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Les Français à Klosterneuburg en 1805

(d’après le Journal de l’Abbaye – Adaptation et annotations : Robert Ouvrard)

Après la capitulation catastrophique de l’armée autrichienne enfermée dans Ulm le 20 octobre 1805, il était clair que les Français viendraient aussi à Vienne et dans l’abbaye de Klosterneuburg règne la plus grande préoccupation. Le chapitre décide à cette occasion que le nombre de mets doit être diminué. A partir du 2 novembre il n’y a plus, à midi, que quatre plats, et trois le soir, au réfectoire, ce qui, pour l’époque représente une restriction considérable. Le Supérieur donne les instructions, pour que la couronne ducale (Erzherzog Hut) soit mis en sûreté dans le trésor impérial.

Le 5 novembre, elle est remise, par le Supérieur de l’abbaye Augustin Hermann et l’archiviste Willibad Leyrer, au responsable du trésor impérial, le chevalier von Wolskron. Le précieux joyaux sera envoyé, avec les trésors impériaux, à Olmutz (aujourd’hui en république tchèque), d’où il sera ramené plus tard, après la signature de la paix de Vienne et remis au Supérieur le 12 février 1806, qui le réintégrera incognito dans l’abbaye.

Des autres choses précieuses de l’abbaye, seul le grand ostensoir et deux calices en or furent transférés dans l’église de la Cour. 

« L’ordre du Consistoire de faire partir l’argenterie de l’église en Hongrie, ne parvint pas à l’abbaye, ce qui, par bonheur, épargna beaucoup de soucis et de frais, car l’ennemi, dans son humanité, ne se préoccupa pas le moins du monde du trésor de l’abbaye.

Le Supérieur Gaudenz, en tant que représentant de la prélature, prend logement dans la Stifthof, à Vienne, laissant la direction de l’Abbaye au Doyen.

Dès le 9 novembre, on est dans l’attente de l’ennemi. Le 11, peu après cinq heure et demi, la nouvelle arrive du Rathaus : les premiers français sont là ! Le Doyen dépêche deux chanoines pour les accueillir. Il s’agit du sergent-major Craché (c’est son nom), du régiment des chasseurs à cheval, accompagné de quelques soldats.

Général Walther
Général Walther

« Celui-ci venait en avance pour arranger les quartiers. Nous l’avons conduit dans l’abbaye, où il a organisé ses quartiers dans la prélature, les chambres impériales, les chambres d’hôtes des nouveaux bâtiments et dans l’ancienne prélature. Cet homme, bien qu’il paru affreux, parlait poliment, ce qui diminua un peu notre premier effroi, il parlait même assez bien le latin et un peu allemand. A six heures, parvint la nouvelle que le général était là ! C’était le général de brigade Sebastiani, un corse et un parent de l’empereur Napoléon: il arrivait avec deux régiments de cavalerie, un de dragons (avec leurs queues de cheval), l’autre de chasseurs à cheval; cette brigade était sous les ordres du général de division Walther, cantonné à Nussdorf, la division entière étant sous les ordres du prince Murat (beau-frère de Napoléon), qui commandait toute l’avant-garde, principalement formée de cavalerie. »

General Horace-François-Bastien Sebastiani de la Porta
General Horace-François-Bastien Sebastiani de la Porta
Vue ancienne de Klosterneuburg
Vue ancienne de Klosterneuburg

On fait également chercher au Rathaus le général, qui prend ses quartiers dans la chambre à coucher du Prélat, et exige une rançon de 6000 florins en or. Ce n’est qu’après beaucoup de demandes qu’il se contente de 2000 florins en ducats (445) et de 4000 florins en billets. L’or lui est apporté le soir même dans sa chambre à coucher, car il va se coucher juste après le dîner. C’est ainsi qu’il dormira la première nuit sur l’argent de l’Abbaye, qu’il dissimule sous son oreiller. La table avait été préparée, dans la salle à manger de la prélature, pour 24 personnes. Pendant le service, on arrange pour de la musique, pour adoucir l’ennemi, qui avait, dans son ensemble, un aspect plutôt terrifiant.

Dans la deuxième chambre impériale loge le colonel Montbrun; d’après les descriptions, c’est le plus désagréable des ennemis, réclamant 6000 florins de la ville, mais n’en recevant 5000 florins, ce pour quoi « il brutalisera le maire Ferdinand Reisenhobl » et sera également très inamical envers les chanoines.

Craché, qui a réussi à calmer les soldats au réfectoire, réclame lui aussi son dû, et le Doyen lui donne également 8 ducats. Vers minuit, tout est redevenu calme dans l’abbaye « et nous avons remercié Dieu que la première rencontre se soit déroulée sans abus »‘. 

Le 12 novembre au matin, le général Sebastiani reçoit les 4000 florins en billets, puis il s’en va à cheval rejoindre à Nussdorf le général Walther; il revient plus tard pour se restaurer.  Il refuse d’accéder à la demande du Doyen d’obtenir un reçu pour l’argent donné, tout en laissant une lettre de recommandation dans ce sens au général qui doit venir. L’après-midi, vers cinq heures,  Sebastiani et ses deux régiments se retirent, remontant le Danube en direction de Tulln. Une petite partie de son Corps reste dans la ville.

Le soir, arrive le général-adjudant du prince Murat, un nommé Girard, avec les  officiers du corps du génie Flayel, venant de Hütteldorf.  Ils se restaurent et prennent quartiers dans la prélature et dans les chambres impériales

Le même jour – le 12 novembre –  arrive, venant de Vienne – le Supérieur de l’abbaye de Vienne, avec une deuxième délégation de députés de Vienne (une première était déjà partie le 10 Novembre), se rendant à Sieghartskirchen, afin de souhaiter la bienvenue à Napoléon et implorer la protection des personnes et des biens, ce que Napoléon accorde.

Le jour suivant arrivent 30 sapeurs français, pour jeter un pont sur le Danube. Dans ce but, Girard a réquisitionné les deux magasins impériaux de Klosterneuburg, qui renferment le bois, le fer, les cordages, les chariots, les couvertures de chevaux, du cuir et le matériel nécessaire à la fabrication des ponts.  Cela ne sera pas nécessaire, car les ponts sur le Danube seront pris par ruse par les Français.

Klosterneuburg
Klosterneuburg

Le 13 novembre, vers 4 heures de l’après-midi, le général de brigade Milhaud arrive à l’Abbaye, avec deux régiments de cavalerie et, le soir, de manière inattendue, le colonel Montbrun, de retour de Tulln. Il s’irrite fortement du fait que ses anciens quartiers dans les chambres impériales soient occupés par des officiers du général Milhaud,  et professe, pour cela, de terribles menaces contre le Doyen; il ne se calme qu’à dîner, au cours duquel de la musique est de nouveau jouée. Pendant le service, le général reçoit l’ordre de se mettre en marche. 

Le repas fut interrompu par l’arrivée de l’ordre de se mettre en marche immédiatement. Il se pencha vers Hermann, lui disant à voix basse à l’oreille : je doit m’en aller pour aller battre les Russes. Puis il parti aussitôt, suivi de deux régiments, en direction de Nikolsburg.

Durant la nuit ne restent à l’Abbaye que le colonel Montbrun ainsi que le colonel Flayel, ainsi que quelques autres.  Ils ne s’en iront que le 14 novembre, 

Peu après 11 heures du matin, ils étaient tous partis, à l’exception de quelques sapeurs, qui, à notre demande, restèrent comme sauve-garde.

L’Abbaye et la ville, du 14 au 21 novembre, restent libres de tous quartiers.

La Saint-Leopold ne put cette fois-là être célébré avec faste, car aucun représentant pontifical ni prédicateur ne put venir.  Le Doyen célébra son service et les deux vêpres, les matines  furent célébrées au Noviciat, le ***** dans le Chœur. Mais le service des messes fut maintenu, seule la messe de Noël fut déplacé à 5 heures du matin

Être libéré de quartiers ne signifie pas pour autant la tranquillité, car, de façon permanente, la peur renaît. 

16 novembre. Que se passe-t-il encore ?Aujourd’hui, toute la journée, nous avons entendu une terrible canonnade, en direction de Stockerau. Il y a du y avoir une bataille, maintenant encore, alors qu’il fait nuit, on entend encore les tirs.

Il s’agit des combats à Schöngrabern et Hollabrunn

17 novembre. De l’autre coté du Danube, il y a un grand incendie. Pour autant qu’on puisse le voir, il doit s’agir de Leobensdorf, qui est emporté. Que Dieu nous protège d’une telle catastrophe. Les pauvres gens !

Les Français ont dévasté et mis le feu à  cette localité, parce que les paysans se sont attaqués à quelques uns des leurs. Les chasseurs, logés à Langenzensdorf, réclament de nouveau des chevaux, qu’ils n’obtiennent cependant pas. Il s’en suit des réquisitions de vin, de viande, etc.

18 novembre. Le maire de Langenzersdorf est venu aujourd’hui, avec un chasseur ennemi, pour réclamer des provisions pour les Français et de la nourriture pour les chevaux. Ils voulaient aussi des chevaux, que nous n’avons pu leur donner n’en ayant pas nous-mêmes. Ils nous ont menacé : « Napoléon, pour qui ces chevaux sont réclamés (ce qui était sans doute un mensonge) n’a pas l’habitude qu’on lui refuse , vous allez voir ce qu’il en coûte de ne pas obéir à ses ordres ! » On a essayé de les contenter avec des chevaux de trait, mais ils n’en ont pas voulu et ont exiger que nous mettions notre refus par écrit.

22 novembre. Aujourd’hui à midi l’officier du génie Monau a déjeuner avec nous au réfectoire, et a pris ses quartiers dans une maison de la Albrechtstrasse (Schlierbacher Haus). C’est un lorrain, et pour ce qui est de la religion, un mouton blanc parmi la soldatesque. On dirait qu’ils n’ont jamais entendu parlé de la chrétienté.

L’après-midi se présentent, le colonel Bouchu, du 3e régiment d’artillerie à pied, accompagné d’un capitaine et de deux lieutenants. Il prend ses quartiers dans la chambre à coucher  du Prélat, qui lui sera toujours réservée, bien qu’il passera une grande partie de son temps à Vienne, occupé à vider l’arsenal. 

C’est un homme d’une grande politesse et il parle avec nous avec franchise; il attend un bataillon de pontonniers strasbourgeois, qui arrive de Krems sur le Danube, ayant à leur tête le lieutenant-colonel Dessales Ce dernier, a-t-il dit, sera à partir de maintenant, notre Commandant de la place.

Le général Desssalles
Le général Desssalles

Dessales (un homme cultivé, aimant la musique de Haydn et jouant lui-même du violon) arrive le lendemain et loge dans la deuxième chambre impériale, deux commandants, Chapuis et La Rue, occupant  la salle d’hôtes, à l’étage des nouveaux bâtiments (Neugebäude), deux autres, Zabern et Galant, dans l’ancienne prélature.

« Le reste des officiers, logés en ville, vinrent pour la plupart manger à l’Abbaye, de sorte que, surtout à midi, 13, 14 , parfois plus, officiers français était à déjeuner à la prélature. Mais que le Ciel soit mille fois remercié ! qu’il nous ait envoyé, par les temps qui couraient, ce corps pour séjourner de façon permanente, car ces pontonniers étaient, comparés aux chasseurs et aux dragons, des anges et des agneaux ! Ils furent pratiquement tout le temps honnête, modérés, pacifiques avec tout le  monde. Dessales était strict sur l’ordre et s’efforça de refréner le brigandage des traînards . »

Le même jour, le 23 novembre, se présente le conseiller von Schemerl, pour la mise en place d’un hôpital de campagne. On commence par suggérer la sucrerie de Klosterneuburg, « mais le propriétaire, Hr Wintersteiner, commerçant à Vienne, s’était assuré, moyennant quelques largesses, disait-on, que la place ne pourrait venir en discussion. »

On se décide alors, sur les conseils du médecin de Klosterneuburg Sebastian von Tassara, la caserne nouvellement construite, dans la ville haute.  Le projet d’installer dans la……. de l’Abbaye, comme en 1800, un deuxième hôpital, est longuement discuté et finalement rejeté par une commission présidée par l’intendant général de l’armée française Pethier.

C’est le chirurgien-major Bourdet qui prend la direction de l’hôpital, dont l’administration est confiée à un fonctionnaire de l’Abbaye, Stadler. 

« Les besoins de l’hôpital furent en partie fournis par l’Abbaye, le reste de la ville même et des villages environnants. Dans les jours qui suivirent, le nombre de malades augmenta fortement, certains jours il y en eut 500 à 600. Pour le séjour ambulatoire, l’Abbaye dut faire des avances, car la ville ne put fournir que certaines choses. On arrangea également un traiteur. Mais, pour un colonel français blessé et 5 officiers, on prépara les repas dans la cuisine de l’Abbaye. »

Dessales, entre temps (1-3 décembre) a, à Nussdorf, fait  jeter par ses troupes un pont sur le Danube, lequel devra cependant être retiré, le 8 décembre, à cause du gel intense. 

Le 2 décembre, en Moravie, Napoléon est vainqueur à Austerlitz.

6 décembre. Ainsi, l’irréparable est arrivé ! Les rumeurs d’une terrible défaite de nôtre armé et de celle des russes se sont avérées être la vérité. Notre bon Empereur François et le jeune tsar russe Alexandre ont été eux-mêmes les témoins de la victoire de Napoléon. Qui porte la responsabilité de notre défaite est égal, nous sommes de toutes façons désormais dans les mains de notre ennemi. Désormais la question de l’hôpital est brûlante, les commissaires provinciaux sont déjà venus.

Le 7 décembre, arrivent les premiers blessés dans l’hôpital de campagne installé dans la caserne de la ville haute.

Il nous faut répondre aux réquisitions, les officiers blessés sont nourris par la cuisine de l’Abbaye.

Le 8 décembre à midi, arrive à l’Abbaye, un colonel officier français, conduisant 800 prisonniers russes. Pour eux aussi il faut faire des réquisitions.

Les Français décident bientôt, pour réduire les inconvénients à l’Abbaye, de manger au réfectoire. Mais, comme des officiers de haut rangs viennent également tous les jours au moment du repas, cette pratique est bientôt abandonnée.

15 décembre. Le cheval de Flayel, qui devait se remettre chez nous, est mort, mais Flayel, dont je craignais la colère, n’a eu qu’une requête à me présenter en dédommagement : je dois lui procurer des oignons de tulipes du jardinier de Schönbrunn. 

Survient le jour qui va rester dans les annales de l’Abbaye.

« Le 20 décembre vint pour déjeuner un commissaire des guerres français (Dessales est alors à Vienne) et y déjeuna, accompagnés de 3 capitaines, 3 lieutenants, des deux médecins militaires, de Tassara et de quelques moines.  On vient à peine de terminer le café que l’on apprend que la Kaiserhof est remplie de cavalerie, et, à peine est-on informé, que la nouvelle arrive : l’Empereur est là !

Le Doyen se hâte, mais Napoléon est déjà là, accompagné de Murat, Berthier, Junot et du mameluk Roustan. Seul l’Empereur porte chapeau, que d’ailleurs il ne quittera pas. Il visita la chambre impériale, s’arrêta dans la seconde salle, où il regarda la carte de l’Autriche, demandant qu’on lui indique la route de Tulln; les tapisseries et la salle en construction (il s’agit ici de la Marmorsaal) lui plurent. Là, il montre l’accuité de son regard, remarquant, à propos des colonnes, qu’elles étaient trop grosses, sans savoir que celles-ci étaient prévues pour le frontispice de l’église, et non pour celle salle. Puis il revint rapidement, en raison du froid, dans la salle à manger, où il resta debout, et goûta un < alte Österreicher > (note : c’est un vin), dont il fit l’éloge. Il s’enquit des revenus de l’Abbaye, de savoir quelle théologie (Saint Thomas ou Saint Augustin) était enseignée (Hermann lui répond : les deux), demanda si nous étions riches, et pourquoi ce n’était pas le cas, quels Ordres nous avions, si le Prélat était un prince abbé (un simple chanoine, comme à Sainte-Geneviève de Paris, répond Hermann).  

Après une courte demie heure, il remonta dans sa voiture attelée de huit chevaux, demandant auparavant si nous avions à nous plaindre des troupes, promit sa protection à l’Abbaye et dit amicalement < Si on veut vous maltraiter, adressez vous immédiatement à moi. > Il fut content qu’on lui fit les éloges des pontonniers, dont l’attitude tranchait avec les excès des autres, et que l’on excusa l’absence du commandant. Personne ne sut la raison de sa visite, seul Junot fut envoyé dans l’hôpital. Murat et Berthier repartirent avec lui, escortés par la Garde à cheval. Lorsqu’il revint de Vienne, Dessales fut très peiné d’avoir manqué la visite de l’Empereur

Le Doyen Augustin Hermann écrit à ce sujet :

On ne put ni deviner ni savoir le véritable but de cette visite exceptionnelle. Il se peut que Napoléon ait entrepris cette promenade par simple curiosité < Girard, général-adjudant de Murat, aurait pu faire les éloges de l’Abbaye > ou bien avait-il quelque plan en tête regardant les bâtiments de l’Abbaye, au cas ou les négociations de Presbourg auraient été rompues.

Le 24 décembre, une délégation des autorités de Basse-Autriche – Le Supérieur Gaudenz de Klosterneuburg, le comte de Zinzendorf, le baron von Kees et le maire de Vienne, von Wohlleben – se rendent de Vienne à Holics, pour se présenter à l’empereur François, et recevoir de lui de l’argent comptant, pour l’ennemi. Il leur est délivré 200.000 florins. Le 26 décembre, la paix de Presbourg est signée, et annoncée le 28 à Vienne.

Dieu existe, il n’abandonne pas la patrie !

Les 1 et 6 janvier 1806, le Supérieur Gaudenz se rend de Vienne à l’Abbaye, pour les messes solennelles. Il mange à la prélature, mais ne peut rester, car ses appartements sont encore occupés par des officiers.

Le 3 janvier se présente le commissaire des guerres Boileau, un homme érudit, accompagné de deux officiers de l’approvisionnement pour la dissolution de l’hôpital de Klosterneuburg. Dès le lendemain, les premiers convalescents sont transportés sur des chariots vers Judenau. L’Abbaye a à souffrir de ces transports car il faut sans arrêt de nouveaux chevaux. Elle perdra ainsi 16 montures. Le 8 janvier, l’hôpital est entièrement évacué, à l’exception des 24 malades les plus faibles.

Le 9 janvier, le colonel Bouchu vient à Klosterneuburg et exprime sa reconnaissance pour l’hospitalité. Le dépôt militaire est mis sous scellés, les clés remises à un officier français. Ceci conduit à un incident avec le maire de Klosterneuburg.  On était alors très irrité par les troupes traversant la ville, mais qui continuaient à exercer des réquisitions. Comme le sergent refuse de donner la clé du dépôt le maire s’en saisit et enferme le sergent à l’intérieur. Les français sont particulièrement indignés et l’incident menace d’avoir des suites sérieuses. Le Doyen intervient et le sergent se déclare satisfait avec une somme d’argent.

Le 9 janvier, Bouchu et le capitaine La Rue quittent l’Abbaye. Dessales les suit le 10, ses pontonniers s’étant mis en marche dès le 5. Il se rend, avec la caisse de guerre, en compagnies  du Doyen et du chanoine Aldobrand, à Korneuburg :

« Ils se séparèrent de nous avec des remerciements, avec même émotion,  – et c’est vrai qu’ils étaient restés avec nous particulièrement polis, et n’avaient présenté leurs demandes qu’avec beaucoup de retenue vis-à-vis de l’Abbaye. »

Le lendemain, l’hôpital est complètement évacué. Le chirurgien-major Bourdet, ses quatre chirurgiens et un lieutenant quittent Klosterneuburg. Là aussi tout ne se déroule pas sans difficultés. Les commissaires veulent vendre le matériel de l’hôpital. Lorsque le Doyen s’aperçoit qu’il s’agit de biens personnels, on s’en abstient. On se dépêche alors, pour autant que cela est possible, de tout rendre. Ce qui appartenait à l’Abbaye est donné aux pauvres. Pour cela, le Supérieur recevra une lettre de remerciement, le 19 février 1806,  du commandant militaire de Vienne, Ferdinand de Wurtemberg.  Plus tard, l’empereur François se fera présenter les factures, en particulier les avances que l’Abbaye avait dut consentir pour l’entretien de l’hôpital, et la dédommagera de 16.000 florins, et la ville de Klosterneuburg recevra également quelques milliers.

« On avait pensé que les pontonniers étaient les derniers français à nous quitter, pourtant nous eûmes une autre visite d’adieu, pas vraiment agréable : le 12, le général de brigade Milhaud et ses deux régiments (fortement réduits) de chasseurs à cheval vinrent à l’Abbaye et prirent quartier pour la nuit.  De ses troupes, 23 officiers mangèrent à la prélature, 30 sentinelles dans l’officine; ils ne furent pas satisfaits du boire et du manger et peu satisfait de quitter l’Autriche et prêts à se laisser aller à quelques frasques, ce que finalement quelques officiers parvinrent à éviter. Le matin suivant, nous fûmes enfin libérés de toute présence étrangère. »

Le 14, à la grande frayeur des chanoines, arrive encore un hussard français. Mais il apporte une aimable lettre du général Milhaud au recteur Augustin Herrmann, contenant aussi deux ordres militaires, selon lesquels toute troupe française, qui se présenterait encore dans les environs, devrait se présenter aux autorités militaires françaises. Le recteur peut assurer le hussard qu’il ne s’en trouve plus aucun dans les environs de Klosterneuburg, mais que, le cas échéant, il se conformera aux ordres reçus.

« C’est ainsi que grâce à Dieu, nous fûmes libérés. « 

Les pertes dont eut à souffrir l’Abbaye, du fait des nombreux quartiers et réquisitions, durant les deux mois de l’occupation française, furent immenses.  Il faut y ajouter les 16.000 florins pour trois maisons situées à Vienne, car les contributions imposées à Vienne le furent sur les habitations. Pour réunir de telles sommes, il fallut vendre des médailles des collections ainsi que différents objets en argent.

Repères bibliographiques

  • Walter Simek. Das Stift Klosterneuburg unter dem Propste Gaudenz Dunkler (1800-1829) – Jahrbuch des Stiftes Klosterneuburg – Neue Folge . Band 2 – 1962
  • Berthold Czernik. Tagebücher des Stiftes Klosterneuburg über die Invasionen der Franzosen in Österreich in den Jahren 1805-1809, Jahrbuch des Stftes Klosterneuburg, Bd 2 (1909).
  • Archives de Klosterneuburg, Tagebuch der Franzosenzeit.