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Onoro – Jean-Rodolphe Fromentin – Le Consulat et le Premier empire

Relation  de la bataille de Fuentes de Oñoro (5 mai 1811).

Jean-Rodolphe Fromentin

Jean-Rodolphe Fromentin, né à Neuilly le 7 janvier 1778, lieutenant au 2e bataillon de l’Yonne, puis au 25e dragon, était adjoint à l’état-major du général Montbrun lorsqu’il assista à la bataille de Fuentes de Onoro. Il écrivit en 1818 une relation de cette bataille et l’envoya au maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre. S’il s’attache surtout à retracer les mouve­ments de la cavalerie, son récit est clair, instructif, et les historiens de la guerre d’Espagne le consulteront avec profit.

(Article publié dans le Bulletin hispanique, tome 5, n° 3, 1903 (pp. 304-306)

 

Monseigneur, vous êtes trop partisan de la gloire française, à laquelle le nom de votre Excellence appartient tout entier, pour ne pas lire avec quelque intérêt le rapport d’un des beaux faits d’armes de la cavalerie de l’armée de Portugal, sous les ordres de M. le lieutenant-général comte de Montbrun, qui la commandait en chef.

J’avais l’honneur d’être officier de l’état-major de la cavalerie et de me trouver à cette affaire, dont le souvenir m’est encore assez présent pour en soumettre quelques détails à votre Excellence.

Nous étions à peine assis dans les cantonnements qui nous avaient été donnés après notre retraite du Portugal, que cette armée reçut l’ordre du Prince d’Essling, qui en avait le commandement, de se mettre en marche sur Almeida pour débloquer cette place et l’approvisionner en vivres qui suivirent l’expédition.

Je n’entrerai point dans tous les détails qui nous amenèrent à la position anglaise près Fuentes de Oñoro, quelques circonstances ne m’étant pas parfaitement connues, et ne devant d’ailleurs parler que des faits que j’ai pu apprécier et retenir et de ce qui est particulier à la cavalerie de cette armée.

La cavalerie était arrivée et bivouaquée dans les environs de Fuentes de Oñoro et de Nave de Avel; elle avait poussé des reconnaissances sur diffé­rents points, reconnu San Pedro et la route de Rodrigo à Almeida, que l’ennemi occupait en force, lorsque, le 4 mai, M. le comte de Montbrun reçut du Prince l’ordre de disposer sa cavalerie pour soutenir le lendemain matin un mouvement général qu’il projetait à l’effet de débusquer le général Wellington de la belle position qu’il tenait entre La Coa Marialva, Elbodom et Fuentes de Oñoro, dont il était maître, et s’ouvrir le passage sur Almeida.

M. le comte de Montbrun, avant d’arrêter ses dispositions, se rendit de suite près la position ennemie dont il devait s’emparer. Il n’avait avec lui que quelques officiers et je me trouvais du nombre. Nous tournâmes Nave de Avel et nous approchâmes le plus près possible des points qu’il avait ordre d’attaquer et d’enlever, et nous reconnûmes que la cavalerie anglaise, protégée par des plis de terrain, une artillerie bien placée, et sans doute plus d’infanterie que nous n’en pouvions découvrir, se trouvait dans une assez belle position : l’ennemi ayant sa gauche à San Pedro et couvrant la grande route d’Almeida, et sa droite appuyée à La Coa, occupant Fuentes de Oñoro; l’artillerie était sur un plateau dominant la position et près Atalaya. Enfin, nous poussâmes notre découverte jusqu’au ruisseau nommé Elbodom, mais l’ennemi envoya sur nous quelques cavaliers qui ne purent nous rejoindre, M. le comte de Montbrun ayant terminé ses observations et repris le chemin de son quartier général, où nous rentrâmes sans accident.

Les ordres furent expédiés à la cavalerie, qui, dans la nuit du 4 au 5, se mit en marche pour le rendez-vous indiqué, et le 5, au point du jour, environ 2,600 chevaux étaient reposés et en présence de 5,000à 6,000 chevaux anglais soutenus de fortes masses d’infanterie et d’une artillerie aussi bien servie que placée; nous n’avions avec nous que quelques pièces de petit calibre.

De part et d’autre, les surprises étaient difficiles puisque les troupes étaient sous les armes et se battaient depuis quelques jours ; aussi trouvâmes-nous l’ennemi sur une défensive qui nous fit croire qu’il connaissait notre mouvement de nuit.

Nous étions arrivés sur le ruisseau d’Elbodom, débordé par le village de Fuentes Oñoro que notre infanterie attaquait vigoureusement sous les ordres et en présence du Prince. Nos tirailleurs se portèrent en avant, bien appuyés ; les escadrons anglais firent un mouvement sur nous, soutenus de leur artillerie qui nous faisait beaucoup de mal. M. le comte de Montbrun les attendit de pied ferme; les charges s’engagèrent et furent heureuses pour les nôtres; nous poussâmes même la cavalerie ennemie assez brusque­ment. Mais nous arrivâmes sur des masses d’infanterie masquées par le terrain et qui étaient échelonnées en plusieurs carrés; les escadrons anglais occupèrent les intervalles, et nous nous trouvâmes sous le feu de l’infanterie et de l’artillerie. M. le comte de Montbrun, quoique sans infanterie, n’hésita point à faire enfoncer les carrés; il marcha en tête de sa cavalerie et ces carrés furent pris ; la cavalerie anglaise, poussée et culbutée, et nos esca­drons en possession de presque tout le terrain qui sépare le Tourrenis du ruisseau d’Elbodom. Ce mouvement hardi avait secondé les efforts de notre infanterie et Fuentes de Oñoro était au pouvoir du Prince, l’ennemi se retirant sur les hauteurs de Castellobom.

L’infanterie française fut de suite occuper un bois en avant de Fuentes de Oñoro, et à notre droite, où le Prince fit établir son quartier général.

M. le comte de Montbrun, seul avec ses chevaux, n’avait pu conserver ses nombreux prisonniers dont la majeure partie avait fui ; il reçut de nouveau l’ordre de pousser l’armée anglaise et d’achever une opération si bien commencée.

Notre cavalerie s’ébranla pour la seconde fois; nous eûmes des succès, fîmes encore des prisonniers; on s’empara de quelques bagages, et quoique l’infanterie ne prit qu’une faible part à nos manœuvres, nous n’en pous­sâmes pas moins vivement l’armée anglaise; nous dépassâmes le Tourrenis (Le Turones), et mimes la confusion dans les rangs ennemis dont les équipages se por­taient vers La Coa avec un encombrement précurseur de sa défaite. Mais il fallait de l’infanterie, qui, sans doute disposée ailleurs utilement, ne vint point appuyer M. le comte de Montbrun, qui fut forcé de laisser ses prison­niers, de repasser le Tourrenis et de se remettre en position sur le premier terrain enlevé de vive force à l’ennemi, entre le Tourrenis et le ruisseau d’Elbodom.

C’est ici où s’arrêtèrent les charges hardies et les savantes dispositions de M. le comte de Montbrun. Le Prince d’Essling, convaincu sans doute de l’impossibilité de s’ouvrir la route d’Almeida, décida l’envoi d’émissaires dans cette place, avec ordre de la faire sauter et à la garnison de nous rejoindre. Mais, après avoir attendu en position le temps nécessaire pour l’arrivée de ces émissaires et l’exécution de ses projets, n’apprenant et n’apercevant aucun résultat, et les vivres apportés pour l’approvisionnement d’Almeida étant consommés, le Prince fit faire le mouvement rétrograde, repassa l’Agueda, appuyant sa gauche à Ciudad-Rodrigo et sa droite à San Felices El Grande, occupant le pont de Barbas de Puerco.

Mais, au moment où la droite commençait son mouvement de retraite, on entendit dans la plaine quelques coups de fusil au-delà de Barbas de Puerco et bientôt on s’aperçut que c’était la garnison d’Almeida qui, ayant fait sauter la place, faisait une trouée pour nous rejoindre. Alors M. le général Reynier reprit le pont sur l’Agueda et protégea l’arrivée de cette garnison que ramenait M. le général Brenier.

Quelques jours après, l’armée dite de Portugal reçut l’ordre d’aller occuper ses cantonnements dans les provinces de Salamanque, Zamora, etc., où elle se rendit.

Je désire, Monseigneur, par ce court aperçu, avoir réussi à offrir à votre Excellence quelques détails nouveaux sur une affaire qui s’est passée loin d’Elle.

 

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