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6 juillet 1810 : les obsèques du maréchal Lannes

La tombe de Lannes au Panthéon, en 2010 (photo Zins)

Extrait du Journal de l’Empire du 8 juillet 1810

La maréchal Jean Lannes
Le maréchal Jean Lannes

Les obsèques du maréchal duc de Montebello ont été célébrées hier, conformément aux dispositions du programme. A midi, toutes les autorités civiles et militaires se sont rendues à l’Hôtel des Invalides. Le corps a été transféré du dôme dans l’église, sous un catafalque formé par une grande pyramide d’Égypte, portée sur un soubassement, ouverte par quatre grands arcs dont les archivoltes étaient entourées de guirlandes de lauriers enlacés de cyprès. Aux angles étaient des statues dans l’attitude de la douleur, représentant la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance, vertus caractéristiques des héros. Cet obélisque était terminé par une urne cinéraire, surmontée d’une couronne de feu. Sur les faces de l’obélisque,  étaient placées les armes du duc et des médaillons rappelant les faits les plus mémorables de sa vie, et soutenus par des Génies en pleurs.

Sous l’obélisque était placé le sarcophage renfermant le corps du maréchal ; aux angles étaient des cippes surmontés de trophées composés de drapeaux enlevés sur les ennemis.

Des candélabres en argent, et en grand nombre, étaient fixés sur les gradins qui servent de soubassement à ce monument. L’autel, rétabli en bois de chêne où il était avant la Révolution, est double et à double tabernacle. Sur les portes du tabernacle sont les tables de la loi ; il est surmonté d’une grande croix sur le croissant de laquelle est appendu un suaire. Aux angles de l’autel sont les statues de Saint-Louis et de Saint-Napoléon. Les chandeliers ont une forme antique. Quatre grands candélabres étaient placés sur des piédestaux aux angles des gradins ; le tout est doré.

Le pavé du chœur, celui de la nef, étaient revêtus d’un tapis de deuil.

La chaire de l’orateur, drapée en noir, décorée de l’aigle impériale, et où M. Raillon a prononcé l’oraison funèbre du maréchal, était placée à gauche, en avant du catafalque. A droite était un siège en bois d’ébène, décoré des armes impériales, d’abeilles, d’étoiles, de galons, de franges et autres ornements en placage d’argent. Il était destiné à son S.A.S. le prince archichancelier de l’Empire[1], qui présidait la cérémonie. Des gradins étaient élevés dans les arcades des bas-côtés, et correspondaient aux tribunes qui étaient au-dessus. En avant de ces gradins étaient les sièges et banquettes pour les autorités civiles et militaires, les cardinaux, archevêques, évêques, etc.

Les armes, les décorations, le bâton et la couronne de lauriers du maréchal étaient placés sur le cercueil.

Toute la nef et le fond des bas-côtés étaient tendus de noir avec encadrements blancs ; les fenêtres l’étaient aussi. Les armes, le bâton et le chiffre du maréchal étaient placés alternativement sur les litres. Trois filets de lumière dessinaient ces litres. L’orgue était caché par une vaste tenture qui ne nuisait pas à la propagation de ses lugubres sons. Dix-huit lampes sépulcrales d’argent étaient appendues, avec des chaînes de même métal, à des lances terminées par des guidons enlevés à l’ennemi. Sur les pilastres de la nef, étaient fixés des trophées d’armes, composés avec des drapeaux pris dans diverses affaires qui ont illustré la vie du maréchal ; au-dessous étaient des candélabres funéraires.

Le péristyle de l’hôtel, du côté de l’esplanade, était revêtu d’une tenture de deuil ; au-dessus étaient les armes du duc, fixées par deux Renommées tenant les palmes de la Victoire. Au bas on lisait : « Napoléon à la mémoire du duc de Montebello, mort glorieusement aux champs d’Essling, le 22 mai 1809 »

Le portrait de l’église, dans la cour Impériale, était également couvert d’une tenture de deuil portant les armoiries et le chiffre du maréchal.

Le conservatoire de musique a exécuté une messe composée de morceaux tels que le Requiem de Mozart, etc.

Char funèbre de Louis XVIII, utilisé pour les obsèques de Lannes (musée des carrosses de Versailles)
Char funèbre de Louis XVIII, utilisé pour les obsèques de Lannes (musée des carrosses de Versailles)

Après la cérémonie, le corps a été porté jusqu’à la porte de l’église, et placé sur le char funèbre orné de lauriers et de quatre faisceaux de drapeaux enlevés à l’ennemi, dans les affaires où le maréchal se trouvait, et par les troupes de son corps d’armée. Il était précédé par un cortège militaire et religieux, et suivi d’un cortège de deuil et d’honneur. Le cortège militaire était composé des détachements de toutes les armes, savoir 1° des détachements de cavalerie légère et de ligne[2] ; 2° d’infanterie légère et de ligne[3] ; 3° d’artillerie à cheval et à pied, suivis de canons[4], etc. ; 4° de sapeurs et mineurs[5], suivis de caissons, etc. ; tous précédés de trompettes, de tambours, de musique, etc. ; 5°, l’état-major général, ayant à sa tête un maréchal d’Empire, et composé de tous les officiers généraux et d’état-major de la division et de la place, etc[6].

Le cortège religieux était composé des enfants et vieillards des hospices, du clergé de toutes les paroisses et de l’église métropolitaine de Paris, avec les croix et les bannières, les chantres et la musique religieuse, l’aumônier de S.M., avec les assistants ; le char portant le corps du maréchal suivait immédiatement. Les maréchaux duc de Conégliano[7], comte Sérurier, duc d’Istrie[8] et prince d’Eckmühl[9] portaient les coins du poêle. Aux deux côtés du char, deux aides-de-camp du maréchal portaient deux étendards. Sur le cercueil, étaient fixés le bâton de maréchal et les décorations du duc de Montebello. Le deuil et le cortège d’honneur suivaient le char dans l’ordre suivant :

La voiture vide du maréchal, ayant aux portières deux de ses aides-de-camp ; quatre voitures de deuil destinées à la famille du maréchal ; les voitures du prince grand-dignitaire, des ministres, des maréchaux, des colonels-généraux, des premiers inspecteurs. Un détachement de cavalerie, précédé d’un corps de trompettes et de musique à cheval, suivaient les voitures et fermaient la marche. Une musique accompagnait les chants religieux ; les cloches de toutes les églises sonnaient, et treize coups de canon étaient tirés par intervalles. Les troupes bordaient la haie, etc., etc.

Arrivé à l’entrée de l’église souterraine de Sainte-Geneviève, le corps a été descendu à bras par des grenadiers décorés, et blessés dans les mêmes batailles que le maréchal. L’aumônier de S.M. a remis le corps à l’archiprêtre. Le maréchal prince d’Eckmühl a adressé au duc de Montebello les regrets de l’armée. Le prince archichancelier a déposé sur le cercueil la médaille destinée à perpétuer la mémoire des honneurs funèbres du guerrier qui les reçoit et des services qui les ont mérités. Le corps a été déposé dans un caveau particulier, en attendant qu’il lui soit érigé un monument.

Au pied du tombeau étaient déposés le bouclier et le casque du maréchal, symboles de la valeur.

 

Le maréchal Louis Nicolas Davout, prince d'Eckmüh
Le maréchal Louis Nicolas Davout, prince d’Eckmühl

Discours du maréchal Davout, prince d’Eckmühl, aux funérailles du maréchal Lannes, dans la crypte du Panthéon (Sainte-Geneviève) le 6 juillet 1810

Monseigneur, Messieurs,

C’est en combattant pour la gloire de notre souverain et pour notre patrie que le guerrier dont nous déposons ici les restes a reçu la mort.

La vie du maréchal duc de Montebello a été courte, mais elle a été remplie d’actions glorieuses, et l’histoire racon­tera la part qu’il a eue dans toutes les batailles que notre grand Napoléon a livrées en Europe, en Asie et en Afrique.

Son courage de tous les jours lui avait mérité le surnom de brave des braves.

Sujet fidèle et affectionné, tous ses vœux, toutes ses pen­sées furent pour notre souverain, et, au moment même où l’homme prêt à se séparer de tout ce qui fut l’objet de ses affections semble ne conserver de pensées que pour l’ave­nir qui l’attend, les dernières paroles du maréchal duc de Montebello furent une recommandation de veiller à la sûreté de l’Empereur, tant était forte en lui cette convic­tion que le bonheur du monde qu’il allait quitter était attaché à la conservation du monarque que la Provi­dence, dans sa faveur, a donné à notre heureuse patrie.

Il a reçu le plus beau prix de son dévouement lorsqu’à la nouvelle de sa blessure mortelle l’Empereur, au milieu des combats, suspendit ses vastes conceptions pour aller embellir par ses regrets les derniers moments de l’ami qu’il allait perdre et prononça ces paroles mémorables que les siècles recueilleront.

« Il fallait que dans cette journée mon cœur fût frappé d’un coup aussi sensible pour que je pusse m’abandonner à d’autres soins qu’à ceux de mon armée. »

Heureux qui en mourant peut inspirer de pareils regrets et mériter de pareilles larmes.

Déjà le langage de la postérité a commencé pour le maréchal duc de Montebello. Le temple où nos vétérans adorent le dieu des combats a retenti du récit de ses actions. Les témoins, les compagnons de sa gloire ont tressailli en entendant nommer ces champs fameux où il avait guidé leur courage et où, comme lui, ils ont versé leur sang.

Les larmes de ces vieux guerriers ont honoré sa mé­moire. Sa vie militaire, son dévouement, sont donnés en exemple à ceux qui lui survivent dans la carrière des armes et à cette jeunesse, l’espoir de la patrie, qui est impatiente de s’y élancer pour marcher sur ses traces et mériter un jour de pareils honneurs. Il emporte dans la tombe les regrets et l’affection de l’armée, l’estime et l’ad­miration des guerriers qu’il a combattus.

Militaires de toutes les armes et de tous les grades qui représentez ici l’armée française, le plus bel éloge qu’on puisse faire de celui qui n’est plus, c’est de le prendre pour modèle. Nous suivrons les exemples que nous a laissés le maréchal duc de Montebello; nous nous péné­trerons de son zèle, de son dévouement, de son courage, et nous serons toujours prêts à verser comme lui la dernière goutte de notre sang pour le service et la gloire de notre grand et bien-aimé Empereur !


NOTES

[1] Cambacérès

[2] Sous le commandement du général de Saint-Germain

[3] Sous le commandement du général Claparède

[4] Sous le commandement du général d’Aboville

[5] Sous le commandement du général Andréossy

[6] Le général Hulin, gouverneur de Paris, participe également au cortège

[7] Moncey, inspecteur général de la gendarmerie

[8] Bessières, commandant la garde impériale de Paris

[9] Davout