Correspondance de Napoléon – Avril 1806

Saint-Cloud, 26 avril 1806

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, si le roi de Naples s’empare de la Sicile, il restera plus de ressource aux Anglais que de s’emparer de la Sardaigne. D’un autre côté, la prise de la Sardaigne me rendra plus facile la prise de la Sicile. J’aurais donc le projet de m’emparer de la Sardaigne à la fin de mai. Pour cela, j’ai besoin d’une escadre et de quelques flûtes qui puissent embarquer 6,000 hommes et 300 chevaux à Toulon. Il faut que tout soit fait dans cinq ou six jours; sans quoi, si l’ennemi est instruit que l’on prépare un armement à Toulon, il viendra le bloquer. Je crois qu’il y aurait trop de danger pour une escadre d’aller à Cagliari. Je conçois donc qu’elle devrait aller droit à Porto-Conte et y débarquer ses 6,000 hommes; en même temps 3,000 hommes qui sont en Corse passeraient le détroit sous la protection des bricks et frégates de l’escadre. Le détroit n’est que de trois heures de passage. Deux frégates resteraient à Porto-Conte, trois bricks à Bonifacio, et le reste de l’escadre rentrerait à Toulon , sans que mes vaisseaux aient même mouillé. Il faudrait qu’ils débarquassent du biscuit pour 6,000 hommes pour trois mois. L’artillerie serait de peu d’importance. Au bout de vingt-quatre heures, mon expédition serait maîtresse de Sassari et de tout le nord de la Sardaigne; peu de jours après, elle serait maîtresse de Cagliari. Le roi de Sardaigne n’a point de troupes. Les Anglais n’auraient pas le temps d’être prévenus, et d’ailleurs ils n’ont point de troupes. Les Russes n’ont point de troupes; ils en ont besoin à Corfou et aux Bouches. Une fois ce noyau passé, la Corse fournirait, s’il le faut, plus de 10, 000 hommes, que personne ne pourra empêcher de passer. Portez-moi dimanche un rapport là-dessus. Puis-je embarquer 6,000 hommes pour les transporter à Porto-Conte ? Pouvez-vous me fournir du biscuit pour 6,000 hommes pendant trois mois ? Des vaisseaux de guerre, des frégates, peuvent-ils entrer à Porto-Conte ? Combien pouvez-vous fournir de tartanes ou de bricks pour tenir dans le port de Bonifacio, afin de maintenir le passage libre des flottilles ennemies ? Ganteaume pourrait-il se charger de cette opération ? car je vois tant de bêtises, que je n’ose plus mettre un vaisseau à la mer; il n’y a pas un homme de sens pour le commander. Quel est l’argent que vous avez dans la caisse de la marine, à Toulon, appartenant à la marine ou à la Corse ? Avez-vous à Toulon quelques demi-chebecs, quelques demi ou quarts de galère, quelques felouques, ce qui, joint à tous les bateaux côtiers de la Corse, entretiendrait une communication constante, quelques forces que les ennemis pussent y avoir dans la suite ? Quelles ressources avez-vous à Gênes ? Toutes les nouvelles gabares que j’ai fait construire à Toulon et aux environs sont-elles en état ?

 

Saint-Cloud, 26 avril 1806

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je pense qu’il faut que vous fassiez faire une relation par le médecin de l’amiral Villeneuve pour être mise dans les journaux de lundi, et, s’il est possible, même demain , afin d’empêcher que de fausses directions s’emparent de cette affaire. Vous ferez imprimer les deux lettres que vous lui avez écrites et celles qu’il vous a répondues, la relation du médecin et le rapport du maréchal Moncey qui dit comment on l’a trouvé mort. Il est inutile de parler de la lettre à sa femme.

 

 Saint-Cloud, 26 avril 1806

DÉCISION

Le prince Ferdinand, duc de Wurtemberg, expose que la révolution française lui a fait perdre toute la fortune à sa mère. Il supplie l’Empereur de lui faire obtenir, en indemnité, un établissement dans l’Empire germanique. Renvoyé à M. Talleyrand pour  me faire connaître ce qu’on rait faire pour ce prince.

DÉCISION

Le prince de Wittgenstein et de Hohenstein prie l’Empereur d’accorder sa protection au fils dont la princesse, son épouse, est accouchée le 10 avril. Renvoyé à M. Talleyrand me faire connaître ce que c’est que ce prince.

 

Palazzo di Saint-Cloud, 26 aprile 1806

DECRETO (Les noms imprimés en italique sont écrits de la main de l’Empereur sur une copie du décret.)

NAPOLEONE, per la grazia di Dio e per le Costituzioni, Imperatore de’ Francesi, Re d’Italia.

Visti gli articoli 3, 4, 5 del nostro decreto del 30 marzo pri scorso relativâmente alti gran feudi imperiali eretti nelle provincie venete ceduteci nel trattato di Presburgo;

Considerando la necessità di determinare i diritti e le prerogative de’ feudatarj per modo che resti pienamente libero l’ esercizio del Governo e dell’ amministrazione economica del nostro regne d’Italia, di cui i suddetti gran feudi sono parti integranti;

Abbiamo decretato e decretianio quanto segue :

ARTICOLO 1°. – In luogo della quindicesima parte della rendita enunciata all’ articolo 5 del suddetio decreto, i possessori degli infrascritti nostri gran feudi riceveranno dal pubblico tesoro del regno d regno d’Italia un’ annua invariabile corrisposta in moneta di Francia, da cominciare dal 1° luglio 1806, regolata conte segue :

Ney

Lannes

Soult

Bessières

Serurier

Périgon

Moncey

Mortier

Dejean

Champagny

Davout

Fouché

Dalmazzia

Istria

Friuli

Cadore

Belluno

Conegliano

Treviso

Feltre

Bassano

Vicenza

Padova

Rovigo

100,000

100,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

60,000

ART. 2°. – In luogo de’ trenta milioni di beni nazionali enunciati nel precitato articolo 5, il nostro regno d’Italia pagherà la somma di trenta milioni di franchi mediante il versamento di trecento boni della Cassa di ammortizzazione di franchi 100,000 l’uno, portanti interesse del cinque per cento da decorrere dal 1° luglio 1806.

ART. 3°. – 1 boni saranno distribuiti in cinque classi di sessanta boni per ciaschedmia.

ART. 4°. – La prima classa sarà pagala nelr anno 1807 di mese in inese in dodici rate uguali, e nella stessa maniera le altre quattro classi ne’ quattro anni successivi.

ART. 5°. – A rimborsare la Cassa di ammortizzazione saranno posti in vendita quaranta milioni di beni provenienti dalle commende dell’ ordine di Malta esistenti nelle suddette provincie, e dalle corpo-razioni ecclesiastiche soppresse e da sopprimersi a norma del nostro decreto 24 marzo, prossimo passato.

ART. 6°. – Il prodotto della vendita sarà versalo nella Cassa di ammortizzazione, e ne sarà tenuto conto a parte.

ART. 7°. – 1 gran feudatarj non avranno sulla provincia di cui saranno rispettivamente investiti altra prerogativa che il titolo di Duca.

ART. 8°. – Il ministro delle finanze del nostro regno d’Italia è incaricato dell’ esecuzione del prescrite decreto, il quale sara stampato, publicato, e inscritto nel Bollettino delle leggi.

Dato dal nostro palazzo di Saint-Cloud, il di 26 aprile 1806.

 

Saint-Cloud, 26 avril 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, le royaume d’Italie m’a payé et me paiera 1,600,000 francs par mois jusqu’au ler mai. Je désire connaître ce que vous avez fait des 1,600,000 francs qui ont été perçus en fructidor, vendémiaire, brumaire, frimaire, janvier, février, mars et avril. Mon but est de connaître la partie de cette contribution que j’ai abandonnée au trésor d’Italie, soit pour le payement des dépenses de l’armée, dans le trimestre de l’an XIV, soit pour indemniser le trésor d’Italie des réquisitions qui ont été faites; et, comme aujourd’hui les dépenses de cette armée me sont portées dans les comptes de M. Dejean comme si on n’avait rien requis, il en résulte que je payerais deux fois.

Faites-vous remettre par M. Dejean le montant de la dépense qui a été faite par l’armée espagnole en France, soit pour travaux militaires, soit pour tout autre objet, et tirez des lettres de change à vue sur le trésor d’Espagne pour l’acquittement de ces dépenses.

 

Saint-Cloud , 27 avril 1806

Au vice-amiral Decrès

Le rapport de la frégate la Comète prouve que les véritables croisières pour faire du mal à l’ennemi seraient deux vaisseaux et une frégate. Leissègues a rencontré un convoi; la corvette en a rencontré; Missiessy en a rencontré plusieurs; le Marenyo en a rencontré; le Régulus en a rencontré et l’a entamé même; il n’y a pas de doute que l’escadre Villaumez n’en ait rencontré aussi. Je suis donc persuadé que trois escadres que l’on ferait partir de Rochefort au mois de septembre, une de deux vaisseaux et d’une frégate que l’on ferait faire partir de Lorient, deux pareilles croisières qu’on pourrait faire partir de Brest, feraient un grand mal à l’ennemi. Tout convoi vu serait un convoi perdu.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, l’armée d’Italie a vécu de réquisitions, et tellement vécu de réquisitions qu’une portion a été payée par le sacrifice de la contribution mensuelle, et une autre partie sur les ressources extraordinaires de mon royaume d’Italie, comme je l’ai ordonné par un décret. Cependant on me porte en compte, à l’administration de la guerre, 2,100,000 rations de viande, c’est-à-dire plus de 600,000 francs pour les trois premiers mois de 1806. Pour riz et légumes, eau-de-vie, sel, vinaigre, vin, on me porte également des sommes très-considérables, savoir : 42,000 francs pour les légumes du 1er trimestre, 21,000 francs pour le sel du ler trimestre, 125,000 francs pour l’eau-de-vie, 140,000 francs pour le vin. On me porte également pour les vivres-pain, 434,000 francs pour vendémiaire, 434,000 francs pour brumaire, et 434,000 francs pour frimaire. Voyez l’ordonnateur et envoyez-moi un mémoire sur cet objet. Me fait-on payer double, oui ou non ? Toutes les réquisitions en vivres, fourrages, etc., faites à l’armée d’Italie ont-elles été payées par le munitionnaire ? Dans ce cas, pourquoi les fait-on payer au trésor d’Italie, et par la retenue de la contribution qu’on doit à la France ? Dans le pays vénitien, a-t-on vécu aux frais de M. Vanlerberghe ? Tout cela me paraît inconcevable. Faites toutes les recherches pour bien approfondir cette matière, car on cherche à voler tant qu’on peut. On me porte également de fortes sommes pour les fourrages.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 12, de Cosenza. Les Polonais sont peu propres à la guerre de montagne; la conduite du colonel polonais ne m’étonne pas. Je regrette que vous n’ayez pas dans la Calabre deux régiments italiens; la facilité de parler la langue est un grand objet. Les Corses sont également très-propres à ce service.

Je n’ai lu qu’avec indignation le refus qu’a fait le général Duhesme d’envoyer un bataillon au secours de Cosenza; témoignez-lui-en mon extrême mécontentement; ce n’était pas un, mais trois bataillons qu’il devait envoyer, avec un général de brigade. Cette division de corps d’armée a été funeste aux armées du Rhin; je ne l’ai jamais soufferte où j’ai été. Sur le seul avis qu’il y avait une insurrection sur les derrières du général Reynier, il devait faire toutes ses dispositions et marcher. Le général Saint-Cyr est susceptible, plus qu’au-cun autre, de ce genre d’amour-propre; c’est ce qu’il y a de plus funeste à la guerre.

Réunissez tout le corps du général Reynier, qui est de 9,000 hommes, pour pouvoir passer en Sicile et garnir la Mettez à Cosenza des troupes corses et italiennes , ou des propres Napolitains, si vous en avez d’assez sûrs; ménagez les troupes françaises en ne les faisant pas ainsi battre isolément contre des paysans; proscrivez surtout les petites garnisons, sans quoi vous ferez beaucoup de pertes. Le vrai système est celui des camps volants de 1,800 hommes sous les ordres d’un général de division, placés autour de Cosenza, et fournissant perpétuellement des colones de 5 à 600 hommes parcourant le pays, sont les meilleurs moyens.

Tous les points de la côte où il y a des citadelles et où un grand nombre d’hommes peuvent être à l’abri des insurrections d’une ville et des paysans peuvent être occupés avantageusement pour garantir les côtes; mais que nulle part il n’y ait moins de 400 hommes. Ne mettez de petits détachements que dans les forteresses et dans les postes bien fortifiés.

Faites faire des souliers et des habits à Naples; l’habillement qu’on vous ferait en France ne vous arriverait jamais. Soldez exactement votre armée.

Si vous avez trop de troupes, renvoyez en Italie la portion de cavalerie qui vous est inutile; et même, comme je vous l’ai déjà mandé, renvoyez quatre régiments français à Ancône. Il faut prendre la légion corse à votre service, ce qui vous donnera la faculté d’y employer des Calabrais et des Napolitains. Vous pouvez envoyer en Corse pour la recruter. Vous savez que le roi de Naples y recrutait autrefois. Envoyez-y donc des recruteurs; mais n’employez pas Ferrendi , qui est un mauvais gueux, et qui d’ailleurs est lâche et ne vous servirait de rien.

Renvoyez vos dragons aux dépôts en Italie; ils ont beaucoup d’hommes aux dépôts; ils ne sont pas exercés comme les autres régiments de la Grande Armée, et je veux les préparer à faire la guerre comme je l’ai fait faire aux autres corps en Allemagne.

Toutes les fois que vous me parlez d’une ville, mettez en note population; car on ne trouve ici aucun renseignement là-dessus.

Si le colonel Laffon avait attaqué avec audace les insurgés, avec 400 hommes il devait les mettre à la raison. Toute troupe qui n’est pas organisée est détruite lorsqu’on marche à elle. C’est ce qu’a fait le colonel Dufour. Faites-lui connaître que je lui accorde de l’avancement dans la Légion d’honneur pour sa bonne conduite. Faites connaître également que j’accorde aux 1er et 23e légers, et aux 6e et 42e de ligne huit aigles de la Légion d’honneur. Vous me ferez passer la note de ceux qui se sont distingués.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 13 avril, de Scigliano, avec la lettre du général Reynier du 11 avril. Je vois avec plaisir que les commissions militaires font justice des brigands qui infestent les grands chemins. C’est le seul moyen de purger le pays et d’annuler l’influence de la Reine. Quand on s’apercevra du danger qu’il y a à courir pour exécuter ses ordres, les choses prendront une autre direction. Je suis à Saint-Cloud depuis quelques jours. Mes troupes possèdent toujours Braunau et sont sur l’Inn. J’attends la restitution des bouches de Cattaro, que la cour de Russie dit vouloir remettre; cette occupation ne fait que compromettre l’Autriche.

 

Saint-Cloud, 28 avril 1806

A M. Lavallette

Le duc de Clèves vient de m’envoyer votre lettre du 8 avril. Je ne conçois pas comment vous avez pris sur vous de donner des décisions dans des questions aussi neuves sans connaître mes intentions. Vous marchez directement contre mon but. Je n’entends point favoriser d’aucune manière la Maison la Tour et Taxis, et j’ai besoin d’avoir à Wesel et Düsseldorf des hommes qui soient entièrement dévoués à moi et non à l’empereur d’Allemagne; et c’est vous qui avez fait faire, contre mes intentions, l’arrangement de Bade avec la Tour et Taxis. Je vous défends d’écrire à aucun ministre étranger, puisque vous avez l’imprudence de le faire mal à propos. Mon intention est que les malles passent par Wesel comme à l’ordinaire; que la Maison la Tour et Taxis ne soit point chargée de Wesel ni Düsseldorf, et qu’un inspecteur français bien au fait du service se rende sur-le-champ à Wesel pour le prendre.

 

Saint-Cloud, 28 avril 1806

A M. Gaudin

Il faut actuellement régulariser, en conséquence de la dernière loi, nos différents exercices, et me présenter un projet de décret à  peu près dans ce sens.

ARTICLE 1-. – Des cinq cent quarante-cinq millions qui forment le budget de l’an IX, 1,400,000 francs seront ôtés à la dette publique comme superflus,

ci . . . . . . .
Aux finances . . . … . . . .
Aux relations extérieures. . . .
A la justice . . . . . . . . . .
A la police . . . . . . . . . .
Aux frais de négociations. . . .
1,462,233
490,385
83,448
412
655
82698
2,119,831francs

 

Même chose pour l’an X, qui se monte à
An XI.
An XII
3,425,000
6,600,000
4,665,000
14,690,000

Total . . . . . . . 16,809,831

ART. 2. – Ces 19,869,831 francs joints aux soixante millions de crédit accordés au Gouvernement pour exercices arriérés par la  loi du …… faisant soixante-seize millions, seront distribués de la manière suivante :

Pour l’an IX . . . . . .  . . . 4,000,000 francs
l’an X . . . . . . . . . . .  . . . . 3,000,000
l’an XI . . . . . . . . . . . . . . 10,000,000
l’an XII . . . . . . . . . . .  . . 39,000,000
l’an XIII . . . . . . . . . . .. . 20,000,000
76,000,000
Ce sera la première base sur laquelle il faudra calculer.

Ces sommes une fois ainsi distribuées dans ces années comme fonds de réserve, nous verrons à l’appliquer comme liquidation à chaque ministre sur son fonds d’année. Cela formera alors le budget.

Il a été payé en domaines 20,868,000 francs pour les années X, XI et XII; mais il doit y avoir aussi une somme de sept millions qui a été payée pour l’an XIII et que je ne trouve point portée dans l’état F du budget de l’an XIII. Il paraît qu’on ne l’a point portée parce que le trésor n’a pu la régulariser. Faites-moi connaître à quel ministre elle a été donnée.

 

Saint-Cloud, 28 avril 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, pour faciliter vos opérations de finance du reste de l’année, j’ai cru devoir arrêter définitivement mes besoins. Les cinq premiers mois de l’année, avril et mai dont les distributions sont déjà faites, et moyennant ce qui a été annulé par mon décret d’hier, portent la dépense à quatre cent neuf millions. Dans les sept derniers mois, mes besoins seront de trois cent trente-six millions; savoir :

la Maison (le l’Empereur, les princes et les dettes de l’État par mois . . 10,000,000 francs.
Le grand juge .

On ne comprend point dans cette somme les
frais de justice, et dès lors il ne faut point qu’ils
soient compris comme moyens.

1,200,000
Les relations extérieures .

Mon intention est que désormais on ne paye
de dépenses secrètes que sur mes bons; ainsi
dans ces 500,000 francs ne sont point comprises les dépenses secrètes.

500,000
Dépenses ordinaires de l’intérieur 1,100,000
Dépenses extraordinaires de l’intérieur.

Dans ces dépenses ne sont point compris les
centimes variables, restitutions du droit de passe
et de tous les fonds spéciaux. Il ne faudra donc
point porter ces recettes comme moyens : le
crédit en sera désormais accordé par le même
décret, mais par un article séparé.

1,00,000
Finances.

Dans cette somme sont compris les trois mil-
lions pour le cadastre. U faut donc que les
centimes du cadastre soient comptés en recette.

1,800,000
Ministère de la guerre . 14,000,000
Administration de la guerre 8,000,000
Marine 8,000,000
Police 50,000
Cultes 1,000,000
Ce qui fait par mois 46,650,000

Indépendamment de ce, environ un million par mois sera affecté pour être appliqué aux exercices qui pourraient en avoir besoin; il sera pris sur les fonds de réserve. Il faudra de plus, pour les exercices antérieurs, vingt millions en bons de la caisse d’amortissement, et sur l’an XIII, quatre millions en argent pour payement de solde, travaux de l’intérieur, et autres objets qui ne peuvent être payés qu’en argent.

Ainsi donc, avec quarante-huit millions et demi en argent et près de trois millions de bons de la caisse d’amortissement pour les exercices antérieurs, le service se trouvera brillamment assuré.

Dans toutes les distributions désormais, il faut relater ce que les ministres ont, par chapitre, de crédits antérieurs qu’ils n’ont pas employés. Il faut relater aussi le résultat, pour chaque ministre, de ce que je viens de déterminer dans la présente lettre, sinon dans les états de la trésorerie, au moins dans votre rapport des demandes; ce qui me servira de règle, vu que je vous autorise à régler toutes vos négociations, etc., sur ledit calcul.

 

Saint-Cloud , 28 avril 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, vous payerez les 419,697 francs qui étaient en suspens pour la boulangerie; mais vous aurez soin de n’acquitter ces ordonnances qu’en bons de M. Vanlerberghe. Quant aux ordonnances de 780,000 francs pour masse de fourrages, de 360,000 francs pour indemnités de fourrages, de 440,000 francs pour étapes, de 97,000 francs pour chauffage, de 46,000 francs pour lits militaires, de 500,000 francs pour indemnités de logement, de 1,900,000 francs pour hôpitaux, de 184,000 francs pour fournitures extraordinaires de vivres, et de 2,300,000 francs pour l’habillement, vous me ferez connaître si elles sont renvoyées au ministre, ou datées au trésor, ou si elles sont toujours en suspens. Si on les a toutes annulées, ces dispositions, jointes à celles ordonnées de tous les crédits de l’exercice an XIV et 1806, dont les ministres n’ont point fait usage, porteront le total des annulations, pour le seul ministère de l’administration de la guerre, à dix-huit millions. Mais il y a, sur les ordonnances ci-dessus, à laisser subsister celles qui ont été données aux corps pour leur habillement.

Dans votre état, vous portez 77,470,000 francs d’ordonnances délivrées; et le ministre, 78,421,000 francs. La différence de cette somme se trouve dans l’article de l’habillement, où le ministre porte un million de plus; ce qui peut venir d’un million d’habillement porté d’une année à l’autre, qui n’aurait pas été régularisé au trésor, ou d’une retenue que vous deviez faire au corps; rendez-moi compte de cela. Il est nécessaire de faire connaître quelle est, sur les 7,200,000 francs d’ordonnances de l’administration de la guerre à solder, la portion qui appartient au crédit accordé pour avril par la distribution du 18 mars. En conséquence des dispositions ci-dessus, vous n’aurez payé que 69,876,000 francs, attendu que, sur sept millions d’ordonnances tirées, je n’en laisse subsister que quelques-unes, et que j’annule tout le reste.

Proposez-moi de faire payer, en bons de la caisse d’amortissement, toutes les ordonnances délivrées pour exercices antérieurs à l’an XIV; envoyez-m’en l’état par ministères et par chapitres; s’il y en a d’urgentes, j’y pourvoirai.

Il faut ôter les 1,600,000 francs sur le royaume d’Italie portés, comme disponibles, attendu que cette somme lui a été cédée, le ministre ne prenant le service qu’au mois de mai; mais il faut, en même temps, transporter en avril et en mai 1,300,000 francs à payer par le royaume d’Italie pour sa portion dans la dette du Piémont.

Ajoutez à l’état n° 1 que vous m’avez présenté, plusieurs colonnes : la première, pour la dépense au 1er avril; la seconde, pour ce qui restera à recouvrer ou à dépenser en 1807 appartenant à 1806; la troisième, pour ce que l’exercice an XIV et 1806 doit aux années antérieures. On doit avoir pour résultat huit cent quatre-vingt-quatorze millions du budget de 1806, plus ce que 1806 devra aux exercices antérieurs. Il faudrait placer au dos du même état une récapitulation, dans laquelle on porterait la quantité d’obligations, de bons à vue, etc., et de toutes autres valeurs qu’on aurait dépensées par mois; ce qui présenterait la contre-épreuve.

Voici maintenant la base du service à régler avec la Banque. Vous présentez un état de service plus que suffisant, et une portion des ressources de l’année restera pour l’année suivante. Il est vrai qu’il restera aussi une queue de liquidation. Vous avez besoin de négocier quatre-vingt-dix millions, dont cinquante-quatre en obligations et trente-six en coupes de bois; mais, indépendamment de cela , vous fondez votre service sur les quatre-vingt-six millions de l’affaire d’Espagne; et, quoique vous n’ayez pris que ce qui vous paraissait le plus clair dans cette opération, il est convenable de donner quarante millions de moyens de plus pour subvenir à ce qui pourrait manquer dans ces versements. Cela est facile en prenant quarante millions d’obligations sur 1807 pour le service de novembre et décembre, et en mettant en place quarante millions d’effets de l’affaire d’Espagne qui ne seraient pas escomptés. Il paraîtrait donc à propos de demander à la Banque, pour cette année, un escompte de cent dix millions qui se répartiraient sur huit mois, mais inégalement et selon les besoins. Je désire, en conséquence, que vous soumettiez au conseil des finances, d’abord le projet de traité à faire avec la Banque en principe, ensuite le service de cette année, avec l’échéance de ces cent dix millions, et le moment où la Banque doit les réaliser.

Un autre travail à faire consisterait à établir, à dater du 1er mai, les ressources et le service de l’Italie française. Il conviendrai aussi de travailler à connaître toutes les dépenses par division, et par chaque département.