Correspondance de Napoléon – Avril 1801

Paris, 17 avril 1801

DÉCISION

Observations sur la reconnaissance à faire du thalweg du Rhin, qui, d’après le traité de Lunéville, forme désormais les limites entre la République française et l’Empire germanique. Je prie le citoyen Cretet de faire prendre connaissance de ce mémoire et de me faire connaître pourquoi , lorsque nous étions maîtres des deux rives, on n’a pas détruit les ouvrages sur la rive droite, contraires à la rive gauche. Je désire que le citoyen Cretet fasse marquer les îles qu’il nous convient d’occuper sur le Rhin et les limites que doit prendre la République, et de requérir les ingénieurs des départements du Rhin de s’entendre avec les préfets et les généraux pour ne pas évacuer tout ce qu’il est convenable de garder, afin que, s’il y a des discussions par la suite, nous soyons toujours en possession.

 

Paris, 17 avril 1801

Au général Leclerc, commandant le corps d’observation de la Gironde

J’ai été extrêmement surpris, Citoyen Général, que la dernière lettre que je vous ai écrite le 23 germinal ait été ouverte par un autre général. Vous ne devez jamais autoriser personne à ouvrir vos lettres, surtout celles qui viennent de moi; c’est une conduite de jeune homme; mais c’est plus qu’imprudence lorsque vous autorisez quel un à ouvrir les lettres que je vous écris.

 

Paris, 18 avril 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – La Ligurie formera jusqu’à nouvel ordre une division militaire, commandée par un général de division qui correspondra directement avec le ministre de la guerre.
ART. 2. – Il y aura dans cette division un adjudant commandant, deux adjoints, deux généraux de brigade, un chef de bataillon du génie, un chef de bataillon d’artillerie, un commissaire ordonnateur, deux commissaires des guerres, une demi-brigade d’infanterie légère, deux demi-brigades de ligne, prises parmi celles qui sont à deux bataillons, deux compagnies d’artillerie, six pièces d’artillerie attelées de 100 chevaux.
ART. 3. – Un général de brigade, avec une demi-brigade, se tiendra à Albenga et occupera la Rivière du Ponant; un autre général de brigade, avec une demi-brigade, se tiendra à la Spezzia pour occuper la Rivière du Levant. La troisième demi-brigade fournira une garnison à Gavi et une à Savone.
ART. 4. – Le général de division, le commissaire ordonnateur, les commandants du génie, de l’artillerie, se tiendront à Saint-Pierre d’Arena. Le général de division aura pour garde d’honneur deux compagnies de grenadiers et un bataillon.
ART. 5. – Il sera nommé pour le château de Savone et pour celui de Gavi deux commandants d’armes, deux capitaines du génie, deux capitaines d’artillerie, qui seront invariablement fixés à ces places.
ART. 6. – Les châteaux de Vintimille, de San Remo seront démolis; on laissera cependant subsister une batterie du côté de la mer.
ART. 7. – Le golfe de la Spezzia sera mis dans le meilleur état de défense par le moyen de batteries de côtes.
ART. 8. – La grande batterie de Vado sera réarmée avec des pièces tirées des forts de Savone et de Gênes.
ART. 9. – A dater du ler prairial prochain, les généraux et officiers commandants ne se mêleront en rien de l’administration du pays; la police de la capitale sera entièrement abandonnée au Gouvernement ligurien, et il n’y aura, à cet effet, dans l’enceinte de la ville de Gènes, ni commandant français ni autorités française.
ART. 10. – A dater de la même époque, il n’y aura plus dans toute la République ligurienne ni garde-magasins ni autres employés des administrations françaises, sous quel prétexte que ce soit. Tous les services seront faits par le Gouvernement ligurien.
ART. 11. – Le ministre de la guerre fera connaître au Gouvernement ligurien ce qui est dû à la troupe française, en vivres-pain, vivres-viande, légumes, chauffage, masse d’habillement, d’entretien, solde et appointements. Il sera enjoint expressément au commissaire ordonnateur, au général commandant et aux officiers, de ne rien exiger an delà de ce que la loi leur accorde.
ART. 12. – Les ministres de la guerre et des relations extérieures sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du présent arrêté.

 

Paris, 18 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Vous donnerez l’ordre, Citoyen Ministre, à l’amiral Bruix de partir avec cinq vaisseaux, les deux frégates qu’il a à Rochefort, et le plus de petits bâtiments dont il pourra se faire suivre.

L’amiral Bruix prendra à bord 15 à 1600 hommes de troupe de débarquement, les fusils, canons et autres objets, sans cependant s’encombrer, et il se rendra le plus tôt possible à Cadix, où il prendra sous son commandement les cinq vaisseaux de l’escadre espagnole et les six vaisseaux du contre-amiral Dumanoir, qu’il tâchera d’armer le plus promptement possible en totalité on en partie.

Il prendra à Cadix le complément d’approvisionnement en viande salée qui paraît lui manquer à Rochefort.

Je désire qu’il ne perde pas un instant et qu’il parte le plus tôt possible.

La grande quantité de convois anglais qui passent le détroit pour se rendre à l’armée du général Abercromby le mettra à même de faire de bonnes prises et, en en interceptant quelques-uns, de nuire beaucoup aux Anglais. Il y aura d’ailleurs à Cadix, avant son arrivée, des instructions sur sa destination ultérieure.

Prenez de nouvelles précautions pour vous assurer que l’amiral Bruix a les mêmes signaux de reconnaissance que le contre-amiral Ganteaume.

Faites-lui connaître que j’espère que les vents lui permettront de partir avant la fin de la première décade de floréal.

 

Paris, 18 avril 1801

Au citoyen Forfait

Faites connaître, Citoyen Ministre, au contre-amiral Ganteaume, qu’après le malheureux événement qui lui est arrivé, il n’avait rien de mieux à faire que de rentrer à Toulon; que je désire qu’il sorte le plus tôt possible, qu’il favorise au général Murat l’occupation de l’île d’Elbe, en éloignant les frégates ennemies qui, jusqu’à présent ont empêché le général Murat de s’en emparer; qu’ensuite, selon les nouvelles qu’il apprendra de lord Reith, il manœuvre pour remplir sa mission principale.

Recommandez au préfet maritime à Toulon de faire partir pour l’Égypte le plus d’avisos qu’il pourra, indépendamment du contre-amiral Ganteaume, pour y porter des nouvelles d’Europe, des fusils et quelques hommes.

Envoyez un courrier extraordinaire.

 

Paris, 20 avril 1801

Au citoyen Forfait

Le conseil tenu à Brest n’a pas rempli son objet.

Il ne s’agissait pas de vérifier si les pièces comptables du munitionnaire étaient en règle: il aurait fallu , pour cette vérification, quatre mois d’un travail assidu; le but du conseil devait être :

l° De reconnaître combien, pendant le cours de l’an VIII, le munitionnaire avait fourni de rations de journalier et de campagne, mois par mois ;
2° De diviser toutes ces rations, vaisseau par vaisseau, frégate par frégate, brick par brick, corvette, chaloupe canonnière, etc., de comparer le nombre de ces rations avec l’opinion qui résulte des connaissances locales de chaque membre du conseil sur le nombre des vaisseaux en rade ou armés à Brest pendant l’au VIll et sur la force des équipages; d’obtenir ainsi un compte moral qui puisse faire connaître quels sont les individus qui ont consommé les vivres, et conduire, par le tableau de la consommation de chaque vaisseau en l’an VIII, à la démonstration de la vérité, que ne sauraient produire des pièces multipliées qui ne prouvent rien.
3° Un autre objet du conseil était de procéder, à l’égard des consommateurs autres que les équipages, tels que les diverses espèces de forçats , pertuisaniers prisonniers de guerre, à un travail semblable à celui qui doit être fait pour les vaisseaux sur le nombre de chaque espèce de ces consommateurs pendant chacun des mois de l’an VIII.

On doit bien avoir soin de convertir les fournitures partielles en fournitures complètes; ayant dû servir pour la ration journalière on de campagne pour forçats, etc., elles doivent nécessairement se porter dans la colonne de ces dépenses. Il est bien entendu que l’on doit déduire de chaque vaisseau, à chaque article, les vivres de
retour.

Les mêmes observations sont faites sur les procès-verbaux dressés à Rochefort et à Lorient.

On ajoute une observation particulière au procès-verbal du conseil tenu à Lorient:

On remarque, dans la séance du 14 ventôse, que le conseil prend à ce sujet des éclaircissements qui n’offrent rien de satisfaisant; qu’il existe des bons faits par divers salariés qui n’avaient pas droit de recevoir des vivres. Les conseils d’administration et tous les administrateurs doivent savoir que, sous aucun prétexte, on ne peut allouer des rations données à des individus n’ayant pas droit d’en recevoir, qu’ils soient salariés ou non, que la retenue puisse ou ne puisse pas s’opérer sur les traitements.

Le Premier Consul désire:

1° Que de nouveaux conseils d’administration soient convoqués pour le 15 prairial, et que les observations faites sur le conseil tenu à Brest forment la base de leurs instructions et l’objet spécial de leurs opérations ;
2° Que le ministre de la marine prévienne les munitionnaires généraux que les comptes demandés pour l’an IX doivent être rendus par préfecture, par vaisseau, par corps de troupes;
3° Qu’il soit dressé incessamment, à bord de chacun des vaisseaux aux ordres des contre-amiraux Dordelin et Ganteaume et du capitaine Bedout, un procès-verbal qui constate si les vivres, viandes, biscuit, vin, etc., sont de bon aloi.

Si ces demi-brigades sont plus fortes que 1,800 hommes chacune, elles entreront tout entières; si elles sont moins fortes que 1,800 hommes, elles compléteront chacune deux bataillons à 600 hommes, et elles laisseront à Perpignan le troisième bataillon, qui se complétera, avant de les rejoindre, à 600 hommes.

Donnez l’ordre au général Leclerc d’envoyer à Perpignan un général de brigade pour prendre le commandement de ces troupes, et de s’entendre avec les commissaires espagnols qui sont à Bayonne. Il leur fera sentir que c’est le moyen de faire arriver ces troupes quinze jours plus tôt.

 

Paris , 21 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, à la 24e légère et à la 44e demi-brigade de ligne, qui ont ordre de se rendre à Montpellier, de se rendre à Perpignan, d’où elles iront joindre le corps de la Gironde à Burgos, en traversant l’Espagne.

Il est nécessaire que vous écriviez au général Leclerc et à notre ambassadeur à Madrid, pour que la marche de ces troupes soit dirigée par les lieux qui paraîtront les plus convenables.

 

Paris, 21 avril 1801

Au général Berthier

Le corps d’observation de la Gironde, Citoyen Ministre, sera nourri par le roi d’Espagne et soldé par la République.

 

Paris, 22 avril 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Comme il serait très-possible, Citoyen Ministre, que j’allasse à la chasse le 4, et qu’il ne me paraît pas que la lettre de M. de Kalitchef soit très-pressée, je le recevrai le 5 après la parade; ce sera en tous points plus convenable.

Quant à Azara, vous pouvez l’amener demain à neuf heures nous causerons un instant ensemble de toutes les affaires relative au duc de Parme.

 

Paris, 24 avril 1801

Au citoyen Duroc, aise de camp du Premier Consul

Vous partirez le 6 floréal pour Pétersbourg. Vous passerez par Berlin, où vous pourrez séjourner deux jours. Vous vous ferez présenter au roi. Vous saisirez l’occasion favorable pour lui dire que j’ai profité de votre passage à Berlin pour féliciter Sa Majesté de l’occupation du pays de Hanovre, et lui réitérer les sentiments d’estime et de considération que j’ai pour elle.

Vous ne demanderez de passe-port ni à M. de Krudener, ni à qui que ce soit; vous irez droit à Memel, où vous trouverez probablement les ordres pour passer.

Arrivé à Pétersbourg, vous irez voir le vice-chancelier, et vous lui demanderez de remettre en main propre à Sa Majesté Impériale la lettre ci-jointe (voir plus loin, au 26 avril).

Si vous avez occasion d’être présenté à l’impératrice, vous aurez bien soin de lui parler de l’estime et de l’attachement que j’ai pour sa famille et pour le margrave de Baden.

Avant de partir de Paris, vous demanderez à M. de Kalitchef les lettres dont il voudrait vous charger.

Tant à Berlin qu’à Pétersbourg vous parlerez toujours de l’Égypte comme si nous étions assurés de sa possession;

Du roi de Sardaigne, comme nous plaignent beaucoup de ce que les flottes anglaises étaient ravitaillées à Cagliari, et que des convois considérables alimentaient l’armée du général Abercromby;

Du roi de Naples, comme en parfaite paix avec lui, et bien décidés à la maintenir et à lui conserver l’intégrité de ses Étais;

De l’expédition des Anglais en Égypte, comme manquée, en ajoutant toujours que, si elle réussissait, ce serait un très-grand malheur pour le continent de l’Europe;

De Catherine, comme d’une princesse qui avait bien prévu la chute de l’empire turc, et qui avait bien senti qu’il n’y aurait de prospérité pour le commerce russe que lorsqu’il se ferait par le midi.

En parlant de nos relations actuelles, vous direz que la chose la plus pressée, c’est de faire la paix; que les lenteurs étaient d’autant plus préjudiciables que les deux États sont plus éloignés, et que les événements en Italie et en Allemagne se multiplient avec une grande rapidité ;

Que nous avons toujours regardé l’intérêt que Paul Ier prenait à quelques princes d’Italie comme un intérêt individuel , et non pas comme un intérêt politique;

Que nous sentions cependant qu’il était possible que la Russie prit quelque intérêt au roi de Naples à cause du commerce de la mer Noire et de la Méditerranée; que désormais la paix signée était stable et définitive;

Que le roi de Sardaigne avait tellement mécontenté ses sujets, qu’il serait difficile, à moins d’une armée nombreuse, de pouvoir, l’y maintenir; que d’ailleurs, outre que ce prince se conduisait extrêmement mal, il était facile de sentir que le Gouvernement français ne pouvait pas aimer les revenants;

Qu’au reste, dans le nouveau système des affaires d’Italie, considérablement changé par la possession des États de Venise par l’empereur d’Allemagne, le roi de Sardaigne ne serait plus d’aucun intérêt politique;

Que, si la Russie continuait son système de neutralité armée, dont il ne paraît pas qu’elle puisse s’éloigner avec honneur, la France, qui avait déjà proposé d’y entrer et avait été refusée, était encore dans les mêmes dispositions.

S’il était question des ouvertures qui auraient été faites par les Anglais au Gouvernement français, vous diriez que tous ces bruits sont dénués de fondement, et que c’est une politique bien aisée à saisir, de la part de l’Angleterre, de faire croire qu’elle va traiter avec nous, tandis que ses flottes sont dans la Baltique.

Vous resterez à Petersbourg le plus que vous pourrez. Vous visiterez tous les établissements, les arsenaux, l’armée, la flotte, etc., tout ce que vous pourrez voir sans déplaire et sans donner de l’inquiétude.

Vous écrirez par tous les courriers, soit de Berlin, soit de Pétersbourg, comme si vos lettres devaient être lues par l’Empereur et tous ses ministres, et par le roi de Prusse et tous ses ministres.

Vous profiterez des courriers de l’ambassadeur de Batavie, et quelques jours après votre arrivée, vous expédierez un de vos officiers.

En voyant le ministre de Batavie, vous n’aurez point l’air de vous appuyer exclusivement à lui. Le ministre de Prusse, les ministres de Danemark et de Suède vous offriront des rendez-vous de société.

Quant à tous les émigrés français qui pourraient se trouver en crédit à Pétersbourg, vous les recevrez tous sans en aller voir aucun. Vous pourrez cependant charger un des deux officiers que vous aurez de se mêler avec eux, afin de rassembler un plus grand nombre de renseignements.

 

Paris, 24 avril 1801

Au général Murat, commandant en chef l’armée d’observation du midi

J’ai reçu votre lettre du 25 germinal. Le roi de Toscane est parti de Madrid et arrive à Paris dans vingt jours. Il sera dans quarante jours à Florence; je désire que vous y restiez pour l’installer en Toscane.

Il n’est pas question que vous deviez vous embarquer; cependant les événements ultérieurs peuvent seuls tout décider.

Le ministre de la marine va faire les fonds pour les expéditions sur l’Égypte. Les matelots qui se rendent à Tarente sont destinés à armer les trois frégates du roi de Naples.

J’attends avec impatience la nouvelle de l’occupation de l’île d’Elbe et de la presqu’île d’Otrante.

Ganteaume est rentré à Toulon depuis sa sortie, et doit, à l’heure qu’il est, être reparti.

Nous attendons avec impatience des nouvelles d’Égypte; c’est vous qui devez nous donner les premières. Des bâtiments vénitiens, faisant le commerce de l’Archipel, doivent en donner au général Soult. Recommandez-lui de nous envoyer un courrier extraordinaire dès qu’il apprendra quelque chose de cette armée si intéressante.

Je suppose que vous avez écrit à Raguse et à Ali-Pacha; j’en attends les réponses.

Faites passer en Corse les trois compagnies de carabiniers de la 23e légère pour rejoindre leur corps.

Ganteaume balayera les croiseurs qui sont entre Livourne et l’île d’Elbe; soyez prompt à profiter de ce mouvement pour y jeter des troupes. Envoyez aussi des officiers du génie.

Faites-moi connaître si l’abbé Bonaparte de San-Miniato vit encore.

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J’ai autorisé votre femme à se rendre à Florence.

 

Paris, 25 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le général Leclerc demande des chirurgiens et des médecins; envoyez-lui-en un de ceux qui sont à l’armée du Rhin. Envoyez-lui aussi un payeur. Il demande le général Rivaud pour commander sa cavalerie; expédiez-lui l’ordre de s’y rendre en poste.

Recommandez au général Leclerc d’emmener le plus d’artillerie qu’il pourra, bien approvisionnée; d’avoir quelques pièces de 4 pour les montagnes, et de faire construire trois ou quatre affûts-traineaux pour pièces de 4 et obusiers. Envoyez à cet effet un officier d’ouvriers à Burgos, avec des modèles, pour en surveiller la construction.

 

Paris, 25 avril 1801

Au citoyen Savary, aide de camp du Premier Consul

Se rendre à l’île d’Aix pour visiter les batteries et envoyer un croquis qui fasse connaître si deux ou trois vaisseaux peuvent y être à l’abri de forces ennemies très-supérieures.

Envoyer les plans des batteries, de leurs forces; si les grils à boulets rouges sont bien placés.

Donner tout le 24e de chasseurs à cheval an général Leclerc, puisque le détachement envoyé, joint au 19e, forme plus de 400 hommes.

Ne retenir à Rochefort aucun cheval d’artillerie.

Pièces de 4.

Répare-t-on les rues? Comble-t-on les fossés?

 

Paris, 25 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je reçois, Citoyen Ministre, votre lettre du 5 floréal, relative au projet de nouvelles constructions.

Donnez pour modèle, pour les vaisseaux que vous allez mettre en construction cette année, les plans du Guillaume-Tell, pour ceux de 80 canons; du Spartiate, pour ceux de 74: ce sont des vaisseaux que j’ai vus moi-même réunir toutes les qualités désirables. Cela n’empêchera pas de faire un règlement pour des constructions uniformes pour d’autres années.

Je désire que vous preniez des renseignements sur le nombre et calibre des bouches à feu que portent les vaisseaux anglais, afin d’en armer de même une vingtaine.

 

Paris, 26 avril 1801

À L’EMPEREUR DE RUSSIE

  1. de Kalitchef nous a remis la lettre par laquelle Votre Majesté nous instruit de la mort de son auguste père et de son avènement au trône impérial de toutes les Russies.

Nous avons été vivement affecté de la perte inattendue que Votre Majesté vient de faire.

Nous n’avons éprouvé de véritable consolation qu’en apprenant l’avènement de Votre Majesté à l’empire.

Elle nous trouvera disposé à faire tout ce qui dépendra de nous pour lui être agréable.

Nous sommes disposé à signer tout d’abord un traité qui établisse une paix définitive entre les deux États, et, si Votre Majesté partage les idées de son auguste père sur la liberté et l’équilibre des mers, elle nous trouvera prêt à resserrer encore davantage les liens entre les deux États, de manière à réunir leurs efforts pour le repos et le bonheur de la génération présente.

Il nous tarde de voir se rétablir d’une manière régulière les relations des deux gouvernements.

Nous avons chargé le citoyen Duroc, notre premier aide de camp, de remettre cette lettre en main propre à Votre Majesté. Il ne pourra jamais assez lui dire l’intérêt que nous portons à la gloire du règne de Votre Majesté et à la prospérité de ses peuples.

Nous prions Votre Majesté d’ajouter foi à tout ce que cet officier pourra lui dire de notre part, et de rester persuadée des sentiments d’estime et de considération toute particulière que nous avons pour elle.

 

Paris, 26 avril 1801

Au citoyen forfait, ministre de la marine et des colonies

Un arrêté du Gouvernement, Citoyen Ministre, avait ordonné la création de bateaux de poste pour la Corse; cependant il n’en existe pas. Faites-moi connaître pourquoi cet arrêté n’a pas eu d’exécution.

 

La Malmaison, 26 avril 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Faites connaître aux officiers sanitaires de Marseille, Citoyen Ministre, mon mécontentement de la négligence qu’ils ont apportée à transmettre des renseignements détaillés sur les prisonniers français que des parlementaires anglais ont amenés d’Égypte dans ce port. Ces officiers auraient dû adresser un procès-verbal en règle qui aurait fait connaître le nom de tous ces prisonniers et le corps auquel ils appartenaient. J’espère qu’ils ne s’exposeront plus à de semblables reproches.

 

La Malmaison, 26 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l’ordre qu’on interroge les deux commandants du fort d’Aboukir qui sont à Toulon, et qu’ils répondent à cette question : « L’ennemi, au moment de la reddition du fort, avait-il fait sauter la contrescarpe?  » L’on séparera tous les officiers et sous-officiers, de sorte qu’ils n’aient aucune communication entre eux, et on les interrogera chacun en particulier, de manière à savoir combien de jours le fort a soutenu le feu, et si, lorsqu’il s’est rendu, l’ennemi était arrivé au fossé. Vous donnerez aussi des ordres pour que les deux commandants soient mis en arrestation, après leur quarantaine, au château d’If.

 

La Malmaison, 26 avril 1801

Au général Cervoni, commandant la 8e division militaire à Marseille

Le Premier Consul me charge, Citoyen Général, de vous expédier ce courrier extraordinaire, pour que, par son retour, vous puissiez faire connaître au Premier Consul les détails que je vais avoir l’honneur de vous indiquer.

Il est arrivé à Marseille trois parlementaires anglais, partant plusieurs centaines de prisonniers français. Le Premier Consul désire avoir le nom de tous les officiers arrivés, et connaîtra le nombre d’hommes de chaque bataillon ou escadron, ainsi que l’endroit, le jour et l’heure où ils ont été faits prisonniers par les Anglais.

Le Premier Consul désire que vous interrogiez les officiers les plus intelligents, afin de recueillir toutes les circonstances qui peuvent donner une idée de la bataille du 30 (Bataille de Canope).

Vous devez surtout chercher à connaître le numéro des demi-brigades qui, de notre côté, se trouvaient à cette bataille, et où l’on supposait que se trouvaient les autres à la même époque.

Le Premier Consul désire également que vous cherchiez à apprendre si l’on avait quelques détails sur Rosette et sur Damiette; et il est utile de multiplier les questions, afin d’avoir le plus de données possible pour connaître notre situation actuelle en Égypte, et savoir, par exemple, le nom de tous les généraux de division qui se trouvaient à la bataille du 30.

Le Premier Consul vous invite pareillement à vous occuper de recueillir quelques données sur la quantité de vivres que pouvait avoir la ville d’Alexandrie au moment où les prisonniers ont quitté l’Égypte.

Veuillez joindre, pour le Premier Consul, à ces divers détails, ceux qui concernent la prise du fort d’Aboukir. Il désire savoir avec combien de pièces d’artillerie ce fort a été attaqué, comment ceux qui le défendaient ont pu se rendre après trois jours de feu, et si l’ennemi avait fait sauter la contrescarpe.

 

 Paris, 28 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, au vice-amiral Villaret-Joyeuse, de se rendre à Brest, pour prendre le commandement de six vaisseaux français et cinq espagnols.

Cette escadre de onze vaisseaux devra sortir dans les premiers jours de la deuxième décade de prairial, avec 4,000 hommes de troupes françaises à bord, et être approvisionnée pour six mois. Elle devra se réunir à l’escadre batave, aux Canaries, et de là faire voile pour les Indes orientales.

Envoyez en Batavie un courrier extraordinaire, pour connaître le jour où l’escadre batave pourra mettre à la voile, et avoir l’état des hommes et de l’artillerie embarqués.

L’amiral Gravina recevra des ordres pour remettre cinq vaisseaux espagnols à la disposition du vice-amiral Villaret-Joyeuse.

Le jour où cet amiral arrivera à Brest, le contre-amiral Dordelin ne partira plus pour Rochefort; il formera l’escadre du vice-amiral. Mais, s’il était parti avant son arrivée, alors on armerait six autres vaisseaux français, ou on prendrait d’autres mesures.

 

Paris, 28 avril 1801

Au citoyen Forfait

Je ne vois aucune utilité, Citoyen Ministre, à changer les noms des vaisseaux espagnols; ce changement se fera en temps et lieu.

Je n’ai pas besoin d’arrêté relativement à la comptabilité et aux revues de ces six vaisseaux. Faites donc partir le plus promptement possible un agent comptable.

Prenez toutes les mesures pour que les recrues des équipages soient transportées par terre à Toulon, lorsque les vaisseaux seront partis de Cadix.

Envoyez un courrier extraordinaire au contre-amiral Dumanoir, pour qu’il vous adresse, ainsi que l’ambassadeur de la République et les commissaires des relations commerciales dans les différents ports d’Espagne, les procès-verbaux îles bâtiments expédiés en Égypte, avec la note de leur chargement, afin que vous et la trésorerie connaissiez bien l’emploi des fonds.

Faites sentir au contre-amiral Dumanoir combien il est étonnant que nous n’ayons pas encore les procès-verbaux de prise de possession des six vaisseaux. Il doit vous écrire toutes les vingt-quatre heures.