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1805 – DIX-HUITIÈME BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

DIX-HUITIÈME BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE[1]

 

Lintz, le 14 brumaire an 14[2].

Le prince Murat ne perd pas l’ennemi de vue. L’ennemi avait laissé dans Ebersberg[3] trois ou quatre cents hommes pour retarder le passage de la Traun ; mais les dragons du général Walter[4] se jetèrent dans des bateaux, &, sous la protection de l’artillerie, attaquèrent avec impétuosité la ville. Le lieutenant   Villaudet[5], du 13e régiment de dragons, a passé le premier dans une petite barque.

Le général Walter, après avoir passé le pont sur la Traun, se porta sur Enns[6]. La brigade du général Milhaud rencontra l’ennemi au village d’Asten[7], le culbuta, le poursuivit jusque dans Enns, & lui fit 200 prisonniers, dont 50 hussards russes. Vingt hussards russes ont été tués. L’arrière-garde des troupes autrichiennes, soutenue par la cavalerie russe, a été partout culbutée : ni l’une ni l’autre n’ont tenu à aucune charge. Les 22e. & 16e de chasseurs & leurs colonels, Latour-Maubourg[8] & Durosnel[9], ont montré la plus grande intrépidité. L’aide-de-camp du prince Murat, Flahault, a eu une balle dans le bras.

Dans la journée du 13, nous avons passé l’Enns, & aujourd’hui le prince Murat est à la poursuite de l’ennemi. Le maréchal Davoust est arrivé le 12 à Steyer : le 13, dans la journée, il s’est emparé de la ville, & a fait 200 prisonniers : l’ennemi paraissait vouloir s’y défendre. La division de dragons du général Beaumont a soutenu sa réputation. L’aide-de-camp du général Beaumont a été tué. L’un & l’autre des ponts sur l’Enns sont parfaitement rétablis.

Au combat de Lambach, le colonel autrichien de Graffen[10] & le colonel russe Koloffkin[11] ont été tués.

L’empereur d’Autriche, arrivé à Lintz, a reçu des plaintes de la régence[12] sur la mauvaise conduite des russes, qui ne se sont pas contentés de piller, mais encore ont assommé à coups de bâton les paysans ; ce qui avait rendu déserts un grand nombre de villages. L’empereur a paru très-affligé de ces excès, & a dit qu’il ne pouvait répondre des troupes russes comme des siennes ; qu’il fallait souffrir patiemment ; ce qui n’a pas consolé les habitans.

On a trouvé à Lintz beaucoup de magasins, & une grande quantité de draps & de capottes dans les manufactures impériales.

Le général Deroi[13], à la tête d’un corps de bavarois, a rencontré à Lovers[14] l’avant-garde d’une colonne de cinq régimens autrichiens venant d’Italie, l’a complètement battue, lui a fait quatre cents prisonniers & pris trois pièces de canon. Les bavarois se sont battus avec la plus grande opiniâtreté & avec une extrême bravoure. Le général Deroi lui-même a été blessé d’un coup de pistolet.

Ces petits combats donnent lieu à un grand nombre de traits de courage de la part des officiers particuliers. Le major-général s’occupe d’une relation détaillée où chacun aura la part de gloire qu’aura méritée son courage.

L’Enns peut être considéré comme la dernière ligne qui défend les approches de Vienne. On prétend que l’ennemi veut tenir & se retrancher derrière les hauteurs de St.-Hyppolite[15], à dix lieues de Vienne. Notre avant-garde y sera demain.


NOTES

[1] In : Mémorial administratif du département de l’Ourte, n° 299 du 30 brumaire an XIV (21.11.1805), p. 191-192. Liège : J.F. Desoer, 1806. (Mémorial administratif du département de l’Ourte ; IX).

[2] 5 novembre 1805.

[3] Lire Ebelsberg. Village au sud de Linz, sur la rive gauche de la Traun, peu avant son confluent avec le Danube. Il ne faut confondre ni le village, ni la rivière, avec leurs homonymes de Bavière, dans la région de Wasserburg, où l’armée française est passée plusieurs jours auparavant dans sa marche d’Ulm à Vienne.

[4] Lire Walther.

[5] Lire Billaudel.

[6] Cité au sud-est de Linz, peu avant le confluent entre la rivière Enns et le Danube.

[7] Village à mi-chemin, sur la route de Linz à Enns.

[8] Marie Victor Nicolas de Fay, vicomte de Latour-Maubourg (1768-1850). Émigré avec La Fayette (1792), il se rallie au premier Consul (1799). Général (1805), baron (1808), puis comte (1814) de l’Empire. Pair de France (1814), marquis (1817), il sera ministre de la Guerre (1819-1821), restant fidèle à la branche aînée des Bourbons après 1830.

[9] Antoine Jean Auguste Durosnel (1771-1849). Général (1805), comte de l’Empire (1808).

[10] Lire de Graff.

[11] Lire Gavriil Gavrilovitch Golovkine (1775-1805).

[12] C’est à dire la municipalité.

[13] Lire Deroy.

[14] Lire Lofer. Village au sud-ouest de Salzbourg, dans le Tyrol, au carrefour des routes de Salzbourg à Innsbruck et de Salzbourg à Lienz.

[15] Sankt Pölten, ville sur la Traisen (rivière tributaire du Danube), entre Melk et Vienne.