Perrotine, dans la rade des Saumonards. J’en aurais besoin à la batterie de l’île Madame, afin que tous les points de la rade des Trousses, où des vaisseaux ennemis peuvent mouiller, fussent battus par ces mortiers. J’en aurais besoin dans la rade du Morbihan, que, vu cette nouvelle invention, je projette d’occuper, et dont je veux interdire le mouillage à l’ennemi. Ces trois points sont les plus importants. Il sera nécessaire que la marine en fasse faire qui seront placés sur des bombardes, pour empêcher l’ennemi de mouiller dans la rade des Basques, et même pour la rade d’Hyères. Vous témoignerez ma sa­tisfaction au colonel Villantroys, et vous me proposerez une récom­pense pour cet officier. Comme je regarde chaque centaine de toises comme un avantage très grand, ayez soin que les épreuves soient couvertes du plus grand mystère, pour que l’ennemi ne les connaisse point; que les épreuves se fassent en cachette, et que cela soit envi­ronné d’un peu de charlatanerie.

Je désire donc que les épreuves soient continuées; que l’on m’en rende compte toutes les semaines; que cela soit fait exactement, de manière que l’on connaisse quelle est la poudre dont on se sera servi et qu’on éprouvera préalablement avec l’éprouvette. Quant aux mor­tiers de 10 et de 12 pouces, sur le compte que vous me rendrez d’ici à deux mois, on pourra en faire faire à Liège, à Indret, sur l’Isère, et, en bronze, à Douai.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on vient de découvrir le moyen de tirer des bombes à 3,000 toises, découverte extrêmement précieuse sous le point de vue maritime. Je fais continuer les épreuves, et dans le courant de janvier il sera nécessaire d’avoir de ces mortiers dans tous les ports, placés sur des bombardes, puisque désormais ces bom­bardes pourront atteindre une escadre à 3,000 toises; ce qui pourra être d’un utile résultat pour la rade des Basques. Il faudra sans aucun doute en envoyer aux îles d’Hyères. Il sera nécessaire d’en avoir aussi à l’île Madame, à la batterie de la Perrotine, et dans la rade des Trousses, et aux embouchures de la Gironde. Je vous ai demandé si l’on ne pourrait pas employer utilement ces mortiers pour interdire la rade du Morbihan à l’ennemi. Il me semble qu’il y a à l’extérieur de la rade de Brest des points où l’ennemi mouille quelquefois. Enfin faites connaître les points où cette découverte pourrait être utilement appliquée.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin , écrivez aux généraux Dorsenne, Caffarelli et Thouvenot qu’on suit dans le pays où ils sont un détestable système; que des forces immenses sont rassemblées dans des villages contre des bandes de brigands qui sont actives, de sorte qu’on est continuellement exposé à des événements désagréables, tandis que l’inverse devrait être fait ; que des points principaux devraient être occupés, et que de là devraient partir des colonnes mobiles pour poursuivre les brigands; que, si les choses étaient conduites ainsi, on éviterait beaucoup de malheurs particuliers; qu’il faut se hâter de suivre ce plan et de faire une guerre active aux brigands; que l’expérience de la Vendée a prouvé que le meilleur était d’avoir des colonnes mobiles, disséminées et multipliées partout, et non des corps stationnaires.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Collin de Sussy, directeur général des douanes, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, je reçois votre lettre d’aujourd’hui. Je ne puis que vous témoigner mon étonnement de tout ce tripotage qui se commet avec les licences de la police. Je vous avais parlé moi-même, et vous avais chargé d’y veiller. Comment arrive-t-il que vous n’ayez pas des doubles de ces licences ? Comment se fait-il que le bâtiment la Vigilance ne soit porté ni sur l’état que vous m’avez remis des licences de la police, ni sur celui du ministre ? Cet état comprend des licences expirées et deux licences nouvelles pour l’Aparencia et le Bey. Celle qui était applicable à la Vigilance n’y est donc pas portée. Qu’est-ce que le permis de mer que je vois porté sur l’état pour le navire la Mary des sieurs Loriol et Dagneau, de Dunkerque ? Que veulent dire ces permis ? Vous ne devez reconnaître aucun per­mis s’il n’est revêtu de ma signature, quand il le serait de celle d’un ministre, même de celui auquel vous êtes spécialement subordonné. Enfin je vois qu’on fait par les smogleurs des exportations qui se compensent avec les importations des navires munis de licences dites de la police; s’il y a pour cela une décision de moi, je n’ai rien à dire, mais je n’en ai pas connaissance; si ma signature n’y est pas, vous êtes dans votre tort. Depuis l’institution du conseil de com­merce on doit prendre mes ordres sur tout, et ma signature est tou­jours nécessaire. J’approuve fort que vous ayez fait arrêter la Vigi­lance; faites retirer sa licence. Vous me dites que l’Aparencia est entrée le 10 octobre; sa licence a-t-elle été retirée ? Comment l’Apa­rencia est-elle arrivée ? De quoi était-elle chargée ?

Mon décret sur les licences est rapporté ; préparez-moi un compte très détaillé sur ces affaires, où je veux voir très clair. Toutes les licences de la police sont nulles désormais, et vous devez prendre mes ordres directement. Vous vous procurerez des renseignements sur la Vigilance, sur ses opérations, sur son chargement, et vous m’en ferez un rapport.

Je vois dans l’état que le navire l’Espérance, appartenant au sieur Loriol, a importé pour 273,000 francs de marchandises dont l’ex­portation doit se faire par Wimereux. Je vois avec surprise qu’on admet les exportations par les smogleurs. Vous voudrez bien faire cesser cette mesure. Il faut que les maisons qui ont fait des impor­tations soient tenues à des exportations égales; je ne veux pas que les exportations des smogleurs entrent en compensation.

 

Saint-Cloud, 21 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le Diadème n’a pas été lancé à Lorient, parce qu’il manque de câbles.

II y a, dans la direction du Tanaro, sur le revers du col de Tende, une forêt très considérable d’arbres verts ; l’exploitation en est très facile. Avec 60,000 francs, on ferait la route, et l’on procurerait une quantité immense de pieds cubes de bois. Il doit y avoir dans vos bureaux des renseignements là-dessus. Beaucoup de forêts dans les Alpes-Maritimes contiennent de ces bois qu’il faut exploiter.

 

Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’apprends qu’une rétribution est imposée sur les habitants de Cologne, par le maire, pour prétendues dépenses pendant mon pas­sage. Aucune contribution ne doit être imposée ainsi sur les citoyens ; faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, faites-moi connaître quels sont les séminaires qui sont desservis par les Sulpiciens, afin de les éloigner également de ces séminaires.

 

Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre travail du 22 novembre sur le service de l’artillerie de la Grande Armée, composée : du corps d’observation de l’Elbe, de la réserve de cavalerie, du corps d’observation d’Italie, du corps d’observation de l’Océan et de la réserve générale de la Garde, formant 512 bouches à feu de ligne, 176 bouches à feu régimentaires, total 688 bouches à feu, et ayant un total de 3,577 voitures d’ar­tillerie et 565 voitures de régiments, total 4,142 voitures.

Je suppose que tout le matériel pour cette immense artillerie est prêt à Metz, à Mayence, à Wesel, à la Fère et à Strasbourg.

Vous demandez une remonte de 600 chevaux d’artillerie ; cela est convenable. Présentez-moi un état des compagnies à remonter et des chevaux qu’il vous faut ; comme c’est, je crois, le ministre de l’administration de la guerre qui vous fournit les chevaux, je les comprendrai dans la première commande de remonte qui va être ordonnée. Pour servir ces 3,577 voitures, y compris l’équipage de pont, 18,000 chevaux sont nécessaires; il faut qu’au 30 janvier ces 18,000 chevaux existent harnachés et prêts à partir.

Quatre bataillons du train sont en Allemagne, quatre sont en France, deux sont en Italie, total dix ; quatre compagnies du 1er ba­taillon bis existent à Metz, trois compagnies du 9e bataillon bis sont à Mayence, quatre compagnies du 13e bataillon bis sont à Metz, total onze compagnies, faisant la valeur de deux bataillons; un ba­taillon du train du royaume d’Italie; deux bataillons de la Garde; total quinze bataillons, qui, à 1,500 chevaux par bataillon, feront 22,500 chevaux ; il n’en faut que 18,000, c’est donc 4,500 chevaux de plus qu’il ne faut.

Présentez-moi l’état de situation du personnel de ces bataillons du train au 15 novembre; mettez-y ce qu’ils doivent recevoir de la con­scription et ce qui manquera au complet. Remettez-moi les mêmes renseignements, aussi détaillés, sur les chevaux, sur les harnais, et proposez-moi un projet de décret qui ordonne, pour 1812, une remonte d’artillerie suffisante pour compléter tous ces cadres, de manière qu’au 30 janvier j’aie, indépendamment du train italien, tous mes bataillons au grand complet et prêts à partir.

Les deux bataillons qui sont en Italie ne seraient pas complets, il faut donc les compléter. L’achat des chevaux en Italie présente des difficultés ; proposez-moi de compléter le bataillon qui est à l’armée d’Italie avec les chevaux du bataillon qui est en Piémont, de manière à les porter au grand complet de 1,500 chevaux, et proposez-moi de faire revenir ensuite à Besançon le bataillon qui est en Piémont. Une partie des chevaux qui resteraient à ce bataillon pourrait même être vendue au royaume d’Italie, selon que le vice-roi le jugerait à propos. Par ce moyen, tous les bataillons étant en Allemagne ou rapprochés du Rhin, la remonte serait très rapide. Dans le travail que vous me remettrez sur les remontes des attelages d’artillerie, je désire que vous me fassiez connaître les sommes qu’il y aura à porter pour cette dépense au budget de 1812, tant pour les chevaux que pour les harnais.

Je pense qu’il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artillerie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance.

Faites-moi un état général de cette artillerie ainsi organisée. Com­parez-moi ce parc avec le parc que j’avais lors de la campagne d’Austerlitz, lors de celle de Friedland et à l’époque de Wagram.

Le corps d’observation d’Italie est un corps à part qui n’a éprouvé aucun changement ; il doit donc se trouver organisé comme il était. Quelques régiments ont été en Espagne ; mais les cadres restants ont été augmentés. Je réglerai, au moment d’entrer en campagne, la composition définitive de l’infanterie; mais l’artillerie doit rester la même. Je suppose qu’un bataillon du train de 1,500 chevaux suffira; avec un bataillon italien cela fera 3,000 chevaux.

Le corps d’observation des côtes de l’Océan doit conserver les mêmes compagnies d’artillerie qui sont désignées dans le travail que j’ai arrêté ; je n’approuve donc pas qu’il y soit fait des changements ; sans quoi il faudrait toujours changer. Ce corps éprouvera dans l’or­ganisation de son infanterie des changements que je ferai connaître au dernier moment; mais cela n’influera en rien sur la composition de l’artillerie.

Je viens actuellement au corps d’observation de l’Elbe. Je désire dans ces états les changements suivants :

Le matériel d’artillerie de la 6e division sera envoyé sans délai à Minden, où je crois même qu’il est déjà ; le matériel de la 8e sera envoyé à Munster; le matériel de la 9e à Wesel ; la portion du parc appartenant aux 8e et 9e divisions à Wesel; les deux batteries de réserve du parc général à Wesel ; l’artillerie de deux divisions de cavalerie à Wesel. Le parc de réserve des quatre divisions de cava­lerie doit être à Wesel et séparé du parc appartenant aux 8e et 9e divi­sions et aux deux batteries de réserve, qui est destiné à faire partie probablement du parc de Minden. Cette observation est importante, afin que le parc des quatre divisions reste toujours séparé.

J’approuve que la compagnie du 2e régiment d’artillerie à cheval, qui est à la 6e division, revienne à la réserve de cavalerie et soit remplacée par une compagnie venant d’Espagne.

J’approuve le choix du général Faure de Gière pour commander l’artillerie de la réserve; qu’il se rende sans délai à Wesel, y passe la revue de son artillerie et l’organise bien.

J’approuve également le colonel Bigot de Pont-Bodin pour l’emploi de directeur du parc.

J’approuve le mouvement d’artillerie et des compagnies que vous me proposez pour servir les 6e, 7a, 8e et 9e divisions et les deux nou­velles batteries de réserve. Ces deux divisions doivent être à Wesel, faire partie du parc du corps d’observation de l’Elbe et n’avoir rien de commun avec la cavalerie de la réserve. Les quatre batteries de réserve ont huit obusiers et vingt-quatre pièces de 12. Je désire que les obusiers soient des obusiers prussiens ou licornes, qui tirent plus loin que les obusiers ordinaires.

J’approuve que les quatre bataillons du train d’artillerie qui sont en Allemagne soient entièrement destinés, 1° au service des neuf divisions, 2° au service des quatre batteries de la réserve à pied, 3° au service du parc général dû corps d’observation de l’Elbe. J’ap­prouve que le 8e bataillon soit attaché aux quatre divisions et au parc de réserve de la cavalerie.

Le chef de bataillon que vous voulez envoyer à Cadzand m’a paru plein de zèle, et, puisque les autres officiers supérieurs auront tous fait la guerre avec la cavalerie, il n’y a pas d’inconvénient à le laisser.

Vous pouvez donc, sans retard, ordonner tous les mouvements pour que l’artillerie du corps d’observation de l’Elbe soit organisée conformément aux états que vous m’avez remis, sauf les modifica­tions qui sont contenues dans la présente lettre. Tout ce qui est nécessaire au corps d’observation de l’Elbe et à la réserve de la cava­lerie doit être mis en marche dans le courant de novembre pour être rendu en décembre à sa destination.

Enfin, dans les nouveaux états que vous me ferez dresser de l’ar­tillerie de la Grande Armée, vous me ferez connaître quels sont les lieux où se trouve le matériel de la réserve de la Garde et du corps d’observation de l’Océan.

Dans votre prochain travail, le général Pernety gardera le com­mandement de l’artillerie du corps de l’Elbe. Cinq généraux de bri­gade, y compris le directeur général du parc et le commandant de l’artillerie de Danzig, seront employés à cette armée et y compteront au 1er janvier prochain.

Vous ne me dites pas de quel service sort le général Martuschewitz, que vous me proposez pour le corps d’observation de l’Elbe.

L’artillerie de la Grande Armée doit avoir un général en chef, trois généraux de division et dix généraux de brigade ; j’en mets deux ou trois de plus qu’il n’est rigoureusement nécessaire, pour pouvoir en charger de quelques sièges et remplacer les pertes.

II faut retirer d’Espagne tous ceux qui sont inutiles; retirez de Catalogne le général Taviel et un des deux généraux de brigade qui s’y trouvent.

Dans ce projet, le premier inspecteur d’artillerie resterait en France; ce qui peut être nécessaire pour qu’il puisse se porter au nord et partout où les circonstances vous feraient penser que sa pré­sence deviendrait utile.

 

Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le chef d’administration d’Anvers a donné sa fille unique en ma­riage au garde-magasin de la marine; de sorte que ce garde-magasin, dont la comptabilité est de plus de quatre millions, n’a pour contrôle que son beau-père. Ordonnez une enquête spéciale sur ce garde-ma­gasin et placez-le sur-le-champ ailleurs. Témoignez mon méconten­tement à celui des conseillers d’État et au chef de vos bureaux que cela regarde, de ne pas s’être aperçus d’une inconvenance de cette nature et n’avoir pas provoqué sur-le-champ des mesures pour que mon service n’en souffrit pas.

On me porte aussi des plaintes sur l’ingénieur : on attribue à son incapacité et à son extrême négligence tout ce qui arrive actuellement au bassin d’Anvers.

On croit que le commissaire chargé des approvisionnements est faible, dissipé, et laisse commettre beaucoup d’abus dans son arsenal ; il faut le déplacer et mettre dans un arsenal comme celui d’Anvers un homme plus important et plus sûr.

Le directeur des vivres de la marine a maison de ville et maison de campagne et fait grande figure; il est fort suspecté de dilapidation.

L’inspecteur ne fait pas son devoir avec assez de sévérité ; il aban­donne son travail à des jeunes gens qui sont fort dissipés.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, il faut préparer, pour le budget de 1812, un travail qui tende à nettoyer le trésor de tout ce qui est non-valeur, de tout ce qui a été prêté au roi d’Espagne et aux princes espagnols, qui n’est compris dans aucun budget, de ce qui est donné à la Russie, enfin de toutes les non-valeurs du trésor desquelles il n’y a rien à espérer. Je verrai à créer une ressource extraordinaire pour couvrir tout cela.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.

Monsieur le Duc de Gaète, je vous renvoie votre travail. Il faut relater dans le projet de décret ce que j’ai accordé pour la route de Wesel ; il me semble que 2 millions ont déjà été affectés aux travaux de cette route. Il faut que le rapport embrasse toute la question.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 18. L’état de situation que vous m’envoyez ne peut pas encore être ce que je désire, puisque tous les conscrits des dépôts de Wesel et Strasbourg n’étaient pas encore arrivés à la date de cet état. Envoyez-m’en un partant de la situation des corps au 15 novembre.

Je pense qu’il est avantageux que vous gardiez le général Compans pour commander une bonne réserve. Je vais n’occuper des généraux à envoyer aux 6e, 8e et 9e divisions de votre armée.

Quand je vous ai parlé d’opérer seul, ce n’est pas que je n’aie l’in­tention de me rendre à l’armée, si la guerre avait lieu; mais la guerre peut avoir plusieurs actes. Il est possible que je me résolve à envoyer votre armée sur la Vistule pour nous joindre aux Polonais et aux Saxons, en mettant votre quartier général à Danzig, et cela sans commencer les hostilités, dans le temps que le corps d’observation du Rhin, le corps d’observation d’Italie et ma Garde viendraient à marches forcées se réunir sur l’Elbe. Vous sentez qu’il faut que vous soyez organisé en artillerie et génie pour pouvoir faire front. Je suis parfaitement de votre avis que, pendant le temps que je vous laisserai les neuf divisions, vous ayez deux lieutenants généraux, qui peuvent être des généraux de division. Au reste, ces hypothèses sont encore éloignées, et je me déciderai au dernier moment. Vous auriez ainsi une avant-garde de 150,000 hommes d’infanterie, de plus de 30,000 hommes de cavalerie et de quatre à cinq cents pièces de canon; ce qui vous ferait une armée de près de 200,000 hommes. Je serais à portée de vous avec 200,000 autres.

Je vous ai mandé de mettre dans les places quelques compagnies d’artillerie et des officiers d’état-major. Envoyez à Glogau un bon régiment d’infanterie française ; ce qui vous permettra de pousser sur Magdeburg les bataillons du 46e, du 19e et autres qui vous sont envoyés. Il me semble que ces bataillons seraient bien dans la cita­delle de Magdeburg. Les cadres étant bons, ces bataillons se forme­raient promptement en faisant peu de service; vous les mettriez sous les ordres d’un général qui en prendrait un soin particulier.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que, sous aucun prétexte, on ne laisse imprimer aucune lettre de moi, vraie ou fausse. Il faut aussi qu’on porte un soin particulier à ce que, dans les outrages qui s’impriment, on ne mette rien qui puisse faire con­naître la force de nos troupes ou quelque chose de relatif à nos moyens militaires.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on assure qu’il y a beaucoup de nos prisonniers sur le rocher de Cabrera, et qu’une frégate qui irait sur ce rocher sauverait un grand nombre de ces malheureux prisonniers.

Faites-moi un rapport sur les différentes expéditions qui se prépa­rent dans nos ports pour Batavia et les Indes.

Je voudrais pouvoir envoyer deux frégates croiser aux États-Unis d’Amérique, et dont le but serait de se rendre dans le continent de l’Amérique insurgée pour lier correspondance et porter des fusils. On pourrait envoyer d’autres frégates croiser sur les côtes d’Amérique, où il me semble qu’il y a beaucoup de choses à faire.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

J’ai une très belle carte traduite de la Russie; il sera nécessaire que vous vous en procuriez une pareille.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois, par l’état de situation de l’armée polonaise au 1er novembre, que les 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie, qui devraient être à 3,500 hommes, ne sont qu’à 2,500 ou 2,600 hom­mes. Je suppose que cependant les 4e bataillons sont formés; je ne vois donc pas ce qui s’oppose à ce que ces régiments soient au com­plet. Je vois que le 9e régiment de cavalerie n’est qu’à 400 chevaux ; qu’est-ce qui empêche qu’il soit à 1,000 chevaux ? Veillez à ce que les corps soient promptement complétés. Les hommes ne doivent pas manquer, puisque le duché a quatre millions d’habitants, et que ce duché devrait pouvoir offrir 70,000 hommes. Je vois avec peine les plaintes des Polonais sur la misère de leur armée. Les Polonais ne payent pas 42,000 hommes : ce n’est pas 10,000 hommes par million d’habitants. Vous m’avouerez qu’il faut qu’il y ait bien du désordre pour qu’un pays aussi peuplé ne puisse pas payer si peu de troupes, puisque la division qui est en Espagne et celle qui est à Danzig ne comptent pas. Écrivez au prince Poniatowski pour lui faire sentir combien cela est ridicule.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

NOTES DICTÉES EN CONSEIL DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

Sa Majesté s’occupe de la proposition faite par les Anglais de recevoir du vin, en obtenant l’exportation du sucre dans la proportion d’un tonneau de vin pour douze quintaux de sucre.

Le ministre de l’intérieur remettra un rapport sur la proposition faite par les Anglais ; il examinera si on pourra tromper sur l’exportation du vin.

On donnerait des licences pour faire entrer à Bordeaux seulement 120,000 quintaux, poids de marc, de sucre brut, et non de sucre terré ou raffiné, contre 10,000 tonneaux de vin. Le bâtiment serait français, l’équipage aussi, le pavillon prussien ou autre.

Le bâtiment et le négociant seront nommés dans la licence. Il devra exporter telle quantité de vin (jusqu’à concurrence de 10,000 ton­neaux), et la quantité qu’il devra importer sera énoncée dans la licence. La maison de commerce sera soumise à être poursuivie devant les tribunaux des douanes si on jette le vin, si on trompe dans le chargement ou si on importe plus de sucre.

Une opération de 120,000 quintaux de sucre étant trop considé­rable, sera divisée par dixièmes; on donnera à la fois des licences pour importer 12,000 quintaux de sucre contre 1,000 tonneaux de vin ; ce sera l’objet de cinq ou six licences.

Les négociants pourront exporter tout ce qui est permis, comme des meules, graines de trèfle, etc. Alors ce serait une exportation de 1 million de francs, un mouvement de quatre ou cinq bâtiments, et une importation de sucre d’une valeur médiocre. On ferait entrer dans les chargements d’exportation un tiers de soieries.

On propose de faire entrer des laines, des cuirs, des potasses, des médicaments, du quinquina, du cuivre brut. Il faut déterminer les quantités qu’on en fera venir ; ensuite on diviserait ces quantités par licences et en dixièmes, pour pouvoir à chaque instant voir où l’on en serait.

Les objets d’exportation seraient le vin, l’eau-de-vie, tous les objets manufacturés, de manière que la moitié ou le tiers de l’expor­tation se composât d’objets que l’Angleterre ne se soucie pas de rece­voir, et le reste en objets dont elle a besoin, comme fromages, graines de trèfle, etc. Il faudrait répartir les licences entre Amsterdam, Rotterdam, Ostende et le Havre ; il faudrait donc faire cette réparti­tion, et fixer le rapport des divers objets qui devront composer les chargements.

Dans le rapport que le ministre fera sur cet objet, il indiquera les droits que ces opérations procureront aux douanes.

Le ministre présentera en même temps un projet de licence pour l’exportation des vins, et un pour l’introduction des cuirs, potasses, etc.

L’Empereur accordera l’entrée par mer des cotons-Motril venant de Malaga et de Valence, lorsqu’on sera maître de ces deux villes, avec des permissions des consuls et des commandants. Par terre ainsi que par mer, tout sera conduit à Bayonne et mis en entrepôt. Le total de l’opération sera inséré au procès-verbal du conseil de com­merce pour faire partie du budget des douanes de 1812, et des licences seront données par dixièmes. Il faudra exporter des soies manufacturées pour une égale quantité. On proposera la quotité des droits à exiger pour l’introduction de ces cotons, soit par terre, soit par mer.

Le règlement de Hollande parait contenir de fort bonnes choses ; il faudrait l’adopter pour toute la France.

Il faudrait proposer la suppression totale des surveillants ; per­mettre de pêcher deux, trois, quatre jours sans rentrer ; obliger de rentrer dans tel port, d’y mettre les bateaux à terre, et de n’arriver que là, à moins de nécessité ; organiser sur ces points une brigade de gendarmerie, un renfort des douanes et une surveillance de la police.

Ce système ne gênerait point la poche, et il est plus avantageux que le système actuel, puisqu’il ne sera pas loisible à un pécheur de Dieppe de tenir son bateau à terre à un quart de lieue du port.

On n’a rien à craindre de la part des pécheurs que la contrebande et le passage des espions et des malveillants; or, la plus grande sûreté est de veiller à leur arrivée, à leur départ, et de les tenir dans un même endroit. Les espions qui sortaient de Dieppe laissaient leur bateau dans une anse voisine, et le jetaient à la mer sans être aperçus.

Si on obtenait que tout pêcheur partit d’un point donné, on aurait éclairci la question; joignez à cela qu’il faut établir sur ces points des prud’hommes assermentés, obligés de déclarer tout ce qui vient à leur connaissance; ce seraient de véritables surveillants qui ne coû­teraient rien.

Il faut désigner, et c’est une chose importante, les points d’où partiraient les bateaux ; on les désignerait toujours loin des points où il y a des rades; jamais au Texel, à Flessingue, à Brest, etc. Et en effet, à moins que ce ne soient des pêcheurs pour la rade de Toulon, par exemple, que leur importe d’être à Saint-Nazaire ? Ils n’auront aucune connaissance de ce qui se fait dans le port. Ceux qui parti­raient de Toulon, au contraire, sauraient qu’on embarque des vivres, des hommes, etc.

Pour rendre ce système complet, il faut prévoir les cas extraor­dinaires et autoriser l’amiral, le capitaine commandant aux divisions, le général commandant un département, à empêcher le départ et à mettre l’embargo sur les pécheurs ; leur donner l’ordre d’en rendre compte sans délai, de manière que, dans huit jours, les ministres en soient instruits.

On peut limiter ce pouvoir aux officiers de tel grade dans la marine et aux commandants de terre, et alors les pécheurs se trouveraient affranchis des vexations des commandants subalternes.

 

Saint-Cloud, 27 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites faire un manuel d’artillerie qui contienne des tables de tir indiquant la portée des bouches à feu et celle du canon sous tous les angles. On fera des tables particulières pour le tir à ricochet; on y joindra des tables pour le tir du fusil. La seconde partie contiendra des détails sur la construction des batteries, sur l’emplacement que doit avoir chaque chose, sur les soins à prendre pour qu’on tire tout le parti possible des batteries, enfin une réunion de maximes anciennes et modernes sur le tir, qui puisse servir d’instruction aux officiers. Ce manuel ne doit pas être, comme vous voyez, le manuel du fon­deur, du forgeur, du chimiste, ni du manufacturier ; il doit contenir ce qu’il est nécessaire de savoir, non pour faire les armes, mais pour s’en servir. J’excepte cependant les cartouches à balles et à boulet, les cartouches d’infanterie, les étoupilles, les fusées pour toute espèce de bombes, sur la confection desquelles le manuel doit donner une instruction. Ce manuel ne doit pas être de plus d’un volume. Il doit être fait avec soin et avec clarté. C’est un ouvrage que chaque offi­cier et sergent d’artillerie doit pouvoir porter dans sa poche. L’exer­cice des manoeuvres des pièces, qu’on trouve partout, complétera tout ce dont la connaissance est indispensable an véritable et prin­cipal officier d’artillerie. Il est nécessaire de faire connaître, dans les tables de tir, le rapport des lignes, pouces et pieds de hausse, avec les angles sous lesquels on tire.

Je vois avec peine qu’on appelle obusier à la Villantroys ce qui doit être appelé mortier. L’idée d’obus est attachée au ricochet, mais on ne peut pas ricocher avec cette énorme machine ; on doit donc nommer cette pièce mortier à la Villantroys.

 

Saint-Cloud, 29 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On se plaint à Brest que la nourriture des matelots est mauvaise.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Quand commencera-t-on à Marseille le chantier de carénage sous le fort Saint-Nicolas ?

Le lycée de Marseille a une mauvaise organisation ; il n’inspire pas de confiance aux habitants. En général, les lycées ne marchent pas aussi bien qu’ils devraient le faire.

L’octroi de Marseille charge trop le poisson commun destiné pour le peuple ; il faudrait diminuer cela.

L’ingénieur du département des Bouches-du-Rhône est négligent ; il faudrait le changer; aussi les routes y sont fort mauvaises.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le sieur Terra-Labour, septuagénaire, ancien lieutenant-colonel d’artillerie au service de Naples, s’est distingué à Porto-Ercole dans l’affaire contre les frégates anglaises. Témoignez ma satisfaction à cet officier et faites-lui connaître que je lui donne la Légion d’honneur. Faites de tout cela un bon article dans le Moniteur. Proposez-moi des récompenses pour le commandant d’armes, les officiers et bourgeois qui se sont bien comportés.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le général de brigade Bessières, que j’ai nommé général de divi­sion, ne croit pas avoir l’expérience nécessaire pour ce grade et désire faire quelques campagnes dans le grade de général de brigade. Cela étant, je vous prie de me renvoyer mon décret et de le regarder comme non avenu. Donnez ordre à ce général, en qualité de général de brigade, de se rendre à la division Saint-Germain, à Hanovre, où il commandera une brigade de cuirassiers.

Vous pouvez mander au général Nansouty qu’il est maître de revenir, en laissant le commandement de chacune des divisions de cuirassiers au plus ancien général de brigade.

J’ai nommé le général de brigade Doumerc général de division ; donnez-lui l’ordre de se rendre à Erfurt pour prendre le commande­ment de la 3e division de cuirassiers.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Je vous ai envoyé plusieurs modèles pour les drapeaux ; vous ne m’avez pas fait de rapport là-dessus; venez m’en parler demain. Portez-moi l’état de tous les régiments de l’armée, avec le nom des batailles où chacun s’est trouvé. Le ministre de la guerre n’a pas compris mon idée, et d’ailleurs il est hors d’état de faire ce travail ; il a mis au 26e toutes les batailles, quoique ce régiment ne s’y soit pas trouvé. Chaque régiment ne doit porter sur son drapeau que les noms de batailles où il s’est trouvé; les régiments qui ne se sont trouvés à aucune bataille ne doivent porter le nom d’aucune sur leur drapeau. Vous seul pouvez faire ce travail, et le faire avec soin; présentez-le-moi sans délai.

Je vous ai chargé du détail des drapeaux. Je n’en donne qu’un par régiment d’infanterie; un par régiment de cavalerie; un par régiment d’artillerie, et un par régiment de gendarmerie; point aux compa­gnies départementales ou gardes d’honneur ou autres. Personne ne doit avoir d’aigle qu’il ne l’ait reçue des mains de l’Empereur. Tout votre corps doit porter des fanions. Tout corps d’infanterie de moins de 1,000 hommes et tout corps de cavalerie qui n’a pas 500 hommes ne pourra pas avoir d’aigle.

Tous les régiments d’infanterie ayant eu une aigle par bataillon, et les régiments de cavalerie une par escadron, ces aigles seront en­voyées, hormis une, à Paris, et déposées aux Invalides, jusqu’à ce qu’elles puissent être mises dans le Temple de la Gloire. Chaque bataillon d’infanterie aura un fanion où il n’y aura rien d’écrit. Les quatre bataillons du régiment auront le fanion de couleur différente.

L’aigle de chaque régiment aura ses deux porte-aigles armés, indépendamment d’une paire de pistolets sur la poitrine, d’un esponton, dont il faut déterminer les dimensions, afin que ce soit une bonne arme. Cet esponton aura une banderole propre à effrayer les chevaux et qui puisse se voir de loin.

L’aigle aura une espèce de fanion comme celui qu’elles ont aujour­d’hui, mais d’une double soie très solide, et où seront brodés, d’un coté, les noms des batailles où se sera trouvé le régiment, et, de l’autre, ces mots : l’Empereur Napoléon à tel régiment. Ces fanions seront faits sans délai et envoyés à tous les corps de l’armée qui doi­vent en recevoir. Cela pourra être renouvelé tous les deux ou trois ans, sans pour cela renouveler l’aigle. Un régiment sera autorisé à en demander un autre lorsque le sien sera détruit, lequel lui sera envoyé sur mon approbation.

J’avais ordonné que la ville de Paris fit des couronnes de laurier en or pour les régiments qui étaient à la bataille d’Austerlitz ; infor­mez-vous du préfet où elles sont, afin de s’en servir. Ayez soin de vous occuper de tout cela et que cela soit terminé avant jeudi pro­chain. Vous m’apporterez le décret avec l’état des régiments ? car la partie des drapeaux des régiments est aujourd’hui dans un grand chaos.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Comme major général de la Grande Armée, vous devez une rela­tion de tous les événements des campagnes d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland et de celles d’Eckmühl et de Wagram; vous n’avez cependant fait aucune relation. Il est nécessaire que vous vous occu­piez sans relâche de ce devoir, et que vous y employiez quatre ou cinq heures par jour ; sans quoi, il ne restera rien de ces campagnes. Les bulletins faits à la hâte sont insignifiants, et aucune pièce ne s’y trouve. Il faudrait d’abord faire imprimer une collection de ces bul­letins, en les retouchant, en faisant disparaître les choses qui ont été reconnues fausses, en corrigeant quelques fautes de style, et en mettant à la suite les pièces d’état-major, telles qu’états des prison­niers, des drapeaux, des canons, des officiers généraux, colonels, lieutenants-colonels qui ont été pris, les journaux de siège et les capitulations en règle, les noms des régiments qui se trouvaient à chaque affaire. Cela serait promptement fait, et ce serait déjà une première chose; ce qui ne vous dispenserait pas d’un ouvrage plus sérieux, qu’il est de votre devoir de faire sans délai, et qui serait indépendant des relations particulières dont vous vous occupez à présent. Cette relation serait faite sans cartes ni plans ; ce serait un journal d’état-major où l’on pourrait puiser. Au moins, avec ces deux recueils, il restera quelque chose. On mettra, jour par jour, le lieu où se trou­vait chaque corps et ce qu’il a fait. Vous avez les rapports de chaque maréchal ; il y a beaucoup d’affaires particulières où je ne me trouvais pas. Vous mettrez en ordre ces relations, en faisant demander celles qui pourraient être restées dans mes bureaux, et l’on verra si l’on peut imprimer cela.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 novembre. Je suis entiè­rement opposé à l’idée que vous manifestez de prendre dans les états-majors cinq officiers qui auraient servi en Autriche. Je n’entends pas cela : laissez-les dans les régiments où je les ai placés. Je ne veux dans les états-majors que des hommes qui, depuis 1789, n’aient pas quitté les drapeaux français. Si vous les aviez pris, renvoyez-les sur-le-champ. Bien loin de là, je fais faire une revue pour m’assurer du nombre de ces hommes qui sont dans nos rangs, mon intention étant de les tenir dans des régiments spéciaux. Je ne veux avoir aucune inquiétude sur la fidélité de mon armée. Je n’approuve pas davantage de mettre des officiers sortant du service d’Autriche dans des régi­ments français.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 23 novembre. Vous commandez mon armée d’Italie ; en conséquence, l’inspecteur aux revues doit obéir aux ordres que vous lui donnez, en tant qu’ils ne sont pas con­traires aux règles de la comptabilité. Il est absurde qu’on veuille ôter les épaulettes aux voltigeurs ; maintenez-les puisqu’elles sont utiles. Comme vous le dites fort bien, l’inspecteur peut faire des réclamations, lorsqu’il est question de ces épaulettes dans la compta­bilité. Je n’ai point le temps de lire toutes les circulaires, et je me garderai bien de me les faire envoyer, parce que le ministre se croi­rait alors en règle. Puisque vous les avez, faites-en faire un extrait, et envoyez-le-moi avec vos notes. Sur les observations que vous m’avez faites à l’égard des bonnets de grenadiers, je n’ai point con­servé les bonnets d’oursin, parce que ces fourrures viennent du Canada, et parce que cela gène beaucoup à la guerre ; mais j’ai or­donné qu’on confectionnât un modèle de shako plus élevé et plus orné, qui distingue les grenadiers des voltigeurs. Comme vous, j’at­tache une grande importance à maintenir cette distinction.


 

References

References
1 Le texte primitif portait : l’Aigle de la Légion d’honneur. L’Empereur a, de sa main, effacé les derniers mots, et les a remplacés par le mot d’or