Correspondance de Napoléon – Janvier 1805

Paris, 10 janvier 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, mon Ministre de l’intérieur, mon intention serait de terminer le monument de la Madeleine. On pourrait affecter, pour concourir à cette dépense, le produit de la vente du terrain des Capucines ou de tout autre qui serait encore à vendre à Paris. Je désire que vous me présentiez un projet en conséquence.

 

Paris, 11 janvier 1805

Au maréchal Bessières

  1. le maréchal Bessières remettra sur les 217,705 francs qu’il touchera des relations extérieures, savoir : 100,000 pour lui; il achèvera le payement de sa terre; 50,000 pour le général Caffarelli 30,000 pour le général Rapp; il tiendra 37,705 francs à ma disposition pour donner aux officiers de la Garde qui se sont mariés ou qui auraient des besoins.

 

Paris, 12 janvier 1805

Le secrétaire d’État à M. Talleyrand

L’Empereur me charge de renvoyer à Votre Excellence la convention que vous avez négociée avec M. Gravina, et d’y joindre une autre copie qu’il m’avait renvoyée pour en faire les rectifications. Sa Majesté désire que, si M. Gravina est encore ici, vous signiez et vous fassiez signer cette copie, à laquelle on n’a rien ajouté, si ce n’est un préambule explicatif du but des puissances contractantes.

Sa Majesté désire aussi que vous engagiez M. Gravina à arrêter un article dont le sens serait que les deux puissances s’engagent à prendre les mesures nécessaires pour que le Portugal fasse cause commune avec elles et pour qu’au 1er germinal prochain tous ses ports soient fermés aux Anglais.

Dans le cas où M. Gravina serait parti, je vous prie de me renvoyer sur-le-champ les pièces que j’ai l’honneur de vous transmettre, afin que je puisse me conformer aussitôt aux ordres que Sa Majesté m’a donnés pour cette occurrence.

 

Paris, 12 janvier 1805

Au vice-amiral Decrès

Faites conduire à Brest et désarmer :

l° Les 10 péniches qui sont à Concarneau;
2° Les 3 bateaux canonniers et les 15 péniches qui sont à Benaudet;
3° La chaloupe canonnière et les 4 bateaux canonniers qui sont à Audierne;
4° Les 9 péniches qui sont à Penmarch;
5° Les 5 chaloupes canonnières et les 16 péniches qui sont à Brest.

Les équipages renforceront l’escadre. Tous les détachements des 44e et 63e régiments rejoindront leurs corps à Brest.

Tous les autres rejoindront leurs corps au camp de Boulogne. Pressez le départ de tous les bâtiments de la flottille qui se trouvent à Saint-Malo, Granville, au Havre, etc., pour les ports de rassemblement.

 

Paris, 14 janvier 1805

A M. Luçay

Monsieur Luçay, mon premier Préfet du Palais, je ne puis qu’être mécontent des états de pensions que vous avez soumis à mon approbation. Mon intention est qu’aucun artiste de mon Académie impériale de musique ne soit mis hors de service sans mon ordre. M. Benoît n’a pas le temps nécessaire pour avoir droit à une pension. Veuillez désormais ne me rien proposer que de conforme aux principes. M. Simon Denèle a déjà obtenu une pension par un arrêté du 27 ventôse an XII; je ne vois pas de raison de lui en accorder d’autre. M. Gerval Durand est dans le même cas. Mon intention est que Mme Boullet soit placée de manière à ne pas être à charge au théâtre; j’ai du reste fait passer au ministre du trésor public votre proposition de pensions, afin qu’il fasse vérifier si, pour la quotité et les droits, ces pensions sont conformes aux règlements.

 

Paris, 14 janvier 1805

A M. Fouché

Monsieur Fouché , mon Ministre de la police, je vous envoie un nouvel arrêté pour 213,000 francs. Je vous recommande le plus grand ordre pour tout ce qui concerne l’emploi de ces fonds. Mon intention est de faire imprimer l’état des dépenses des derniers six mois de cette année; et, l’année prochaine, l’examen de ce compte sera placé sous les yeux de mon Conseil d’État.

Je ne veux absolument aucune espèce de désordre. L’argent des jeux n’est réellement qu’un impôt indirect et dangereux sur les citoyens. Mon intention est que vous me fassiez un rapport sur tout ce qui concerne les jeux dans les départements. Il faut que les commissaires de police ne reçoivent d’autre traitement quelconque que leur appointements, et je ne puis approuver que les préfets, généraux ou commandants de place reçoivent aucune rétribution quelconque sur les produits des jeux. Mon intention est également qu’il n’en soit souffert aucun dans les petits endroits. La compagnie Perrin en établi de cette sorte, et à l’époque actuelle, ce qui ne s’était jamais vu, des agents obligent, avec des invitations écrites, les autorité locales à permettre l’établissement de ces jeux. Vous me ferez un rapport sur les villes où le malheur veut qu’on soit obligé d’en maintenir; niais je me propose d’en appliquer le produit aux hôpitaux ou aux objets nécessaires aux localités. Il y a encore à réformer, même sur les articles que j’ai arrêtés. Il n’existe aucune raison pour que les agents de police jouissent en même temps de deux traitements; dans le ministère de la police, comme dans les autres, l’honneur doit être le seul guide, ainsi que le désir de servir l’État; l’argent n’est qu’in accessoire de peu de considération près des autres motifs.

Il suffira de s’en tenir, cette année, à mon budget; mais, dans un an, vous en présenterez un où l’ordre se montrera réuni à la plus sévère économie.

Je désire que vous me fassiez un rapport sur les produits que la compagnie Perrin tire des jeux dans les départements, en les détaillant ville par ville et en y insérant l’emploi des fonds.

 

Paris, 14 janvier 1805

PROJET DE LETTRE A L’EMPEREUR DE RUSSIE

Monsieur mon Frère, je ne veux pas tarder à instruire Votre Ma-jesté de ce que je fais dans ce moment pour consolider la tranquillité de l’Europe et diminuer cette jalousie qu’on affecte d’avoir de la France, sans considérer cependant que, si elle est forte et populeuse, elle a aussi des charges bien grandes à supporter : d’un côté, une armée qui doit être aussi forte que celle de chacune des grandes puissances; de l’autre, une marine comme celle de l’Angleterre, fardeau trop pesant pour la France et que cependant elle doit supporter pour maintenir et l’équilibre du continent et celui des mers. Sous le nom de président, je suis vraiment roi d’Italie; les peuples de ces contrées me pressent d’en accepter le titre; je fais le sacrifice de ma grandeur, et je renonce à mes droits en faveur d’un prince de ma Maison; mais, si cette modération a l’approbation de Votre Majesté, je serai content, quelque diminution de pouvoir et de puissance que la France en éprouve. Le projet que l’on m’assure avoir Votre Majesté de procurer Corfou et Malte au roi de Sardaigne serait (manque)….  et tirerait d’embarras deux grandes puissances; j’y accéderai de tout non cœur, comme à tout ce qui peut tendre à rétablir et maintenir la paix des nations. Les copies des lettres que je viens d’écrire au roi d’Angleterre et à la reine de Naples mettront Votre Majesté au fait de ma position. Cette communication étant un effet de ma confiance personnelle en Votre Majesté, je la prie de n’en point donner connaissance à son cabinet. Que Votre Majesté veuille bien être persuadée de mon désir constant de lui être agréable.

 

Paris,

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre à six escadrons de cavalerie de ma Garde de partir, mercredi 26, sous les ordres du colonel-général Beauharnais, pour se rendre à Lyon, où ils recevront de nouveaux ordres. Ces six escadrons formeront 900 hommes, et seront composés ainsi qu’il suit :

Deux escadrons de chasseurs de 150 hommes chacun.         300 hommes.
Deux id. de grenadiers id . . . . . .                                                300
Un id. de mameluks de . . . . . . . . . . .                                           100
Un id. de gendarmerie d’élite . . . . . . . .                                     150
Et cinquante canonniers . . . . . . . . . . . . . . .                                 50
_____
900

Donnez des ordres, par précaution, pour qu’on prépare leur passage pour les Alpes. Ils partiront de Paris, mercredi, en autant de détachements que vous ou le colonel-général Beauharnais le jugerez convenable pour moins fatiguer les troupes.

Vous donnerez également ordre à quatre compagnies du premier bataillon des grenadiers à pied, à quatre compagnies du second, à quatre compagnies des deux bataillons de chasseurs à pied (ces seize compagnies complétées par des vélites à 100 hommes chacune) , et au bataillon de grenadiers de la garde du Président de la République italienne, de partir également, sous les ordres du général Soulès, jeudi, pour se rendre à Lyon, où ils recevront de nouveaux ordres.

ORDRE ANNEXÉ

Les troupes doivent emporter leur grand uniforme.

Arrivés à leur destination, chaque bataillon de grenadiers sera commandé par un chef de bataillon que désigneront les Maréchaux colonels généraux.

Les quatre maréchaux en passeront la revue, chacun pour l’arme qui le concerne, et s’assureront qu’ils sont en bon état et au complet.

Pour pouvoir faire le service du palais, les compagnies de chasseurs et de grenadiers restant à Paris seront complétées à 100 hommes par des vélites. Le reste continuera à rester à Fontainebleau et à Écouen.

 

Paris, 14 janvier 1805

A M. Portalis

Monsieur Portalis, Ministre des cultes, mon intention est que vous donniez, de ma part, des anneaux aux évêques d’Aix-la-Chapelle, d’Ajaccio, d’Amiens, d’Autun, de Cambrai, de Clermont, de Digne, de Grenoble, Liége, Mayence, Namur, Nice, Poitiers, Tournay, Trèves, Troyes, Valence, Verceil, Saluces, Mondovi, Ivrée, Asti et Acqui. Vous me présenterez aussi un décret pour que ces évêques soient faits membres des hospices de leur résidence, s’ils ne le sont déjà. Je n’exclus point les autres évêques, en en choisissant quelques- uns, comme je viens de faire; mais je veux être assuré, avant tout, que les évêques que je n’ai point indiqués plus haut sont animés d’un esprit qui les porte surtout à réunir tous les partis et à tranquilliser toutes les consciences.

 

Paris, 16 janvier 1805

Il est présenté à l’Empereur un rapport au sujet de diverses propositions d’échange de propriété entre la Malmaison et le Prytanée militaire. Je prie M. Fleurieu de voir où en sont les projets de loi sur les échanges, à la section de l’intérieur, et de faire ce qui est nécessaire pour faire rendre, cette année, la loi qui échange le bois du Butard contre la ferme du Trou d’Enfer, et les bois du Prytanée contre d’autres propriétés, afin que je puisse procurer à l’impératrice une propriété agréable et économique, et qui aujourd’hui lui coûte beaucoup. Mais il faudrait que cette loi passât dans la quinzaine, car il n’y a pas de temps à perdre. Si l’on adoptait l’échange du bois du Prytanée contre la ferme du Trou-d’Enfer, cela serait absurde, puisque, comme l’observe l’auteur de cette note, cela gênerait tout autant le Prytanée que moi.

 

Paris, 16 janvier 1805

Au maréchal Berthier

Il faut dissoudre de suite le cantonnement de Saintes. Présentez- moi un rapport sur cet objet. Du moment que l’escadre de Toulon sera partie, il faudra dissoudre également le cantonnement de Toulon.

Toutes les divisions de la flottille étant passées, vous ferez relever toute la cavalerie placée sur les côtes, depuis la Garonne jusqu’à Saint-Malo. Vous me ferez un rapport sur les détachements du train et les chevaux attachés à l’artillerie mobile, afin qu’il leur soit donné une destination; et, en attendant, vous les ferez placer dans les parties de la côte où ils souffrent le moins.

Du moment que l’escadre de Toulon sera partie, vous réunirez le 10e de chasseurs à Avignon, et vous porterez un soin particulier à la réorganisation de ce régiment. Vous aurez soin de réunir également le 25e, au moins par escadrons, dans les villes à portée de la côte, pour qu’ils souffrent moins pendant l’hiver.

Vous supprimerez toutes les gratifications et traitements extraordinaires qui ont été affectés aux inspections de l’Océan et de la Méditerranée, depuis la Garonne jusqu’à Saint-Malo. Les troupes qui les composent rentreront sous les ordres des généraux des divisions, et des départements.

Je pense que Belle-Île est approvisionnée de vivres.

 

Paris, 16 janvier 1805

Au maréchal Berthier

Écrivez au général Gouvion Saint-Cyr que je suis surpris que le général Damas soit encore à Naples; qu’il doit le faire arrêter comme émigré, s’il met le pied dans les cantonnements français, et insister pour le faire chasser de Naples; que M. Alquier a reçu des instructions en conséquence, ainsi que pour faire dissoudre tout armement, et que, le cas échéant, il doit le seconder avec activité.

 

Paris, 16 janvier 1805

Au vice-amiral Decrès

Vous trouverez ci-joint un tableau qui vous fera comprendre comment je conçois l’expédition de l’lnde.

Elle serait composée de trois escadres : Brest, Rochefort et le Ferrol.

Brest fournirait 15,000 hommes ; Rochefort , 2,000 ; le Ferrol, 3,000 Français et 3,000 Espagnols.

L’expédition de Brest aurait avec elle 6 flûtes qui seraient destinées à aller jusqu’aux Indes, et pourrait en avoir un certain nombre d’autres qui n’iraient qu’au Ferrol, pour y verser leurs vivres à bord de deux vaisseaux armés en flûte que fourniraient les Espagnols.

L’escadre de Brest serait composée de 21 vaisseaux, de 6 frégates, 6 flûtes et 3 ou 4 bricks.

L’escadre de Rochefort serait composée de 2 vaisseaux, 5 frégates et 8 ou 10 flûtes.

Il serait possible qu’une portion de ces flûtes se rendissent au Ferrol pour y verser leurs vivres à bord de 2 vaisseaux armés en flûte.

L’escadre du Ferrol serait composée de

5 vaisseaux français,
2 frégates armés en guerre,
français armés en guerre
5 vaisseaux,
2 ou 3 frégates espagnols
espagnols

et de 3 on 4 frégates espagnoles armées en flûte, chargées de vivres. Les Espagnols auront les équipages et les vaisseaux; il n’y aura que les vivres qui leur manqueront.

Notre escadre du Ferrol ne peut se procurer les vivres; il faut donc que Brest et Rochefort y pourvoient.

Il faudrait donc que l’escadre de Brest sortît de Brest, se rendît à Rochefort, s’y joignît à l’escadre; se rendît au Ferrol, s’y joignît à l’escadre, et se mît en route.

Vous sentez la nécessité pour Brest de se rendre à Rochefort, parce qu’il ne sera pas commode de trouver des vivres à Brest, et peut-être pas même les transports pour porter les vivres et les chargements au Ferrol.

Il est d’ailleurs facile à concevoir qu’il est difficile à Brest de sortir en un trop grand nombre de convois. Toute l’artillerie serait embarquée sur des vaisseaux de guerre, et il est facile de comprendre que, voulant annuler 6 vaisseaux aux Indes, les boulets de ces vaisseaux serviraient à ce que l’on voudrait et formeraient une riche dotation pour l’île de France.

L’opération ainsi calculée, on doit porter au moins neuf mois de vivres pour l’armée et l’escadre, et trois mois de farine et légumes pour l’armée et l’escadre.

20,000 Français , 3,000 Espagnols et 3,000 autres Français des îles de France et de la Réunion feront indubitablement une terrible guerre à l’Angleterre, quel que puisse d’ailleurs en être le résultat final.

Il n’y a plus de difficulté que pour l’eau et (manque) même. La moitié de l’escadre doit faire eau à l’île de France, et l’autre au cap de Bonne-Espérance, et enfin on pourra charger d’eau , s’il est nécessaire, des frégates espagnoles armées en flûte. Remettez-moi, je vous prie, les calculs de ce projet pied à pied. Vous ne doutez pas que l’Espagne ne puisse vous fournir au Ferrol cinq ou six vaisseaux fournissant les vivres. Et enfin, s’il était vrai que l’Espagne pût fournir tout au Ferrol, on irait à Cadix et on augmenterait l’escadre de 2,500 Espagnols , et on aurait 10 vaisseaux à Cadix, dont 5 ou 6 portant des vivres et de l’eau.

L’expédition d’Irlande aura un prétexte. Le chargement à Brest de tant d’hommes serait même une raison de déguiser parfaitement le projet, puisqu’il serait absurde de mettre sur des vaisseaux à trois ponts 17 à 1800 hommes voulant aller aux Indes.

NOTA. La Pensée et la Romaine pourraient servir au moins pour aller, armées en flûte, jusqu’au Ferrol, et chargées de vivres.

 

Paris, 19 janvier 1805

Au maréchal Berthier

Je vous renvoie la lettre de la reine de Naples (au général Sain Cyr). Écrivez au général Saint-Cyr qu’il ne doit ajouter aucune espèce de foi aux protestations de cette femme; que j’ai dans la main des lettres de cette femme, où elle dit que, pour 15,000 Français elle se charge de les faire égorger, mais qu’elle craint ceux qui viendraient après; qu’il doit insister fortement pour que le général Damas soit chassé de Naples, pour qu’Elliot soit renvoyé au moins en Sicile que tout soit désarmé et que rien n’ait l’apparence d’un mouvement ou d’un armement; qu’au cas contraire, il a ordre de marcher sur Naples.

 

Paris, 19 janvier 1805

Au vice-amiral Decrès

Comme il est possible que nous ayons des ordres à envoyer en Amérique, ordonnez que la frégate la Canonnière, qui est à Cherbourg, se tienne prête à partir vingt-quatre heures après la réception de vos courriers.

 

Paris, 22 janvier 1805

Au général Pino

Monsieur Pino, mon Ministre de la guerre à Milan, mon intention est que vous fassiez confectionner sans aucun retard un million de rations de biscuit, savoir : 500,000 en pluviôse et 500,000 en ventôse. Les premières 50,000 seront déposées à Peschiera et les secondes 50,000 à Legnago. Mon intention est qu’au 15 pluviôse ces deux approvisionnements existent dans ces deux places. Vous ferez placer tout le reste à Mantoue. Ce biscuit doit être fait de manière à durer deux ans. Les véritables lieux de sa confection sont Mantoue, Crémone et Brescia, quoique les transports de cette dernière ville soient plus difficiles. Je ne sais si les places de Legnago, Peschiera et Mantoue sont désarmées; au cas qu’elles le soient, faites-les sur-le-champ réarmer. Quant à Mantoue, cependant, on n’y fera qu’un demi-armement, c’est-à-dire seulement ce qui est nécessaire pour parer à un coup de main, et ne mettant que la moitié des pièces sur les remparts. Enfin mon intention est d’avoir à Peschiera et à Legnago, indépendamment de l’approvisionnement ci-dessus, un approvisionnement complet pour trois mois, dans chacune de ces villes, pour 2,000 hommes. Ces mesures devront être exécutées sans éclat et avec la plus grande économie.

Envoyez-moi, deux fois par semaine, un rapport de la situation des troupes du cordon autrichien sur l’Adige, et sur les nouveaux régiments arrivés depuis trois mois, même dans les pays vénitiens, dans le Tyrol au-dessus de Botzen, et dans le Frioul et la Carniole. Je viens de faire partir 600 chevaux d’artillerie et 3,000 hommes de ma Garde; moi-même je compte aller voir mes peuples de la République italienne dans un délai assez court.

Envoyez-moi, par le retour de mon courrier, les renseignements que vous pouvez avoir sur Legnago et Peschiera; ces deux places doivent être tenues dans le meilleur état de défense.

Faites mettre dans les papiers publics de Milan, sous toutes les couleurs, des articles pour faire sentir le ridicule de faire un cordon lorsque la maladie a cessé; que, si ce sont des menaces qu’on veut faire par là , elles n’ont jamais réussi.

Vous pouvez annoncer aux ministres, à Milan, que je serai dans le courant du mois en Italie.

Cependant, jusqu’à cette heure, je n’ai aucune idée que l’Autriche veuille faire la guerre; mais le système militaire est d’opposer la force à la force, et la saine politique veut qu’on se mette en garde, dès l’instant qu’une force parait vous menacer.

Mon intention est que vous me fassiez connaître l’état exact des corps de la République italienne, et que vous preniez des mesures pour avoir 800 chevaux du train d’artillerie italienne, afin qu’au moindre mouvement un bon train de campagne soit attelé.

Faites-vous rendre compte de l’état des poudrières et faites-les mettre dans la plus grande activité.

J’ai donné ordre à mon cousin le maréchal d’empire Jourdan de mettre Legnago en état de siège et d’y porter une grande surveillance afin que, dans aucun événement, elle ne puisse être surprise.

 

Paris, 22 janvier 1805

Au maréchal Berthier

J’ai ordonné à mon ministre de la guerre à Milan de faire armer les places de Legnago, Peschiera et Mantoue, cette dernière seulement pour la mettre à l’abri d’un coup de main.

J’ai ordonné qu’il fit confectionner un million de biscuits pou mettre dans ces trois places, et, indépendamment de cet approvisionnement, d’approvisionner Legnago et Peschiera pour 2,000 hommes pour deux mois.

Mon intention est que le commandant général de mes troupes en Italie soit prévenu de ces dispositions; qu’il nomme un commandant d’armes à Legnago et à Peschiera; que Legnago soit mis en état de siège, et qu’il rende le cordon sur l’Adige aussi fort que peut l’être le cordon autrichien. Sans disséminer ses troupes, il suffit d’avoir simplement une force assez considérable à Vérone. Faites-moi remettre, dans la journée de demain , l’état exact de la situation qu’occupent les troupes françaises.

Envoyez-moi également un rapport sur le nombre des bataillon du train et des chevaux d’artillerie qui se trouvent en Italie, et de ceux qui viennent d’y être envoyés. Présentez-moi un projet pour en envoyer mille autres.

Donnez ordre aux 4e, 6,, 7e et 8e de cuirassiers de se rendre à Lodi (République italienne). Ils iront à petites marches, et vous les ferez passer par le Simplon.

Donnez ordre au 56e de ligne de se rendre à Turin, ainsi qu’à son bataillon d’élite; vous recommanderez au général commandant la 27e division militaire de le réunir à Turin, et de veiller à sa formation et à sa réorganisation.

Ordonner à une compagnie de 100 hommes du 81e, qui est à Besançon, de se rendre dans le Valais pour y relever les postes du 56e.

 

Paris, 23 janvier 1805

DÉCISION

Le général Campredon propose de mettre la citadelle de Piombino en état de résister quelques jours, à l’effet d’assurer le maintien constant des communications entre l’île d’Elbe et le continent. Approuvé l’idée de mettre la citadelle de Piombino en état de se défendre; faire faire des projets et faire lever le terrain à 1,200 toises de la place.

 

DÉCISION

Le grand chancelier de la Légion d’honneur présente un projet de décret ordonnant la démolition du château de Puttelange, dans le département de la Moselle, et la vente des matériaux provenant de cette démolition. On est toujours à temps de démolir; il faut bien s’assurer que ce château ne peut, dans aucun cas, servir à rien.

 

Paris, 25 janvier 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES

Le budget de l’an IX sera porté à 545 millions, et le ministre exposera dans son compte que cette somme a été nécessaire pour solder les dépenses de l’an IX. Il fera remarquer que les exercices de l’an IX et de l’au X seront ainsi entièrement liquidés. Les 6 millions nécessaires pour cette opération seront pris sur les ressources extra-ordinaires de l’an XIII. On dira dans une note que ces ressources sont déjà réalisées. Il ne s’agira plus que de répartir entre les ministères pour l’an IX ces 6 millions, que l’on réunira à 1,400,000 fr, du fonds de réserve; total 7,400,000. Cette répartition se fera de la manière suivante :

Guerre et administration de la guerre 4,000,000 fr.
Marine 3,000,000
Trésor public 400,000
Somme égale 7,400,000
___________

Le budget de l’an IX sera donc définitivement fixé comme il suit :

Dette publique 77,000,000 fr
Guerre et administration de la guerre 250,000,000
Marine 95,600,000
Intérieur 39,095,150
Finances 32,331,000
Relations extérieures 6,000,000
Justice 10,300,000
Police 1,500,000
Trésor publie. (Pour mémoire.)
Frais de négociations 32,000,000
Fonds de réserve 1,400 000

Le ministre, dans la partie raisonnée du compte de fan XII, où il jette un coup d’œil sur les différents exercices, ajoutera que l’an VI a encore 32 millions, somme plus que suffisante pour liquider ce qui est dû; que les budgets de l’an IX et de l’an X se trouvent satisfaits au moyen de ressources plus que suffisantes; que l’an XI l’an XII paraissent également avoir des moyens suffisants, quoiqu’ils soient encore tellement près de nous, etc., etc.