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Campagnes du capitaine Marcel – CHAPITRE II

CHAPITRE II

 

Le 1er janvier 1809 nous trouva sur le chemin d’Astorga : nous comptions que l’ennemi nous attendrait dans les défilés par où l’on pénètre en Galice, mais il n’en fut rien et nous entrâmes sans coup férir dans Astorga, la ville la plus ancienne du royaume de Léon et ceinte encore de vieux remparts élevés par les Maures.

Nous fûmes cantonnés dans les environs (1), et le temps était si pluvieux qu’il nous fallut rester dix jours dans ces pauvres villages avec des châtaignes sèches pour toute nourriture (2). Ce fut là que nous commençâmes à prendre la vermine, car les poux étaient en si grande quantité que nous passions les journées à nous les tuer les uns les autres.

Le corps d’armée du maréchal Soult, fort de 30 000 hommes, arriva le 3 janvier à Astorga; il était en majeure partie composé des troupes qui avaient fait la campagne de Portugal et avaient été ramenées en France par les Anglais, après la capitulation du général Junot; nous les avions rencontrées à Saintes alors qu’elles débarquaient et que nous marchions sur Bayonne. Ce corps d’armée ne s’arrêta point et prit le chemin des Asturies afin de pouvoir arriver sur les derrières de l’ennemi, mais les eaux avaient tellement monté dans les vallées de ce pays montagneux qu’elles empêchèrent l’exécution de ce mouvement bien conçu. Le maréchal Soult ne put joindre l’armée anglaise qu’à Lugo, mais alors il ne la quitta plus et la harcela tout le long du chemin jusqu’à la Corogne où elle parvint à s’embarquer.

L’Empereur avait appris sur ces entrefaites que la guerre était sur le point d’éclater en Allemagne: il quitta l’armée à Astorga pour retourner en France, tandis que, le 10 janvier, nous nous remettions en marche. Ce fut avec joie que nous quittâmes les villages à la vermine, mais malheureusement nous emportions avec nous une notable quantité de cette engeance qui pèse peu mais gêne beaucoup. Nous nous dirigeâmes sur Villafranca, précédés de la cavalerie légère du général Colbert qui formait l’avant-garde; tous les voltigeurs de la division appuyaient la cavalerie, le régiment venait ensuite, assez loin derrière.

Nous marchions rondement, si bien qu’au village de Cacabellos les Anglais, serrés de trop près, durent arrêter. Le général nous fit déployer à droite et à gauche de la route et tint ses chasseurs à cheval sur la grande route, prêts à charger. Il était plein d’ardeur et courait jusque derrière les tirailleurs pour les animer. « Voltigeurs, nous disait-il, soyez fermes, allez de l’avant et ces Anglais sont à nous. » Nous lui répondions par des acclamations, les voltigeurs étaient pleins d’ardeur mais les Goddem ne voulaient pas nous attendre. Ils firent soudain une décharge générale et prirent la fuite à travers la montagne : un seul coup avait été meurtrier, et ce fut le brave et loyal général de Colhert qui fut atteint : « A la prochaine fois pour le venger, disaient nos hommes (3). »

A cinq heures du soir, le régiment entra dans Villafranca : sur la place étaient rangés 600 Anglais qui n avaient pas eu le temps de se sauver et que nos cavaliers venaient de faire prisonniers. Tous semblaient fatigués, et pourtant quelle différence entre eux toujours bien nourris et approvisionnés et nous obligés de nous en remettre à notre bonne étoile pour le misérable et unique repas que nous faisions par jour!

Deux bataillons du régiment furent logés dans un couvent armé de vieux canons en fonte hors d’usage mon bataillon fut détaché au village de Valthuile de Arriba, où nous arrivâmes affamés, fatigués et transis. Le pays était fertile en vins, aussi le premier soin de nos soldats fut-il de s’en approvisionner amplement ainsi que de pain de maïs et de viande salée de porc et de mouton que l’on trouva en abondance; les habitants ne disaient rien et paraissaient craintifs. Mais le cantonnement ne répondait pas au reste; nous étions logés dans des maisons si pauvres et si sales que les cochons y habitaient également et que nous eûmes des combats à livrer pour les expulser. Il n’y a dans ces maisons de Galice ni meubles, ni lits, ni ustensiles de cuisine, et les serfs de la plus malheureuse partie de la Pologne sont plus propres et ont un sort plus heureux que celui des Galiciens qui habitent ces montagnes. Ce qui me gênait le plus dans ces cahutes, c’est qu’il n’y a point de cheminée (4); le feu se fait au milieu de la chambre, et la fumée, qui ne sort qu’avec peine par une ouverture faite à la toiture, se répand en si grande quantité dans la maison qu’à peine y peut-on résister, et on est sûr, si on y reste quelques jours, d’en sortir fumé comme un jambon de Mayence. Mais les quelques jours de stationnement que nous fîmes là nous permirent de réparer un peu notre chaussure; les quatre cinquièmes du régiment marchaient pieds nus.

Le 16 janvier nous reçûmes l’ordre de prendre à gauche de la grande route afin de joindre quelques régiments du marquis de la Romaña (5) qui se dirigeaient sur Orense. Nous prîmes par Ponferada et, après avoir traversé des vallons où les arbres commençaient déjà à fleurir, nous couchâmes dans un village où les soldats découvrirent un magasin d’effets militaires, habits, chemises, souliers: un de mes hommes m’apporta une paire de souliers qui me fit plus de plaisir que deux louis d’or. Le lendemain nous sûmes que l’arrière-garde de ce corps espagnol qui allait à Orense n’était qu’à une demi-lieue de nous; le général Maucune fit commander une section de voltigeurs pour presser le pas et tâcher de joindre cette troupe. C’était justement ma section que commandait le lieutenant d’Avesnes. Nos soldats, qui brûlaient du désir de connaître enfin ces fameux Espagnols, marchèrent avec une telle vitesse que nous ne tardâmes pas à voir l’ennemi. Le lieutenant divisa sa section en deux, prit le commandement de l’une pour se porter vers la droite, et confia l’autre au sergent Brâlé, un de mes compatriotes de Bar-sur-Seine; le général Maucune qui marchait avec nous, à cheval, ne tarda pas à nous précéder, ce qui était très imprudent. Nous marchions sans réfléchir que le régiment était extrêmement en arrière de nous et que, dans de pareils défilés, si l’ennemi l’eût voulu, il pouvait nous surprendre facilement. Mais le général désirait faire rendre cette troupe sans coup férir et il lui criait « La paix, la paix » en agitant un mouchoir blanc; les Espagnols ne bougeaient pas et, nous voyant arrivés à portée de mousquet, nous répondirent par une décharge, qui, heureusement, n’atteignit personne. Je vis que nous avions affaire à une mauvaise troupe, mais je reconnus aussi la faute que nous avions commise en nous avançant si précipitamment sans être soutenus. Je dis à Brâlé d’embusquer ses hommes derrière des arbres et d’inquiéter l’ennemi en attendant le reste de la compagnie; les Espagnols firent bonne contenance tant qu’ils virent que nous n’étions pas 30 hommes, mais lorsqu’ils s’aperçurent du mouvement que faisait le lieutenant et qu’ils virent la compagnie s’avancer au pas de charge, ils disparurent si vivement que nous ne pûmes les joindre que le lendemain.

Ce soir-là nous couchâmes à la belle étoile dans la vallée de Sobradello et, le lendemain, à peine avions-nous fait une lieue que nous trouvâmes les Espagnols en position en arrière d’un pont (6) ; le lieu était parfaitement choisi, car 600 hommes bien commandés auraient pu en empêcher 4 000 de passer, mais ce n’était que des Espagnols et nous voyions leurs officiers faire des efforts, les brutaliser même pour les faire mettre à leurs postes. Le chemin qui conduisait à ce passage offrait juste assez d’espace pour que quatre soldats pussent marcher de front et il nous était impossible de prendre à droite ou à gauche, le chemin étant pratiqué dans le roc: le pont lui-même était barricadé. Nos voltigeurs arrivèrent à un bout et reçurent deux décharges fort bien garnies, mais les cornets sonnèrent à l’instant la charge, et alors aucun obstacle ne nous arrêta; nous passâmes ce pont avec tant de vitesse que les Espagnols n’eurent ni le temps de recharger leurs armes ni celui de s’échapper. Nous eûmes 3 voltigeurs blessés, l’ennemi eut 5 tués et plus de 50 prisonniers. Le reste des 1 500 Espagnols qui défendaient ce passage imprenable se dispersa dans la montagne et il fut impossible de le joindre (7). Pour ma part, je pris un chef de bataillon, que je fis garder par un caporal jusqu’à l’arrivée du régiment pour qu’il ne lui soit fait aucune insulte (8). On nous fit coucher dans des villages remplis de vin, de volailles et de cochon salé, sur lesquels nos hommes firent promptement main basse, mais les maisons étaient de véritables turnes où les pourceaux habitaient pêle-mêle avec les paysans. Le lendemain, au départ, j’avais un pan de mon habit coupé et je ne doutai pas que, la veille, ayant mis un morceau de pain dans la poche, les cochons me l’avaient mangé dans la nuit avec le morceau de drap.

Le temps continuait à être affreux, les moindres ruisseaux étaient devenus torrents et le chemin n’existait plus : nous suivions à peu près la direction que chaque hauteur indiquait et plusieurs soldats faillirent périr. Les fusils étaient dans un tel état que rien ne pouvait les faire partir (9) aussi attaquions-nous à la baïonnette sans nous préoccuper de ce que faisait l’ennemi. En arrivant au village de Villa del Rio Frio, où nous devions séjourner, nous prîmes 300 hommes et plusieurs officiers qui se rendirent sans résistance. Parmi ces officiers se trouvait un prêtre nommé don Juan Benito, que je fis loger avec moi ainsi que trois capitaines espagnols qui m’avaient plu. Lorsque nous fûmes un peu secs et que l’estomac fut garni, nous fîmes raconter au senor don Juan les motifs qui l’avaient amené à suivre le régiment où il était: sa hideuse figure et son originalité nous avaient fait présumer que son histoire devait être curieuse.

Il nous dit qu’il était de Villafranca et s’était mis aumônier du 1er régiment de la Reine parce qu’il avait été obligé de quitter son pays; ayant eu en effet, pendant plusieurs années, la direction des consciences des soeurs d’un couvent de Bernardines, une jeune novice de seize ans était devenue éperdument amoureuse de lui et il n’avait pu, comme le bon Antoine, résister à la tentation; il avait alors fait évader cette fille du couvent et, avec le consentement du colonel, l’avait amenée au régiment où elle passait pour sa sœur. Pendant qu’il nous parlait, je le considérais et ne pouvais concevoir comment une femme avait pu s’éprendre d’un homme aussi mal tourné : il avait au plus quatre pieds trois pouces, des membres énormes, un visage large surmonté d’un nez épaté, des yeux gros comme des noyaux de cerises, une bouche à avaler des oeufs d’oie et avec cela plus de dents. Je lui demandai comment il se faisait qu’à son âge, car il avouait trente-six ans, il fut ainsi édenté; il me répondit qu’une de ses tantes, qui l’avait élevé, lui avait fait tellement manger de dragées et de sucreries qu’il avait perdu toutes ses dents en bas âge : mais un des officiers espagnols lui dit : « Sehor curé, je crois que si vous n’aviez jamais mangé que des sucreries, vous auriez encore toutes vos dents, mais ce qui vous les a fait perdre doit être quelques onces de mercure. » M. le curé ne répondit pas, mais ajouta : « D’ailleurs l’ingrate Anita m’a quitté et elle vit maintenant avec un officier qui est malade dans la maison voisine. » Je désirais vivement connaître la femme qui avait pu se passionner pour un être aussi laid que don Benito et je demandai à un des officiers de me présenter cette dulcinée, me disant qu’une figure, sans être jolie, plaît toujours à seize ou dix-sept ans. Nous nous rendîmes donc à la maison voisine, où nous trouvâmes cette jeune personne appuyée sur un mauvais grabat où était couché un homme à la figure distinguée qui souffrait d’un très violent accès de fièvre. Anita pleurait amèrement, mais ses manières douces et charmantes m’enchantèrent, et je la trouvai belle comme un ange. Anita était d’une taille petite mais faite au tour; deux sourcils d’ébène surmontaient ses yeux noirs, vifs et magnifiques; son teint, bien que bruni, n’en était pas moins frais, enfin une bouche où les amours semblaient se rassembler et qui montrait. lorsqu’elle l’ouvrait, non pas des dents mais de véritables perles. Je comprenais ce qu’elle me disait mais je t’expliquais avec peine, mêlant du français et de l’allemand à très peu d’espagnol. Je la fis supplier par un des officiers espagnols de venir partager notre souper et de ne pas rester dans un lieu où, jusqu’alors, elle avait été respectée, mais où il était presque certain que les soldats lui manqueraient lorsqu’ils seraient échauffés par le vin. Après bien des résistances, elle céda à nos sollicitations, à la condition que le moribond, qu’elle disait être son mari, serait transporté dans notre chambre : ce que nous fîmes aussitôt. Si je ne pouvais m’exprimer en espagnol, mes yeux parlaient suffisamment etje fis tout ce que l’on fait en pareille situation auprès d’une femme aimable: attentions, soins, prévenances, rien ne fut négligé. Le mal avait accablé le malade, mais la fièvre, en diminuant, lui procura un profond sommeil.

Bien que paraissant affectée de la situation de son prétendu mari, Anita ne laissa pas de bien souper. Je lui faisais des protestations de la plus sincère amitié et tout cela par gestes; les officiers espagnols s’aperçurent de la passion que cette fille m’avait inspirée et se retirèrent, sitôt après avoir mangé, dans la chambre qui leur était assignée : j’avais une mauvaise paillasse dont j’offris le partage à la belle, et elle se décida après de vives instances. J’avoue que, dans cet instant,j’aurais désiré avoir un palais où les sofas les plus riches ornent les appartements, pour les offrir à cette divinité qui me fit oublier les fatigues de la journée. Je prodiguai à ma charmante amie les caresses les plus tendres, et comme je fus payé de retour! Quand nos transports se furent apaisés, je lui demandai comment elle s’était décidée à suivre le señor don Benito; elle me répondit que, mise au couvent à l’âge de dix ans pour que son frère possédât toute la fortune de ses parents, elle n’avait jamais pu s’accoutumer à la vie monastique et qu’elle n’avait pu s’échapper qu’en se mettant à la discrétion de cet homme. « Si j’avais pu prévoir, me dit-elle, la révolution qui vient de s’opérer, je n’eusse jamais accordé mes premières faveurs à un être aussi affreux…!» A six heures, le tambour nous annonça qu on allait se remettre en route. Je crois qu’il n’eût pas fallu beaucoup solliciter cette épouse d’une nuit pour l’engager à me suivre; cependant, sur une légère proposition que je lui en fis, elle me témoigna une sorte de désir de rester pour soigner le malade : je ne répétai point ma demande et ne fus point fâché de la voir rester pour prodiguer des soins à un malheureux dont la situation était vraiment pénible.

Nous marchâmes sur Orense par des chemins de traverse et arrivâmes dans des villages où les habitants furent surpris de nous voir et encore plus étonnés en constatant que nos soldats ne leur faisaient aucun mal : ils croyaient en effet, d’après ce que les prêtres et les moines leur avaient dit, que nous massacrions tout le monde et mangions les enfants; la plupart de ces paysans avaient des espèces de blaudes (10) en paille très bien faites et les garantissant parfaitement de la pluie.

Le 20 janvier nous arrivâmes à Orense (11), où le 6e léger était depuis la veille, et qui était vide d’habitants. Cette ville, située sur le Minho que l’on passe sur un superbe pont, présente cette particularité qu’une partie de la ville, située au pied de la montagne, éprouve toute la rigueur de l’hiver tandis que les autres quartiers jouissent des douceurs du printemps. J’allai avec Bernardot, sergent de grenadiers du bataillon, visiter deux fontaines qui sont sur un point très élevé et distantes de trois pas l’une de l’autre; celle de droite, faisant face au couchant, donne une eau limpide et glacée tandis que celle de gauche est si chaude qu’on ne peut y plonger les mains. J’essayai d’en boire et me brûlai : pendant que nous riions et plaisantions, nous fûmes salués d’un coup de feu qui effleura Bernardot; nous ne pûmes découvrir celui qui l’avait tiré.

Le lendemain, le régiment arriva à Tuy, dernière ville de la Galice, bâtie sur la rive droite du Minho; la rive gauche du fleuve est en Portugal; nous espérions y prendre des cantonnements, car notre colonel en avait été nommé gouverneur et nous n’avions plus d’armée à combattre, tout était dispersé. Un ancien officier espagnol qui parlait français vint au-devant du régiment et pria le colonel Fririon de ne point traiter les habitants avec rigueur, car ils étaient épuisés par le séjour des troupes espagnoles et portugaises; il l’assura que nous ne manquerions de rien. Ce vieil invalide offrit au colonel le somme de 80 000 francs que la ville avait mise à sa disposition pour faire face aux achats de subsistances pour le régiment : il le supplia de garder pour lui cet argent, s’engageant à payer lui-même les fournitures nécessaires avec l’aide de quelques autres généreux habitants de la ville. Mais s’il y a eu des généraux avides en Espagne, le colonel du 69e sut montrer qu’il y avait encore des officiers qui servaient uniquement pour la gloire et l’honneur de la patrie. Il refusa noblement et renvoya le vieil Espagnol en l’assurant que le régiment saurait se comporter avec discipline sans qu’il fût besoin d’acheter son chef. Le lendemain, la parade eut lieu sur la grande place de la ville : lorsque le colonel parut, les soldats mirent leurs shakos au bout des baïonnettes et le saluèrent de leurs acclamations, qui furent répétées par les habitants venus en grand nombre pour voir la cérémonie (12).

Mais il nous fallut partir le 2 février; je quittai avec regret mon logement, qui est bien le meilleur que j’aie occupé en Espagne. J’étais, avec un camarade, chez un chanoine fort aimable, qui avait une infinité d’attentions pour nous : il nous comblait d’excellents vins de Malaga et de Peralta et toujours mille douceurs pour le dessert. Nous fîmes successivement étape à Vigo, puis à Redondella (13), où nous trouvâmes l’avant-garde du corps de 30 000 hommes du maréchal Soult, destiné à l’expédition de Portugal. Nous traversâmes également la jolie petite ville de Pontevedra, renommée pour la pêche qu’on y fait des anchois, et nous arrivâmes enfin le 13 février à Saint-Jacques de Compostelle, célèbre par le pèlerinage qu’on y fait. On plaça la brigade dans le couvent de Saint-Martin. Le prieur était né dans la Biscaye française et il vint causer avec ses compatriotes; il me dit que ce couvent était un des plus riches de l’Espagne, qu il avait un revenu au moins aussi grand que trois départements français, que plus de 700 moines y résidaient mais, qu’à la nouvelle de l’arrivée des troupes, ils s’étaient réfugiés dans leurs familles. Les dépendances de ce repaire de fainéants eussent pu contenir aisément 10 000 hommes; les caves étaient si vastes et si bien garnies qu’on fit pendant deux mois la distribution de vin au régiment sans qu’elles fussent épuisées. C’est bien le lieu où le soldat a été le mieux traité : chaque homme recevait par jour trois quarterons de bonne viande, une bouteille de vin, une livre et demie de pain de munition, quatre onces de pain blanc pour la soupe et des légumes; mais ils n’étaient couchés que sur un peu de paille et dans des corridors. La plus exacte discipline régnait, tous les habitants étaient tranquilles, et nous nous félicitions des avantages que cette campagne, que nous nous imaginions presque terminée, nous avait procurés. Combien cruelle était notre erreur!

Il y avait deux mois et demi que nous étions à Saint-Jacques avec le 3e régiment de hussards et le 15e régiment de chasseurs; cette cavalerie avait presque épuisé les fourrages, et la rentrée des réquisitions se faisait si difficilement qu’on envoya un escadron du 3e de hussards au petit port de mer de Camarignès (14), avec ordre de presser la rentrée des approvisionnements. Cet escadron, fort de 65 hommes, arriva le soir dans le bourg, fut très bien reçu mais, dans la nuit, 64 cavaliers furent égorgés; il n’y en eut qu’un qui échappa à la barbarie des Espagnols parce que, logé chez une veuve à laquelle il avait beaucoup plu, il fut caché dans un coffre par cette femme qui avait été instruite dans la soirée du projet criminel qu’on avait conçu (15). Trois jours s’étaient écoulés sans avoir de nouvelles de ce détachement qui n’était pourtant qu’à 8 lieues de Saint-Jacques; on commençait à craindre ce qui était arrivé lorsque le hussard échappé au massacre arriva en racontant l’assassinat. Le général Marchand fit immédiatement partir notre bataillon aux ordres du commandant Duthoya, un des plus braves officiers de l’armée et dont le désintéressement était connu. Il avait l’ordre, après s’être assuré de la véracité des faits, de brûler tout le village et de passer tous les habitants au fil de l’épée.

En arrivant près de ce bourg, nous ne pûmes plus douter de l’insurrection générale de ce pays; tous les habitants, mêlés à quelques soldats du marquis de La Romaña, armés de fusils, de faulx, de fléaux, nous attendaient sur les montagnes : une lieue avant d’arriver, nous reçûmes la décharge de deux pièces de canon et plus de 4 000 coups de fusil; nous n’eûmes pas un seul homme de touché et, ce voyant, cette masse indisciplinée se sauva en poussant des cris affreux. Nos soldats qui étaient sans sacs (16) et pouvaient manoeuvrer rapidement, coupèrent la retraite à la plus grande partie des insurgés et tout fut passé à la baïonnette, femmes, enfants, il n’y eut point de grâce. Nous entrâmes dans le bourg et vîmes un trou où les 64 hussards avaient été jetés. Que l’on juge de la fureur de nos soldats! Je crois inutile de retracer les horreurs qui furent commises dans cette malheureuse journée. A l’exception de quelques vieillards et de quelques femmes, tout le monde était parti de Camarignès; mais plusieurs bateaux étaient encore dans la rade et attendaient notre arrivée pour quitter leurs dieux lares. Nous courûmes au port et, dès qu’ils nous aperçurent, nous entendîmes les cris de désespoir qu’ils poussaient pour faire hâter leur départ; ils préféraient se mettre à la merci des flots plutôt que d’être victimes de la fureur des soldats. Plusieurs se noyèrent en se précipitant trop vite dans les barques dont les marins faisaient force de rames afin de gagner promptement le large et éviter les balles qu’on leur tirait. La ville fut livrée au pillage et le feu mis dans plusieurs endroits; nous brûlâmes 14 000 fusils et fîmes sauter quantité de poudre que les Anglais venaient de mettre à terre. Enfin on battit le ralliement! Il fallait voir arriver les soldats, l’un chargé de percales, l’autre de toiles de Hollande, d’autres de draps superfins, quelques-uns avaient leurs shakos remplis d’onces d’or (17) et de piastres, plusieurs pliaient sous le poids de l’argenterie en vaisselle. Quelques infortunés habitants, qui n’avaient point voulu quitter la demeure de leurs aïeux, s’étaient cachés dans les greniers; les flammes les en chassèrent. Les soldats s’en servaient pour apporter leur propre butin dans le camp, mais tout cela ne retardait que d’un instant le terme de leur vie; malgré leurs larmes, malgré leurs prières et leurs protestations d’innocence, malgré méme le désir qu’avaient certains soldats d’épargner ces victimes, il fallait exécuter l’ordre inexorable. Hommes et femmes, et ces dernières après avoir subi les derniers outrages, allaient rejoindre leurs compatriotes immolés quelques instants auparavant.

Nous quittâmes enfin ce lieu d’horreur et fûmes bivouaquer à une lieue. Je venais de m’installer pour la nuit lorsqu’un de mes hommes m’amena une femme qu’il venait de trouver dans les rochers. Cette malheureuse, quoique âgée d’environ trente-quatre ans, était fort belle, et l’affliction qu’elle paraissait éprouver, la douleur qui la rendait comme folle, excitaient davantage l’intérêt; je lui fis, avec bien de la peine, prendre du bouillon et du vin, puis elle s’assoupit quelques heures. Lors-qu’elle s’éveilla, elle me sembla plus tranquille et je la questionnai : « La journée d’hier, me dit-elle, me coûte mon mari, mon fils et ma fille, victimes de vous autres, hélas? Pourquoi m’avez-vous épargnée, puisque vous avez tué mon cher fils qui avait tant de bontés pour moi et que j’adorais. La mort des autres ne m’est rien à côté de celle de mon fils. » Je fus touché de l’état de cette mère infortunée et, lorsque le jour parut, je la reconduisis à quelque distance du camp afin qu’elle ne fût pas la proie des soldats; je lui remis des vivres, et j’avoue que je la quittai le cœur serré.

De retour à Saint-Jacques, nous apprîmes que le brigandage et les assassinats gagnaient toute la province (18) : tous les hommes rentrant des hôpitaux et voyageant isolément étaient massacrés; les deux premiers bataillons du régiment étaient partis pour une expédition. Nous reçûmes l’ordre de nous rendre le lendemain dans la vallée de Redondella et, au premier coup de fusil tiré sur nous par les paysans, de mettre tout à feu et à sang. Les proclamations adressées partout aux habitants des campagnes n’avaient servi de rien; à chaque défilé nous recevions des fusillades dont l’écho retentissait à plusieurs lieues : ces endroits escarpés étaient couverts de paysans qui poussaient d’horribles hurlements. Soit qu’ils tirassent mal, soit qu’ils tirassent de trop loin, il était rare que nous eussions un homme blessé; seulement les voltigeurs, obligés à un service de flanqueurs très pénible, étaient harassés. Le premier pont que nous rencontrâmes sur la route était barricadé et défendu par plusieurs canons et une troupe nombreuse (19).

Les voltigeurs reçurent l’ordre d’enlever ce pont et, quoique entravés par des arbres, des charrettes et des pierres énormes, nos braves franchirent en un instant ces obstacles; mon compatriote, le sergent Brâlé, passa le premier et perça de sa baïonnette les quelques canonniers restés à leur poste. La majeure partie des Espagnols se sauva dans la montagne; ou prit néanmoins plusieurs prêtres et moines qui portaient dans leurs ceintures, avec des crucifix, des pistolets et des sabres. Tous furent passés par les armes, car on avait trouvé plusieurs soldats du 6e léger et des dragons empalés et mutilés : les uns n’avaient plus d’yeux ni de langue; à d’autres le nez, les oreilles et les ongles avaient été arrachés; enfin quelques-uns avaient les parties génitales dans la bouche, raffinement de cruauté bien digne des féroces conquérants du Pérou. Je vous demande si, après le tableau que je viens de vous tracer, nos malheureux soldats, qui n’avaient pas demandé à venir en Espagne, avaient des ménagements à garder avec de tels barbares!

Nous brûlâmes plus de soixante villages dans cette vallée. Dans un hameau près de Redondella, une jeune personne de seize à dix-huit ans, belle comme un ange, n’ayant point voulu se soumettre aux désirs effrénés de quelques soldats et ayant vu mourir son père et sa mère, préféra périr dans les flammes plutôt que de retomber entre leurs mains. Je m’approchai de cette maison mais ne pus y pénétrer car la porte était barrée par le feu : un voltigeur m’apporta une échelle, que je fis appliquer contre le mur et, en arrivant à l’étage au-dessus, je vis cette jeune fille à genoux, les mains jointes, invoquant le ciel qui allait recevoir dans un instant son âme immortelle. Je la priai avec les plus vives instances de se jeter sur des matelas et de la paille que les soldats amoncelaient sous les fenêtres, et je lui jurai qu’elle serait respectée et conduite à Saint-Jacques avec tous les égards que l’on devait à son sexe et à son malheur; mais rien ne put la décider : elle me remercia en disant qu’elle voyait qu’il existait encore parmi nous des cœurs sensibles, mais qu’ayant vu périr les auteurs de ses jours, rien ne l’attachait plus à la terre et que la mort seule avait des attraits pour elle!… Je me décidai à descendre et la maison s’écroula quelques instants après!… Je ne puis encore aujourd’hui me rappeler cette scène sans verser des larmes de douleur.

Toutes ces atrocités s’oubliaient lorsque nous étions rentrés dans notre garnison. Nos soldats s’installaient sur les places de Saint-Jacques, étalaient les dépouilles des localités pillées et, à l’exemple des Romains, après avoir échangé entre eux ce qui leur convenait, déployaient le linge damassé, les soieries, les tapis, les joyaux, les pierres précieuses (20); souvent les objets de la plus grande valeur étaient laissés pour peu de chose. Malgré la défense expresse faite aux habitants de ne rien acheter aux soldats pour ne pas les engager à se charger de butin, ils ne pouvaient s’empêcher de convoiter ce qu’ils voyaient et ils achetaient sans songer que, quelques jours après, ces mêmes objets redeviendraient la propriété du vendeur.

Tous les jours des bataillons étaient détachés pour de semblables expéditions; les 2e et 3e bataillons furent envoyés pour incendier Caldas del Rey (21), jolie petite ville sur la grande route d’Orense, à 10 lieues de Saint-Jacques de Compostelle : plusieurs soldats ayant été mutilés près de cette ville, les habitants en furent rendus responsables et se sauvèrent dans la montagne. Au moment où les deux bataillons allaient entrer en ville, quatre bourgeois, dont l’alcade, se présentèrent au colonel Fririon et lui dirent : « Señor, nous connaissons les ordres dont vous êtes porteur et nous ne pouvons résister à la force, mais mes administrés m’envoient pour vous jurer que la ville est innocente des assassinats qu’on a commis et que, seuls, quelques bandits en sont coupables. Nous vous supplions d’avoir des égards pour nous qui nous sommes toujours montrés amis des Français, les avons bien reçus et avons fourni exactement les réquisitions. Nous n’ignorons pas la conduite que vous avez tenue à Tuy, et c’est pleins de confiance dans les sentiments généreux qui vous animent que nous réclamons justice. » Le colonel Fririon crut reconnaître l’innocence des bourgeois de Caldas del Rey et nous fit faire demi-tour sans exécuter l’ordre qu’il avait reçu. Nous étions dejà à deux lieues de la ville lorsque deux de ces mêmes bourgeois, montés sur de superbes mulets, gagnèrent au trot la tête du régiment et prièrent le colonel de bien vouloir arrêter et venir avec eux à quelques pas en dehors de la route; ils enlevèrent alors de leurs selles des espèces de sacoches qu’ils offrirent au colonel. Ces sacoches étaient pleines d’or et d’argent et pouvaient contenir de 15 à 20 000 francs. Le colonel Fririon demeura stupéfait tout d’abord, puis, jetant un regard de mépris aux deux Espagnols, il leur dit « Messieurs, si j’ai épargné votre ville, c’est que vous m’avez persuadé de son innocence; si j’avais pensé que les habitants eussent coopéré à l’assassinat de nos soldats, j’eusse mis à exécution l’ordre dont j’étais porteur. Remportez votre or et dites à vos compatriotes que je sers non pour l’argent mais pour la gloire de la France. » Un bienfait n’est jamais perdu, dit-on; en effet, quelque temps après cette expédition, nous fûmes heureux de n’avoir pas détruit cette ville, car, y arrivant un soir par un temps abominable, nous fûmes très bien reçus et hébergés, et le maréchal Ney félicita notre colonel d’avoir su la conserver.

Nous espérions toujours prendre un peu de repos toutes les fois que nous retournions à Compostelle, mais il était écrit que nous ne devions plus en avoir Comme nous revenions d’une expédition et traversions un vallon détourné, le sergent Charpentier (22) du bataillon, chargé de commander l’arrière-garde, entendit des cris déchirants poussés par une femme; il courut du côté où ces cris se faisaient entendre et trouva trois hommes du 2e bataillon qui avaient saisi une superbe fille et, malgré sa résistance, sapprêtaient à lui ravir ce qu’elle avait de plus précieux. En voyant le sergent, ces hommes la làchèrent et, pour ne pas retomber aux mains de ces satyres, elle se sauva avec une telle précipitation qu’elle tomba dans un ruisseau dont le courant l’emporta; Charpentier s’élança à son secours et parvint à la retirer de l’eau tandis qu’elle l’accablait de remerciements et lui criait qu’il irait directement au Paradis. Mais cet acte d’humanité faillit coûter cher au malheureux sergent, car la colonne avait disparu, il se trouvait seul et, sans égard pour ce qu’il venait de faire, les paysans lui tirèrent une volée de coups de fusil qui, fort heureusement, ne l’atteignirent pas. Sa fureur était extrême lorsqu’il rejoignit le bataillon.

Quoiqu’il n’y eût que trois mois que nous fussions à Compostelle, nous étions très bien avec les bourgeois et passions des soirées fort agréables dans les maisons les plus riches. Plusieurs bals furent donnés par la ville et rendus par les officiers. Un jour je me promenais avec un de mes compatriotes, le sergent Arguinier du 76e, dont le bataillon venait d’arriver dans la ville; nous rencontrâmes une charmante demoiselle, nommée doña Pedrita, qui venait d’une maison de campagne avec sa mère : nous les saluâmes, et la mère, qui paraissait aussi éveillée que la fille, dit tout haut qu’elle n’avait jamais rencontré dans les Espagnols des hommes aussi gais et aussi riants que les Français (23). Quoiqu’elle ne nous adressât pas la parole, je lui dis que nous rencontrions rarement en ce pays des dames qui eussent une aussi jolie tournure et aussi ressemblante à celle des Françaises. Ceci les flatta et, comme nous arrivions devant leur logement, la mère nous invita à entrer pour nous rafraîchir. La señora Nunez, car c’était son nom, était veuve d’un capitaine, et sa fille unique nous enchanta littéralement lorsqu’elle pinça de la guitare; j’étais justement logé chez don Pimentel, un de leurs parents, ce qui fit que je fus invité à retourner chez elles : je n’en fus pas fâché, car tout ce qu’il y avait de mieux à Saint-Jacques se réunissait deux fois par semaine dans cette maison. Je puis affirmer que j’ai passé là d’agréables moments : nous chantions, nous riions et surtout nous dansions des séguedilles, des boléros, des fandangos; cette dernière danse paraîtrait fort indécente en France, car toutes les postures de la danseuse sont extrêmement lascives.

Quoique heureux avec Pedrita, je fis bientôt connaissance d’une nièce de mon hôte, la gracieuse Pepita; cette aimable personne venait régulièrement rendre visite à son cher oncle, ancien chanoine fort riche et vrai réjoui bon temps. J’étais si bien avec cet homme qu’aussitôt que la gentille nièce était arrivée, il m’envoyait chercher et, si je tardais un peu, il me gourmandait du peu d’empressement que je mettais à me rendre auprès d’une jolie femme : le compère ignorait bien ce qui se passait.

J’aimais surtout la recommandation qu’il me faisait toujours d’accompagner sa nièce jusqu’à la porte; je vous demande un peu si j’avais besoin que cet épais Espagnol m’enseignât ce que la politesse française exige. J’occupais une chambre à l’entresol et, arrivée devant ma porte que j’avais eu soin de laisser entr’ouverte, Pepita ne se trompait jamais; la servante que je payais grassement avait soin d’aller ouvrir et fermer la porte cochère en criant fort « Buena noche, señorita » : je laissais la belle enfant seule un instant afin d’aller souhaiter le bonsoir à mon chanoine et je rejoignais ma charmante Pepita qui, affligée de dix-huit printemps, était jolie et fraiche comme la rose naissante et sur les lèvres de laquelle les abeilles diligentes eussent pu venir chercher le parfum du jasmin et de la violette. Nous suivions le cri de la nature et, sans nous laisser éblouir par les rayons trompeurs de la vertu, nous ne laissions pas faner ces fleurs passagères que la jeunesse fait éclore; tranquille au sein du plaisir, j’oubliais peines, chagrins, fatigues et dangers, et c’est ainsi que, pendant trois heures tous les deux jours, nous passions les moments les plus fortunes.


Notes

(1) L’Empereur arriva à Astorga le 1er janvier au soir. La cavalerie du maréchal Bessières poursuivait le gros de l’armée anglaise sur la route de Villafranca : la cavalerie du général Franceschi poursuivait le marquis de La Romaña sur la route de Ponferrada. Le quartier général du maréchal Ney était à la Bañeza. La division Marchand était arrêtée entre la Bañeza et Astorga et occupait les villages de Bastos, Toralino, Castrillo de las Piegas et Riego de la Vega.

(2) « Toutes les troupes étaient horriblement fatiguées et n’avançaient plus qu’au prix de souffrances tellement vives que beaucoup de soldats absolument épuisés et désespérés de ne pouvoir suivre, s’étaient suicidés sur la route. » (Balagny, t. IV, p. 96, 97, 98.)

(3) Il y a erreur de date. Le combat de Cacabellos (ou Pieros) eut lieu le 3 janvier et non le 10. « Le général de Colbert était à cheval au milieu de la fusillade et exhortait les fantassins du geste et de la voix pour les pousser en avant. Un soldat du 95e anglais, réputé comme un excellent tireur, ne voulut pas manquer une si belle occasion d’exercer son adresse sur une proie aussi magnifique. Le général restant immobile, il put l’ajuster soigneusement et le tuer raide d’un coup de fusil » (Balagny, t. IV, p. 204).
« Le général de Colbert était un de nos meilleurs cavaliers avec Lasalle, Montbrun, Franceschi et Fournier-Sarlovèze. Sa mort excita des regrets universels « (Guillon, p. 105 et 166).

(4) « Pour rendre le séjour de Burgos moins triste, j’arrangeai… avec des cheminées un bel appartement » (Mémoires du général baron Thiébault, t. IV, p. 313).

(5) Romaña (don Pedro Caro y Sureda, marquis de la). Né en 1761 à Palma. Officier de marine passé au service de terre en 1793. En 1807, commanda le corps d’observation mis à la disposition de Napoléon au Hanovre. Revint en Espagne après Espinosa en 1808, mourut subitement le 23 janvier 1811 au quartier général de Wellington.

(6) Ce pont était sur le Bibey, à l’est de la Puebla de Tribes. Le pont et la route étaient très étroits, et des rochers presque inaccessibles commandaient le passage. Le général Mendizabal était à la tête de ce corps d’Espagnols, arrière-garde de la 3e division de l’armée de gauche.

(7) Les voltigeurs du 69e de ligne, par une attaque aussi rapide qu’audacieuse, décidèrent l’affaire en quelques instants; l’ennemi fut chassé de ses rochers après avoir perdu une soixantaine d’hommes; les voltigeurs du 69e n’eurent que 4 blessés (BALAGNY, t. IV, p. 297-298).   Pour ce combat de Puente de Bibey, voir aussi la lettre du maréchal Ney au major général (Lugo, 25 janvier 1809).

(8) Marcel fut cité à l’ordre de l’armée pour avoir passé le pont le premier et avoir fait plusieurs prisonniers, dont un chef de bataillon.

(9) Fusil du modèle 1777, corrigé en l’an IX (1801). « Dans les meilleures conditions de temps sec, la proportion des ratés était de un sur dix à douze coups… Par la pluie ou même simplement par temps de brouillard mouillé, il devenait impossible de faire feu » (Lieutenant-colonel J-B. Dumas, Neuf Mois de campagne à la suite du maréchal Soult, Introduction, p. 36).

(10) Expression champenoise pour désigner des blouses.

(11) Seul le 3e bataillon du 69e fut logé en ville; les deux autres bataillons furent cantonnés entre Allariz et Orense.

(12) Le colonel Fririon commandait le 69e depuis le 10 février 1807.

(13) Petit port de mer sur la route de Saint-Jacques de Compostelle à Tuy.

(14) Camarignès ou Camarinas, petit port de mer au nord du cap Finisterre.

(15) Les mesures prises par le maréchal Ney, loin d’abattre les habitants…, amenèrent des représailles plus violentes encore Des escadrons.. entiers furent égorgés par des habitants, des paysans, dans l’espace d’une nuit. (de Rocca, Mémoires sur les guerres des Français en Espagne, p. 109-110.)

(16) Le soldat du Premier Empire portait un lourd chargement. Foy rapporte qu’ayant fait peser le sac, le fourniment, la giberne, le fusil, le sabre, la capote, les dix jours de biscuit et les quatre jours de pain, il avait trouvé que, sur trois soldats, l’un portait 58 livres et demie (28 kil. 360), l’autre 62 livres, et le troisième 63 (31 kil. 93). (Journal de Foy, 10 septembre 1810.)

(17) L’once d’or ou quadruple valait deux doubles pistoles, c’est-à-dire plus de 80 francs, sa valeur a du reste varié. La piastre valait 5 fr. 43.

(18) « Tout le pays situé entre l’Ulla et le Minho prit les armes. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 197.)

(19) Combat du Pont de San-Payo, sur le Soto-Mayor. Le pont était défendu par la division espagnole du général Morillo.

(20) C’était une habitude courante dans l’armée d’Espagne. « La foire sera bonne » disaient les soldats quand ils revenaient du pillage de quelque localité avec un butin considérable.

(21) Caldas del Rey est sur la route de Saint-Jacques de Compostelle à Tuy. (Itinéraire de l’Espagne au 140 000e dressé en 1823.)

(22) Le sergent Charpentier était né aux Riceys (Aube) et était compatriote de Marcel.

(23) Les femmes espagnoles manifestaient en général un goût fort prononcé pour les officiers et soldats français : « Yo me muero por la genta de tropa francese » (Je me meurs pour le militaire français) était la phrase habituelle d’accueil qui faisait la joie de toute l’armée. (Voir Blaze, p. 42, note.)