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Sainte-Hélène – Gourgaud – janvier 1818

Journal inédit de Sainte-Hélène

Général baron Gourgaud

Paris

 

1er janvier 1818.

Nous sommes allés au bal par la pluie; Mme Bertrand a beaucoup parlé avec le Russe, nous ne quittons la fête qu’à 6 heures du matin et je me réveille à 10. On m’apporte quelques bonbons de la part de Pierron et je suis obligé de distribuer qua­rante louis en étrennes aux domestiques de l’Empe­reur. A. 3 heures, Sa Majesté me fait demander. Elle est sur son canapé, à demi habillée, me fait asseoir, me questionne sur le bal, sur ce qu’a dit le Russe.

Elle a l’air d’être dans une colère concentrée et veut me chercher querelle, me dit que mon domestique Fritz est un espion, car le capitaine l’assure. Je réponds que c’est parce que M. de Montholon veut sa chambre. « Mais, M. de Montholon…. » Je me retiens. L’Empereur, très en colère : « Vous m’insultez…, vous vous fâchez, je crois. — Non, Sire. » Je ne dis plus un mot. L’Empereur, après quelques instants de silence sonne pour s’habiller, passe au billard et m’ordonne d’aller chercher les Bertrand pour la fête. Je reviens avec eux. Mme Bertrand s’attend, à ce que m’a dit Sa Majesté les jours précédents, à recevoir des étrennes superbes. Grande surprise : l’Empereur fait venir des bonbons, en donne à Mme Bertrand et aux enfants et en envoie à Mme de Montholon, qui ne peut sortir. Ensuite, deux assiettes de bonbons à Jennv et à Betzy qui ont couché chez Mme Bertrand.

On annonce qu’un bâtiment vient d’arriver d’Angleterre avec des nouvelles; le docteur court en ville, car l’Empereur est extrêmement agité. « C’est un bâti­ment envoyé exprès, le gouverneur est changé. » En efïet, Amherst, Malcolm, l’impression des observations, tout coïncide. Il y a peut-être un changement dans le ministère ! Les Montholon espèrent que ce sera pour notre retour en Europe. « Si cela pouvait être la mort du prince Régent ! » On signale le retour d’O’Méara ; l’Empereur le lorgne; « Il vient au grand galop! c’est une bonne nouvelle! Le gouverneur est sûrement rappelé ! Cela regarde bien O’Méara. Cela décide la question. S’il en était autrement, il serait sûrement resté en ville. L’intérêt avant tout. »

O’Méara descend de cheval, grande émotion, on suit tous ses mouvements; il va d’abord à sa cuisine, nous sommes tous désappointés. Au bout de dix minutes, il se fait annoncer; Sa Majesté cause avec lui dans le salon, nous restons au billard. Puis l’Empereur revient vers nous : c’est un bateau du Brésil, où un bâtiment venant d’Angleterre a porté les dépêches et que l’on a expédié aussitôt ici; il y en a pour le gouverneur et pour l’amiral, contresignées de lord Bathurst, rien ne transpire sur leur contenu, cela est important, mais suit une marche mystérieuse,. Balcombe a été dîner chez l’amiral pour tâcher d’apprendre quelque chose.

On me remet trois lettres de ma mère; je dis à l’Em­pereur qu’elle et ma sœur ont été en grande détresse % malgré les belles paroles de Sa Majesté. A 8 heures, nous passons dîner; l’Empereur est de mauvaise hu­meur et affecte de dire devant les gens que les Bour­bons ne resteront pas, que la France est en feu; après le repas, il revient au salon et rentre à 9 heures et demie.

Vendredi, 2 janvier.

Balcombe vient le matin, je lui dis bonjour, et on le rapporte à l’Empereur, qui me demande, à midi et demi, dans son cabinet. « Qu’avez- vous vu dans les gazettes? » Louis XVIII a eu bien tort de renvoyer la Chambre de 1815 et de mettre en place Saint-Cyr et Mole : les élections le perdront. Il fallait profiter de la présence des étrangers pour bien établir son système. Les gens comme Saint-Cyr n’aimeront jamais les Bourbons. Donzelot, à la Martinique, résis­terait-il à la vue du drapeau tricolore ? Le Roi sera cause du partage de la France. Sa Majesté va au bil­lard, demande Bertrand; je lui parle d’un livre des électeurs où l’on dit que Louis XVIII aurait dû s’ap­peler Louis Ier; il y a là dedans beaucoup de phrases de l’Empereur, on l’aura sans doute écrit d’ici.

Saint-Cyr aura dit au Roi : « Si vous voulez une armée, il faut lui donner la cocarde tricolore. — Mais, reprend l’Empereur, le Roi accorderait plutôt tout autre chose que de quitter la cocarde blanche, le panache de Henri IV. Il aurait raison, s’il n’avait pas changé de système, mais il a toujours été révolutionnaire. » Lafitte ferait mieux de s’occuper de banque que de politique ; en résumé, il aurait fallu, pour attendre, pour remuer, que les Alliés fussent partis. Je joue aux échecs avec l’Empereur, qui rentre à 8 heures et demie.

Samedi, 3.

L’Empereur est dans une colère con­centrée, il annonce une grave insurrection dans Paris. Le 56e régiment vient à Sainte-Hélène. Les journaux allemands disent pis que pendre de sir Hudson Lowe ; les Anglais ont découvert qu’il y’avait quelque chose d’écrit dans une lettre adressée de Belgique à Mme Bertrand. Deux corsaires de Tunis croisent dans la Man­che, c’est le gouvernement britannique qui les a fait venir. Ces Anglais sont de grands scélérats, des bri­gands. Bertrand paraît très préoccupé d’une lettre du gouverneur qui est arrivée le matin. Sa Majesté joue !avec moi une partie, puis rentre chez Elle à 8 heures et demie.

Dimanche, 4.

Mme Bertrand est en toilette, elle allait sortir, mais il pleut : le Russe attendra. Il paraît que l’Empereur était hier bien en colère sur ce qui se passe en France et s’est adressé à lui-même bien des reproches. Le gouverneur a gain de cause, il a fait parvenir hier trois extraits des. dépêches de lord Ba­thurst.

I° II renverra les lettres où il y aura le mot « Empe­reur ». Si Sa Majesté veut voir sir Hudson Lowe, il viendra à Longwood, sinon on pourra lui envoyer un de nous;

2° On va bâtir une nouvelle maison comme pour un officier de distinction;

3° On enverra une femme dé chambre à Mme Bertrand, si elle consent à venir après avoir pris connaissance des restrictions.

A 7 heures, au salon, l’Empereur nous dit que le gouverneur a demandé à voir les papiers d’O’Méara; Sa Majesté, après avoir joué avec chacun de nous, se léve, tout agitée des nouvelles de France.

« Cet imbécile de Louis XVIII gâte tout en se mettant avec les révo­lutionnaires. Il n’a près de lui aucun homme de tête! il ne voit pas que les étrangers veulent partager la France ; il a donc la haine de son frère! Il gâte nos affaires; il aurait dû profiter du séjour des Alliés pour maintenir  Chambre; les cours prévôtales auraient contenu le peuple. Au bout de cinq ans, les étrangers s’en seraient allés et, alors, la nation aurait culbuté les Bourbons, Leur système est trop vieux et ne peut se soutenir. Le nation française n’aime pas à être humiliée; comment tout cela finira-t- il ? Les étrangers établiront des ducs de Bretagne, d’Anjou, oui, ils feront le comte d'Artois duc d’Anjou !. Voilà ce que veulent les Bourbons. Écoutez hier ce que je vais vous dire : vous verrez le Roi dissoudre sa Chambre; peu après sa réunion, il y sera forcé. »

Les circonstances sont graves, on nous massacres peut-être ici. Mme Bertrand ne vient pas au dîner, pendant lequel l’Empereur parle de la France et du budget et se retire à 9 heures. O’Méara est allé en ville et dîner chez Balcombe; le Phaéton est arrivé; le Russe est venu, a parlé au docteur et s’est informe pourquoi je ne montais plus à cheval.

Lundi, 5.

Cinq ou six bâtiments viennent pour faire de l’eau. En me promenant à cheval, je rencontre le colonel du 66e, puis Balcombe, puis les Bertrand, qui causent avec le Russe; ils éloignent leur bonne et semblent m’éviter. Au salon, Bertrand raconte que, selon le Russe, tout est en mouvement, dans la ville : sur quoi est-ce fondé ? sur le mystère que fait le gou­verneur. On raconte que Joseph est monté sur le trône du Mexique, que Clausel a réuni un grand nombre d’hommes, soldats ou matelots, pour tenter un coup de main, peut-être sur Sainte-Hélène. Il y a, à Sainte- Hélène, deux frégates autrichiennes, montées par des matelots vénitiens; on voit des bâtiments rôder autour de notre île.

« Avez-vous remis la chose au Russe ? — Bertrand : Oui, Sire, pendant que ma femme parlait au chirurgien du 66e; il m’a dit qu’il avait des gazettes françaises et qu’il les remettrait à Gourgaud, quand il le rencon­trerait à cheval, pour qu’il les cache dans ses fontes. »

En sortant avec Mme Bertrand, je lui déclare que je ne suis dupe de personne. Elle assure qu’elle ignorait que son mari dût rien remettre au Russe, qu’elle vient seulement de l’apprendre. A 7 heures, on me demande au salon, l’Empereur joue avec le grand maréchal qui est triste; il se lève, bat et pince son partenaire et me dit : « Vous êtes par trop triste, vous devez chasser et monter à cheval, voir Mme Bertrand. — Je craindrais de l’ennuyer. —Eh bien, Mme de Montholon. — Ah ! M. et Mme de Montholon, c’est différent, je ne suis pas leur cousin, mais j’espère voir un jour M. de Montholon, et puis…. » Sa Majesté estime que je suis le plus heu­reux, que la mort n’est rien et rentre à 8 heures. Au bout d’un quart d’heure, Elle me fait revenir et trouve que je suis si triste qu’elle invite à dîner. Conver­sation sur le procès Fualdès; c’est une affaire de parti. À 9 heures et demie, l’Empereur se couche et moi je m’en vais.

Mardi, 6.

Je vais chez Binghamet chez Wygniard et vois de loin la voiture du gouverneur de l’Ile-de- France, qui va faire visite à ces dames. L’Empereur me demande à 7 heures; je le trouve froid. Il y a un grand dîner chez O’Méara, où se trouve l’officier du 53e qui part demain. J’ai causé avec lui chez Mme Bertrand, il aurait bien voulu voir l’Empereur; il est, dit-il, Irlandais, élevé en France.

Mercredi, 7.

L’Empereur est de mauvaise humeur, se promène dans le salon et déclare qu’à présent les peuples font la guerre à l’eau de roses. « A la bonne heure, autrefois les vaincus étaient ou massacrés ; ou réduits en esclavage, les femmes violées. Si j’avais fait cela à Vienne, les Russes ne seraient pas arrivés aussi facilement à Paris. La guerre est une chose sérieuse. » J’objecte à Sa Majesté que si l’on tuait tout les con­quêtes seraient plus difficiles, on se défendrait mieux. Le fusil a amené l’égalité entre les hommes, voyez l’Espagne. Nous nous y sommes conduits comme on le faisait autrefois, aussi la population s’est-elle levée tout entière et nous a-t-elle chassés. Sa Majesté se fâche, assure que si Elle était restée en Espagne, Elle aurait soumis ce pays; Elle aurait dû y rester un mois de plus en 1809 et jeter le général Moore à la mer. Les Anglais se seraient dégoûtés et ne seraient plus venus sur le continent.

« C’est bien l’Autriche qui est cause que je suis ici. La Russie peut, à présent, avec 300000 Cosaques, inonder l’Europe, avec ce noyau d’une bonne armée. Elle a les Grecs pour elle; il lui faudra tuer un million de Turcs, mais qu’est-ce que cela ? Je n’ai pas voulu consentir à ce que cette puissance s’emparât de Constantinople parce que les Grecs lui auraient été de suite des sujets attachés et dévoués, tandis que les pays que j’aurais pris, en équivalent , ne m’auraient pas donné un seul sujet sur lequel je pusse compter. La Russie a beau jeu ; l’Autriche va se trouver avoir un empereur imbécile. Peut-être les Allemands le déposeront-ils : la Russie est en belle position pour conquérir le monde.

Ce que j’aime dans Alexandre le Grand, ce ne sont pas ses campagnes que nous ne pouvons concevoir, mais ses moyens politiques. Il laisse à trente-trois ans un immense empire bien établi, que ses généraux se par­tagent. Il avait eu l’art de se faire aimer des peuples vaincus. Il eut raison de faire tuer Parménion qui, comme un sot, trouvait mauvais qu’il eût quitté les mœurs grecques. C’est d’une grande politique de sa part que d’avoir été à Ammon; il conquit ainsi l’Égypte. Si j’étais resté en Orient, j’aurais probablement fondé un empire comme Alexandre, en me rendant en pèlerinage à la Mecque, où j'aurais fait des prières et des génu­flexions, mais je n'aurais voulu le faire que si cela en eût valu la peine et non agir comme cet imbécile de Menou. »

Sa Majesté rentre à 9 heures, le grand maré­chal est en extase devant ses paroles et s’écrie : « Quel grand homme! Gomme il embrasse bien une question sous toutes ses faces. »

 

Jeudi, 8.

Le gouverneur a fait demander O’Méara, on craignait que ce ne fût pour le faire partir sur le Phaëton. Hudson Lowe voulait seulement avoir des nouvelles de l’Empereur. A 6 heures, je vais chez Sa Majesté, qui parle fortifications et voudrait avoir une redoute avec une tour que défendraient 25 pièces de canon. Cette redoute, placée à certains points sur les rivières, en empêcherait le passage. Sur l’Adda, cela couvrirait Milan; sur le Mincio, cinq ou six de ces forts en feraient une barrière infranchissable.

 

Vendredi, 9.

Jackson vient me demander à déjeuner et j’invite Bertrand. Le capitaine apporte un paquet de gazettes envoyées par l’amiral au grand maréchal qui les porte à l’Empereur et revient déjeu­ner avec nous, mais a l’air désappointé et préoccupé, il ne mange pas. Sur les 2 heures, j’ai la visite de M. Davis, capitaine du Conqueror; il avait appris mon prochain retour en Europe et m’engage à endurer ce que l’on ne peut empêcher. Il parle marine, nous entretient d’une barre d’un mille d’étendue qui se trouve à trois lieues sous le vent de l’île : il y a quinze brassés de profondeur et pas de fond, ni avant, ni après. Après son départ, je vais me prome­ner à cheval et rencontre Porteus. Le soir, je vois l’Empereur qui est de mauvaise humeur et se retire à 7 heures et demie.

 

Samedi, 10.

Le grand maréchal me prête des gazettes. Hudson Lowe vient à Longwood, mais ne parle à personne. Mme Bertrand s’inquiète de la tristesse de son mari : hier, l’Empereur l’a grondé, alors qu’il déjeunait avec Montholon, et devant les gens, de ce que, la veille, il était sorti à 9 heures et demie sans lui en demander la permission. A Paris, il n’aurait pas fait cela ! Porteus a vu le Russe, qui s’étonne de ne plus nous voir. A 6 heures, l’Empereur me demande au billard, où il est à écrire avec Montholon, il passe au salon, joue avec moi aux échecs, jusqu’à 8 heures, m’invite ensuite à dîner, me traite avec beaucoup de douceur; la conversation roule sur la religion. Sa Ma­jesté avoue qu’elle a été ébranlée plusieurs fois par le cardinal Gazelli, « Mais, mon cher Gourgaud, quand nous sommes morts, nous sommes bien morts. »

 

Dimanche, 11.

L’enfant de Bertrand est malade. Pour faire plaisir à l’Empereur, nous allons sur la route, mais le Russe n’y vient pas. A 6 heures, au salon, jeu d’échecs jusqu’à 8 heures, puis conversa­tion sur l’armement des places en canons de fer. Mme Bertrand ne vient pas.

 

Lundi, 12.

Je suis malade. Le grand maréchal blâme l’attitude de l’Empereur à mon égard. Je devrais me moquer de tout ce que Sa Majesté fait pour les Montholon, car si Elle était en Amérique, ou ailleurs, Elle ne les regarderait même pas, mais, ici, ils lui sont utiles. J’ai partagé les dangers des batailles auprès de l’Empereur en un temps où il ne connaissait même pas de figure Montholon. « Mais, mon cher Gourgaud, il ne faut pas vous affliger de ce qu’à présent Sa Majesté ne voit qu’eux. Et moi, ne devrais-je pas me fâcher de ce qu’on les mette presque avant moi ? Eh bien, je m’en moque, faites comme moi. —Oui, monsieur le maréchal, si je n’avais pas perdu fortune, santé, patrie, si j’avais un avenir, si…. — Oui, il faudrait que Sa Majesté vous traite bien. Dernièrement, du reste, Elle vous a dit avec bonté : « Eh bien, Gourgaud, faisons un traité ». — Oui, l’Empereur m’a dit cela, mais ne le pense pas, aussi, je ne crois plus à rien. » Vers 9 heures, Sa Majesté fait demander de mes nouvelles.

 

Mardi, 13.

Je vois l’Empereur à 7 heures et le trouve froid; il dit au grand maréchal : « Eh bien, nous allons avoir des nouvelles ? Ô’Méara est allé hier chez Hudson Lowe, qui l’avait fait venir pour savoir si un article du Morning Chronicle était de lui. On y rapporte une conversation avec lord Amherst. C’est ce dernier qui aura fait mettre cela. — Ou réunirai? — Oui, j’y ai pensé, Gourgaud, allez chercher ce que vous avez pré­paré. — Sire, Votre Majesté avait chargé M. le comte Bertrand de le faire, j’y ai songé, mais je n’ai pas pu dessiner. — Ah! oui, vous, trouvez cela au-dessous de vous. » L’Empereur me bourre, je ne réponds rien, il quitte le jeu d’échecs, demande du papier et se met à tracer sa redoute, sur laquelle nous avons une grande discussion, car je soutiens qu’on la foudroiera facile­ment. A 9 heures, Sa Majesté rentre.

 

Mercredi, 14.

M. Wygniard vient à 11 heures pour faire bâtir une chambre de plus à Montholon. L’Em­pereur me demande à 1 heure, me cajole, m’assure que je devrais voir le Russe pour avoir des journaux. « Nous mourrons tous, je mourrai et vous vous en irez. » Je crois entendre : « Vous rirez ». Je réponds donc : « Quoique Votre Majesté me traite bien durement d’habitude, ce qu’Elle nous dit là, aujourd’hui, est par trop fort! J’espère qu’Elle n’en pense pas un mot. » L’Empereur explique son mot : « Vous vous en irez ». puis parle de fortifications en me prescrivant de le ré­futer par écrit; cela dure jusqu’à 9 heures. O’Méara est allé en ville parce qu’on dit qu’un navire est en vue. L’Empereur a cherché à se montrer bien pour moi.

 

Jeudi, 15.

Désormais, on ne déjeunera plus à 11 heures, mais on dînera à 3 et on soupera à 10. Vers 5 heures, j’allais chez les Bertrand, lorsque je suis appelé par l’Empereur, qui était sur les marches avec les Montholon; il a cru voir le Russe et m’engage à monter à cheval, mais je reste là une demi-heure sans adresser la parole aux autres. Le soir, l’Empereur me demande mon dessin sur les fortifications, il le discute avec Bertrand qui, comme ingénieur, fait un peu trop le pédant. Sa Majesté trouve avec raison que le corps de place est trop facilement battu en brèche et pris : il voudrait une enceinte en terre. Il rentre à 9 heures. Le capitaine Teade couche chez O’Méara.