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3-5 mai 1811 – Bataille de Fuentès de Oñoro

Au printemps 1810, Napoléon avait chargé Masséna, à la tête de l’armée du Portugal, de chasser les troupes alliées de Wellington. Le 27 septembre, une sanglante bataille avait été livrée à Busaco, permettant à Masséna de poursuivre son avance, mais au prix de pertes importantes. Le 11 octobre, au Nord de Lisbonne, Masséna se trouve confronté à un vaste ensemble d’ouvrages fortifiés, mis en place par les Anglais : les « Lignes de Torrès-Vedras » [1]. Or, les Français n’ont pas les moyens nécessaires, en artillerie et en génie, pour venir à bout de ces fortifications et Masséna est réduit à faire camper son armée face à celle de Wellington.

La situation s’était rapidement enlisée. D’octobre 1810 à mars 1811, les armées sont demeurées face à face. Moindre mal pour Wellington, appuyé sur Lisbonne, par où arrivent les approvisionnements, de sorte que ses troupes vivent aussi confortablement qu’en temps de paix. Pour les Français, il n’en va pas de même. Les lignes de communication étaient dramatiquement étendues et, bientôt, la région ne fut plus en mesure de fournir le nécessaire au ravitaillement de l’armée de Masséna, qui ne peut compter que sur un faible renfort, arrivé le 26 décembre. Les troupes de Masséna sont soumises à de terribles épreuves : le froid, la pluie, la faim [2]. Il est donc contraint, à la fin du mois de février 1811, face à une situation totalement bloquée, d’ordonner, la retraite sur l’Espagne [3].

Cette retraite [4] s’effectue en bon ordre [5], grâce notamment, au maréchal Ney, qui, à l’arrière-garde remporte de beaux succès [6] face aux troupes de Wellington, qui ont entrepris de suivre Masséna. Mais Ney, qui ne s’entend guère avec son supérieur, va être relevé de son commandement [7].

Wellington décide d’investir la place d’Almeida [8], point de passage obligé vers l’Espagne, et qui est occupée par les 1.300 hommes du général Brenier [9]. Masséna décide alors d’un retour offensif pour dégager la place et en évacuer la garnison.

Il dispose alors d’environ 55.000 fantassins, 3.400 cavaliers et 1.400 artilleurs, auxquels s’ajoutent 1.600 cavaliers, mais qui sont placés sous les ordres directs du maréchal Bessières, commandant en chef de l’armée du Nord, venus en renfort. Enfin l’armée dispose de 38 canons.

Panorama
Panorama

Wellington a sous ses ordres environ 34 000 Anglo-Portugais, dont 1 500 cavaliers, auxquels s’ajoutent les troupes devant Almeida. Son artillerie est forte de 48 pièces.

On voit donc que, mis en part dans le domaine de l’artillerie, les Français sont en large supériorité numérique.

Le 3 mai, Masséna lance la division Ferey [10] sur le village de Fuentes de Oñoro, qui est âprement disputé, un moment occupé, mais une contre-attaque repousse les Français à l’entrée du village [11]. Grâce à Marchand, une partie du village est réoccupée à la nuit.

Louis-Pierre Montbrun
Louis-Pierre Montbrun

Le 4 mai, les adversaires renforcent leurs positions autour du village, se contentant d’échanger des coups de feu. La cavalerie française exécute de nombreuses reconnaissances, dont l’une, menée par Montbrun, permet de s’apercevoir que l’aile droite de Wellington est relativement dégarni, Montbrun en informe Masséna, qui décide de réaliser, pour le lendemain 5 mai, une vaste attaque de ce côté.

La division Ferrey (26e, 66e, 82e de ligne) doit tenir Fuentes de Oñoro, soutenue par les divisions Conroux [12] (brigade Gérard) et Claparède [13] (brigade Vichery) ;

Les divisions Marchand (brigades Maucune et Marcognet) et Mermet [14] (brigades Labassée et Barbet), appuyées par la division Solignac [15] (15e, 65e, 66e de ligne, Irlandais, Prussiens), devront attaquer l’aile droite anglaise, à Poço Velho ;

Les cavaliers de Montbrun (dragons Ornano [16], cavalerie légère de Fournier [17] et Watier [18]), tenteront de déborder, à gauche de l’infanterie, la droite anglaise ;

Enfin, les divisions Merle [19] et Heudelet [20], fixeront l’adversaire (Erskine [21] et Campbell [22]) à La Concepcion et Alameda).

Une partie du mouvement est réalisé dans la nuit du 4 au 5 mai.

À l’aube, un brouillard épais facilite encore le mouvement français, et, au début, l’attaque prend les Anglo-portugais au dépourvu. Montbrun réussi plusieurs charges brillantes qui sèment la confusion dans les rangs de ces derniers. Les troupes de Wellington plient, mais ne cèdent pas. Ils défendent fermement Fuentes de Oñoro, ne se repliant que pied à pied [23].

Finalement, les Français établissent une solide ligne de défense. Montbrun ordonne alors à Lepic [24] de charger. Celui-ci refuse, arguant du fait qu’il ne peut recevoir d’ordre que du maréchal Bessières en personne[25], lequel, hélas, est à ce moment, introuvable. Les combats perdent alors en intensité et s’achèvent sans autres évènements majeurs.

Malgré ce demi-succès, Masséna doit continuer de retraiter [26]. Il donne également l’ordre à Brenier d’abandonner Almeida, ce que celui-ci exécute dans la nuit du 10 au 11 mai, échappant habilement à Wellington [27].

À minuit, une explosion sourde et prolongée apprit à l’armée française qu’enfin Almeida n’existait plus, du moins comme place forte; le brave Tillet y était parvenu le 7, dans la matinée, après avoir traversé toutes les lignes de l’ennemi, avec autant de bonheur que d’intelli­gence et de sang-froid. Brenier arrêta aussitôt ses dispo­sitions; il fit jeter les cartouches dans les puits, déposer tous les plombs dans les fossés, scier les affûts, renverser le parc de voitures au pied des revêtements, et détruire l’artillerie. En tirant à boulet dans les volées des pièces. Le 9, les fourneaux furent chargés, et le 10, tous les préparatifs terminés. Brenier rassembla alors chez lui les principaux officiers de la garnison, leur communiqua les derniers ordres du général en chef, leur dit qu’il fallait rejoindre l’armée, en marchant sur le ventre des corps ennemis qui s’opposeraient à leur passage, et qu’il comptait sur leur sang-froid comme sur la bravoure de la garnison (…) A 10 heures du soir, la garnison sortit de la place en deux colonnes, il n’y resta que les sapeurs, chargés, sous les ordres du commandant du génie Morlet, de mettre le feu aux fourneaux des mines. (Mémoires de Masséna)

Le soir même, on demanda trois soldats de bonne volonté pour aller porter, à travers l’armée ennemie, des ordres au général Brenier, gouverneur d’Almeida; il s’en présenta un grand nombre et un officier de l’état-major fit tirer au sort [28]. Un soldat de la brigade, le chasseur Tillet [29], du 6e léger, fut au nombre de ceux que le sort favorisa et il partit simplement avec deux pistolets chargés que lui donna son colonel. Le 7 mai, le duc de Raguse nous passa en revue et nous espérions que le bal recommencerait le lendemain. Dans la nuit, une explosion sourde réveilla la plupart de nous : nous sûmes ainsi que l’un de nos émissaires, au moins, avait réussi à entrer dans Almeida. C’était Tillet qui, nous l’apprîmes après, avait remis l’ordre au gouverneur; ce dernier fit sauter les remparts, enfonça la ligne anglaise d’investissement et vint nous rejoindre[30]. Le colonel anglais Bevans, qui commandait de ce côté, se brûla la cervelle de désespoir. Tillet revint avec la garnison d’Almeida et vous devez penser comment il fut accueilli : la croix de l’ordre de la Légion d’honneur fut demandée pour lui. (Mémoires du capitaine Marcel)

 

Bataille de Fuentes de Onoro
Bataille de Fuentes de Onoro

Les Français ont perdu environ 2.800 hommes tués ou blessés, dont 175 officiers ; les Anglo-Portugais 1.500.

Le 11 mai, Masséna quitte définitivement le Portugal et entre en Espagne ; il est alors rejoint par le maréchal Marmont [31] qui le relève officiellement de son commandement [32]. Il s’exile alors sur ses terres et ne recevra plus jamais le commandement d’une armée sur un champ de bataille [33].

Témoignage du lieutenant Fromentin

Document.

Lettre remise à Masséna le 10 mai 1811, par le général Foy. (in Mémoires de Masséna)

Les aides de camp que je vous ai réexpédiés successivement, monsieur le maréchal prince d’Essling, vous auront fait connaître les intentions de l’Empereur. Sa Majesté a vu avec peine que vous n’aviez aucun plan d’opérations, que votre premier projet était de prendre Coïmbre, projet auquel vous n’avez pas tenu, quoique les Anglais, d’après leur relation, disent que cette ville n’était gardée que par 200 Portugais quand vous étiez à Pombal. Ensuite vous avez exécuté une manœuvre de flanc très-dangereuse ; enfin, dans la situation actuelle, Almeida est compromis, et vu cette situation, il était plus simple de suivre l’opinion du duc d’Elchingen, si on ne pouvait pas faire autre chose. Les vieux soldats voient avec peine une si belle armée poursuivie par 25,000 Anglais, et manœuvrant pour évacuer le pays sans l’honneur d’une ba­taille. L’Empereur, prince, me charge de vous dire qu’il attendait davantage de votre énergie et de l’opinion que lui avaient donnée de vous les événements glorieux auxquels vous avez si souvent pris part. L’Empereur vous a répété quelles étaient ses intentions. À la distance où il est, il ne peut rien y ajouter ; mais Sa Majesté est affligée et nous le sommes tous de voir son armée se retirer devant les Anglais si inférieurs en nombre.

Le prince de Wagram et de Neuchâtel, major général. Paris, 17 avril 1811.


NOTES

[1] Selon Thiébault, « un nouveau Gibraltar », « une citadelle de terre ». Sur une étendue de 45 kilomètres, il y a 152 redoutes garnies de 447 canons et occupées par 28.500 hommes.

[2] « Il est resté un mois devant (les Lignes de Torrès-Vedras) sans rien faire parce que s’était un entêté Ah ! Masséna, il aurait rougi de se retirer devant celui qu’il traitait de polisson ! » (Napoléon)

[3] « La plus dure nécessité de sa vie » (Mémoires de Masséna)

[4] « L’armée qui, après six mois de stagnation, reflue vers le nord, présente l’aspect d’une tribu d’émigrants. » (J. Lucas-Dubreton)

[5] La maîtresse de Masséna, Mme Leberton, est morte de fatigue, et on doit la porter, ce qui fait dire à son amant : « Quelle folie d’avoir emmené une femme à la guerre ! »

[6] Notamment à Pombal (11 mars), Redinha (12 mars), Condeixa (13 mars), Casal Novo (14 mars), Foz d’Arounce (15 mars).

[7] Il a refusé d’obéir à l’ordre de reprendre l’offensive. Les >Anglais saluent son retour en France comme une victoire.

[8] Une gigantesque explosion l’avait partiellement détruite au printemps précédent, lors de l’invasion française.

[9] Antoine-François Brenier de Montmorand (1767 – 1832)

[10] Claude-François Ferey (1771 – 1812)

[11] Au cours de l’action, un bataillon hanovrien de la division Ferey, dont les uniformes sont rouges, est confondu avec les Anglais, et subit un « feu ami. ».

[12] Nicolas-François Conroux (1770 – 1813)

[13] Michel-Marie Claparède (1770 – 1842)

[14] Julien-Augustin-Joseph Mermet (1772 – 1837)

[15] Jean-Baptiste Solignac (1773 – 1850). Commandant la 3e division du 8e corps de l’armée de d’Espagne.

[16] Philippe-Antoine Ornano (1784 – 1863)

[17] François Fournier-Sarlovèse (1773 – 1827)

[18] Pierre Watier (1770 – 1846)

[19] Pierre-Hugues-Victoire Merle (1766 – 1830)

[20] Étienne Heudelet de Bierre (1770 – 1857)

[21] Sir William Erskine (1770 – 1813), commandant la 5e division anglaise

[22] Sir Alexander Campbell (1760 – 1824), commandant la 6e division anglaise.

[23] Les charges du général Fournier réussissent à détruire deux carrés anglais, exploit jamais réédité depuis.

[24] Louis Lepic (1765 – 1827)

[25] Cet incident rappelle celui de la bataille d’Essling.

[26] « Nos troupes s’arrêtèrent devant le succès et reculèrent devant la victoire » (Thiébault)

[27] Les 1400 hommes de la garnison se glissent au travers des lignes anglaises durant la nuit. 360 d’entre eux sont faits prisonniers, mais le reste s’échappe. Wellington s’en prend à Erskine pour cet échec. Il écrira : je n’ai jamais été autant ulcéré par un évènement militaire que par l’évasion d’un seul de ces hommes »

[28] « Les trois soldats s’appelaient Zaniboni, caporal au 76e, Lamy, cantinier, et Tillet, chasseur au 6e léger. » (Mémoires de Marbot, t. II, p. 470.)

[29] André Tillet, chasseur au 6e léger, courut les plus grands dangers dans une mission dont il fut chargé par le prince d’Essling, en avril 1811, en Portugal, pour le général Brenier, gouverneur d’Almeida. Il traversa l’armée ennemie. Sur trois hommes chargés de la même mission, il n’y eut que lui qui réussit; les autres furent massacrés. Il reçut la croix de la Légion d’honneur et une pension de 600 francs. (Tables du Temple de la Gloire, t. XXVI, p. 218.)

[30] « Le 7, à minuit, trois salves de l’artillerie d’Almeida indiquèrent que l’ordre était parvenu. Pendant la nuit du 19, le général Brenier sortit d’Almeida à la tête de la garnison, forte de 1100 à 1200 hommes, tomba à l’improviste sur les postes ennemis et s’ouvrit le passage. Eu même temps une forte explosion annonça que la place était détruite. Le général Brenier, constamment harcelé par l’ennemi, atteignit heureusement San-Felicès où il se réunit au général Reynier. (Mémoires de Jourdan, p. 338-339.)

[31] « Le général Marmont, qui apportait sa nomination de généralissime, se présenta d’abord comme le successeur du maréchal Ney au commandement du 6e corps; puis, quelques jours après, lorsqu’il eut suffisamment connaissance de l’état des choses, il produisit ses lettres de service et remit à Masséna l’ordre impérial qui le rappelait à Paris. Masséna fut atterré par cette disgrâce imprévue et par la manière dont elle lui était annoncée. » (Mémoires de Marbot.)

[32] „L’Empereur, Monsieur le maréchal prince d’Essling, ayant jugé à propos de donner le commandement de son Armée de Portugal à Monsieur le Maréchal duc de Raguse, l’intention de Sa Majesté est, qu’aussitôt après avoir remis votre commandement, vous vous rendiez à Paris. L’Empereur ordonne expressément que vous ne rameniez avec vous que votre fils et un autre de vos aides de camp et tous les officiers d’état-major doivent rester avec M. le duc de Raguse.» (lettre de Berthier)

[33] „Décidément, monsieur le prince d’Essling, vous n‘êtes plus Masséna », lui assène Napoléon, lors de leur dernière entrevue.