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1813 – Vingt-Troisième Bulletin de la Grande Armée

, 1er septembre 1813

Le 28 août, le roi de Naples a couché à Freyberg avec le duc de Bellune; le 29, à Lichtenberg; le 30, à Zetau; le 31, à Seyda.

Auguste Fredéric Louis Viesse de Marmont
Auguste Fredéric Louis Viesse de Marmont, duc de Raguse

Le duc de Raguse, avec le sixième corps, a couché le 28, à Dippoldiswalde, où l’ennemi a abandonné douze cents blessés; le 29, à Falkenhayn; le 30, à Altenberg, et le 31, à Zinnwald.

Le quatorzième corps, sous les ordres du maréchal Saint-Cyr, était le 28 à Maxen; le 29, à Reinhards-Grimma; le 30, à Dittersdorff, et le 31, à Liebenau.

Le premier corps, sous les ordres du général Vandamme, était le 28 à Hollendorf, et le 29, à Peterswalde, occupant les montagnes.

Le duc de Trévise était en position, le 28 et le 29, à Pirna.

Le général Pajol, commandant la cavalerie du quatorzième corps, a fait des prisonniers.

L’ennemi se retira dans la position de Dippoldiswalde et Altenberg. Sa gauche suivit la route de Plauen, et se replia par Tharandt sur Dippoldiswalde, ne pouvant faire sa retraite par la route de Freyberg. Sa droite ne pouvant se retirer par la chaussée de Pirna, ni par celle de Dohna, se retira sur Maxen, et de là sur Dippoldiswalda. Tout ce qui était en partisan et détaché de Meissen, se trouva coupé. Les bagages russes, prussiens, autrichiens, s’étaient entassés sur la chaussée de Freyberg; on y prit plusieurs milliers de voitures.

Arrivé à Altenberg, où le chemin de Tœplitz à Dippoldiswalde devient impraticable, l’ennemi prit le parti de laisser plus de mille voitures de munitions et de bagages. Cette grande armée rentra en Bohême après avoir perdu partie de son artillerie et de ses bagages.

Le 29, le général Vandamme passa avec huit ou dix bataillons le col de la grande chaîne et se porta sur Kulm: il y rencontra l’ennemi, fort de huit à dix mille hommes; il s’engagea: ne se trouvant plus assez fort, il fit descendre tout son corps d’armée: il eut bientôt culbuté l’ennemi. Au lieu de rentrer et de se replacer sur la hauteur, il resta et prit position à Kulm, sans garder la montagne; cette montagne commande la seule chaussée; elle est haute. Ce n’était que le 30 au soir que le maréchal Saint-Cyr et le duc de Raguse arrivaient au débouché de Tœplitz. Le général Vandamme ne pensa qu’au résultat de barrer le chemin de l’ennemi, et de tout prendre. À une armée qui fuit, il faut faire un pont d’or, ou opposer une barrière d’acier: il n’était pas assez fort pour former cette barrière d’acier.

Cependant l’ennemi voyant que ce corps d’armée de dix-huit mille hommes, était seul en Bohème, séparé par de hautes montagnes, et que tout le reste était encore au pied en-deçà des monts, se vit perdu s’il ne le culbutait. Il conçut l’espoir de l’attaquer avec succès, sa position étant mauvaise. Les gardes russes étaient en tête de l’armée qui battait en retraite: on y joignit deux divisions autrichiennes fraîches; le reste de l’armée ennemie s’y réunit à mesure qu’elle débouchait, suivie par les deuxième, sixième et quatorzième corps. Ces troupes débordèrent le premier corps. Le général Vandamme fit bonne contenance, repoussa toutes les attaques, enfonça tout ce qui se présentait, et couvrit de morts le champ de bataille. Le désordre gagna l’armée ennemie, et l’on voyait avec admiration ce que peut un petit nombre de braves contre une multitude dont le moral est affaibli.

À deux heures après-midi, la colonne prussienne du général Kleist, coupée dans sa retraite, déboucha par Peterswalde pour tâcher de pénétrer en Bohême; elle ne rencontra aucun ennemi, arriva sur le haut de la montagne sans résistance, s’y plaça, et là, vit l’affaire qui était engagée. L’effet de cette colonne sur les derrières de l’armée, décida l’affaire.

Portrait de Dominique Joseph Vandamme
Portrait de Dominique Joseph Vandamme

Le général Vandamme se porta sur-le-champ contre cette colonne, qu’il repoussa: il fut obligé d’affaiblir sa ligne dans ce moment délicat. La chance tourna: il réussit cependant à culbuter la colonne du général Kleist, qui fut tué; les soldats prussiens jetaient leurs armes et se précipitaient dans les fossés et les bois. Dans cette bagarre, le général Vandamme a disparu; on le croit frappé à mort.

Les généraux Corbineau, Dumonceau et Philippon se déterminèrent à profiter du moment, et à se retirer partie par la grande route, et partie par d’es chemins de traverse, avec leur division, en abandonnant tout le matériel, qui consistait en trente pièces de canon et trois cents voitures de toute espèce, mais en ramenant tous les attelages. Dans la position où étaient les affaires, ils ne pouvaient pas prendre un meilleur parti. Les tués, blessés et prisonniers doivent porter notre perte dans cette affaire à six mille hommes. L’on croit que la perte de l’ennemi ne peut être moindre que de quatre à cinq mille hommes.

Le premier corps se rallia, à une lieue du champ de bataille, au quatorzième corps. On dresse l’état des pertes éprouvées dans cette catastrophe, due à une ardeur guerrière mal calculée.

Le général Vandamme mérite des regrets: il était d’une rare intrépidité. Il est mort sur le champ d’honneur, mort digne d’envie pour tout brave.