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26 juin 1813 – L’improbable rencontre de Dresde

 

Avant de  présenter,  en détails, ce qui s’est passé, le 26 juin 1813, au palais Marcollini de Dresde, entre l’empereur Napoléon et le prince Metternich, ce « Moment de l’Histoire du Monde » selon l’un des meilleurs biographes du ministre autrichien, von Srbik, il faut, rapidement, et sans vous faire trop entendre le bruit du canon, revenir sur les événements qui l’on précédé, disons même préparé.

 

Le 18 décembre 1812,  Napoléon, venait de retrouver la capitale de l’Empire, laissant à son beau-frère Murat, le soin de ramener en deçà du Niémen ce qui restait de la Grande Armée.

Dans une étonnante cavalcade de 13 jours, il venait de parcourir, en compagnie de Caulaincourt, pas moins de 2200 km. Mais il n’arrive pas auréolé de victoires, comme par le passé. La veille, et cela avait été sa volonté, le 29e Bulletin de la Grande Armée avait annoncé aux Français l’ampleur de la catastrophe de Russie.

Prenant à peine le temps de tirer les conséquences de l’affaire Malet – après tout, le régime a survécu à cette rocambolesque tentative de coup d’état –  l’empereur se met à l’ouvrage, pour s’efforcer de reconstituer une Grande Armée,  sur la base de ce qui existe encore. Grâce à une intense activité, et en utilisant une administration marchant efficacement, et à plein régime, il va se mettre en position de démarrer une nouvelle campagne.

 

Le contexte diplomatique

L’empereur est en droit de se poser une question, LA question : peut-il raisonnablement espérer la paix ? En ce mois de janvier 1813, à qui peut-il bien faire des avances ?

L’Angleterre ? Les Anglais n’y sont pas vraiment disposés, maintenant que Wellington, dans la Péninsule ibérique, a définitivement pris l’initiative.

La Russie ? Certes, les Russes ont subi des pertes toutes aussi terribles que les Français, mais ce sont eux les vainqueurs et Koutousov, à son corps défendant, il est vrai, car il aurait souhaité que les armées russes se reposent à Vilna, mais le tsar le lui a interdit, Koutousov, donc, est sur les talons du prince Eugène, le tsar se voit déjà jouer le rôle de libérateur de l’Allemagne, voire devenir l’arbitre de l’Europe. Ce n’est plus le jeune homme fasciné de Tilsit ou d’Erfurt, mais c’est un adversaire qui a compris que Napoléon a un besoin perpétuel de guerres t de conquêtes, et décidé qu’il ne déposera les armes avant d’avoir détruit la domination de cet ennemi de la paix du monde.

 

Dès janvier 1813, le futur ministre des relations extérieures du tsar, Nesselrode, indique à son souverain que le meilleur moyen d’y parvenir est que la France soit refoulée dans ses limites naturelles, tout ce qui n’étant pas situé entre le Rhin, l’Escaut, les Pyrénées et les Alpes, cessant d’être soit partie intégrante de l’empire français, soit même sous sa dépendance. Mais il précise qu’un tel but ne peut être atteint sans le concours de la Prusse et de l’Autriche.

Alors, la Prusse ? Rien n’est à espérer également de ce côté, de la part d’un souverain (Frédéric-Guillaume III)  qui, toujours lié à Napoléon par le traité d’alliance signé à Tilsit, et dont le courage politique n’est pas la qualité première, et qui manifestement attend que l’Autriche fasse le premier pas.  Premier pas que le général prussien York, de façon tout à fait indépendante, va faire sans état d’âme, le 30 décembre 1812, en signant avec les Russes, à Tauroggen, une Convention par laquelle la Prusse se déclare neutre, marquant en fait le début du retournement d’alliance de la Prusse. Cette action met un moment Frédéric- Guillaume en fureur, qui désavoue son général, le démet de ses commandements et le présente à une cours martiale. Mais cette fière réaction ne sera qu’un feu de paille : deux mois plus tard, le 28 février 1813, la signature par le roi de Prusse du traité de Kalisz, marque l’entrée de la Prusse dans le camp des Alliés et, surtout, la renaissance de la puissance militaire prussienne.

Par ce traité, la Prusse se voit promettre d’être rétablie telle qu’elle était en 1806, mais une grande partie de ses possessions polonaises devra retourner à la Russie, en échange de la réunion de territoires  entre Silésie et Prusse orientale (ceci sur le dos de la Saxe, ce qui ne manquera pas, lors du Congrès de Vienne de 1815, d’alourdir les négociations, mais nous n’en sommes pas là).

Mais l’article 6 du traité est de particulière importance : les signataires s’engagent à « ne signer ni paix ni trêve que d’un commun accord » : Prusse et Russie sont désormais enchaînés l’une à l’autre.

Quant à l’article 7, il invite purement et simplement la cour de Vienne à se joindre, le plus rapidement possible, à cette alliance, mais cela, bien sûr, Napoléon ne le sait pas.

 

En même temps, le sentiment national prend son essor dans toute l’Allemagne, sous l’impulsion de Stein, à l’origine de la création de la Landwehr et de corps de volontaires  (comme les chasseurs noirs de Lützow), mais aussi d’intellectuels et de poètes, comme Fichte ou Arndt, la Guerre de Libération est en marche. Le 17 mars, la Prusse déclare la guerre à la France.

 

Reste donc l’Autriche (la grande muette de ce début de 1813, selon Dominique de Villepin), dont il nous faut parler maintenant, puisqu’elle va être au cœur de cette conférence.

La position de la monarchie danubienne est, en ce début 1813, rien moins que simple, elle est même faible, et pour les faibles, tout est compliqué.

Durant la dernière campagne, et Metternich l’avait bien senti, l’Autriche s’était trouvée entre Charybdes et Scylla, face à une double crainte : une victoire de Napoléon, qui aurait assuré l’hégémonie française sur l’Europe pour une durée incalculable, ou une défaite, faisant succéder un despote russe à un despote français, dont on pouvait tout de même considérer qu’il appartenait au même monde « civilisé ».

Liée à la France par le traité de Paris du 14 mars 1812, elle n’avait pas eu d’autre choix que d’entrer dans le conflit franco-russe, avec un contingent, très limité, au demeurant, eu égard aux forces en présence au début du conflit russe, de 30.000 hommes. Metternich, en échange, avait tout de même obtenu qu’en cas de victoire de Napoléon, l’Autriche récupérerait l’Illyrie et la Silésie.

Par ce traité, notons-le également, l’Autriche s’engageait à venir au secours de la France, si cette dernière se trouvait être attaquée.

Disons le rapidement, si le courage des hommes sous les ordres de Schwarzenberg, lui-même dépendant directement de Napoléon, ne fut jamais pris en défaut (et fut même souligné par le chef de la Grande Armée), il faut bien dire que, Metternich travaillant dans cette affaire en sous-main avec Alexandre, l’importance stratégique du corps auxiliaire autrichien fut, jusqu’à la débâcle de la Grande Armée, plus que anecdotique.

Mais la défaite de Napoléon change dramatiquement la donne pour l’Autriche, et pour son chancelier, accusé à Vienne, mais aussi à Londres et à Saint-Pétersbourg, d’être le laquais de l’Ogre corse ! Pour sortir de cette inconfortable position, il ne reste au ministre autrichien qu’une échappatoire : montrer à ses détracteurs que l’Autriche peut être un acteur indépendant.

Mais sa marche de manœuvre est faible, il n’a pas vraiment de plan préétabli et, tel un slalomeur dans le brouillard, il doit avancer à vue, ne distinguant le prochain obstacle qu’au dernier moment. Seule option à la disposition de cet habile joueur : lentement se libérer de la France, et, pour cela, s’offrir aux différents protagonistes du conflit en cours, comme le seul médiateur crédible. Prudemment, et non sans une certaine impertinence, il va se mettre à l’œuvre. Chaque pas en avant va être mûrement pensé, chaque action sera assurée par une action de réserve. Il écrira à Hardenberg, son homologue prussien : « il ne faut pas jouer notre existence sur une seule carte ! »

Avec la défaite évidente de la Grande Armée, le « Hofkriegsrat » (Conseil de Guerre de la Cour) à Vienne avait donné l’ordre à Schwarzenberg de retirer son corps d’armée du front oriental. Le 30 janvier 1813, « considérant la saison rigoureuse et toutes les autres circonstances pressantes », Schwarzenberg signe, à Zeyck, une convention formelle de neutralité avec les Russes et retire, en février, ses troupes en Galicie. Là, il remet son commandement au Général Frimont et revient à Vienne.

Lorsqu’il l’apprend, le 3 février, de la bouche de l’envoyé de Vienne, Bubna, Napoléon entre dans une colère noire avant de se calmer et Bubna informe Metternich : si les signes de méfiance à l’égard de l’Autriche sont réels, le changement d’alliance n’est pas encore pour demain. Seuls les évènements à venir en décideront.

De toutes façons, Metternich se refuse à aller plus loin, car, s’il entend bien, rapidement, rétablir l’Empire des Habsbourg dans ses anciennes frontières, il se moque tout autant, dans le même temps, des visées d’Alexandre sur la Pologne, et des ambitions prussiennes en Allemagne. De ce côté, les chants nationalistes qui parviennent à ses oreilles sont loin de rassurer le tenant de la légitimité d’un empire constitué d’une kyrielle de nationalités rivales. Et s’il voit bien que l’intérêt de l’Autriche est de rejoindre le camp des Alliés, il sait aussi qu’il ne doit pas se dévoiler trop tôt. Il a encore en mémoire 1809, lorsque la Prusse et la Russie ont laissé l’Autriche à son sort.

Et puis, rappelons-le, d’une part Napoléon n’est ni plus ni moins que le gendre de François Ier et, d’autre part, la France est catholique, comme l’Autriche, alors que la Russie est orthodoxe et la Prusse protestante. Il y a là, pour Metternich, matière à réfléchir, donc à maintenir l’Autriche dans une neutralité, moyen pour lui de mieux contrôler le jeu.

 

Préparation de la campagne de printemps 1813.

Napoléon, dans tout ceci, ne reste pas, on s’en doute, les bras croisés.

 

Politiquement et diplomatiquement, après avoir recueilli les avis, très partagés d’ailleurs, des membres d’un Conseil extraordinaire, l’attitude du tsar amène l’empereur à essayer de s’entendre avec Vienne. Dans une lettre personnelle et confidentielle à François Ier, datée du 7 janvier 1813, et dans laquelle, avec une étonnante franchise il lui décrit sa situation militaire ainsi que les mesures prises pour redresser la situation,  il fait savoir à son beau-père qu’il ne fera pas, lui-même, « aucune démarche de paix » vis-à-vis de la Russie (puisque, pour le moment, « les circonstances ont tourné à son avantage »), mais  qu’il est prêt à accepter l’entremise de l’Autriche, tout en précisant que, jamais, il ne consentira à détacher de l’empire des territoires que des sénatus-consultes ont déclaré territoire constitutionnel : ceci s’applique donc à Rome, au Piémont, à la Toscane, à la Hollande, aux départements hanséatiques, inséparables, pour Napoléon, de l’empire.

Dans son échange avec l’empereur d’Autriche, pas un mot de la Pologne, mais la volonté réitérée de ne consentir à aucun agrandissement de la Russie.

Ici, on peut se demander si, dévoilant pour ainsi dire ses cartes, Napoléon ne fait pas une erreur fatale, surtout devant un adversaire de la taille de Metternich : d’aucuns auraient soigneusement pris soin de cacher son but ultime, au lieu de dévoiler si tôt ce sur quoi il était prêt, ou non, à céder.

Lorsque Metternich, à Vienne, rencontre l’ambassadeur français, Otto, il lui laisse entrevoir les conditions qui pourraient amener à la paix : détachement des provinces hanséatique de l’Empire français, disparition de la Confédération du Rhin et du Grand-Duché de Varsovie, retour de l’Espagne aux Bourbons, retour de la France derrière la rive gauche du Rhin.

Le 7 avril, Metternich va réitérer ces conditions, cette fois devant le nouvel ambassadeur français, Narbonne, ajoutant même, insidieusement, que celles des Coalisés pourraient être encore plus sévères.

On le voit, au moment d’entrer en campagne, l’Autriche exprime des vues bien loin de satisfaire son puissant allié. Pour Metternich, la paix, si paix il y a, la paix devra être germanique, sur la base de l’indépendance de l’Allemagne. Et dans ce but, il noue secrètement, dès le mois de mars, des liens avec la Bavière et la Saxe. Pour cette dernière, les choses vont aller plus vite que ne le souhaitait Metternich : la victoire de Napoléon à Lützen et son entrée à Dresde, va forcer le roi de Saxe à rentrer dans le droit chemin. Et des papiers saisis,  Napoléon peut facilement en conclure que Metternich joue un double jeu.

 

Enfin, avec l’Angleterre, Napoléon n’est pas moins ferme : si le conflit se termine, on s’en tiendra au principe de l’uti possidetis, c’est-à-dire que l’Espagne restera à Joseph, le Portugal à la Maison de Bragance, Naples à Murat, la Sicile aux Bourbons de Parme.

 

Militairement, et à partir de février, les ordres de Napoléon, qui estime que les hostilités ne reprendront pas avant le début du printemps, s’articulaient autour de quatre grands axes :

  • créer un dispositif solide sur l’Oder,
  • regrouper tout ce que l’on pourra de troupes sur cette ligne : rescapés, renforts venant d’Allemagne, remontes de cavalerie ;
  • créer une seconde ligne sur l’Elbe, avec les troupes venant de France, d’Italie et de la Confédération du Rhin ;
  • préparer la contre-offensive, en organisant la logistique entre l’Elbe et l’Oder.

Mais, contrairement à ces directives, le prince Eugène, abandonne non seulement la ligne de l’Oder, mais également Berlin. Il s’arrête cependant sur l’Elbe, le gros de ses forces à Magdebourg, ses ailes à Dresde, où se trouve Reynier, et Hambourg, gardé par Davout. Son rôle est de couvrir la réunion des troupes avant la contre-offensive que Napoléon prévoit pour la mi-mai.

Mais il faut donc, d’ici là, trouver des hommes. Et la levée  d’une armée nouvelle, pour cette nouvelle campagne, constitue une des plus grandes réussites administratives de Napoléon.

Il avait pour objectifs final de réunir pas moins de 700.000 hommes, y compris les 200.000 engagés en Espagne. Déjà, alors qu’il se trouvait à Moscou, il avait renvoyé les cadres destinés aux nouveaux régiments, dont les conscrits de 1813 s’instruisaient déjà en France. En y ajoutant les vétérans rappelés sous les drapeaux, 16.000 hommes rappelés d’Espagne, des unités de la Garde nationale, ainsi que des contingents de marins et de canonniers de la Marine, il avait ainsi rassemblé près de 120.000 hommes, auxquels vinrent se joindre, dès février, les conscrits de 1814, appelés par anticipation, et qui passeront à la postérité sous le nom de Marie-Louise, l’impératrice ayant signé elle-même le sénatus-consulte de leur convocation.

De leur côté, et malgré les pertes subies en Russie, les États de la Confédération reconstituaient peu à peu leurs contingents.

Enfin, l’empereur pouvait encore compter sur les quelques 10.000 Polonais de Poniatowski, et il escomptait bien disposer des 50.000 hommes d’Eugène, disséminés dans les forteresses le long de la Saale et de l’Elbe.

Faisons les comptes pour lui, c’est environ 225.000 hommes et 460 pièces de canons, dont, à la mi-avril, Napoléon peut compter (dont 120.000 sous ses ordres directs), lorsqu’il va lancer la campagne.

Mais il faut mettre un bémol à une quelconque euphorie générée par ces chiffres. Disons-le ici : sans nier le courage dont ils feront preuve tout au long de la campagne, ces nouvelle recrues – certaines sont à peine âgées de 18 ans –  seront loin de former une infanterie de qualité (en tous les cas d’égale valeur à celle détruite en Russie), tant leur formation a été réduite au minimum (un mois), le cas échéant en marchant ; la cavalerie sera elle aussi handicapée par son inexpérience au combat (cavaliers et chevaux).

Napoléon pourrait également compter sur les bonnes troupes réfugiées dans les places fortes de l’Oder et de la Vistule (au total près de 60.000 hommes), encore faut-il aller les débloquer.

Ainsi donc, à la mi-avril, Napoléon dispose de 200.000 hommes, répartis en deux armées, celle de l’Elbe et celle du Main.

Les Coalisés lui opposent, à la même date 160.000 Russes et Prussiens, auxquels vont se joindre les 30.000 Suédois de Bernadotte. Un point qui a son importance : Mikhail Koutousov, le héros de 1812, meurt le 28 avril, de septicémie, avant même que la campagne ne commence. Le tsar Alexandre nomme à sa place Wittgenstein, à la tête des troupes russes, Blücher gardant le commandement des Prussiens.

 

Le 15 avril 1813, les dés sont jetés, Napoléon quitte Paris, laissant derrière lui Marie-Louise, investie depuis le 30 mars des pouvoirs de la Régence, et Cambacérès, détenteur des vrais pouvoirs en l’absence de l’empereur. Il a expressément demandé que ses équipages soient réduits, afin de donner l’exemple.

L’idée initiale de Napoléon (dont il sera obligé de s’écarter) était simple : marcher, par Berlin, sur Stettin, de manière à transporter la guerre entre l’Elbe et l’Oder. L’armée du Main se serait avancée par Würzburg, Erfurt et Leipzig, celle de l’Elbe, par Magdebourg, Havelsberg et Wittenberg.  Ayant ainsi tourné la droite des Alliés, il n’aurait resté qu’à reprendre Danzig.

Les évènements en décident autrement : l’ennemi passe l’Elbe le 11 avril, sans pouvoir être contenu par Eugène.

Napoléon réagit aussitôt, en mettant sur pied une deuxième manœuvre, celle dite de Leipzig, qui ressemble à la première, mais de moindre ampleur.

Le 28 avril, à hauteur de Naumburg, en Saxe, l’armée principale se réunit à celle du prince Eugène.

Le 2 mai, c’est la bataille de Lützen (pour les Allemands Groß-Görschen), qui voit l’armée française, en supériorité numérique, vaincre l’armée russo-prussienne.  Après un moment de flottement, durant lequel Napoléon se dépense sans compter, la victoire lui sourit finalement et, le soir de la bataille, il peut dire à Duroc : « Je suis de nouveau le maître de l’Europe ! ». Pour le roi de Prusse, cette défaite a des relents de 1806.

Après être entré dans Dresde, c’est, les 20 et 21 mai, une nouvelle victoire, à Bautzen, forçant les Coalisés à retraiter vers le nord, en direction de l’Oder, laissant Breslau aux mains de leur vainqueur.

Mais Napoléon n’est pas dupe : que ce soit à Lützen ou à Bautzen, il n’a pas été en mesure d’infliger à l’ennemi un nouvel Austerlitz. « Ces animaux ont appris » dit-il à son entourage. La cause essentielle est la faiblesse de sa cavalerie, qui ne lui a pas permis d’achever ses victoires et de mettre ses opposants en déroute.

Mais, d’un autre côté, les Alliés doivent reconnaître les faits : leurs espoirs d’annihiler cette nouvelle Grande Armée, comme il y a moins d’un an dans les steppes russes, se sont envolés et, au lieu de se trouver sur les bords du Rhin, entourée de cette liesse populaire qu’ils appelaient de leurs vœux, les voilà de nouveau refoulés sur l’Oder.

Dans ces circonstances, l’armistice sollicité par les Coalisés, à la fin du mois de mai, et qui, signé à Pleiswitz le 4 juin, prévoit une suspension des hostilités jusqu’au 20 juillet, peut apparaître comme une erreur de la part de Napoléon, et il le reconnaîtra lui-même à Sainte-Hélène. Mais avait-il vraiment le choix : ses pertes à Lützen et Bautzen avaient été énormes et il lui fallait absolument les combler.

Quoiqu’il en soit, le temps qu’il espère gagner va être utilisé plus efficacement par ses adversaires, d’abord, par son allié, l’Autriche, ensuite.

 

Revenons donc à Metternich.

Le diplomate durant toutes ces semaines de la campagne de printemps,  joue de façon très habile avec des conditions de paix qui évoluent en fonction des circonstances. Lorsqu’il formule, à Narbonne, 5 conditions, Stadion en fait connaître neuf aux Alliés. Après Lützen, la liste diminue de nouveau et lorsque Bubna rencontre, le 16 mai, Napoléon, il n’évoque que la dissolution du duché de Varsovie, l’abandon des territoires annexés en Allemagne du Nord et en Illyrie.

Pendant la période de l’armistice, Metternich va ainsi jouer avec son adversaire, dans une sorte de diplomatie pendulaire, sans d’ailleurs, car il est bien trop prudent, jamais mettre pas écrit les  conditions qu’il présente à Napoléon.

Les rôles sont parfaitement distribués : l’Autriche réclame toujours moins que les Alliés, ce qui lui permet d’endosser l’habit d’un honnête négociateur, qui ne demande à son interlocuteur que ce qu’il peut raisonnablement accepter.  À la limite, il apparaitrait presque comme son protecteur vis-à-vis la démesure de ses adversaires.

Metternich est bien conscient que, dans la nouvelle situation, les Alliés vont faire pression sur l’Autriche, pour l’application  de l’article 7 du traité de Kalisch. Mais pour lui, il n’y a pas urgence.

Le 5 mai, il avait envoyé son prédécesseur, Stadion, connu pour être un tenant, à Vienne, du parti de la guerre, au quartier général des Alliés.

Pour équilibrer la balance, six jours plus tard, c’était Bubna, on l’a vu, qui s’était rendu auprès de Napoléon.

Le 3 juin, l’empereur François et Metternich sont à Gitschin. On se trouve ici pratiquement à mi-chemin des deux quartiers-généraux des belligérants : celui de Napoléon, à Dresde, celui d’Alexandre, à Reichenbach.

Metternich informe Maret de son arrivée, et sollicite une entrevue avec Napoléon, pour, précise-t-il, lui confirmer que l’Autriche est résolue à jouer son rôle de médiateur. La réponse de Maret étant évasive, Metternich se rend, le 17 juin, à Ratiboritce (où il retrouve sa chère Wilhelmine de Sagan…),  pour y rencontrer le tsar Alexandre, impatient d’être éclairé sur la position de l’Autriche. Metternich lui affirme que (ce sont ses paroles dans ses Mémoires) « amenée à une situation qui faisait d’elle le sauveur de l’Europe, l’Autriche la sauverait ». On ne peut être plus clair : l’entrée de l’Autriche aux côtés des Coalisés est scellée.

Comme Alexandre s’inquiète de ce qu’il adviendrait si Napoléon accepte la médiation, Metternich lui répond :

« s’il la décline, l’armistice cessera de plein droit, et vous nous trouverez dans les rangs de vos alliés ; s’il l’accepte, la négociation montrera, à n’en pouvoir douter, qu’il ne veut être ni sage, ni juste, et le résultat sera le même. »

On aperçoit bien là la finesse diplomatique du chancelier.

Le lendemain, au cours d’un entretien plus élargi, notamment avec le roi de Prusse, l’invétéré va-t-en-guerre, un accord sera atteint, qui conduira à la signature de la convention de Reichenbach, le 27 juin.

 

Dresde

Le 10 juin, à 5 heures du matin, Napoléon était arrivé à Dresde, où le bruit avait couru qu’il était mort. Il s’installe dans le palais Marcolini. Il a en effet envoyé, quelques jours auparavant, Maret à la recherche d’un endroit où installer son quartier général car, contrairement à ses précédents séjours, il ne souhaite pas utiliser le château, qu’il laisse au roi de Saxe.

Le palais Marcollini, à Dresde
Le palais Marcollini, à Dresde

Le palais, que certains, alors, comparent un peu à l’Élysée, est situé à l’extérieur de Dresde, dans le faubourg de Friedrichstadt, une zone calme, qui présente également l’avantage d’être propice à des revues dans les environs proches, et de servir de camp pour la Jeune Garde. De nos jours, il ne subsiste qu’une partie du corps principal de bâtiment, dans laquelle l’hôpital municipal s’est installé, depuis 1849.

En plus de Napoléon, qui occupe une aile du palais, logent ici Berthier, Caulaincourt et Maret.

En fait de palais, l’endroit offre très peu de place où accueillir de nombreuses personnes. Au rez-de-chaussée du bâtiment central on trouve une pièce octogonale – alors pièce d’apparat, où les officiers se rassemblent, et où les repas sont servis. A côté se trouve le salon de réception de Napoléon, donnant sur son étroite chambre à coucher.

Son cabinet de travail se trouve au premier étage, au milieu duquel, le remplissant presque, une table à cartes. Aux quatre coins de cette pièce d’environ 100 m2 – elle se trouve juste au-dessus de la pièce d’apparat, et c’est aujourd’hui une salle de concert -, sont disposées des tables, où se tiennent les secrétaires, toujours disposés à prendre note de ce que leur dicte l’empereur. Ici, c’est le royaume de Berthier, de Soult et de Bacler d’Albe, le chef du bureau topographique.

Le 11 juin, le comte Bubna arrive à Dresde, apportant la nouvelle que les Alliés acceptent la médiation de l’Autriche, mais il n’a pas le pouvoir de signer une convention, par laquelle la France ferait la même démarche.

Maret envoie donc une note à Metternich, le 15. Celui-ci, en réponse, informe Napoléon que l’empereur d’Autriche est disposé à envoyer un plénipotentiaire, démarche que, selon ses dires, Metternich avait parfaitement prévue !

Le 25, c’est donc Metternich en personne qui arrive à Dresde.

Il se rend d’abord au domicile de Bubna, puis il a une entrevue avec Maret. Napoléon n’est pas à la villa, étant parti faire une inspection.

Le lendemain  26, le ministre autrichien, porteur d’une lettre autographe de l’empereur François, est reçu par Napoléon.

Si l’on en croit ses Mémoires, Berthier, qui le conduit dans le cabinet de travail de Napoléon, lui aurait murmuré : « N’oubliez pas que l’Europe a besoin de paix, la France surtout, elle qui ne veut que la paix »

Mais avant de céder la parole aux deux acteurs (et on peut à juste titre employer ce qualificatif), donnons quelques précisions sur les éléments qui ont permis, par la suite, de reconstituer cette étrange rencontre.

 

On dispose tout d’abord de la version de Napoléon, que celui-ci dicta, le 23 mars 1821 (six semaines avant sa mort, et alors qu’il se sait condamné), au général Montholon, et qui fut publiée, pour la première fois, en 1823 dans ce qui allait devenir, en 1867, les Commentaires de Napoléon Ier.  Dans ces Commentaires, la rencontre de Dresde apparait sous le titre Notes sur des négociations de 1813 à Dresde.

Metternich, de son côté, a documenté cette rencontre, presque immédiatement, dans une lettre autographe à l’empereur François, envoyé le soir même. Il y joint  un Précis sommaire d’une conversation avec l’Empereur le 26 juin 1813. 7 ans plus tard, en 1820, il écrit un Entretien avec Napoléon à Dresde, qu’il reprendra, avec des corrections minimes, dans son autobiographie.

En 1839, l’historien Capefigue écrit, lors d’une rencontre avec le chancelier, et presque sous sa dictée, un compte rendu, dans lequel, cela se comprend, il se donne le beau rôle.

Du côté des partisans de Napoléon, c’est la relation du baron Fain, secrétaire du Cabinet, dans son Manuscrit de 1813, publié en 1825, qui donne le ton. Fain se trouvait au palais Marcolini au moment de la rencontre, et il en doit, semble-t-il, à Maret les détails, qui lui-même a dû les tenir de Napoléon lui-même.

On dispose cependant également d’un texte émanant de Caulaincourt, publiée seulement en 1933. Cette relation est basée sur la relation que lui fit Napoléon, immédiatement après l’entrevue, et que le Grand-Écuyer s’empressa de dicter à un secrétaire, sous le titre Conversation de M. le comte de Metternich avec l’empereur Napoléon, telle que Sa Majesté me l’a racontée. Notons qu’au contraire de Fain, un inconditionnel, Caulaincourt était, en 1813, un ferme partisan de la paix, et n’hésitait pas à critiquer son souverain.

C’est en étudiant de près ces différentes narrations, que le Dialogue qui va suivre a été préparé.

Écoutons maintenant les deux, Napoléon et Metternich,

Images tirées de la série télévisée Napoléon, avec Bertrand Clavier.
Images tirées de la série télévisée Napoléon, avec Bertrand Clavier.

Napoléon (allant au-devant de Metternich, avec une sorte d’empressement, en uniforme de colonel des chasseurs de la Garde, l’épée au côté, son chapeau sous le bras)

Vous voilà donc enfin, Metternich !

Mais dites-moi tout d’abord, comment va mon cher papa ?

 Metternich

Sa Majesté, l’empereur d’Autriche, se porte à merveille. Et vous-même, Sire ?

 Napoléon

Je ne puis aller mieux. Soyez le bienvenu !

(changeant de ton)

Mais, si franchement vous voulez la paix, pourquoi venir si tard ? Pourquoi ne pas m’avoir avoué de prime abord les changements survenus dans votre politique ? Nous avons déjà perdu un mois, et votre médiation  devient presque hostile à force d’être inactive.

Il paraît, Monsieur, qu’il ne vous convient plus de garantir l’intégrité de l’empire français : eh bien, soit; mais pourquoi ne pas me l’avoir déclaré plus tôt ? Si vous ne teniez plus à mon alliance, pourquoi ne pas me le dire ? Que ne me le faisiez-vous dire franchement à mon arrivée de Russie, par Bubna ou plus récemment par Schwarzenberg ? Je n’aurais pas insisté pour contraindre. Peut-être aurais-je été à temps de modifier mes plans ; peut-être même ne serais-je pas rentré en campagne. Nous pouvions nous entendre. J’ai toujours reconnu l’empire des circonstances.

En me laissant m’épuiser par de nouveaux efforts, vous comptiez sans doute sur une marche moins rapide des évènements ou sur moins de bonheur pour mes armes. Ces efforts hardis, la victoire les a couronnés. Je gagne deux batailles; mes ennemis affaiblis sont au moment de revenir de leurs illusions ; soudain, vous vous glissez au milieu de nous ; vous venez me parler d’armistice et de médiation, vous leur parlez d’alliance et tout s’embrouille… Sans votre funeste intervention, je les aurais refoulés au-delà de la Vistule et  la paix entre les alliés et moi serait faite aujourd’hui.

Quels ont été jusqu’à présent les résultats de l’armistice ? Je n’en connais point d’autres que les deux traités de Reichenbach, que l’Angleterre vient d’obtenir de la Prusse et de la Russie, et par lesquels elle s’engage à leur fournir cinquante millions de subsides pour me faire la guerre. On me parle aussi d’un traité semblable avec une troisième puissance ; mais vous avez M. de Stadion sur les lieux, Metternich, et vous devez être mieux informé que moi à cet égard.

Avouez-le : l’Autriche n’a pris le rôle de médiateur que pour servir son ambition et ses rancunes contre moi.  Elle n’est plus de mon côté ; elle n’est plus impartiale, elle est ennemie.  Vous alliez vous déclarer quand la victoire de Lützen vous a arrêtés; en me voyant encore à ce point redoutable, vous avez voulu gagner du temps. Aujourd’hui, vos 200,000 hommes sont prêts à entrer en lice ; c’est Schwarzenberg qui les commande ; il les réunit en ce moment, ici près, là, derrière le rideau des montagnes de la Bohème, pour me dicter vos lois !

Et, parce que vous vous croyez en état de dicter la loi, vous venez me trouver ! La loi ! Et pourquoi ne vouloir la dicter qu’à moi seul ? Ne suis-je plus celui que vous défendiez hier ? Si vous êtes médiateurs, pourquoi du moins ne pas tenir en main une balance équitable ? Voilà le rôle d’un grand roi !

Je vous ai deviné, Metternich ; votre cabinet veut profiter de mes embarras, et les augmenter autant que possible pour recouvrer tout ou partie de ce qu’il a perdu. La grande question pour vous est de savoir si vous pouvez me rançonner sans combattre, ou s’il vous faudra vous jeter décidément au rang de mes ennemis ; vous ne savez pas encore bien lequel des deux partis doit vous offrir le plus d’avantages, et peut-être ne venez-vous ici que pour mieux vous en éclaircir. Eh bien ! Voyons, traitons, j’y consens.

Soyez franc, Metternich, que voulez-vous ? Je connais ma position : je sais que je puis tout espérer de la victoire, mais je suis las de la guerre, je veux la paix, et ne me dissimule pas que pour l’obtenir sans de nouveaux combats, j’ai besoin de votre neutralité.

(sans laisser à Metternich le temps de répondre)

Vous voulez donc la guerre ? C’est bien, vous l’aurez. J’ai anéanti l’armée prussienne à Lützen; j’ai abattu les Russes à Bautzen; vous voulez avoir votre tour. Je vous donne rendez-vous à Vienne.

(Il s’immobilise devant Metternich)

Les hommes sont incorrigibles, les leçons de l’expérience sont perdues pour eux.

Trois fois j’ai replacé l’empereur François sur son trône; je lui ai promis de rester en paix avec lui tant que je vivrais; j’ai épousé sa fille; je me disais alors: tu fais une sottise; mais elle est faite.

(élevant la voix)

Je la regrette aujourd’hui.

L’année dernière, comptant sur lui, j’ai signé un traité d’alliance par lequel je lui garantissais ses États. A la première campagne malheureuse, le voilà qui se trouble, s’interpose entre mes ennemis et moi pour négocier la paix, dit-il, en fait pour m’arracher le fruit de mes victoires.

 Metternich

Sire, nous ne voulons pas vous déclarer la guerre, simplement mettre fin à un état des choses qui est devenu intolérable pour l’Europe, à un état de choses qui nous menace tous, à chaque instant d’un bouleversement universel. Votre Majesté y est tout autant intéressée que nous, car la fortune pourrait bien un jour vous trahir, et dans cette mobilité effrayante des choses, il ne serait pas impossible que vous-même rencontriez des chances fatales.

La paix et la guerre sont entre les mains de Votre Majesté. Entre les aspirations de l’Europe et vos désirs, il y a un abîme. Le monde a besoin de la paix. Pour assurer cette paix, vous devez rentrer dans des limites de puissance compatibles avec le repos général, ou bien vous succomberez dans la lutte.

Aujourd’hui, vous pouvez encore faire la paix. Demain, il sera peut-être trop tard.

L’Empereur mon maître a à remplir des devoirs devant lesquels s’effacent toutes les autres considérations. Le seul avantage que l’empereur soit jaloux d’acquérir, c’est l’influence qui communiquerait aux cabinets de l’Europe l’esprit de modération, le respect pour les droits et les possessions des états indépendants qui l’animent lui-même.

L’Autriche veut établir un ordre de choses qui, par une sage répartition de forces, place la garantie de la paix sous l’égide d’une association d’états indépendants…

 Napoléon (l’interrompant)

Parlez plus clair, et venons-en au but ; mais n’oubliez pas que je suis un soldat parvenu, qui sait mieux rompre que plier. Je vous ai offert l’Illyrie pour rester neutre : cela vous convient-il ? Voulez-vous plus encore ? Mon armée est bien suffisante pour amener les Russes et les Prussiens à la raison, et votre neutralité est tout ce que je demande.

 Metternich (reprenant)

Ah ! Sire, pourquoi Votre Majesté resterait seule dans cette lutte ? Pourquoi ne doublerait-elle pas ses forces ? Vous le pouvez, Sire, car il ne tient qu’à vous de disposer entièrement des nôtres. Oui, les choses en sont au point que nous ne pouvons plus rester neutre, il faut que nous soyons avec vous ou contre vous.

Le sort de l’Europe, son avenir et le vôtre, tout cela dépend de vous seul. Entre les aspirations de l’Europe et vos désirs, il y a un abîme. Le monde a besoin de la paix. Pour assurer cette paix, il faut que vous rentriez dans les limites qui sont compatibles avec le repos commun, ou que vous succombiez dans la lutte. Aujourd’hui, vous pouvez encore conclure la paix; demain il serait peut-être trop tard. L’Empereur mon maître ne se laisse guider dans sa conduite que par la voix de sa conscience; à votre tour, Sire, de consulter la vôtre.

 Napoléon (l’interrompant)

Eh bien! Qu’est-ce donc qu’on veut de moi ?

 Metternich

Une paix, une paix nécessaire, incontournable, une paix dont vous avez besoin tout autant que nous, et qui assure votre situation et la nôtre.

 Napoléon

Oh ! Je vous devine ! Vous, les Autrichiens, vous voulez l’Italie toute entière ! Vos amis, les Russes, veulent la Pologne, les Prussiens la Saxe, les Anglais la Hollande et la Belgique, et si je cède aujourd’hui, demain vous me demanderez ces objets de vos ardents désirs. ….

Quoi ! Non-seulement l’Illyrie, mais la moitié de l’Italie et le retour du pape à Rome ! Et la Pologne, et l’abandon de l’Espagne ! Et la Hollande, et la Confédération du Rhin, et la Suisse !… Voilà donc ce que vous appelez l’esprit de modération qui vous anime et votre respect pour les droits des États indépendants ? Vous ne pensez qu’à profiter de toutes les chances, vous n’êtes occupé qu’à transporter votre alliance d’un camp à l’autre, pour être toujours du côté où se font les partages, et vous venez me parler de votre respect pour les droits des états indépendants !

En un mot, la paix, pour vous, n’est qu’un prétexte : vous n’aspirez tous qu’au démembrement de l’empire  français ! Pour couronner une telle entreprise, l’Autriche croit qu’il lui suffit de menacer ! Vous prétendez ici d’un trait de plume faire tomber devant vous les remparts de Danzig, de Küstrin, de Glogau, de Magdebourg, de Wesel, de Mayence , d’Anvers , d’Alexandrie, de Mantoue, de toutes les places les plus fortes de l’Europe, dont je n’ai pu obtenir les clefs qu’à force de victoires ! Et moi, docile à votre politique, il me faudrait évacuer l’Allemagne, dont j’occupe encore la moitié,  ramener mes légions la crosse en l’air derrière le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, et, souscrivant à un traité qui ne serait qu’une vaste capitulation, me livrer comme un sot à mes ennemis, et m’en remettre pour un avenir douteux à la générosité de ceux-là même dont je suis aujourd’hui  le vainqueur !… Et c’est quand mes drapeaux flottent encore aux Bouches de la Vistule et sur les rives de l’Oder, quand mon armée triomphante est aux portes de Berlin et de Breslau, quand de ma personne je suis ici à la tête de trois cent mille hommes, que l’Autriche, sans coup férir, sans même tirer l’épée, se flatte de me faire souscrire à de telles conditions !…

(après une courte pause)

Sans tirer l’épée !  Vos prétentions sont un outrage ! Et c’est de mon beau-père que me vient un tel outrage ! C’est lui qui vous envoie ! Dans quelle attitude veut-il donc me placer en présence du peuple français ? Il s’abuse étrangement s’il croit qu’un trône ainsi mutilé puisse être en France un refuge pour sa fille et son petit-fils !….

Mais préparez-vous également à lever des millions d’hommes, à faire couler le sang de plusieurs générations et de ne négocier avec moi qu’au pied de Montmartre.

(jetant son chapeau à terre et s’arrêtant devant Metternich, pour le regarder droit dans les yeux)

Ah ! Metternich, combien l’Angleterre vous a-t-elle donné pour vous  décider à jouer ce rôle contre moi ?              

 

Le narrateur

Un moment, les deux hommes se taisent, comme assommés par ce dernier échange. À Sainte-Hélène, Napoléon reconnaîtra avoir été trop loin, et s’être fait, selon ses propres paroles, un ennemi irréductible. Puis, il reprend

 

Napoléon

Voulez-vous donc que je me déshonore ? Jamais ! Je saurai mourir, mais je ne céderai pas un pouce de territoire, je fais la paix sur la base du statu quo ante bellum.

Vos Souverains, nés sur le trône, ne peuvent comprendre les sentiments qui m’animent, ils peuvent se laisser battre vingt fois et rentrer toujours dans leurs capitales; moi, je ne le puis pas, parce que je suis un soldat. J’ai besoin d’honneur, de gloire. Ma domination ne survivra pas au jour où j’aurai cessé d’être fort, et, par conséquent, d’être craint. Je ne puis pas reparaître amoindri au milieu de mon peuple, il faut que je reste grand, glorieux et admiré ! J’ai besoin de gloire.

Si je consentais à signer une telle paix, mon empire s’écroulerait encore plus vite qu’il ne s’est élevé. On peut s’arrêter quand on monte, jamais quand on descend !

Les conditions que l’Autriche met à son alliance pourraient paraître acceptables  à tout autre que moi. Louis XIV en a accepté d’aussi onéreuses.

Que votre cabinet, donc, réduise ses prétentions à la satisfaction de ses propres intérêts, qu’il com­prenne que je suis nécessaire au principe monar­chique, que c’est moi qui lui ai rendu sa splendeur, qui l’ai sauvé de l’atteinte mortelle du républica­nisme, et que vouloir abattre tout à fait ma puis­sance, c’est livrer l’Europe au joug de la Russie. Et alors je ne désespérerais pas de la paix….

 Metternich (l’interrompant)

Mais quand donc finira cet état de choses, si les défaites, comme les victoires, sont un égal motif de continuer ces guerres désolantes ? Victorieux, vous voulez tirer les conséquences de vos victoires ; vaincu, vous voulez vous relever ! Sire, serons-nous donc toujours les armes à la main, dépendant éternellement, vous comme nous, du hasard des batailles ?

 Napoléon

Mais je ne suis pas à moi, je suis à cette brave nation qui vient à ma voix de verser son sang le plus généreux. A tant de dévouement je ne dois pas répondre par des calculs personnels, par de la faiblesse ; je dois lui conserver toute entière la grandeur qu’elle a acheté par de si héroïques efforts.

J’ai commis une grande faute en ne tenant pas compte de ce qui m’a coûté une armée, la plus belle qu’on eût jamais vue. Je puis me battre contre des hommes, non contre les éléments; c’est le froid qui m’a vaincu et ruiné. Dans une seule nuit j’ai perdu trente mille chevaux. J’ai tout perdu, sauf l’honneur et la conscience de ce que je dois à un brave peuple qui, après ces revers inouïs, m’a donné de nouvelles preuves de son dévouement et de la conviction qu’il a que moi seul je puis le gouverner. J’ai réparé les pertes de l’année dernière; voyez donc mon armée après les batailles que je viens de gagner. Je la passerai en revue devant vous.

Metternich

Mais c’est précisément l’armée qui désire la paix !

 Napoléon

Non, ce n’est pas l’armée, ce sont mes généraux qui veulent la paix. Je n’ai plus de généraux. Le froid de Moscou les a démoralisés. J’ai vu les plus braves pleurer comme des enfants. Ils étaient brisés physiquement et moralement. Il y a quinze jours, je pouvais encore faire la paix; aujourd’hui, je ne le puis plus. J’ai gagné deux batailles; je ne ferai pas la paix.

Metternich

Dans tout ce que Votre Majesté vient de me dire, je vois une preuve de plus que l’Europe et Votre Majesté ne peuvent arriver à s’entendre. Vos traités de paix n’ont jamais été que des armistices. Les revers comme les succès vous poussent à la guerre. Le moment est venu où vous allez vous jeter réciproquement le gant, l’Europe et vous; vous le ramasserez, vous et l’Europe; mais ce ne sera pas l’Europe qui succombera dans la lutte.

Napoléon

Pensez-vous, par hasard, me renverser par une coalition ? Combien d’alliés êtes-vous donc ? Quatre, cinq, six, vingt ? Plus vous serez nombreux, plus je serai tranquille.

J’accepte le défi. Mais je puis vous assurer qu’au mois d’octobre prochain nous nous verrons à Vienne. Alors on verra ce que seront devenus vos bons amis les Russes et les Prussiens. Comptez- vous sur l’Allemagne ? Voyez ce qu’elle a fait en 1809. Pour tenir en bride les populations allemandes, mes soldats me suffisent, et quant à la fidélité des princes, la peur qu’ils ont de vous m’en répond. Si vous vous déclarez neutres, et si vous observez votre neutralité, alors je consentirai à négocier à Prague. Voulez-vous une neutralité armée ? Soit ! Mettez trois cent mille hommes en Bohème, et que l’Empereur me donne sa parole qu’il ne me fera pas la guerre avant la fin des négociations, cela me suffira.

 Metternich

L’Empereur, mon maître, a offert aux puissances sa médiation, non la neutralité. La Russie et la Prusse ont accepté sa médiation; c’est à vous à vous prononcer aujourd’hui même. Ou bien vous accepterez la proposition que je viens de vous faire, et nous fixerons un temps pour la durée des négociations; ou bien vous la refuserez, et l’Empereur mon maître se considérera comme libre dans ses résolutions et dans son attitude. La situation nous presse, il faut que l’armée vive; dans quelques jours il y aura deux cent cinquante mille hommes en Bohême; ils pourront y rester cantonnés pendant quelques semaines, mais non pendant des mois entiers.

 Napoléon

Deux cent mille hommes en Bohême, dîtes-vous ? Et vous prétendez me faire croire à de pareilles fables ? C’est tout au plus si vous en avez cent, et je soutiens que ces cent se réduiront probablement à quatre-vingt mille en ligne.

 

Le narrateur

Napoléon s’engage alors dans une longue digression sur la force possible de l’armée autrichienne. D’après ses calculs, l’Autriche ne peut tout au plus mettre en ligne soixante-quinze mille hommes en Bohème. Il se base, pour se faire, sur le chiffre normal de la population de l’Empire, sur l’évaluation des pertes en hommes qu’elle a faites dans les dernières guerres, sur son système de conscription, etc. Metternich se montre alors très étonné de l’inexactitude de ses renseignements, faisant remarquer à Napoléon qu’il aurait pu facilement se procurer des données plus exactes et plus sûres.

Metternich

Je m’engage à vous dresser la liste complète de vos bataillons, et Votre Majesté serait moins renseignée sur la force de l’armée autrichienne ?

 Napoléon

Je suis bien informé, j’ai des rapports très-circonstanciés sur l’état de vos forces, et je suis sûr de ne pas me tromper sur le chiffre de votre effectif.

M. de Narbonne a mis en campagne une masse d’espions, et ses informations s’étendent jusqu’aux tambours de votre armée ; mon quartier général en a fait autant; mais je connais mieux que personne la valeur qu’on peut attacher à des renseignements de cette espèce. Mes propres calculs s’appuient sur des données mathématiques, voilà pourquoi ils sont sûrs; en fin de compte, aucun pays n’a jamais plus qu’il ne peut avoir.

 

Le narrateur

Napoléon, dans une longue tirade, revient une nouvelle fois sur la campagne de Russie, pour conclure par

 

Napoléon

C’était une rude épreuve mais je m’en suis parfaitement tiré.

Metternich

La fortune peut vous trahir comme elle l’a fait en 1812. En temps ordinaire, les armées ne forment qu’une faible partie de la population; aujourd’hui, c’est le peuple tout entier que vous appelez sous les armes. Votre armée actuelle n’est-elle pas une génération prise d’avance ? J’ai vu vos soldats, ce sont des enfants. Votre Majesté est convaincue qu’Elle est absolument nécessaire à la nation; mais n’avez-vous pas besoin de la nation à votre tour ? Et quand cette armée d’adolescents que vous appelez sous les armes aura disparu, que ferez-vous ? En appellerez-vous une plus jeune encore ?

 

Napoléon (criant)

Vous n’êtes pas militaire, Monsieur,  et vous ne savez pas ce qui se passe dans l’âme d’un soldat. Vous n’avez pas vécu dans les camps ; vous n’avez pas appris à mépriser la vie d’autrui et la vôtre, quand il le faut. Un homme comme moi se soucie peu de la vie ! Que me font, à moi, deux cent mille hommes !

Metternich

Pourquoi vous adressez-vous à moi seul ? Pourquoi me faire, entre ces quatre murs, une pareille déclaration ? Ouvrons les portes, les fenêtres, et puissent vos paroles retentir d’un bout de la France à l’autre ! Ce n’est pas la cause que je représente qui y perdra !

Napoléon (allant et venant dans la pièce, repoussant du pied, de temps à autre, le chapeau toujours à terre)

Les Français, dont vous défendez ici le sang, n’ont pas tant à se plaindre de moi. J’ai perdu, cela est vrai, trois cent mille hommes en Russie ; mais il y avait dans ce nombre pas plus de cent mille Français; ceux-là, je le regrette, oui, je les regrette vivement. Quant aux autres, c’étaient des Italiens, des Polonais et principalement des Allemands.

 

Metternich (avec un sourire crispé)

Vous oubliez, Sire, que vous parlez à un Allemand.

 

Napoléon (ironique)

Vous prétendiez défendre les Français, je vous ai répondu pour eux. Mais voyons plutôt quels sont vos moyens.

 

Le narrateur

De nouveau, Metternich, à la fureur de Napoléon, revient à sa proposition de médiation.

 

 Napoléon

Ah ! Vous persistez à me dicter la loi ! Décidemment, j’ai fait une bien grande sottise en épousant une archiduchesse d’Autriche. Tout me confirme dans l’opinion que j’ai commis là une faute impardonnable.

N’est-ce pas, Metternich, que j’ai été un niais d’épouser une princesse autrichienne ?

 Metternich

Puisque Votre Majesté veut connaître mon opinion, je dirai très-franchement que Napoléon le Conquérant a commis une faute. Pas le Napoléon politique et fondateur d’empire

Napoléon

Ainsi, l’Empereur François veut détrôner sa fille ?

 Metternich

Sire, l’Empereur d’Autriche ne considère que le bien de son empire, et ne se laissera guider que par ses besoins, sans s’arrêter au sort de sa fille. Quoique la fortune réserve à sa fille, il est avant tout un Souverain, et il n’hésitera pas à sacrifier sa famille pour le bien de son empire.

 Napoléon (l’interrompant)

Ce que vous me dîtes-là ne me surprend pas. Je sais que j’ai fait une énorme faute. Quand j’ai épousé l’archiduchesse d’Autriche, je pensais pouvoir vivifier le passé en l’unifiant aux temps nouveaux, les préjugés des anciens Goths aux lumières du siècle actuel. Je me suis trompé, et je sens aujourd’hui toute l’étendue de mon erreur. Elle peut me coûter mon trône, mais j’ensevelirai le monde sous ses ruines.

Le narrateur

L’entretien s’est prolongé jusqu’à huit heures et demie du soir. Dehors, il fait désormais nuit noire. La pièce est plongée dans l’obscurité presque complète, car personne, de l’extérieur, n’a osé déranger les protagonistes de cette étrange rencontre. Pas un instant de silence n’a interrompu ces vives discussions : à six reprises différentes, les paroles de Metternich ont eu la valeur d’une déclaration de guerre.

Lorsque Napoléon congédie Metternich, son ton est redevenu calme et doux. On ne distingue presque plus les traits de son visage.

 

Napoléon (reconduisant Metternich, avec une cordialité feinte)

Nous nous reverrons, je l’espère.

Metternich

À vos ordres, Sire, mais je n’ai pas l’espoir d’atteindre le but de ma mission.

 Napoléon (frappant familièrement l’épaule de Metternich)

Vous faîtes semblant d’être fâché, pourquoi ?

Eh bien ! Savez-vous ce qui arrivera ? Vous ne me ferez pas la guerre.

 Metternich (vivement et presque avec hauteur)

Si vous avez cette croyance, Sire, vous êtes perdu; j’en avais le pressentiment en venant ici; maintenant que je m’en vais, j’en ai la certitude.

 

Épilogue

La confrontation se termine donc sans que véritablement un résultat positif ait été atteint de la part de l’une ou l’autre partie.

Le soir, Napoléon aurait confié à son entourage :

« J’ai eu un long entretien avec M. de Metternich. Il s’est vaillamment comporté ; treize fois je lui ai jeté le gant, et treize fois il l’a relevé. Mais le gant est resté finalement dans mes mains. »

Il dit à Caulaincourt :

« Il n’a eu que le mot paix à la bouche, comme si cela ne tenait qu’à lui ou à moi de faire la paix. Le mot n’est qu’une façade pour ses exigences, il s’en servira plus tard pour habiller sa trahison. »

Comme son grand écuyer lui suggère d’accepter les avances de paix de Metternich, il ajoute :

« Bah ! Vous ne connaissez rien à l’Europe. Vous n’avez aucune idée de l’impression faites par mes dernières victoires. Ils tremblent tous ! Il faut nous saisir de cette occasion pour obtenir la dernière victoire et nous réjouir sans honte d’une longue période de repos. »

Et il écrit le lendemain à Marie-Louise

« J’ai causé bien longtemps avec Metternich, cela m’a fatigué. »

Quant à Metternich, il retourne après l’entrevue chez Bubna, à qui il se dit épuisé, puis il écrit le soir même (21 h 00) une courte missive à son souverain, pour l’informer qu’il doit rester, pour l’instant, à Dresde, pour attendre la réponse de Napoléon à la note écrite qu’il lui a remis. Il envoie également un courrier à Schwarzenberg, pour lui demander de combien de temps il a besoin pour amener les forces autrichiennes à leur effectif maximum. Il recevra la réponse le 28 : vingt jours.

Durant les jours qui suivent, Metternich se trouve dans un état de tension extrême. D’une part, il  a besoin de l’accord de Napoléon au sujet d’un Congrès sous la présidence « neutre » de l’Autriche. Mais il lui faut aussi l’annonce officielle de la rupture de l’alliance conclue en mars 1812. Cela peut paraître extravagant, car, dans les faits, cette alliance n’est plus que de façade. Mais l’empereur François tient aux formes, de manière à justifier son entrée dans le camp des Alliés.

Le lendemain, le 27 juin donc, Metternich remet à Maret sa liste des conditions exigées par l’Autriche. Le même jour, il adhère formellement au traité de Reichenbach, dont les clauses avaient été fixées le 14 juin. Désormais, le « médiateur » s’engage à entrer en guerre contre la France si celle-ci n’adhère pas à des préliminaires portant renonciation de la France à l’Illyrie, au grand-duché de Varsovie, à Danzig et aux villes hanséatiques. Mais il s’engage également à soutenir les revendications de ses partenaires sur la dislocation de la Confédération du Rhin et la restauration de la grande Prusse.

Metternich sait parfaitement que, après les victoires de Lützen et de Bautzen, Napoléon n’acceptera jamais de telles conditions humiliantes.

Il a donc d’ores et déjà choisi le camp des Alliés, la guerre est résolue.

De son côté, Napoléon fait comme s’il avait oublié la présence de Metternich à Dresde, se livrant à ses occupations habituelles.

Ce n’est que le 30 juin qu’il convoque, enfin, le ministre autrichien, alors que celui-ci est sur le point de monter dans sa voiture. Les deux hommes se rencontrent à nouveau, dans les jardins de la villa Marcolini, puis dans le salon de travail de l’empereur.

Là, Maret ayant été appelé comme secrétaire, Napoléon demande à Metternich de formuler lui-même les articles d’un accord, ce que ce dernier résume rapidement :

1° L’Empereur des Français accepte la médiation armée de l’Empereur d’Autriche;

2° Les plénipotentiaires des puissances belligérantes se rendront le 10 juillet à Prague pour conférer avec le plénipotentiaire de la Cour médiatrice;

3° Le 10 août est fixé comme dernier terme des négociations;

4° Jusqu’au dit jour, toutes les opérations militaires seront suspendues.

Sans doute à la surprise du ministre autrichien, Napoléon accepte sur le champ ces propositions, faisant toutefois observer, à propos de l’article 4, qu’il est nécessaire que les Russes et les Prussiens acceptent de prolonger l’armistice jusqu’au 10 août (au lieu du 20 juillet).

L’habile diplomate fait remarquer qu’il n’a pas de pouvoirs à ce sujet, mais qu’il est prêt à donner une réponse positive, pour autant que Napoléon donne sa parole que les mouvements de vivres à partir de la Silésie et de la Saxe, nécessaires à l’existence des troupes russes et prussiennes au-delà du 20 juillet, ne seront pas considérées comme un casus belli.

Sur l’assentiment de Napoléon, l’entretien est terminé et Metternich quitte Dresde une heure après.

On peut se demander pourquoi Napoléon avait finalement si rapidement accéder aux demandes de Metternich. La réponse peut se trouver dans le fait que ce même 30 juin, il avait reçu la nouvelle de la défaite de ses troupes en Espagne, à Vittoria, survenue le 21 juin.

 

Ainsi se terminait ce « Moment de l’Histoire du Monde », la chute de l’empire napoléonien était désormais enclenchée, car le Congrès de Prague, prévu par l’accord obtenu par Metternich, ne fut  qu’une farce orchestrée par les deux parties belligérantes. Rien ne pouvait plus changer le cours de l’Histoire.

Et le 12 août, l’Autriche déclarait la guerre à la France.

Prudent, Napoléon avait fait célébrer son 44e anniversaire le 10, anticipant sans doute les évènements, qu’il avait en grande partie provoqués !

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