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Jean, comte Bérenger, Directeur de la Caisse d’Amortissement (1767-1850)

Jean, comte Bérenger
Jean, comte Bérenger

Etudiant en médecine

Jean Bérenger est né du côté de Grenoble, plus exactement dans le petit village de Treminis, en 1767. Son père, pasteur, arpente le Dauphiné depuis la révocation de l’Edit de Nantes et dessert les temples protestants de la région. Après des études de chimie et de sciences naturelles à Grenoble, le jeune Bérenger s’installe à Montpellier où il étudie la médecine, de 1786 à 1788.

Militant politique

Déjà, il est très sensible aux idées révolutionnaires. Ses parents, craignant des affrontements avec la noblesse dauphinoise lorsqu’il revient dans la région, le laissent partir pour Voiron, de 1789 à 1792, où il exercera la médecine. Mais celle-ci passe rapidement au second plan au profit de son engagement politique. Il est ainsi élu en 1792 au Conseil général du département de l’Isère.

Suspension de ses fonctions

Farouche opposant du jacobinisme parisien, qu’il accuse de confisquer le pouvoir, Jean Bérenger n’hésite pas, avec d’autres membres du Conseil, à faire entendre sa voix. Mais les mesures de rétorsion ne se font pas attendre, et il est suspendu de ses fonctions le 27 juin 1793.

Arrestation, incarcération, libération

Pendant un an, Bérenger se cache, mais il est arrêté le 28 juin 1794 à Lons-le-Saunier, incarcéré à la Conciergerie de Grenoble et transféré le 4 septembre de la même année à la prison de Sainte-Marie-d’en-Haut. Il est finalement libéré le 12 octobre 1794.

Installation à Paris

La proclamation de la Constitution de l’An III, le 22 août 1795, lui permet d’amorcer un retour au premier plan. L’élection au Conseil des Cinq-Cents s’effectue par département. Bérenger se présente avec succès au renouvellement du premier tiers, en mars 1797, et s’installe à Paris.

Coup d’état du 18 brumaire

Le 18 brumaire
Le 18 brumaire

Élu actif et réactif, il prend souvent la parole et se montre critique envers la nouvelle Constitution, tout en faisant preuve d’érudition en matière économique et financière. Mais Jean Bérenger sait aussi se montrer fin politique. Lors du coup d’Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799) fomenté par le général Bonaparte, il rédige, prononce et fait voter dès le lendemain la motion d’ordre de ralliement au futur Empereur. « Gloire et reconnaissance à Bonaparte, aux généraux, à l’armée, qui ont délivré le corps législatif de ses tyrans sans verser une goutte de sang (.). La journée du 19 brumaire est celle du peuple souverain, de l’égalité, de la liberté, du bonheur et de la paix. Elle terminera la Révolution, et fondera la République, qui n’existait encore que dans le cour des républicains ».

Conseil d’Etat

Grâce à ses compétences certaines en matière financière, Jean Bérenger est nommé au Conseil d’Etat, section des finances, le 27 septembre 1801, membre du conseil d’administration de la guerre, en 1802, puis le 28 janvier 1806 à la direction de la Caisse d’amortissement, où il remplace Mollien, nommé Ministre du Trésor public en remplacement de Barbé-Marbois, évincé après la crise de la fin de 1805. Rigoureux mais libéral, il veille à la gestion du Trésor public et à la limitation de la pression fiscale.

Jean Bérenger, Conseiller d’État, fut, avec ses collègues, présent au sacre de Napoléon Ier, le 2 décembre 1804, accompagné de son épouse Claudine Elisabeth Saussac, avec laquelle il s’était marié en 1800, à Valence. Celle-ci était revêtue, pour cette occasion, d’une robe dessinée par Isabey, comme toutes les tenues portées, ce jour là, par les princes, princesses, ministres, sénateurs, conseillers d’État : robe en tulle de soie blanc griffée de fil doré, résille d’or aux manches et corsage. Longue traîne en velours de soie rouge brodée de lamés et de cannetilles dorés. L’intérieur de la traîne était en satin blanc.

Cette robe appartient encore aux descendants de l’épouse du conseiller d’Etat au nombre desquels,  Clémentine Portier Kaltenbach, membre du Souvenir Napoléonien, qui nous a communiqué la photo ci-dessous, ce dont nous la remercions bien vivement.

robe portée par Claudine Elisabeth Saussac, épouse du Conseiller d'État Bérenger, présentée au public du musée Jacquemart-André, par la Fondation Napoléon (septembre 2004 - avril 2005)
robe portée par Claudine Elisabeth Saussac, épouse du Conseiller d’État Bérenger, présentée au public du musée Jacquemart-André, par la Fondation Napoléon (septembre 2004 – avril 2005)

Bonapartiste mais non courtisan

Bonapartiste, Bérenger ? Oui, mais pas courtisan. Il s’oppose à plusieurs reprises à l’Empereur, notamment quand celui-ci étend son pouvoir dictatorial, ou encore au moment de la création de la Légion d’honneur (mais il ne s’opposera pas à sa nomination comme légionnaire,le 2 octobre 1803, et comme commandant de l’Ordre le 14 juin 1804 !). En 1804, il fait partie des sept Conseillers d’Etat qui s’opposent à l’hérédité du pouvoir (ce qui ne l’empêche pas d’être présent aux cérémonies du sacre). Quelques mois avant sa chute, l’Empereur dira, face aux Conseillers dont le mutisme confine à la complaisance : « Il me faut pourtant de l’opposition ici. Monsieur de Bérenger, vous avez la parole ! » Cette liberté de ton ne lui porte donc pas préjudice, bien au contraire. Il est fait comte de l’Empire en 1808. Jean Bérenger mène grand train, avec des traitements confortables : 25 000 francs par an, auxquels il faut ajouter une gratification de 100 000 francs étalée sur plusieurs années, alors que certains de ses pairs n’ ont rien reçu.

Opportunisme

Après la chute de Napoléon, on aurait pu penser que ce populaire Conseiller d’Etat, très lié à l’Empire, ferait les frais de la Restauration. Il n’en sera rien. Proclamant immédiatement sa fidélité au roi, il est nommé le 13 mai 1814, directeur général des Contributions indirectes, en remplacement de François de Neuchâteau. Démissionnant habilement de ce poste aux Cent-Jours, il retrouve, dès la seconde Restauration, son poste de Conseiller d’Etat, le 24 août 1815.

Pair de France

Mais il n’aura pas les mêmes missions d’importance que sous Napoléon. Rallié à la monarchie de Juillet, il est nommé pair de France en 1832.

A la retraite en 1846, il s’éteint à Saint-Germain-en-Laye en 1850, âgé de 83 ans.