Correspondance de Napoléon – Avril 1803

Avril 1803

 

Paris, 1er avril 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que vous fassiez connaître sur-le-champ au général Bernadotte qu’un séjour plus prolongé à Paris serait très-nuisible à l’objet de la mission qui lui est confiée, et qu’il convient, en conséquence, que ce ministre soit demain. La nécessité de sa présence en Amérique n’admet plus une heure de retard.

 

Paris, 2 avril 1803

Au citoyen Marescalchi, ministre des relations extérieures de la république italienne

Vous pouvez écrire, Citoyen Ministre, au citoyen Melzi que la 16e de ligne se rend à Alexandrie, et que la 42e se rend en Italie, en place d’une demi-brigade que le général en chef enverra également à Alexandrie; cette réunion est nécessitée par les travaux extraordinaires qu’on fait aux fortifications de cette place; que, quant à la désignation Milan, c’est une manière de s’exprimer du ministre Berthier, qui a désigné Milan comme point central de l’armée française; il a voulu dire par là en Italie. Des ordres ont été donnés pour que cette demi-brigade soit employée dans les différents points de la République.

Comme la quantité d’occupations que j’ai dans ce moment ne me permet pas d’écrire à Milan, et qu’au milieu des grandes affaires que j’ai, toutes ces petites discussions d’étiquette et de querelles me fatiguent plus que l’on ne peut penser, je vous prie de lui dire confidentiellement que je suis toujours le même pour la République et pour lui, et que, s’il y avait eu un changement aussi notable que celui de mettre deux régiments en garnison dans la capitale, cela ne se serait fait que de concert avec les autorités. Mais, par Dieu ! recommandez-leur de bien vivre avec les agents français et avec Murat, qui vivra bien avec Melzi. L’union est nécessaire à tous; et, s’ils ont le moindre attachement pour moi, chacun fera la moitié du chemin.

 

Paris, 2 avril 1803

Au citoyen Melzi, vice-président de la république italienne

Les nombreuses occupations que j’ai ici ne me permettent pas de répondre en détail à vos différentes lettres. Je m’en réfère à ce que vous écrira Marescalchi. Il vous dira que vous avez tort de penser que j’ai jamais varié d’opinion sur vous ; que j’espère, si vous avez un peu d’amitié pour moi, que toutes ces tracasseries finiront; que vous tirerez un peu les rênes, et que vous vivrez en bonne intelligence avec les agents français, et spécialement avec le général en chef.

J’ai reçu la lettre de la Consulte relative aux affaires d’Angleterre; faites-lui connaître que j’y suis sensible. Mais je vous dirai, pour vous seul, que je ne pense pas que ce commencement de querelle ait de suite, et que je présume que tout s’arrangera suivant la teneur du traité d’Amiens.

Je vous prie de me faire faire par Trivulzi un projet de formation d’un bataillon de gardes italiennes, qui ferait le service près de moi à Paris, et qui serait composé de 500 hommes; il serait traité comme la garde. Ce serait un moyen de vous former un noyau d’hommes disciplinés et tout à fait pliés à l’esprit militaire.

Je ne puis trop vous recommandé la conscription. Je vois avec peine que les corps sont très-incornplets.

 

Paris, 2 avril 1808

Au général Murat, commandant en chef les troupes françaises en Italie

Je reçois vos différentes lettres, Citoyen Général. Je suis fâché que vous ayez de la peine, mais tout ce qui se passe aujourd’hui à Milan m’en fait beaucoup. J’ai dans ce moment assez de sujets d’occupation et j’exige que vous fassiez tout ce qui est convenable pour bien vivre avec Melzi et la Consulte.

Mon intention n’a jamais été que la 16e passât à Milan, ni la 42e. Le ministre Berthier a désigné Milan pour dire en Italie.

Vous avez dû recevoir des ordres pour former un camp à Bologne. Faites passer la 42e dans cette place.

Je ne pourrai écrire à Milan que la semaine prochaine. Je vous écris ce peu de mots par un courrier que vous garderez, et par lequel vous me répondrez que vous êtes bien avec Melzi, que toutes les querelles sont finies et que tout va bien dans la République italienne.

 

Paris, 6 avril 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Mon intention, Citoyen Ministre, est que les conscrits soient sur-le-champ fournis dune veste et d’une culotte blanches, à moins que les corps n’aient déjà pu leur fournir des habits. Écrivez aux généraux des différentes divisions d’en faire passer une revue, et de s’assurer que les conscrits ne sont plus habillés en paysans, mais ont tous costume militaire.

Écrivez à Strasbourg que je vois avec peine que les soldats n’ont pas leurs cinq nuits, et qu’aucun prétexte ne doit empêcher de diminuer leur service.

Il est convenable d’écrire à tous les commissaires ordonnateurs des guerres, afin qu’on donne aux conscrits des corps qui change de garnison une nouvelle direction, sans les obliger à passer par l’endroit où étaient les corps.

Il convient également de faire partir sur-le-champ les inspecteurs et de les autoriser à renvoyer des corps tous les individus qui seraient dans le cas, par leurs infirmités, d’obtenir leur retraite.

 

Paris, 7 avril 1803

DÉCISION

Citoyen Premier Consul, les censeurs de la banque de France, par un réquisitoire en date du 16 de ce mois, out demandé que la régence convoquât une assemblée extraordinaire des actionnaires, en vertu de l’article 14 des statuts.
Ce réquisitoire est motivé sur ce que la responsabilité de la régence et des censeurs exige que les deux cents actionnaires représentant la banque soient consultés sur les conditions auxquelles le projet de loi présenté au Tribunat soumet la banque sur l’exercice d’un privilège exclusif.
Les règlements sanctionnés par les actionnaires, en interprétation de l’article 14 des statuts, donnent à la régence cinq jours pour faire droit à la demande des censeurs.
La régence a cru devoir user de ce délai, parce qu’elle a senti que cette assemblée des deux cents représentants des actionnaires pourrait avoir des inconvénients.
Le respect que la banque porte au Gouvernement et à la personne du premier magistrat de la République lui fait désirer que vous consentiez à accorder une audience à une députation de la régence.
Une grande quantité d’actionnaires, alarmés des résultats de la loi à intervenir, a présenté à la régence une réclamation pour obtenir une assemblée des deux cents actionnaires.
La régence a cru devoir se renfermer dans les termes exprès de ses statuts; elle a refusé d’admettre les conclusions des réclamants.
Mais aujourd’hui, les censeurs ayant rempli les conditions imposées par l’article 14, la régence ne peut, sous aucun prétexte, refuser la convocation de l’assemblée des deux cents actionnaires.
Vous fûtes le pacificateur et le restaurateur de la patrie affligée; ne refusez pas à la régence de la banque la demande quelle vous fait d’une audience, pour vous mettre sous les yeux des développements qui pourront jeter un jour nouveau sur les inconvénients que présente en masse le projet de loi.
Nous vous supplions, Citoyen Premier Consul, de ne pas rejeter la prière que nous vous adressons. L’assemblée des
deux cents actionnaires doit avoir lieu avant le 21 de ce mois; il est urgent que nous puissions leur dire que votre bienveillante sollicitude a pris en considération nos observations nouvelles.LES RÉGENTS DE LA BANQUE DE FRANCE.
Le Premier Consul renvoie cette demande au Citoyen Barbé-Marbois, pour s’assurer de ce que veulent les régents, et savoir si, dans l’audience qu’ils demandent, il doit y avoir des discours écrits; qui doit porter la parole; de qui sera composée la députation. Il s’arrangera avec eux pour faire sentir aux actionnaires qu’il ne paraîtrait pas convenable qu’il y est eu aucune assemblée d’actionnaires avant que la loi fût rendue. Il fera remarquer qu’ayant conféré, par l’intermédiaire des ministres, et personnellement, plusieurs fois avec les régents, ils doivent renoncer à tout espoir de le faire revenir sur la loi présentée; que ce serait vouloir exposer la place de Paris à une secousse.
Le désir du Premier Consul est aujourd’hui de ne les admettre qu’après que la loi sera rendue. Cependant il n’a encore aucune idée formée à cet égard, et il attendra le rapport que le citoyen Barbé-Marbois lui fera ce soir, à dix heures, ou demain à midi, pour prendre une détermination définitive.

 

Paris, 7 avril 1803

A M. Paesiello

Le Premier Consul, protecteur des beaux-arts autant que juste appréciateur du mérite, m’ordonne de vous exprimer la satisfaction particulière qu’il a éprouvée en admirant, dans la Proserpine, vosrares talents, que l’Italie entière connaît déjà, et que la France, se réjouit de les posséder, s’empressera de célébrer.

En m’acquittant d’une commission aussi agréable, je dois vous assurer de toute la part que je prends à cet événement si glorieux pour vous.

 

Paris, 8 avril 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Plusieurs journaux ont publié, Citoyen Ministre, une convention séparée entre la République batave et la République française, qui paraît extraite ou de la Gazette de Leyde ou d’une feuille officielle de la Haye. Je désire que vous me fassiez savoir si cette convention existe en effet, ne me rappelant pas que vous ayez pris mes ordres pour la signature d’un acte séparé avec la République batave.

 

Paris, 9 avril 1803

DÉCISION

On appelle l’attention du Premier Consul sur un prospectus allemand dans lequel sont expliquées les conditions requises pour être admis en qualité de colon dans la Pologne prussienne. Renvoyé au ministre de l’intérieur, pour faire faire, pendant cinq fois consécutives, des brochures qui tournent en ridicule ce projet et présentent les malheurs qui résulteraient pour les habitants s’ils donnaient dans des piéges aussi lourds. Ces pamphlets
seront distribués avec profusion dans les départements du Rhin.

 

Paris, 9 avril 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, la nomination du cardinal de Lyon, à l’ambassade de Rome. Mon intention est qu’il soit parti le 1er floréal, et arrivé à Rome avant le 20.

Vous écrirez au citoyen Cacault de rester à Rome jusqu’à l’arrivée du nouvel ambassadeur; il continuera à jouir de son traitement.

Vous lui ferez connaître que j’ai toujours eu lieu d’être satisfait de lui, et que, s’il quitte Rome, c’est que les circonstances m’obligent d’y avoir un cardinal. Vous lui demanderez laquelle des missions de Florence ou de Naples il préfère, où s’il désire une place au Sénat.

 

Paris, 9 avril 1803

Au général Berthier

Mon intention., Citoyen Ministre, est que l’on ne fasse aucun préparatif à Angers pour la 65e demi-brigade. Elle s’y reposera simplement deux jours; elle y recevra ordre de se rendre à Vannes, dans le département du Morbihan, dont elle fournira un bataillon à Belle-Île; moyennant quoi la 16e légère en sera retirée. Elle recevra ordre de se rendre à Brest pour y tenir garnison.

Je vous prie de me faire connaître quand la demi-brigade qui de la 26e division militaire se rend à Lyon y arrivera.

Vous donnerez ordre au bataillon suisse qui arrive à Orléans de se rendre à la Rochelle pour y tenir garnison.

Il est convenable que ces différents ordres restent secrets, et que les corps ne les trouvent qu’à leur arrivée. En écrivant au chef de brigade de la 65e, dites-lui que le Gouvernement, en confiant à son corps la place de Belle-Ile, et en l’envoyant dans le Morbihan, compte sur son zèle et sur sa vigilance.

 

Paris, 9 avril 1803

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner des ordres pour armer la côte depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à l’embouchure de l’Escaut. Mon intention est que cet armement se fasse sans précipitation, et sans exciter d’alarmes. La batterie qui devra être armée tout d’abord est celle du cap Grisnez, entre Calais et Boulogne.

 

Paris, 9 avril 1803

Au général Menou, administrateur de la 27e division militaire

J’ai reçu votre lettre du 8 germinal. J’ai vu avec peine que l’on n’avait pas encore commencé à travailler aux chemins du Piémont.

Je vous recommande d’accélérer de tous vos moyens les fortifications d’Alexandrie, car c’est dans cette place que je fonde toute l’espérance de l’Italie. J’ai donné des ordres pour qu’on y fit des travaux considérables. Le ministre de la guerre a dû ordonner au général qui y commande d’y réunir 7 à 8,000 hommes, pour avoir des bras.

La conscription est trop en retard dans vos six départements; ils doivent fournir 4,000 hommes; je ne sache pas qu’il y en ait 500 partis. Ce pays ne sera cependant français que par la conscription. D’ailleurs, le Piémontais est bon soldat, et c’est un des principaux avantages que j’attends de la réunion de ces départements.

La route du mont Genèvre doit être carrossable; elle peut supplée pendant longtemps à celle du mont Cenis.

J’avais accordé un grand nombre de places aux prytanées de Paris et de Saint-Cyr pour des Piémontais; le nombre n’en est pas encore complet; faites-en sur-le-champ la proposition au ministre de l’intérieur.

Il y a en Piémont des moulins à poudre; sont-ils tous dans la plus grande activité ? Il y avait des manufactures de drap pour l’habillement des troupes; sont-elles rétablies ? Il devient bien urgent de le faire, soit pour redonner de la prospérité au pays, soit pour l’habillement des troupes qui sont en Italie.

J’ai ordonné qu’on remît en activité le port de Villefranche, et qu’on y mît une frégate en construction. Faites la recherche des ouvriers qui y travaillaient du temps du roi de Sardaigne, pour les envoyer dans ce port.

Je désire aussi que l’ancien commerce de Nice avec Turin reprenne son activité. Assurez-vous que la route du col de Tende est en bon état, et prenez des mesures pour que la gendarmerie la rende sûre.

Le secrétaire général, pendant son administration par intérim, s’est conduit avec un peu de précipitation. Il a fait beaucoup de choses qui ne paraissent pas dans la nature de sa mission.

Je vous recommande, en général, de ne vous laisser aller à aucun préjugé, et de traiter avec quelques égards ceux qui, dans des temps orageux, ont été pour la France. Ce n’est pas que je ne conçoive que l’opinion n’est pas pour eux. Ceux qui ont quelques talents et que vous supposeriez du parti de l’union avec l’Italie, il faudrait les désigner pour les employer en France. Faites envoyer, par la gendarmerie, au dépôt de Marseille tous les gens sans aveu ou que vous soupçonneriez avoir été dans les Barbets, et qui seraient cependant capables de servir; et, si le nombre en devenait considérable, je ne verrais pas d’inconvénient à former un nouveau dépôt à Nice.

 

Paris, 9 viril 1803

Au général Morand, commandant la 23e division militaire (Bastia)

Je suis instruit de toutes parts de la famine qui désole votre division. Il y a plus de quatre mois que le ministre de l’intérieur a envoyé du Havre un convoi de 90,000 quintaux de blé; il y a plus d’un mois qu’il est arrivé à Bastia. Cependant je n’entends pas que cela ait soulagé le pays. Faites-moi connaître directement ce qui est arrivé, depuis le 1er vendémiaire an XI, des ports de l’Océan ou de la Méditerranée, sans comprendre ce qui est au compte du munitionnaire général.

La 23e légère restera encore sous vos ordres; ce qui, joint aux deux bataillons de la 20e, à la demi-brigade helvétique et à la gendarmerie, doit vous former une force suffisante pour maintenir l’ordre.

Je vois avec peine que votre division n’a encore fourni aucun conscrit. Faites-les partir sur-le-champ, et employez pour cela toutes les mesures de rigueur convenables. Employez aussi tous les moyen pour vous procurer des recrues, pour former le bataillon qui s’organise à Antibes, et même pour d’autres corps. Les habitants sont bons soldats et fournissaient même des troupes à différentes provinces d’Italie : vous ne devez donc pas être en peine de trouver un millier d’hommes en les envoyant à la disposition du général de la 8e division militaire qui les fera d’abord habiller, et, une fois Antibes complet, les fera passer dans les différents corps de la division.

Le ministre de la marine a ordonné la levée de 2 à 300 matelots; faites- les rejoindre, car vous savez combien il est important de les habituer à servir sur nos escadres.

Les ministres ne reçoivent pas assez de nouvelles de votre division de manière que nous ne sommes au courant de rien. Cependant on avait ordonné à l’administration des postes d’entretenir le nombre de bateaux nécessaire pour la correspondance : cela ne se fait cependant pas. Assurez-vous que ces bateaux, au lieu de porter des lettres, ne font pas le commerce.

J’ai nommé le chef de brigade Constantini au commandement d’armes de Grenoble, parce que j’ai pensé lui être extrêmement avantageuse.

Deux à trois cents Maltais doivent être rendus en Corse. Faite moi un projet dont le but serait de leur distribuer des terres qu ‘ils cultiveraient, et d’améliorer leur position. S’il y avait là quelque chose d’exécutable, j’y enverrais les trois cents Grecs que j’ai ramené d’Égypte et qui composent le bataillon qui est en Provence; et, s’il était nécessaire de leur donner quelques noirs pour défricher les terre cela formerait un bel établissement, qui serait fort bien placé dans quelque petite anse.

Vos ingénieurs ont dû avoir des fonds pour achever la grande route qui traverse l’île. Sous le point de vue des communications de la position militaire, il est instant qu’elle se finisse. Je désire que vous ayez de bonne eau et en quantité nécessaire.

Le Corse est revêche, mais au fond juste. Parlez avec eux et ayez la patience d’écouter ce qu’ils vous diront; mais soyez un peu sévère dans les fonctions qui vous sont attribuées.

J’apprendrai avec plaisir votre position de vous directement, et ce dont vous auriez besoin. Vous avez dû recevoir des ordres des différents ministres pour le prompt approvisionnement de Porto-Ferrajo. Je n’ai pas besoin de vous faire sentir l’importance de ce poste.

Dans le rapport que me remet chaque semaine le ministre de la guerre sur tous les événements militaires et de police qui se passent dans les divisions, il n’est presque jamais question de la vôtre.