Correspondance Napoléon Ier – Février 1811

Paris, 1er février 1811.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, il faudrait réunir lundi le conseil du clergé, pour lui communiquer les différentes bulles da Pape et les différentes circonstances où nous nous trouvons, la cor­respondance du préfet de Montenotte et surtout la partie de cette cor­respondance qui fait voir la mauvaise conduite du Pape, afin qu’il fasse connaître son sentiment sur ce qu’il est convenable de faire.

 

Paris, 2 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, tenez un courrier prêt à partir ce soir, qui portera la lettre de l’Impératrice à Vienne. Vous pouvez en pré­venir M. de Schwarzenberg, s’il veut envoyer des dépêches par ce courrier.

Faites vous-même vos dépêches pour le comte Otto. Vous lui prescrirez de passer une note pour demander le renvoi de tous les officiers et soldats, sujets de la France, qui sont retenus de force en Autriche contre les traités. Vous lui ferez connaître que l’arrêté du duc de Raguse (Par cet arrêté, le duc de Raguse ordonnait le séquestre de toutes les propriétés que possédaient en Illyrie les sujets autrichiens) n’a pas été approuvé et que cela n’aura pas de suite. Écrivez-en un mot au prince de Schwarzenberg; il y a une décision du Conseil d’État très solennelle sur cette affaire.

 

Paris, 2 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désirerais qu’on fit au Dépôt de la guerre le plan des attaques et des sièges des différentes places prises dans les campagnes d’Alle­magne, comme Danzig, Raab, les places de Silésie, avec des cartes et des mémoires. Mon intention n’est pas d’imprimer ce travail, mais de le garder au Dépôt, de sorte qu’en cas d’une guerre ces maté­riaux puissent être consultés. On peut également faire rédiger l’histo­rique des sièges des places d’Espagne, telles que Saragosse, Tortose, Lerida, Mequinenza,  Ciudad-Rodrigo,  Almeida, l’attaque de Madrid, de Marbella, de Cadix. Il n’y a aucun inconvénient à imprimer ce volume.

 

Paris, 2 février 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

J’apprends que les entrepreneurs du Cercle des étrangers, rue Richelieu, ont fait construire un immense salon pour donner des bals masqués. Je vous ai déjà fait connaître que je n’entendais pas cela. Ils comptent déjà y mettre des tables de trente-et-un et des rou­lettes. Ainsi, pour couper court à tout, point de masques dans cette maison.

 

Paris, 2 février 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie des dépêches d’Espagne; en les trans­mettant au duc d’Istrie, dites-lui qu’il est ridicule de voir le général Dorsenne prendre des décrets ; que les généraux ne doivent pas se servir de formules qui n’appartiennent qu’à la souveraineté ; qu’ils ne doivent agir que par des ordres du jour, et qu’ils ne peuvent rien arrêter ni décréter. Faites-lui connaître mon étonnement de ce que le général Kellermann se soit cru le droit de faire des acquisitions de domaines nationaux; que ces acquisitions doivent être déclarées nulles ; que ce n’est pas pour faire des opérations de cette espèce que j’envoie des généraux en Espagne, mais pour conquérir et sou­mettre le pays; qu’il est contre toutes les règles que des hommes chargés de l’administration et de l’autorité abusent de leur situation pour s’immiscer dans de pareils profits; qu’en France les administra­teurs mêmes n’entrent pour rien dans les affaires de ventes et de domaines. Écrivez dans ce sens au général Kellermann, et témoignez-lui mon excessif mécontentement d’une conduite aussi peu délicate.

 

Paris, 2 février 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Depuis Marengo un certain nombre de colonels et chefs d’escadron et de bataillon de notre Garde ont été tués sur le champ de bataille. Ils ont des enfants qui auraient hérité de leurs titres et de leurs dota­tions si l’institution eût existé alors ; mon intention est de revenir là-dessus et de donner des titres et des dotations à leurs enfants. Ce qui me met sur la voie, c’est que Dahlmann, Morland et d’autres ont laissé des enfants sans dotation ni titre; faites-moi un rapport là-dessus. (Morland, colonel des chasseurs de la Garde, tué à Austerlitz. Il fut rem­placé par Dahlmann, tué à Eylau.

 

Paris, 2 février 1811.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant

Mon Cousin, le général Lepic restera aux grenadiers. J’ai nommé le major Delaitre colonel dans la ligne; il n’a pas assez fait la guerre pour être nommé général de brigade. J’ai nommé Daumesnil général de brigade commandant à Vincennes. Quant au colonel Chastel, nous verrons quand il sera arrivé.

 

Paris, 2 février 1811.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le port de Saint-Georges, dans l’île de Lissa, est impor­tant. C’est un point qu’il faut occuper et ôter aux Anglais. La pre­mière expédition contre cette île a été manquée, puisqu’on n’a pas fait les 200 Anglais prisonniers. Mon intention est que vous preniez des mesures pour occuper cette île, et que vous vous concertiez à cet effet avec le duc de Raguse. Il y a deux manières d’arriver à Lissa, soit de partir à l’improviste d’Ancône avec 800 hommes, soit de partir de Lésina-Grande ; il me semble qu’il n’y a qu’une distance de quatre lieues. Ce trajet doit pouvoir facilement être fait dans la nuit. Le seul inconvénient qu’il y a à partir de Lésina-Grande, c’est qu’il est difficile de dérober la connaissance des préparatifs aux Anglais; au lieu que d’Ancône ils ne s’en aperçoivent point. J’estime donc qu’une demi-compagnie d’artillerie, une demi-compagnie de sapeurs avec un bon capitaine de génie, six pièces de 18 en fer avec leurs affûts et 200 coups à tirer par pièce, deux mortiers avec 150 bom­bes par mortier, un obusier et deux pièces de campagne, et 1,500 outils, sont suffisants pour cette expédition. Vous enverrez à Ancône le capitaine Dubourdieu. Vous avez dans ce port un nombre de fré­gates suffisant pour porter 800 hommes et les munitions. Il faudrait les faire accompagner par quelques canonnières et bâtiments légers ; elles pourraient débarquer à Saint-Georges ou sur un autre point de l’île. Les frégates reviendraient à Ancône; un brick et trois ou quatre canonnières ou autres petits bâtiments resteraient à Saint-Georges. Le duc de Raguse peut avoir réuni à Trau 3 ou 400 hommes pour jeter dans l’île de Lésina-Grande, afin d’établir la communication entre Lissa et autres îles voisines. Si le duc de Raguse n’a pas assez de bâtiments à sa disposition, on peut faire partir de Venise quel­ques canonnières ou petits bâtiments de cette espèce; mais il faut avoir bien soin de ne pas attirer l’attention des Anglais de ce côté jusqu’à ce que l’opération soit faite. Concertez-vous pour ces détails avec le duc de Raguse.

Lorsque l’île sera soumise, il faudra y faire construire un fort ou redoute, contenant une batterie de six pièces de canon pour la défense du port Saint-Georges, et l’approvisionner toujours pour trois mois. Il sera nécessaire que le duc de Raguse envoie à Lésina-Grande un officier supérieur intelligent et pourvoie à la défense de cette île. Les deux frégates françaises qui étaient à Corfou doivent être parties pour Ancône; cela augmenterait beaucoup vos moyens. Faîtes-moi un rapport sur l’occupation des différentes îles de la Dalmatie, afin d’ôter ces points de refuge aux croisières anglaises.

 

Paris, 3 février 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La conscription va se lever. Il est très important que les majors soient à leur poste et à leur dépôt. Faites-moi connaître les majors présents et ceux absents. J’ai créé le grade de colonel en second pour commander les différents régiments de marche et pour les circonstances extraordinaires. Il est de la plus grande importance que tous les majors se trouvent à leurs corps.

 

Paris, 3 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 2 février. Les régiments que je veux lever dans les trois départements porteront les n° 127, 128, 129. Ils doi­vent être composés de cinq bataillons. En attendant, donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de former deux bataillons de ces régiments à Hambourg, deux à Brème et deux à Osnabrück. Présentez-moi la nomination de trois colonels et de trois majors parlant bien allemand. Le prince d’Eckmühl nommera provisoirement les capitaines, lieute­nants, sous-lieutenants et les sous-officiers. Le quartier-maître devra être Français. Les troupes du pays qui sont à Hambourg, à Brème, à Lubeck, dans l’Oldenburg, formeront le fond de ces six batail­lons. La conscription des trois départements doit être de 4,000 hom­mes. Ainsi, en opérant selon nos principes, et en supposant cinq ans, on aurait 20,000 hommes à lever. Il n’en faudra que 12,000. Quand les régiments seront réunis, on laissera au prince d’Eckmühl et au conseil provisoire la faculté de les organiser de la manière la plus appropriée au pays. On ne s’occupera de la conscription qu’au 1er juillet, quand le pays sera organisé selon les lois françaises.

 

Paris, 3 février 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 30 janvier. Vous me proposez 50,000 fusils français pris à Vienne, 40,000 armes autrichiennes, total 90,000 fusils, qui me reviendraient environ à 900,000 francs. Je ne puis là-dessus que m’en rapporter à l’opinion des officiers d’ar­tillerie. Si l’Autriche a des fusils français qu’elle nous a pris dans les campagnes précédentes, il me semble que ces fusils me seront fort utiles et qu’il est avantageux de les acheter à un bon marché pour les transporter à Danzig. Les fusils autrichiens, il paraît convenable de les prendre à Vienne, pour les diriger sur Danzig. Si j’avais la guerre avec la Russie, je compte que j’aurais besoin de 200,000 fusils avec baïonnettes pour armer les insurgés polonais. Faites-moi un rapport pour savoir combien il y en a dans le duché, combien j’en ai envoyé dernièrement, et ce qui me reste d’armes dont ne se servi­raient pas mes troupes de ligne, etc.

C’est sur le rapport général que me fera l’artillerie sur cela, que je me déciderai. Il n’y a pas de doute que les circonstances du papier-monnaie peuvent faire qu’il y ait de très bons marchés à faire à Vienne. Il faudrait savoir quelles sont celles de ces armes qui pour­raient armer mes troupes et celles qui ne serviraient qu’aux insurgés.

Ces 90,000 fusils, si je les prenais, devraient être transportés au premier port de la Vistule, où ils seraient embarqués pour Varsovie, Thorn et Danzig

Je désire donc un rapport qui me fasse connaître si je trouverais à Varsovie 200,000 fusils pour armer les insurgés polonais, indé­pendamment des besoins de l’armée, 10,000 paires de pistolets et 20 ou 30,000 sabres.

Informez-vous si les fusils que j’ai envoyés dernièrement d’ici sont arrivés à Varsovie.

 

Paris, 3 février 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il me revient beaucoup de réclamations contre le travail des im­primeurs. Je désire que vous me remettiez un travail qui me fasse connaître les noms des imprimeurs supprimés, le nombre de presses qu’ils avaient, leur ancienneté, la réputation de probité dont ils jouissent. On m’assure que sur la liste des imprimeurs conservés il y en a un qui est encore à Sainte-Pélagie, et qu’un autre est un Anglais établi à Paris seulement depuis un an.

 

Paris, 3 février 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je désirerais avoir un point fortifié sur l’Elbe, qui remplit le double but de m’assurer un pont sur cette rivière et de servir de refuge à ma flottille, au matériel que j’aurai dans la Baltique et à ce que j’aurai sur l’Elbe. Il me semble que la position de Lauenburg, à l’intersection de la Baltique et de l’Elbe, remplirait mon but. Faites-moi reconnaître cette position à six lieues de Lauenburg, en montant et en descendant l’Elbe. Vous sentez qu’en cas d’un mouve­ment de l’armée en avant on pourrait enfermer là le matériel et les dépôts qui seraient dans le pays.

Vous recevrez demain un mémoire sur la Jahde. Donnez des ordres pour que des batteries soient formées et que ma flottille soit protégée. Il sera peut-être nécessaire de les fermer à la gorge pour les mettre à l’abri des incursions des Anglais. Vous avez assez de canons de fer à Magdeburg pour pouvoir en tirer, si vous en avez besoin. Il ne faut point que ces batteries soient trop fortes, vu que, l’armée se portant ailleurs, il faudrait beaucoup de monde pour les garder, ou les laisser tomber aux mains des Anglais, ce qui serait une perte considérable. Ne mettez sur les côtes que des batteries de canons de fer.

 

Paris, 3 février 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que j’avais fait offrir Erfurt au prince d’Oldenburg. S’il n’en veut pas, tant pis pour lui. Le sénatus-consulte est formel et n’admet point de prince souverain dans l’Empire. Il faut ôter les armes du prince aux troupes qui com­poseront les nouveaux régiments.

 

Paris, 3 février 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, faites faire par des ingénieurs géographes et par des officiers d’état-major la reconnaissance des routes de Hambourg à Wesel, de Hambourg à Lubeck et de Hambourg à Stettin. Faites faire cette dernière opération sans alarmer personne.

 

Paris, 3 février 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, le ministre de la guerre vous expédiera le décret dont je vous envoie la copie. Moyennant la formation de ces six bataillons, vous pouvez donner de l’emploi et une organisation régu­lière aux troupes des pays qui forment les trois nouveaux départe­ments. Les colonels et majors vont vous être envoyés sans délai de France. Vous prendrez pour recruter ces bataillons les mesures les plus convenables pour le pays. Je ne pense pas qu’il faille organiser la conscription; c’est une opération qu’il ne faut pas mal commencer, et, tant que le pays ne sera pas organisé, il vaut mieux se servir de l’usage ancien que du nouveau. Prescrivez provisoirement aux chevau-légers un uniforme a peu près semblable à celui des chasseurs, nais approchant de celui des uhlans, et faites en sorte qu’il ne soit pas trop coûteux.

 

Paris, 3 février 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 27 janvier. Je viens de nom­mer, comme vous le désiriez, à l’archevêché de Milan. Il sera peut-être convenable que cet archevêque, après avoir reçu les pouvoirs du chapitre, vienne à Paris, où il prêtera son serment et où sa pré­sence sera utile. Je suppose que vous proposez un homme dont vous êtes sûr. Je vous envoie le décret qui le nomme directement, afin qu’avant de le publier vous vous assuriez qu’il accepte. Il sera convenable qu’après cela vous envoyiez ce décret à Aldini, pour qu’il l’expédie officiellement.

 

Paris, 4 février 1811

DÉCISION

Le ministre de la police générale propose à l’Empereur de confier  à Lacretelle jeune, auteur de  l’Histoire de France pendant le XVIIIe siècle, la continuation des Éléments de l’histoire de France, par l’abbé Millot, en remplacement de Joseph Chénier décédé. Lacretelle devra recevoir, sur le produit des journaux, l’indemnité de 6,000 francs dont jouissait Chénier. J’approuve que vous chargiez des hommes de lettres la continuation de l’histoire, mais sans rien leur payer. Lorsque l’ouvrage sera achevé, il me sera présenté, et je récompenserai en  conséquence du travail.

 

Paris, 5 février 1811.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, répondez à M. de Winzingerode que vous avez reçu sa lettre du 23 janvier ; qu’il faut finir les affaires de la Westphalie, tant pour la solde et les services de l’armée que pour les autres arrangements. Faites la même réponse à sa lettre do 30 janvier.

Encouragez beaucoup le baron Bourgoing à envoyer des agents à Breslau pour savoir ce qui se passe. Faites-lui connaître que j’ap­prouve ce qu’il a fait à l’égard de ce jeune officier d’Emden qui a quitté le service de Prusse, et donnez-lui l’instruction d’aider et de venir au secours de tous les officiers prussiens et autrichiens qui quit­teraient le service de ces puissances pour passer en France.

Envoyez au ministre de la guerre le nommé Thompson Lynes, et faites-lui comprendre que le temps n’est pas éloigné où je m’occu­perai sérieusement de l’Irlande.

 

Paris, 5 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous fassiez écrire au Transport Office pour demander si l’on veut échanger le général anglais lord Blanry, qui a été fait prisonnier à Malaga, contre le général Lefebvre-Desnouettes. Vous ferez remarquer à cet effet que le général Lefebvre n’est que colonel de la Garde, et qu’il a été pris faisant un service de colonel.

 

Paris, 5 février 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, mon intention est d’avoir un approvisionnement de réserve en grains froment de 50,000 quintaux étriqués dans chacune des villes de Toulouse et de Metz. Le froment pour la réserve de Toulouse sera acheté dans les départements de l’ouest, celui pour celle de Metz dans les départements du Mont-Tonnerre, de Rhin-et-Moselle et de la Roër. La formation de ces réserves et les soins de leur conservation seront confiés à la direc­tion générale des vivres de la guerre, qui établira une comptabilité particulière pour ces opérations.

Vous me ferez connaître quelle somme est nécessaire pour former chacun de ces deux approvisionnements de réserve, pour leur entretien et leur conservation pendant six mois.

Lorsque les réserves dont il s’agit seront formées, vous m’en rendrez compte, et je vous ferai passer mes ordres sur l’emploi que je voudrai en être fait.

 

Paris. 5 février 1811.

A M. Grimm, landamman de la Suisse

Monsieur le Landamman, je retrouve dans les sentiments que vous exprimez en arrivant à la première magistrature de la Suisse les mêmes dispositions et le même bon esprit qui ont animé vos prédécesseurs. La Confédération suisse obtiendra aussi toujours de moi les mêmes sentiments d’intérêt et d’amitié. Elle a, sous les administrations précédentes, conservé sa tranquillité : je désire qu’elle continue d’en jouir par l’effet de vos soins. Le maintien de sa paix intérieure est un dépôt qui vous est confié, et il est le plus grand bien que puisse attendre de vous un peuple dont les intérêts me seront toujours chers.

 

Paris, 6 février 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je pense que vous devez envoyer le Moniteur d’aujourd’hui au duc de Dalmatie, au duc de Trévise, au général Belliard, au duc d’Istrie, aux commandants de Ciudad-Rodrigo et d’Almeida, au général Thiebaut et aux généraux Dorsenne, Caffarelli et Reille. Écrivez au duc d’Istrie, en lui envoyant le Moniteur, pour lui annon­cer qu’il y trouvera les dernières nouvelles que nous avons du Por­tugal, qui paraissent être du 13; que tout parait prendre une couleur avantageuse; que, si Badajoz a été pris dans le courant de janvier, le duc de Dalmatie a pu se porter sur le Tage et faciliter le rétablisse­ment du pont au prince d’Essling; qu’il devient donc très important de faire toutes les dispositions que j’ai ordonnées, afin que le géné­ral Drouet, avec ses deux divisions, puisse être tout entier à la dis­position du prince d’Essling. Écrivez en même temps au duc de Dal­matie pour lui faire connaître la situation du duc d’Istrie et lui réitérer l’ordre de favoriser le prince d’Essling pour son passage du Tage; que j’espère que Badajoz aura été pris dans le courant de janvier, et que vers le 20 janvier sa jonction aura eu lieu sur le Tage avec le prince d’Essling- qu’il peut, si cela est nécessaire, retirer les troupes du 4e corps; qu’enfin tout est sur le Tage.

P. S. Je vous renvoie votre lettre au duc d’Istrie; faites-la partir.

 

Paris, le 6 février 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous prie de me présenter un projet de décret pour organiser les compagnies de canonniers et du train des seize régiments de l’armée d’Allemagne de sorte qu’ils aient quatre pièces de canon, des cais­sons d’infanterie pour quatre bataillons au lieu de trois, et des cais­sons d’équipages militaires pour quatre bataillons au lieu de trois. Remettez-moi l’état de l’augmentation du matériel et du personnel que nécessitera cette organisation et de la dépense que cela fera. Il me semble qu’il faut s’y prendre de bonne heure, afin que ces corps aient disponibles soixante-quatre pièces de régiment, soixante-quatre caissons de cartouches et soixante-quatre caissons de transports mili­taires; tout cela prêt à marcher aussitôt que les 4e bataillons seront arrivés, ce que je suppose pouvoir être dans le courant de l’été.

 

Paris, 7 février 1811

Au comte Aldini, ministre secrétaire d’état du royaume d’Italie, en résidence à Paris.

J’ai fait venir d’Espagne des archives appartenant aux affaires du Milanais depuis 1516 jusqu’en 1729. Voyez si cela peut être de quel­que utilité à mon royaume.

 

Paris, 8 février 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous prie de m’apporter demain , au conseil des ponts et chaus­sées, tout ce qui est relatif à la gare aux vins, avec un projet de décret pour prendre un parti définitif.

Les marchands de vins que j’ai vus et interrogés aujourd’hui pré­tendent que leurs intérêts ont été mal défendus devant vous et leurs syndics, et qu’en établissant la halle aux vins au quai Saint-Bernard, quand cela coûterait 6 millions, en faisant l’opération par compagnie, ils prendraient autant d’actions que l’on voudrait. Faites-moi donc connaître ce que devient cette affaire.

 

Paris, 8 février 1811

DÉCISION

Le ministre du trésor public présente à l’Empereur un rapport sur un nouveau prêt de 1,200,000 francs à faire à la Maison Gros-Davilliers, à laquelle il a été déjà prêté une somme de 800,000 francs. L’intérêt exigé sera de 5 pour 100, et le remboursement aura lieu par des payements mensuels de 100.000 francs, à partir de septembre 1811. Approuvé un nouveau prêt de 1, 200,000 francs ; ce qui, avec les 800,000 accordes précédemment, fera 2 millions, sous les réserves comprises dans le rapport.

 

Paris, 9 février 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Dans le budget de Paris, comme il y a des fonds de reste, j’ai préféré faire rembourser les 500,000 francs que la ville doit à la caisse de l’extraordinaire. Par ce moyen, ce sera un million que la ville de Paris aura acquis sur l’emprunt, et sur 8 millions il n’y en aura plus que 7 à rembourser. En vendant les marchés aux hospices, on aura 7 millions disponibles. Je pense qu’il ne faudrait pas les employer à rembourser l’emprunt, puisque la ville peut continuer tous les ans à faire ce remboursement sur ses revenus ; mais on pourrait très bien destiner ces 7 millions à faire le marché qui doit agrandir les halles depuis les Innocents jusqu’à la rotonde de la halle aux blés. La dé­pense de ce marché est, je crois, évaluée à pareille somme. D’ail­leurs , la ville de Paris peut bien continuer pendant plusieurs années de faire sur ses revenus des sacrifices pour un avantage aussi important, dont je sentais le besoin, mais que je regarde comme l’entre­prise la plus intéressante pour la ville depuis que je connais la question. C’est pour cela que j’accorde pour le budget de la ville 600,000 francs cette année, et, comme les hospices peuvent très bien fournir 1,400,000 francs en 1811 , cela fera donc 2 millions qu’on pourra employer dans la première année à exécuter, comme par enchantement, ce grand projet d’utilité publique. J’accorde à cette mesure d’autant plus d’intérêt qu’elle importe aussi bien à la commodité du peuple qu’à la salubrité et à la beauté de la ville.

Une fois les maisons des hospices affectées à cette destination, l’argent ne manquera pas et l’on obtiendra les avances qui seraient nécessaires. Voyez donc à prendre des mesures pour que ce marché soit entrepris et fait dans le plus court délai possible.

En outre, les hospices devront affecter une somme de 10 millions à la construction de la halle aux vins.

Cela fait donc 17 millions environ pour lesquels ils seront enga­gés, et c’est à peu près l’emploi de toutes leurs maisons.

Je pense aussi que 1,000,000 francs seront une somme suffisante cette année pour commencer la halle aux vins.

Ce sera donc 3 millions qu’on devra tirer cette année des pre­mières ventes des hospices. Si le préfet présente le décret pour affran­chir ces maisons de leurs inscriptions hypothécaires et donner à la mesure toute l’activité convenable, ce fonds doit se réaliser sans retard. D’ailleurs, comme une grande partie des 3 millions est destinée à payer des indemnités de maisons et de terrains, soit pour les nouvelles halles, soit pour la gare aux vins, on pourra avoir des fa­cilités pour ce genre de payement.

Je tiens que les quatre choses les plus importantes pour la ville de Paris sont : les eaux de l’Ourcq, les nouveaux marchés des halles, les abattoirs et la halle aux vins.

Faites faire les projets et devis de la halle aux vins et des nou­veaux marchés , et présentez-moi ces deux projets avant le mois d’avril.

 

Paris, 9 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le 19 janvier, 29 conscrits réfractaires faisant partie d’un convoi de 100, allant du fort Lamalgue à Rome, se sont évadés près de Breglio. Je vous avais recommandé de ne pas faire voyager les con­scrits réfractaires. Pourquoi donc les fait-on aller de Toulon à Rome par terre ? Cela est tout à fait contraire au bien de mon service. Le 28 novembre, 38 autres se sont échappés à peu de distance de Tou­lon. Le 24 décembre, 20 autres se sont échappés près de Toulon. Quelle est donc la nécessité d’envoyer ces conscrits réfractaires à Rome ? Il paraît qu’il y a anarchie au ministère de la guerre, puisque mes intentions ne sont pas remplies.

 

Paris, 9 février 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je médite une expédition qui devra partir de Toulon. Cette expédition sera composée du 3e bataillon du 62e, complété à 800 hommes, de deux bataillons des 5e, 81e, 79e, 11e et 60e de ligne et d’un bataillon du 22e d’infanterie légère; total, douze bataillons ou 10,000 hommes.

Ces troupes seront prêtes à partir au 10 mars et à s’embarquer par l’escadre. Le général Plauzonne se rendra à Toulon pour en prendre le commandement. Un chef de bataillon du génie, un chef de bataillon d’artillerie, deux compagnies d’artillerie, une compagnie de sapeurs et douze pièces de canon feront partie de l’expédition.

Concertez-vous avec le ministre de la marine pour les moyens d’embarquer les troupes.

Faites connaître au général Plauzonne qu’elles seront portées à 15,000 hommes et qu’elles sont destinées pour la Sicile ou pour un autre point.

Un adjudant commandant sera nécessaire à cette division.

Faites-moi un rapport pour disposer ces troupes de la manière la moins coûteuse. Elles pourront être cantonnées dans les villages environnant Toulon.

 

Paris, 9 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, écrivez au port de Toulon pour que tous les préparatifs soient faits de manière à ce que l’expédition poisse partir le 20 mars au plus tard, et débarque 15,000 hommes dans le lieu qui sera désigné. Il est nécessaire d’avoir pour cette expédition les quinze vaisseaux, six frégates, six flûtes, quatre gabares, six corvettes et six gabares-écuries. Vous connaissez mes intentions. Parlez sérieusement avec le ministre de la guerre là-dessus. Écrivez au préfet maritime et à l’amiral, et faites-leur comprendre l’avantage de continuer le système qu’ils suivent, de manière que l’expédition puisse partir au moment où l’ennemi s’y attendrait le moins. Les troupes seront cantonnées à Toulon et dans les environs.

 

Paris, 9 février 1811

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de la Garde, à Paris

Voyez le ministre de la guerre, qui seul peut déterminer s’il con­vient de faire revenir le matériel que vous avez à Bayonne; car il est important que le matériel soit prêt à la Fère ou à Metz , afin que les mouvements de la Garde n’éprouvent aucun retard.

Faites revenir d’Espagne les hommes d’artillerie de la Garde qui ne sont pas montés, les hommes du train qui n’ont pas de chevaux à servir. J’ai ordonné que les douze pièces d’artillerie légère restas­sent dans la province de Burgos; je les ferai revenir en cas d’événe­ment : on peut donc compter sur elles. Je ne puis compter de même sur les trois compagnies de canonniers-conscrits. Je désire donc un nouvel état qui présente l’organisation de l’artillerie en cas de guerre selon les bases suivantes, savoir : six compagnies d’artillerie à pied de 140 hommes, servant huit pièces de canon chacune, savoir: seize pièces de 12, vingt pièces de 6 et douze obusiers; total, 48 bouches à feu;  et trois compagnies d’artillerie à cheval, chacune à 100 hommes et servant vingt-quatre pièces, savoir : seize pièces de 6 et huit obusiers; total, 72 pièces, avec double approvisionnement, soixante caissons d’infanterie et autres équipages nécessaires. Chaque compagnie du train sera portée à 140 hommes, et dès lors à un ombre de chevaux proportionné. Une partie de compagnie du train reviendrait d’Espagne, mais l’autre partie resterait avec les trois compagnies de conscrits. Me faire la distribution de cela, de sorte que je serais assuré d’avoir dans les douze compagnies du train de la Garde, qui feraient 2,680 hommes, de quoi servir non seulement les soixante et douze bouches à feu, mais aussi les vingt-quatre bouches à feu des trois compagnies de conscrits.

Ainsi donc l’équipage d’artillerie de la Garde serait de quatre-vingt-seize bouches à feu, en y comprenant les vingt-quatre pièces des conscrits et en y mettant en temps de guerre cinq batteries tirées de la ligne, savoir :

Deux batteries de 12 servies par l’artillerie de ligne, ou seize pièces; trois batteries d’artillerie à cheval; ce qui ferait quarante touches à feu; cela porterait l’artillerie de réserve à trente-deux touches à feu de 12, cinquante-deux de 6 et vingt-quatre de 7 ou de 4 et vingt-huit obusiers; total, 136, et, en cas d’absence des trois compagnies de conscrits, 112 pièces.

Seize pièces de 12 de la Garde, seize pièces de 12 de la ligne; total, 32 pièces.

Vingt pièces de 6 de l’artillerie à pied de la Garde, seize pièces de i de l’artillerie à cheval et seize pièces de 6 de la ligne; total, 52 pièces.

Huit obusiers de l’artillerie à cheval de la Garde, douze de l’artillerie à pied de la Garde et huit de l’artillerie à cheval de la ligne ; total, 28 obusiers.

Vingt-quatre pièces des trois compagnies de conscrits; total général, 136 pièces.

Il est donc nécessaire que vous travailliez avec le ministre de la guerre pour que le matériel vous soit bien assigné, que vous ayez les harnais et l’état précis des hommes qui doivent recruter.

Les munitions aussi sont d’une grande importance, pour être sûr que vos caissons sont chargés de munitions qui ne sont pas confectionnées depuis trop de temps.

Je ne désire pas pour le moment faire de dépense, mais que tout soit préparé pour pouvoir, un mois après que j’aurai prévenu, remplir mes intentions.

Placez du reste le matériel de l’artillerie de la Garde entre la Fère et Vincennes, comme vous l’entendrez ; prenez des mesures pour que le polygone et les exercices pour l’instruction des canonniers aient lieu avec la plus grande activité. Faites tirer des obus, des bombes et beaucoup de boulets rouges.

 

Paris, 9 février 1811

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur, en Hollande, à Amsterdam

Des gardes de police existent dans plusieurs villes de Hollande, entre autres à Zwolle. Mon intention est non-seulement de les con­server, mais même de les augmenter, a6n qu’en cas d’absence de troupes la police puisse se faire par cette garde.

 

Paris, 10 février l811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il faut faire une note au prince Kourakine pour demander si l’intention de la Russie est de donner suite à l’article 5 du traité de Tilsit. Par cet article, «les hautes parties contractantes conviennent, en attendant la confection d’un nouveau traité de commerce, de rétablir les relations commer­ciales entre les deux pays sur le même pied qu’elles étaient avant la guerre ». Si le dernier ukase s’applique à la France, cet article est violé. Demandez si l’intention de la Russie est de faire un nouveau traité de commerce. Faites un projet de note dans ce sens, que vous me remettrez.

 

Paris, 10 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, pressez à Anvers la construction et la mise à l’eau des cinq vaisseaux qui, avec les douze que j’y ai, doi­vent porter l’escadre à dix-sept vaisseaux. Donnez ordre que les trois vaisseaux qui sont au Texel et les deux vaisseaux qui sont à Rotter­dam se rendent à Flessingue; ce qui portera le nombre des vaisseaux de mon escadre de l’Escaut à vingt-deux. Donnez ordre que quatre frégates hollandaises se rendent par l’intérieur à Anvers, et que deux corvettes se dirigent du Havre et de Dunkerque sur Flessingue. Remettez-moi dans la semaine les ordres à signer pour le mouve­ment de vaisseaux qui doit avoir lieu à l’extérieur. Quant à Boulogne, il est nécessaire que vous y envoyiez des ordres pour passer des revues, et que vous dirigiez des conscrits sur ce port, afin d’avoir là un ou deux équipages complets.

 

Paris, 10 février 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je viens de recevoir les quatre adresses des évêques et chapitres de Novare et d’Udine, qui m’ont fait le plus grand plaisir. Je me suis empressé de les faire mettre dans le Moniteur. Faites-moi passer, aussitôt que vous les aurez, les adresses de Milan, de Ve­nise, de Bologne et, s’il est possible, celles de tous les diocèses du royaume.

 

Paris, 12 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il est nécessaire que vous écriviez au landamman de la Suisse une lettre que vous lui ferez remettre par mon ministre. Je suppose qu’on lui a remis ma réponse à la lettre qu’il m’a écrite lors de son entrée en charge. Vous écrirez donc au landamman que mon intention est de ne toucher en rien à l’intégrité de la Confédération suisse, que j’ai garantie; mais qu’il faut convenir qu’il est des parties des cantons du Tessin qui influent trop sur le bien du commerce de Milan et sur le système de l’Italie; qu’il y aurait de l’avantage pour les deux pays à en venir à une déli­mitation qui, en laissant exister le canton du Tessin, rectifiât leurs limites et améliorât la frontière d’Italie , et à convenir que les douanes italiennes pourront surveiller et contrôler ce qui se passe sur la cime des Alpes ; que cette dernière clause ne subsistera que pendant la guerre maritime.

 

Paris, 12 février 1811.

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

La poste de France de Hambourg a envoyé un paquet à Gœteborg, pour être envoyé à Londres. Ce fait est positif, puisqu’il m’est dé­noncé officiellement. Sachez quel est l’agent qui s’est rendu coupable de cette violation et faites-le arrêter. Il est nécessaire que vous fas­siez changer les agents des postes de Hambourg et des principales places des nouveaux départements.

 

Paris, 12 février 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je viens de signer les décrets que vous m’avez présentés pour rece­voir les comptes du produit des passeports et des ports d’armes.

Je remarque dans la composition des produits de chaque départe­ment une ineptie qui prouve que ces perceptions ne sont pas faites partout avec le même soin ou la même fidélité. Comment se fait-il que le droit de port d’armes, qui produit 2,440 francs dans le département de la Drôme, ne produise que 750 francs dans l’Isère, et comment ne compte-t-on dans la Haute-Loire que 130 francs de recette, tandis qu’il produit 1,880 francs dans le Cantal ? Comment ne produit-il que 90 francs dans la Lozère et que 20 francs dans le Lot-et-Garonne ?

Quant aux passeports, je ne comprends pas comment cette per­ception, qui est de 15,000 francs à Macon, peut n’être que de 9,000 francs à Lyon et que de 3,000 à Dijon.

Suivez ces rapprochements et vous reconnaîtrez un grand nombre de départements qui ont mis au moins de la négligence dans cette perception.

Faites des reproches aux administrateurs qui les méritent, et pre­nez des renseignements sur la vraie cause de ces non-valeurs.

 

Paris, 12 février 1811.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur le Duc de Rovigo, je vous renvoie votre travail sur les commissaires généraux de police. Je ne le comprends pas et je désire que vous me le représentiez mercredi prochain, développé dans un travail complet. Il y a, dans l’Empire, un directeur général de police à Turin, un à Florence, un à Rome et un à Amsterdam; ce qui fait quatre directeurs généraux. C’est le premier grade de la police. Mon intention est que chacune de ces places ne coûte pas plus de 50,000 fr., savoir : 25,0000 francs pour le traitement du directeur général et 25,000 francs pour frais de bureaux, traitements d’agents et dépenses accessoires. Ces 50,000 francs seront payés, savoir: moitié par le trésor et moitié par la ville, chef-lieu de la direction. Les noms des employés et agents de chaque direction seront visés par vous dans les comptes de chaque mois, et même mon intention est que vous régliez en détail le budget de ces quatre grandes direc­tions. Chacune devant coûter 50,000 francs, la dépense totale sera pour les quatre de 200,000 francs, dont 100,000 francs à la charge du trésor, sur le budget de votre ministère, et 100,000 à la charge des villes. Quant aux commissaires généraux, il ne doit pas y en avoir dans les gouvernements où il y a des directeurs généraux. Ainsi je viens de supprimer le commissariat général de Cività-Vecchia. Ces places doivent être gérées par de simples commissaires qui ne coû­tent pas plus de 4 à 5,000 francs de traitement et pas plus du double pour frais de bureaux et accessoires. A Livourne, le commissaire ne doit pas avoir plus de 10,000 francs de traitement, le secrétaire général est inutile, et au total les dépenses doivent être fixées de manière à ce qu’elles n’excèdent pas 20,000 francs. Quant aux com­missaires de Lorient, du Havre, de Perpignan, de Rotterdam, ils ne doivent coûter chacun que 8 à 10,000 francs dont 4,000 francs de traitement et 4,000 francs de frais accessoires. Alors ces dépenses peuvent très bien être à la charge des villes. Mais tout cela doit être le résultat d’un règlement, divisé en plusieurs titres et complet dans son ensemble : titre premier, Directeurs généraux; titre deuxième, Commissaires généraux, et titre troisième, Commissaires spéciaux. Présentez-moi ce décret mercredi prochain. J’attends ce travail pour arrêter votre nouvelle rédaction du budget de 1811.

 

Paris, 13 février 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le sieur *** nommé à la place de receveur de l’octroi de Rome, ne présente pas une garantie suffisante pour remplir cette place. On m’assure que c’est un négociant qui a fait faillite et qui a déjà été exclu de diverses administrations. On ajoute que c’est en surprenant la religion de la Consulte qu’il est parvenu à se faire nommer à la place de receveur de l’octroi. Rendez-moi compte de cette affaire et proposez-moi de déplacer cet individu.

 

Paris, 13 février 1811.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Témoignez votre mécontentement au directeur de la police d’Amsterdam de ce qu’il a mis deux prisonniers russes à la disposi­tion du consul de Russie. Il ne devait point le faire sans avoir pris votre ordre. Défendez que pareille chose arrive à l’avenir.

 

Paris, 13 février 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, au 1er avril l’armée d’Allemagne sera composée de la manière suivante :

1e division : le général de division Morand, commandant; les généraux Dalton et l’Huillier, généraux de brigade. 13e d’infanterie légère; 17e, 30e, 61e de ligne.

2e division : le général de division Friant, commandant; les géné­raux Grandeau et Duppelin, généraux de brigade. 24e d’infanterie légère; 43e, 48e, 111e de ligne.

3e division : le général de division Gudin, commandant; les géné­raux Desailly, Royer et Leclerc, généraux de brigade. 7e d’infanterie légère; 12e, 21e,  25e de ligne.

4e division : le général de division Dessaix, commandant; les généraux Barbanègre et Friederich, généraux de brigade. 33e léger; 57e, 108e, 85e de ligne.

Chaque régiment, dans le courant de l’été, aura 4 bataillons; ce qui fera 16 bataillons par division ou 12,000 hommes.

Chaque régiment aura également, dans le courant de l’été, 4 pièces de canon; ce qui fera 16 pièces de canon par division. II y aura par division une compagnie d’artillerie à cheval servant une batterie de pièces de 6, et une compagnie d’artillerie à pied servant une autre batterie; ce qui fera 12 pièces par division et 48 pièces pour le corps d’armée. Une batterie d’artillerie achevai sera attachée à chaque brigade de cuirassiers; ce qui fera 12 pièces de canon pour les deux brigades et, avec les 48 pièces de l’infanterie, 60 pièces de canon. Il y aura enfin une batterie d’artillerie à cheval et deux bat­teries de pièces de 12 à la réserve de l’armée, plus 2 canons, ce qui fera 80 pièces, qui, avec les 64 pièces des régiments, feront 144 pièces. Chaque division aurait une compagnie de sapeurs avec ses outils. Il y aurait au parc au moins six compagnies d’artillerie à pied et quatre compagnies de sapeurs avec leurs outils, indépendam­ment de 15,000 outils attelés, et au moins deux compagnies de pontonniers. Il y aurait de plus une compagnie d’armuriers, le 12e bataillon d’équipages militaires complété selon mon décret, une compagnie d’infirmiers, etc.

Le corps d’armée aura 16 caissons d’infanterie par division avec les bataillons, servis par les régiments; 20 caissons par division avec l’artillerie de la division; 80 au parc du corps d’armée; total, 224 caissons d’infanterie ou 3,584,000 cartouches attelées; plus 3 millions de cartouches prêtes à distribuer aux troupes, à Magdeburg ou à Hambourg.

Il y aura double approvisionnement, savoir : un approvisionne­ment avec les pièces, un demi avec le parc de la division, un demi avec le parc de l’armée.

Les bataillons du train devant être portés au complet, il faut les économiser le plus possible, pour en employer une partie à la for­mation d’un autre corps. Je suppose que 600 voitures d’artillerie sont suffisantes, sans y comprendre l’artillerie des régiments, et qu’ainsi il ne faudra que deux bataillons bien complets, ayant 3,000 chevaux; ce qui me rendra disponibles les deux autres batail­lons pour un pareil train de bouches à feu. Ainsi il ne faut augmen­ter en rien le matériel de ce corps pour garder deux bataillons dispo­nibles. Et comme j’ai huit bataillons du train, quand je les aurai complétés, ils pourront suffire à quatre corps d’armée, qui, à 80 bou­ches à feu chacun, formeraient un nombre de 320 pièces, indépen­damment de l’artillerie des régiments.

Ayant pris des mesures pour avoir promptement des pontons à Danzig, mon intention est qu’il n’y ait aucun équipage de pont à ce corps d’armée. Soumettez-moi le plan de cette formation en détail, en désignant les compagnies d’artillerie, de sapeurs, de pontonniers et celles du train et des équipages militaires. Comme j’ai porté à 6 compagnies les bataillons des équipages militaires, il y aura une compagnie à chaque division et deux au parc de réserve, de sorte qu’il y aura 64 caissons de régiment pour porter le pain, à un par bataillon ; ce qui, joint à 40 caissons par division y fera 224 caissons. Je conçois qu’au mois d’avril ce bataillon ne sera pas formé en entier, mais vous me ferez connaître ce que je pourrai faire marcher à celle époque.

Les mouvements de l’armée d’Allemagne doivent se faire par Wesel, qui est le grand dépôt.

Ces ordres doivent être tenus secrets, et vous devez prescrire les différentes dispositions sans que personne ait connaissance de cette lettre. Vous m’apporterez vous-même la formation de l’armée en ses différentes parties, avec la désignation des officiers, pour que je l’approuve, et vous l’enverrez ensuite au prince d’Eckmühl, comme définitivement arrêtée.

Je n’ai pas besoin de dire que dans les six compagnies d’artillerie qui seront envoyées au parc je ne comprends pas celles des places de l’Oder et de Danzig. Ce qui est relatif à ces places sera l’objet d’un autre travail, dont je m’occuperai aussitôt que je pourrai le faire.

 

Paris, 13 février 1811

A M. Locré, secrétaire général du conseil d’état, à Paris

On a discuté une fois au Conseil d’État un projet relatif à la for­mation en compagnies des prisonniers de guerre, qui devraient être mises à la disposition du génie et des ponts et chaussées. Je n’entends plus parler de cela depuis deux mois. Je désire que cette affaire soit remise à la discussion vendredi. Voilà le temps où cela devient fort important.

 

Paris, 13 février 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 février. Si j’avais la guerre sur le continent, la première chose à faire serait d’évacuer les îles de Dalmatie et de ne pas disséminer ainsi 1,500 hommes qui pourraient être utiles ailleurs. Mais, dans les circonstances actuelles, où j’ai dans mon royaume d’Italie une si grande quantité de troupes qui ne font rien, il est pour moi de la plus grande importance de rendre difficiles les croisières ennemies dans l’Adriatique, afin que les communications de Venise avec la Dalmatie et d’Ancône avec Corfou soient moins gênées. Je ne vois donc pas de difficulté d’occuper ces îles. Cette mesure peut n’être pas nécessaire pour Curzola; Curzola est trop près de Raguse : les batteries se croisent; d’ailleurs faites-moi un mémoire là-dessus. II faut faire garder toutes les îles que courraient occuper les Anglais; mais ceux-ci, ayant des armées en Portugal, des troupes à Zante et en Sicile, ne sacrifieront jamais ,1500 hommes pour prendre ces îles, et je serai certain de les garder avec 500 hommes. Il faut nommer un commandant dans chaque île et tirer parti des habitants. J’attache une grande importance à ce que les Anglais n’aient aucun point dans l’Adriatique où ils puissent mettre pied à terre. Quant à l’approvisionnement de ces postes, c’est un enfantillage; quand j’approvisionne Corfou, comment me serait-il difficile d’approvisionner des îles plus voisines et dont les communications avec le continent sont bien plus faciles ? Ainsi, tant que je n’aurai pas de guerre sur le continent, mon intention est que les Anglais n’occupent point les îles de la Dalmatie. Écrivez-moi ce que vous aurez fait pour cela.

 

Paris, 14 février 1811

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Le Temple est un véritable palais. On ne pense pas qu’aucun hôtel de Paris soit plus beau et plus étendu. Il parait même plus grand que l’hôtel du ministre de la guerre. Si cette opinion est une erreur, il faut la faire connaître.

L’emplacement de la tour du Temple peut faire un beau jardin qui aurait le double avantage d’être agréable au public et à la personne qui habiterait le palais.

Il convient de coordonner les dispositions faites pour les hangars du marché du Temple, de manière à conserver les communs et les écuries qui, selon le plan du marché, devraient être abattus. Il est beaucoup plus convenable de se soumettre à des irrégularités dans le marché et de le diminuer de quelques hangars que de pousser le marché jusque sous les fenêtres du palais et de le rendre inhabitable.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur lui fasse un rap­port sur le palais du Temple, le jardin à lui donner, les communs et les écuries à conserver, et les modifications à faire au plan du marché.

Sa Majesté désire aussi que le ministre lui fasse connaître à quel usage le palais du Temple peut être affecté.

 

Paris, 14 février 1811

NOTE POUR LE MINISTREDES FINANCES

Sa Majesté désire que le ministre des finances se réunisse au mi­nistre du trésor et au conseiller d’État Appelius pour rédiger an projet de décret dont les dispositions sont indiquées ci-après :

1° Tout ce qui était dû aux habitants de la Zeeland, du Brabant et du quartier de Nimègue sur la dette hollandaise jusqu’au 1er juillet 1809, et qui n’a pas été porté au budget de 1810, sera soldé sur ledit exercice sans délai et par les soins de notre ministre du trésor public.

2° Ce qui est dû aux habitants desdits pays sur la dette hollan­daise, depuis le 1er juillet 1809 jusqu’au mois de septembre 1810, leur sera payé conformément aux dispositions du décret du 23 sep­tembre dernier.

3° Tout ce qui sera dû auxdits habitants, à dater de septembre 1810 et à l’avenir, sera payé de la même manière que cela a lieu pour les autres créanciers de Hollande. Les fonds seront faits à Middelburg et à Bois-le-Duc.

Sa Majesté désire qu’à cette occasion le ministre lui fasse un rap­port sur les recettes et les dépenses des pays dont il s’agit et qui composent les départements des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-l’Escaut, pour l’exercice 1810 et pour les exercices antérieurs.

Pour les exercices antérieurs et même pour le premier semestre de 1810, les habitants de ces pays, ayant été dans le même système que les Hollandais, doivent avoir été payés par la Hollande; mais il est probable qu’il y aura eu des arriérés. Sa Majesté a ordonné, l’année dernière, des dispositions que le ministre est invité à remettre sous ses yeux, en coordonnant les arrangements à prendre avec ceux qui ont été pris pour la Hollande.

Peut-être serait-il plus simple d’ordonner que tout l’arriéré serait payé par le syndicat de Hollande, qui toucherait tous les revenus arriérés antérieurs à 1810.

Quant à 1810, les finances sont chargées de tout solder, puis­qu’elles ont été chargées de tout recevoir.

Comme Sa Majesté a déjà statué sur différentes questions, il est bon de revoir tout ce qui a été fait, afin d’éviter des dispositions con­tradictoires.

 

Paris, 14 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la première fois que vous écrirez au Transport-Office, vous pourrez lui faire connaître qu’un nommé Kolli, qui se dit Irlandais, et qui a été trouvé porteur d’une lettre du roi d’Angleterre et d’une commission qui l’intitule ministre plénipo­tentiaire auprès de Ferdinand VII, est au nombre des prisonniers; que Sa Majesté ne serait pas éloignée de l’échanger contre une per­sonne d’un grade équivalent à celui de ministre plénipotentiaire.

 

Paris, 15 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 13e de cuirassiers a 300 hommes à son dépôt; mon intention est que sur ce nombre il soit fait choix de tous les hommes en état de servir, qui seront distribués de la ma­nière suivante : 70 seront envoyés au 2e de cuirassiers, 30 au 3e, 100 au 12e et 10 au 9e; total, 210. C’est-à-dire que ces 210 hom­mes seront envoyés aux quatre régiments qui sont en Allemagne. Par ce moyen, le 13e régiment de cuirassiers, au lieu de 1,300 hom­mes, n’aura plus que 1,100 hommes à l’effectif ; ce qui est suffisant.

Comme les quatre régiments de cuirassiers qui sont en Allemagne doivent être portés à 1,100 hommes, cela soulagera d’autant h conscription.

Il faudrait donner ordre que tous les hommes disponibles qui se trouvent aux dépôts des quatre régiments de cuirassiers, des quatre de chasseurs et des deux de hussards qui sont en Allemagne, se ren­dissent aux escadrons de guerre. Il faudrait y envoyer également toutes les selles disponibles, afin de pouvoir faire monter sans retard les 1,200 chevaux de cuirassiers et les 1,600 chevaux de chasseurs et de hussards qui vont être levés sur les lieux. Il faudrait prescrire aux généraux de cavalerie de bien veiller aux remontes, et de n’ac­cepter que des chevaux de 5 à 8 ans qui soient en bon état. Cinq régiments de dragons sont à l’armée d’Italie; ils ont avec eux leurs dépôts; ils doivent cette année recevoir 900 chevaux. Il y a en outre, dans le royaume d’Italie ou de Naples, six régiments de chasseurs ou de hussards qui doivent aussi recevoir une grande quantité de chevaux.

Les chevaux arrivant très difficilement en Italie, j’ai décidé que les cinq régiments de dragons et les six régiments de hussards et de chasseurs qui sont à l’armée d’Italie ne garderaient en Italie que trois escadrons, c’est-à-dire 600 chevaux, et que les 4e escadrons, avec tous les hommes à pied, se rendront en France. Vous désignerez les places où ils doivent établir leurs dépôts; et les chevaux de remonte, ainsi que les hommes de recrue, au lieu d’aller en Italie, seront diri­gés sur ces dépôts. La 6e division militaire me paraît celle qu’il est le plus convenable de choisir pour placer ces onze dépôts. Il faudrait décider quelle est la partie des ouvriers et du dépôt qui doit rester avec les escadrons de guerre.

Faites-moi un rapport et présentez-moi un projet de décret là-dessus. Concertez-vous pour cela avec le ministre de l’administration de la guerre. Il peut y avoir de l’avantage à avoir des dépôts d’infanterie en Italie, mais il me semble qu’il n’y en a pas pour les dépôts te cavalerie.

 

Paris, 15 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai signé votre budget. Vous aurez remarqué que j’y ai inséré un million pour le bassin de Breskens. Il est donc indispensable que vous me présentiez un rapport sur cet objet important.

Je désire avoir un rapport sur tous les travaux de Flessingue, soit du port, soit du magasin général.

Enfin je désire que vous me remettiez un projet sur Cherbourg, qui lève toutes les difficultés.

 

Paris, 15 février 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie un mémoire très important sur la ma­chine à mâter de Venise et sur les travaux d’Ancône ; prenez des mesures pour qu’on ne s’éloigne pas de cette direction. Je suis accou­tumé depuis longtemps à faire faire de grands travaux, et je sais ce qu’il m’en a coûté dans les commencements pour avoir laissé des ingénieurs suivre leurs idées particulières. Rappelez donc vos ingé­nieurs à l’exécution simple des projets que j’ai fait approuver par les maîtres de l’art.

 

Paris, 16 février 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je vous envoie un rapport de l’inten­dant général, contenant des propositions sur lesquelles je désire que vous preniez l’opinion du sieur Fontaine. Je ne voudrais pas qu’on fît des places d’architecte dans un palais des récompenses pour des subalternes. Je veux des hommes forts en connaissances et en talents. Venez ce soir, après mon dîner, avec l’intendant général, l’intendant des bâtiments et le sieur Fontaine, pour arrêter ce qui est relatif an Palais-Royal et me parler du palais d’Iéna et d’autres travaux.

 

Paris, 17 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez un cour­rier à Constantinople. Mandez à M. Latour-Maubourg de se rappro­cher le plus possible de la Porte, de faire en sorte, sans se compro­mettre, que le nouveau sultan m’écrive et m’envoie un ministre; de mon côté je lui répondrai, je renouerai mes relations et j’enverrai un ministre. Ce courrier, en passant à Vienne, remettra à M. Otto une lettre que vous lui écrirez pour le rassurer entièrement. Vous instrui­rez M. Otto de la démarche que le prince de Schwarzenberg a faite auprès de vous pour la Porte, et vous lui demanderez de sonder davantage le terrain pour savoir ce que cela veut dire.

 

Paris, 17 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez demain un courrier à Saint-Pétersbourg. Vous enverrez des lettres de récréance au duc de Vicence. Vous lui ferez connaître qu’après en avoir conféré avec le gouvernement russe il peut partir, soit comme ayant obtenu un congé de deux mois, soit comme remplacé et en remettant ses lettres de récréance, selon que l’empereur de Russie le jugera convenable; mais, dans l’un et l’autre cas, il fera connaître que je désire envoyer à Pétersbourg, pour le remplacer, une des trois personnes ci-après : le comte Larochefoucauld , qui a été am­bassadeur à la Haye; le comte de Narbonne, aujourd’hui mon ambas­sadeur à Munich, ou le comte Lauriston, mon aide de camp; que je désire connaître celui des trois qui serait le plus agréable à l’empe­reur Alexandre; que ce n’est qu’aussitôt que je le saurai que je me déciderai, voulant en cela, comme en toutes choses, ne rien faire qui puisse être désagréable à l’empereur. Vous donnerez au duc de Vicence des instructions sur l’affaire d*Oldenburg.  Les termes du sénatus-consulte sont précis. J’ai fait ce qui dépendait de moi en donnant au prince d’Oldenburg une exacte et réelle indemnité.

Vous chargerez le duc de Vicence d’avoir une conférence avec M. de Romanzof et avec l’empereur; de déclarer à l’un et à l’autre que je persiste dans l’alliance; que je n’entrevois aucune circonstance possible où je fasse la guerre avec la Russie, le seul cas excepté où la Russie se mettrait avec l’Angleterre; que je n’ai aucune alliance avec aucune puissance, et que ma politique est dans la même situation.

 

Paris, 18 février 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, faites-moi un rapport sur la cathédrale de Rennes. Cette ville a-t-elle suffisamment d’égli­ses ? Est-il utile de continuer la construction de la cathédrale ? On m’assure que cela ne coûtera pas 400,000 francs.

 

Paris, 18 février 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Faites-moi connaître où en est le remboursement de la dette pu­blique à Rome, et à quel taux se vendent aujourd’hui les luoghi di monti.

Faites-moi un rapport sur les relais de poste de Nocera et de Gualdo à Rome; qu’est-ce qui a porté à les supprimer ?

 

Paris. 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est que vous preniez des mesures pour que les offi­ciers ne soient plus logés à Rome chez les particuliers et pour qu’aucun logement militaire ne pèse plus sur les habitants.

Faites-moi connaître si l’on a armé le promontoire de Circeo, près de Terracine. On se plaint que les corsaires s’y cachent pour arrêter le cabotage de France à Naples.

 

Paris, 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’armée de Catalogne excite toute ma sollicitude. Le général Baraguey d’Hilliers ne fait rien et ne correspond plus. Envoyez-lui un officier et dites-lui de vous adresser tous les cinq jours l’état de situation de ses troupes et de bien spécifier tous les cantonnements. Vous me remettrez ensuite ces états. Avec les troupes qu’il a, ce général devrait entretenir des communications suivies avec Barcelone, et toutes les semaines je devrais avoir des nouvelles de cette place. Je n’en entends pas parler. Remuez-le le plus possible.

Je ne sais pas non plus ce que fait le duc de Tarente. On n’entend parler de rien. Probablement il se sera retiré du côté de Lerida, comme il a déjà fait, sans rien dire. Cela fait perdre la bonne saison et le temps de l’expédition de Valence, et cela rend nulle toute l’ar­mée d’Aragon. Ecrivez-lui également.

 

Paris, 18 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois que les 65,000 fusils qui sont en France sont nécessaires aux gardes nationales et trop éloignés des frontières de l’est. Ce serait d’un mauvais effet de les faire venir; d’ailleurs il faudrait les rem­placer par des fusils d’un autre calibre, ce qui ne serait d’aucun avan­tage. Je préfère donc faire un achat de 54,000 fusils à Vienne. Reste à savoir comment il faudrait faire pour couvrir cet achat, de manière qu’il ait l’air d’être fait par la Saxe et que nous n’y soyons pour rien.

En attendant, je désire que vous fassiez réunir à Wesel les 21,000 fusils qui sont en Hollande, les 6,000 qui sont à Maëstricht, et 7,000 qui sont à Anvers, ce qui fera 34,000 fusils; que vous les teniez à la citadelle de Wesel emballés et prêts à partir au premier ordre ; que vous fassiez réunir à Mayence les 4,500 qui s’y trouvent, les 4,600 qui sont à Metz, les 3,000 qui sont à Mézières, les 9,000 qui sont à Lille, les 1,300 qui sont à Douai et les 19,000 qui sont à Strasbourg; qu’ils soient placés dans la citadelle de Strasbourg, en bon état, emballés et prêts à partir. Il me parait convenable que vous les fassiez arranger et emballer à Mézières et à Lille, et qu’ils se ren­dent à Mayence tout emballés. Ainsi j’aurai ces 76,000 fusils, moitié à Wesel et moitié à Mayence.

Mettez-y la moitié des mousquetons que vous m’avez proposés dans votre dernier rapport. Ordonnez que cette opération se fasse avec le plus de mystère possible, de sorte qu’aux premiers jours de mai, si j’avais besoin d’avoir ces 76,000 armes, elles pussent partir vingt-quatre heures après que je l’aurais ordonné. Je n’ai pas besoin de dire qu’il faut qu’elles soient en bon état et prêtes à servir. Il sera nécessaire de joindre une certaine quantité de formes de balle de 22; je pense qu’il faudrait en envoyer pour 5,000 fusils et les faire entrer dans les caisses.

 

Paris, 18 février 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je pensé qu’il est nécessaire de faire venir le major Thevenin, pour le charger du service des équi­pages militaires de l’armée d’Allemagne. Réunissez un conseil pour déterminer l’espèce de caisson à faire construire qui serait le plus propre pour faire la guerre de Pologne. Il faut que ce soit fait avec discrétion et le plus secrètement possible.

 

Paris. 18 février 1811

Au contre-amiral Ruysch, commandant les vaisseaux le Chatham et le Hollandais

Monsieur le contre-amiral Ruysch, nous vous faisons savoir que notre intention est que nos vaisseaux le Chatham et le Hollandais, réunis sous votre commandement, complètent leurs équipages, soient munis de deux mois de vivres et appareillent, aussitôt que vous en trouverez l’occasion, pour se joindre à nos forces navales dans l’Escaut occidental.

Notre intention est qu’il n’y ait point un moment de perdu pour cette opération, et nous chargeons notre ministre de la marine de vous transmettre des instructions de détail sur la formation de vos équipages et sur les moyens d’accélérer l’armement de nos susdits bâtiments ; voulant et entendant que, le huitième jour après la récep­tion de la présente, tous vos préparatifs soient terminés et que vous n’ayez plus de communication avec la terre.

Nous comptons que, moyennant votre activité, la division sous vos ordres sera prête à appareiller avant que l’ennemi ait eu le temps d’être informé du projet de vos opérations, et que, profitant d’un vent favorable et frais, votre traversée sera assez courte pour que vous n’ayez à y rencontrer aucun obstacle de la part de l’ennemi. Mais, si cela avait lieu, et si vous y étiez absolument forcé, vous pourriez entrer dans le Brouwershavens-Gat, ou, d’après les circon­stances, vous vous allégeriez pour pénétrer dans l’intérieur autant qu’il serait nécessaire.

Nous croyons superflu de vous dire que, s’il y avait nécessité de vous éloigner de ces parages, vous êtes autorisé à vous rendre dans tous les ports de notre Empire, et particulièrement à Cherbourg, comme aussi dans ceux de notre allié le roi de Danemark.

 

Paris, 19 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je reçois la nouvelle que l’île de France a capitulé le 3 décembre. Je fais traduire la capitulation, qui sera demain dans le Moniteur. Je désire que vous ne perdiez pas un mo­ment à transmettre cette nouvelle dans les différents ports, surtout dans ceux où il y aurait des bâtiments en expédition pour ces colonies.

 

Paris, 19 février 1811

Au comte de Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de l’empereur, à Paris

Le service des huissiers de la chambre est mal fait. Le conseil privé que j’ai tenu aujourd’hui a été arrangé tout de travers : cela n’est pas étonnant, la porte des grands appartements était tenue par un valet de pied. Jamais le service des huissiers ne s’est si mal fait. Rayez de la liste des huissiers le nommé Henri, et prenez des mesu­res pour que la porte de mon cabinet, surtout dans le grand appar­tement, soit tenue par des huissiers.

 

Paris, 20 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul général en Bosnie de prendre toutes les mesures et de lever tous les obstacles pour que la route de Constantinople à la Bosnie ait lieu. Proposez-moi de mettre des vice-consuls partout où il en demande.

 

Paris, 20 février 1811

Au comte Defermon, ministre d’état, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris.

Monsieur le Comte Defermon, le colonel Krasinski, commandant les chevau-légers polonais de ma Garde, fait valoir des droits sur la starostie d’Opinagora, qui fait partie des dotations de la principauté de Ponte-Corvo. Je désire que vous preniez des informations pour connaître si les réclamations de cet officier sont fondées. Je ne verrai point, dans ce cas, de difficulté à distraire le domaine d’Opinagora de la principauté de Ponte-Corvo, et à en fonder un majorât de comte en faveur du colonel Krasinski.

 

Paris, 21 février 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Faites chercher à Londres les ouvrages et livres faits par les offi­ciers anglais sur les quatre dernières campagnes des Autrichiens et des Russes.

 

Paris, 22 février 1811

Au général comte Bertrand, inspecteur général du génie, à Paris

Monsieur le Général Comte Bertrand , les Anglais sont à poste fixe dans la rade des Basques et inquiètent le cabotage. Je désire que vous m’apportiez le plan de la côte, avec l’indication des batteries, entre la Charente et la Loire; faites-vous remettre les états du nombre de pièces qu’il y a à chacune de ces batteries et de leur calibre. Il doit se trouver au ministère des détails qui fassent connaître celles qui sont fermées à la gorge. Il est nécessaire que cette côte soit suffisam­ment défendue pour que les Anglais n’y puissent descendre et que les batteries soient à l’abri de tout événement.

 

Paris, 24 février 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, un grand nombre de couvents sont à ma disposition à Rome, à Florence, à Gènes, à Turin et autres villes d’Italie. Je désire que vous me prépariez un rapport sur ceux de ces couvents qui pourraient être démolis, soit pour faire des places ou des marchés, soit pour ouvrir des communications entre les diffé­rents quartiers des villes, soit enfin pour concourir à leur embellissement. Écrivez pour avoir des plans et des projets là-dessus.

 

Paris, 24 février 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

J’ai signé le décret qui ordonne le payement de l’arriéré des deux départements des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-l’Escaut sur les recouvrements de 1809 et années antérieures.

L’arriéré qui est dû pour 1809 à ces deux départements doit sans doute être soldé par le syndicat de Hollande, mais, comme ce syn­dicat a beaucoup plus qu’il ne faut pour faire face aux dépenses dont il est chargé, je désire que les revenus qui resteront à recevoir sur 1809 et années antérieures soient employés à solder tout ce qui serait du aux communes et aux habitants de ces départements par suite de l’incursion des Anglais; ils furent alors tenus à beaucoup de dépen­ses, pour nourriture et entretien des troupes, dont ces départements n’auront pas été liquidés par le gouvernement hollandais, et dont par conséquent ils ne seraient pas payés. Ecrivez à votre commissaire sur cette question et présentez-moi un projet de décret, mon intention étant de traiter ces deux départements avec plus de faveur que le reste de la Hollande.

 

Paris, 24 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il faut vous entendre avec le ministre de l’administration de la guerre et me faire un rapport sur la question de savoir comment l’armée d’Allemagne doit vivre. D’après mes déci­sions, 18,500 hommes sont en Westphalie et doivent être nourris, entretenus et soldés jusqu’à cette heure par ce royaume; une autre partie est dans le Mecklenburg; une autre partie est à Francfort. Il me semble que, pour cette portion qui est dans le Mecklenburg et à Francfort, elle doit être nourrie par le pays où elle se trouve; mais je ne crois pas qu’il y ait de dispositions faites pour la solde. Une autre partie de l’armée se trouve dans les départements de l’Elbe, des Bouches-du-Weser et de l’Ems : pour 1811, ces troupes doivent être nourries par le gouverneur général et par les administrations du pays; je désirerais même qu’elles fussent soldées sur les revenus de ces départements. Il faut me présenter un budget qui me fasse connaître ce que la solde coûterait pour 1811, afin de voir s’il y a possibilité de la faire payer sur les revenus de ce pays, et quel supplément il faudrait donner.

 

Paris, 24 février 1811

Au général comte Bertrand, inspecteur général du génie, à Paris

Monsieur le Général Bertrand, je vous envoie le travail du ministre de la guerre pour le budget du génie ; il faut que vous l’étudiiez et que vous m’apportiez tous les plans demain lundi, afin que je puisse ordonner les dépenses de 1811 avec connaissance de cause et rem­plir mon grand but, qui est de donner à toutes les places sur la mer un degré de force considérable par les travaux de 1811. Pour attein­dre ce but, je ne regarderai pas à 3 ou 4 millions de plus. Sachez bien tout cela sur les plans, de manière que je puisse faire le travail en une heure.

 

Paris, 24 février 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, faites-moi un rapport général sur la manière dont doit et peut vivre votre armée; envoyez-moi cela sommairement et le plus tôt possible, afin que je prenne des mesures pour que vous ne manquiez de rien. Votre dépense se divise en deux parties, la solde et l’entretien. Faites-moi connaître à combien se monte la solde. Il me semble qu’elle peut être payée par les revenus de vos trois dépar­tements, hormis celle de 18,500 hommes, qui doivent être soldés par la Westphalie; mais, comme il est probable que, vu la diminu­tion actuelle du territoire de ce royaume, il n’en pourra être soldé qu’une portion, il faudrait pourvoir au reste. Après m’avoir fait con­naître ainsi ce que coûtera la solde d’une armée, rendez-moi compte de la situation de la solde pour 1810. Quant à l’entretien de l’année, j’en vois une partie à Francfort, dans le Mecklenburg, en Westphalie, et l’autre partie dans mes trois nouveaux départements. Selon le principe constant, chaque pays doit entretenir et nourrir la troupe qu’il a.

 

Paris, 24 février 1811

DÉCISION

Le prince royal de Suède, à la date du 10 janvier 1811, demande de conserver auprès de lui les officiers que l’Empereur lui avait laissé, pour un an et au moins le chef d’escadron Genty de Saint-Alphonse. Un prince étranger ne peut pas avoir des officiers français sous ses ordres. Mais si quelqu’un de ces aides de camp veut entrer au service de Suède, je l’accorde, pour faire une chose agréable au prince royal. En faire, en conséquence, la proposition à celui que le prince désire avoir.

 

Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec attention les lettres de Stockholm. Il y a tant d’effervescence et de décousu dans la tête du prince de Suède, que je n’attache aucune espèce d’importance à la communication qu’il a faite au baron Alquier [1]le prince royal de Suède, Bernadotte, demandait l’appui de la France pour reprendre la Norvège au Danemark. A ce prix, il promettait, en cas de guerre entre la France et la Russie, … Continue reading . Je désire donc qu’il n’en soit parlé ni au ministre de Danemark ni au ministre de Suède , et je veux l’ignorer jusqu’à nouvel ordre.

Expédiez par l’estafette à Hambourg vos paquets pour mes minis­tres à Copenhague et à Stockholm, et chargez le prince d’Eckmühl de les expédier de Hambourg par des officiers. J’y trouverai deux avantages : mes paquets iront plus vile et il y aura économie. Vous recommanderez au prince d’Eckmühl d’envoyer en poste des officiers d’état-major très intelligents, lesquels, allant et venant fréquemment, apprendront à connaître les localités et observeront ce qui se passe en Danemark et en Suède. Mandez donc au prince d’Eckmühl que j’ai décidé que désormais la correspondance se ferait ainsi.

Vous écrirez à mon ministre en Danemark qu’il fasse connaître au gouvernement danois que je pense qu’il doit tenir en bon état ses places de Norvège, y avoir des troupes suffisantes et se tenir en tout sur un pied respectable. Ces conseils viendront naturellement comme la suite des bruits qui se répandent que la Suède veut prendre la Norvège. Mon ministre emploiera tout pour rassurer, encourager et soutenir le Danemark, et lui faire entendre que, tant qu’il marchera ainsi, je le soutiendrai par toutes les forces de mon Empire; mais qu’il est nécessaire qu’il ne se laisse point prévenir, et qu’il profite des moments où le passage est libre pour faire passer des forces res­pectables en Norvège. Mandez à ce ministre de vous faire connaître les forces que le Danemark a dans cette province, et d’obtenir par ce gouvernement des renseignements sur les armements des Suédois. Recommandez-lui de faire tout cela avec prudence el dextérité.

Mandez à mon ministre à Stockholm que je n’attache aucune im­portance à l’ouverture que lui a faite le prince royal de Suède; que je suis trop puissant pour avoir besoin de personne avec moi; que mes liaisons avec la Russie sont bonnes, et que je ne crains pas la guerre avec cette puissance; que je suis en bonne situation avec l’Autriche; mais que, comme mes finances sont en bon état, j’aug­mente mes armées de 150,000 hommes et que je compte en faire autant l’année prochaine. Il doit cependant insinuer, sans que cela ait l’air de venir de Paris, que, tant que l’alliance avec le Danemark subsistera, la France ne peut souffrir qu’il soit fait aucun tort à la Norvège. Cela doit être dit très doucement et longtemps après l’arri­vée du courrier. Il ajoutera que vouloir prendre la Norvège, c’est une folie de la part de la Suède ; que la Russie n’en serait pas plus contente que le Danemark, puisque, maîtresse de la Norvège, la Suède aurait plus de moyens de reprendre la Finlande, et que repren­dre la Finlande, tant que la cour sera à Stockholm, sera la première pensée et le premier besoin de la Suède; que le Danemark ne peut intervenir dans la guerre contre la Suède que par la Norvège, et que la Russie ne sera jamais assez insensée pour oublier que la Suède est son ennemie inconciliable. C’est par ces considérations générales que le baron Alquier doit répondre, et aussi par des considérations tirées de mon caractère et de mon honneur, qui ne me feront jamais permettre qu’un de mes alliés perde quelque chose à mon alliance. Vous donnerez pour instruction au baron Alquier de garder de la dignité avec le prince, de ne jamais lui parler d’affaires, mais de s’adresser toujours au roi et au cabinet, et de laisser comprendre par sa conduite que ma politique ne se fonde en rien sur la Suède.

Je désire qu’il soit bien avec le ministre de Russie ; qu’il continue à repousser toute idée d’hostilité contre la Russie ; qu’il blâme tout armement que ferait la Suède; qu’il donne toujours le conseil de s’oc­cuper du rétablissement des finances, et voilà tout. C’est la position qu’il doit prendre : calmer au lieu d’exciter, désarmer au lieu d’armer. Vous recommanderez au baron Alquier d’être attentif aux moindres mouvements de la Suède, et d’en prévenir, par lettres en chiffre, mon ministre en Danemark. Vous lui ferez connaître que la corres­pondance se fera par estafette de Paris à Hambourg et de là par des officiers de l’armée du prince d’Eckmühl, ce qui rendra la cor­respondance plus rapide.

P. S. Marquez bien au baron Alquier que tout ce que vous lui mandez dans votre lettre sont des explications générales ; qu’il doit s’en servir pour sa gouverne, mais qu’il ne doit pas laisser penser que le gouvernement a des idées assises; que c’est la tournure qu’il doit donner à ses conversations ; qu’il ne doit avoir ces idées que naturellement, quand il est sondé et obligé de s’expliquer; qu’il doit prendre ad référendum ce qu’on lui dira, vu que réellement je n’ai aucun système sur un pays qui parait si peu assis et sur des projets si éventuels et tellement erronés; qu’il doit montrer confiance au ministre de Danemark, montrer confiance au ministre de Russie, mais garder une certaine réserve avec le gouvernement suédois; avoir des conversations générales dans le sens indiqué dans votre
dépêche. Voilà quelles doivent être ses instructions jusqu’à nouvel ordre. Vous lui ferez connaître qu’on a vu avec peine qu’il se soit décidé à demander les équipages de vaisseaux ; qu’il était bien évident par la marche de la Suède que cette demande était inutile, et qu’on ne lui fournissait qu’une occasion de croire qu’elle avait à disposer de la France. La conversation du baron Alquier doit être la même, toutes les fois que ces questions seront mises sur le tapis : la France n’a besoin de la Suède, ni en matelots, ni en officiers, ni en troupes; elle ne désire rien d’elle et ne lui demande rien.

 

Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai fait connaître quelles étaient mes intentions sur les instructions à envoyer au comte Otto. Je pense que, quatre ou cinq jours après que votre courrier sera parti, il sera nécessaire de tenir quelques discours au prince de Schwarzenberg, mais plus légers et plus vagues encore que celui que doit tenir le comte Otto, assez forts cependant pour qu’ils fixent son attention et pour qu’il en écrive. Cela doit suffire pour le moment. Vous devez prendre votre texte de la circonstance de l’accouchement de l’Impératrice, qui va resserrer encore les liens de parenté entre les deux États.

 

Paris, 25 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous expédiiez un cour­rier demain à Vienne. Vous ferez demander à l’Impératrice ses lettres. Le principal but de l’envoi de ce courrier sera de donner à Vienne des nouvelles de l’Impératrice ; vous en écrirez en conséquence au comte Otto. Vous lui manderez que je ne vois pas d’inconvénients qu’il fasse ce qu’a fait le baron de Breteuil en pareille circonstance, et même qu’il le surpasse de beaucoup; qu’il est donc autorisé à faire toute la dépense qu’il jugera à propos. Vous lui ferez connaître que la fête qu’il a donnée à l’occasion du mariage était mesquine; que ce qui le prouve, c’est la demande de 10,000 francs qu’il a faite pour les frais de cette fête ; que, lorsqu’il s’agit de fêtes, ou il ne faut pas en donner, ou il faut qu’elles réunissent tous les suffrages ; qu’en France, une fête de cette espèce coûterait 100,000 francs; qu’il ne faut pas pour cela sortir de l’usage ; qu’il suffit de faire plus que n’a fait M. de Breteuil.

Vous lui ferez connaître que je désire qu’il sonde M. de Metternich sur les circonstances possibles de la campagne prochaine entre la Russie et la Turquie, pour savoir ce que l’Autriche veut et peut faire. La France avait stipulé par le traité de Tilsit la restitution de la Mol­davie et de la Valachie à la Porte. Depuis, à Erfurt, l’empereur de Russie obtint que la France se désisterait de cette clause et ne se mêlerait point de cette question ; la France fit cela en haine de l’Au­triche, qui faisait alors des préparatifs d’armement, rien ne pouvant être plus contraire aux intérêts de  la monarchie autrichienne que l’occupation de ces provinces par la Russie. Aujourd’hui la France voit avec peine un si grand accroissement de territoire pour l’empire russe, d’autant plus que les principes du dernier ukase excluront de la Moldavie et de la Valachie les soieries et les denrées françaises. Mais est-il à espérer que la Porte puisse défendre encore l’année prochaine ces deux provinces contre la Russie ? N’est-il pas à craindre qu’outre ces provinces on ne perde encore la Servie, ou  que,  la Russie y établissant un hospodar, ce pays ne revienne sous l’influence russe ? La France ne peut manifester aucune opinion contraire à la possession de la Valachie el de la Moldavie par les Russes, sans indisposer alors même la Russie et la pousser à faire sa paix avec l’Angleterre, paix dont le résultat serait inévitablement la guerre entre les deux puissances. D’ailleurs la Russie parait trop avancée pour renoncer de sang-froid aujourd’hui à ces deux provinces. Enfin, la Moldavie et la Valachie n’étant pour la France que d’un intérêt du second ordre, tandis qu’elles sont pour l’Autriche d’un  intérêt du premier rang, il serait important de connaître jusqu’où l’Autriche serait disposée à aller, et ce qu’elle serait en état de faire pour empêcher leur réunion.

Tout cela doit être dit en forme de conversation, vaguement, mais autant qu’il le faut pour reconnaître le terrain et se former une idée. L’union des deux pays, l’heureuse circonstance de l’accouchement de l’Impératrice, qui resserre encore leurs liens, c’est de là qu’il faut partir pour tâcher de découvrir les intentions positives du mi­nistère. Le déplaisir que lui fait l’occupation de la Moldavie et de la Valachie va-t-il jusqu’à ne pas lui faire redouter la guerre avec la Russie ? Enfin quel est son système sur ces affaires ? Quelles espé­rances conçoit-il de la résistance des Turcs ? Mandez au comte Otto de tâcher d’avoir les noms et la force des régiments russes qui se trouvent dans ces deux provinces.

 

Paris, 26 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie vos instructions et le projet de ma lettre au com­mandant de la division qui doit partir de Toulon, pour que vous les refassiez dans ce sens. Je désirerais qu’au lieu d’une flûte il y en eût deux, l’une chargée d’artillerie et l’autre vide, et que vous y joignis­siez un petit brick bon marcheur. Ces cinq voiles partiraient de Tou­lon et se rendraient à Porto-Ferrajo, où elles embarqueraient le 1er bataillon du régiment de la Méditerranée, fort de 1,000 à 1,100 hommes, savoir : 300 sur les frégates et 700 sur les flûtes. Elles partiraient de Porto-Ferrajo et iraient, selon les instructions que vous leur avez données, reconnaître le cap de Gâta. Mais Almeria, Motril, Marbella et Malaga m’appartiennent; j’attendrai que vous me fassiez connaître ce que c’est que ces différents ports pour voir s’il faut s’en tenir à débarquer à Malaga, ou si l’on peut débarquera Almeria; ce qui, je crois, produirait un grand avantage maritime. Mais, soit que la division aille à Malaga, soit qu’elle aille à Almeria, il est nécessaire qu’elle ne débarque pas avant de s’être assurée que mes troupes sont maîtresses de ces points. Je n’ai point de doute là-dessus, mais enfin elles ne doivent point marcher inconsidérément, puisqu’à la guerre des événements non calculés peuvent arriver tous les quinze jours.

La flûte chargée entrera dans le port; et même, quand l’expédi­tion s’arrêterait à Almeria, si les renseignements qu’aura pris le capi­taine lui donnent sûreté que la flûte peut côtoyer jusqu’à Malaga sans crainte, il pourra la faire entrer à Almeria et lui faire suivre la côte jusqu’à Malaga.

Les deux frégates et la flûte, qui ne porte que des hommes, revien­draient en toute diligence à Ajaccio, où elles trouveraient une flûte qui aura porté des vivres pour réapprovisionner la division pour six mois; et ces deux flûtes embarqueraient tout ce qui se trouverait à Ajaccio du régiment du Midi. Je suppose qu’elles pourraient embar­quer 1,500 hommes et les conduiraient à Almeria. Les deux frégates et les deux flûtes, avec la troisième chargée de tout ce qu’on pour­rait lui offrir dans le pays, soit en plomb, vif-argent, etc., revien­draient à Ajaccio. Les flûtes resteraient dans ce port, et les fré­gates continueraient leur croisière, pour consommer leurs vivres, sur les côtes d’Espagne, devant Valence et sur les côtes de Barbarie, arrêtant tous les bâtiments chargés de blé (il y en a une quantité immense de toutes les nations qui vont à Cadix et à Lisbonne), et les dirigeant tous sur Barcelone, et, au cas qu’ils ne puissent pas atteindre ce port, sur Tortose ou même sur Corfou : sardes, espa­gnols , ottomans, américains, tout ce qui serait chargé de blé aurait cette destination. Si, par des événements imprévus, ces bâtiments étaient obligés de revenir, plutôt que de ramener les troupes en Corse, elles les jetteraient dans Tortose.

Enfin je désirerais qu’une autre expédition composée d’une frégate et d’une bonne corvette partit de Toulon et se rendit devant Valence pour faire rafle de tous les bâtiments qui s’y trouvent, faire des pri­sonniers, rapporter des nouvelles du lieu, et, après avoir été sur cette côte sept è huit jours, se porter sur Alger, établir une croisière car les côtes de Barbarie et arrêter tous les bâtiments de blé dont ces parages sont pleins, et qui sont destinés à l’approvisionnement de Cadix et de Lisbonne.

Les prisonniers que cette division aurait faits devant Valence ou sur les côtes d’Espagne seraient menés à Ajaccio ou à Calvi, selon les circonstances.

Je désirerais que cette croisière allât aussi sur les côtes de Sardaigne.

C’est dans ce sens que je désire que les instructions soient faites. Je suppose que vous préférez envoyer deux frégates, deux flûtes et deux corvettes ou bricks ensemble, ou envoyer séparément une fré­gate, une flûte et un brick. Je désire avoir sur cela votre opinion.

 

Paris, 26 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la prise de l’île de France ne me laisse pas de doute sur la direction que prendront les trois frégates, por­tant 15,000 hommes, qui sont parties de Brest. Cette expédition ira à Batavia. D’un autre coté, les dernières nouvelles de Londres me feraient penser que les forces qui ont servi à prendre l’île de France pourraient se porter sur Batavia, non pour s’y établir, mais pour prendre la ville. Je désirerais que vous vissiez le général Hogendorp et les officiers qui viennent de Batavia pour savoir dans quel temps les Anglais peuvent faire cette opération, ce que feront nos gens et ce qu’il y a lieu d’espérer.

J’attendrai le rapport que vous me ferez là-dessus pour décider s’il me convient de laisser partir l’expédition qui est à Nantes et celle qui est à Cherbourg.

Si ces expéditions ne partent pas, je les enverrai à Brest, où il faut absolument parvenir à réunir une escadre.

 

Paris, 27 février 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, on m’offre à Vienne une très grande quantité de fusils à acheter à très bon marché. Si j’achetais ces fusils et si je les dirigeais sur la Pologne, cela paraîtrait fort extraordinaire. Cela me fait penser que vous devez demander au ministre de la guerre l’offre qui lui a été faite de ces fusils, l’état de ces armes et leur prix, envoyer ces pièces à mon ministre en Saxe, et le charger de voir M. de Senft. Il dira à M. de Senft que mon opinion est qu’on ne saurait avoir trop d’armes en réserve pour armer la Pologne; que cette occasion qui se présente est très favorable; que le roi de Saxe doit faire demander sous main à Vienne qu’on l’autorise à faire cet achat, vu qu’il a perdu toutes ses armes lors de la bataille d’Iéna; qu’il doit envoyer un officier visiter ces armes et faire le marché, en ne recevant que des armes qui soient bonnes et les dirigeant toutes sur Dresde. Le baron Bourgoing fera connaître à M. de Senft que, si le Roi veut prendre ces armes à son compte, il en est le maître; que, s’il n’a pas le moyen de les acheter, je ne me refuserai pas à les payer, et elles seront tenues à ma disposition à Dresde, dans les magasins du Roi, pour être employées selon les circonstances.

Vous instruirez de cela le comte Otto, et vous ferez sentira tout le inonde la nécessité de mettre de la réserve dans cette affaire, où je ne dois être pour rien.

Le baron Bourgoing dira à M. de Senft que je n’ai aucune raison de croire à une rupture avec la Russie, mais que, dans la situation politique actuelle, il est nécessaire de pouvoir disposer de deux à trois cent mille armes en Pologne.

Vous écrirez au baron Bourgoing qu’il est à souhaiter que les armes qui sont dans le duché de Varsovie soient réparties entre Modlin, Thorn et Zamosc, indépendamment de ce qui peut être laissé à Var­sovie, à Cracovie et à Posen.

Si l’on pensait en Saxe que le tiers de ces armes pût être envoyé dans le duché de Varsovie, il faudrait, avant, me communiquer l’état des armes qui existent et leur distribution, parce qu’il peut y avoir des inconvénients à placer trop d’armes dans les points fron­tières qui ne sont point fortifiés. Cela fait donc sentir l’importance de travailler avec activité à la place de Modlin.

 

Paris, 28 février 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’apprends que les troupes que j’ai envoyées à Toulon sont dissé­minées dans les îles d’Hyères, etc. Faites-moi un rapport là-dessus. Je n’ai ordonné aucun mouvement. Donnez ordre au général Plauzonne de les réunir et de les tenir dans la main, de manière qu’elles puissent être embarquées à chaque instant. Elles ne doivent pas être confondues avec la garnison de Toulon.

 

Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous voyiez le ministre de Naples et que vous écriviez à mon ministre de cette cour et au ministre de la marine napolitaine pour demander qu’un vaisseau de 80 et une frégate soient mis en construction au compte de la France, soit à Castellamare, soit dans le port de Naples.

Vous enverrez au ministre de la marine de Naples la copie du mar­ché que nous avons passé avec l’Italie et des modèles de bâtiments. Vous ferez connaître que les fonds seront payés d’avance. Le marché conclu, vous payerez 4 vingt-quatrièmes d’avance, et, tous les mois, vous ferez successivement les fonds d’avance. Il faut que la frégate et le vaisseau soient finis pour le mois de janvier prochain.

 

Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai fait connaître que je désirais que les deux frégates que j’ai à Dunkerque se rendissent sans délai à Flessingue. On peut bien les faire partir armées en flûtes; mais on suppose qu’il est possible d’y attacher un demi-chameau, ce qui les soulèverait assez pour les faire sortir armées et les conduire en rade, où l’on ôterait les cha­meaux. Si cela était, il faudrait achever l’autre frégate à Dunkerque. Il serait possible de se servir également d’un chameau pour faire sortir les frégates du Havre dans un moment où les Anglais ne s’y atten­draient pas.

 

Paris, 28 février 1811

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, la mauvaise santé du duc de Vicence m’oblige à lui envoyer des lettres de récréance. J’ai cherché près de moi la personne que j’ai supposé pouvoir être la plus agréable à Votre Ma­jesté Impériale et la plus propre à maintenir la paix et l’alliance entre nous. J’ai fait choix du général comte de Lauriston. Je suis fort em­pressé d’apprendre si j’ai rencontré juste.  Je charge le comte de Czernitchef de parler à Votre Majesté de mes sentiments pour elle. Ces sentiments ne changeront pas, quoique je ne puisse me dissimu­ler que Votre Majesté n’a plus d’amitié pour moi. Elle me fait faire des protestations et toutes espèces de difficultés pour  l’Oldenburg, lorsque je ne me refuse pas à donner une indemnité équivalente et que la situation de ce pays, qui a toujours été le centre de la contre­bande avec l’Angleterre, me fait un devoir indispensable, pour l’intérêt de mon Empire et pour le succès de la lutte où je suis engagé, de la réunion d’Oldenburg à mes Etats.  Le dernier ukase de Votre Majesté, dans le fond, mais surtout dans la forme, est spécialement dirigé contre la France.  Dans d’autres temps, avant de prendre une telle mesure contre mon commerce, Votre Majesté me l’eût fait con­naître, et j’aurais pu peut-être lui suggérer des moyens qui, en rem­plissant son principal but, auraient cependant empêché que cela ne parût aux yeux de la France un changement de système. Toute l’Eu­rope l’a envisagé ainsi;   et déjà notre alliance n’existe plus, dans l’opinion de l’Angleterre et de l’Europe : fut-elle aussi entière dans le cœur de Votre Majesté qu’elle l’est dans le mien, cette opinion géné­rale n’en serait pas moins un grand mal. Que Votre Majesté me per­mette de le lui dire avec franchise : elle a oublié le bien qu’elle a retiré de l’alliance; et cependant, qu’elle voie ce qui s’est passé depuis Tilsit. Par le traité de Tilsit, elle devait restituer à la Turquie la Moldavie et la Valachie; cependant, au lieu de restituer ces provin­ces,  Votre Majesté les a réunies à son empire.  La Valachie et la Moldavie sont le tiers de la Turquie d’Europe; c’est une acquisition immense, qui, en appuyant le vaste empire de Votre Majesté sur le Danube, ôte toute force à la Turquie et, on peut même le dire, anéantit cet empire, mon plus ancien allié. Cependant, au lieu de tenir à l’exécution du traité de Tilsit, de la manière la plus désinté­ressée et par pure amitié pour Votre Majesté, j’ai reconnu la réunion de ces belles et riches contrées; mais, sans ma confiance dans la continuation de son amitié, plusieurs campagnes très malheureuses n’eussent pu amener la France à voir dépouiller ainsi son ancien allié. En Suède, dans le temps que je restituais les conquêtes que j’avais faites sur cette puissance, je consentais à ce que Votre Majesté gardât la Finlande, qui est le tiers de la Suède, et qui est une province si importante pour Votre Majesté qu’on peut dire que depuis cette réu­nion il n’y a plus de Suède, puisque Stockholm est maintenant aux avant-postes du royaume. Cependant la Suède, malgré la fausse poli­tique de son roi, était aussi un des anciens amis de la France. Des hommes insinuants et suscités par l’Angleterre fatiguent les oreilles de Votre Majesté de propos calomnieux. Je veux, disent-ils, rétablir la Pologne. J’étais maître de le faire à Tilsit : douze jours après la bataille de Friedland, je pouvais être à Vilna. Si j’eusse voulu rétablir la Pologne, j’eusse désintéressé l’Autriche à Vienne : elle demandait à conserver ses anciennes provinces et ses communications avec la mer, eu faisant porter ses sacrifices sur ses possessions de Pologne. Je le pouvais en  1810, au moment où toutes les troupes russes étaient engagées contre la Porte. Je le pourrais dans ce moment en­core, sans attendre que Votre Majesté terminât avec la Porte un arrangement qui sera conclu probablement dans le cours de cet été. Puisque je ne l’ai fait dans aucune de ces circonstances, c’est donc que le rétablissement de la Pologne n’était pas dans mes intentions. Mais si je ne veux rien changer à l’état de la Pologne,  j’ai le droit aussi d’exiger que personne ne se mêle de ce que je fais eu deçà de l’Elbe. Toutefois il est vrai que nos ennemis ont réussi. Les fortifica­tions que Votre Majesté fait élever sur vingt points de la Dwina, les protestations dont a parlé le prince Kourakine pour l’Oldenburg et l’ukase le prouvent assez.   Moi, je suis le même pour elle, mais je suis frappé de l’évidence de ces faits et de la pensée que Votre Ma­jesté est toute disposée, aussitôt que les circonstances le voudront, à s’arranger avec l’Angleterre; ce qui est la même chose que d’allumer la guerre entre les deux empires. Votre Majesté abandonnant une fois l’alliance et brûlant les conventions de Tilsit, il serait évident que la guerre s’ensuivrait quelques mois plus tôt ou quelques mois plus tard. Cet état de méfiance et d’incertitude a des inconvénients pour l’empire de Votre Majesté et pour le mien. Le résultat doit être, de part et d’autre, de tendre les ressorts de nos empires pour nous mettre en mesure. Tout cela est sans doute bien fâcheux. Si Votre Majesté n’a pas le projet de se remettre avec l’Angleterre, elle sentira la nécessité pour elle et pour moi de dissiper tous ces nuages. Elle n’a pas de sécurité, puisqu’elle a dit au duc de Vicence « qu’elle ferait la guerre sur ses frontières », et la sécurité est le premier bien des deux grands États.

Je prie Votre Majesté de lire cette lettre dans un bon esprit, de n’y voir rien qui ne soit conciliant et propre à faire disparaître de part et d’autre toute espèce de méfiance et à rétablir les deux nations, sous tous les points de vue, dans l’intimité d’une alliance qui depuis près de quatre ans est si heureuse.

 

Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, proposez-moi sans délai un projet de décret pour la confection des routes nécessaires pour l’extraction des mâts des forêts de la Corse.

 

Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la construction des vaisseaux est une chose trop importante pour qu’il ne soit pas nécessaire d’instituer un conseil de construction. Ce conseil serait composé d’un président, de deux ingénieurs et d’un auditeur secrétaire. Indépendamment de tous ses membres permanents, tous les ans, pendant trois mois, quatre autres ingénieurs, savoir un d’Anvers, un de Lorient, un de Rochefort et un de Toulon, viendraient à ce conseil pour tenir les séances extraordinaires.

Présentez-moi un projet pour instituer ce conseil.

 

Paris, 28 février 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on m’assure qu’il n’y a à Toulon que pour dix-huit jours de biscuit, non seulement dans le port, mais même dans les magasins. Faites-moi un rapport là-dessus. Cela me parait fort extraordinaire. Tous mes projets alors seraient manqués, puisqu’il serait impossible de supposer que mon escadre est disponible. Faites-moi connaître pour combien de temps les bâtiments de l’escadre ont de vivres. Mon intention est que chaque bâtiment ait six mois de vivres, soit à bord, soit dans les magasins de l’arsenal et de la ma­rine, de manière qu’à l’arrivée du premier courrier ils puissent partir.

P. S. Vous ne me parlez pas de l’intention où je suis de menacer l’Irlande par l’Escaut, et du besoin que j’ai en conséquence de flûtes et d’écuries sur ce point.


 

References

References
1 le prince royal de Suède, Bernadotte, demandait l’appui de la France pour reprendre la Norvège au Danemark. A ce prix, il promettait, en cas de guerre entre la France et la Russie, d’envahir la Finlande et de menacer Saint-Pétersbourg