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Pierre Ismert (1768-1813)

Grenadier Suisse, officier de la République, général d’Empire, ancien de la « Garde au Rhin »

Pierre Ismert
Pierre Ismert

Le Baron Pierre ISMERT, Général de cavalerie s’éteint à 58 ans, le 29 septembre 1826 dans son château de Castillon à Arengosse (40) loin de sa Lorraine natale. Sa légende prend corps à 24 ans, un certain 20 juin 1792, aux Tuileries.

Mes ancêtres ISMERT habitent en Moselle à Téting sur Nied (Tettingen) non loin de la frontière sarroise. Artisans selliers depuis le 16ème siècle ils y exercent les fonctions d’Echevin. Pierre (Peter) y est né le 30 mai 1768. Un deuxième fils, Georges naîtra en 1773 et sera tué en 1813 à Leipzig en chargeant à la tête de son escadron. L’aîné apprend à lire, à écrire et s’instruit auprès du curé du village. Le 12 décembre 1783, à 15 ans et demi, il est enrôlé comme fusilier dans le régiment suisse de Salis-Samade, un des trois régiments Français qui acceptent les Mosellans germanophones. Sa fiche de recrutement nous indique sa taille de 5 pieds 6 pouces 7 lignes……1 m80 et le décrit avec un visage rond, les yeux gris, les cheveux et les sourcils noirs.

En 1789, près de 15 000 «Suisses» sont regroupés en 11 régiments au service de la France. Dans chacun d’eux il y a 2 compagnies d’élite à 55 grenadiers. Il y sera muté le 7 septembre 1787. Les garnisons se succèdent : Dunkerque puis, Boulogne (juin 1784), Calais (octobre 1784), Arras (octobre 1785), et Saint Orner (septembre 1788). En mai 1789, il est à Beauvais, puis à Mantes; enfin il campe au Champ de Mars à Paris en juillet 1789 et appartient le 12 juillet au détachement des 32 grenadiers, commandé parle lieutenant Louis de FLUË, qui renforce les Invalides et forme la garnison ordinaire de la Bastille. Le 14 juillet, 21 de ces grenadiers y meurent en repoussant l’émeute. Les 11 survivants sont sauvés par les Gardes françaises. Le Gouverneur de la Bastille, René Jordan de Launay est assassiné par les émeutiers. L’un d’eux, cuisinier, «pensant obtenir une médaille», brandit au bout d’une pique la tête qu’il a découpée au canif.

Capture du marquis de Launay le 14 juillet 1789
Capture du marquis de Launay le 14 juillet 1789

Le soir même, Pierre Ismert , décide avec d’autres Mosellans de déserter et de s’engager dans la Garde nationale soldée de Paris. Rien d’étonnant, les troupes régulières sont peu fiables et les Suisses forment depuis toujours l’ossature militaire stable et performante de l’Armée royale. Ces derniers sont spécialisés dans la sécurité des villes avec pour mission le maintien de l’ordre et la police des approvisionnements ; leur désertion vers la garde nationale est ainsi encouragée. Il rejoint le 30ème bataillon des Pères de Nazareth le 1er septembre 1789. Pierre Ismert recevra le 22 juillet 1792 notification de son congé définitif du régiment suisse annulant rétroactivement sa « désertion ».

En garnison à la Tour du Temple, il ressent la tension qui gronde dans la capitale lors des événements de 1791. Les puissances européennes prennent peur devant une France qui renonce à la monarchie constitutionnelle. Le 20 juin 1791, la déchéance du Roi et l’instauration de la République sont demandées après la fuite avortée à Varennes. Le 16 février 1792, l’Autriche et la Prusse s’allient contre la France. A Paris, des Elus prônent la guerre contre les pays hostiles aux lois révolutionnaires ou favorables aux émigrés en armes. Louis XVI et la Reine sont convaincus que leur salut viendra de la défaite des armées révolutionnaires. La déclaration de guerre à la Prusse, le renvoi par Louis XVI le 13 juin de certains ministres girondins, son refus de sanctionner les décrets de la Législative sur les prêtres réfractaires, rendent l’épreuve de force imminente . Le 16 juin, La Fayette dénonce l’anarchie ambiante. Face à la menace d’un coup de force monarchique, les députés Girondins tentent de manipuler les sections de Paris, malgré l’avis contraire de Robespierre qui pense l’entreprise sujette à l’échec.

Néanmoins, une manifestation populaire est décidée pour contraindre le roi à changer ses ministres et à retirer son veto. Le 20 juin 1792, le peuple des faubourgs (10 à 20 000 manifestants), encadré par des gardes nationaux et ses leaders pénètre dans l’Assemblée. Au lever du jour, le Maire de Paris demande à ceux qui portent une arme de se mettre à disposition de la garde nationale. Les volontaires de la garde sont rappelés progressivement dans leur caserne tandis que les unités soldées protègent les Tuileries et assurent la sûreté du roi. La foule n’hésite pas à attaquer les sentinelles à l’arme blanche et à leur demander d’ôter leur baïonnette du fusil. Des pièces d’artillerie menaçantes se mettent en position pour protéger les sentinelles qui lâchent du terrain. Certaines sont blessées par des coups de piques, frappées, molestées. Elles s’enferment pour sécuriser les appartements du roi.

Dans la cour des Tuileries, face aux grilles, le bataillon de Pierre Ismert a pour mission d’interdire le grand escalier qui mène aux appartements de la Reine et de Madame Elisabeth, soeur du Roi, et d’empêcher les vandales infiltrés dans la foule de porter atteinte à la famille royale. Les gardes nationaux sont submergés par la masse et se replient dans la première salle des appartements royaux. A cet endroit, le lieutenant-général de Winttinghof, commandant la division militaire de Paris, assure encore la protection rapprochée du roi avec quelques gardes et tente de calmer les esprits.

20 juin 1792 . Jean-Louis Charles Pauquet. BN. AKG
20 juin 1792 . Jean-Louis Charles Pauquet. BN. AKG

Les agitateurs rendent la foule incontrôlable. Le lieutenant-général de Winttinghof a le temps d’ordonner au Grenadier Pierre Ismert d’interdire coûte que coûte l’accès de l’appartement de la Reine et toute atteinte à sa Majesté. Les insurgés, casseurs autonomes, attaquent des portes d’entrée à la hache. Pétion, Maire de Paris exhorte timidement chacun à rentrer chez soi pendant qu’on invective grossièrement le roi et que les gardes sont menacés, malmenés. La foule a été débordée par des fauteurs de trouble, armés et désireux d’en découdre par tous moyens avec le service d’ordre. Une horde est arrivée devant la porte de l’appartement de Madame Elisabeth. Un individu s’en détache, une hache brandie au- dessus de sa tête, pour décapiter le lieutenant-général tombé devant le chambranle de la porte.

Tout en le protégeant de son corps, Pierre Ismert pare le coup avec le canon de son fusil. Isolé de ses camarades, Pierre Ismert fait chuter l’assaillant en le désarmant. Du haut de son 1m80, à 24 ans, imperturbable, il tient les autres en respect. Madame Elisabeth en profite pour s’esquiver et rejoindre le Roi. Pierre Ismert est maltraité par la foule, roué de coups, foulé aux pieds. Sans ouvrir le feu, il parvient au péril de sa vie, à exfiltrer le vieux général pendant que les émeutiers se ruent dans les appartements où il n’y a plus personne. Plus loin, le Roi couvert d’un bonnet phrygien tient tête à la foule. Vers dix heures du soir, Pétion et les officiers municipaux font évacuer les Tuileries. Humilié, Louis XVI a fait échouer la manifestation par son obstination imprévue et sa tranquille fermeté. L’opposition royaliste est renforcée. Le déchaînement de la foule suscite un courant d’opinion en faveur du courageux roi. Depuis la province parviennent à Paris des pétitions pour dénoncer la brutalité de la manifestation, même si de nombreux clubs politiques sont hostiles au roi. Pétion est suspendu de ses fonctions de Maire de Paris.

Le maire de Paris, Jérôme Pétion
Le maire de Paris, Jérôme Pétion. (http://www.kaar.at)

Dans les semaines qui suivent, le général de Winttinghof, qui lui doit la vie sauve, présente le Grenadier Ismert au Roi. Celui-ci, en reconnaissance de son action courageuse et héroïque envers la Reine, Madame Elisabeth, et le Général, le nomme Lieutenant de cavalerie dans la Légion Germanique. Dès le 4 septembre 1792, Il y côtoiera le futur Général Marceau ou le futur Maréchal Augereau. L’unité est en cours de création à Fontainebleau pour assurer des missions de police (maintien de l’ordre et protection des convois de ravitaillement). Sa carrière est tracée et ne s’arrêtera plus. Quelques mois plus tard, capitaine républicain en Vendée, il sauve la garnison de Challans d’un massacre général. Pendant que les fantassins dont ses hommes ne parlent pas la même langue ripaillent, il met son escadron en alerte, stoppe les Vendéens qui commencent à massacrer les « Bleus » et se lance à la poursuite de Charrette qui a mené l’attaque. Il ordonne de la chasser à courre et tombe frappé d’une balle en pleine face. Première blessure, cela lui permet de servir à l’Armée du Rhin comme Capitaine au 11ème Hussards.

En 1800, il favorise la victoire de Marengo en s’emparant de 6 pièces d’artillerie, bouscule 800 Autrichiens avec ses 300 Hussards. Il est nommé Commandant au 2ème régiment de Carabiniers, régiment d’élite de la cavalerie lourde. Il combat à Austerlitz et devient colonel, chef de corps du 2ème régiment de Dragons en 1807. Sa brillante conduite en Espagne oblige l’Empereur à le nommer Général en 1808. Ses qualités intrépides sont appréciées par les soldats. Donnant de lui-même, blessé presqu’à chaque combat, il intervient souvent au péril de sa vie et favorise deux victoires en Espagne (Uclès et Talavera). Il dira lui-même dans ses carnets, lors d’une de ses charges » j’attaque un régiment espagnol, j’en tue les deux tiers et je fais le reste prisonnier ».Napoléon le soupçonne d’être toujours Républicain mais le fait Baron, Officier de la légion d’Honneur, Chevalier de la Couronne de Fer. Battant en retraite devant Wellington, blessé deux fois par balle, il rejoint à marche forcée avec sa brigade l’Empereur qui se bat contre les Alliés dans l’Est de la France. Le Roi Louis XVIII en souvenir du fait d’armes du 20 juin 1792 le nomme Chevalier de Saint Louis le 5 octobre 1814. Victime d’une cabale royaliste il sera mis à la retraite d’office. Marié avec une jeune aristocrate landaise, conseiller municipal à Arengosse, il développera le domaine du château de Castillon qui bien plus tard servira de description pour « le Capitaine Fracasse » dont l’auteur, Théophile Gauthier, est le neveu de son épouse.

La bataille de Marengo (Lejeune)
La bataille de Marengo (Lejeune)

Je ressens beaucoup de fierté à faire revivre l’exploit de mon jeune ancêtre qui, à 24 ans, isolé de son détachement, livré à lui-même, sut conserver son sang-froid, assurant la mission périlleuse de protéger la famille royale. Face à une horde déchaînée et excitée par de violents agitateurs, il sauve du lynchage un général de 70 ans et la sœur du Roi âgée de 28 ans sans tirer un coup de feu. C’était le 20 juin 1792… Il n’existe plus d’emplacement de sa sépulture à Arengosse pour honorer la mémoire de ce Républicain, prêt à mourir pour le respect de l’état de droit.

Sous la Restauration, des détracteurs ultra royalistes chercheront à discréditer l’acte héroïque de ce garde national, républicain dans l’âme, fils d’un sellier. Ils réussiront malgré tout à lui interdire toute carrière militaire dès 1815 à 47 ans, ainsi qu’à son jeune fils. Il mourra prématurément, fatigué par les combats et les blessures reçues dont 5 par arme à feu.

Les récents événements nous permettent de mieux percevoir la difficulté de nos policiers ou gendarmes à combattre les casseurs infiltrés dans une légitime manifestation. Pierre Ismert, Ancien de la « Garde au Rhin » serait très fier de me voir perpétuer sa mémoire au sein de la FNAFAA

Jean-Pierre Mezure – Président de la 30ème section, Officier honoraire –  Descendant de la Famille Ismert