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1806 – Vingt-Septième Bulletin de la Grande Armée

Berlin, 4 novembre 1806

On a trouvé à Stettin une grande quantité de marchandises anglaises à l’entrepôt sur l’Oder; on y a trouvé 500 pièces de canon et des magasins considérables de vivres.

Joachim Murat, grand-Duc de Berg en 1806
Joachim Murat, grand-Duc de Berg en 1806

Le 1er novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin, le 2 à Teterow, ayant sa droite sur Rostock. Le général Savary était le 1er à Kratzeburg, et le 2, de bonne heure, à Waren et à Jabel. Le prince de Ponte-Corvo attaqua, le soir du 1er, à Jabel, l’arrière garde de l’ennemi. Le combat fut assez soutenu; le corps ennemi fut plusieurs fois mis en déroute ; il eût été entièrement enlevé, si les lacs et la difficulté de passer le pays de Mecklenburg ne l’eussent encore sauvé ce jour-là. Le prince de Ponte-Corvo, en chargeant avec la cavalerie, a fait une chute de cheval qui n’a eu aucune suite. Le maréchal Soult est arrivé le 2 à Plau.

Ainsi l’ennemi a renoncé à se porter sur l’Oder. Il change tous les jours de projets : voyant que la route de l’Oder lui était fermée, il a voulu se retirer sur la Poméranie suédoise; voyant celle-ci également interceptée, il a voulu retourner sur l’Elbe ; mais le maréchal Soult l’ayant prévenu, il paraît se diriger sur le point le plus prochain des côtes. Il doit avoir été à bout le 4 ou le 5 novembre. Cependant, tous les jours, un ou deux bataillons, et même des escadrons de cette colonne, tombent en notre pouvoir. Elle n’a ni caissons, ni bagages.

Le maréchal Lannes est à Stettin;

Le maréchal Davout, à Francfort;

Le prince Jérôme, en Silésie.

Le duc de Weimar a quitté le commandement pour retourner chez lui, et l’a laissé à un général peu connu.

L’Empereur a passé aujourd’hui la revue de la division des dragons du général Beaumont, sur la place du palais de Berlin; il a fait différentes promotions.

Tous les hommes de cavalerie qui se trouvaient à pied se sont rendus à Potsdam, où l’on a envoyé les chevaux de prise. Le général de division Bourcier a été chargé de la direction de ce grand dépôt. Deux mille dragons à pied, qui suivaient l’armée, sont déjà montés.

On travaille avec activité à armer la forteresse de Spandau, rétablir les fortifications de Wittenberg, d’Erfurt, de Küstrin et de Stettin.

Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier
Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier

Le maréchal Mortier, commandant le 8e corps de la Grande Armée, s’est mis en marche le 30 octobre sur Cassel. Il y est arrivé le 31. Voici la note  que le chargé d’affaires de France a présenté au prince, vingt-quatre heures auparavant. Voici ensuite la proclamation qu’a faite le maréchal Mortier. Le prince de Hesse-Cassel, maréchal au service de Prusse, et son fils, général au service de la même puissance, se sont retirés: Le prince de Hesse-Cassel, pour réponse à la note qui lui fut remise, demanda de marcher à la tête de ses troupes avec l’armée française contre nos ennemis; le maréchal Mortier répondit qu’il n’avait pas d’instructions sur cette proposition; que, ce prince ayant armé après la déclaration qui avait été faite à M. de Malsburg, son ministre, que le moindre armement serait considéré comme un acte d’hostilité, son territoire n’avait pas été seulement violé par les Prussiens, mais qu’ils y avaient été accueillis avec pompe par le prince héréditaire; que, depuis, ils avaient évacué Cassel par suite des combinaisons militaires, et que ce ne fut qu’à la nouvelle de la bataille d’Iéna que les armements discontinuèrent à Cassel ; qu’à la vérité le prince héréditaire avait eu le grand bonheur de marcher à la tête des troupes prussiennes et d’insulter les Français par toutes sortes de provocations.

Il payera cette frénésie de la perte de ses États. Il n’y a pas en Allemagne une Maison qui ait été plus constamment ennemie de la France. Depuis bien des années, elle vendait le sang de ses sujets à l’Angleterre pour nous faire la guerre dans les deux mondes ; et c’est à ce trafic de ses troupes que le prince doit les trésors qu’il a amassés, dont une partie est, dit-on, enfermée à Magdeburg, et une autre a été transportée à l’étranger. Cette avarice sordide a entraîné la catastrophe de sa Maison, dont l’existence sur nos frontières est incompatible avec la sûreté de la France. Il est temps enfin qu’on ne se fasse plus un jeu d’inquiéter quarante millions d’habitants et de porter chez eux le trouble et le désordre. Les Anglais pourront encore corrompre quelques souverains avec de l’or; mais la perte des trônes de ceux qui le recevront sera la suite infaillible de la corruption. Les alliés de la France prospéreront et s’agrandiront ; ses ennemis seront confondus et détrônés.

Les peuples de Hesse-Cassel seront plus heureux. Déchargés de ces immenses corvées militaires, ils pourront se livrer paisiblement à la culture de leurs champs ; déchargés d’une partie des impôts, ils seront aussi gouvernés par des principes généreux et libéraux, principes qui dirigent l’administration de la France et de ses alliés. Si les Français eussent été battus, on aurait envahi et distribué nos provinces; il est juste que la guerre ait aussi des chances sérieuses pour les souverains qui la font, afin qu’ils réfléchissent plus mûrement dans leurs conseils avant de la commencer. Dans ce terrible jeu, les chances doivent être égales. L’Empereur a ordonné que les forteresses de Hanau et de Marburg soient détruites, tous les magasins et arsenaux transportés à Mayence, toutes les troupes désarmées, et les armes de Hesse-Cassel enlevées de toutes parts.

La suite prouvera que ce n’est point une ambition insatiable ni la soif des conquêtes qui a porté le cabinet des Tuileries à prendre parti, mais bien la nécessité de terminer enfin cette lutte, et de faire succéder une longue paix à cette guerre insensée, provoquée par de misérables intrigues et les basses manœuvres d’agents tels que lords Paget et Morpeth.