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Avril 1809 – Le prince et le général – Eugène et Macdonald en Italie

Les débuts difficiles de la campagne de 1809 en Italie

Ordre de bataille français

Ordre de bataille autrichien

Au début de 1809, Napoléon se trouve confronté à un nouvel affrontement avec la cour des Habsbourg.

L’Autriche a mobilisé, et, malgré des avertissements, il se trouve pris au dépourvu lorsque l’archiduc Charles envahit la Bavière, au début du mois d’avril.

Napoléon se trouve également confronté à un autre problème : doit-il confier au seul vice-roi d’Italie, son cher fils adoptif Eugène, la responsabilité de conduire l’armée d’Italie ?  Car Eugène, depuis 1800, depuis Marengo (mais il n’était alors que capitaine), n’a pas combattu.

Eugène de Beauharnais
Eugène de Beauharnais

Ou bien enverra-t-il là-bas un de ses maréchaux, plein d’expérience, mais sans doute peu enclin à accepter de n’être qu’un brillant second ? Un Masséna, par exemple, qui connaît si bien l’Italie ? Quitte d’ailleurs à déplaire au plus au point à Eugène, qui lui a écrit (la correspondance de Napoléon avec Eugène  constitue un élément essentiel pour a compréhension des événements. Pour alléger le texte, elle a été mise dans un chapitre particulier) :

Je désire que Votre Majesté ne nous envoie par ici de maréchaux d’Empire ni de dignitaires. Quoique je me sente bien assez fort pour mener l’armée telle qu’il plairait a Votre Majesté de l’organiser, je ne lui cacherai pas pourtant que j’aimerais mieux avoir affaire directement à mes généraux de division, que je connais tous, et que je ferai bien marcher. D’ailleurs, ils sont tous très-bons, et ils n’ont pas les prétentions de MM. les maréchaux. Si cependant Votre Majesté m’en destinait, je préférerais le maréchal Rey, le maréchal Moncey et le maréchal Mortier à tous autres.

Le maréchal Étienne Macdonald (Antoine-Jean Gros)
Le maréchal Étienne Macdonald (Antoine-Jean Gros)

C’est sur Macdonald que va se porter son choix. Un Macdonald qui, de son coté, paye sa longue amitié avec Pichegru et Moreau, et a vu avec quelque amertume que Napoléon l’avait « oublié » au moment de la première promotion de maréchaux, en 1804. Certes, il a été fait Grand Officier de la Légion d’honneur, mais, deux fois veuf, il considère qu’on l’oublie, lui et ses deux filles, et qu’il est exclu de la Cour du nouvel empereur. Se résignant à une retraite prématurée, qu’il vit à Courcelles-le-Roi,  il vient de passer, avec ses filles, cinq années certes paisibles, mais sous l’oeil acéré de la police de Fouché.

Et puis, le temps passant, Macdonald a souffert, année après année, campagne après campagne. La vie de soldat lui manquait et ce n’est pas sans amertume qu’il entendait parler des exploits de l’Empereur et de ses anciens collègues, à Ulm et à Austerlitz (1805), à Iéna et Auerstaedt (1806), enfin à Eylau et  Friedland (1807). Il va donc obéir à l’ordre de Napoléon, et rejoindre le prince Eugène.

Ainsi, si cette nouvelle campagne restera célèbre par les batailles d’Essling et de Wagram, elle marquera également, ‘un coté, les débuts du jeune vice-roi d’Italie à la tête d’une armée, d’un autre coté, le retour du général Macdonald à la tête de soldats français, un retour qui sera bientôt suivi de son élévation à la dignité de maréchal.

Les forces en présence en Italie en 1809

Au moment où de nombreux maréchaux et encore plus de généraux de division se trouvent engagés en Espagne et au Portugal, Napoléon manque grandement d’officiers généraux expérimentés. De plus, une grande partie de ses vétérans se trouve également dans la péninsule ibérique. Brusquement, il découvre qu’il manque de troupes aguerries et de chefs expérimentés, capables d’être employés dans des batailles. Cette situation va l’amener à rappeler le général Macdonald sous les aigles impériales.

De son coté, Eugène de Beauharnais, qui a été promu général en 1804, puis colonel général des Chasseurs à cheval de la Garde (titre purement honorifique), a été nommé Prince de l’Empire, puis vice-roi d’Italie. En cette année 1809, il n’a que  28 ans et une grande envie de se faire une bonne réputation. La guerre arrivant, l’inexpérience de son fils adoptif cause un grand soucis à Napoléon, comme elle en cause à Eugène.

Le 27 novembre 1808, Eugène écrit à Napoléon que ses espions à la frontière autrichienne ont observé le recrutement, la formation et l’entraînement de nouveaux régiments autrichiens. Par ailleurs, les bateaux anglais sont souvent à Trieste, et leurs officiers peuvent être vus, tous les soirs, dans les cafés et les théâtres.

En janvier 1809, l’Empereur écrit au vice-roi, lui détaillant un plan stratégique pour le cas où les hostilités commenceraient sur le front italien. Il prépare, dans plusieurs lettres, des dispositions pour une campagne offensive ou défensive.

Bien qu’il pense alors que l’Autriche prendra aussi l’initiative sur le front italien, il n’en demeure pas moins persuadé que, comme quatre ans auparavant, la vallée du Danube constituera le front principal, l’Italie restant un front secondaire. En réponse à la mobilisation de l’Autriche, qu’il considère comme un acte d’agression, Napoléon lève de nouvelles troupes, afin de renforcer celles d’Allemagne et d’Italie. En juin 1809, 110.000 conscrits de la classe 1810 seront ainsi levés. Une partie de ces nouvelles recrues sera destinée à l’Italie, où elles renforceront l’armée du prince Eugène. En même temps, il autorise une nouvelle levée de conscrits italiens, qui rejoindront la division italienne d’Eugène. Il donne également l’autorisation de lever une deuxième division. Les troupes françaises et les garnisons sont réunies en une nouvelle division française, placée sous le commandement du général Pierre Durutte, un vétéran d’Hohenlinden, disgracié en 1804, lui aussi, pour ses relations avec Moreau.

Au 1er avril1809, l’armée d’Italie comprend environ 70.000 hommes (la majeure partie se trouve dans le Frioul), mais une grande partie de ces troupes, en particulier les divisions italiennes, n’ont encore jamais vu le feu, sont des conscrits mal entraînés, ne connaissant pas le stress de la bataille et la vie pénible en campagne.

L’armée d’Eugène est, au début de cette campagne, encore disséminée sur un espace immense :

– La première division d’infanterie , commandée par le généra Seras, est à Palma-Nova, Cividale et Udine;

Général Jean-Mathieu Séras
Général Jean-Mathieu Séras

– la deuxième (général Broussier) à Ariegna , Gémona , Ospedaletto, Venzone, San-Daniel, Majano et Osopo, poussant des détachements dans la vallée de la Fello jusqu’à Ponteba, sur la route de Tarvis;

Général Broussier
Général Broussier

– la troisième (général Grenier), en arrière des deux premières, à Pordedone , Sacile et Cornégliano;

Général Grenier
Général Grenier

– le général  Lamarque, commandant la quatrième division, vient d’arriver à Vérone avec une partie de ses troupes; l’autre est encore en marche de la Toscane pour le rejoindre;

Général Lamarque
Général Lamarque

– la cinquième (général Barbou ) est à Trevise, Citadella , Bassano et Feltre;

Général Barbou
Général Barbou

– la sixième (première division italienne, sous les ordres du général Severoli) occupe Padoue, Este et quelques autres points près de ces deux villes;

Général Severoli
Général Severoli

– la septième (deuxième italienne, commandée par le général Fontanelli), se rassemble au camp de Montéchiaro : une partie de cette division est en marche du royaume de Naples, pour venir joindre l’armée;

Général Fontanelli
Général Fontanelli

– le général Sahuc, commandant une division de cavalerie légère, a son quartier général à Udine, sa première brigade occupant derrière la Torre (affluent de l’Isonzo) une ligne qui s’étend de Nogaretto à Vilese ; sa seconde brigade et détachée à Geneda, Pordenone, Cornegliano, Vicence et Padoue;

Général Sahuc
Général Sahuc

– deux divisions de dragons, sous les ordres des genéraux Groucby et Pully, sont disséminées à Villa-Franca, Roigo, Isola della Scala, Roverbella , Castellaro, Sanguinetto, Mantoue et Ferrare;

Maréchal Grouchy
Maréchal Grouchy
Général Pully
Général Pully

-le grand parc d’artillerie est à Vérone; où il restera jusqu’au 12 mai , le nombre des chevaux nécessaires au train n’ayant été réuni qu’à cette époque;

– les grenadiers de la garde royale italienne sont à Padoue;

– les carabiniers et les vélites, les dragons, les gendarmes d’élite, l’artillerie à cheval et le train de cette même garde sont à Milan et aux environs.

Le vice-roi a son quartier général à Udine : il s’efforce alors de concentrer son armée, dans un point central, c’est à dire vers Sacile

Le prince Eugène commande également – nominalement – l’armée de Dalmatie, placée sous le commandement de Marmont, deux divisions, de petites tailles, mais composées de vétérans, sous les ordres de généraux Clauzel et Montrichard. Il a pour chef d’état-major, le très capable général Charpentier, qui a combattu  sous Macdonald à la bataille de La Trebbia, dix années auparavant. Le commandant de l’artillerie (il a rejoint l’armée au début de mai) est le général Sorbier, qui a été le commandant de l’artillerie de Macdonald durant la campagne des Grisons, en 1800. Macdonald se retrouve donc en bonne compagnie (On remarquera ici que l’armée d’Italie rassemble, en 1809, un grand nombre de généraux ayant combattu, les années précédentes, sous Moreau ou sous Macdonald, en Allemagne, et que très peu sont ici de l’armée d’Italie commandée par Bonaparte.)

Du coté autrichien, l’armée de l’Autriche intérieure (« Innereösterreich ») est placé sous le commandement de l’archiduc Jean, le plus jeune frère de l’empereur François et de l’archiduc Charles. Il a la réputation d’un prince éclairé, d’être sympathisant des causes populaires, mais certainement pas celle d’être un général expérimenté. Culbuté par Moreau à Hohenlinden, en 1800, alors qu’il n’avait que 18 ans (il est en fait le cadet d’une année du prince Eugène), c’est, en 1809, tout juste un bon général de campagne, mais il a le soutien politique de ses deux frères. La mission de son armée dans la campagne qui s’ouvre est de 1° reconquérir autant de territoires qu’il lui sera possible, 2° contenir Marmont; 3° susciter une révolte populaire dans les Alpes du Tyrol – entre Napoléon, au nord, et Eugène, au sud.

Sur le papier, l’armée de l’archiduc Jean parait impressionnante, s’élevant à près de 100.000 hommes. Malheureusement pour le jeune commandant en chef, à peine la moitié de ceux-ci est composée de troupes régulières allemandes et hongroises. Le reste, est composé de conscrits de la Landwehr, récemment levées en Carinthie, Carniole et Istrie, de formations de l’insurrection hongroise et de réserve, tous de qualité plus que douteuse.

En juin 1808, l’Empire avait commencé, avec réticence, à recruter cette Landwehr, en jouant sur les sentiments nationaux. Cela faisait soixante-dix bataillons de plus dans les ordres de bataille autrichiens. De nature féodale, le gros de ces conscrits était composé de paysans de mauvaise santé, mal éduqués, conduits par des officiers venant de la noblesse de campagne.

En mars, l’armée de l’archiduc Jean est concentrée dans le provinces de Carinthie et de Carniole; une petite colonne, forte de 10.000 hommes, composée de « Frontaliers » (« Grenzer ») Croates, sous les ordres du général Andreas von Stoichevich, est en position au sud, face à Marmont. L’armée principale est composée de deux corps d’armée : le VIIIe, sous les ordres du feldmarschall Albert Gyulai, et le IXe, commandé par Ignaz Gyulai, gouverneur militaire de la Croatie (« Ban »). Le feldmarschall-lieutenant marquis Johann von Chasteler est à la tête d’un petit corps dans le Tyrol autrichien. En fait, au début de la campagne, l’archiduc Jean ne peut mettre en ligne guère plus de 60.000 hommes (sans Stoichevich). Mais des renforts arrivent journellement.