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1805 – QUATRIÈME BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

QUATRIÈME BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE [1]

 

Augsbourg, le 19 vendémiaire an 14,

(11 octobre 1805.)

Le combat de Wertingen a été suivi, à vingt-quatre heures de distance, du combat de Günzbourg[2]. Le maréchal Ney a fait marcher son corps d’armée ; la division Loison sur Langenau[3], & la division Malher sur Günzbourg. L’ennemi, qui a voulu s’opposer à cette marche, a été culbuté par-tout. C’est en vain que le prince Ferdinand[4] est accouru en personne pour défendre Günzbourg. Le général Malher l’a fait attaquer par le 59e. régiment ; le combat est devenu opiniâtre, corps à corps. Le colonel Lacuée[5] a été tué à la tête de son régiment, qui, malgré la plus vigoureuse résistance, a emporté le pont de vive force ; les pièces de canon qui le défendaient, ont été enlevées, & la belle position de Günzbourg est restée en notre pouvoir. Les trois attaques de l’ennemi sont devenues inutiles ; il s’est retiré avec précipitation ; la réserve du prince Murat arrivait à Burgau[6] & coupait l’ennemi dans la nuit.

Les détails circonstanciés du combat qui ne peuvent être donnés que sous quelques jours, feront connaître les officiers qui se sont distingués.

L’Empereur a passé toute la nuit du 17 au 18, & une partie de la journée du 18, entre les corps des maréchaux Ney & Lannes.

L’activité de l’armée française, l’étendue & la complication des combinaisons qui ont entièrement échappé à l’ennemi, le déconcertent au dernier point.

Les conscrits montrent autant de bravoure & de bonne volonté que les vieux soldats. Quand ils ont une fois été au feu, ils perdent le nom de conscrits ; aussi tous aspirent-ils à l’honneur du titre de soldats. Le temps continue à être très-mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut encore beaucoup : l’armée cependant est pleine de santé.

L’ennemi a perdu plus de 2500 hommes au combat de Günzbourg. Nous avons fait 1200 prisonniers & pris six pièces de canon. Nous avons eu 400 hommes tués ou blessés. Le général major d’Aspre[7] est au nombre des prisonniers.

L’Empereur est arrivé à Augsbourg le 18, à neuf heures du soir. La ville est occupée depuis deux jours.

La communication de l’armée ennemie est coupée à Augsbourg & Landsperg[8] & va l’être à Fuessen[9]. Le prince Murat, avec les corps des maréchaux Ney & Lannes, se met à sa poursuite. Dix régimens ont été retirés de l’armée autrichienne d’Italie & viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont été déjà pris. Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste, s’avancent vers l’Inn ; mais les avantages de notre position sont tels que nous pouvons faire face à tout.

L’Empereur est logé à Augsbourg chez l’ancien Électeur de Trèves, qui a traité avec magnificence la suite de S.M. pendant le temps que ses équipages ont mis à arriver.


NOTES

[1] In : Mémorial administratif du département de l’Ourte, n° 293 du 30 vendémiaire an XIV (22.10.1805), p. 93-94. Liège : J.F. Desoer, 1806. (Mémorial administratif du département de l’Ourte ; IX).

[2] Günzburg.

[3] Au nord-est d’Ulm et au nord-ouest de Günzburg.

[4] Ferdinando di Asburgo-Este (1781-1850). Fils cadet du duc Ferdinando I de Modène (Habsbourg-Este ; devenu en 1803 duc de Brisgau), lieutenant-feld-maréchal (1800), feld-maréchal ultérieurement.

[5] Gérard Lacuée (1774-1805).

[6] Au sud-est de Günzburg, sur la Mindel.

[7] Lieutenant Feldmaréchal Constantin Ghislain Charles, comte d’Aspre van Hoobroeck (1767-1850), d’origine flamande.

[8] Landsberg, en amont d’Augsbourg, sur le Lech.

[9] Füssen, ville située sur le Lech, sur la frontière entre l’Allemagne et le Tyrol autrichien.