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Jean-Baptiste Drouet d’Erlon (1765-1844)

Les jeunes années (1765 – 1787)

Jean-Baptiste Drouet (ou Drouët – en fait tous les actes relatif à la famille, on trouve un tréma sur l’e, sa suppression est due à une altération relativement moderne – nous sacrifions ici à cette habitude) naît le 29 juillet 1765, à Reims. Il est le fils d’un maître charpentier, Jean-Thierry Drouet, et de Marie-Anne Pothé. Le couple s’était marié cinq ans auparavant, le 14 février 1760, et Jean-Baptiste est leur quatrième enfant (ils en auront au total huit). La famille n’est pas bourgeoise, mais bénéficie cependant d’une certaine aisance.

Jean-Baptiste, comme cela est alors fréquent, est placé en nourrice non loin de Reims, chez un cultivateur qui, durant dix ans, va prendre soin de lui, et lui donner les premiers éléments de son instruction.

De retour à Reims lorsqu’il est en âge d’étudier, il passe sous la houlette d’un oncle, professeur á l’Université. Il lui apprend à lire et à écrire, ainsi que de bonnes notions de mathématiques et de dessin. L’enfant est placé, comme apprenti, chez un serrurier, où il sera sensé apprendre un solide métier.

Mais, lorsqu’il atteint 17 ans, il succombe aux belles paroles de quelque sergent recruteur, et s’engage dans le régiment de Beaujolais, le 21 octobre 1782. Sa « vocation », pour l’instant, n’est pas inébranlable, et il ne restera dans l’armée que jusqu’en septembre 1787, rejoignant la maison paternelle.

La Révolution (1787 – 1799)

Jean-Baptiste vit les premières années de la Révolution à Reims, où son père est alors un notable. Lorsque la « Patrie en danger » est déclarée (11 juillet 1792), il s’engage le 4 août dans la compagnie de Chasseurs nationaux, dont la création a été décrété par l’Assemblée législative. Il est nommé caporal. Pour toute arme : un gourdin, et pas d’uniforme. Cela sera fait à Metz, dix jours plus tard. Sa compagnie est versée dans l’avant-garde de l’armée de Kellermann. Il va vivre la journée de Valmy sans vraiment participer à la « bataille ». Puis il participe à la poursuite des Prussiens jusqu’à Longwy.

Le 1er avril 1793, Jean-Baptiste est élu capitaine par ses compagnons d’armes. Il a maintenant bien sa place au sein du bataillon de Reims.  Cette année là, il sert à l’armée de Moselle, sous Hoche et Houchard. E

L’année suivante, il passe à l’armée de Sambre-et-Meuse, sous Jourdan, pour la conquête de la Belgique et de la Hollande (Fleurus). En avril 1794, le bataillon est versé dans la 13e demi-brigade (plus tard 13e puis 25e léger).

Le 11 avril 1794, de retour à Reims, Jean-Baptiste se marie avec Marie-Anne Rousseau, fille d’un faïencier de la ville. Le même jour,  aide-de-camp du général Lefèvre. C’est à ce titre qu’il participe au siège de Valenciennes et de Condé. 

Le 20 septembre 1795, Drouet reçoit les galons de chef de bataillon – trois ans après son entrée au service – « toujours fidèle à ses devoirs et bon républicain, recommandable par sa bravoure, son activité, son aptitude spéciale à l’état militaire » comme l’indique son dossier. Sa vraie carrière militaire va commencer.

Il participe à la campagne de 1796 (Altenkirchen, , Wurztbourg) puis, en octobre de la même année, passe sous les ordres de Hoche, qui le fait nommer, le 17 février 1798, adjudant-général. Pressenti pour participer à l’expédition d’Égypte, il n’en fait cependant pas partie, mais il est nommé chef d’état-major de la division Lefèvre. Il reste alors un an au siège d’Ehrenbreistein, rejoignant le quartier-général après la chute de la place.

A la reprise des hostilités, Drouet va servir en Suisse, sous les ordres de Masséna, des mains duquel il reçoit, le 25 juillet 1799, son brevet de général de brigade. Il prend le commandement d’un brigade de la division Mortier. Il participe à la reprise de la ville de Constance, après quoi, remettant son commandement à Molitor, il rejoint Mayence, menacée par les Autrichiens. 

 

Le Consulat et l’Empire

Après le coup d’État de Brumaire, Drouet est versé à l’armée du Rhin (division Legrand), dans l’aile gauche commandée par Sainte-Suzanne. Il passe le Rhin, et atteint bientôt Donauelchingen.

Lorsque l’armistice est signé par les Autrichiens, Drouet se trouve à Stuttgart. Quelques semaines plus tard, le 3 décembre 1800, c’est la bataille d’Hohenlinden. Drouet commande l’une des brigades de la division Richepance et participe largement à la victoire. Peu après, avec la même division, il franchit l’Inn, atteint Linz, puis Steyr, où l’armistice est finalement conclut. C’est là qu’il apprend  la nouvelle du traité de Lunéville. La paix est revenue ! 

Pendant un temps, Drouet va prendre le commandement de la division Richepance, parti en congé, puis il regagne sa bonne ville de Reims, et est nommé commandant du département de l’Aisne, avec son quartier-général à Soissons.

Pendant que le nouveau maître de la France se prépare à une descente en Angleterre (c’est le camp de Boulogne) Drouet reçoit le commandement d’une brigade d’avant-garde rattachée à la 1e division du général Montrichard, placée sur le Rhin. Bientôt, le voilà face à l’armée hanovrienne, qu’il va mettre en déroute, malgré une infériorité numérique. Il participe ainsi à la campagne de Hanovre, qui va rapidement mettre bas les armes. Au terme de la campagne, Drouet est nommé, le 27 avril 1803, général de division, à la tête de la 1e division de l’armée de Hanovre.

Lorsque Napoléon, abandonnant son projet de débarquement, se tourne vers le centre de l’Europe, l’armée de Hanovre, commandée par Bernadotte, qui a remplacé Mortier, reçoit l’ordre de rejoindre la Grande Armée en Allemagne.

A Austerlitz, qu’il atteint le 1er décembre, après une marche de 22 lieues, Drouet commande la 2e division du Ier Corps d’Armée (94e et 95e de ligne). Il va être envoyé en soutien du Corps d’Armée de Soult, et sera de l’attaque centrale, sur le plateau de Pratzen, au moment de l’affrontement entre les deux Gardes Impériales russes et françaises, refoulant bientôt l’infanterie russe vers Krenovitz et Austerlitz. 

C’est à Drouet que, le soir, le prince de Liechtenstein, fait part du désir de son souverain, François Ier, d’obtenir une suspension d’armes.

La paix signée, le 1er Corps d’Armée se retire sur le territoire d’Anspach. Lorsque les hostilités reprennent, cette fois-ci avec la Prusse, Drouet est des premiers affrontements, à Schleitz, le 10 octobre 1806. Après Iéna et Auerstaedt, la division de Drouet participe à la poursuite des restes de l’armée prussienne. C’est ainsi qu’il participe largement aux prises de Lübeck et de Travemunde.

En 1807, Drouet est évidemment de la campagne de Pologne. En février, Il est à Morungen, puis, lors des évènements d’Eylau, son Corps d’Armée est chargé de couvrir Thorn, sur la ligne éventuelle de retraite des Russes. Il n’est donc pas à la bataille du 8 février. Mais il prend une part active au siège de Dantzig, notamment lors de la prise de l’île de Holm, sur la Vistule.

Après le remplacement de Lefebvre par Lannes, Drouet prend les fonctions de chef d’état-major et c’est à ce titre qu’il est à Friedland, le 14 juin 1807. Il y est gravement blessé au pied. Il est hospitalisé à Königsberg, puis rejoindra Paris, en octobre de la même année.

Le 20 janvier 1808, encore convalescent, et se déplaçant avec des béquilles, Drouet est nommé commandant de la 11e division militaire, à Bordeaux. C’est le début de l’affaire d’Espagne. Drouet reçoit à Bordeaux, les souverains déchus, en route pour leur exil doré de Valencay.

Au moment de l’insurrection madrilène, Drouet reçoit l’ordre d’installer son quartier général à Bayonne. Il va y rester jusqu’en mars 1809, menant une instance activité d’organisation des troupes destinées à combattre en Espagne. Le 28 janvier 1809, Jean-Baptiste Drouet avait été fait comte d’Erlon, petit village de l’Aisne, près de Marle, où on lui donne un château, un moulin et une ferme de 174 hectares !

Revenu à Paris, il reçoit le 10 mars notification de sa nomination comme chef de l’état-major de l’armée bavaroise, dont Lefebvre doit recevoir le commandement. Il rejoint son poste peu après, à Munich. 

Il participe à la première partie de la campagne de 1809. Il est notamment à Eckmühl. Puis, son corps d’armée est dirigé sur Salzbourg, pendant que le reste de l’armée d’Allemagne combat à Essling et Wagram. Après ces évènements, le corps du maréchal Lefebvre reçoit l’ordre de mettre fin à la rébellion au Tyrol. Drouet recevra, en octobre, même le commandement de ce corps d’armée, lorsque Lefebvre est remplacé et nommé commandant  de la Garde. 

Le roi de Bavière informe son fils de ce changement en des termes pour le moins directs:

« Vous trouverez une grande différence entre Drouet et le Fevre (sic). Le premier a l’intelligence, et le duc est un vieux c… »

Il va rester dans le Tyrol jusqu’à sa pacification total.

Fuentes de Onoro (Photo Timmermanns)
Fuentes de Onoro (Photo Timmermanns)

Début avril 1810, il rentre à Paris, et reçoit, le 4 juillet, l’ordre de se rendre à Bordeaux pour organiser le IXe corps d’armée, dont il doit prendre le commandement. C’est le début d’un séjour qui va se continuer jusqu’en 1814. Drouet va combattre sous les ordres de Masséna (Fuentes de Onoro), puis de Soult, en Andalousie (Vittoria). L’Espagne doit alors être évacuée. Drouet sera aux batailles d’Orthez et  de Toulouse.

La forteresse de Lille
La forteresse de Lille

Après l’abdication de Napoléon, Drouet reçoit le commandement de la 16e division militaire, à Lille, ainsi que la croix de chevalier dans l’Ordre de Saint-Louis, suivi de sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur, le 19 octobre 1814. C’est peu avant les Cent-Jours qu’il est impliqué, mais il s’en défendra, dans la conspiration du Nord, visant à instaurer une régence à la place des Bourbons.

« Un complot, mi-impérial, mi-révolutionnaire, avait éclaté, le 9 mars 1815, dans les départements du Nord. Les généraux Lefebvre-Desnouettes et Lallemand, partis de Cambrai et de Laon, devaient d’après le plan concerté par les conjurés, se rendre à La Fère. s’emparer du parc d’artillerie, entraîner le régiment en garnison dans cette ville, se réunir  à Noyon au général Drouet d’Erlon et aux troupes qu’il aurait amenées de Lille, et de là, marcher sur Paris. L’énergie du général d’Aboville, qui commandait La Fère, fit échouer la conjuration. » (Chateaubriand – Mémoires d’Outre-Tombes)

Le 6 avril 1815, Drouet se voit confier le commandement du 1er corps d’observation, dans les départements du Nord. Il doit aussi s’occuper de l’équipement des gardes nationales mobiles. Le 2 juin, il est nommé Pair de France. Son rôle aux combats de Quatre-Bras et de Ligny sera sans importance (en raison notamment des ordres contradictoires donnés par Ney). Mais il combattra avec la plus grande énergie, le 18 juin, notamment lors de la prise de la Haye Sainte.

 

Le maréchal Drouet

Jean-Baptiste Drouet figure sur la liste de proscription de l’Ordonnance du 24 juillet 1815. Il doit quitter la France, le 20 décembre 1815, et se réfugier en Bavière, où il arrive le 6 janvier 1816, après un voyage relativement rocambolesque. Il va séjourner à Munich (il dirigera la brasserie « Hasesohn » sous le pseudonyme de baron Schmidt »), puis à Bayreuth. Le 10 août, le conseil de guerre de la 1e division militaire condamne, par contumace, Jean-Baptiste Drouet, à la peine capitale. 

Ce n’est que le 28 mai 1825 que, à l’occasion de son couronnement, Charles X prendra une mesure de clémence envers Drouet et l’autorisera à rentrer en France. Dans le même temps, il est mis à la retraite. Il a alors soixante-cinq ans, et derrière lui 28 années de campagnes ! Pourtant, sa carrière n’est pas terminée !

En 1828 il a la douleur de perdre sa femme .

C’est Soult, qui signe le décret autorisant sa réintégration. Il entre alors à l’État-Major général. Le 19 novembre 1831, il est nommé à la Chambre des Pairs, aux cotés d’Exelmans.

Le 30 juin 1832, Drouet est nommé commandant de la 12e division militaire de Nantes.  Le gouvernement compte sur lui pour ramener le calme dans une région (la Vendée) en proie à une nouvelle tentative de soulèvement. C’est à cette époque en effet que se situe l’épopée de la duchesse de Berry. Celle-ci sera arrêtée le 7 novembre 1832. 

La fermeté mais aussi la sagesse avec laquelle Drouet a mené cette affaire jusqu’à son terme heureux pour le gouvernement, amène Louis-Philippe à nommer, en 1834, Drouet gouverneur des possessions françaises en Afrique du Nord, face à une situation en Algérie qui s’est peu à peu dégradée, au point de devenir vraiment préoccupante. Ce choix n’est pas vraiment heureux, et Drouet se trouve rapidement dépassé au milieu d’intrigues, de coteries et de rivalités.. Il va même se laisser pour ansi dire duper par un personnage séduisant mais rusé : Abd-el-Kader.

Jean-Baptiste Drouet va rester à son poste de gouverneur général de l’Algérie jusqu’en 1835. Le 8 juillet, une ordonnance royale lui donne pour successeur le maréchal Clausel. Il rejoint alors la garnison de Nantes.

C’est lá qu’il va passer les huit dernières années de sa vie. En 1843, il écrira au ministre de la guerre – son collègue Soult – pour lui demander d’intercéder auprès du roi, afin d’obtenir – enfin ! – le maréchalat, qu’il pensait avoir mérité au soir de Friedland. Ce bâton, Jean-Baptiste Drouet d’Erlon le reçoit des mains de Louis-Philippe, le 9 avril 1843.

Le maréchal Drouet d’Erlon s’éteignit, dans la solitude et la misère, le 25 janvier 1844

A Reims, la statue de Jean-Baptiste Drouet d’Erlon se dresse boulevard Henri-Vasnier.

tatue de Drouet à Reims
Statue de Drouet à Reims

Le maréchal repose au cimetière Nord, dit cimetière de Mars.

« Jean-Baptiste Drouet, comte, pair et maréchal de France, Gouverneur d’Algérie, redoutable dans la guerre, décoré de la plus grande dignité dans l’ordre royal de la Légion d’honneur et d’un grand nombre d’ordres étrangers, oublieux de son intérêt particulier, il vécut et mourut pauvre. Par une loi rendue, sa patrie a payé des funérailles et doté sa fille. Courageux, valeureux, bon exécutant, pas stratège de haut rang. 49 ans et 15 jours de campagne. »

Monument funéraire de Drouet en 1996
Monument funéraire de Drouet en 1996

Son nom est inscrit sur l’Arc de Triomphe, à Paris.