Correspondance de Napoléon – Février 1813

FORMATION DU 2e CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

1e division. — Général Compans : 2 bataillons du 20e provisoire, 2 du 25e, 2 du 32e léger, 10 bataillons de la marine; total, 16 ba­taillons.

2e division. — Général Bonet : 4 bataillons du 37e léger, 10 ba­taillons de la marine; total, 14 bataillons.

3e division. — Général Girard, général Dubreton, Ricard ou Friederichs : 2 bataillons du 11e provisoire, 2 du 13e, 2 du 16e, 2 du 23e léger, 2 du 44e de ligne, 2 du 121e; total, 12 bataillons.

4e division. — Général Dubreton, Ricard ou Friederichs : 2 ba­taillons du 15e de ligne, 2 du 36e 2 du 51e, 2 du 55e, 2 du 70e, 2 du 113e, 2 du 27e provisoire, 2 du 28e; total, 16 bataillons.

Récapitulation : 1e division, 16 bataillons; 2e division, 14; 3e di­vision, 12; 4e division, 16; total, 58 bataillons.

 

Paris, 13 février 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant en chef la Grande Armée, à Posen.

Mon Fils, je vous ai déjà fait connaître la nécessité de réunir dans votre main, indépendamment de la 35e division, dont vous ferez deux divisions, la 31e division; ce qui, avec la réserve que vous avez for­mée à Posen, vous portera à 40,000 hommes de troupes fraîches et disponibles et à une soixantaine de pièces de canon. Je fais réitérer les ordres au duc de Castiglione pour qu’il ne retienne pas, sous divers prétextes, ce qui appartient à la 31e division, et que tout vous soit envoyé.

Vous pouvez diriger les deux régiments westphaliens sur Stettin, en en donnant avis au Roi pour qu’il les fasse compléter sur ce point à 3,000 hommes ; ce qui, joint aux 1,600 hommes du régiment saxon Maximilien et aux 15 à 16,000 hommes auxquels va être porté le 1er corps, mettrait entre les mains du prince d’Eckmühl, à Stettin, 20,000 hommes, avec lesquels il garderait la Poméranie suédoise, les bouches de l’Oder, Stettin et la ligne de l’Oder jusqu’à Küstrin. En cas d’événement, je pense que la garnison de Stettin pourrait être portée à 6,000 hommes d’infanterie, à 500 hommes de cavalerie et à 5 ou 600 hommes d’artillerie, sans comprendre les hôpitaux. Réitérez les ordres pour que cette place soit parfaitement approvi­sionnée.

Le 2e corps, qui va recevoir 14 à 15,000 hommes, pourra très-bien tenir garnison à Küstrin, Spandau et Berlin, et avoir encore une division d’observation pour défendre l’Oder et vous appuyer.

Enfin le 4e corps, les Bavarois et quelques Saxons, s’il était né­cessaire, seront suffisants pour Glogau.

Je suppose donc qu’au 1er mars l’état des choses sera le suivant : votre corps d’observation à Posen ou sur l’Oder, fort des 31e, 35e et 36e divisions, plus de la réserve des 10,000 hommes de la Garde, des Bavarois, etc., que vous avez réunis. Je suppose que vous aurez aussi reçu, indépendamment du régiment italien, 1,000 hommes de la Garde et 3,000 du corps que doit commander le général Latour-Maubourg; ce qui vous fera 5 à 6,000 hommes de cavalerie.

Le prince d’Eckmühl sera à Stettin et commandera la Poméranie et la ligne de l’Oder jusqu’à Küstrin. Le 2e corps sera à Küstrin, Spandau et Berlin. L’un et l’antre pourraient avoir une division pour vous soutenir; ce qui, joint au corps du général Reynier, à celui du prince Poniatowski et à celui du prince Schwarzenberg, si celui-ci conserve ses communications avec vous, vous maintiendra dans une position raisonnable; d’autant plus qu’à cette époque le général Lauriston doit avoir sa 1e division à Brandenburg, sa 2e à Magdeburg, sa 3e à Brunswick et sa 4e à Halberstadt. Il faudra qu’il passe quelque temps dans cette position pour recevoir ses 100 pièces de canon, ses équipages et compléter son organisation. Je suppose que vous n’avez pas manqué d’envoyer bon nombre d’officiers à Magdeburg, comme je vous l’ai mandé, afin que le général Lauriston puisse les placer dans ses différents corps.

Enfin, à la même époque, le 1er corps d’observation du Rhin, fort de 60 bataillons, aura passé le Rhin et gagnera l’Elbe.

Je pense qu’indépendamment des magasins que j’ai ordonnés à Spandau et Küstrin il faut en ordonner un pareil à Stettin.

Il me semble que quant aux quatre divisions de Latour-Maubourg, il est bien entendu que leurs dépôts pourront se remonter sur l’Elbe ou ils sont, mais que tout ce qu’ils auront de disponible doit se rendre sur l’Oder, et que le général Latour y formera ses quatre di­visions. Cela ne devrait pas tarder à vous produire 3,000 chevaux : l’Oder et la Wartha allant dégeler, cela vous mettra en mesure de bien vous couvrir.

Il parait que les projets des coalisés seraient d’attaquer l’île de Rügen par une expédition de 6,000 Suédois, qui espéreraient s’y loger, tandis que les Suédois attaqueraient la Norvège. Donnez avis de cela au général Morand et au prince d’Eckmühl.

 

Paris, 13 février 1813.

 

Au général comte de Lauriston, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg.

Monsieur le Comte Lauriston, je reçois votre lettre du 7 février. Je suis extrêmement mécontent de ce que les régiments de Hambourg ne sont pas encore organisés. Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà ordonné plusieurs fois : c’est de mettre en marche vos quatre divisions sur Magdeburg. Si, par le fait des bureaux de la guerre, les trois régiments composés des cohortes de Hambourg ne sont pas formés, dirigez les cohortes sur Magdeburg et vous les y formerez vous-même. Si on voulait garder toutes les côtes, pas une cohorte ne serait mise en marche. Je ne puis que vous réitérer l’ordre d’attirer toutes vos troupes sur Magdeburg, sans avoir aucun égard pour toutes les considérations secondaires. Avant que la saison per­mette à l’ennemi de faire quelques tentatives sur ces cotes, il y sera arrivé d’autres troupes.

J’ai donné ordre au duc de Valmy de faire filer votre 4e division.

Votre artillerie se met en mouvement de Metz et de Mayence dans ce mois-ci. Ainsi il est nécessaire que, dans le courant de mars, vous vous mettiez en mesure de marcher sur Berlin et d’aider au vice-roi.

Donnez des ordres partout; activez vos mouvements et concentrez toutes vos  troupes entre Brunswick, Magdeburg, Halberstadt  et Brandenburg.

 

Paris, 13 février 1813.

 

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant supérieur des 5e, 25e et 26e divisions militaires, à Mayence.

Mon Cousin, je vous ai fait connaître mes intentions pour le corps d’observation de l’Elbe.

Le 1er corps d’observation du Rhin a déjà à Francfort sa 1e divi­sion, forte de 16 bataillons. Il faut réunir toute cette première divi­sion à Hanau ; la 2e et la 3e doivent se réunir à Francfort dans les premiers jours de mars.

 

Paris, 13 février 1813.

 

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant supérieur des 5e, 25e et 26e divisions militaires, à Mayence.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9 février. Je vous ai mandé qu’il fallait faire partir du grand-duché de Berg tout ce qui apparte­nait au corps d’observation de l’Elbe; ce corps d’observation se compose conformément à l’état ci-joint.

La 4e division, que commande le général Rochambeau, est com­posée, comme vous le verrez par cet état, du 135e qui arrive à Mayence le 18 février; du 149e, qui arrive le 14, et du 150e, qui arrive le 12. Il est convenable que, aussitôt que le 135e sera arrivé et formé, vous le fassiez partir pour Francfort, où vous réunirez également le 149e et le 150e. Je suppose que le général Rochambeau, l’adjudant commandant et les deux généraux de brigade s’y trouveront ; de sorte que, vers le 20 février, cette division puisse se mettre en mouvement de Francfort et se diriger sur Magdeburg. Faites-moi connaître quelle est la situation de cette division.

 

État du corps d’observation de l’Elbe.

1e division, général Maison : 151e, 152e et 153e de ligne. Cette division se réunira à Magdeburg.

2e division, général Puthod : 146e, 147e et 148e de ligne. Cette division doit se rendre à Magdeburg.

3e division, général Lagrange : 134e de ligne, 3e étranger, 154e et 155e de ligne. Cette division doit se réunir à Magdeburg.

4e division, général Rochambeau : 135e, 149e et 150e de ligne. Cette division doit se réunir à Francfort.

 

Palais des Tuileries, 14 février 1813.

 

DISCOURS DE L’EMPEREUR, A L’OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, la guerre rallumée dans le nord de l’Europe offrait une occasion favorable aux projets des Anglais sur la péninsule. Ils ont fait de grands efforts : toutes leurs espérances ont été déçues. Leur armée a échoué devant la citadelle de Burgos, et a dû, après avoir essuyé de grandes pertes, évacuer le territoire de toutes les Espagnes.

Je suis moi-même entré en Russie. Les armes françaises ont été constamment victorieuses aux champs d’Ostrovno, de Polotsk, de Mohilef, de Smolensk, de la Moskova, de Malo-Yaroslavetz. Nulle part les armées russes n’ont pu tenir devant nos aigles : Moscou est tombé en notre pouvoir.

Lorsque les barrières de la Russie ont été forcées et que l’impuis­sance de ses armes a été reconnue, un essaim de Tartares ont tourné leurs mains parricides contre les plus belles provinces de ce vaste empire, qu’ils avaient été appelés à défendre. Ils ont en peu de se­maines, malgré les larmes et le désespoir des infortunés Moscovites, incendié plus de quatre mille de leurs plus beaux villages, plus de cinquante de leurs plus belles villes, assouvissant ainsi leur ancienne haine, et sous le prétexte de retarder notre marche en nous environ­nant d’un désert. Nous avons triomphé de tous ces obstacles ; l’incen­die même de Moscou, où, en quatre jours, ils ont anéanti le fruit des travaux et des épargnes de quarante générations, n’avait rien changé à l’état prospère de mes affaires. Mais la rigueur excessive et préma­turée de l’hiver a fait peser sur mon armée une affreuse calamité. En peu de nuits, j’ai vu tout changer. J’ai fait de grandes pertes; elles auraient brisé mon âme si, dans ces grandes circonstances, j’avais dû être accessible à d’autres sentiments qu’à l’intérêt, à la gloire et à l’avenir de mes peuples.

A la vue des maux qui ont pesé sur nous, la joie de l’Angleterre a été grande, ses espérances n’ont pas eu de bornes. Elle offrait nos plus belles provinces pour récompense à la trahison ; elle mettait pour condition à la paix le déchirement de ce bel empire : c’était sous d’autres termes proclamer la guerre perpétuelle.

L’énergie de mes peuples, dans ces grandes circonstances, leur attachement à l’intégrité de l’Empire, l’amour qu’ils m’ont montré, ont dissipé toutes ces chimères et ramené nos ennemis à un sentiment plus juste des choses.

Les malheurs qu’a produits la rigueur des frimas ont fait ressortir, dans toute leur étendue la grandeur et la solidité de cet Empire, fondé sur les efforts et l’amour de 50 millions de citoyens, et sur les ressources territoriales des plus belles contrées du monde.

C’est avec une vive satisfaction que nous avons vu nos peuples du royaume d’Italie, ceux de l’ancienne Hollande et des départements réunis, rivaliser avec les anciens Français, et sentir qu’il n’y a pour eux d’espérance, d’avenir et de bien que dans la consolidation et le triomphe du grand Empire.

Les agents de l’Angleterre propagent chez tous nos voisins l’esprit de révolte contre les souverains. L’Angleterre voudrait voir le continent entier en proie à la guerre civile et à toutes les fureurs de l’anar­chie; mais la Providence l’a elle-même désignée pour être la première victime de l’anarchie et de la guerre civile.

J’ai signé directement avec le Pape un concordat qui termine tous les différends qui s’étaient malheureusement élevés dans l’Église. La dynastie française règne et régnera en Espagne. Je suis satisfait de la conduite de mes alliés ; je n’en abandonnerai aucun ; je maintiendrai l’intégrité de leurs États. Les Russes rentreront dans leur affreux climat.

Je désire la paix ; elle est nécessaire au monde. Quatre fois depuis la rupture qui a suivi le traité d’Amiens, je l’ai proposée dans des démarches solennelles. Je ne ferai jamais qu’une paix honorable et conforme aux intérêts et à la grandeur de mon Empire. Ma politique n’est point mystérieuse; j’ai fait connaître les sacrifices que je pou­vais faire.

Tant que cette guerre maritime durera, mes peuples doivent se tenir prêts ù toute espèce de sacrifices; car une mauvaise paix nous ferait tout perdre, jusqu’à l’espérance, et tout serait compromis, même la prospérité de nos neveux.

L’Amérique a recouru aux armes pour faire respecter, la souve­raineté de son pavillon. Les vœux du monde l’accompagnent dans cette glorieuse lutte. Si elle la termine en obligeant les ennemis du continent à reconnaître le principe que le pavillon couvre la marchan­dise et l’équipage, et que les neutres ne doivent pas être soumis à des blocus sur le papier, le tout conformément aux stipulations du traité d’Utrecht, l’Amérique aura mérité de tous les peuples. La postérité dira que l’ancien monde avait perdu ses droits et que le nouveau les a reconquis.

Mon ministre de l’intérieur vous fera connaître, dans l’exposé de la situation de l’Empire, l’état prospère de l’agriculture, des manu­factures et de notre commerce intérieur, ainsi que l’accroissement toujours constant de notre population. Dans aucun siècle, l’agricul­ture et les manufactures n’ont été en France à un plus haut degré de prospérité.

J’ai besoin de grandes ressources pour faire face à toutes les dépenses qu’exigent les circonstances; mais, moyennant différentes mesures que vous proposera mon ministre des finances e je ne devrai imposer aucune nouvelle charge à mes peuples.

Extrait du Moniteur du 15 février 1813.

 

Paris, 14  février 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois avec peine qu’on ne cherche pas au ministère à se conformer à mes intentions. Je ne suis pas content du rapport du bureau de l’artillerie.

Je veux, parce que c’est conforme aux principes de l’artillerie, que toutes les batteries sortent de France organisées, c’est-à-dire qu’une batterie de huit pièces de canon parte avec ses affûts, sa forge et au moins un approvisionnement complet. Les convois devant être de soixante voitures, vous pouvez réunir ainsi une ou deux batteries. Je désire également qu’il y ait dans chaque convoi six caissons d’infan­terie. En jetant un coup d’œil sur l’état, je ne vois pas l’exécution de mes ordres.

Peu m’importe de quelle manière ils partiront de Metz et de Stras­bourg, qui sont en France ; mais ce qui m’importe, c’est comment ils partiront de Mayence et de Wesel : le moindre mouvement que fasse la portion qui est partie, on ne se rejoint plus. C’est une faute que commet votre bureau que de ne pas faire sortir les batteries tout organisées.

Je ne vois pas pourquoi vous ne portez que soixante pièces au corps de l’Elbe; il me semble que c’est quatre-vingt-douze qu’il doit y avoir. Je vois par l’état que quarante-quatre pièces partent de Mayence et seize pièces ou deux batteries de Wesel. Les batteries de Wesel partent en règle, puisqu’il y a six pièces, deux obusiers, neuf caissons de 6 et quatre obusiers ; je n’ai donc rien à dire à ces deux convois ; faites-les partir le 25 ou le 26 février, plus tôt s’il est pos­sible, et dirigez-les sur Magdeburg. Mais les 1e, 2e et 4e convois qui partent de Metz sont inutiles, ainsi que celui de Strasbourg : que tout cela se rende à Mayence, et faites-les partir de Mayence : 1e convoi, une ou deux batteries de 6 ; après cela les batteries de réserve. Cela une fois parti en règle avec un simple approvisionnement, je ne vois pas d’inconvénient à ce que le doublé approvisionnement parte comme vous l’entendrez. Mais, par exemple, au convoi qui partirait de Mayence, je ne vois que douze caissons de 12; il a douze pièces, il faudrait trente-six caissons; je ne vois que quatre caissons pour quatre obusiers, il en faudrait douze.

Je ne vois pas non plus avec plaisir que vous commenciez à faire partir de Mayence les batteries de réserve ; j’aimerais mieux que vous fissiez partir celles de 6. Arrangez-moi donc cela en conséquence.

Ainsi, du 5 au 15 du mois de mars, les soixante bouches à feu seront arrivées à Magdeburg, ce qui est un véritable résultat; tout comme au 3 mars, quatre batteries à pied seront arrivées au 1er corps d’observation du Rhin.

Il faut actuellement organiser les 2e et 3e divisions du 1er corps d’observation du Rhin ; l’une et l’autre seront à Francfort vers le 15 mars. Si cela était possible, j’aimerais avoir pour le 15 mars tout le reste des batteries, avec un approvisionnement simple, s’il le fallait; le double approvisionnement suivrait.

Il me reste actuellement à connaître les moyens d’organiser quel­ques batteries à cheval pour ces corps et pour la cavalerie.

Faites-moi aussi connaître ce qui est relatif au corps d’observation d’Italie, et quand je pourrai compter que l’équipage pourra partir de Vérone.

 

Paris, 14 février 1813.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je ne doute pas que votre budget de 171 millions ne soit exact. J’en retranche les 2 millions 146,000 francs pour l’armement des vaisseaux d’Anvers et le million 194,000 francs pour l’artillerie du même chapitre; ce qui fera une réduction de plus de 3 millions. Votre budget sera donc de 167 millions. Je préfère de beaucoup faire cette dépense et ne pas faire faire de pas rétrograde à la marine, soit en hommes, soit en matériel, soit en armement.

Je viens d’ôter à la marine 12,000 hommes; mais il me parait convenable de les remplacer sur la conscription de 1814; sans quoi ce serait une perte irréparable pour la marine.

Remettez donc au ministre des finances votre budget arrêté à 167 millions.

Diminuez sur tous les chapitres, de manière à ne faire qu’un pre­mier total de 160 millions, et à former des 7 autres millions un fonds de réserve, dont vous disposerez selon les circonstances, comme vous l’entendrez, et qui sera placé à votre budget. Donnez, moyennant ce, une grande activité aux travaux en Hollande; continuez la même activité à ceux de Venise, hormis qu’on ne mettra aucun vaisseau à l’eau, et augmentez mes escadres de l’Océan autant que possible.

J’aurai cette année des victoires et la paix, et, dès lors, je n’aurai rien à réformer sur la marine. Mais, si mes plans étaient déçus et que j’éprouvasse des revers, alors ce ne sont pas 10 millions, mais ce sont les 80,000 hommes qui se trouvent à bord des escadres qu’il faudrait utiliser pour la défense de l’État. Nous sommes encore fort loin d’en être là.

Je ne puis que vous recommander de nouveau de tenir tous mes vaisseaux en partance. Je désire même qu’il soit effectivement pris des dispositions pour faire croire à la partance d’une expédition de Toulon, pour que l’escadre de Brest se prépare à aller en croisière, et celle de l’Escaut à aller en Amérique, avec des armes et quelques troupes de passage. Je vous laisse le soin de choisir les moyens qui peuvent le mieux accréditer ces projets, d’y faire croire d’abord les commandants des escadres et ensuite chez l’ennemi : tout cela sera de véritables diversions.

 

Paris, 15 février 1813.

 

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris.

Je vois avec peine un rapport du conseiller d’État Dubois, que vous m’envoyez. Moins la police parlera de l’affaire du 23 octobre (Affaire Malet.), mieux cela vaudra. Personne ne dessert le conseiller d’État Pasquier près de moi : en accusant les gens de faire des menées, on leur donne trop d’importance. Je désire que la police ne prenne plus cette marche avec moi, et surtout ne parle plus du 23, puisque j’ai bien voulu l’oublier.

 

Paris. 15 février 1813.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant en chef la Grande Armée, à Meseritz.

Mon Fils, je demandais depuis longtemps où était un escadron du grand-duché de Berg, fort de 221 hommes; j’apprends qu’il est à Brunswick. Cet escadron, qui est en bon état, vous serait plus utile à l’armée; faites-le venir sur l’Oder et joignez-le à la brigade de lanciers du 1e et du 3e de la Garde.

Je pense aussi que vous devez utiliser tout le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg; en réunissant une compagnie par régiment, cela doit vous offrir au moins 3,000 hommes.

Le roi de Saxe me promet 7,000 hommes et 2,000 chevaux au 1e mars. Il serait bien important que cela joignît le contingent saxon; vous pourriez alors en ôter la division Durutte, que vous attacheriez à l’avant-garde. Si vous aviez ainsi la division Durutte, la 35e, la 36e et la 31e division, avec ce que vous avez réuni, cela serait un commencement d’armée. Les 8,000 Saxons maintien­draient le corps du général Reynier à 15,000 hommes.

Faites-moi connaître ce qu’a le général Poniatowski en cavalerie, infanterie, artillerie.

Réitérez l’ordre au général Schwarzenberg d’appuyer sur vous et de ne pas laisser couper ses communications avec vous.

 

Paris, 15 février 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant en chef la Grande Armée, à Meseritz.

Mon Fils, je viens de voir avec la plus grande surprise les mar­chés qu’a passés l’intendant général Dumas. Aurait-il perdu la tête ? D’abord, il me fait payer 2 millions pour approvisionner les trois places de l’Oder. Indépendamment des prix excessifs qu’il accorde, il augmente les quantités nécessaires. Il paye l’avoine 30 sons le boisseau : c’est le double de ce que cela vaut; le blé, 16 francs, etc. Je ne peux pas et je n’entends pas jeter l’argent de cette manière ; il y a de la folie dans ces prix.

Les Prussiens doivent continuer à fournir pour le journalier; s’ils cessaient, il faudrait faire des réquisitions, et alors la Prusse nous mettrait dans le cas de prendre possession du pays.

Le général Dumas a passé aussi des marchés par lesquels il passe 3 francs par soldat aux hôpitaux. Vous sentez qu’il est impossible d’accoutumer les peuples de la Prusse à de pareilles aubaines; les finances d’aucun pays n’y pourraient suffire.

 

Paris, 16 février 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 16 février (bureau de l’artillerie). J’y vois que l’artillerie du corps de l’Elbe et celle du 1er corps d’observa­tion du Rhin seront organisées et attelées. J’ai donné l’ordre que la Garde ait 300 chevaux et organise ses cent vingt pièces. Tout ce qui est relatif au corps d’observation d’Italie est en règle; il reste donc à pourvoir au 2e corps du Rhin.

Vous n’avez plus que 1,500 chevaux disponibles, et ils ne pour­ront emmener que 300 voitures; il faudrait donc encore 1,600 che­vaux pour compléter l’artillerie du 2e corps du Rhin. Je pense qu’il les faut acheter et que vous aurez suffisamment d’hommes du train pour les atteler, et dès lors les équipages du corps de l’Elbe, des deux corps d’observation du Rhin, du corps d’observation d’Italie et de la Garde impériale, ce qui fait cinq à six cents pièces de canon, sont assurés.

Reste actuellement à pourvoir à l’artillerie qui s’organise en Alle­magne. Vous avez en Allemagne, 1° 120 voitures que le corps de l’Elbe cédera et qui sont à Magdeburg; 2° le matériel qui existe au 11e corps ou corps d’avant-garde; 3° le matériel qui existe pour la Garde et pour les 1er, 2e et 4e corps; 4° enfin le matériel qu’on a déjà tiré des places de l’Oder et de Magdeburg, ce qu’on fait à Küstrin, et enfin ce qui reste à envoyer de France.

Il faut absolument renoncer à l’idée de mettre 1,200 chevaux de l’Elbe au Rhin ; cela nous a fort mal réussi l’année passée, et toutes ces vues d’économie ruinent le train. Il faut donc envoyer, par les transports militaires, sur Magdeburg. Mais la formation des convois, le jour où ils doivent partir et leur destination sont des objets de la plus haute importance, et dans les circonstances actuelles je ne puis pas laisser les routes d’Allemagne s’encombrer d’un matériel d’artil­lerie qui commence à me devenir fort précieux. Il faut donc faire préparer ces convois à Metz, Mayence, Strasbourg et Wesel; que vous me fassiez connaître à quelle époque tout cela sera prêt, et, enfin, que vous me remettiez sous les yeux les besoins réels.

L’artillerie du 11e corps ou avant-garde est de première nécessité. Le général Sorbier a raison d’organiser quelques batteries de la Garde à Berlin; mais, comme toute l’artillerie de la Garde doit partir de la Fère, organisée à cent vingt pièces, le général Sorbier pourra donner à l’armée ce matériel de Berlin. Mettez-moi sur une colonne les besoins de l’avant-garde, les besoins de l’artillerie légère de la cavalerie d’avant-garde. Faites-moi connaître ce qui existe en matériel au 11e corps à Berlin, et ce que vous avez déjà envoyé à Magde­burg. Je pense que cela doit être plus que suffisant pour le 11e corps et pour les quatre batteries à cheval des deux corps de cavalerie. Il reste donc à s’occuper des besoins des 1er, 2e et 4e corps. Faites-moi connaître le nécessaire pour ces trois corps, en le divisant par première moitié, seconde moitié. Alors seulement je pourrai déter­miner le jour où les transports militaires devront prendre les convois à Strasbourg et à Mayence, en spécifiant la route qu’ils doivent tenir et le jour où ils doivent arriver à Magdeburg. Quant au manque de fonds do général Sorbier, envoyez-lui-en.

Indépendamment de tous ces équipages d’artillerie, ne perdez pas de vue que j’ai besoin de réorganiser l’artillerie à cheval. Ainsi il me faut d’abord quatre batteries d’artillerie à cheval pour les corps com­posés des escadrons de l’armée d’Espagne; cela ne me fait encore, ce me semble, que douze batteries d’artillerie à cheval, et, comme je désire avoir, pour la prochaine campagne, un même nombre d’ar­tillerie à cheval que celui qui existait à l’ancienne armée, ce sera encore quelques batteries à réorganiser.

Je pense que la première moitié d’artillerie pour les 1er, 2e et 4e corps sera suffisante, car je ne veux pas que le 1er corps puisse avoir plus de trente bataillons bien complets et bien organisés cette année; ce qui ne fera que deux divisions au lieu de quatre, que je supposais. Il en est de même pour le 2e et pour le 4e corps. Cela doit faire une réduction considérable dans l’équipage.

Par ma lettre du 27 janvier, j’ai décidé que la Grande Armée aurait d’abord cent trente-huit bouches à feu, savoir : le 1er corps, quatre batteries à pied, quarante-six bouches à feu ; le 2e autant, le 4e autant. Je crois qu’on pourrait diminuer l’artillerie du 4e corps, et ne la porter qu’à vingt-deux pièces, au lieu de quarante-six ; ce qui ferait une réduction de vingt-quatre, et, au lieu de cent trente-huit, ne ferait plus que cent quatorze pièces, indépendamment du 11e corps, de Danzig et de la division Durutte.

J’avais supposé aussi que le 1er, le 2e et le 4e corps se double­raient; ce qui ferait encore cent trente-huit pièces que je prévois au­jourd’hui pouvoir ajourner à juillet. Ainsi, si le besoin d’en­voyer 1,000 voitures à la Grande Armée provient du calcul fait sur ces bouches à feu, demandées d’abord pour les 1er, 2e et 4e corps, comme il y en a 162 que l’on peut ajourner, ce serait 586 voitures, c’est-à-dire ce que vous proposez d’envoyer à la Grande Armée, qu’on pourrait ajourner. Mais un état général de l’artillerie me devient actuellement nécessaire; réunissez tous les éléments et mettez-les-moi sous les yeux.

 

Paris, 16 février 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte de votre rapport qu’il n’y a que 400,000 kilogrammes de poudre dans les quatre places de l’Oder, y compris Magdeburg. Il y en aurait donc 56,000 à Stettin, plus 25,000 qui ont été expédiés de Magdeburg; total, 81,000 à Stettin; ce qui serait peu de chose. Il y en aurait 65,000 à Küstrin, ce qui n’est pas suffisant, et 61,000 à Glogau.

Je pense qu’il faudrait diriger 200,000 kilogrammes sur Magde­burg, et faire partir sur-le-champ 100,000 kilogrammes pour les places de l’Oder. Faites-moi un projet de répartition de ces 100,000 kilogrammes, selon l’urgence des besoins. Comprenez aussi dans cette répartition Spandau.

Faites-moi connaître le nécessaire, l’existant et le manquant dans chacune de ces places ; ce travail me paraît très-pressé.

 

Paris, 16 février 1813.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, le budget de la Grande Armée pour 1812 était de 60 millions pour le ministère de la guerre, et de 27 millions pour le ministère de l’administration de la guerre, total 87 millions. Je suis fondé à penser qu’il y a eu là-dessus une économie de 45 mil­lions, desquels il faut ôter la perte du trésor de 10 millions; il resterait donc une économie de 30 à 35 millions en faveur du budget de l’État. Il est urgent d’avoir sur cela des renseignements positifs. Le comte Daru en a quelques-uns, qu’il faudrait qu’il vous communi­quât, parce qu’il y a des choses qu’il est nécessaire que vous sachiez. Il me tarde de voir arriver à Paris le payeur de l’armée, afin de régler tout ce qui regarde l’année 1812.

 

Paris, 17 février 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au prince de la Moskova qu’il commande le 1er corps d’observation du Rhin; qu’il ait, en conséquence, à réunir son état-major à Francfort-sur-le-Main, sans cependant faire revenir rien de ce qu’il aurait laissé à la Grande Armée. Faites-lui connaître l’organisation de son corps d’armée, et travaillez avec lui pour former son état-major; qu’il choisisse un bon chef d’état-major. Il sera nécessaire que le prince soit de sa per­sonne rendu à Francfort vers le 10 mars.

Le duc de Raguse commandera le 2e corps d’observation du Rhin. Faites-lui connaître également l’organisation de son corps, et tra­vaillez avec lui pour organiser son état-major. Qu’il dirige tous ses équipages et son administration sur Francfort, où il sera nécessaire qu’il soit rendu du 15 au 20 mars.

Ainsi les quatre corps d’observation seront sous le commande­ment, celui de l’Elbe, du général Lauriston; ceux du Rhin, le 1er sous le prince de la Moskova, le 2e sous le duc de Raguse, et le corps d’Italie, sous le général Bertrand.

Présentez-moi un officier pour commander dans les provinces illyriennes.

J’ai bien besoin aussi d’avoir toute l’organisation de ces deux corps, tant les états-majors que les divisions, avec l’époque où tout cela sera réuni, avec tout ce qui dépend du génie et de l’artillerie.

 

Paris, 17 février 1813.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Monsieur le Comte de Cessac, mon intention est que chaque divi­sion des corps d’observation ait six caissons d’ambulance ; que ces six caissons soient chargés au moins de six milliers et qu’ils portent de la charpie, des bandages, etc., pour panser au moins 3,000 bles­sures. Il faut ensuite organiser à Magdeburg des réserves d’ambulance. Faites-moi un projet général de service pour les quatre corps d’obser­vation et pour les 1er, 2e, 4e et 11e corps de la Grande Armée.

 

Paris. 17 février 1813.

DÉCISION.

Le ministre des finances demande à Sa Majesté a l’Empereur que le personnel des équipages du trésor aux armées soit formé parmi les conscrits de nouvelle levée. Sa Majesté a refusé d’accorder des conscrits   même pour ses propres équipages.

 

Paris, 18 février 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les 200 sous-lieutenants de Saint-Cyr qui ont été envoyés aux vingt-deux régiments de cohortes ne doivent pas empêcher d’utiliser les 100 caporaux que j’ai envoyés pour être sous-lieutenants. Ces 100 caporaux, ayant tous au moins dix années de service, ont ce que n’ont pas ces jeunes gens, et ce mélange sera fort avantageux au service.

Quant aux troupes de la marine, il faut y envoyer des sous-lieu­tenants de Saint-Cyr; ce corps, qui est composé de vieux soldats, tous instruits, a besoin de jeunes officiers, et non de vieux caporaux.

 

Paris, 18 février 1813.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Tous les régiments qui sont à Magdeburg, formés des cohortes, manquent d’effets de campement. Il est urgent de leur en procurer, ainsi qu’aux deux corps d’observation du Rhin et au corps d’Italie.