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1805 – QUATORZIÈME BULLETIN DE LA GRANDE ARMÈE

QUATORZIÈME BULLETIN [1]

 

De Braunau, le 8 brumaire an 14.[2]

Le maréchal Bernadotte est arrivé le 8, à dix heures du matin, à Salzbourg[3]. L’électeur[4] en était parti depuis plusieurs jours ; un corps de 6 mille hommes, qui y était, s’était retiré précipitamment la veille.

Le quartier-général impérial était le 6 à Haag, le 7 à Muldorff[5], & le 8 à Braunau.

Le maréchal Davoust a employé la journée du 7 à faire réparer entièrement le pont de Muldorff.

Le premier régiment de chasseurs[6] a exécuté une belle charge sur l’ennemi, lui a tué une vingtaine d’hommes & lui a fait plusieurs prisonniers, parmi lesquels se trouve un capitaine de hussards.

Dans la journée du 7, le maréchal Lannes est arrivé avec la cavalerie légère au pont de Braunau. Il était parti de Landshut. Le pont était coupé. Il a sur-le-champ fait embarquer sur deux bateaux une soixantaine d’hommes. L’ennemi qui, d’ailleurs était poursuivi par la réserve du prince Murat, a abandonné la ville. L’audace des chasseurs du 13e.[7] a contribué à précipiter sa retraite.

La mésintelligence entre les russes & les autrichiens commence à s’appercevoir. Les russes pillent tout. Les officiers les plus instruits d’entr’eux comprennent bien que la guerre qu’ils font est impolitique, puisqu’ils n’ont rien à gagner contre les français que la nature n’a pas placés pour être leurs ennemis.

Braunau, comme il se trouve, peut être considéré comme une des plus belles & des plus utiles acquisitions de l’armée. Cette place est entourée d’une enceinte bastionnée avec pont-levis, demi-lune & fossés pleins d’eau. Il y a de nombreux magasins d’artillerie & tous en bon état ; mais ce qui paraîtra difficile à croire, c’est qu’elle est parfaitement approvisionnée. On y a trouvé 40 mille rations de pain prêtes à être distribuées, plus de mille sacs de farine ; l’artillerie de la place consiste en 45 pièces de canon avec double affût de rechange, en mortiers approvisionnés de plus de 40 mille boulets & obusiers. Les russes y ont laissé une centaine de milliers de poudre, une grande quantité de cartouches, de plomb, un millier de fusils, & tout l’approvisionnement nécessaire pour soutenir un grand siége.

L’Empereur a nommé le général Lauriston[8], qui arrive de Cadix[9], gouverneur de cette place[10], où il a établi le dépôt du quartier-général de l’armée.


NOTES

[1] In : Mémorial administratif du département de l’Ourte, n° 298 du 25 brumaire an XIV (16.11.1805), p. 162-163. Liège : J.F. Desoer, 1806. (Mémorial administratif du département de l’Ourte ; IX).

[2] 30 octobre 1805.

[3] Salzburg. Ville sur l’Inn, au pied des Alpes et au sud de Braunau. Capitale d’un archevêché sécularisé en 1803.

[4] Ferdinand von Habsburg-Lothringen (1769-1824), frère de l’empereur Franz II. Grand-duc Ferdinando III de Toscane (1790-1802 et 1814-1824), prince-électeur Ferdinand I. de Salzbourg (1803-1805), grand-duc Ferdinand I. de Wurtzbourg (1805-1814).

[5] Lire : Mühldorf.

[6] Son commandant est le colonel Montbrun (voir 15e Bulletin).

[7] Commandé par le colonel Nicolas Pultierre (baron de l’Empire, 1808).

[8] Jacques Alexandre Bernard Law de Lauriston (1768-1828). Général (1802), comte de l’Empire (1808), pair de France (1815), marquis (1817), ministre-secrétaire d’État à la Maison du Roi (1820-1824), maréchal de France (1823), ministre d’État et grand-veneur de France (1824-1828).

[9] Il revient d’Espagne, après avoir participé à l’expédition du vice-amiral de Villeuneuve (celui qui vient d’être battu, le 21 octobre à Trafalgar par Nelson ; nouvelle qui ne sera connue de Napoléon que le 17 novembre suivant).

[10] Lauriston reste gouverneur de Braunau et de l’Innviertel jusqu’en février 1806, après quoi il est nommé en Dalmatie.