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Campagne des Autrichiens contre Murat en 1815 – V** C** de Br, témoin oculaire.(Première partie)

Joachim Murat
Joachim Murat

Depuis le 21 mars, commencement des hostilités, jusqu’au 10 avril, où les Autrichiens reprennent l’offensive.

Murat, par des efforts extraordinaires, avait porté ses forces à plus de 70,000 hommes. Il avait créé l’armée qui devait, sous ses ordres, lutter victorieusement contre les troupes aguerries de l’Autriche. Elle était bien équipée, bien exercée, et d’une excellente tenue ; mais elle n’avait point ce caractère moral, qui repose sur la confiance et sur l’amour de la patrie et qui peut soutenir l’épreuve de l’adversité. Elle comptait dans ses rangs plus de deux mille anciens militaires étran­gers, de différents grades, la plupart Français, qui par leur exemple devaient exciter le courage des nouvelles levées, et les guider par leur longue expérience.

L’armée napolitaine était composée de six di­visions, dont trois étaient sous le commandement immédiat du roi, et avaient pour chefs le général Ambrosio, son plénipotentiaire, revenu depuis peu de Vienne, et les généraux Lecchi et Carascosa, faisant ensemble 33,250 hommes d’infan­terie et 2,400 chevaux. Les trois autres étaient sous les ordres des généraux Livron, Pignatelli et Pignatelli-Cerchiara, et fortes de 30,750 hom­mes d’infanterie et 1,100 chevaux, avec une réserve de .500 hommes.

Tout était prêt pour commencer la guerre ; l’armée était rassemblée dans les Marches ; aussi, après que la réussite de la téméraire entreprise de Bonaparte paraissait hors de doute, Murat ne tarda pas à commencer les hostilités. Sans aucune déclaration de guerre, il s’avança, le 28 mars, avec les trois divisions Carascosa, Ambrosio et Lecchi, sur Catholica, où se trouvaient les premiers postes autrichiens, tandis que les trois autres divisions pénétraient en Toscane.

Le général Steffanini qui commandait les for­ces autrichiennes dans les Marches, n’y avait que 3 bataillons d’infanterie, 1 de chasseurs, 4 escadrons de cavalerie et une batterie, formant un total de 4,600 hommes, et 6 bouches à feu. Déjà à cette époque on était persuadé au grand quartier-général autrichien que la guerre était inévitable, et toutes les mesures furent prises secrètement, et avec une étonnante activité, pour accueillir Murat comme il le méritait.

FZM Heinrich comte Bellegarde - HGM Vienne
FZM Heinrich comte Bellegarde – HGM Vienne

Le 19 mars, le feld-maréchal, comte de Bellegarde, expédia le capitaine de Weingarten, of­ficier distingué de l’état-major-général, avec les ordres et les instructions définitifs pour le géné­ral Steffanini, pour être prêt à tout événement. Cet officier fut en même temps chargé de lever et de compléter la reconnaissance des passages importants du Crostolo, de la Secchia, du Panaro et du Ronco. Le 20, on vit passer à Bologne le pape et la famille d’Espagne, qui se réfugiaient à Gênes. Le grand-duc de Toscane était parti le même jour de Florence pour aller résider à Livourne. Le 22, le général Steffanini fut informé, au moment de l’arrivée du général Bianchi, par un rapport du colonel Gavenda, qui comman­dait les avant-postes autrichiens, que l’armée napolitaine venait de commencer les hostilités, sans déclaration de guerre, et qu’elle s’avançait sur Rimini. A la réception de cette nouvelle im­portante, le général Steffanini expédia aussitôt le capitaine baron de Constant-Villars, en cour­rier, au feld-maréchal Bellegarde, et le chargea en même- temps de dépêches pour la cour de Modène, qui dût abandonner momentanément ses états. On donna à cet officier l’ordre de pré­venir les troupes qu’il trouverait en garnison sur la route de Milan, de se tenir prêtes à mar­cher dans les 24 heures. En même temps le capitaine Lebreux fut chargé de notifier. À Élise Bacciochi, sœur de Bonaparte, qui se trouvait depuis longtemps à Bologne, l’ordre de quitter cette ville dans l’après-midi, pour se rendre dans les états autrichiens. Elle s’opposa d’abord ou­vertement à cet ordre, déclarant qu’on ne la conduirait pas vivante en voiture, et exigeant au moins un délai de trois jours. Le général Steffanini se rendit alors lui-même auprès d’elle, lui expliqua, avec beaucoup de patience, de fermeté et d’égards, les raisons qui exigeaient son prompt départ, et lui remit une lettre du prince de Metternich, qui lui laissait le choix de la ville des états autrichiens qu’elle préférerait habiter. Élise, voyant échouer tous ses plans, lut cette lettre avec une fureur concentrée, et en trépignant des pieds; cependant, après quelques représentations, elle finit par céder, et partit dans l’après-midi, sous escorte, pour les états autrichiens.

Les forces que l’Autriche avait alors en Italie, étaient trop peu considérables pour couvrir le Piémont contre la France, pour occuper les nombreuses forteresses et grandes villes d’Italie, et pour s’opposer, en même temps, avec succès aux Napolitains. Des renforts de troupes étaient ce­pendant en marche, et le commandant en chef, le général de cavalerie baron de Frimont, résolut en conséquence de se tenir sur la défensive jusqu’à leur arrivée , en se bornant à la défense de la citadelle de Ferrare et des têtes de pont, sur le Pô, d’Occhiobello et de Borgoforte.

Par cette position judicieusement choisie, le général autrichien débordait le flanc droit, et menaçait les communications et la ligne de re­traite de Murat, dès que ce dernier hasarderait de dépasser la ligne du Panaro, et il se conservait par ce moyen le retour à l’offensive, à l’arrivée des renforts attendus.

Conformément à ce plan, le général de cava­lerie donna l’ordre :

1° Au général baron de Lauer, d’occuper la citadelle de Ferrare, et de s’y défendre, en cas d’attaque, jusqu’à la dernière extrémité ; de pe­tits détachements envoyés à la rencontre de l’en­nemi, devaient observer sa marche et l’avertir à temps de son approche.

2° Le lieutenant-général Bianchi, qui, sans appartenir à l’armée d’Italie, se trouvait à Bologne, pour affaires de service, fut chargé de ras­sembler les troupes qui se trouvaient dans les Marches, sous les ordres du général-major Steffanini, et de les conduire à leur destination, en arrière du canal de Bentivoglio et en avant de Borgo-Forte , en évitant tous combats inutiles.

3° Le lieutenant-général baron Mohr fut ap­pelé à se rendre, par des marches forcées, à Occhiobello, pour y prendre le commandement de ce poste.

4° Le commandant en chef envoya le lieute­nant-général comte Nugent, avec deux batail­lons de fusiliers, un de chasseurs, et deux et un quart d’escadron de hussards, dans les Apennins, pour s’y joindre aux garnisons autrichiennes de Lucca et de Piombino, ainsi qu’aux troupes tos­canes, afin de s’opposer aux divisions ennemies des généraux Livron et Pignatelli.

5° Pour assurer la communication avec le lieu­tenant-général comte Nugent, le château Bardi, sur le chemin de Plaisance à Pontremoli, fut occupé par 200 hommes, et approvisionné pour six semaines.

6° La garnison de Plaisance fut renforcée, et elle reçut l’ordre d’entretenir, par des détachements envoyés en avant, la communication avec le feld-maréchal-lieutenant Bianchi.

7° Près de Valence, le commandant en chef fit jeter un pont sur le Pô, afin de pouvoir, en cas de besoin, se joindre promptement, ou se faire joindre, aux troupes piémontaises rassemblées à Alexandrie ; des courriers furent expédiés aux ren­forts venant des états héréditaires, avec l’ordre d’accélérer leur marche, pour laquelle les vivres et les moyens de transport étaient déjà préparés.

8° Toutes les autres troupes disponibles fu­rent portées entre Casalmaggiore et Borgoforte, prêtes à se concentrer sans délai, là où les évènements l’exigeraient.

Murat était entré, sans trouver de résistance, dans Rimini, d’où il avait publié une proclama­tion, par laquelle il s’annonçait être venu comme le libérateur des peuples d’Italie, en les appelant à se soulever pour reconquérir leur indépen­dance ; mais cette proclamation resta sans effet, et fut accueillie, comme elle le méritait, par les Italiens.

Après quelques légers combats d’avant-postes, les Napolitains occupèrent Bologne, et s’avancèrent sur le Panaro, où ils trouvèrent le lieute­nant-général baron Bianchi, qui en occupait la rive gauche avec six bataillons et huit escadrons et était disposé à leur en disputer le passage. Le 4 avril, les Napolitains, au nombre d’environ 16,000 hommes, le tentèrent et furent d’abord repoussés sur tous les points, après un combat opiniâtre, mais le hasard voulut que la compa­gnie qui occupait les tours du pont de pierre, les quitta, par un malentendu, pour aller se placer sur l’autre rive des deux côtés du pont; les Napolitains, profitant aussitôt de cette faute, forcèrent alors le passage. Ce combat leur coûta plusieurs de leurs meilleurs soldats, et ils eurent entr’autres à regretter la perte du général Filangieri, officier distingué, qui y fut blessé à mort.

Le lieutenant-général Bianchi, conformément à ses instructions, continua sa retraite jusques derrière le canal de Bentivoglio vers Borgoforte, et ce ne fut que lentement et avec hésitation que les Napolitains le suivirent jusqu’à Modène et Carpi. Murat sentit que la position prise par les Autrichiens paralysait tous ses mouvements ulté­rieurs sur Milan, et qu’il devait avant tout porter des coups décisifs sur le Bas-Pô. Son armée  s’avança en conséquence sur Borgoforte, et oc­cupa cette ville après que le détachement autri­chien se fut replié, en combattant l’avant-garde ennemie, dans la citadelle. Le 8, Murat fit attaquer la tête de pont d’Occhiobello, mais quoique celle-ci fut d’une faible construction, et que les ouvrages ne fussent pas encore achevés, les Napolitains, malgré tous leurs efforts, furent vigoureusement repoussés par les troupes sous les ordres du général Mohr.

L’armée autrichienne avait ainsi exécuté, le 7 d’avril, son mouvement de concentration sur la rive gauche, du Pô, sans qu’il fût possible à Murat, d’entamer aucun des faibles corps isolés et disséminés dans les Marches, la Toscane et l’Italie, au moment où il avait commencé les hostilités. Il avait même échoué dans son atta­que, entreprise avec des forces supérieures sur Occhiobello, ses divisions sous les ordres des gé­néraux Livron et Pignatelli n’avaient pas été plus heureuses dans leur tentative d’éloigner le général Nugent des environs de Pistoja, pour s’ouvrir une communication sûre avec Bologne. Après un combat qui dura huit heures et qui fut très-sanglant, ils se virent forcés de se re­plier sur Florence. Ce fut le premier revers qu’éprouvèrent les armes napolitaines. L’armée de Murat se trouvait à cette époque, avec son avant-garde de l’aile droite, devant Ridine et Occhiobello ; celle du centre était à Reggio; et celle de son extrême gauche, en avant de Florence, à Prato sur la route de Pistoja.

Après ces premiers échecs, Murat commença à entrevoir combien son entreprise était délicate et hasardée. Le peuple italien avait répondu à l’appel énergique du feld-maréchal Comte de Bellegarde; loin de se déclarer pour Murat, on s’était levé contre lui en Toscane. Les déclara­tions de lord William Bentinck ne lui laissaient aucun doute sur les intentions de l’Angleterre, et les forces des Autrichiens s’augmentaient journellement ; il se vit alors forcé de songer à faire sa retraite en bon ordre, derrière ses frontières, qui offrent des positions presque inexpugnables.