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Historiques- 101e de ligne – Le Consulat et le Premier empire

Au 101e, nous sommes de vieux braves
Au 101e nous sommes des lapins.

Le général Dumerbion loue beaucoup la bravoure de la 101e (1794)

Le bataillon du 101e avait encore fait des prodiges de valeur (1814)

 

Créé le 14 janvier 1799 à Besançon, le 101e est formé de détachements des 38e et 81e demi-brigades de ligne ainsi que de la 20e demi-brigade légère, de conscrits, de déserteurs et de prisonniers des maisons d’arrêt de Strasbourg et Phalsbourg. (a) (b)

Origines

La 38e demi-brigade de ligne est formée à Neuf Brisach le 18 mars 1796 avec 2e bataillon du 21e régiment d’infanterie de ligne, les 42e, 200e demi-brigade, 3e bataillon de la Manche, 3e bataillon de Corrèze, 2e Seine et Oise, 11e bataillon de la Meurthe. Elle reçoit trois nouveaux drapeaux modèle 1794. Le 1er bataillon est fait prisonnier à Martirisbruck 17 mars 1799. La 81e demi-brigade de ligne est formée à Auray le 21 novembre 1796 avec le 32e régiment d’infanterie de ligne, le 1er bataillon du 82e régiment, le 12e demi-brigade, 1er Seine Inférieure. Le 25 septembre 1797 les 1er et 3e bataillons quittent Brest pour l’Irlande. Les vaisseaux sont interceptés et détruits par la flotte anglaise. En 1799 la 81e obtient 3 drapeaux neufs modèle 1794.

 

Un régiment de païs

Le 101e régiment d’infanterie de ligne combat aux armées du Rhin et Danube en 1799, puis passe de l’armée du Rhin à l’armée de réserve en 1800 puis d’Italie en 1801. Le régiment se distingue à Marengo. (NDLR. La 101e demi-brigades fait partie, à Marengo, de la division Gardanne)

Avec l’avènement de l’Empire, le régiment échange ses drapeaux modèle 1794 en 1804 pour 3 aigles du modèle Challiot. C’est durant cette période que le 101e prend des attaches dans le département de l’Ain, puisque l’officier chargé du recrutement dans l’Ain est le capitaine Penelle du 101e régiment d’infanterie de ligne. Ainsi favorise-t-il l’incorporation de conscrits ou d’engagés dans son régiment puisqu’un grand nombre de jeunes hommes de l’Ain le rejoignent : le 3 septembre 1806, la direction générale des revues et de la conscription militaire informe le préfet de l’Ain la levée d’un contingent de 400 conscrits, dont 331 partent au 101e régiment d’infanterie de ligne. Quelques semaines plus tard, le directeur général des revues et de la conscription annonce, le 31 décembre 1806, que le contingent de conscrits de 1807 est de 671 dont 40 au 101e régiment d’infanterie de ligne. Plus de 490 soldats de l’Ain qui ont servis au 101e ont été répertoriés par l’auteur. Sur ces 490 soldats du 101e originaires de l’Ain, 185 meurent à l’armée durant la période 1803-1814, soit 37,75% d’entre eux.

Mais ce recrutement favorise les planqués : le 3 septembre 1806, la direction générale des revues et de la conscription militaire informe le préfet de l’Ain qu’il doit y avoir dans le département un capitaine chargé du recrutement, 2 lieutenants, 2 sous-lieutenants, 8 sergents et 16 caporaux, tous du 101e régiment d’infanterie de ligne. A la réception de la directive de Paris, le préfet de l’Ain constate que le nombre de militaires attachés au recrutement dans l’Ain est trop élevé, 2 lieutenants, 2 sous-lieutenants, 13 sergents et 5 caporaux doivent retourner au régiment. Le 15 avril 1806, le préfet de l’Ain, Bossi informe Penelle des plaintes graves que porte le sous-préfet de Nantua contre le sergent Piccard, chargé du recrutement dans le canton de Mornay. Il demande son renvoie au régiment.

 

Déserteurs et réfractaires

Si, tout au long de l’Empire, le recrutement pour le 101e régiment d’infanterie de ligne semble assez complet, il n’occulte pas le problèmes des désertions et des réfractaires. Le 10 Vendémiaire An XII, 42 conscrits conduit par la gendarmerie partent de Bourg pour le régiment. Au 23 Brumaire aucun ne sont arrivés. De même, le 19 Ventôse An XII, 89 conscrits de l’An XI et XII se mettent en route pour le 101e régiment d’infanterie de ligne sous le commandement du sergent Lelong, mais 13 d’entre eux désertent en route. Devant l’insistance du conseil d’administration du régiment à faire venir de nouveaux conscrits pour suppléer les réfractaires, le préfet de l’Ain et le capitaine du recrutement refusent de les remplacer par des conscrits du département, les déserteurs sont à la charge du régiment. Mais la contagion et le mal du pays continuent de sévir et en l’An XIV, 21 soldats originaires de l’Ain sont déserteurs au 101e régiment d’infanterie de ligne.

Ces déserteurs et ces réfractaires ne sont pas des opposants politiques, mais des jeunes gens, souvent Bressans [1], désireux de rester chez eux, refusant de voir plus loin que les clôtures de leurs prés. Le 21 Brumaire An XIV, le capitaine du 101e chargé du recrutement dans l’Ain analyse cette situation :

J’ai l’honneur de vous observer que la plus part de ces déserteurs sont du canton de St Trivier de Courtes et des environs, ce pays est vraiment le refuge des déserteurs…il n’y a pas de doute que les autorités de ce pays les protègent  [2].

Si la recherche des réfractaires se fait facilement dans le département à l’aide de garnisaires, la punition des déserteurs à l’armée est, elle, plus terrible et les condamnations lourdes : prison, amendes voire peine de mort, tandis que les réfractaires sont incorporés dans les régiments de réfractaires à la discipline dure.

 

Colonels et Chefs-de-Brigade

1791: Ternant (Jean de) – Colonel
1791: Sames (Charles-Joseph de) – Colonel
1793: Miollis (?) – Chef-de-Brigade
1795: Venoux (?) – Chef-de-Brigade
1798: Cardenau (*) (Bernard-Augustin) – Chef-de-Brigade and Colonel in 1803
1808: Lapointe (Joseph-Gabriel) – Colonel
1811: Herbez de la Latour (Louis d’) – Colonel
1813: Robillard (Jean-Michel) – Colonel
1814: Herbez de la Latour (Louis) – Colonel

(*) Cardenau, (Bernard-Augustin)

Né le 5 Août 1766
Chef-de-Brigade: 11 Décembre 1798
Colonel: 1803
Général de Brigade: 1 Marrs 1807
Officier de la Légion d’honneur: 14 Juin 1804
Baron de l’Empire : 20 Marrs 1812
Décédé le 21 Janvier 1841

Blessé à la tête du régiment :

Herbez de la Latour: blessé le 22 Juillet 1812

Officiers tués ou blessés durant la période 1804-1815

Officiers tués: 17
Officiers morts de leurs blessures: 6
Officiers blessés : 75

Batailles et combats

1795: Loano , Rocco-Barbane
1800: Engen, Moeskirch, Memmingen, Marengo, Pozzolo
1801: Siege et capture de Peschiera
1805: Caldiero
1806: Gaete
1809: Calabre, Vignola, Bedole
1810: Villa-San-Giovanni
1812: Pollo, Arapiles
1813: Bidassoa, Bayonne
1813: Bautzen, Juterbock, Leipzig, Hanau
1814: Bar-sur-Aube, Roverbella, Arcis-sur-Aube
1815: Neufbrisach

Battle Honours

Marengo 1800, Bautzen 1813, and Hanau 1813

(Tony Broughton)

Un régiment spécialiste des campagnes méridionales

Durant le 1er Empire, le régiment se distingue le 30 octobre 1805 à la bataille de Caldiero, en Italie où 5 000 autrichiens se rendent (NDLR : le régiment fait partie de la brigade Lechantin, division Gardanne, sous le commandement de Masséna). En 1806 le régiment participe à la prise de Capri le 12 mai 1806, puis le 12 et 13 juillet de la même année, il occupe Gaète, dont le siège a duré trois mois. Durant cet épisode, le voltigeur au 101e Jacques Duby [3] de Grièges, reçoit un coup de feu à la jambe droite.

Malgré les combats, l’Italie enchante les hommes du 101e régiment d’infanterie de ligne, bien que la vie y soit chère :

Je vous peut dire que je viens de faire une grande route encore plus grande que la première. Nous avons parti de Mantoue 500, nous avons resté en route 50 jours. Nous avons vue de beaux pays et ne mauvais dans la Romanie il faisait cher vivre, mais à Rome il faisait meilleur vivre. Nous y avons resté quatre jours. Nous payons le vin 10 sous la bouteille, le pain 3 sous. Je vous peut dire qu’on ne peut rien avoir de si beau que les églises du Saint Père, elle est toute faite en pain de marbre [4].

Le régiment, déjà très orienté vers les combats en région méditerranéenne [5], son dépôt est à Gènes en Italie, devient un spécialiste de la lutte contre la guérilla puisqu’il est employé de 1807 à 1811, en Calabre contre les brigands. Le régiment est à Torra della Nosiata en Juin 1807 et à Rimino en Octobre 1808. Le régiment combat en Italie en 1809 contre les brigands calabrais. La même année, il est passé en revue par le Roi de Naples. Les pertes sont alors sévères [6] et les combats âpres :

Je vous dirai que nous avons beaucoup  souffert dans la poulie a cause des grande chaleur, tout le monde tombe malade après nous somme venu en Calabre. La nous avons souffert pour courir après les brigands dans la montagne » [7].

Le régiment passe en Espagne en 1811 :

Je vous dirai que je viens du fond de la Calabre de faire cinq cent lieux et ma destination est pour l’Espagne [8].

 

Du sud au nord

En 1812, le régiment reçoit le nouvel aigle modèle 1812 avec un drapeau sans inscription qui reste au dépôt de Gênes en Italie. Le 3 juillet 1812, le régiment est à l’affaire de Pollo en Espagne, où un chef de bataillon est blessé, puis le 22 juillet c’est la bataille de Salamanque qui voit l’armée française retraiter.

Cette bataille funeste eut surtout un impact moral très grand et cette retraite aurait pu se changer en victoire importante sans l’inactivité de Soult ou de Caffarelli [9].

Les pertes françaises sont lourdes, 2 000 morts et 3 000 blessés dont le colonel du 101e régiment d’infanterie de ligne [10], Dherbez-Latour et 23 officiers. 12 soldats du régiment issus de l’Ain sont fait prisonniers et sont emmenés en captivités sur les pontons anglais de Portchester. L’année 1812 est la plus meurtrière pour le 101e : sur 183 soldats du 101e de l’Ain morts durant l’Empire, 26,22% décèdent cette année là.

En 1813, le régiment passe d’Illyrie à la Saxe puis de nouveau en Espagne ; le 21 mai le régiment combat à Würschen (NDLR. Les 20 et 21 mai 1813 se déroule la bataille de Bautzen/Wurschen. Le 101e est dans le XII corps d’Oudinot – division Pacthod, brigade Gruger), puis le 4 juin à Luckau. Le 6 septembre 1813, le 101e donne le coup de feu à Juterbog (NDLR – La bataille est plus connue sous le nom de Dennewitz – XII corps d’Oudinot – Division Guilleminot, brigade Lejeune) et le 30 octobre c’est Hanau, où après avoir épouvanté les Bavarois, l’armée française se rend maîtresse de la route de Francfort à la France. Le régiment est à la division Maucune (NDLR : ou Leval, sous les ordres du maréchal Soult, d’après Digby Smith, Napoleonic Wars Data Book), le 10 novembre 1813, lors de la bataille de la Nivelle, dans les Basses-Pyrénées. Dès le 19 novembre, le 101e est de retour en Italie, où il perd trois officiers au combat de San Michele (NDLR : Victoire des Autrichiens. Avec le 20e de ligne, il forme la 29e demi-brigade provisoire, sous les ordres du général de brigade Deconchy, dans l’armée du vice-roi d’Italie). Le régiment combat à Rovigo, le 3 décembre 1813, où quatre officiers sont blessés, puis à Bayonne le 4 décembre. En 1814, le 101e défend les frontières en Italie, le 10 février, il combat à Volta et au nord de la France, le 27 février à Bar-sur-Aube (NDLR : corps combinés de Victor et d’Oudinot) et le 21 mars à Arcis-sur-Aube (NDLR : brigade Monfort, du corps d’Oudinot). Durant cette courte campagne, le régiment perd 7 officiers, presque autant que durant les années 1805 à 1807.

Le régiment est démantelé le 12 mai 1814 et réorganisé en tant que 82e Régiment d’Infanterie de Ligne. Il est rebaptisé 101e Régiment d’Infanterie de Ligne durant les Cents Jours et reçoit une nouvelle aigle et un drapeau modèle 1815. Il combat du 29 juin au 8 juillet 1815 à Strasbourg. Malgré une carrière loin des yeux de Napoléon et donc des récompenses, le 101e est un brave régiment [11]. Il est fidèle à l’Empire et aux idées de la Révolution, souvent incarnés dans l’aigle que le colonel du régiment ne remet pas aux royalistes lors de la réunion de Bourges en 1815.  

Jérôme CROYET.

Docteur en Histoire, archiviste adjoint aux A.D. Ain

Conférencier à l’Université Lumière Lyon II

 

NDLR. Le 101e de ligne sera reformé en 1855, pour être dissous l’année suivante, renaître en 1862, renaître une nouvelle fois en 1872. En 1882, il deviendra le 101e régiment d’infanterie. Dissous en 193, il revivra de nouveau pour la courte période de 1939-1940.

Le drapeau du régiment porte : Marengo – 1800; Bautzen – 1813; Hanau – 1813; Palikao – 1860; L’Ourcq – 1914; Prosnes – 1918; Orfeuil – 1918.

Le régiment a été décoré de la Croix de guerre 1914-1918, avec 2 palmes et étoile de vermeille.

NOTES

(a) Le 101e a pour filiation  (de 1787 à 1815):

  • 1787 : Royal Liégeois
  • 1791 : 101e régiment d’infanterie
  • 1793 : 101e demi-brigade de bataille
  • 1799 : 101e demi-brigade de ligne
  • 1803 : 101e régiment d’infanterie de ligne
  • 1815 : dissous

(source : Recueil d’Historiques de l’infanterie française – Général Andolenko – 1969 (NDLR)

(b) Un certain nombre de notes ont été ajoutées à cet article, basées essentiellement sur « Napoleon Wars Data Book – Digby Smith – Greenhill Books)

[1] Sur 47 déserteurs du 101e régiment d’infanterie de ligne de 1809 à 1811, 47% sont originaires de Bresse.

[2] Lettre du capitaine du 101e régiment d’infanterie de ligne au général Valette, 21 Brumaire An XIV. Archives Départementales de l’Ain série 2R.

[3] Lors du siège de Bilbao, il enlève le drapeau de Mina et reçoit deux blessures, une à la tête, l’autre à la main droite (pouce enlevé et index estropié). Il quitte le service en 1813 ; retiré à Grièges en 1830, il fait une demande pour recevoir la Légion d’honneur.

[4] Lettre de Jean-Pierre Dugueri à ses parents, 25 mai 1807. A.C. Nantua H4.

[5] Sur les 490 soldats servant dans le 101e régiment d’infanterie de ligne originaires de l’Ain, 51,35% meurent en Italie et 36,21% en Espagne.

[6] Durant l’année 1806, 15,84% des soldats du 101e originaires de l’Ain décédés durant l’Empire meurt.

[7] Lettre de Jean Joseph Foret de Bolozon, 12 juin 1809. Archives Départementales de l’Ain, série R.

[8] Lettre de Jean Joseph Foret, 20 juillet 1811. Archives Départementales de l’Ain, série R.

[9] Pigeard (Alain) : Agenda des batailles de Napoléon, 1805-1815. Hors Série Tradition Magazine n°9.

[10] Louis Dachoud, demeurant à Mézériat. Conscrit de 1810, incorporé le 27 Mars 1809 au 101e Régiment d’Infanterie de Ligne. Blessé d’un coup de sabre à l’épaule gauche le 21 Juillet 1812 à la bataille de Salamanque en Espagne, il est fait prisonnier par les Anglais. Il est détenu à Portchester en Juillet 1813.

[11] 13 soldats de l’Ain ayant servis dans le 101e Régiment d’Infanterie de Ligne reçoivent la Légion d’Honneur.