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25 février 1809 – L’affaire de Valls.

Extrait du Journal des Opérations de l’armée de Catalogne en 1808 et 1809

Maréchal Gouvion Saint-Cyr – Paris 1821

Le général Saint-Cyr Nuguès
Le général Saint-Cyr Nuguès

La division Souham était placée en avant de Valls [1]Valls est une ville située dans le nord est de l’Espagne, en Catalogne. Elle se trouve dans la province de Tarragone et à 19 km de Tarragone. , au nord de cette ville, ayant sa gauche ap­puyée au Francoli, à-peu-près à la hauteur d’Alcover, sa droite dans la direction de Plá, occu­pant, par un avant-poste un peu faible pour la circonstance, le village de Picamoxons, où passe la route de Monblanch, et où aboutit une autre communication venant du col de Lilla.

Bataille de Valls
Bataille de Valls
Le général Pino
Le général Pino (anonyme)

La division Pino était à Plá, son avant-garde au col de Cabra, et un poste, à sa droite, à l’ab­baye de S. S. Creus.

Le 25 février, entre six et sept heures du ma­tin, Reding, qui avait renoncé cette fois au pro­jet de nous envelopper et de nous couper de Barcelone, avait choisi le point de Picamoxons pour déboucher sur la plaine de Valls; il s’estima heureux de n’y trouver qu’un petit poste, car il avait craint d’être retenu dans ce défilé assez longtemps pour voir arriver sur lui, au moment où il en déboucherait, les deux divisions réunies : il brusqua ce poste et attaqua de suite la division Souham; malgré les difficultés naturelles qu’il éprouvait, il lui faisait perdre du terrain, en la poussant sur Valls, tandis que derrière cette at­taque il faisait repasser sur la rive droite du Francoli ses bagages, équipages et artillerie avec une partie de ses troupes.

Le général Reding
Le général Reding

Dans la matinée du 25, Souham envoya un officier à Plà, au général en chef, pour le prévenir que Reding avait dé­bauché de Picamoxons, qu’il passait le Francoli et se dirigeait sur Tarragone, et lui de­mander s’il fallait le suivre. Le général en chef le lui ordonna, et lui fit dire qu’il allait de suite réunir la division italienne et se por­ter sur la route de Tarragone. Il envoya l’ordre au général Pino de rassembler promptement sa division qui, s’attendant à combattre d’un mo­ment à l’autre, était sous les armes depuis le point du jour, et de la mettre, sans perdre un instant, en route pour Valls, où il se rendait lui-même, et où, à son arrivée, il lui assigne­rait la direction voulue par les circonstances.

Ce contretemps nous affligea, il pouvait détruire nos espérances.

Le général en chef avait craint d’abord que Reding ne lui échappât sans combattre; mais son premier succès, sur la division Souham, avait ex­cité son amour-propre, et son audace naturelle. Il était chaudement engagé avec cette division qui perdait encore du terrain à l’arrivée du gé­néral en chef, dont le premier soin dut être de presser la division italienne, et de faire arriver au grand trot le régiment de dragons Napoléon, qu’il porta sur le flanc droit de l’attaque des Espagnols. Ceux-ci voyant entrer en ligne de nou­velles troupes, et jugeant l’arrivée du reste de la division italienne assez prochaine, s’arrêtèrent, et finirent par replier successivement leurs colonnes, pour prendre position derrière le Pont de Goy, sur la rive droite du Francoli, en couvrant de cette rivière le front de leur armée.

En attendant l’arrivée du général Pino, le gé­néral en chef fit reconnaître par des officiers d’é­tat-major les points où ses colonnes pourraient passer le Francoli, dont les bords escarpés, et d’un difficile accès, donnaient aux Espagnols une position admirable à défendre, et extrêmement difficile à attaquer.

A trois heures de l’après-midi, les troupes étant réunies, le général en chef en forma quatre co­lonnes d’attaque : les deux du centre avec la di­vision Pino, et les deux des ailes avec la division Souham qui connaissait mieux le terrain; ces deux dernières marchèrent l’une vers sa droite, l’autre vers sa gauche, pour laisser aux autres la place nécessaire au développement de leur attaque.

Pour être plus sûr d’avoir un engagement aussi décisif qu’il le désirait, le général français, dans la vue de donner à l’ennemi une confiance qui, lorsque l’issue du combat l’aurait trompée, de­vait tourner au profit du moral des troupes fran­çaises, défendit à son artillerie de tirer un seul coup de canon. Elle était pourtant dans une po­sition si belle, pour le faire avec avantage, que le commandant avait feint de n’avoir pas compris l’ordre, et commençait le feu quand l’aide-de-camp le lui réitéra d’une manière si formelle qu’il dut cesser au troisième coup, en en témoignant de bien vifs regrets. Ce sont les seuls qui fu­rent tirés depuis l’arrivée du général en chef sur ce champ de bataille, jusqu’à la fin de l’affaire.

On voulait croiser la baïonnette avec l’ennemi en arrivant sur le plateau. Les obstacles du terrain étaient grands ; il fallait beaucoup de temps pour arriver au sommet; de sorte que si l’artille­rie eût tiré pendant tout cet intervalle, le feu de deux rangs des Espagnols eût été moins beau, moins long, et ils auraient, avant que nous y fussions parvenus, éprouvé assez de pertes si l’on en juge par celle que leur avaient causée les trois coups de canon dont on vient de parler, pour se décider à opérer leur retraite; mais la certi­tude d’un succès moins disputé, et la considé­ration bien autrement puissante d’une moins longue effusion de sang français, durent céder à cette pensée dominante du général en chef, qu’il fallait, avant tout, fixer le moral des deux ar­mées. Or, son but n’aurait pas été atteint, si la retraite de l’ennemi avait été aussi prompte : car il l’aurait effectuée avec assez d’ordre pour nous empêcher de compléter notre succès et son dé­sastre.

On n’ajoutera qu’un mot pour achever d’ex­pliquer l’inaction de l’artillerie, qui pourrait pa­raître extraordinaire même à de bons esprits : les troupes françaises et italiennes étaient à-peu-près égales en nombre, non pas à celles que Reding pouvait avoir au combat, mais à celles qu’il avait véritablement engagées, et le général français ne voulait pas gâter ses troupes en leur diminuant trop les difficultés; il voulait de plus conserver cette ressource pour des circonstances plus ha­sardeuses, comme, par exemple, si le feu de l’ennemi était devenu plus meurtrier, ou qu’il eût été favorisé par l’arrivée d’un renfort ou par quel­que autre incident possible.

A trois heures et demie, le signal donné, les troupes commencèrent à passer le Francoli, et gravirent ensuite le grand plateau escarpé sur le­quel était placée l’armée espagnole; elles y trou­vèrent les plus grandes difficultés, ce plateau étant coupé de plusieurs espèces de terrasses, murs de clôture ou de soutènement des terres qui rendaient extrêmement lente une marche faite sous le plus beau feu de mousqueterie qu’on ait jamais exécuté, non seulement à l’armée, mais même à l’exercice. Pour ne point voir retarder davantage cette marche, qui l’était déjà trop par les obstacles naturels, il était seulement permis aux tirailleurs qui couvraient les colonnes de ré­pondre à ce feu ; les autres ne devaient qu’avancer et aborder franchement l’ennemi.

En arrivant sur le plateau, les troupes fran­çaises et italiennes exécutèrent les mouvements ordonnés avec une bravoure et une précision au-dessus de tout éloge ; aussi la victoire couronna de si nobles efforts ; les Espagnols ne purent sou­tenir de pied ferme le choc de ces troupes qui avaient déjà vaincu les grands obstacles sur les­quels l’ennemi avait trop compté, et cela malgré le feu de son artillerie et celui, si bien exécuté, de son infanterie. Elles ne purent résister sur­tout aux charges impétueuses du régiment de dragons italiens et du vingt-quatrième de dra­gons français, qui faillit prendre le général Reding, détruisit la plus grande partie de son es­corte , blessa de plusieurs coups de sabre ce général, qui n’échappa des mains d’un jeune offi­cier de ce corps, que parce que ce dernier eut la générosité de ne pas le tuer, comme il le pou­vait si aisément avant qu’un coup de pistolet ter­minât ses jours, et lui fit lâcher prise.

Malgré les efforts prodigieux de Reding pour retenir ses troupes, elles se débandèrent com­plètement : Suisses et Espagnols s’enfuirent en­core à toutes jambes et dans toutes les directions, laissant au pouvoir des Français leur artillerie, leurs bagages, munitions et un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvaient M. de Castel d’Orius, grand d’Espagne, commandant la cavalerie; trois colonels, sept lieutenants-colonels, et quatre-vingts officiers de différents grades : les Espagnols se sauvèrent, les uns à Lérida, les au­tres à Tortose, et le plus grand nombre à Tarragone, avec le général Reding, blessé de deux coups de sabre [2]Il mourra deux mois plus tard, à Tarragone . Ils furent poursuivis, ce jour-là, aussi loin que le jour put le permettre, et le len­demain jusqu’aux portes de cette dernière ville. Ils essuyèrent dans cette affaire une perte de près de quatre milles hommes ; nous eûmes environs 1.000 hommes hors de combat.


RELATION DE L’AFFAIRE DE VALLS,

TRADUITE DE L’ESPAGNOL, ET EXTRAITE DE L’OUVRAGE DE H. CABANES.

Le 25 février, à la pointe du jour, au moment où notre avant-garde venait de passer le pont de Goy, la garde avancée de l’ennemi la salua de deux décharges de mousqueterie et se replia sur-le-champ. Aussitôt on entendit battre la générale dans le camp de Valls, à trois quarts de lieue de distance. Notre division du centre acheva de passer le pont ; l’arrière-garde suivit avec le bagage, dans le plus grand ordre, sans qu’il y eût la moindre oscillation ; les rangs étaient bien gar­dés, un silence profond régnait parmi les soldats.

Au sortir du défilé que forme le col de la Riba ou de las Molas, au travers duquel se jette le Francoli, après le village de Picamoxons, se présente la plaine de Tar­ragone ; les approches de la rivière sont moins escarpés ; les champs sont cultivés et couverts de vignobles et d’arbres. En avant du pont de Goy, en suivant le grand chemin de Tarragone, il s’élève une petite hauteur dont le flanc gauche est gardé par le Francoli, qui en protège aussi le front dans toute sa longueur, à une portée de fusil; et cette hauteur s’abaisse insensiblement par sa droite, vers les villages de Raur’ell et de Mor’ell, à trois quarts d’heure de distance de ladite hauteur et à sa gauche est le chemin de Valls à Picamoxons, suivant une ligne parallèle aux montagnes qui forment à leur chute, les trois ports ou gorges de Riba, Lilla et Cabra.

Le pont de Goy, sur le Francoli, se trouve à-peu-près au milieu de la ligne que forme la rivière, paral­lèlement au flanc gauche de la hauteur dont nous avons parlé et vis-à-vis de la plus grande élévation du front et du flanc gauche. Le terrain entre le pont et le che­min de Valls est assez uni et permet de marcher en colonnes d’attaque, de faire avancer de l’artillerie et manœuvrer de la cavalerie, quoique en petits pelotons.

Vis-à-vis de la hauteur et parallèlement à la rivière, s’en élèvent successivement d’autres qui commencent à la rive gauche et se prolongent à droite depuis Valls jusqu’au chemin de Picamoxons. Derrière ces hauteurs se trouve le village de Valls et le chemin qui le traverse va droit à Tarragone par Vallm’oll.

La division Souham avait établi ses bivouacs sur ces éminences et poussé des postes avancés jusqu’au pont pour observer le passage de l’armée espagnole par le col de Riba. Le général Saint-Cyr avec la division Pino occupait les gorges des cols de Lilla et de Cabra ; c’était par-là qu’on supposait que Reding déboucherait dans la plaine de Tarragone.

Aussitôt qu’il aperçut notre avant-garde, le poste avancé de Souham fit deux décharges sur elle et se replia précipitamment sur sa division. On y battit à l’instant la générale, et les Français s’avancèrent rapide­ment jusque sur la rive gauche du Francoli avec quel­ques pièces d’artillerie.

Notre avant-garde, ayant passé le pont et reçu les deux décharges, filait toujours sur Tarragone; mais elle retourna bientôt sur ses pas, par ordre du général en chef et rentra dans la ligne de bataille formée par le centre et l’arrière-garde, sur la première hauteur que j’ai décrite et qui est située sur la rive droite.

Nos tirailleurs se jetèrent sur tout le front de notre ligne et commencèrent la fusillade avec les détache­ments que l’ennemi avait poussés pour nous reconnaître et savoir ce que nous voulions faire. La supériorité du nombre obligea les Français à se replier et même à retirer un peu plus loin l’une des deux batteries de trois canons et deux obusiers qui nous incommodait beaucoup et qui faisait tête à celle de trois pièces que nous avions établie de notre côté.

La prompte retraite des détachements ennemis en­flamma le courage de notre général en chef, en lui offrant la séduisante image d’une victoire brillante et facile ; il se met à la tête des bataillons de volontaires de Palma., de Wimffphen, des grenadiers provinciaux de la vieille Castille et du régiment des hussards espa­gnols, repasse le pont, attaque à la débandade le flanc droit de l’ennemi : il avait ordonné en même temps au général Marti, qui était resté chargé du commandement de la ligne de bataille, de faire attaquer le flanc gauche des Français par les régiments de Grenade, les grena­diers provinciaux de la nouvelle Castille, suivis par les hussards de Grenade.

L’ennemi renforça sa droite, repoussa nos efforts et se mit à poursuivre nos troupes. Sur ces entrefaites le général Reding envoya par son aide-de-camp l’ordre au général Marti de diriger le combat, se trouvant lui-même engagé avec ses Guérillas. Marti ordonne au marquis de Campoverde, colonel des hussards de Gre­nade, d’attaquer vivement; il fait passer au secours de sa gauche le bataillon suisse de Reding dont le colonel sollicitait cette mission et détache, en deux colonnes, sur le centre, le régiment de Saboya, un bataillon de Santa-Fé et la moitié de celui d’Antequera, pour soutenir les troupes légères de notre front, lesquelles traversaient la rivière à gué pour attirer l’attention de l’ennemi. Il ne garda en ligne que le reste du régiment d’Antequera et un bataillon de Santa-Fé pour défendre les batteries, soutenir la retraite en cas de malheur, contenir les fuyards et se porter partout où l’on aurait besoin de renfort. Cette disposition réussit : l’ennemi se désista de la poursuite de notre gauche pour accou­rir au centre et l’action par là se réduisit à une vive fusillade de part et d’autre, l’artillerie tirant également des deux côtés. Ainsi nos troupes ayant la rivière en avant du centre et de la gauche se battirent vigoureu­sement et à découvert, pendant quatre heures consé­cutives, à demi-portée de fusil, ce qui coûta la vie à bien du monde, surtout en officiers des deux années.

Notre gauche étant dégagée, le général Reding vou­lut connaître l’avis du général Marti, sur ce qu’il con­venait de faire. Celui-ci répondit qu’il n’y avait pas un moment à perdre et qu’il fallait se retirer à Constanti, dont on n’était plus qu’à deux lieues, par la hauteur que nous occupions et à la faveur des bois d’oliviers de Raur’eil et Mor’ell, attendu que l’ennemi se renfor­çait considérablement.

Le général en chef parut adopter cette mesure, mais il ne fit aucune disposition pour l’exécuter et le combat continua de la même manière jusque vers midi. Alors, voyant qu’il était inutile de sacrifier tant de braves, il donna l’ordre de la retraite, consultant de nouveau Marti sur les moyens de l’effectuer. Le général Marti n’hésita pas à proposer de faire filer les bagages sur Tarragone qui était à trois lieues de là, en prescrivant à l’intendant de l’armée de tenir douze mille rations prêtes à Constanti et au gouverneur de cette première place de détacher de sa garnison une colonne de deux mille cinq cents hommes d’infanterie et cent cinquante chevaux avec deux pièces de quatre, sur le chemin de Valls et la rive gauche du Francoli, afin de menacer l’ennemi sur ses derrières; ce qui l’empêcherait de tom­ber, avec toutes ses forces, sur nos troupes qui allaient opérer leur retraite à la faveur des bois d’oliviers de Mor’ell et de Constanti, changeant ainsi la ligne de front par l’arrière-garde, sur le côté droit, et soutenant autant que possible le second pont, dit pont de Valls, lequel serait occupé par le régiment de Soria, les gre­nadiers provinciaux de la nouvelle Castille et les hus­sards de Grenade ; il proposait ensuite de porter sur le flanc gauche la plus grande partie de la cavalerie pour arrêter ceux des ennemis qui passeraient le pont de Goy, pour nous poursuivre et finalement d’exécuter le  mouvement rétrograde par échelons, à la faveur des bois d’oliviers et sous la protection de l’artillerie.

Le général Reding approuva cette idée et ne songea pas à la mettre à exécution : à mesure que nos troupes, en se repliant, venaient reprendre leurs premières positions, elles recevaient de nouvelles cartouches ; il n’y avait plus qu’une fusillade peu active entre quelques tirailleurs.

Toutes les troupes étaient rentrées dans la ligne primitive de bataille, vers deux heures; le général en chef ordonna que le mouvement de retraite commençât aussitôt qu’on aurait .mangé la soupe et pris quelque repos : le général Marti alla prendre le commandement de la division qui devait sortir de Tarragone et fut remplacé dans l’armée par le maréchal-de-camp, major général d’infanterie, Garcia Conde. Le colonel d’artil­lerie Ava fut envoyé à Constanti pour reconnaître la position et désigner les points que nous devions occu­per en arrivant.

Cependant le général Saint-Cyr qui, avec la division Pino et d’autres corps, se trouvait à Plà et Cabra, à une distance de deux ou trois lieues du théâtre de l’action, se mit en mouvement aussitôt que le général Souham l’eut averti qu’il avait sur les bras toutes les forces du général Reding; les troupes de Saint-Cyr avaient opéré leur jonction avec celles de Souham, sur les trois heures de l’après-midi ; aussitôt, les Français commencèrent l’attaque sur toute notre ligne avec l’a­vantage du nombre et au moment où nous commencions à nous mettre en retraite.

Leurs efforts tombèrent principalement sur notre gauche ; notre feu d’artillerie et de mousqueterie et de mitraille fut inconcevable et dût leur causer une grande perte. Mais l’ennemi, favorisé par le nombre (il avait au moins dix-sept mille hommes) de troupes fraîches et reposées, et d’ailleurs supérieur à nous par son or­ganisation, parvint à jeter le désordre dans nos bataillons qui, toutefois, se défendirent avec courage jusqu’à la dernière extrémité.

En une heure toute notre ligne était enfoncée, l’ennemi poursuivait de près nos troupes désordonnées qui ne trouvaient d’asile que dans les bois, les ravins et les endroits escarpés du pays. Le général Reding fut atteint par des cavaliers, opposa une vive résis­tance, reçut cinq blessures ; et entre lui et son état-major, on tua ceux qui le serraient de si près, entre autres un colonel de cavalerie. Il put enfin arriver dans la nuit, avec ses aides de camp, à Tarragone, où le sui­virent quelques troupes ; le reste rejoignit le lendemain matin. Cependant plusieurs corps se dirigèrent sur Réus, de là au col de Balaguer et à Cambrils.

Les ennemis occupèrent Réus dans la journée suivante et tout le pays connu sous le nom de plaine de Tarragone. Ainsi se trouva coupée la communication de cette place du côté de la terre. Le nombre des morts, blessés ou prisonniers dans la bataille de Valls ne sau­rait être exactement connu, foute de données officiel­les ; toutefois, par un calcul approximatif, on peut évaluer notre perte à deux mille hommes. Celle des Français fut égale et même plus forte. Parmi les morts de notre côté, il faut distinguer le colonel Armenta et le marquis de Sala : le premier, commandant des chas­seurs à cheval de Grenade, et le deuxième, premier lieutenant des gardes Wallonnes. Il y périt en outre beaucoup d’officiers de mérite. Au nombre des blessés se trouvent : le général en chef, le colonel Biard de Saintellier, commandant en second de la division de Garcia Conde, et plusieurs officiers de distinction. Le marquis de Castel d’Orius, major-général de la cava­lerie , fut fait prisonnier, ainsi que le colonel Dumont, commandant des gardes Wallonnes ; le lieutenant-co­lonel Autunez, des gardes Espagnoles ; trois aides de camp du général en chef, Osoro, Chichery et Reid, et beaucoup d’autres.

Cette action, toute malheureuse qu’elle fut, n’en fait pas moins d’honneur à nos troupes : si elles n’eu­rent pas le bonheur de remporter la victoire et d’être bien dirigées, elles eurent du moins la gloire de se bat­tre avec la plus grande valeur, pendant onze heures, contre un ennemi formidable, supérieur à la fois, par le nombre, la discipline et l’organisation.

La bataille de Valls éternisera cette gloire, et les Fran­çais , qui pourront bien critiquer la conduite de notre général, rendront justice, et l’ont déjà rendue, à l’ex­cellente conduite et à l’intrépidité de nos troupes. Tous les corps firent leur devoir; il faut cependant accorder une mention particulière aux détachements des gardes Wallonnes et Espagnoles dont les chefs restèrent pri­sonniers de guerre, et au bataillon d’Antequera. Nous perdîmes toute notre artillerie, mais, avant de la per­dre, nous nous en servîmes avec beaucoup de succès.

Les généraux, les officiers et les soldats, en un mot, toute l’armée mérite des éloges. Le général en chef compensa le défaut de connaissances militaires par la valeur extraordinaire qu’il déploya en différentes oc­casions.

 

Nota, Voir, à la fin du volume, l’État des troupes espagnoles qui ont combattu à Valls, pour se convaincre de l’erreur où était M. Cabanes en attribuant aux Français une supériorité numérique qu’ils étaient loin d’avoir. Les divisions Pino et Souham, les seules qui se trouvassent à cette affaire, ayant laissé à Villafranca les hommes les moins en état de supporter la fatigue, leur effectif ne s’élevait pas à treize mille combat­tants, tandis que, d’après l’état précité, Reding en a engagé quinze mille.

References

References
1 Valls est une ville située dans le nord est de l’Espagne, en Catalogne. Elle se trouve dans la province de Tarragone et à 19 km de Tarragone.
2 Il mourra deux mois plus tard, à Tarragone