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Campagnes du capitaine Marcel – CHAPITRE V

CHAPITRE V

 

Après la prise d’Almeïda, nous restâmes encore quinze jours dans nos camps et ne fûmes plus occupés qu’à réunir des approvisionnements pour la troisième expédition de Portugal. Le l4 septembre, il y eut revue aux environs d’Almeïda: c’est là qu’il eût fallu voir notre armée pour se faire une idée de la beauté de nos régiments; malgré cinq mois de bivouac et de durs travaux, le contentement, l’ardeur et l’amour de la gloire se montraient sur la figure de chaque soldat: Les plus jeunes avaient trois ans de service; que n’aurait-on pas fait avec de pareils hommes!

L’armée, forte de 60 000 fantassins et de 12 000 cavaliers, se mit en route le 15 septembre, les 6e et 8e corps par éolorico et Viseu, le 2e corps par Guarda. Nous traversâmes d’abord de superbes vallées, des villages magnifiques, mais il nous fut impossible d’apercevoir un habitant; nous en eûmes l’explication en trouvant sur les murs des proclamations du roi de Portugal enjoignant à tous les bourgeois et paysans d’évacuer les villes et villages, sous peine de mort. L’armée anglaise se retirait au fur et à mesure que nous avancions et malgré cela, au bout de sept jours de marche, nous fîmes halte pendant cinq jours: je n’ai jamais pu savoir le motif de ce séjour. Nos soldats en profitèrent pour bourrer leurs sacs d’épis de mais et se reposer un peut. Le 24 septembre nous nous remîmes en marche et, le 26, notre cavalerie échangea les premiers coups de carabine avec l’arrière-garde anglaise : nous sûmes que l’armée anglo-portugaise se portait vers une chaîne de montagnes appelée le mont Busaco, que l’on pouvait apercevoir. Le lendemain, 27 septembre, nous n’avions pas fait une lieue que l’on trouva les vedettes anglaises et que l’on vit l’armée ennemie postée sur les hauteurs; on arrêta et le maréchal Ney vint jusqu’à cinquante pas de ces vedettes reconnaître la position des Anglais (1). En revenant, il s’arrêta prés de mes voltigeurs déjà en tirailleurs dans les broussailles et dit à un de ses aides de camp « Allez prévenir le prince d’Essling que l’armée ennemie est en position et paraît vouloir s’opposer à notre passage; dites-lui que mon intention serait d’attaquer dès l’arrivée des troupes. » Cependant la journée se passa sans qu’il y eût un coup de fusil tiré; on bivouaqua, mais les vivres manquaient et plusieurs de nos hommes durent s’endormir sans avoir mangé autre chose que quelques graines de maïs écrasées.

Le lendemain matin on prit les armes à l’aube et, à 6 heures, on marcha à l’ennemi, à jeun, avec la même gaieté que si l’on sortait de faire le meilleur repas. Masséna disait aux soldats qui défilaient devant lui: « N’usez pas vos cartouches, allez à la baïonnette! » Il fut obéi et on attaqua avec la dernière vigueur (2). La brigade avait à escalader des rochers escarpés et à traverser des genêts piquants et presque impénétrables qui couvraient la montagne, sous le feu des Anglais tranquillement installés an sommet: les deux régiments marchaient à la même hauteur et une lutte s’établit bientôt entre les soldats du 69e et ceux du 6e léger pour arriver les premiers. Nous parvînmes promptement au pied des masses ennemies et fîmes halte sous un feu roulant qui était assez gênant : malgré les pertes, mes voltigeurs, échauffés, criaient aux Anglais «He! les Goddem, attendez-nous un instant pour le déjeuner à la fourchette!» Mais, chose inconcevable, nous nous aperçûmes à ce moment que la brigade n’était pas soutenue; je vis de suite que l’affaire était manquée: à notre droite la division Simon du 8e corps, déjà parvenue au sommet de la montagne et également non soutenue, redescendait les pentes sous un feu terrible d’artillerie et devant l’attaque d’une colonne anglaise quatre fois supérieure; brusquement cette même colonne arriva sur nous, et ce fut notre tour d’être culbutés. Ce ne fut pas sans résistance et les Anglais n’allèrent pas bien loin car nous brûlâmes sur eux toutes nos cartouches; le sergent Roussel (3), des fusiliers du bataillon, se trouva seul, blessé grièvement, au milieu d’Écossais qui voulaient le faire prisonnier: il en assomma deux à coups de crosse et mit les autres en fuite.

Sur notre gauche, le général Reynier parvint trois fois à s’emparer du sommet de la montagne et en fut chassé par la même colonne qui nous avait culbutés et que les Anglais, libres de leurs mouvements, promenaient de la droite à la gauche pour repousser nos attaques décousues.

Cette fatale affaire coûta 10 000 hommes à l’armée de Portugal; le 69e perdit 60 hommes tués et 500 blessés dont 26 officiers (4). Et pourtant le rapport du général en chef fit passer cette journée si meurtrière pour un simple engagement de tirailleurs, destiné à amuser les Anglais, pendant que notre armée tournait la position à droite: je rougis de dire que de vils adulateurs ont osé prétendre que c’était une des plus savantes manœuvres de Masséna.

Le lendemain nous restâmes en position là où nous avions bivouaqué le 27; à peine eûmes-nous assez de bêtes de somme pour emporter nos blessés et nous fûmes obligés de laisser des amputés quand, le 30 septembre, s’effectua le mouvement par Sardao (5). C’est dans ces moments que l’on reconnaît quel fléau est la guerre et combien elle endurcit les cœurs: dans une nuit obscure, au milieu des bruyères, loin de toute habitation, sans une goutte d’eau pour rafraîchir leurs lèvres desséchées par la fièvre, ces malheureux amputés, d’un ou deux membres, nous imploraient d’une voix déchirante; il me semble encore les entendre crier « Camarades, ne nous abandonnez pas ou achevez-nous! Donnez-nous des armes que nous terminions nos souffrances. Qu’allons-nous devenir? Sommes-nous destinés à devenir la proie des vautours et des aigles qui planent en ces lieux? » Je me bouchai les oreilles pour ne pas reconnaître la voix de quelques-uns de mes voltigeurs qui m’appelaient dans les ténèbres. Quel déchirement pour un officier! Fort heureusement nous apprîmes plus tard avec joie qu’ils furent ramassés deux jours après par les moines d’un couvent établi au milieu d’un bois, derrière la position des Anglais, et qu’ils furent si bien soignés que plusieurs purent rejoindre l’armée.

Comme je viens de le dire, on effectua le 30 ce fameux mouvement, et nous gagnâmes la route de Coimbra en tournant la côte de Busaco qui se terminait à deux lieues à droite et où, comme il à été reconnu après, on aurait pu surprendre l’ennemi par derrière et couper la retraite à son artillerie pendant qu’on l’aurait amusé par des attaques feintes et que le gros aurait filé par la droite. Mais Masséna était tout occupé de sa concubine.

Nous arrivâmes le 2 octobre à Coimbra, ville de 40 000 habitants, pour le moment à peu prés déserte; il n’y était resté que quelques vieillards qui n’avaient pu marcher. Je n’ai jamais vu de site aussi enchanteur que celui de cette ville, située sur a rive droite du Mondégo, au milieu des orangers, des figuiers, des palmiers, des grenadiers et des lauriers-roses. Toutes les boutiques et les maisons étaient fermées; mais nos soldats qu’on avait campés aux environs et qui étaient sans pain depuis plusieurs jours, envahirent la ville en masse: ils avaient assez souffert, assez prodigué leur sang, et il ne vint à l’idée d’aucun officier de s’opposer au pillage (6). Les porte furent promptement forcées et les camps bientôt remplis d’objets de la plus grande valeur, de meubles, d’étoffes précieuses, de liqueurs rares: l’argenterie en vaisselle roulait comme la faïence, mais pas un sac de farine ne fut trouvé. Je ne sais combien de millions perdirent ce jour-là les habitants de Coimbra: combien eussent-ils été mieux inspirés en nous attendant et en nous donnant des vivres! Mais telle était la politique du cabinet de Saint-James.

On prétendait gagner de vitesse les Anglais et arriver avant eux aux positions de Lisbonne: aussi, pour se débarrasser le plus possible, les colonels reçurent l’ordre de laisser tous les blessés dans les hôpitaux de la ville. Heureux ceux qui purent marcher et nous suivre! Deux jours après, une division portugaise, commandée par un général anglais, arriva d’Oporto et s’empara de 7 000 hommes qu’on avait abandonnés sans secours et sans aucun moyen de défense (7). Un sergent-major du régiment, nommé Depontailler, aujourd’hui retiré à Loches en Touraine, était du nombre de ces blessés; il m’à raconté depuis, qu’à l’arrivée de l’ennemi, tous ceux qui avaient un bras libre s’étaient armés, qu’on avait barricadé les portes des hôpitaux et que chaque officier ou soldat avait juré de se défendre jusqu’à la mort si le général anglais ne leur accordait pas une capitulation honorable et ne les protégeait pas contre les Portugais qui voulaient égorger les blessés. Plusieurs soldats, amputés d’une ou deux jambes, avaient fait porter les lits près des portes ou des fenêtres, s’étaient mis sur leur séant et faisaient feu comme des enragés. Le général anglais résista aux sollicitations des brutes portugaises et accorda la capitulation demandée. Mais que penser de la conduite d’un général en chef qui abandonne ainsi des milliers de braves, parmi lesquels 3 000 au moins pouvaient nous être rendus s’ils eussent été gardés ou s’ils nous eussent suivis, car ils n’avaient que des blessures assez peu graves. Tout cela n’empêcha pas les Anglais d’arriver avant nous à Lisbonne; ils traversèrent la plaine de Villafranca ou Masséna croyait les joindre et occupèrent des positions tellement retranchées et tellement fortes qu’il ne fallait plus compter pouvoir les attaquer.

Le 18 octobre, le 69e et le 6e léger allèrent occuper le village de Villanueva où l’on resta un mois à végéter; le vin était en abondance mais le pain si rare que, comme bien d’autres, je fus dix-sept jours sans en voir. On fit un peu de mauvais pain avec du maïs, mais ces ressources furent bientôt épuisées. Il y avait en même temps impossibilité d’attaquer l’ennemi, qui avait couvert de redoutes et de forts retranchements les deux lieues qui nous séparaient de la capitale du Portugal; La montagne à pic qu’occupaient les Anglais, s’appuyait d’un côté à la mer et de l’autre au Tage, qui, grossi par les pluies, avait près de trois lieues de largeur: il était inutile d’essayer de tourner la position. Il fallut donc se reporter en arrière pour pouvoir subsister, et notre corps d’armée occupa Torres-Novas, Ourem et Aldea de Cruz, où nous fûmes assez bien. Il n’y avait pas d’habitants, mais nous avions l’agrément de trouver des maisons propres, des bibliothèques françaises considérables et l’agrément de la chasse et de la pêche. A Aldea de Cruz où cantonnait le régiment, je trouvai un jeune enfant de dix ans dont la figure distinguée m’intéressa: il m’apportait chaque jour une salade de cresson que je lui payais avec un morceau de pain de maïs; comme il me paraissait intelligent, je lui demandai s’il voulait rester avec moi, ce qu’il accepta aussitôt. Je le fis habiller et, au bout de quelques jours, il n’était plus reconnaissable. Il me procura une jolie petite ouvrière qu’il alla chercher dans les montagnes et qui me rendit de bien grands services; comme on le pense, je cachais soigneusement un oiseau aussi précieux et aussi rare, mais plusieurs officiers du régiment, privés de femmes depuis sept mois et ne sachant en outre comment faire pour recoudre leur linge et leurs habits, eurent vent de la chance que j’avais. Sur leurs prières, mon jeune Portugais se remit en campagne et plusieurs jeunes filles revinrent, sachant qu’elles seraient bien traitées.

Lors de notre mouvement en arrière, les Anglais crurent que nous commencions l’évacuation du Portugal: il envoyèrent à notre suite une division que notre brigade d’arrière-garde malmena fort près de Santarem où elle lui tendit une embuscade; je n’assistai d’ailleurs pas à cette affaire. Nous aurions bien voulu attirer l’armée anglaise dans quelque bonne plaine, mais elle ne quitta pas ses retranchements et nous laissa tranquilles jusqu’au moment de notre retraite définitive. On établit un chantier où tous les ouvriers de l’armée se rendirent pour construire des bateaux; on comptait franchir le Tage à la baisse des eaux et aller à Lisbonne par la province d’Alemtejo, mais ce projet fut abandonné. Comme nous n’avions point de nouvelles de France, une brigade escorta le général Foy jusqu’en Espagne et de là il se rendit à Paris.

Avec l’année 1811 commencèrent les difficultés pour subsister: les maraudeurs durent aller aux vivres et bientôt il leur fallut faire plus de 40 lieues en arrière pour trouver quelque chose; les troupes à l’avancée mangèrent jusqu’aux ânes (8). Enfin les difficultés de ravitaillement devinrent si grandes que les chefs de détachement reçurent l’ordre de prendre le premier paysan qu’ils rencontreraient et de lui faire les menaces les plus terribles pour qu’il arrive à indiquer les caches des villages voisins. Ce moyen réussit et nous pûmes nous réapprovisionner un peu: chaque compagnie parvint à se procurer pour un mois de vivres.

En février, la division vint occuper Thomar, jolie petite ville sur la Torre; nous n’avions pas encore ressenti les atteintes de l’hiver, les arbres étaient fleuris comme au mois de mai et nous mangions quantité d’asperges qui croissent sans culture dans les baies.

Nous nous aperçûmes bientôt que l’opiniâtreté de Masséna avait cessé, car, le 4 mars 1811, commença la retraite générale de l’armée de Portugal; le 6e corps forma l’arrière-garde (9). Nous vînmes jusqu’à Pombal sans que l’ennemi parût vouloir nous inquiéter; nous fîmes séjour et, ce jour-là, un combat assez vif eut lieu entre l’avant-garde anglo-portugaise et nos postes avancés, soutenus par la division. Une charge à la baïonnette repoussa définitivement l’ennemi (10).

Ce fut à Pombal que j’offris à mon petit domestique, « mon rapasse », car c’est ainsi qu’on appelle les jeunes garçons en Portugal, de s’en retourner, en lui dépeignant les fatigues qui l’attendaient; cet enfant me répondit que, n’ayant ni père ni mère, il ne me quitterait jamais tant que je serais content de ses services, et je n’eus par la suite qu’à me louer de sa fidélité.

Il était curieux de voir la quantité de baudets que chaque compagnie avait pour le transport de ses vivres et de ses bagages; bien leur en prit d’ailleurs, car, comme nous allions entrer dans les montagnes et suivre des chemins étroits et difficiles, le maréchal Ney commença par faire brûler ses fourgons et ceux de Masséna, ne gardant que le strict nécessaire; les cantinières furent par suite obligées de détruire leurs voitures, et l’or et l’argenterie furent alors à la merci du soldat. Pendant que les hommes s’emparaient des beaux services en vermeil, les cantinières se désespéraient en voyant les fruits d’une si belle campagne perdus en un instant.

Le maréchal Ney dirigea cette retraite avec autant de soin qu’il avait soutenu celle de Gutstadt. La moindre position qui paraissait offrir quelque avantage était occupée, l’ennemi était arrêté au moment où il y comptait le moins; nous ne faisions de chemin que ce qui plaisait au maréchal et nous n’évacuions les défilés que quand l’ennemi avait fait 10 ou 12 lieues en manœuvrant sur nos flancs; se tirait-il un coup de fusil à 5 heures du matin, le maréchal se trouvait prés du poste ou de la sentinelle qui l’avait tiré; un homme était-il blessé dans la compagnie des voltigeurs d’arrière-garde, il fallait qu’il le vit passer afin d’être sûr qu’on ne l’avait pas abandonné. « Avec le Rougeaud, on est tranquille,» disaient les soldats. Et il en fut ainsi jusqu’à Almeïda, pendant les 64 lieues que nous fîmes en trente-deux jours, et je crois que l’on peut dire que ce fut sans nous presser (11).

Le 26 mars, en arrivant aux ponts sur la Ceïra, nous les trouvâmes coupés. La rivière est guéable, mais si encaissée que l’artillerie ne pouvait passer que sur un pont; il fallut donc on réparer un, ce qui demandait beaucoup de temps. Pendant que l’on attendait, l’ordre arriva de se débarrasser de tous nos ânes et de les remettre à deux compagnies du bataillon de marins, chargées de leur couper les jarrets et de les assommer (12). Ce fut avec une peine profonde que nous vîmes le massacre de ces pauvres bêtes, car ces infortunés baudets avaient été nos sauveurs; rien n’était plus véridique que cette caricature qui avait fait le tour des bivouacs et qui représentait un soldat blessé, à l’air minable, monté sur un âne qui portait cette inscription « Le sauveur de l’armée de Portugal. »

Ce jour-là, le 39e était d’arrière-garde. Après la réparation du pont et pendant le passage nous avions entendu quelques coups de fusil ; comme nous étions déjà de l’autre côté du Ceïra et nous disposions à bivouaquer, une violente fusillade s’engagea vers a rive que nous venions de quitter. L’ennemi qui, apparemment, savait notre embarras, avait voulu être plus pressant que de coutume; il attaqua vivement le 39e qui, ayant lâché pied un peu trop vite, mit la confusion dans deux autres bataillons (13). La division anglo-portugaise qui avait attaqué, marchait d’un bon pas; le pont fut de suite encombré, bien que toutes les voitures fussent passées et plusieurs soldats, tombés à l’eau, se noyèrent. Le maréchal Ney ordonna au colonel Fririon d’envoyer immédiatement le commandant Duthoya avec son bataillon pour rétablir l’ordre. En un instant, notre bataillon fut sous les armes et battit la charge; le 27e de ligne, en bataille, faisait un feu de deux rangs (14) sur une colonne portugaise qui voulait s’approcher du pont; il tirait avec le même sang-froid qu’à l’exercice. Sous la protection de ce feu, nous marchâmes, la baïonnette en avant, avec tant d’assurance, que l’ennemi se mit en déroute : les divisions qui arrivaient pour le soutenir, croyant qu’on leur avais tendu un piège, se retirèrent à deux lieues. Les soldats du 3e bataillon ramenèrent trois pièces d’artillerie et un obusier que les canonniers non soutenus avaient abandonnés. Tout le corps d’armée revint de ce côté-ci du pont, mais on y resta deux jours sans voir reparaître les Anglais.

Des soldats du 6e léger retirèrent de l’eau le porte-aigle du 39e qui s’y était jeté pour sauver le drapeau de son régiment ; mais, malgré les recherches les plus minutieuses, on ne parvint pas à retrouver l’aigle qui fut perdue dans la bagarre.

La retraite continua encore pendant quatre jours par cette même route, puis on prit la route de Guarda, car Masséna voulait, disait-on, nous conduire dans les environs de Coria et d’Alcantara pour nous refaire : les maréchaux, d’après les bruits qui nous arrivèrent aux oreilles, n’étaient pas d’accord sur ce mouvement.. Nous étions depuis quelques jours à Guarda et dans les environs où nous faisions des provisions de pommes de terre, comptant séjourner assez longtemps, lorsqu’une nuit une surprise se produisit Le 69e était à Rinvinha, assez gros village où était établi le quartier général du commandant en chef : nous dormions profondément lorsque des cris d’alarme, poussés par des hommes échappés des avant-postes, vinrent nous réveiller. Heureusement nos soldats comptaient plus sur eux-mêmes que sur la vigilance du chef de l’armée qui n’était informé de rien; pendant cette retraite, ils étaient habitués à prendre leur repos, le sac et la giberne sur le dos et le fusil dans le bras. et ils ne s’écartaient jamais; aussi furent-ils prêts au premier coup de baguette et en état de faire face aux Anglais qui débouchaient de tous des côtés. Néanmoins, à un certain moment, une compagnie d’Anglais pénétra dans le village à une portée de fusil de Masséna, qui se mettait en selle avec sa divinité à demi vêtue : ils n’eurent que le temps de s’enfuir au galop pendant que les hussards chargeaient les Anglais qui évacuèrent la localité (15). Au point du jour, l’attaque était repoussée, mais Masséna, encore sous le coup de l’émotion causée par la crainte de se voir ravir sa concubine, prit la résolution de rentrer immédiatement en Espagne par Ciudad-Rodrigo Nous arrivâmes dans cette ville avec autant de joie que nous fussions rentrés en France ; le maréchal Ney nous quitta et partit pour Paris (16).

Nous pûmes au moins nous procurer quelques douceurs avec l’argent et causer avec des habitants, plaisir dont nous étions privés depuis plus de sept mois; chacun fut ravi de retrouver les charmantes Espagnoles qui nous accueillirent avec joie.

La ville avait été bien approvisionnée pendant notre absence et elle put nous fournir des vivres pendant plusieurs jours; mais les ressources s’épuisant, nous vînmes jusqu’à Salamanque, où nous trouvâmes nos 4es bataillons. Quinze jours de repos dans la ville suffirent pour nous remettre; les renforts amenés par les 4es bataillons portèrent les effectifs à un chiffre bien plus élevé qu’avant notre entrée au Portugal; notre cavalerie surtout était nombreuse et magnifique.

Le gros de l’armée anglaise avait pris position entre Almeïda et Rodrigo et tenait ces deux places étroitement bloquées: il fut décidé qu’on marcherait de nouveau sur Almeïda et qu’on livrerait bataille si l’ennemi nous attendait. Quelques bataillons de Jeune Garde qui étaient à Valladolid vinrent se joindre à nous et, le 1er mai, notre armée se trouva en face de lord Wellington qui avait abandonné la plaine pour se reporter dans la montagne; il ignorait évidemment le renfort reçu par notre infanterie et notre cavalerie, car, s’il en eût été instruit, il ne nous eût pas attendus. Par extraordinaire et probablement sur les conseils des autres généraux, Masséna fit, pendant les journées des 2 et 3 mai, des manœuvres sages et habiles, tourna les positions de l’ennemi et parvint, le 4 au soir, sans avoir perdu un seul homme, à acculer l’ennemi à la place d’Almeïda où se trouvait une garnison de 1 200 hommes et dont les murs avaient été remis en état (17). Tous nos soldats étaient joyeux de voir l’ennemi décidé à livrer bataille et ils attendaient avec impatience le moment d’attaquer; dans la nuit du 4 au 5, craignant que l’ennemi ne se dérobât, plusieurs hommes de mon bataillon se relevèrent pour aller demander aux sentinelles avancées si elles n’entendaient pas faire de mouvement rétrograde; l’un d’eux que j’interrogeai me dit « Nous tenons les Goddem, cette fois, et on devrait commencer le bal de grand matin afin de faire une meilleure journée. » Et c’étaient des hommes privés de pain et de viande depuis plusieurs jours qui parlaient ainsi !

Nous ne commençâmes nos mouvements que vers cinq heures et demie du matin et la division vint se ranger devant un petit village nommé Pozzo-Bello : le 6e léger tenait la droite de la brigade qui était en première ligne, le 69e à gauche et légèrement en arrière. Vers les six heures et demie, l’ordre fut donné de se porter en avant et j’entends encore les hurlements joyeux poussés par nos soldats qui criaient si fort que, par moments, on n’entendait plus le canon. Le village fut enlevé en un clin d’œil et nous poussâmes rondement vers Fuentès d’Oñoro (18) Les sans-culottes (19) qui se trouvaient vis-à-vis du 69e, étaient bien étonnés : ils croyaient nos soldats faibles comme les pauvres malades qu’ils avaient faits prisonniers pendant la retraite et, au lieu de cela, ils voyaient de vigoureux gaillards qui leur allongeaient des coups de baïonnette qu’ils ne pouvaient parer; on leur avait fait croire que des enfants de dix-huit ans étaient venus remplacer les morts et ils n’apercevaient avec stupeur que de vieilles moustaches rébarbatives.

Le général Montbrun (20), qui commandait notre cavalerie, saisit le moment où un certain ébranlement se manifestait dans les masses anglaises, les fit charger à fond, traversa trois divisions qui se jetèrent à plat ventre; la confusion se mit dans l’armée ennemie, sa réserve battait en retraite au lieu d’avancer et le quart de nos troupes n’avait pas encore donné. Tout à coup la canonnade et la fusillade se ralentirent; chacun se demandait ce que cela signifiait: « C’est dommage, disaient nos voltigeurs, cela allait si bien et voilà encore les Goddem qui vont échapper. » On attribua ce ralentissement à une lettre reçue au cours de la bataille par Masséna et dans laquelle l’Empereur, instruit de sa conduite, le rappelait à Paris et lui ordonnait de remettre le commandement au maréchal Marmont (21). Quelle qu’en soit la raison, le résultat de cette journée, qui devait être brillante pour nous et réparer les fautes commises par Masséna, se réduisit à 1 500 prisonniers et à un nombre égal de tués et de blessés; tandis qu’en continuant l’affaire, l’armée anglaise était rejetée sous le canon d’Almeïda avec obligation de passer ensuite dans d’étroits défilés et de franchir le Coa sur un seul pont : cette armée eût été détruite. Au lieu de cela, elle se retira à quelque distance et, à l’exemple des légionnaires romains, entoura son camp de retranchements.

Le soir même, on demanda trois soldats de bonne volonté pour aller porter, à travers l’armée ennemie, des ordres au général Brenier, gouverneur d’Almeïda; il s’en présenta un grand nombre et un officier de l’état-major fit tirer au sort (22). Un soldat de la brigade, le chasseur Tillet (23), du 6e léger, fut au nombre de ceux que le sort favorisa et il partit simplement avec deux pistolets chargés que lui donna son colonel. Le 7 mai, le duc de Raguse nous passa en revue et nous espérions que le bal recommencerait le lendemain. Dans la nuit, une explosion sourde réveilla la plupart de nous : nous sûmes ainsi que l’un de nos émissaires, au moins, avait réussi à entrer dans Almeïda. C’était Tillet qui, nous l’apprîmes après, avait remis l’ordre au gouverneur; ce dernier fit sauter les remparts, enfonça la ligne anglaise d’investissement et vint nous rejoindre (24). Le colonel anglais Bevans, qui commandait de ce côté, se brûla la cervelle de désespoir. Tillet revint avec la garnison d’Almeïda et vous devez penser comment il fut accueilli : la croix de l’ordre de la Légion d’honneur fut demandée pour lui.

Les Anglais n’espérant pas remporter quelque avantage sur l’armée qui se trouvait en face d’eux, rentrèrent en Portugal pour se diriger ensuite sur Badajoz, ville forte de l’Estramadure. Le régiment revint à Salamanque pour se réapprovisionner et nous y passâmes une dizaine de jours. Je fus logé chez don Martel, chanoine de la cathédrale, et je fis prompte connaissance avec la charmante nièce de mon hôte; doña Symphorosa n’était pas extrêmement jolie, mimais un oeil vif et spirituel la rendait aimable. Elle avait une grande amie, mariée a un fort brave homme mais un peu simple; le lieutenant Labaith, le plus bel homme du bataillon, était logé chez eux et le mari était assez naïf pour confier sa femme au lieutenant qui l’emmenait promener à la campagne. Nous nous rencontrions tous quatre dans une auberge, nommée la Pescadoria, où l’on mangeait d’excellentes fritures et nous y avons passé d’agréables moments, mais, hélas, trop courts!

Le 4 juin je fus nommé lieutenant dans ma compagnie et, ce même jour, l’armée se mit en marche pour l’Estramadure afin de faire lever le siège de Badajoz : le soldat avait quinze jours de galette sur le dos avec recommandation de bien la ménager. Le maréchal Marmont, espérant surprendre quelques troupes ennemies dans les environs de Ciudad-Rodrigo, détacha de ce côté notre division (25), que commandait alors le général Foy (26); pour la dernière fois, nous allâmes de ce côté jusqu’aux frontières de Portugal où nous surprîmes quelques postes de cavalerie. Nous revînmes de suite prendre le sentier de Miranda de Castaños à travers la montagne; ce chemin n’était praticable que pour des hommes et il fallut abandonner toutes les voitures: ce n’était que rochers affreux, forêts de châtaigniers, mais on trouvait malgré cela d’excellent vin. Nous rejoignîmes l’armée à la petite ville de Malpartida, à deux lieues de Palencia : nous y bivouaquâmes deux jours par une chaleur excessive, ayant pour toute distraction d’aller, le soir, contempler la comète qui paraissait alors. Que de choses ne disions-nous pas à son sujet!

A partir de ce moment nous fîmes de grandes journées; nous n’avions point de repos, nous marchions nuit et jour : quelques soldats, harassés, moururent subitement; d’autres, notamment un caporal du 6e léger, se fusillèrent, mais, chose étonnante, aucune de ces misères n’atteignit le 69e : malgré la faim et la soif, malgré la fatigue, aucun homme ne restait en arrière, personne ne songeait à attenter à ses jours.

Nous passâmes à Truxillo, que nos soldats appelèrent la « Ville aux Cigognes »,vu la grande quantité de ces oiseaux qui nichent sur les édifices; on espérait y trouver quelques vivres, mais il n’y avait rien. Quand on rencontrait quelque fontaine sur la route, elle était immédiatement desséchée; les soldats se précipitaient et ne regardaient ni à la boue ni aux crapauds, lézards ou sangsues qui pouvaient s’y trouver; quelquefois l’eau était infecte, mais rien n’empêchait les soldats d’étancher leur soif : plusieurs hommes avalèrent des sangsues qui s’attachèrent à leur gorge et dont ils ne purent se débarrasser que par l’effet de l’émétique.

Nous traversâmes aussi la petite ville de Medelina et, au moment où nous espérions nous venger de nos peines sur les Anglais, nous apprîmes que ces messieurs, qui avaient perdu beaucoup de monde dans plusieurs assauts, venaient de lever le siège de Badajoz (27).

Pendant que l’on réparait les brèches des murs de la place, le régiment alla occuper le Pueblo de Montijo, petit village fort propre; les hommes furent incontinent employés à moissonner et, peu de jours après, nous étions remis de nos fatigues. Le village renfermait quantité de petites fèves qu’on appelle « gourganes » et de gros pois ronds que les Espagnols nomment « garbanzos » ; nos soldats en firent de si bonnes ripailles qu’ils oublièrent facilement leurs privations et baptisèrent le village du nom de « village aux gourganes ».

Nous revînmes à Truxillo; jamais nous n’avions encore éprouvé de chaleur aussi forte que pendant ces dix premiers jours d’août : à la première étape, la plupart des bœufs et cochons du parc de bestiaux crevèrent, et les chiens ne pouvaient plus poser les pattes sur les cailloux sans pousser des hurlements que les brûlures leur arrachaient. La veille de notre entrée en ville, nous apprîmes que notre colonel Fririon venait de recevoir son brevet de général et passait dans une autre brigade; bien que nous fussions heureux de voir ce brave officier recevoir une récompense dont il était digne, ce n est pas sans une douleur profonde que nous perdîmes un pareil chef. Avant de rejoindre son poste, le nouveau général passa une dernière revue du régiment à la sortie de la ville : les soldats le saluèrent de leurs acclamations et de la correction et de la perfection de leur maniement d’armes, humble mais inestimable hommage que le pauvre soldat rend aux chefs qu’il a appris à respecter et à aimer (28).

Bientôt les vivres recommencèrent à manquer et il fallut chaque jour envoyer un détachement chercher des grains: encore n’en distribution que le quart, ce qui fit que les soldats appelèrent le général Foy (29) « le général au quarte ».

Soit résultat des fatigues, soit par le fait de l’eau détestable que l’on était obligé de boire, une épidémie terrible de fièvre s’abattit sur l’armée; il y avait de 800 à 900 malades par régiment. Mon bataillon fut envoyé à Saraïseco, village sur la route d’Almaras, à deux lieues de Truxillo et, en quelques jours, nous eûmes 400 fiévreux sur 500 soldats, et 23 officiers malades sur 24. Peu de monde mourait, fort heureusement, mais nous étions fort mal, couchés sur de mauvais grabats, n’ayant d’autre nourriture que des fèves sèches, du pain détestable, et dans l’impossibilité de nous procurer du vin ou une nourriture réconfortante (30). J’avais été épargné par l’épidémie lorsque, le 28 août, mon petit domestique et moi fûmes atteints par cette maudite fièvre qui nous dura sept mois; en dépit des soins les plus assidus de notre chirurgien major, malgré la quantité de quinquina que nous prîmes, elle ne nous lâcha pas elle quittait quelques jours puis revenait. Combien de fois, couché au milieu des plaines les plus arides par un soleil ardent, mourant de soif, n’ayant pas une goutte d’eau malgré le dévouement et l’empressement de mes hommes, éprouvant le contraire pendant des nuits aussi froides que la journée avait été chaude, trempé de sueur, obligé de remettre les chemises mouillées de la veille, combien de fois ai-je désiré qu’une balle ou un boulet vienne mettre fin à une existence aussi pénible. De pareilles tortures ne peuvent être comprises que par ceux qui les ont endurées.

Nous quittâmes enfin cet endroit maudit : tous les convalescents furent envoyés pour se refaire dans le bourg de Garandilla au pied du Porto-Pico: des vivres frais et excellents leur étaient distribués et chaque homme recevait tous les jours une bouteille de bon vin. La brigade vint à Monte-Hermoso; ma compagnie, qui comptait 70 hommes, n’en avait pas huit pour faire le service. Cependant on ramassa les plus valides et nous marchâmes à travers les gorges de Coria, pour surprendre les Anglais qui s’étaient portés sur Rodrigo: ce fut peine perdue, car nous trouvâmes leurs camps vides.

Le duc de Raguse fit porter le régiment sur Tolède afin de prendre des rafraîchissements dont nous avions le plus grand besoin : mais c’était comme une gageure, il nous était dû vingt-cinq mois de solde et on ne nous donnait que de faibles acomptes, alors que l’argent nous eût été d’une grande utilité à Tolède où l’on trouvait tout ce qu’on pouvait désirer. Alors les fièvres devinrent mortelles (31) : quantité d’hommes entraient dans les hôpitaux et n’en ressortaient pas. Le régiment fut envoyé à Mazaranbros, bourg limitrophe de la province de la Manche, dans un pays extrêmement fertile en grains et en vin; on s’aperçut, quinze jours après, que la double ration de vin était un remède souverain : on distribua largement le jus de la vigne, et les trognes vermeilles reparurent.

Quant à moi, rien ne pouvait me remettre : tous les jours et à la même heure un frisson terrible s’emparait de moi et une fièvre ardente me tenait quelquefois quatorze heures. Quel dommage! Logé chez d’excellentes gens, soigné par de charmantes demoiselles, j’étais toujours servi par dona Christiana qui était aussi belle qu’aimable et qui languissait d’amour. Fallait-il ne pouvoir que faiblement lui prouver ma reconnaissance!

En fin décembre, l’ordre arriva pour la division de marcher, par la route de Murcie, sur Valence que le maréchal Suchet assiégeait (32). Nous pensions faire une route agréable dans un beau pays, mais les agents de l’insurrection espagnole avaient dit partout que les soldats de l’armée de Portugal étaient indisciplinés, pillards, tuant tout le monde y compris les enfants, de sorte que nous ne trouvâmes personne, même dans les grandes villes; les soldats purent néanmoins se procurer des vivres dans les maisons, et ce fut heureux pour les bourgeois, car la dévastation fut moindre. Nous ne nous figurions plus être en Espagne, tellement la propreté et l’élégance contrastaient avec ce que nous avions vu jusque-là.

Le 31 décembre nous étions près de Toboso, village que don Quichotte a rendu si célèbre, et nous devions cantonner dans un bourg à 7 lieues de la localité où se rendait le régiment. Le bataillon ne partit que fort tard, à cause de la distribution des vivres et, vers les 4 heures du soir, nous n’avions plus que 2 lieues à faire; notre guide ne connaissait plus sa route, car la neige tombait en abondance depuis 2 heures du matin, couvrant les chemins de traverse que nous suivions. Bien que nous fussions en marche depuis 9 heures du matin, nous n’avions encore fait aucune halte, de peur de nous retarder; à 4 heures et demie, la nuit nous prit tout à fait et bientôt nous fûmes dans les champs, par un froid excessif, ne sachant plus où nous étions. Notre guide avait complètement perdu la tête, on n’entendait aucun bruit, et la nuit était si obscure qu’on ne se voyait pas à deux pas; les hommes étaient très fatigués de cette marche à travers un pied de neige, et l’on fut obligé de faire prendre successivement la tête à chaque compagnie pour frayer la route. Il était 2 heures du matin quand nous arrivâmes au village de Lugard-Nuevo; il y avait bien quatre pieds de neige amoncelés par le vent dans les rues, et les habitants, enfermés dans les maisons, refusaient par terreur de nous ouvrir. Il fallut enfoncer les portes, mais, lorsqu’ils furent revenus de leur frayeur, les villageois nous traitèrent fort bien. Plusieurs soldats eurent les pieds gelés et le lendemain matin, à l’appel, il fut reconnu qu’il manquait quatre hommes dont nous retrouvâmes les cadavres gelés à quelque distance du village. L’année 1812 s’annonçait assez tristement pour nous, et ce fut sans joie que les officiers du bataillon se souhaitèrent la bonne année.


Notes

(1) « Le 27 septembre toute l’armée ennemie était bien établie sur le sommet de la montagne d’Alcoba. Cette montagne extrêmement élevée et fort escarpée est défendue sur plusieurs points par de profonds ravins. Les deux chemins qui la gravissent par une pente raide et qui conduisent à Coïmbre étaient coupés et défendus par une nombreuse artillerie. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p 324-325.)

(2) « Les troupes de la division Marchand marchaient sur trois files d’épaisseur; mais comme les boulets creux, la mitraille lui enlevaient des files entières et que les bouquets de bois et de bruyères qui se trouvaient à 15 ou 20 pas sur la gauche étaient garnis de tirailleurs ennemis, la 1re brigade se jeta de ce côté tant pour se soustraire à I’effet meurtrier de l’artillerie que pour éloigner les tirailleurs qui l’incommodaient. » (Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p. 86.). « Ces troupes attaquèrent vigoureusement et malgré la canonnade et la fusillade qui enlevaient des files entières. » (Mémoires du général baron de Marbot, t. II, p. 393.)

(3) Le sergent Roussel était de Balnot-sur-Laigne, entre les Riceys et Bar-sur-Seine.

(4) « En somme, l’armée reçut là un rude échec; elle eut 8 à 10000 hommes hors de combat et elle perdit plus que cela, la confiance aveugle qui, jusque-la, l’avait animée. » (Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p. 25.)

(5) « Le lendemain de la bataille, des reconnaissances envoyées sur les fIancs de la montagne rapportèrent qu’on pouvait la tourner par la droite. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 325.)

(6) « Les habitants de Coïmbre, capitale du Beïra, avaient fui à I’approche des Français… En abandonnant leurs maisons, ils n’avaient pu enlever ce qui faisait l’opulence de la cité. Le général en chef donna les ordres les plus sévères pour le maintien de la discipline, mais comment prévenir ce désordre dans une ville absolument déserte où aucune distribution régulière ne put être faite aux soldats affamés? Ils se répandirent dans les maisons et se livrèrent au pillage. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 326.) – « Bientôt toutes les maisons furent ouvertes de vive force, dégradées et saccagées, en un mot la ville entière fut livrée au pillage. » (Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p. 89.)

(7) « L’armée partit de Coïmbre pour marcher sur Lisbonne par la route de Leyria. Les blessés et les malades furent placés dans deux couvents, sur la rive gauche du Mondégo, fortifiés et barricadés: on y laissa une petite garnison, des officiers de santé et des administrateurs. Peu du jours après le départ de l’armée, le colonel anglais Trent vint investir cet hôpital. La garnison et même les blessés se défendirent en désespérés et ne se rendirent par capitulation que lorsqu’on leur eût assuré qu’on aurait pour eux tous les égards dus au courage malheureux. » (Mémoires militaires de maréchal Jourdan, p. 326-327.)

Ceux que des blessures graves ou des membres amputés mettaient dans l’impossibilité de se lever restèrent sur leurs lits avec leurs armes et se disposèrent à déchirer leurs dernières cartouches (Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p. 90).

« Masséna finit par décider qu’on ne laisserait à Coïmbre qu’une demi-compagnie, dont la mission serait de garder l’immense couvent de Santa-Clara dans lequel on avait réuni les blessés… Le nombre de ces infortunés s’élevait à plusieurs milliers, auxquels on laissa pour défenseurs 2 lieutenants et 80 soldats du bataillon de marine attaché à l’armée… Le 6 au matin parut le général Trent, chef des miliciens de la province, avec lequel nos officiers conclurent une capitulation écrite. » (Mémoires de Marbot, t. II, p. 403-404).

« …Et les malades que Masséna laisse prendre à Coïmbre par 1 500 coquins alors que 1000 hommes auraient suffi à les défendre ! C’est le comble de l’absurdité. Perdre ses hôpitaux, pour une armée, c’est perdre son drapeau ! (Paroles de Napoléon au général Foy dans une entrevue à Paris le 24 novembre 1810. Maurice Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 108.)

(8) « La situation de 1’armée de Portugal devenait chaque jour plus critique. Après avoir consommé les subsistances que les habitants des contrées environnantes avaient abandonnées, on envoya au loin des détachements pour s’en procurer… On toléra les maraudeurs, et chaque compagnie eut les siens; la moitié de l’armée était occupée à alimenter l’autre moitié. De grande désordres eurent lieu, des crimes furent commis; mais comment contenir dans le devoir des soldats abandonnés à eux-mêmes, poursuivis par la faim et qui rencontraient à chaque pas les cadavres de leurs camarades assassinés par les habitants. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 330.)

« Les divisions furent obligées d’envoyer à la maraude par détachements quelques-uns de ces corps isolés furent attaqués et surpris par les milices que commandaient Wilson et Trent. L’armée ennemie, loin de prendre l’offensive, s’attendait à chaque instant à être attaquée ét s’obstinait à rester dans ses lignes. » ( Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p 100 et passim).

(9) « Dès les premiers jours de mars 1811, tout ce qui se trouvait embarrasser la marche prit la direction de Coïmbre le 6 les colonnes se mirent en mouvement, le 8e corps sur Torrès-Novas, le 2e sur Thomar. Le lendemain le duc d’Abrantès prit la direction de Pombal, et le général Reynier suivit la route d’Espinhal. Ce ne fut que quand les dernières troupes sortirent de Torrès-Novas qu’on brûla les ponts construits avec tant de peine… Pendant ce temps le maréchal Ney rassembla son corps d’armée et la cavalerie à Leyria. Le 9 il se retira sur Pombal où il se réunit au 8e corps. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 330-331.)

(10) « Les Français n’avaient plus qu’un bataillon dans la petite ville de Pombal et un autre au dehors pour observer la route de Leyria. L’avant-garde de l’armée ennemie qui suivait ce bataillon, l’attaqua vers les trois heures de l’après-midi avec une telle supériorité de forces qu’il fut battu et repoussé dans la ville… Le maréchal Ney accourut au galop devant le 6e léger qui reculait: «Chasseurs, leur dit-il, vous perdez votre belle réputation, vous vous déshonorez à jamais si vous ne rechassez à l’instant l’ennemi de Pombal; allons, que les braves me suivent.» L’infanterie française ce précipite au pas de course dans Pombal et en chasse l’ennemi après lui avoir tué beaucoup de monde. » (Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p. 180-181.)

(11) « Le maréchal Ney fut chargé de faire l’arrière-garde. Il avait sous ses ordres ce même corps d’armée qui s’était couvert de tant de gloire ainsi que son chef, en soutenant la retraite de Gutstadt on 1807 lorsque la Grande Armée prit la ligne de la Passarge après Eylau. » (Ibid., XX, p 178.)

(12) « Cette retraite de vingt-sept jours, embarrassée de 15 à 20 000 ânes, cette retraite faite avec des troupes arrivées à un degré de désordre, de mécontent dont rien ne peut donner idée, fut cependant l’occasion de divers combats glorieux livrés par le maréchal Ney, qui, plusieurs fois, arrêta avec vigueur l’ennemi au moment où il pressait trop vivement son arrière-garde. » (Mémoires du duc de Raguse, t. 1V, p. 32 et 33.)

« Ney a sauvé l’armée…. Sa conduite fut admirable… Sa bravoure, sa fermeté imposèrent aux Anglais et sauvèrent l’armée de Portugal d’une ruine entière. » (Mémoires de la duchesse d’Abrantes, t. VIII, p. 296.)

(13) « Ce combat est connu sous le nom d’affaire de Foz d’Arunu… Wellington voulut repousser les avant-postes français… on lança pour les appuyer des nuées de tirailleurs… mais ces tirailleurs furent bientôt repoussés par l’arrivée des masses ennemies et mirent, en se retirant, la déroute dans quelques pelotons du 39e qui devaient les soutenir… Le 39e se mit donc brusquement en retraite ou plutôt en déroute à la vue des tirailleurs obligé d’évacuer le terrain devant les masses ennemies… Une sorte de terreur panique s’empara de plusieurs corps… A l’instant les soldats courent en désordre vers le pont ; les uns sont étouffés ou précipités pardessus les parapets… 200 soldats restèrent engloutis sous les eaux, avec l’aigle du 39e dont le porteur se noya. » (Victoires et Conquêtes des Français, t. XX, p. 195.)

« …Heureusement la présence du maréchal Ney remédia à tout. Il repoussa l’ennemi et, à la nuit, opéra sa retraite. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 334.) Cf. Mémoires de Marbot, t. II, p.442.

(14) « Les feux employés étaient le «feu de tirailleurs», le feu de deux rangs à volonté (ou anciennement de billebaude) par peloton (compagnie), demi-bataillon et bataillon. » (Lieutenant-colonel J.-B Dumas, Neuf Mois de campagne, etc, p. 32.)

(15) Marbot, qui était de l’état-major de Masséna, donne une version un peut différente. Il prétend que l’état-major dînait tranquillement sous les arbres dans le village lorsque l’apparition de 50 hussards anglais vint donner l’alarme et permettre d’apercevoir de nombreuse bataillons ennemis. Selon lui, la nuit et un épais brouillard facilitèrent la retraite du maréchal qui s’opéra très tranquillement. (Voir Mémoires de Marbot, t. II, p 433-434). Cette surprise est rapportée très différemment au tome XX, page 90, des Victoires et Conquêtes des Français. Il n’y a donc aucune raison pour ne pas ajouter foi au récit de Marcel, témoin oculaire et qui n’avait pas les mêmes raisons que Marbot pour « arranger » les événements. D’ailleurs la duchesse d’Abrantès rapporte ainsi la surprise : « Masséna, insoucieux de tout,… était auprès d’une femme lorsque l’ennemi, surprenant tout à coup le quartier général, fut au moment de prendre 1e général en chef ! Masséna, obligé de se jeter à peine vêtu sur un cheval, fut contraint de fuir… pour que les Anglais ne se rient pas de lui devant ses cheveux blancs (Mémoires de la duchesse d’Abrantès, t VIII, p. 296.)

(16) « Le plan de Masséna était de s’établir vers Coria entre l’Elja et l’Alagon et sur les deux rives du Tage, pays qui avait moins souffert; il se liait avec le 5e corps et l’armée du Centre, menaçait le Portugal et les Lignes de Lisbonne, obligeait Wellington à suivre son mouvement et reportait le théâtre de la guerre sur le Tage… Ce projet fut désapprouvé par le maréchal Ney. Lorsque ce dernier reçut l’ordre, de marcher, il écrivait que, non seulement il refusait d’obéir, mais que, le lendemain, il se retirait sur Almeïda. Le général en chef… lui ôta le commandement du 6e corps et le confia au général Loison. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 334-335)

« Il régnait entre Masséna et le maréchal Ney une mésintelligence qui eut une suite fâcheuse sur les événements. Ney servait avec peine sous les ordres d’un chef de grade égal au sien; Masséna voulait être obéi. Ces deux hommes d’un caractère indomptable étaient toujours d’un avis opposé, et chacun d’eux avait ses partisans et ses détracteurs. » (Ibid., p. 320.)

« ..Ney repartit pour Alméïda et rentra on Espagne, d’où il se rendit auprès de l’Empereur à Paris (Mémoires de Marbot, t. II, p. 445)

(17) Masséna chercha à s’emparer de la seule communication de l’ennemi sur Castelbon, puit fit un mouvement par sa gauche pour déborder l’ennemi au delà de Pozzo-Bello.

(18) « …Le 5 au matin, le général Montbrun mit promptement en déroute la cavalerie espagnole de don Juan et perdit les moments précieux à la poursuivre… Le 6e corps qui, après s’être emparé des bois et du village de Pozzo-Bello, aurait dû tourner Fuentès d’Oñoro, se jeta trop à droite et le 9e corps n’attaqua pas assez vivement Le village… Les généraux laissèrent fuir cet instant de crise qui décide ordinairement des succès ou de la perte des batailles, et lord Wellington profita de cette indécision pour former plusieurs lignes en potence de sa ligne primitive… et réunit sur ce point une grande quantité d’artillerie… Les troupes des deux partis s’amoncelèrent successivement sur ce point… on ne put ni forcer le village de Fuentès d’Oñoro ni le ravin où il était adossé. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 337-338.)

(19) C’est ainsi qu’à l’armée de Portugal on avait surnommé les Highlanders.

(20) « Montbrun (le comte de), colonel du 1er chasseurs à cheval en 1805, général de brigade après Austerlitz, se distingua à Iéna, Eylau, Friedland; général de division en Espagne; tué pendant la campagne de Russie, en 1812, à la bataille de Mojaïsk. Officier d’une haute capacité et de la plus grande distinction. » (Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p. 78.)

« Jouissait à juste titre dans toute l’armée de la plus brillante réputation. » (Espinchal, Souvenirs militaires, t. 1, p. 229.)

« …Le plus bel homme de guerre que j’aie jamais vu de ma vie. Il était célèbre dans toute l’armée par sa bravoure et surtout à cause d’une réponse fort énergique mais passablement originale qu’il fit, étant au bivouac à Znaym en 1809. Son aide de camp accourait près de lui au grand galop de son cheval en lui criant de loin « Bonne nouvelle, mon général, j’arrive de Vienne et je vous annonce que la paix est faite. – Eh qu’est-ce que cela me f… à moi qui n’aime que plaies et bosses! » répondit Montbrun. » (Parquin, p. 262.)

(21) « Le général Marmont, qui apportait sa nomination de généralissime, se présenta d’abord comme le successeur du maréchal Ney au commandement du 6e corps; puis, quelques jours après, lorsqu’il eut suffisamment connaissance de l’état des choses, il produisit ses lettres de service et remit à Masséna l’ordre impérial qui le rappelait à Paris. Masséna fut atterré par cette disgrâce imprévue et par la manière dont elle lui était annoncée. » (Mémoires de Marbot, t. 11, p. 473-474.)

(22) « Les trois soldats s’appelaient Zaniboni, caporal au 76e, Lamy, cantinier, et Tillet, chasseur au 6e léger. » (Mémoires de Marbot, t. II, p. 470.)

(23) André Tillet, chasseur au 6e léger, courut les plus grands dangers dans une mission dont il fut chargé par le prince d’Essling, en avril 1811, en Portugal, pour le général Brenier, gouverneur d’Alméïda. Il traversa l’armée ennemie. Sur trois hommes chargés de la même mission, il n’y eut que lui qui réussit; les autres furent massacrés. Il reçut la croix de la Légion d’honneur et une pension de 600 francs. (Tables du Temple de la Gloire, t. XXVI, p. 218.)

(24) « Le 7, à minuit, trois salves de l’artillerie dAlméïda indiquèrent que l’ordre était parvenu. Pendant la nuit du 19, le général Brenier sortit d’Alméïda à la tête de la garnison, forte de 1100 à 1200 hommes, tomba à l’improviste sur les postes ennemis et s’ouvrit le passage. Eu même temps une forte explosion annonça que la place était détruite. Le général Brenier, constamment harcelé par l’ennemi, atteignit heureusement San-Felicès où il se réunit au général Reynier. (Mémoires de Jourdan, p. 338-339.)

(25) « Marmont se met en marche pour se réunir à Soult et secourir Badajoz… il se dirige immédiatement sur Plasencia par le col de Baños… tandis qu’il se porte avec la cavalerie et la 1re division sur Ciudad-Rodrigo afin de s’éclairer sur les forces que les Anglais ont laissées sur la Coa… Le général Foy, malgré la difficulté des chemins où l’artillerie n’a pu s’engager, malgré les fatigues occasionnées par une chaleur exceptionnelle, parvient à rejoindre l’armée à Malpartida. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 146.)

(26) Général Foy au maréchal Masséna:

« Paris, 15 avril 1811

L’Empereur m’a confié le commandement de la 1re division du 6e corps et m’ordonne de partir avant la fin du mois pour me rendre à mon poste. » (Lettre citée par Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 361.) – Le maréchal Marmont avait réorganisé l’armée en six divisions.

(27) « Le maréchal Beresford (2 divisions anglaises, une portugaise, 14 000 Espagnols de Castaños et Blake, quelques régiments de cavalerie, en tout 47 000 hommes et 32 canons) avait mis le siège devant Badajoz le 8 mai et dirigé ses attaques sur le fort de San Cristobal. Le général Philippon, gouverneur de Badajoz, défendit les approches par de vigoureuses sorties. Le 13, à l’annonce de l’approche de Soult, Beresford levait le siège pour revenir le 25 mai, espérant réduire cette place qui venait de perdre l’espoir d’être secourue; mais le brave Philippon ne se laissa pas intimider et se disposa à faire la plus vigoureuse résistance. Sur ces entrefaites, le duc de Wellington se réunit à Beresford avec deux divisions… Les travaux du siège furent repris dans la nuit du 30 au 31 mai et les attaques dirigées, comme à la première époque, sur le fort de San Cristobal. Le 6 juin an jugea la brèche du fort praticable et on se décida à donner l’assaut… On essaya d’escalader les remparts au moyen de quelques échelles, mais, après une heure de vains efforts, on fut obligé de se retirer; 75 grenadiers du 88e régiment, commandés par le capitaine Chauvin, eurent la gloire de repousser cette attaque… Les jours suivants, les assiégeants cherchèrent à élargir la brèche par le feu continuel de leur artillerie et, dans la nuit du 9 au 10, ils livrèrent un nouvel assaut qui n’eut pas plus de succès que le premier. Le capitaine Jourdion du 27e léger, commandant du fort, n’avait pour garnison qu’environ 150 hommes. Ce brave fit pleuvoir sur les assaillants une grêle de balles et de projectiles creux et les repoussa… Wellington, prévoyant que la soumission d’une place aussi vaillamment défendue, exigerait beaucoup de temps, informé d’ailleurs de la marche du due de Raguse… se décida à lever le siège. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 347-348 et passim.)

(28) Fririon (Joseph-François), né à Pont-à-Mousson en 1771, mort en 1849. Il était frère du général de division, chef d’état-major de Masséna (J-B. Dumas, Neuf Mois de campagne à la suite du maréchal Soult, p. 124, note.) Bon officier à la tête des troupes. (Girod de l’Ain, p. 216) Il fut remplacé à la tête du 69e par le colonel Guinand.

(29) Foy (Maximilien-Sébastien), né à Ham (Somme), en 1775, sous-lieutenant d’artillerie eu 1792, colonel du 5e d’artillerie à cheval en 1803, général de brigade en 1809, général de division en 1810. Blessé grièvement à Orthez le 27 février 1814 et à Waterloo. En 1819, inspecteur d’infanterie dans les 2e et 6e divisions militaires. Membre de la Chambre des députés.

(30) « … Les chaleurs de l’été rendent le pays insalubre et provoquent des dysenteries tenaces, des fièvres pernicieuses ou de graves maladies. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 148.)

(31) « Au commencement de septembre, sur les 5 000 hommes que compte la division, il y a plus de 1500 malades ou convalescents hors d’état de combattre ; on enregistre de six à sept décès par jour et il est à craindre que le mal ne soit pas encore à son apogée. » (Ibid., p. 148.)

(32) « Le général Montbrun est mis à la tête du détachement composé des 1re et 4e divisions et de la cavalerie légère pour faire une puissante diversion sur Valence. Le général Foy porte sa division sur Albacète, Chincilla, Alicante. (Maurice Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 115.)

« Le mouvement du général Montbrun dans la Manche était superflu et la défense des Espagnols devant Valence misérable. La prétendue bataille, livrée pour cerner la ville, se composa de deux charges de cavalerie faites par le 4e hussards et le 13e cuirassiers. Toute l’armée de Blake se débanda et la ville de Valence allait ouvrir ses portes après avoir soutenu un simulacre de siège. (Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p. 86.) Cf. Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 371.