Correspondance de Napoléon – Juin 1805

Juin 1805

 

Milan, ler juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu le projet de décret relatif aux tribunaux du Piémont, et je l’ai signé. Faites passer le plus promptement possible au Conseil d’État ceux relatifs à la formation de plusieurs sous-préfectures, entre autres celle de Ceva. Je recevrai, je pense, lundi, la députation du gouvernement de la République de Gênes, qui me porte des adresses revêtues de milliers de signatures. J’imagine que M. Lebrun sera déjà parti. Vous sentez combien est délicate l’opération de la réunion, et combien des fausses mesures pourraient me nuire. Gènes est un pays où des dilapidations pourraient faire bien du mal. J’y organiserai un nouveau tribunal d’appel. J’ordonnerai aussi très-promptement la publication du code civil. Je resterai à Milan plus de temps que je ne pensais. J’ai beaucoup de troupes à voir à Castiglione. Les fortifications de Mantoue me retiendront longtemps aussi. Je compte aller poser la première pierre du port de Volano, à l’embouchure du Pô. Les affaires de Gênes m’emploieront beaucoup de temps, de sorte que je crains bien d’être retenu hors
de Paris tout l’été.

 

Milan, ler juin 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Il reste beaucoup de choses à faire pour le Piémont. Les fortifications de Turin sont démolies; je suis disposé à les céder à la ville. La citadelle est destinée à être démolie; il n’y a pas d’inconvénient à faire connaître cette destination; elle ne doit cependant être démolie que dans l’an XV. Il faut que le ministre de l’intérieur me fasse connaître ce que vaut l’emplacement de la citadelle , ses matériaux, et l’emplacement des fortifications, afin que je sache ce que
je donne.

Deux clauses me paraissent importantes à joindre à cette destination. La première clause, c’est que la ville achète et réunisse au palais une portion de terrain assez considérable pour arriver jusqu’à la rivière et agrandir le jardin du palais impérial qui, par ce moyen, deviendra maison de campagne.

S’il était possible d’imposer la condition d’y joindre quatre à cinq cents arpents de terre, cela produirait un grand agrément pour le palais et pour la ville.

La deuxième condition est que ces démolitions se fassent très-promptement, et qu’il y soit fait, soit un boulevard, soit un système quelconque d’embellissement, qui tende à convertir la ville de Turin en une ville de plaisance.

J’ai fait démolir les fortifications de Valenza; les débris seront mis à la disposition du génie, pour Alexandrie. Je désire connaître si les terrains qu’elles occupaient ont quelque valeur, et les besoins que pourrait avoir la petite ville de Valenza.

Il n’y a pas d’inconvénient à démolir les fortifications de Casal, de Çherasco. Savoir ce qu’on pourrait faire du terrain.

Même chose pour Tortoue; la citadelle est démolie, mais non les fortifications de la place.

Point d’inconvénient de vendre, pour l’utiliser, le terrain qui peut appartenir aux fortifications de Verceil.

Je suis également dans l’intention de ne laisser aucune trace de fortifications dans les villes du Piémont, comme de Coni, de Suze, de Cherasco.

Le ministre fera donc une circulaire aux différents préfets du Piémont, pour qu’ils aient à lui envoyer l’état des villes qui ont des fortifications ou des terrains entre les mains du génie, et lui faire connaître ce qu’on pourrait les vendre, et à quel emploi d’utilité on pourrait les destiner.

A Verceil, il y a la Sesia : si je pourrais (sic) faire des donations à la ville de Verceil et la mettre à même d’établir un pont sur la Sesia. A Valenza : si on pourrait (re-sic) charger la ville, moyennant ce qu’on lui donnerait, d’entretenir la route de Valenza à Alexandrie. Cette seulement route est très-importante, longue de deux lieues seulement, et ne peut être considérée comme route impériale.

Également à Casale : l’obliger d’entretenir la route de Casale à Alexandrie.

Turin a besoin d’un pont sur le Pô; il a besoin d’un pont sur la Doire; Asti, d’un pont sur le Tanaro; Alba, d’un pont sur le Tanaro.

Faire le devis de ces différents ponts, et écrire aux préfets pour trouver dans des concessions les moyens de faire ces établissements.

Ils auront l’avantage de rendre les communications faciles. Les débordements interrompent toutes les correspondances pendant plusieurs jours. Ces rivières ne sont d’aucun avantage pour la défense du pays.

Il y aurait aussi l’avantage, en commençant tous les travaux à la fois, de donner une utile impression à l’esprit du pays.

Tous les travaux désignés dans cette note et dans les précédentes peuvent se faire sans qu’il en coûte rien au trésor public, moyennant des concessions de fonds et de terrains.

C’est ainsi que j’ai fait le bassin d’Anvers, sans que le trésor s’en soit aperçu.

Il y a à Turin : l’arrangement de la municipalité, l’établissement d’un corps de boulangers, la réduction du droit de mouture, des droits d’octroi sur les farines, enfin tout ce qui peut mettre le pain à bon marché et donner à l’administration de Turin la physionomie populaire et paternelle des administrations municipales de France.

Il n’y a point de journal à Turin ; c’est un grand mal. Il doit y en avoir un, et il doit être à deux colonnes, moitié français, moitié italien. C’est le moyen d’apprendre le français. Ce journal doit paraître tous les jours et s’appeler Courrier de Turin. Il doit donner toutes les nouvelles d’Italie, telles que les donnent les journaux, et les nouvelles du pays, ainsi que tout ce qui peut intéresser sous le rapport de la curiosité, du pays et de son administration. Il ne faut pas un grand talent pour faire cette gazette; s’il y avait du talent, ce ne serait pas un mal; l’homme le plus médiocre petit en être capable. Il ne s’agit que de traduire rapidement le Moniteur et les articles Variétés des journaux de Paris. Lui donner la même forme qu’à l’ancienne Gazette de Turin.

Finir toutes les affaires du département du Tanaro.

Écrire aussi aux préfets qu’il y a un grand nombre de places vacantes à ma disposition, et qu’ils devront me présenter des candidats à toutes ces places pendant mon séjour à Milan.

Il faut finir les affaires du clergé du Piémont. Écrire à M. l’évêque l’Alexandrie pour qu’il fasse connaître quels moyens sont à prendre pour donner à l’archevêché de Turin 40 à 50,000 livres de rente.

Ce qu’il faut faire pour transférer l’évêché d’Alexandrie à Casale; Alexandrie n’aura jamais une belle cathédrale; c’est d’ailleurs trop une place de guerre.

Il y a un autre objet en Piémont; il est du ressort du ministre des finances : c’est de savoir qu’est-ce qui remplace le droit de passe; quel est l’historique de l’une et de l’autre imposition, le sel et le tabac. On m’assure qu’il y a de grands abus, que M. Hennet a reçu 100,000 écus. Que le ministre de l’intérieur éclaircisse cette affaire; qu’il dise ce qu’on a fait, ce qu’il faut faire.

J’ai une idée que, dans l’an VIII et IX, j’avais versé une somme de 600.O00 francs pour un canal; j’en ai en vain demandé des nouvelles ; je n’en ai pas eu.

Enfin le Piémont, n’étant pas à l’instar de la France, m’offre de grandes ressources.

 

Milan, 1er juin 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, vous êtes parti le 5 (25 mai) de Paris; vous devez arriver à Turin du 13 au 14 (2 au 3 juin). Vous devez vous occuper spécialement des branches du revenu. L’enregistrement rend moins qu’en France. S’il y a dans cette administration de mauvais sujets qui s’y seraient glissés à la faveur de la première organisation, il faut les chasser. Les rentes constituées, la manière de procéder dans la vente des biens nationaux, doivent attirer toute votre sollicitude; assurez-vous qu’on ne fera point de faux , que les mesures qui seront prises seront bonnes, sûres et expéditives pour arrêter tout ce qu’on ne doit pas payer en remboursement de domaines nationaux et envoyer à Paris pour être définitivement liquidé. Vous savez que j’ai ordonné que les pensions et rentes viagères appartenant à des individus du Novarais seront payées par le trésor du royaume d’Italie; faites mettre en exécution cette mesure. Levez tous les obstacles qui s’opposent à l’organisation du camp des vétérans et à la jouissance de leurs biens, et à la dotation du domaine de Stupinigi. Redressez tous les abus qui se seraient introduits dans la régie du sel et du tabac, et proposez-moi des mesures plus vastes.

Je vais réunir le territoire de Gènes à mon empire. J’ai ordonné à M. l’architrésorier, qui arrivera dans huit on dix jours à Turin, de se rendre à Gènes pour y travailler pendant deux ou trois mois à organiser l’administration et à en préparer la réunion. Mon intention est d’organiser un plan de privilège exclusif du sel et du tabac pour Gênes, et d’y joindre aussi Parme et Plaisance, de porter cette imposition à huit ou dix millions, d’établir le long de la Roja, département des Alpes-Maritimes, et sur les cols des Alpes, une ligne de douane suffisante pour empêcher l’exportation des sels et des tabacs, et aussi pour observer les extraditions qui se feraient de France, et servir de terme de comparaison avec la première ligne. Cette ligne ne peut m’occuper plus de trente brigades de douaniers.

Mon intention serait de porter le sel et le tabac au prix de celui d’Italie, afin de détruire la contrebande. Cet établissement sera fait par un seul règlement. La réunion de Gènes étant une circonstance extraordinaire, le Corps législatif ne trouvera point mauvais que j’y supplée.

 

Milan, 1er juin 1805

A M. Fouché

Les journaux sont une partie importante. On ne peut pas dire aujourd’hui qu’ils soient malveillants, mais ils sont trop bêtes; ils écrivent sans but, et les principaux ne montrent aucun zèle pour le gouvernement. D’ailleurs, Journal des Débats, Lois du pouvoir exécutif, Actes du Gouvernement, sont des titres qui rappellent trop la révolution. La Gazette de France est le véritable mot. Le titre deJournal de Paris est aussi convenable; le titre de Bulletin de l’Europen’est pas mauvais aussi; celui de Courrier français aussi; car je ne suis point de l’opinion de n’avoir qu’un journal; mais je voudrais une organisation sans censure, car je ne veux pas être responsable de tout ce qu’ils peuvent dire. Je voudrais, dis-je, que les rédacteurs des journaux conservés fussent des hommes attachés, qui eussent assez de sens pour ne point mettre des nouvelles contraires à la nation. Il faudrait que l’esprit de ces journaux fût dirigé dans ce sens, d’attaquer l’Angleterre dans ses modes, ses usages, sa littérature, sa constitution. Geoffroi n’est recommandable que sous ce point de vue, et c’est le grand mal que nous a fait Voltaire de tant nous prêcher l’anglomanie.

Il me paraît que le succès de la tragédie des Templiers dirige les esprits sur ce point de l’histoire française. Cela est bien, mais je ne crois pas qu’il faille laisser jouer des pièces dont les sujets seraient pris dans des temps trop près de nous. Je lis dans un journal qu’on veut jouer une tragédie de Henri IV. Cette époque n’est pas assez éloignée pour ne point réveiller des passions. La scène a besoin d’un peu d’antiquité, et, sans trop porter de gêne sur le théâtre, je pense que vous devez empêcher cela, sans faire paraître votre intervention. Vous pourriez en parler à M. Raynouard, qui parait avoir du talent. Pourquoi n’engageriez-vous pas M. Raynouard à faire une tragédie du passage de la première à la seconde race ? Au lieu d’être un tyran, celui qui lui succéderait serait le sauveur de la nation. C’est dans ce genre de pièces surtout que le théâtre est neuf, car, sous l’ancien régime, on ne les aurait pas permises. L’oratorio de Saül n’est pas autre chose; c’est un grand homme succédant à un roi dégénéré.

Vous aurez lu dans le Moniteur la dernière extravagance du roi de Suède. Je ne veux pas la traiter autrement qu’elle le mérite; cependant mon intention est qu’aucun individu décoré des ordres de Suède ne les porte en France. Vous voudrez bien le faire connaître à la gendarmerie, et vous enverrez la désignation des ordres. Vous recommanderez que votre lettre ne soit pas imprimée et que vous ne paraissiez pas là dedans. Si M. Signeul on quelques Suédois les portent à Paris, vous les ferez arrêter et leur ferez arracher les ordres par les agents de police, en leur signifiant qu’ils n’aient plus à porter ces ordres en France.

Faites arrêter Ravel à son retour d’Angleterre et surveiller Quesnuse, son associé, pour savoir ce qu’il y fait.

 

Milan , ler juin 1805

Au prince Murat

Je reçois votre lettre du 7 (27 mai). Je ne pourrai partir d’ici aussitôt(sic)que je l’aurai pensé. Peut-être y serais-je retenu jusqu’à la fin de prairial. J’ai beaucoup de troupes à Castiglione, et je désire les voir en détail; une si belle occasion ne se retrouve pas toujours. Les fortifications de Mantoue, peschiera et Legnano m’occuperont beaucoup. De là, j’irai à Bologne voir la construction d’un pont de pierre que je fais jeter, et de là à l’embouchure du Pô. Je crois que, malgré moi, cela m’occupera tout l’été.

 

Milan, 1er juin 1805

Je vois, par la dépêche télégraphique du 7 (27 mai), qu’il y avait 22 vaisseaux devant Brest. Il est possible qu’à cette époque l’escadre de Collingwood ne soit pas partie, mais en armement à Plymouth. Toutefois, quand elle serait partie et irait directement sur la Martinique, il me semble qu’il n’y aurait rien à craindre. Je ne compte pas être à Paris avant le 25 messidor (14 juillet). Écrivez aux gazettes de Hollande, et même dans celles de Paris, que les affaires de Gênes me retiendront très-longtemps; que j’irai à Castiglione, où je resterai quinze jours à faire manœuvrer les troupes, que de là  j’irai à Bologne. Faites connaître, à l’appui, la nouvelle du départ du ministre des finances et de M. l’architrésorier. Le départ de ces deux grands fonctionnaires publics pourra être la transition pour les journalistes.

 

Milan, 1er juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 8 prairial. J’imagine que le général Lagrange a gardé copie des lettres interceptées chez le général Prevost. Il est nécessaire que vous me les envoyiez, afin de savoir les noms des habitants et si l’on a sévi contre eux.

Écrivez très-vivement là-dessus au général Villaret.

Demandez au général Lagrange un compte détaillé de ses opérations. Écrivez au général Villaret pour que, sous aucun prétexte, il ne laisse entrer aucun journal anglais à la Martinique. S’il ne manque que des équipages au Réguluspour qu’il soit prêt, faites-y passer l’équipage de la frégate qui est à Lorient. Je donne ordre au ministre de la guerre de vous fournir 140 hommes. Faites partir sur-le-champ le Régulus. Vous sentez combien il est important d’accroître l’escadre à l’île d’Aix d’un vaisseau de plus; profitez du temps que l’escadre n’est point bloquée. Si Missiessy est malade, il faudra bien finir par le remplacer. Je vous ai écrit pour Rosily, s’il s’en sent le courage, ou bien pour tout autre. Qu’il ne vienne pas à Paris que je ne l’aie décidé.

 

Milan, 1er juin 1805

Au cardinal Fesch

Monsieur mon Oncle et Cousin, j’ai lu vos différentes demandes. Je me ferai rendre compte des travaux des ponts et chaussées dans les départements du Golo et du Liamone.

Je ferai statuer sur les trois places de la Rote. Veillez, en attendant, à ce qu’il ne soit fait aucun changement.

Faites des instances à Rome pour obtenir le chapeau de cardinal à M. Resta, de Milan, et à M. Malvazia, de Bologne. Je pourvoirai au traitement de ce dernier.

J’ai écrit à M. Fleurieu de faire envoyer les brevets des pensions que j’ai accordées aux parents de Sa Sainteté.

Assurez M. Gamboni que je le nommerai à un des sièges d’Italie. Je vous autorise à donner 6,000 francs à M. Canova.

Vous pouvez accorder à M. Sambucy le congé qu’il demande. Avant de prononcer sur le ci-devant couvent des Colinettes de Lyon, je désire que vous m’en fassiez un rapport.

J’ai écrit pour demander pourquoi vous n’avez pas reçu votre boîte.

J’ai donné ordre à M. Estève de vous remettre 50,000 francs. Assurez M. Hédouville que je ne le perdrai point de vue, et que je désire faire quelque chose pour lui.

 

Milan, ler juin 1805

A M. Fouché

Je n’ai point reçu de lettres de vous, ni aujourd’hui, ni hier; j’imagine que vous serez à votre campagne.

 

Milan, 2 juin 1805

A M. Barbé-Marbois

Monsieur Barbé-Marbois, j’ai reçu votre lettre du 8 (28 mai). J’ai le projet d’employer 60 millions de biens nationaux, savoir : 40 millions situés dans les quatre départements du Rhin, et 20 dans les six départements du Piémont, à nettoyer tout ce que je puis devoir des services des années IX, X, XI, XII, XIII. Les estimations de ces biens sont faites, puisqu’ils étaient destinés au Sénat et à la Légion d’honneur. Vous me proposez de les vendre à une compagnie, laquelle me donnerait ses engagements pour les 60 millions, et le trésor à son tour donnerait ses engagements pour le payement aux faiseurs de ces services. Cet objet mérite de sérieuses réflexions. En effet, une compagnie ne pourrait me solder entièrement ces 60 millions qu’à raison de 2 ou 3 millions par mois, ce qui me mènerait pour l’entier complément au delà de deux ans. D’un autre côté, je payerais à mesure que les délégations passeraient aux mains des fournisseurs; la compagnie les retirerait à vil prix et se servirait de tous les moyens d’agiotage pour les faire baisser. Je verrais donc tomber ces effets probablement à cinquante ou soixante pour cent. La chute de ce papier renouvellerait les scènes d’agiotage et pourrait contribuer à celle des obligations et des cinq pour cent. Au lieu qu’en donnant aux fournisseurs en échange seulement de leurs ordonnances, je n’ai l’intermédiaire d’aucun papier, et les capitalistes, soit de Paris, soit des départements, sous-traitants et autres, font des sacrifices et aident les fournisseurs qu’ils voient nantis de biens équivalents en valeur à leur dette. Sans doute que, si l’on donnait 30 ou 60 millions de biens à une compagnie de capitalistes, avec la condition d’obtenir qu’elle payerait le tout en douze mois et la sûreté que la Banque escompterait ses engagements au taux ordinaire, on serait alors certain que ce papier ne pourrait déchoir au plus que de six pour cent. La Banque, pourrait même recevoir sans inconvénient, indépendamment de l’escompte ordinaire, une commission d’un demi pour cent pour toutes les traites qui passeraient de deux à six mois, et d’un pour cent pour celles qui passeraient six mois. Voyez la Banque. Je vous autorise à traiter cette affaire. Mettez-y l’extrême délicatesse qu’elle comporte. Je ne doute point qu’elle ne puisse être un grand avantage pour le service, mais ce ne serait qu’autant que la Banque escompterait; sans cela, ce projet serait absurde et ne tendrait qu’à culbuter toutes nos finances.

 

Milan, 2 juin 1805

L’abbé de Coucy me fait le plus grand mal; il correspond toujours avec ses diocésains. Je désire qu’on fasse arrêter cet homme et qu’on le mette en un couvent. J’ai le mécontentement de ce que, pour une bagatelle de cette espèce, voilà dix fois que j’écris.

 

Milan, 2 juin 1805

Au général Lacuée

Il est ridicule de former une garde dans le royaume d’Italie à l’instar de celle impériale de France. Une vieille armé peut recruter une garde comme la garde impériale, et rend naturel le beau sort fait à de vieux soldats : c’est une récompense. D’ici à vingt ans, le royaume d’Italie n’aura pas de vieille armée. La manière dont cette garde devrait être organisée parait devoir être la suivante :

Quatre colonels généraux faisant le service près du roi comme capitaines, ayant 24,000 francs, et commandant chacun quatre compagnies.

Elles seraient composées,

D’un capitaine ayant le rang de colonel, de 2 lieutenants ayant le rang de chef d’escadron, de 4 sergents ayant rang de capitaine, de 8 brigadiers ayant rang de lieutenant et de 60 gardes du roi à cheval.

D’un capitaine ayant le rang de colonel, 2 lieutenants ayant rang de chef de bataillon, 2 sergents ayant rang de capitaine, 4 caporaux ayant rang de lieutenant, et de 70 gardes à pied.

La compagnie de chaque colonel serait de 80 hommes.

Il faudrait fixer le payement de cette garde de manière qu’elle ne coûtât pas plus de 2 à 300,000 francs au trésor royal, casernement tout compris.

Ce moyen serait facile à résoudre, s’il y avait moyen de prendre des gens très-riches.

On suppose qu’on peut donner aux colonels 3,000 francs; aux lieutenants, 2,000; aux sergents, 1,000 francs et aux caporaux 500 francs, et s’arranger de manière que chaque garde ne coûte pas plus qu’un soldat ordinaire.

A cet effet, on fixerait les conditions.

On pourrait les traiter comme la Garde actuelle, et fixer ce que les parents devraient verser au trésor.

Les vélites à pied en France payent 200 francs; ils ne remboursent point le trésor, et coûtent plus qu’une troupe ordinaire à cheval. Il faudrait qu’ils payassent davantage.

D’un pays comme celui-ci, il ne serait pas difficile de trouver  240 hommes à 2 ou 300 francs et 320 à plus de 4 ou 500 francs. Je prie le conseiller Lacuée de tenir ces bases secrètes.

Ainsi, pour le reste de l’armée, voici à peu près comme je la voudrais former : 2 régiments de chasseurs, 9 de dragons, mais dont le 4e ne se formerait que dans trois ou quatre ans; 2 d’infanterie légère à 3 bataillons, qu’il faudrait tenir à peu près sur le complet de guerre, c’est-à-dire 6,000 hommes , vu que le principal ici est de former des soldats (le goût des armes ne peut revenir qu’en caserne); il faut appeler beaucoup, prendre en petit nombre. 4 régiments de ligne, 12,000 hommes; 1 régiment d’artillerie de 2 bataillons chaque bataillon de 5 compagnies, 1,0,00 hommes; 1 compagnie de pontonniers, 100 hommes; 1 de sapeurs, 100; 1 bataillon de pionniers, dont 1 compagnie de mineurs, 500 hommes; 1 bataillon du train de 6 compagnies, 600 hommes; 1 bataillon de garde-côtes, matelots, 4 compagnies formant 500 hommes. Il ne faudrait pas plus de 40 officiers d’artillerie, indépendamment de ceux de l’armée, et autant pour le génie et l’état-major général; ce qui, avec une Garde composée comme dessus, mettrait à même d’avoir en campagne 3 divisions, 2 régiments de cavalerie, 1 régiment d’artillerie, 1 bataillon de sapeurs, 2 bataillons d’infanterie et une 4e division de troupes étrangères, soit pour garder l’intérieur ou comme corps d’observation.

Une armée ainsi composée, et un peu bien organisée, serait dans le cas de garder Porto-Legnano, Anfo, Peschiera, Mantoue, et donner le temps à une armée amie d’arriver à son secours.

On désirerait que cette troupe ne monte pas a 30,000 hommes; il semblerait quelle ne devrait pas coûter au delà de 25 millions de Milan.

Il ne paraît pas que d’ici à six ans le royaume dût avoir une plus grande force militaire. Ce n’est que progressivement qu’on peut former une grosse armée, et, une fois bien constituée et organisée, il deviendrait facile de la doubler et d’avoir 8 régiments de cavalerie, 4 d’infanterie légère et 8 de ligne.

Telle qu’on la propose, elle serait la plus forte d’Italie, plus forte que le Pape, Naples, l’Étrurie réunis; dès ce moment, le pays pourrait parfaitement jouer son rôle.

Il paraîtrait que

3 généraux de division, 9 de brigade, 9 adjudants commandants, 21 officiers;

1 général de brigade d’artillerie, 2 colonels, indépendamment de ceux de l’armée, 4 chefs de bataillon idem, et une douzaine d’officiers;

1 chef de brigade du génie, 2 chefs de bataillon, 4 capitaines, 8 lieutenants, 12 sous-lieutenants,

Seraient suffisants.

1 commissaire ordonnateur, 6 commissaires des guerres et 4 adjoints.

Resterait à organiser les bureaux au même instar.

Je prie M. Lacuée de ne communiquer à personne ce projet, et de m’en remettre un projet particulier.

Il serait possible qu’il fût convenable d’établir à 4 bataillons, dès lors d’avoir 8 bataillons d’infanterie légère et 20 de ligne.

Mais je pense que la préférence doit être donnée à 3 bataillons, tant pour rester dans votre organisation que pour former ensuite un plus grand nombre de corps et les porter à 4. En former de nouveaux, grand inconvénient.

 

Milan, 2 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Qu’entendez-vous par obusiers de péniches ? Sont-ce des obusiers de terre en bronze, ou de fer, de la marine ? Il y a à Boulogne une centaine d’obusiers de 6 pouces.

Faites passer des caronades à l’escadre de Brest, afin d’en avoir dix par vaisseau, et aussi pour des frégates. Ne serait-il pas possible qu’un objet de si grande importance cessât depuis quatre ans d’être impossible, et toute la puissance de la France ne peut-elle pas procurer des caronades à nos vaisseaux ?

C’est avec des caronades que les Anglais ont mis le feu à Lorient, qu’ils ont sur nous un si immense avantage; on me met sur les gaillards des pistolets, des obusiers de 6 livres, qui ne crachent que petite mitraille et ne sont d’aucun effet dans les cordages. Faites mettre des caronades de 6 pouces sur les vaisseaux, cela équivaut à des obusiers de 36, et tous les marins comprennent cela. Si le ministre de la marine le comprend, il s’en occupera une heure avant de se coucher tous les jours.

 

Milan, 2 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Je désire qu’il ne soit fait aucune communication à l’agent Signeul, qu’on lui déclare qu’il est inutile qu’il se présente au ministère, qu’on n’a plus aucune relation à avoir avec lui. Il faut accorder à Vanlerberghe tous les bâtiments suédois sans bruit, et laisser le commerce de Suède dans l’état de suspens où il se trouve. M. Jurien pourra lui dire que toutes ses déclarations sont ridicules, qu’il faut être en guerre ou en paix, qu’il est fâcheux pour la Suède que ce prince soit tout à fait dans un état de folie.

Ordonnez aux chaloupes qui sont à Granville de se rendre à Cherbourg; elles le peuvent. Tant qu’elles ne dépasseront pas Cherbourg, elles me seront là utiles.

 

Milan, 2 juin 1805

A M. Jérôme Bonaparte

Mon Frère, je vous ai nommé capitaine de frégate. Cette preuve de confiance vous portera à illustrer votre carrière et à justifier les grandes espérances que la nation attend de vous. Ne vous fiez point sur le nom que vous portez; il est glorieux de ne rien devoir qu’à son mérite. Avec vos bonnes dispositions, votre caractère et plus de connaissance du métier, quel bien n’auriez-vous pas pu faire si vous aviez commandé l’escadre du contre-amiral Missiessy ! Ce n’est pas que je sois mécontent de cet officier; mais c’est la volonté, le caractère, l’application et l’audace qui m’ont fait ce que je suis.

 

Milan, 2 juin 1805

A M. Portalis

Monsieur Portalis, j’ai donné ordre à M. l’évêque de Poitiers de se rendre dans son diocèse. Il s’y rend directement de Milan. Donnez-lui les instructions convenables pour changer l’esprit de ce diocèse, le plus mauvais de France.

 

Milan, 3 juin 1805

A M. Talleyrand

Je pense qu’il est convenable que vous adressiez une circulaire à mes différents ambassadeurs, pour leur faire connaître que les propos indécents que ne cesse de tenir publiquement la reine de Naples contre les Français m’ont porté à user de représailles envers son envoyé extraordinaire, son confident intime, auquel j’ai déclaré que si la reine, après tant d’années de règne, ne savait pas mettre du calme et de la modération dans sa conduite et dans ses discours, le vaisseau anglais qu’elle tient dans la rade de Naples ne la sauvera pas. Vous ajouterez que je n’ai cependant aucune volonté de marcher sur le royaume de Naples; mais que ceci est un avertissement pour contenir cette furie, qui a laissé tomber dans mes mains des lettres où elle dit que, pour 17,000 Français, elle saurait bien renouveler les Vêpres siciliennes, mais qu’elle craint ceux qui viendraient après. Ceci devra servir aux différents ambassadeurs pour leur conversation.

 

Milan, 3 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j’ai reçu votre état de la marine au ler prairial. Cet état est fait de fantaisie, et dès lors je ne puis calculer dessus. Je dis que cet état est fait de fantaisie, parce qu’au premier coup d’œil me paraît inexact. Toutes les divisions de bateaux sont portées comme si tous pouvaient porter 36 chevaux; cependant il est à ma connaissance qu’un grand nombre, par vétusté ou autre motif, ne peuvent pas en porter. Les corvettes de pèche sont portées comme pouvant toutes contenir 2 chevaux, ce qu’encore ma mémoire accuse de faux. Ainsi, je vois que ce sont des états copiés et faits d’après ce que les choses devraient être, mais non d’après ce qu’elles sont. J’ai besoin d’avoir un état exact de tout ce qui peut sortir au premier coup de sifflet. Toutes les écuries ont-elles l’eau nécessaire ? Mon intention est d’embarquer 3,000 chevaux d’artillerie, savoir : 1,800 sur les écuries attachées aux escadrilles, 700 sur les bateaux, 300 sur les prames et 150 sur les corvettes de pèche. Pour la cavalerie, l’on embarquera 1,800 chevaux pour la réserve destinée à Calais, 700 pour ma Garde sur les escadrilles, et 300 sur les prames pour ma Garde, ce qui fera 1,000 chevaux pour ma Garde. Ainsi il faut à la 7e escadrille, 13e division, au lieu de « réserve », mettre « Garde », et à la 14e division, au lieu de « réserve », mettre  » Garde » ,  à la 8e escadrille, 15e division, au lieu de « réserve », mettre « artillerie ». Les 3e et 8e régiments de hussards, les 10e et 11e de chasseurs, embarqueront environ 1,100 chevaux sur les bâtiments des escadrilles qui leur sont désignés; ainsi, indépendamment de la flottille batave, j’aurai 3,000 chevaux d’artillerie et 4,000 de cavalerie. Si les circonstances me  le permettent , je ferai retourner les écuries pour embarquer le même nombre de chevaux d’artillerie et de cavalerie. Je vous dis cela pour que, si vous avez quelques dispositions à faire en conséquence de cela, vous les fassiez; car j’aurai 7,000 autres chevaux tout prêts à embarquer sur la côte. Envoyez-moi le même état pour la flottille batave, et pressez pour que tout se rende à Ambleteuse.

 

RÉPONSE DE L’EMPEREUR AU DOGE ET A LA DÉPUTATION DU SÉNAT ET DU PEUPLE DE GÊNES,
A MILAN, 4 JUIN 1805

Monsieur le Doge et Messieurs les Députés du Sénat et du Peuple de Gênes, les circonstances et votre vœu m’ont plusieurs fois appelé depuis dix ans à intervenir dans vos affaires intérieures. J’y ai constamment porté la paix et cherché à faire prospérer les idées libérales, qui seules auraient pu donner à votre gouvernement cette splendeur qu’il avait il y a plusieurs siècles. Mais je n’ai pas tardé moi-même à me convaincre de l’impossibilité où vous étiez, seuls, de rien faire qui fût digne de vos pères. Tout a changé : les nouveaux principes de la législation des mers que les Anglais ont adoptés et obligé la plus grande partie de l’Europe à reconnaître; le droit de blocus qu’ils peuvent étendre aux places non bloquées, et même à des côtes entières et à des rivières, qui n’est autre chose que le droit d’anéantir à leur volonté le commerce des peuples; les ravages toujours croissants des Barbaresques : toutes ces circonstances ne vous offraient qu’un isolement dans votre indépendance. La postérité me saura gré de ce que j’ai voulu rendre libres les mers, et obliger les Barbaresques à ne point faire la guerre aux pavillons faibles, mais à vivre chez eux en agriculteurs et en honnêtes gens. Je n’étais animé que par l’intérêt et la dignité de l’homme. Au traité d’Amiens, l’Angleterre s’est refusée à coopérer à ces idées libérales.

Depuis, une grande puissance du continent y a montré tout autant d’éloignement.

Seul pour soutenir ces légitimes principes, il eût fallu avoir recours aux armes; mais je n’ai le droit de verser le sang de mes peuples que pour des intérêts qui leur sont propres.

Dès le moment où l’Europe ne put obtenir de l’Angleterre que le droit de blocus fût restreint aux places vraiment bloquées, dès le moment que le pavillon des faibles fut sans défense et livré à la piraterie des Barbaresques, il n’y eut plus d’indépendance maritime ; dès lors les gens sages prévirent (sic) ce qui arrive aujourd’hui. Où il n’existe pas d’indépendance maritime pour un peuple commerçant naît le besoin de se réunir sous un plus puissant pavillon. Je réaliserai votre vœu : je vous réunirai à mon grand peuple. Ce sera pour moi un nouveau moyen de rendre plus efficace la protection que j’ai toujours aimé à vous accorder. Mon peuple vous accueillera avec plaisir. Il sait que, dans toutes les circonstances, vous avez assisté ses armées avec amitié, et les avez soutenues de tous vos moyens et de toutes vos forces. Il trouve d’ailleurs chez vous des ports et un accroissement de puissance maritime qui lui est nécessaire pour soutenir ses légitimes droits contre l’oppresseur des mers. Vous trouverez dans votre union avec mon peuple un continent, vous qui n’avez qu’une marine et des ports. Vous y trouverez un pavillon que quelles que soient les prétentions de mes ennemis, je maintiendrai, sur toutes les mers de l’univers, constamment libre d’insultes et de visites et affranchi du droit de blocus, que je ne reconnaîtrai jamais que pour les places véritablement bloquées par terre comme par mer. Vous vous y trouverez enfin absolument à l’abri de ce honteux esclavage dont je souffre malgré moi l’existence envers les puissances plus faibles, mais dont je saurai toujours garantir mes sujets. Votre peuple trouvera dans l’estime que j’ai toujours eue pour lui et dans ces sentiments de père que je lui porterai désormais la garantie que tout ce qui peut contribuer à son bonheur sera fait.

Monsieur le Doge et Messieurs les Députés du Sénat et du Peul de Gênes, retournez dans votre patrie; sous peu de temps je m’y rendrai, et là je scellerai l’union que mon peuple et vous contracterez. Ces barrières qui vous séparent du continent seront levées pour l’intérêt commun , et les choses se trouveront placées dans leur état naturel. Les signatures de tous vos citoyens, apposées au bas du vœu que vous me présentez, répondent à toutes les objections que je pourrais me faire; elles constituent le seul droit que je reconnaisse comme légitime. En le faisant respecter, je ne ferai qu’exécuter la
garantie de votre indépendance que je vous ai promise.

 

Milan, 4 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j’ai reçu votre lettre du 11 (31 mai). J’ai reçu, ce matin, la députation du sénat de Gênes. Dès ce moment, Gènes est réunie. Il n’y a pas un moment à perdre pour y organiser l’administration de la marine. Je ne comprends pas ce que vous entendez en disant que nous ne recueillerons les fruits du port de Gènes que dans un temps éloigné. J’entends, dès cette année, y avoir 4 vaisseaux en construction, y avoir des magasins de tout ce que peut fournir l’Italie. Vous traitez le port de Gênes comme s’il était situé à une lieue de Brest ou de Toulon. Si cela était, ces ports me suffiraient; mais Gênes a ses localités de port. Tous les bois, chanvres, goudrons, fers, etc. d’Italie, arrivent là. C’est un port considérable, et sa réunion est d’une immense utilité. Je suis encore plus surpris de ce que vous me dites de M. Saliceti, qui m’a dit lui-même qu’il était impossible de rien faire sans une bonne organisation. Soyez tranquille : vous tirerez plus de ressources de Gênes après sa réunion qu’avant. Je ne sais où vous prenez des idées si absurdes. Il ne s’agit pas de « ressorts » ; il faut une bonne gendarmerie, de bons préfets, de bons commissaires des classes, de bons sous-préfets et de bons commandants d’armes.

Ne croyez pas un mot des lettres confidentielles de Beurnonville; le prince de la Paix l’a en horreur, et les affaires ne se font point du tout par son canal. Toutes les lettres que je reçois de Londres portent que les Anglais n’étaient point décidés à expédier une escadre, et étaient retenus par les vivres.

Envoyez-moi bientôt les noms des individus, commis des classes, etc., que vous envoyez à Gênes. Vous devez étendre l’administration de Nice sur la Taggia, et mettre un commissaire à San-Remo. C’est une ville de 10,000 habitants, qui a beaucoup de matelots. Gènes a deux fois plus de matelots que la Provence. Il faudrait à la tête des classes un homme d’un peu de talent, car il faut prendre des mesures pour accorder la maistrance aux Génois qui la mériteraient. Je ne connais pas assez cette matière pour vous proposer des idées, mais faites-moi un règlement; le plus tôt sera le mieux. Que tous vos agents des classes partent et arrivent sur-le-champ. Il ne faut pas lever en masse, mais faire d’abord les opérations préparatoires.

 

Milan, 4 juin 1805

DÉCISION

Le ministre de la guerre prend les ordres de l’Empereur au sujet de la proposition, faite par le maréchal Bernadotte, de réduire l’équipage de l’artillerie de campagne de l’armée de Hanovre. On sera toujours à temps d’évacuer sur Cologne les pièces à campagne. Il ne faut pas dégarnir le Hanovre, où l’on peut si facilement organiser des équipages du train. Il faut, au contraire, que le maréchal Bernadotte recrute ses chevaux de train à 1,000 chevaux. Quand il sera nécessaire on enverra un bataillon du train.

 

Milan, 5 juin 1805

Au maréchal Moncey

Je consens que l’on envoie à Milan, pour l’instruction de la gendarmerie, un officier général et six chefs d’escadron. Il sera difficile d’envoyer les 60 hommes que le général Moncey croit nécessaires; je préférerais envoyer 100 ou 200 hommes de la gendarmerie italienne dans les départements de France; ils verraient comment se fait le service. Moncey se concertera avec le ministre de la guerre qui me proposera un projet de décret.

 

Milan, 6 juin 1805

DÉCISION

Les habitants et le clergé d’Acqui demandent à conserver leur évêque, M. della Torre, nommé archevêque de Turin Le ministre de l’intérieur les remerciera des sentiments qu’ils montrent, mais leur fera connaître que M. della Torre est nécessaire à Turin.

 

Milan, 6 juin 1805

A M. Saliceti

J’ai reçu votre lettre du 12. J’ai causé avec les députés de Gênes.

J’ai fort bien reconnu Roggi, Maghella et Balbi , que j’avais déjà vus dans d’autres circonstances. J’ai appris avec plaisir, par votre lettre, qu’ils avaient continué à me servir; je les nomme légionnaires. Mon intention est de récompenser tous ceux qui sont utiles à mon service.

J’ai envoyé Champagny avec tous les pouvoirs. Mon intention est que mon gouvernement date, à Gênes, du 20 prairial (9 juin).

Je reconnaîtrai les services que vous m’aurez rendus dans cette circonstance; aidez M. Champagny de vos connaissances locales et de vos conseils. Je serai vers la fin du mois à Gènes.

 

Milan, 6 juin 1805

A M. Laplace

Monsieur Laplace, je verrai avec plaisir le quatrième volume de votre Mécanique céleste, que vous avez remis à ma bibliothèque. Tout ce qui tend à étendre le domaine des sciences et à donner un nouvel éclat au siècle où nous vivons m’est agréable sous tous les points de vue. Vous savez que rien ne peut ajouter à l’estime que je vous porte.

 

Milan, 6 juin 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, je vous envoie un mémoire sur les impositions de Parme, qui m’est remis par M. Collin. Vous connaissez la situation des finances du Piémont. Il vous sera facile de prendre à Gènes connaissance de la situation des finances de Gènes. Cela fait, vous me préparerez un projet de décret ; sur un privilège exclusif à accorder à une régie pour le sel et le tabac du Piémont et des États de Parme et de Gênes, en se rapprochant le plus possible de celui du royaume d’Italie, afin de nous délivrer de la contrebande; sur la suppression de toute cette séparation des petits États de Parme, et organisation des douanes françaises (sans cependant que cela empêche l’établissement de notre ligne de douanes le long de la Rivière de Gênes), de sorte que ces petits Etats séparés n’en forment qu’un soumis au tarif français; sur l’organisation dans les États de Gênes des impositions directes, mobilière, de patentes, de portes et fenêtres, enfin des impositions des postes, droits réunis, établissement de loterie à Gênes, et l’établissement de l’enregistrement, tant Gênes que dans les États de Parme (cependant mon intention est de former le système des États de Parme isolément, jusqu’à ce que j’ai décidé sur le parti que je prendrai pour cette province); et tarif français pour le tout. Je n’adopterai de diminution d’imposition foncière qu’équivalente à celle du sel et du tabac. Tel est, en grand, le système dont il faut que vous vous occupiez sans relâche, afin pouvoir me proposer à Gênes le décret pour l’établir.

 

Milan, 6 juin 1805

A M. Fouché

Il faut espérer que la punition de ce misérable Dubut serve d’exemple, et qu’enfin une crainte sérieuse prendra les misérables qui se vendent toujours à l’Angleterre.

Redoublez de surveillance à Paris, et tâchez d’en découvrir d’autres, s’il y en a.

 

Milan , 6 juin 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, comme rien ne serait plus propre à me donner la mesure exacte des dispositions de la cour de Vienne que d’entamer une négociation dont l’objet serait d’échanger un certain nombre de grands cordons de Légion d’honneur contre des cordons des ordres d’Autriche, écrivez à M. de la Rochefoucauld de dire à M. de Cobenzl que, pendant mon séjour à Milan, j’ai reçu les cordons des ordres de Prusse, de Bavière et de Portugal; que je vais recevoir incessamment les ordres d’Espagne; qu’ainsi l’Autriche se trouve presque la seule des grand puissances du continent qui n’ait point fait un échange des cordons de ses ordres; et que, ne voyant aucune raison à une exception qui semblerait marquer de l’éloignement, je suis disposé à proposer quelques grands cordons de la Légion d’honneur en échange d’un par nombre de cordons des ordres d’Autriche. M. de la Rochefoucauld demandera à M. de Cobenzl de lui faire connaître les personnes auxquelles l’empereur d’Autriche désirerait que ces grands cordons fussent conférés, et je vous instruirai, de mon côté, du nom des personnes à qui je voudrais que fussent donnés les ordres d’Autriche. Le nombre pourrait en être fixé à cinq ou six,  non compris les deux cordons que l’empereur et moi nous nous enverrons réciproquement. Vous ordonnerez à M. de la Rochefoucauld de vous informer promptement du résultat de son entretien avec M. de Cobenzl, de ne rien négliger de ce qui pourrait me donner une connaissance positive des dispositions de la cour de Vienne, et de vous faire connaître, par la voie la plus prompte et la plus sûre, les mouvements extraordinaires qui s’opéreraient dans les armées autrichiennes.

 

Milan, 6 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je ne puis considérer que comme une calamité ce mauvais esprit de l’amiral Missiessy; parce qu’il a été quatre mois à la mer, il croit que tout doit être désarmé. L’amiral Missiessy n’a point répondu, an reste, à l’idée que je m’en étais faite. Il y répond bien moins par sa conduite depuis sa rentrée.

J’ai vu avec grand intérêt la conduite du Sylphe; faites-en mettre le détail dans le Moniteur; demandez au capitaine de ce bâtiment un détail circonstancié des vents et des mers qu’il a trouvés au delà des Orcades.

J’apprends avec plaisir que le Redoutable sera prêt. Prévenez le contre-amiral Gourdon qu’il serait possible que l’escadre qui viendra le débloquer eût un bâtiment qui ait besoin d’entrer dans le port. Peut-être serait-il bon qu’une des deux frégates eût une maistrance à bord, afin que, si une frégate avait besoin de rentrer, elle pût être réparée sur-le-champ.

Vous voyez que M. Grandellana a 7 vaisseaux. J’ai écrit pour qu’i1 en ait 10; veillez à ce qu’il ait les vivres demandés. Il faut pourvoir à ce qu’il y ait aussi des vivres à Rochefort, car voilà une chance à prévoir : c’est que l’amiral Villeneuve n’ait point de vivres pour aller jusqu’à Brest. Je dis pour aller jusqu’à Brest, car, comme il ne doit point s’arrêter là, et qu’il est obligé de prendre chasse selon les circonstances, il faut qu’il trouve au moins un mois de vivres s’il se présente devant Rochefort, ce qui pourrait servir à sa double jonction avec l’amiral Missiessy.

Je suis surpris que le général Lagrange ne soit pas venu me joindre; cela m’eut paru plus naturel que d’aller voir sa femme.

Écrivez au général Missiessy qu’il ne peut pas venir à Paris; que ce n’est rien que de commencer une campagne : il faut l’achever. Enfin je crois que madame Missiessy est une femme raisonnable, qui a un peu d’ambition. Engagez-la à partir pour Rochefort; il est juste que l’amiral Missiessy voie sa femme : qu’elle lui fasse bien comprendre qu’il faut qu’il achève la campagne. Je suis fâché que vous ne vous soyez pas avisé de cela plus tôt.

 

Milan, 6 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

J’ai lu avec attention votre lettre. Je vois avec plaisir que les Anglais n’ont plus devant Brest que 22 ou 23 vaisseaux. J’ai vu également avec plaisir qu’il y a 5 vaisseaux français au Ferrol et 8 espagnols. J’envoie un courrier pour que toutes les mesures soient prises pour qu’il y en ait 10 espagnols. N’y en aurait-il que 9, nous aurons donc 14 vaisseaux au Ferrol. Je vous ai écrit que madame Missiessy devait aller joindre son mari.

Il a acquis de la gloire; on lui en a donné plus qu’il n’en mérite; dans le Moniteur, il est bien traité. Je serais fâché de faire revenir sur son compte. L’affaire du Diamant, surtout, a fait un très-mauvais effet dans l’Amérique. Après votre lettre, c’est le dernier des hommes s’il ne prend point de chaleur.

Vous devez avoir reçu une instruction pour la mission ultérieure de l’escadre de Rochefort. Il me semble que ce que vient de faire le Sylphe prouve assez de quel bien peut être cette expédition, et quel mal elle peut faire aux Anglais.

J’espère que vous serez content des calculs hypothétiques que j’ai faits. Être maître de la Méditerranée n’est rien. Je désirerais 2 vaisseaux à Villeneuve plutôt que 40 dans la Méditerranée. Il me semble que vous n’avez pas l’esprit assez exclusif pour une grande opération. C’est un défaut dont il faut vous corriger, car c’est là l’art des grands succès et des grandes affaires. Je vous ai dit ma pensée en grand en vous donnant des instructions pour l’amiral Missiessy; vous devez calculer les détails. S’il était possible de rester cinq or six jours dans la Baltique et se jeter ensuite sur Terre-Neuve, après avoir insulté l’Irlande, quelle confusion on jetterait en Angleterre ! Je serai à Fontainebleau, mais pour vous seul, le 20 messidor (9 juillet).

 

Milan, 6 juin 1805

A M. Fouché

Je désire que M. Miot soit éloigné de son frère le conseiller d’État. Il me revient que ce commissaire des guerres n’est point pur; qu’il a reçu de l’argent et en reçoit de la Belgique pour protéger les contrebandiers. Je sais qu’on peut se tromper; mais ce soupçon est assez grave pour que la pureté et la réputation d’un personnage si important ne se trouvent pas blessées.

 

A Milan, 7 juin 1805

DISCOURS DE L’EMPEREUR AU CORPS LÉGISLATIF D’ITALIE (prononcé en italien)

Messieurs du Corps législatif, je me suis fait rendre un compte détaillé de toutes les parties de l’administration. J’ai introduit dans ses diverses branches la même simplicité que, avec le secours de la Consulte et de la Censure, j’ai portée dans la révision des constitutions de Lyon. Ce qui est bon, ce qui est beau, est toujours le résultat d’un système simple et uniforme. J’ai supprimé la double organisation des administrations départementales et des administrations de préfecture, parce que j’ai pensé qu’en faisant reposer uniquement l’administration sur les préfets, on obtiendrait non-seulement une économie d’un million dans les dépenses, mais encore une plus grande rapidité dans la marche des affaires. Si j’ai placé auprès des préfets un conseil pour le contentieux, c’est afin de me conformer à ce principe, qui veut que l’administration soit le fait d’un seul, et que la décision des objets litigieux soit le fait de plusieurs.

Les statuts, dont vous venez d’entendre la lecture, étendent à mes peuples d’Italie le bienfait du code à la rédaction duquel j’ai moi-même présidé. J’ai ordonné à mon conseil de préparer une organisation de l’ordre judiciaire qui rende aux tribunaux, l’éclat et la considération qu’il est dans mon intention de leur donner. Je ne pouvais approuver qu’un préteur seul fût appelé à prononcer sur la fortune des citoyens, et que des juges cachés aux regards du public décidassent en secret non-seulement de leurs intérêts, mais encore de leur vie. Dans l’organisation qui vous sera présentée, mon conseil s’étudiera à faire jouir mes peuples de tous les avantages qui résultent des tribunaux collectifs, d’une procédure publique et d’une défense contradictoire. C’est pour leur assurer une justice plus évidemment éclairée que j’ai établi que les juges qui prononceront le jugement soient aussi ceux qui auront présidé aux débats. Je n’ai pas cru que les circonstances dans lesquelles se trouve l’Italie me permissent de penser à l’établissement des jurés; mais les juges doivent prononcer, comme les jurés, d’après leur seule conviction et sans se livrer à ce système de semi-preuves qui compromet bien plus souvent l’innocence qu’il ne sert à découvrir le crime. La règle la plus sûre d’un juge qui a présidé aux débats, c’est la conviction de sa conscience.

J’ai veillé moi-même à l’établissement de formes régulières et conservatrices dans les finances de l’État, et j’espère que mes peuples se trouveront bien de l’ordre que j’ai ordonné à mes ministres des finances et du trésor public de mettre dans les comptes qui seront publiés. J’ai consenti que la dette publique portât le nom de Monte-Napoleone, afin de donner une garantie de plus de fidélité aux engagements qui la constituent et une vigueur nouvelle au crédit.

L’instruction publique cessera d’être départementale, et j’ai fixé les bases pour lui donner l’ensemble, l’uniformité, et la direction qui doit avoir tant d’influence sur les mœurs et les habitudes. de la génération naissante.

J’ai jugé qu’il convenait, dès cette année, de mettre plus d’égalité dans la répartition des dépenses départementales, et de venir au secours de ceux de mes départements, tels que le Mincio et le Bas-Pô, qui se trouvent accablés par la nécessité de se défendre contre les ravages des eaux.

Les finances sont dans la situation la plus prospère, et tous les payements sont au courant. Mon peuple d’Italie est, de tous les peuples de l’Europe, le moins chargé d’impositions. Il ne supportera point de nouvelles charges, et, s’il est fait des changements à quelque contribution, si l’enregistrement est établi dans le projet de budget d’après un tarif modéré , c’est afin de pouvoir diminuer des impositions plus onéreuses. Le cadastre est rempli d’imperfections qui se manifestent tous les jours; je vaincrai, pour y porter remède, les obstacles qu’oppose à de telles opérations beaucoup moins la nature des choses que l’intérêt particulier; je n’espère cependant point arriver à des résultats tels, qu’ils fassent éviter l’inconvénient d’élever une imposition jusqu’au terme qu’elle peut atteindre.

J’ai pris des mesures pour redonner au clergé une dotation convenable, dont il était en partie dépourvu depuis dix ans; et, si j’ai fait quelques réunions de couvents, j’ai voulu conserver, et mon intention est de protéger, ceux qui se vouent à des services d’utilité publique, ou qui, placés dans les campagnes, se trouvent dans des lieux et dans des circonstances où ils suppléent le clergé séculier. J’ai en même temps pourvu à ce que les évêques eussent le moyen d’être utiles aux pauvres, et je n’attends, pour m’occuper du sort des curés, que les renseignements que j’ai ordonné de recueillir promptement sur leur situation véritable. Je sais que beaucoup d’entre eux, surtout dans les montagnes, sont dans une pénurie que j’ai le plus pressant désir de faire cesser.

Indépendamment de la route du Simplon, qui sera achevée cette année, et à laquelle 4,000 ouvriers, dans la seule partie qui traverse le royaume d’Italie, travaillent en ce moment, j’ai ordonné de commencer le port de Volano, et que des travaux si importants soient entrepris sans retard et poursuivis avec activité.

Je n’ai négligé aucun des objets sur lesquels mon expérience en administration pouvait être utile à mes peuples d’Italie. Avant de repasser les monts, je parcourrai une partie des départements pour connaître de plus près leurs besoins.

Je laisserai, dépositaire de mon autorité, ce jeune prince que j’ai élevé dès son enfance, et qui sera animé de mon esprit. J’ai d’ailleurs pris des mesures pour diriger moi-même les affaires les plus importantes de l’État.

Des orateurs de mon conseil vous présenteront un projet de loi pour accorder à mon chancelier, garde des sceaux,  Melzi, pendant quatre ans dépositaire de mon autorité comme vice-président, un domaine qui, restant dans sa famille, atteste à ses descendants la satisfaction que j’ai eue de ses services.

Je crois avoir donné de nouvelles preuves de ma constante résolution de remplir envers mes peuples d’Italie tout ce qu’ils attendent de moi. J’espère qu’à leur tour ils voudront occuper la place que je leur destine dans ma pensée, et ils n’y parviendront qu’en se persuadant bien que la force des armes est le principal soutien des États.

Il est temps enfin que cette jeunesse qui vit dans l’oisiveté des grandes villes cesse de craindre les fatigues et les dangers de la guerre, et qu’elle se mette en état de faire respecter la patrie, si elle veut que la patrie soit respectable.

Messieurs du Corps législatif, rivalisez de zèle avec mon Conseil d’État, et par ce concours de volontés vers l’unique but de la prospérité publique, donnez à mon représentant l’appui qu’il doit recevoir de vous.

Le Gouvernement britannique ayant accueilli par une réponse évasive les propositions que je lui ai faites, et le roi d’Angleterre les ayant aussitôt rendues publiques en insultant mes peuples dans son parlement, j’ai vu considérablement s’affaiblir les espérances qu j’avais conçues du rétablissement de la paix. Cependant les escadres françaises ont, depuis, obtenu des succès auxquels je n’attache de l’importance que parce qu’ils doivent convaincre davantage mes ennemis de l’inutilité d’une guerre qui ne leur offre rien à gagner et tout à perdre. Les divisions de la flottille et les frégates construites aux frais des finances de mon royaume d’Italie, et qui font aujourd’hui partie des armées françaises, ont rendu d’utiles services dans plusieurs circonstances. Je conserve l’espoir que la paix du continent ne sera pas troublée, et toutefois je me trouve en position de ne redouter aucune des chances de la guerre : je serai au milieu de vous au moment même où ma présence deviendrait nécessaire au salut don mon royaume d’Italie.

 

Milan, 7 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14. J’ai fait aujourd’hui l’ouverture du Corps législatif. Vous verrez dans le Moniteur la traduction du discours que j’y ai prononcé. J’ai appris indirectement que vous aviez été incommodé; j’espère que vous serez remis de cette indisposition. Les chaleurs qu’il doit commencer à faire à Paris vous auront rendu l’air auquel votre estomac est accoutumé.

 

Milan, 7 juin 1805

DÉCRET

Désirant donner au prince Eugène, notre beau-fils et chancelier d’État de notre empire de France, un témoignage d la confiance que nous mettons dans ses sentiments de fidélité à notre personne, et voulant pourvoir, pendant notre absence, au gouvernement de notre royaume d’Italie, nous l’avons nommé et institué, nommons et instituons par les présentes, Vice-Roi de notre-dit royaume; entendons, en conséquence, qu’il remplisse, conformément à nos décrets et instructions, les fonctions que nous lui avons attribuées, qu’il exerce toute l’autorité que nous lui avons déléguée, et qu’il jouisse des honneurs, rang , prérogatives que nous avions déterminés par lesdits décrets et instructions. En foi de quoi nous avons signé les présentes, visées par notre chancelier garde des sceaux, et contre-signées par notre conseiller secrétaire d’État.

 

INSTRUCTIONS POUR LE PRINCE EUGÈNE, VICE-ROI D’ITALIE.

Mon Cousin, en vous confiant le gouvernement de notre royaume d’Italie, nous vous avons donné une preuve de l’estime que votre conduite nous a inspirée pour vous. Mais, encore dans un âge où l’on ne connaît pas la perversité du cœur humain, nous ne saurions vous recommander trop de circonspection et de prudence. Nos sujets d’Italie sont naturellement plus dissimulés que ne le sont les citoyens de la France. Vous n’avez qu’un moyen de conserver leur estime et d’être utile à leur bonheur, c’est de n’accorder votre confiance entière à personne, de ne dire à personne ce que vous pensez des ministres et des grands officiers qui vous environnent. La dissimulation, naturelle à un certain âge, n’est pour vous qu’une affaire de principe et de commandement. Quand vous aurez parlé d’après votre cœur et sans nécessité, dites-vous en vous-même que vous avez fait une faute, pour n’y plus retomber. Montrez pour la nation que vous gouvernez une estime qu’il convient de manifester d’autant plus que vous découvrirez des motifs de l’estimer moins. Il viendra un temps où vous reconnaîtrez qu’il y a bien peu de différence entre un peuple et un autre. Votre administration ayant pour but le bonheur de mes peuples d’Italie, le sacrifice des choses de leurs coutumes contre lesquelles vous êtes passionné est le premier que vous leur devez. Dans toute autre position que celle de vice-roi d’Italie, faites-vous gloire d’être Français; mais vous devez ici le faire oublier, et vous n’aurez réussi qu’en persuadant que vous aimez les Italiens. Ils savent qu’on n’aime que ce qu’on estime. Cultivez leur langue; qu’ils fassent votre principale société; distinguez-les dans les fêtes d’une manière particulière; approuvez ce qu’ils approuvent et aimez ce qu’ils aiment.

Parlez le moins possible : vous n’êtes pas assez instruit, et votre éducation n’a pas été assez soignée pour que vous puissiez vous livrer à des discussions d’abandon. Sachez écouter, et soyez sûr que le silence produit souvent le même effet que la science. Ne rougissez pas d’interroger. Quoique vice-roi, vous n’avez que vingt-trois ans, et quelque chose que dise la flatterie, tout le monde connaît secrètement ce que vous savez, et vous accorde plus d’estime par l’espérance de ce que vous serez que par l’opinion de ce que vous êtes.

N’imitez pas en tout ma conduite; vous avez besoin de plus de retenue.

Présidez peu le Conseil d’État; vous n’avez pas assez de connaissances pour le présider avec succès. Je ne verrai pas d’inconvénient à ce que vous y assistiez sous la présidence d’un consulteur, qui présiderait de sa place. La connaissance qui vous manque de la langue italienne, et même de la législation, est un très-bon prétexte pou vous abstenir. Ne prenez jamais la parole au Consei1 : on vous écouterait sans vous répondre, mais on verrait aussitôt que vous n’êtes pas en force pour discuter une matière. On ne mesure pas la force d’un prince qui se tait; quand il parle, il faut qu’il ait la conscience d’une grande supériorité.

N’ajoutez aucune foi aux espions. Il y a plus d’inconvénient que d’avantage à en avoir. Il n’y a jamais d’inquiétude à concevoir à Milan, et peut-être même dans aucun pays. Votre police militaire qui vous assure de vos troupes, est tout ce qu’il vous faut.

L’armée est le grand objet dont vous pouvez vous occuper directement et par vos propres connaissances.

Travaillez deux fois par semaine avec vos ministres : une fois seul avec chacun d’eux; une autre fois en conseil. Une partie du bien que vous pouvez faire sera fait lorsque vos ministres et vos conseillers seront persuadés que vous discutez pour ne vous rendre qu’à la raison et sans vous laisser prévenir.

Dans les cérémonies publiques et dans les fêtes, quand vous aurez des étrangers et des Français, sachez bien la place qu’ils doivent occuper et ce que vous devez faire. Il convient que vous ne fassiez jamais une école dans cette partie, et il faut éviter avec le plus grand soin de vous exposer à des affronts. Si cela arrivait, ne le souffrez pas. Princes, ambassadeurs, ministres, généraux, faites arrêter dans votre palais quiconque vous aurait offensé, fût-ce un ambassadeur d’Autriche ou de Russie. Mais, encore une fois, ces événements sont toujours fâcheux. Ce qui est indifférent pour moi est pour vous une affaire épineuse et de conséquence.

Votre grand intérêt est de bien traiter les nationaux, de les connaître tous, de savoir quel est leur nom, quelle est leur famille. Ne montrez pas trop d’empressement aux étrangers; il n’y a jamais rien à gagner avec eux. Un ambassadeur ne dira pas de bien de vous, parce que son métier est de dire du mal. Les ministres étrangers sont, dans la force du terme, des espions titrés. Il ne peut y avoir d’inconvénient à les éloigner de vous; ils sont toujours plus disposés à estimer ce qu’ils voient peu que ce qui leur témoigne amitié et bienveillance.

Il n’y a ici qu’un homme essentiel, le ministre des finances; c’est un travailleur qui connaît bien sa partie.

Quoiqu’on sache que je suis derrière vous, je ne doute pas que l’on ne cherche à étudier votre caractère. Faites exécuter vos ordres, surtout de la part des militaires; ne souffrez jamais qu’ils y manquent.

Le décret public que j’ai signé désigne la portion d’autorité que je vous confie; je m’en réserve une plus grande, c’est de vous diriger dans vos opérations. Écrivez-moi chaque jour ce qui vous sera arrivé. Ce n’est que successivement que vous apprendrez comment j’envisage chaque question et chaque objet.

Ne montrez mes lettres à qui que ce soit, et sous quelque prétexte que ce puisse être. On ne doit savoir ni que je vous écris, ni ce que je vous écris. Ayez une chambre où personne n’entre, pas même votre secrétaire intime et votre secrétaire des commandements.

  1. Méjan vous sera utile, s’il ne cherche pas à gagner de l’argent; et il ne cherchera pas à gagner de l’argent, s’il sait que vous regardez ses actions et qu’une seule faute de ce genre le perdrait dans mon esprit comme dans le vôtre. Il doit être bien payé et avoir l’espoir de toute espèce d’avancements; mais il faut pour cela qu’il soit sur pied nuit et jour; s’il prend l’habitude de ne travailler qu’à des heures fixes et de s’amuser le reste du jour, il ne vous servira de rien. Vous aurez à réprimer en lui, comme dans les autres Français, la disposition qui les porte à dépriser le pays, d’autant plus que la mélancolie s’y joindra; car le Français n’est bien nulle part qu’en France.

Tenez en règle ma Maison, mes écuries, et, au moins tous les huit jours, arrêtez tous mes comptes. Cela est d’autant plus nécessaire qu’ici l’on ne sait pas administrer.

Ayez à Milan une parade tous les mois.

Environnez-vous, de préférence, des jeunes gens du pays; les vieux ne sont bons à rien.

Je distribuerai, tous les deux mois, les fonds pour le crédit des ministres. En conséquence, vous m’enverrez l’état des demandes de chaque ministre, et, avec cet état, ceux de situation du trésor public et des ordonnances délivrées pour les deux mois précédents. Vous m’adresserez la feuille de travail des ministres, le procès-verbal du Conseil d’État, l’état de situation des troupes et les rapports de police.

Vos fonctions sont importantes et votre besogne très-considérable. Étudiez-vous à connaître l’histoire de chacune des villes qui composent mon royaume d’Italie; visitez les places-fortes et toutes les positions célèbres par des combats. Il est probable qu’avant que vous ayez trente ans vous ferez la guerre, et c’est un grand acquis que la connaissance du territoire.

Enfin, soyez inflexible pour les fripons. C’est une victoire gagnée pour l’administration que la découverte d’un comptable infidèle. Ne souffrez pas que l’armée française fasse la contrebande.

 

Milan, 7 juin 1805

Au maréchal Berthier

Les troupes en Italie ont besoin d’une surveillance particulière. L’air y est d’ailleurs, assez malsain. Je désirerais former un camp de baraques, en carré, dans la plaine de Montechiaro. Ces baraques seraient faites en briques ou en bois, selon ce qui serait sain.

Le camp serait composé de douze bataillons, deux généraux de brigade, quatre adjoints; tout le monde camperait, et toute l’armée, que je composerais de seize régiments, l’occuperait à tour de rôle chacun trois mois, hiver comme été.

Par ce moyen on aurait des troupes exercées. On sait que le système de cantonnement ne réussit pas, que les manœuvres y sont mauvaises, et que le soldat d’ailleurs n’y prend pas cette habitude de servir qu’il prend dans le camp. Mais il serait naturel alors de lui donner la viande.

Je désirerais savoir ce que coûterait un camp ainsi baraqué, la dépense que coûterait la fourniture de la viande et des vivres de campagne.

 

Milan, 7 juin 1805

DÉCRET

ARTICLE ler – Le Pô jusqu’à l’embouchure du Tessin, de même que la Sesia jusqu’à son embouchure, serviront de limites entre le royaume d’Italie et l’empire français. Le lit de la Sesia, ainsi celui que celui du Pô dans cette partie, les îles, la pêche, les passages et ce qui tient à la navigation et à la police, resteront sous le domaine de l’empire français.
ART. 2. -Les citoyens de l’un et l’autre État se conformeront aux lois et règlements sur les douanes.

 

Milan, 7 juin 1805

DÉCISION

L’inspecteur général Songis rend compte à ]’Empereur de l’état de l’artillerie de la flottille de Boulogne et de ce qu’il se propose de faire. Mon intention n’est pas que toutes les poudres de transport soient embarquées sitôt. Le maréchal Berthier écrira au général Soult et an contre-amiral Lacrosse qu’ils ont tort de se trop presser et de risquer à avarier des munitions. J’ai promis de prévenir quinze jours d’avance : on aura bien le temps d’embarquer les poudres. Que l’inspecteur général de l’artillerie prenne ses mesures sur cela.

 

Milan, 7 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Je ne verrai pas d’inconvénient à prendre le fils de l’amiral Linois dans ma Garde. Cela lui servira de petite compensation. S’il s’est trompé sur le convoi de la Chine, ce n’est pas faute de bonne volonté. Nous avons dû le blâmer publiquement pour que cela serve pour la gouverne de nos marins.

Faites part au prince de la Paix de l’expédition de la frégate pour Manille.

Dans les circonstances ordinaires, nul doute que nous aurions gagné à donner trois mois pour réparer l’escadre de Rochefort; nais vous savez comme moi qu’il n’est pas question d’une longue campagne, et qu’il est absolument nécessaire que cette escadre soit en mer dans la première quinzaine de messidor.

Au reste, il me semble que vous avez fait sur cela tout ce qui était possible. Que Nelson n’ait pas été à la suite de l’escadre française, cela ne m’étonne pas; mais je suis étonné qu’il n’ait pas été en Angleterre. Toutes les probabilités sont que, le 22 mai, une escadre est partie pour les Indes. Une quinzaine de vaisseaux si prêts à partir : j’attends donc avec impatience d’apprendre qu’ils le sont. Vous devez vous souvenir que les vivres ne permirent à Nelson d’attaquer l’escadre d’Aboukir qu’un mois après. Les Anglais ne sont si forts que de notre immense ……. Un gouvernement collectif a des idées moins simples, est plus long à se décider.

Je suis bien aise d’apprendre que Missiessy se décide enfin. Sinon le vieux amiral Rosily serait peut-être bon pour cette expédition. Tâchez de joindre à l’escadre le brick qui vient de faire le tour d’Irlande , et aussi tous les autres bricks que vous pourrez, 1° parce que ce sont des voiles, 2° parce que plus on fera de prises sur les côtes d’Irlande, plus on portera la crispation à Londres et plus on  obligera à suivre l’escadre; et c’est là le but principal. Mon intention est également de faire faire dans la première quinzaine de messidor de grands mouvements au Texel. J’y ai déjà 7 vaisseaux réunis, je ne désespère pas de combiner l’escadre de Missiessy avec celle Texel, de manière à faire croire que Missiessy, et peut-être Villeneuve, tournent l’Irlande, ce qui leur fera dégarnir l’escadre Brest. Je suis sûr d’avoir gain de cause si l’ennemi n’a que 22 ou 23 vaisseaux devant Brest. Peut-être serait-il nécessaire de faire rentrer dans le port 2 vaisseaux, afin que cela les détermine plus aisément à se diminuer.

Mon intention est que les Français, Génois, Mahonais et Napolitains pris à bord du chebec anglais soient traités comme des forbans; que le capitaine, s’il n’est point Anglais, soit fusillé, et les autres, condamnés aux galères et conduits, sous bonne et sûre escorte, à Rochefort. Je dis à Rochefort, parce qu’ils auront plus de peine à se sauver des galères de Rochefort que de celles de Toulon.

Faites passer cette lettre au général Marmont.

 

Milan, 7 juin 1805

Au générale Marmont, commandant le camp d’Utrecht

Je donne ordre que deux compagnies du bataillon du train se rendent à votre armée pour prendre 400 chevuux. Les plus fortes instances vont être faites pour presser les 2 vaisseaux d’Helvoet-Sluys.

Faites joindre le 7e, et exécutez ponctuellement ce que je vais vous prescrire.

Que votre camp d’Utrecht soit parfaitement formé au 15 messidor. Faites tous les mouvements d’embarquement; que l’escadre soit prête à sortir si les Anglais sont inférieurs, ou, ce qui remplira également mon but, qu’on les tienne en alarme et qu’on attire le plus possible de leurs forces. Faites-moi connaître le genre de mouvement que l’escadre hollandaise peut faire pour remplir ce dernier objet. Il ne m’est pas indifférent qu’après le 15 messidor vous teniez sur vous 2 vaisseaux de plus ou de moins. Calculez tous vos moyens pour en attirer le plus possible.

Rendez-vous à Flessingue, concertez-vous avec Schimmelpenninck pour que l’escadre hollandaise ait 9 vaisseaux au lieu de 7. Quant aux frégates, ce n’est rien. Je vois que vous ne pouvez embarquer que 1,400 chevaux, et vous en avez davantage. Faites-moi connaître combien vous avez de cavalerie disponible. Vous ferez d’abord embarquer ces 1,400 chevaux, cela est suffisant; mais, comme il est possible que les écuries reviennent en chercher d’autres, ayez-en pour ce cas encore 1,400.

Je ne puis croire que le 3e bataillon bis ne puisse servir que 400 chevaux; mais je crois que vous êtes bien aise d’amener assez d’hommes pour en servir un millier; je ne puis blâmer cette prétention. On vous fournira autant de bâtiments légers qu’il sera possible.

Vous ne me dites pas dans votre lettre combien vous avez d’approvisionnements, car ce n’est rien que de dire que les approvisionnements pour 25,000 hommes sont complets et de bonne qualité. Faites-moi savoir pour combien de jours sont ces approvisionnements. Je pense qu’il convient que les vaisseaux de guerre soient approvisionnés de quatre mois de vivres pour les équipages, et de quinze jours pour les passagers de tout le convoi et de l’armée. Il faut que les écuries le soient de manière à faire un deuxième voyage sans être obligées de faire de l’eau et des vivres; et, enfin, avoir en réserve 400,000 rations de biscuit et d’eau-de-vie pour débarquer avec l’armée. Ce n’est pas beaucoup que quinze jours de vivres. Ce serait une ineptie que d’en avoir moins. Je pense que vous avez fait faire quatre ou cinq fours portatifs; que vos soldats ont une paire de souliers aux pieds et deux dans le sac, et qu’enfin vous embarquerez 4 ou 5,000 paires de souliers et autant de fusils; dans l’embarquement et le débarquement on en perdra beaucoup.

 

Milan, 7 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Le général Marmont demande 2 navires qui sont à Flessingue et 2 frégates qui sont dans la Meuse, pour les joindre à l’escadre batave, à son départ. Il fait sentir l’importance d’avoir le plus de bâtiments légers possible. Voyez ce que j’ai de disponible dans tous les ports pour joindre à l’escadre hollandaise. Le général Marmont m’assure qu’elle est forte de 7 vaisseaux et de 3 frégates. Voilà déjà un résultat. Écrivez à M. Schimmelpenninck et au ministre de la marine pour leur faire sentir l’importance que j’attache aux vaisseaux d’Helvoet-Sluys; que, s’il ne faut que des matelots, on les ait avant la fin de messidor; qu’on travaille nuit et jour. Quant aux matelot ce n’est point un obstacle sérieux en Hollande; qu’on fasse une presse à Amsterdam. Enfin faites connaître que je ne saurais me contenter de 7 vaisseaux de ligne, lorsque la France et l’Espagne font tous les efforts possibles.

 

Milan, 7 juin 1805

DÉCRET

ARTICLE ler. – Tout corsaire dont les deux tiers des équipages ne seraient pas natifs Anglais, ou sujets d’une puissance ennemie de la France, et seraient Français, Génois, Italiens, Napolitains, etc. sera considéré comme forban.
ART. 2. – Les officiers seront passés par les armes, et les autres individus de l’équipage condamnés aux galères.
ART. 3. – Le ministre de la marine est chargé de l’exécution présent décret, qui sera imprimé, affiché publiquement, traduit dans toutes les langues de l’Europe et transmis à tous les commissaires des relations commerciales français.

 

Milan, 8 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, il me revient que le Te Deum qui a été chanté à Marseille pour célébrer le couronnement de Paris n’a pas été payé aux musiciens; le Te Deum qui a été chanté pour le couronnement du roi d’Italie éprouvera sans doute autant de retard à l’être. Les autorités militaires n’y ont pas été invitées. Écrivez au préfet de ce département qu’il se hâte de faire disparaître ces inconvénients. Il ne faut point donner de fêtes si on n’a pas le moyen de les payer. Il est incroyable qu’une ville comme Marseille donne lieu à des plaintes aussi honteuses.

 

Milan, 8 juin 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, l’État de Gênes est réuni à l’Empire. Il est encore sous un gouvernement provisoire. J’en ai chargé M. Champagny : il est donc là plus qu’empereur, il est législateur. C’est dans ce sens que je vous ai mandé que, pour tout ce qui concernerait votre service, vous devrez vous adresser à lui.

Les douanes, comme les impositions, demandent des préliminaires, ainsi que tout ce qui tendrait à préserver nos finances. Vous pouvez donc vous adresser à M. Champagny pour les premières.

Je désirerais que vous vous rendissiez à Gênes, lorsque votre présence ne sera plus si nécessaire à Turin; et d’ici à ce que le gouvernement soit installé, et en attendant l’extension des impositions sur Gênes, faites verser l’enregistrement et autres impositions; ne faire aucun avancement dans l’enregistrement, mais mettre des Génois que vous placerez en France; sans cela ce pays se trouverait entièrement ruiné.

Je ne compte pas être à Gênes avant le premier jour de messidor, et c’est pour cette époque que je désirerais vous y trouver.

Je ne veux pas vous fixer le jour où vous vous rendrez à Gênes, puisque cela dépend entièrement de . . . . . . . Je ne puis que vous faire connaître mon itinéraire. Je partirai lundi pour Brescia; je resterai plusieurs jours au camp et sur l’Adige. De là, à Boulogne (lire sans aucun doute : Bologne); j’y resterai plusieurs jours. J’irai à Parme, et de là à Gênes, où je serai dans les premiers jours de messidor.

J’allais signer le projet de décret que vous me proposez pour autoriser le préfet à viser les actions de l’abbaye de Lucidio et les comptes d’amortissement destinés au conservateur des rentes, quand je vois, dans l’article 3, que vous étendez l’autorisation aux commissaires délégués par le préfet; j’ai donc pensé que cet objet méritait mon attention, et je préfère que M. Bérenger, chargé d’une autre besogne à Turin, reste quelque temps dans ce pays, pour la surveillance de cette partie de la conversion des monti piémontais en achats de biens nationaux. Le moindre abus qui s’introduirait dans cette opération coûterait très-cher. Faites un décret pour la donner à Bérenger et être bien sûr qu’il ne s’y introduira aucun abus contraire aux intérêts du trésor.

J’approuve la marche et les principes de votre rapport, qui remplit parfaitement mes intentions; mais je n’ai pas signé; lorsqu’il aura tous les renseignements des six départements, je signerai : telles rentes étant, et vu telle compensation d’octroi.

 

Milan, 8 juin 1805

A M. Barbé-Marbois

J’ai reçu votre lettre du 14. Les détails particuliers que vous mettez ne sont pas assez développés. Il faut me nommer les individus que vous soupçonnez avoir établi des pratiques autour de moi.  J’ai trop à cœur cette affaire pour ne pas désirer d’en voir la fin. Le procès criminel sera suivi avec la plus grande activité; et, s’il se fait des arrangements, ce ne sera qu’avec le trésor et à fortes sommes; mais je crois que ces arrangements ne valent pas beaucoup. Le mieux de tout, c’est un exemple.

 

Milan, 8 juin 1805

Au maréchal Soult

Je vois avec plaisir par votre lettre que votre conduite avec le prince Joseph a été telle qu’elle devait être, car mon sentiment est qu’il n’y a point de princes à l’armée. Il y a des soldats, des officiers des colonels, des généraux, et le général en chef, qui doit couvrir tout et être au-dessus de tous. Je n’avais point eu les mêmes détails et, pour la discipline militaire, j’attachais beaucoup d’importance surtout à ce que ce fût vous qui eussiez donné à déjeuner aux officiers réunis après les manœuvres. Les princes aussi ne doivent jamais donner de l’argent aux troupes, sous aucun prétexte, si ce n’est au corps qu’ils commanderaient directement.

J’ai fait aussi connaître au prince mon mécontentement, et qu’un fois rentré dans la ligne de l’armée il ne pouvait s’en aller sans votre ordre ou sans votre permission expresse. Tout cela, qui a peu d’inconvénients pour le prince Joseph, qui est d’un caractère fait, et âgé, en aurait beaucoup pour des jeunes princes qui voudraient couvrir leur goût de dissipation et d’ignorance par . . . . . .

J’ai donc vu que les journaux avaient donné une fausse direction à l’opinion; mais c’est l’ouvrage de sots amis, qui ne sentent pas qu’il n’y a de beau que ce qui est juste et utile; et il n’est ni juste ni utile qu’un colonel, quel que soit son rang, passe des revues et fasse ce que ferait un général en chef.

Si l’on avait mis le général en chef commandant la flottille et le prince Joseph, comme colonel se trouvant avec lui, on aurait senti la nuance, et cela n’eût pas été propre à égarer la discipline militaire.

 

Milan, 8 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, il paraît que les Anglais croient l’amiral Villeneuve destiné pour les Indes. La réjouissance qu’ils ont faite paraît avoir pour but de faire parade de quelques succès qu’ils ont obtenus contre Holkar; mais, en réalité, ce n’est que pour rassurer l’Angleterre et pallier leurs craintes sur le tort qu’éprouverait leur crédit si une armée française débarquait aux Indes. Vous avez bien prévu que je consentirais à ce que l’amiral Missiessy partît un peu plus tard, plutôt que de le laisser partir avec 3 vaisseaux. Tâchez, au contraire, de joindre le Sufren à son escadre, et mettez-y le plus de frégates possible. Faites partir cet amiral le plus tôt qu’il le pourra. Écrivez-le-lui d’une manière bien positive. C’est un homme assez actif, qui a besoin d’instructions claires et fermes. Étudiez les côtes d’Irlande. Prescrivez-lui de faire entrer ses bricks et une ou deux frégates dans le fond de quelque rade foraine. Qu’il se présente sur deux points de l’Irlande. S’il pouvait croiser six jours à l’embouchure de la Baltique, ce serait charmant. Au reste, ces chances sont calculées sur la possibilité de le réunir à l’amiral Villeneuve. Pourquoi, par exemple, après avoir alarmé l’Irlande, ne se porterait-il pas à telle latitude derrière le Ferrol, où Villeneuve l’enverrait chercher par une frégate ? Ou, dans les mois de juillet et août, ne pourrait-on pas faire croiser Missiessy dans un tel espace de vingt lieues, qui serait à peu près la route de l’amiral Villeneuve, que celui-ci, instruit, y passât exprès et fit battre la mer par ses bricks pour se joindre à lui ? Mon but principal est de le réunir à l’amiral Villeneuve; et, comme ce que j’imagine est tout simple dans la saison où nous sommes, je pense donc que l’amiral Missiessy avec ses 6 vaisseaux doit le p1us tôt possible se rendre sur les côtes d’Irlande, s’y montrer deux fois, la première du côté du sud, la seconde du côté du nord, disparaître et tâcher d’être, le 10 thermidor, rendu hors de la route commune entre le Ferrol et Brest, plus près du Ferrol. Villeneuve et Gourdon en seraient instruits et feraient tout ce qui serait nécessaire pour opérer la réunion. Il faut pour cela deux choses : 1° faire aux Anglais douze ou quinze prises, soit bricks, soit caboteurs, n’importe quel petits bâtiments, sur les côtes d’Irlande; 2° brûler ou mettre à son bord tout ce qui raisonnerait, afin de ne pas laisser connaître qui il est. On croira que c’est un détachement de l’amiral Villeneuve comme toute autre chose.

J’avais déjà les nouvelles de Corfou que vous m’envoyez; il est bien évident que la tenue d’une armée de 12,000 hommes à Corfou doit les ruiner. J’aurais une grande joie d’apprendre que l’amiral Collingwood doit aller à Malte se combiner avec cette célèbre armé russe; rien ne pourrait nous arriver de plus heureux; mais la responsabilité des ministres est devenue si grande, qu’ils ne peuvent pas ne pas renvoyer aux Indes. Je le crois destiné à prendre le Cap. S’il vont à Malte, ils ne pourraient pas mieux faire s’ils exécutaient mes ordres.

Je vous envoie une lettre de M. Jérôme, qui me parait extraordinaire; si l’on ne s’est pas trompé, et que l’on n’ait pas pris des vaisseaux marchands pour des vaisseaux de ligne, ce qui arrive souvent, ce ne peut être que l’escadre espagnole; ou bien Nelson serait rentré dans la Méditerranée ? Tant mieux. Mais alors que ferait-il entre la Corse et Toulon ?

 

Milan, 8 juin 1805  

A M. Jérôme Bonaparte

Mon Frère, je reçois votre lettre. Je crois que les guetteurs de Port-Maurice ont pris des vaisseaux marchands pour des vaisseaux de ligne. A coup sûr ce ne sont point des vaisseaux français, à moins que ce ne soit ou l’escadre de Carthagène ou l’escadre de Nelson qui serait rentrée dans la Méditerranée. Les renseignements que vous me donnez ne sont pas assez précis; il faut faire connaître à quelle distance précise ces vaisseaux ont été vus; car, si cette distance passe trois lieues, c’est un indice trop léger qui, lorsqu’il ne se combine pas avec des données générales, ne mérite que peu de foi. Si l’escadre s’est approchée de Port-Maurice et y a été vue à la distance de pas plus de trois lieues par des personnes raisonnables, il faudrait bien croire alors ce qu’on ne pourrait contredire.

Il paraît que le brick qui a été en Corse n’a ramené ni matelots, ni conscrits.

 

Milan, 9 juin 1805

A M. Berthollet

Monsieur Berthollet, j’ai reçu votre lettre du . . . prairial. Ce qui a le plus particulièrement fixé mon attention est la fabrication des vins et eaux-de-vie. Je désire que vous leur donniez quelques instructions. Quant aux fabricants de Lodève, je ne comprends point comment il leur est dû 1,700,000 francs sur l’an XII. S’il leur est dû, ils seront payés; mais, avant d’accueillir légèrement leurs plaintes, voyez à vous assurer qu’elles sont fondées.

Je recevrai avec intérêt le mémoire que vous aurez à me présenter sur l’école de médecine.

 

Milan, 9 juin 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je désire que vous donniez des ordres pour que chaque régiment de dragons des divisions de Compiègne et d’Amiens soit formé de la manière suivante :

Chaque régiment formera deux escadrons à cheval et deux compagnies à pied. Ces deux compagnies à pied seront composées ainsi qu’il suit : 2 capitaines, 2 lieutenants, 2 sous-lieutenants, 2 maréchaux des logis chefs, 8 maréchaux des logis, 16 brigadiers, 4 tambours ou trompettes et 260 dragons. Les neuf régiments de la division d’Amiens, qui forment dix-huit compagnies à pied, formeront quatre bataillons, chacun composé des quatre compagnies à pied de deux régiments, ou de 600 hommes. La compagnie dans les manœuvres forme une division. Chacun des bataillons sera commandé par un chef d’escadron d’un des deux régiments qui fournissent des hommes à pied, qui sera nommé par le général de la division. Deux bataillons formeront un régiment : chaque régiment sera donc composé de 1,200 hommes, commandés par un colonel et un adjudant major. Les choses seront arrangées de manière que le régiment qui fournit le chef d’escadron ne fournisse pas le colonel ou l’adjudant major. Celui des deux régiments le plus faible sera augmenté des hommes à pied du 9e régiment de la division. Le général Klein nommera un général de brigade pour commander cette brigade à pied; il enverra dans le plus court délai son embrigadement.

La même opération sera faite à la division de Compiègne. On formera trois régiments au lieu de deux. Ces trois régiments seront formés de la manière suivante : deux seront composés chacun des huit compagnies à pied de quatre régiments de dragons, et le troisième sera composé seulement des six compagnies à pied de trois régiments; ce qui fera 3,300 hommes. Le général Baraguey d’Hilliers nommera les colonels, les chefs d’escadron et le général de brigade qui devront commander ces hommes à pied. Les états de revue vous en seront envoyés.

Ces deux brigades seront exercées aux manœuvres à pied. Vous préviendrez les deux généraux qui commandent les divisions de dragons que ces deux brigades, qui ne doivent former qu’une division se tiennent prêtes à partir au 1er messidor, munies de tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre. Veillez à ce que les colonels, chefs d’escadron, adjudants-majors, capitaines et autres officiers soient des hommes de choix, entendant parfaitement les manœuvres.

 

Milan, 9 juin 1805

Au maréchal Berthier

Je suis mécontent de ce que le général Morand n’envoie pas de marins. J’ai ordonné un appel de 500 marins dans les départements de la Corse : il faut les lever dans le plus court délai. Il n’envoie pas non plus de conscrits : il faut qu’il prenne des mesures efficaces pou arriver à ces deux points. Donnez ordre que les conscrits débarquant à Toulon soient habillés d’une veste blanche et dirigés sur-le-champ au bataillon qui est à Boulogne.

 

Milan, 9 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Je vous envoie les instructions pour le commandant de l’escadre de Rochefort. Je vous laisse le maître de désigner l’officier qui vous paraîtra le plus propre à cette expédition, si l’amiral Missiessy continue à ne pouvoir pas servir. J’ai joint à mes instructions des observations sur plusieurs points que j’ai laissés en blanc et que vous remplirez.

 

Milan, 9 juin 1805

INSTRUCTIONS POUR LE COMMANDANT DE L’ESCADRE DE ROCHEFORT

Monsieur ……….. Commandant d’une de nos escadres, notre ministre de la marine vous fera connaître les noms et l’armement des vaisseaux de tout rang que nous mettons sous vos ordres.

Notre intention est que vous partiez le plus tôt possible de notre rade de l’île d’Aix, et que vous vous portiez sur les côtes d’Irlande, où l’intérêt de nos opérations maritimes exige qu’il soit fait une diversion qui oblige l’ennemi à y diriger une partie de ses forces navales.

Notre intention est que vous reconnaissiez les côtes d’Irlande comme si vous arriviez d’Amérique; que vous reconnaissiez le premier point de ces côtes du 15 au 20 messidor, et surtout que vous ne vous laissiez ni rencontrer ni voir à portée de ces côtes avant le 15 messidor.

Du moment que vous aurez appareillé de notre rade de l’île d’Aix, vous parcourrez l’espace de 400 lieues à l’ouest et croiserez aux environs de ce méridien le nombre de jours nécessaire pour n’arriver sur les côtes d’Irlande que le 15 ou 20 messidor.

Vous ne conserverez aucune prise qui retarderait votre marche et affaiblirait vos équipages. Vous brûlerez ou coulerez bas tout bâtiment de commerce, soit ennemi, soit neutre, qui pourrait déceler votre marche, et prendrez les équipages prisonniers à votre bord, en recommandant qu’ils soient sévèrement tenus. Si ce sont des neutres, vous traiterez les équipages avec égards, et déclarerez aux patrons que je payerai la valeur des bâtiments.

Arrivé à ladite époque, du 15 au 20 messidor, sur la côte occidentale d’Irlande, vous tâcherez d’aborder aux environs de l’embouchure du Shannon, plutôt comme venant du nord que comme venant du sud, c’est-à-dire reconnaissant plutôt les caps de la rive droite que de la rive gauche. Vous croiserez là l’espace de huit ou neuf jours; vous ferez entrer dans cette rivière vos petits bâtiments et quelques frégates, pour y prendre tous les bâtiments qui s’y trouveraient et augmenter le plus possible le nombre de vos prises.

De là, vous vous porterez aux îles Clare; vous ferez dans cet partie le plus de prises que vous pourrez, arrêtant les pêcheurs, embarcations ou autres petits bâtiments, les brûlant ou les coulant fond, et ne relâchant personne, sous quelque prétexte que ce soit.

Si les vents vous empêchent d’arriver aux îles Clare, vous tâcherez de vous faire voir près d’une autre baie, vous dirigeant de manière à faire croire que vous allez au nord et que votre mission est de doubler l’Irlande. Après quoi, vous disparaîtrez au large et prendrez par des routes inusitées, votre direction de manière à être, du 10 au 15 thermidor, à 40 lieues à l’ouest du Ferrol, par le 43° 32′ de latitude et 43° 22′ de longitude.

C’est vers cette époque que l’armée navale combinée, aux ordres de l’amiral Villeneuve, forte de 20 vaisseaux de guerre et de 10 à 12 frégates, se rendra au Ferrol et s’y réunira à l’escadre du contre-amiral Gourdon.

Du moment que vous aurez joint l’amiral Villeneuve, vous vous rangerez sous son pavillon; cet amiral, qui saura au Ferrol votre destination, vous ira chercher.

S’il vous était impossible de vous trouver au 15 thermidor au point qui vous est désigné, vous vous dirigeriez sur le point placé par 46° 55′ de latitude nord et 9° 30′ de longitude occidentale. Si, dans l’une ou l’autre de vos stations, au 25 thermidor, vous n’aviez entendu parler de rien, vous vous approcherez des côtes d’Espagne; vous arriverez devant Vigo, où vous trouverez des nouvelles ou peut-être des instructions chez mon commissaire des relations commerciales.

Si, lorsque vous paraîtrez à 40 lieues du Ferrol, vous êtes certain que ce port n’est point bloqué et que l’amiral Villeneuve n’y est pas encore arrivé, vous pourrez entrer à la Corogne et vous joindre au contre-amiral Gourdon, dont la division sera alors sous vos ordres (le plus ancien prendra le commandement; si c’est capitaine Allemand qui est chargé du commandement de la division, il sera sous les ordres du contre-amiral Gourdon); ce qui portera vos deux escadres réunies à 20 vaisseaux de guerre, et vous attendriez l’arrivée de l’amiral Villeneuve. Mais, comme il ne faut pas donner à l’ennemi lieu d’augmenter sa croisière du Ferrol, vous n’êtes autorisé à y entrer qu’après le 15 thermidor.

Vous avez trop d’expérience des mouvements combinés pour point sentir l’importance de votre opération. Il est impossible que croisant à l’embouchure du Shannon, vous ne preniez pas une grande quantité de bâtiments; ce qui portera l’alarme en Angleterre  et obligera l’ennemi à renforcer sa croisière d’Yarmouth et de Boulogne.

Vous jetterez les proclamations irlandaises que vous trouverez ci- jointes; vous pourrez même en laisser sur les côtes.

Dans votre nouvelle croisière et sur les différents points de votre mission, vous n’épargnerez ni ennemis, ni neutres, ni Français, de manière que rien ne puisse démasquer votre croisière.

Il sera possible que, dans la première partie de votre mission , vous tombiez sur des convois anglais qui vont d’Amérique en Angleterre, et, dans la seconde partie, sur ceux qui vont de Lisbonne en Angleterre. Vous ferez en sorte d’en tirer tout le parti possible et de faire le plus de prisonniers que vous pourrez.

Si, par des circonstances imprévues, vous communiquez avec des bâtiments sans les arrêter, chose que je ne pourrais prévoir, à moins que ce ne fussent des bâtiments de guerre suédois ou autres neutres que vous ne dussiez pas prendre, vous vous ferez passer pour un détachement de l’escadre de l’amiral Villeneuve.

Si, après le 25 thermidor, il arrivait, par des circonstances quelconques, que l’amiral Villeneuve fût entré dans quelqu’un de nos ports et que vous n’ayez aucune instruction à Vigo, vous finiriez de consommer vos vivres en croisant dans les parages où vous pourrez faire le plus de mal à l’ennemi, et vous ne rentrerez dans nos ports que six mois après votre départ.

Si, au contraire, vous apprenez qu’une de nos armées soit entrée soit en Angleterre, soit en Irlande, vous tâcherez de vous mettre en communication avec elle, et vous ferez tout ce qui sera possible pour opérer votre jonction avec mes autres escadres.

Nous nous reposons, pour le succès de cette expédition, sur votre zèle, sur votre bravoure et sur votre attachement à notre personne.

 

Milan, 9 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 15 prairial, huit heures du soir, et celle du 16. Tout me porte à penser que les Anglais ont enfin expédié 15 vaisseaux aux Grandes Indes, du moment où ils ont appris que l’amiral Cochrane était arrivé à la Barbade, et que notre escadre était partie de ces parages quinze jours avant. La prompte rentrée de l’escadre de Rochefort a eu cela d’heureux, qu’elle a ôté toute idée de réunion des deux escadres. L’escadre de l’amiral Orde a été tout entière devant Brest; il n’a jamais eu que  3 vaisseaux de 74; le reste est de 64 ou 50. Il est très-incertain de savoir ce qu’a fait Nelson; il serait très-possible que les Anglais, ayant envoyé 15 vaisseaux aux Grandes Indes, armés et équipés à neuf, eussent fait partir en même temps Nelson pour l’Amérique. Je suis d’opinion, cependant, que Nelson est encore dans les mers  d’Europe. Le sentiment le plus naturel est qu’il devrait être rentré en Angleterre pour se ravitailler et verser ses équipages sur d’autres bâtiments; car ses vaisseaux ont besoin d’entrer dans le bassin, son escadre peut être considérée comme étant en très-mauvais état. Je pense que l’amiral Collingwood n’est parti pour sa destination que le 21 mai. L’escadre de l’amiral Cochrane est dans le plus mauvais état; je ne doute pas qu’il ne séjourne à la Jamaïque pour s’y réparer et se ravitailler.

Je vois avec plaisir le bon état de l’escadre du Ferrol et la bonne situation de ses approvisionnements. Il paraît que le Ferrol n’est point bloqué; ainsi Villeneuve n’aura là aucune espèce de combat à essuyer. Il paraît que le contre-amiral Gourdon a besoin de courriers; écrivez-lui par des courriers extraordinaires qu’il gardera, du retour desquels il profitera pour vous donner des nouvelles. Faites-lui connaître que j’ai demandé à l’Espagne d’augmenter l’escadre du Ferrol et de la porter jusqu’à 10 vaisseaux. Il serait peut-être convenable de charger un transport de farine, lequel en porterait quelques sacs à chaque vaisseau de l’amiral Villeneuve; car la crainte est que, s’il n’a pas vécu à la Martinique sur le journalier, il ne manque de vivres. Je ne puis que vous réitérer ce que je crois vous avoir déjà dit, de tenir en règle et d’approvisionner de vivres les deux frégates, ou au moins une, afin de pouvoir y verser les équipages, si quelque bâtiment de l’escadre était obligé d’entrer dans le port.

Venons aux opérations de l’escadre de Rochefort : les Anglais détacheront, sans nul doute, quelques vaisseaux pour courir sur cette escadre; mais ils ne rentreront pas à Ouessant. Votre défaut est de calculer comme si les Anglais étaient dans le secret; il faut calculer comme doit le faire l’amirauté : 100,000 hommes sont à Boulogne; 7 vaisseaux de guerre sont au Texel avec une armée de 30,000 hommes, et une escadre de 22 vaisseaux de guerre est dans le port de Brest. Il peut arriver que l’escadre de l’amiral Villeneuve revienne brusquement sur l’Europe; mais aussi elle peut aller aux Indes ou à la Jamaïque; et quelle immense responsabilité pèse sur la tête de ces ministres, s’ils laissent passer trois ou quatre mois sans envoyer des forces an secours de ces colonies ! Les Anglais doivent donc envoyer une escadre à la suite de l’amiral Villeneuve. Le parti qu’ils ont pris d’en envoyer une aux Indes, dès qu’ils ont su l’arrivée de l’amiral Cochrane aux îles du Vent, prouve qu’ils n’ont pas de doute que Villeneuve soit allé là. Si j’étais dans l’amirauté de Londres, il me semble que j’aurais envoyé quelques escadres légères aux Indes et en Amérique, et que j’aurais préparé une forte escadre d’une vingtaine de vaisseaux, que je n’aurais expédiée qu’au moment où j’aurais été certain de la destination de l’amiral ViIleneuve. Dans la seconde hypothèse, j’aurais craint aussi le brusque retour de l’amiral Villeneuve sur l’Angleterre, sa réunion à l’escadre de Brest, sans passer par le Ferrol; et dès lors je n’aurais laissé qu’une légère croisière au Ferrol pour maintenir une plus grande force devant Brest. Mais j’aurais pu craindre aussi que l’escadre ennemie vînt au Ferrol, et, forte de 35 vaisseaux, fit le tour de l’Irlande pour se joindre à l’escadre du Texel; ou que, sans passer devant Brest ni au Texel, elle vînt, par le chemin le plus droit, reconnaître la Norvège et se laisser affaler sur Boulogne. Ces craintes se seraient changées en certitude et auraient acquis un grand poids le jour où j’aurais appris que 6 vaisseaux sont sur les côtes d’Irlande. Qu’ont-ils été faire là ? Évidemment se réunir à une autre escadre française, ou bien faire route pour les Orcades. La moindre chose à faire aurait donc été de tenir 5 ou 6 vaisseaux et frégates sur la côte d’Irlande, pour éclairer et être promptement instruit de tout ce qui se passe, et pouvoir se porter à Yarmouth pour renforcer la croisière anglaise. Si l’Angleterre est pénétrée du jeu sérieux qu’elle joue, elle doit débloquer Brest; mais je ne sais pas, en vérité, quelle espèce de précaution elle peut prendre pour se mettre à l’abri de la terrible chance qu’elle court. Une nation est bien folle, lorsqu’elle n’a point de fortifications, point d’armée de terre, de se mettre dans le cas de voir arriver dans son sein une armée de 100,000 hommes d’élite et aguerris. Voilà le chef-d’œuvre de la flottille ! elle coûte de l’argent, mais il ne faut être maître de la mer que six heures pour que l’Angleterre cesse d’exister. Il n’y a point de pêcheur, pas de mauvais gazetier, pas de femme à sa toilette, qui ne sache qu’il est impossible d’empêcher une escadre légère d’arriver devant Boulogne. Quant à moi, j’en suis tellement convaincu, que je ne doute pas que les 6 vaisseaux de l’escadre de Rochefort, en tournant l’Irlande, avec quelques chances heureuses, sous pavillon anglais, n’arrivent devant Boulogne.

Faites mettre dans les journaux de Hollande un article contre le système de blocus; faites-y sentir que nous sommes sortis de Brest quand nous avons voulu; que Bruix est sorti tel jour, Morard de Galles tel jour, Ganteaume tant de fois; que, dans sa dernière sortie à Bertheaume, rien ne l’empêchait de sortir, et que l’escadre le savait tellement, qu’elle mit à la voile; qu’il est donc impossible de bloquer le port de Brest, surtout aux mois de septembre et d’octobre. Cet article fera sentir que nous ne voulons pas sortir, mais tenir l’ennemi en échec.

Apprenez-moi que le Suffren est à l’île d’Aix; qu’on désarme, s’il le faut, une frégate et les bâtiments garde-côtes, et que, vingt-quatre heures après l’arrivée de votre courrier, le Suffren soit à la voile pour l’île d’Aix.

 

Crémone, 10 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

J’ai lu avec intérêt la lettre de Ganteaume. Si le plan qui y est joint est sûr, et si l’embossage des vaisseaux est où il est marqué, c’est-à-dire entre la pointe du Grand-Gouin et la pointe du Grand et du Petit-Minou, je ne puis concevoir qu’une escadre puisse avoir là rien à craindre.

De la pointe de Toulinguet à celle de Créach-Meur, il n’y a 4,000 toises. Des bombes à grande portée vont à 2,000 toises, et les courants ne permettent pas aux vaisseaux de tenir juste entre deux. Des pièces de 36, mises sur l’angle de 45 degrés, portent un obus de 36, qui tombe d’une grande hauteur, à 2,400 toises, et l’ennemi ne peut distinguer si c’est une bombe ou un obus; et lorsque les vaisseaux anglais auront acquis l’expérience qu’à cette distance, on peut tirer sur eux, ils perdront toute espèce d’idée de s’approcher de l’escadre française.

Depuis la pointe du Grand-Gouin au Grand-Minou, il n’y a que 3,000 toises; 20 vaisseaux de ligne occuperont une espace au moins de 1,600 toises; il n’y aurait donc que 7 à 800 toises de la droite et de la gauche de la ligne à la côte.

J’éprouve un vif regret de ne pas avoir été sur les lieux; car, depuis longtemps, j’aurais ordonné l’établissement de batteries pour défendre ces points. Ces ordres ont même été donnés l’année passée, mais le ministre de la guerre ne les a pas fait exécuter.

Il faut donc faire construire une batterie au point D, une au point C et une au point B. Les deux plus importantes, selon moi, sont celles des points C et D. Je pense que 18 mortiers à la Gomer ordinaires, lesquels jettent les bombes à 1,500 toises, devront être placés au point C. Faire au même point deux batteries, chacune de six pièces de 36, sur l’angle de 45 degrés, lesquelles porteront des petites bombes et obus de 30 livres à 2,400 toises. Il faut y placer ensuite quatre mortiers à grande portée, si on les a.

Il faut placer au point D dix-huit mortiers de 12 à la Gomer, douze pièces de 36 tirant sur l’angle de 45 degrés, et enfin quatre mortiers à grande portée.

Il faut placer au point B deux mortiers à grande portée, douze pièces de 36 sur l’angle de 45 degrés ; autant au point A.

Ainsi donc il me faudra trente-quatre mortiers de 12 pouces à la Gomer, et on peut les déplacer de beaucoup de batteries; huit ou dix mortiers à grande portée, il est possible qu’on ne puisse s’en procurer qu’un moindre nombre; et enfin trente-six ou quarante pièces de 36, il n’en doit pas manquer à Brest.

Quant au temps de construire ces batteries, avec le monde qui est à Brest, c’est un enfantillage; on peut les avoir au 15 messidor; j’ai donc fait mon décret en conséquence. Je ne comprends pas comment, dans un point où il y a six compagnies d’artillerie de terre, 8 ou 10,000 hommes, on dit que l’on manque de moyens. J’éprouve un peu d’embarras, vu qu’il me paraît extraordinaire qu’on puisse mouiller entre Bertheaume et la pointe de Gouin que marque la carte; il doit y avoir là le courant du goulet qui rendra difficile de mouiller, par ce que j’en sais, pour bien défendre la rade de Bertheaume. Je ne sais pas comment on l’attaquerait, puisque du Grand-Minou au château de Bertheaume il n’y a guère que 2,000 toises. La rade de Camaret est encore plus facile à défendre. Je vois qu’il n’y a pas 1,500 toises. En résumé, il y a à Brest autant de monde qu’on veut, indépendamment de ce qui est à l’arsenal et disponible de la terre sans la dégarnir. Il doit donc y avoir de ces anciennes galiotes qui ne sont autres que des mortiers à grande portée. La marine doit avoir des pièces de 36 tant qu’elle en veut. Pour des affûts de 45 degrés, l’arsenal de la marine a tant de moyens que dans peu de temps cela est fait. Les plates-formes, importantes pour une armée de terre, ne sont rien quand on a un arsenal comme Brest.

Donnez l’ordre que la marine fournisse toutes les choses dont on pourra avoir besoin , et que l’on fournisse, soit en artillerie, soit en affûts, tout ce qui est nécessaire. Que les quatre batteries soient construites à la fois; que l’on fasse camper aux environs deux bataillons sur chacun des points de la côte, une compagnie de sape et d’artillerie de terre; qu’on y attache un officier du génie et d’artillerie; qu’on travaille sans retard à cela. Je charge Bertrand de se rendre à Brest, en passant par Paris pour vous voir.

Je ne vois à ces travaux qu’un danger, celui d’attirer l’attention de l’ennemi.

Vous, samedi, faites diriger sur Brest les mortiers à plaque de Paris et portés, et ne dirigez que ce qui pourrait arriver avant le 25 messidor, et veillez à ce qu’ils y arrivent.

Envoyez à Brest les dispositions pour faire les changements affûts de 36, pour tirer sur 45 degrés.

 

Brescia, 11 juin 1805

DÉCRET

  1. l’architrésorier de l’Empire est investi de toute l’autorité nécessaire pour préparer la réunion des départements de Gênes, de Montenotte et de l’Apennin au reste de l’Empire; et, jusqu’à ce qu’il été autrement statué, ses actes auront toute la force de lois seront exécutés comme tels dans les départements de Gênes, Montenotte et de l’Apennin.

 

Brescia, 11 juin 1805

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Il sera construit quatre batteries pour défendre l’escadre de Brest qui serait mouillée hors du goulet.
ART. 2. – Le général du génie Sanson sera chargé de la direction des travaux; il aura le pouvoir de requérir les mortiers, pièces de canon et autres bouches à feu, selon qu’elles seraient nécessaires soit de la marine, soit de la terre, et de dégarnir même les batteries où il les jugerait inutiles. Il placera, pour l’armement de ces quatre batteries, trente-six mortiers de 12 pouces à la Gomer, dix mortiers à plaque, et quarante pièces de 36, tirant sur l’angle de 45 degrés, approvisionnés d’obus et de roche à feu.
ART. 3. – Il sera formé quatre cantonnements ou camps de deux bataillons chacun, de l’armée de Brest; bien entendu que les hommes embarqués ne seront pas compris dans ces dispositions.
Le général de brigade Sarrut commandera un de ces cantonnements;
Le général de brigade Augereau commandera le second;
Le général de brigade Sarrazin commandera le troisième;
Et le général de brigade Varé commandera le quatrième.
ART. 4. – Les batteries à chacune desquelles sera attaché un de ces cantonnements porteront le nom des généraux qui auront veillé à leur construction;
ART. 5. – Il sera attaché à la construction de ces batteries des officiers du génie et d’artillerie, et le personnel des sapeurs de l’armée de Brest, conformément aux dispositions que fera le général Sanson.
ART. 6. – Ces batteries doivent être terminées et approvisionnées avant le 25 messidor. Les généraux qui les auront fait construire y resteront avec les troupes jusqu’à nouvel ordre, et feront exercer ces troupes avec l’artillerie aux manœuvres du canon.
ART. 7. – Il sera construit, indépendamment, trois ou quatre batteries à boulets rouges, composées de six pièces de 16 ou de 18, chacune aux points où elles seront jugées nécessaires.
ART. 8. – Le ministre de la marine tiendra une somme de 60,000 francs à la disposition du général Sanson pour la dépense extraordinaire de ces constructions.
ART. 9. – Les ministres de la marine et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Brescia, 12 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai visité les départements du Haut-Pô et du Mella. Je suis fort content des sentiments de ces peuples. Je le suis beaucoup aussi de ceux des habitants de Brescia. J’ai passé la matinée au milieu des soldats. J’en suis très-satisfait sous tous les points de vue. Demain j’aurai quarante bataillons, trente escadrons et cinquante pièces de canon sur le champ de bataille de Castiglione. Je passerai deux jours au camp; après quoi je me rendrai à Vérone. Comme M. Maret n’est pas ici et que je ne sais pas s’il envoie des nouvelles de mon voyage aux journaux, faites-y mettre une petite note. Je vous envoie des journaux de Brescia qui vous serviront; car il est bon qu’on sache où je suis.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

J’ai reçu votre lettre du 14, six heures du matin.

Le grand inconvénient du mouillage de la Corogne est l’impossibilité d’y contenir toute l’escadre espagnole. Elle sera au moins de 14 vaisseaux. Il ne faut point parler au prince de la Paix de mouvements dont il ne se doute pas; dites-lui seulement que le Ferrol étant d’une sortie difficile, j’ai ordonné à mon escadre de se rendre à la Corogne ; qu’il serait utile que l’espagnole s’y rendît aussi. Il faut que tous les 14 ou 15 vaisseaux s’y rendent.

Il me tarde d’apprendre que le Suffren a rejoint l’escadre de Rochefort, et que ces 6 vaisseaux sont partis.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous renvoie le projet de décret relatif aux communications du Corps législatif. Je n’approuve point la partie qui veut que, toutes les fois que l’avis de la commission du Corps législatif est pour le rejet de la loi, on fasse au Gouvernement la communication du rejet de la commission. Je désire que, lorsque la commission est de l’avis de rejeter la loi à la pluralité, sans en rien dire au Corps législatif, elle s’adresse au président du Conseil législatif, et demande une conférence entre le Conseil législatif et la commission. Cette conférence a lieu sous l’approbation du roi, et là on éclaircit mutuellement les doutes. Si, indépendamment de cela, la commission persiste dans son rejet, elle fait son rapport au Corps législatif, en présence des orateurs du Gouvernement, qui répondent. Faites rédiger dans ce sens le décret, et renvoyez-le-moi pour que je le signe.

 

Brescia, 12 juin 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, je compte que vous arriverez à Turin le 26. Je désire que vous vous rendiez directement à Gênes. Vous trouverez ci-joint un décret pour vous investir de toute l’autorité qui vous est nécessaire, et une lettre pour M. Champagny. Les conseil] d’État Collin, Lacuée et Bigot-Préameneu se sont rendus à Gênes; mon intention est que vous les employiez chacun dans sa partie. Le ministre des finances pourra également se rendre à Gênes; du moment que ses opérations seront terminées à Turin. Comme je ne pense pas être à Gênes avant le commencement du mois prochain, je vous y trouverai tout installé et déjà au fait des affaires du pays.

 

Brescia, 12 juin 1805

A M. Abrial

Monsieur Abrial, j’ai lu avec intérêt votre mémoire sur votre v sénatorerie; je lirai avec la même attention tous les renseignements que vous aurez à me communiquer sur l’esprit public, les besoins et la situation des affaires de votre sénatorerie.

Je désirerais que vous vous rendissiez à Milan, où vous verrez le prince Eugène. Vous séjournerez dans cette ville un ou deux mois pour diriger l’organisation de l’administration judiciaire, étudier le système des procédures civiles et criminelles, et l’application des diverses lois françaises dont pourraient être susceptibles ces procédures.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre sans date. Je pense que vous avez raison d’essayer pendant plusieurs jours quel est le meilleur président du Conseil d’État. Mais je crois nécessaire que, quand vous en aurez essayé plusieurs, vous fixiez votre choix sur un, car il est impossible de maîtriser les délibérations du Conseil, et il y en a toujours un qui prend de l’ascendant et qui, étant sûr de présider quelque temps, maîtrise un peu les affaires. Prenez un décret qui divise le Conseil législatif en sections. Le nombre des membres est complet.

Je pense que M. Guastavillani peut être indemnisé de la perte de sa place au Conseil législatif par celle de gouverneur du palais Brescia, à laquelle je le crois plus propre; parlez-lui-en.

La censure détruit les journaux; il faut déclarer que le Gouvernement ne peut répondre des sottises qu’ils peuvent dire, mais que les journalistes en répondront personnellement. Je ne me dissimule pas que cette mesure a quelque inconvénient, mais il y a aussi dans le vague de la liberté de la presse quelque chose dont il est bon de profiter, et, quoique mon intention ne soit point de laisser aux journaux la liberté que les constitutions anglaises laissent aux journaux anglais, je ne veux point qu’on la règle comme on le fait à Vienne ou à Venise. Il faut qu’ils puissent mettre quelque article vague contre telle ou telle puissance, et qu’on puisse répondre aux ambassadeurs : Faites une plainte : on les poursuivra devant les tribunaux ou l’on s’en fera rendre compte.

Je ne connais pas M. Bossi. C’est M. Melzi qui me l’a donné comme un très-bon sujet. J’approuve que vous ayez suspendu sa nomination. Voyez M. Melzi, et comparez ce qu’il vous en dira avec ce que vous en savez; par là vous serez à même de juger de la vérité des faits. Je vous recommande de montrer des égards à M. Melzi d’en bien parler, de le bien accueillir et de laisser entrevoir que sa protection est une protection efficace. Cela est utile dans un pays où une pareille conduite parait extraordinaire, où les hommes sont naturellement portés à être faibles et faux, et à desservir et mal parler de celui qu’ils croient tombé. Parlez de lui comme d’un homme qui n’a rien perdu dans mon esprit et dont j’ai toujours été satisfait. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous gardiez les insignes d’Italie, qui doivent être placés, comme vous le dites fort bien, près du trône.

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Je vous envoie un décret par lequel j’ai nommé le cardinal Dugnani évêque de Brescia.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je dois vous faire connaître les différents objets dont vous avez spécialement à vous occuper.

Le décret pour l’organisation de l’administration a été signé. Voyez s’il a été publié et inséré au Bulletin des lois. En général, ordonnez que tous les décrets soient insérés au Bulletin des lois vingt-quatre heures après, et jamais plus tard.

ADMINISTRATIONS DÉPARTEMENTALES

1° Demandez au ministre de l’intérieur qu’il vous présente un décret pour fixer le jour où cesseront les administrations départementales. Il me semble que le 1er juillet est le jour le plus favorable pour ce changement d’administration. Prescrivez au ministre de l’intérieur de leur faire connaître, par une circulaire, l’importance de leurs fonctions et ce qu’ils ont à faire. Il faut que ce ministre arrête l’état de ce qu’ont coûté jusqu’au ler juillet les préfets, soit pour dépenses de bureaux, dépenses de commis ou dépenses de maison, etc., et de ce qu’il leur reste en conséquence de ce qui leur a été accordé par mon règlement pour pourvoir aux dépenses jusqu’au ler janvier 1806.

FINANCES. FRAIS DE JUSTICE. DÉPENSES DES PRÉFETS.

2° Le ministre des finances doit faire le tableau du revenu de chaque département, en calculant les 14 deniers par département, les taxes de justice ou droits de greffe jusqu’au ler juillet. Il doit se concerter avec le ministre de l’intérieur pour voir les sommes à mettre chaque mois à la disposition des préfets, soit pour les dépenses des prisons, le pain des prisonniers, etc., soit pour les dépenses de l’instruction publique, qui étaient aux frais des départements, soit pour les dépenses des chemins. Il doit se concerter avec le ministre de la justice pour les fonds à mettre à la disposition du département, soit pour solder les tribunaux, soit pour les frais de procédure criminelle; dépenses qui, cette année encore, doivent être départementales. L’article des dépenses secrètes doit être supprimé. L’état de ce qui est mis, par mois, à la disposition des préfets, provenant des 14 deniers départementaux, sera fait par départements, et vous me l’enverrez pour que je l’approuve définitivement. Les départements dépensent trop en frais de justice. Le ministre de la justice dépense trop pour les frais de bureau des juges ; faites faire, pour cela, un tableau et un abonnement comme pour les préfets. Vous ferez connaître aux ministres des finances et de la justice que mon espoir est d’économiser, indépendamment des trois millions portés au budget comme économie de frais communs, au moins deux millions sur cette année, soit par la suppression des administrations départementales, ou sur les dépenses des chemins, des eaux et de justice.

SBIRES.

Les sbires ou satellites de police coûtent 700,000 francs. Mon intention est qu’ils ne me coûtent que 200,000 livres par an; ils ont déjà coûté 300,000 francs dans ces six premiers mois. J’ai bien voulu mettre dans le budget encore 200,000 francs pour cette dépense, ce qui la portera à 500,000 francs pour l’année; mais mon intention est que vous me présentiez un décret délibéré en conseil pour diminuer considérablement le nombre des sbires, de manière que, pour les six derniers mois de cette année, ils ne coûtent que 200,000 livres, et, pour l’année prochaine, 200,000 livres en tout. Brescia dépense 200,000 livres pour les sbires, Bologne 180,000 livres, et Crémone ne dépense pas 30,000 livres.

PONTS ET CHAUSSÉES.

4° L’organisation des ponts et chaussées est un objet dont il faut s’occuper. Ce travail regarde spécialement M. Paradisi. M. Prony qui est dans le royaume, peut aider à cette organisation. Faites-la discuter en conseil, et envoyez-la-moi pour que je l’approuve. Lg travaux des routes prendront alors une direction convenable, mais ce ne pourra être que pour le mois d’août. Pour le mois de juillet la dépense se fera, comme elle s’est faite jusqu’à présent, en mettant des sommes à la disposition des préfets.

CULTES.

5° Je désire que le ministre des cultes me présente, dans le plus court délai, un projet de circonscription des diocèses du royaume, en commençant par le département d’Olona; des décrets particuliers règleront la circonscription dans les treize autres départements, de manière qu’en quatorze décrets elle soit fixée.

Il fera ce travail à mesure que les renseignements parviendront. Le principal est de commencer par la capitale. Il faut fixer aussi la réunion des paroisses, les appointements des curés qui sont conservés et la retraite à accorder aux autres, en arrangeant le tout à la satisfaction publique et sans froisser aucun intérêt. Rien de plus périlleux que la méthode que l’on a fait prendre pour les couvents; les principes sont posés, il ne s’agit que de mettre promptement en ordre. Présentez-moi un décret pour les couvents à conserver et ceux à réunir; faites sentir au ministre des cultes l’importance de ce travail, qui ne doit souffrir aucun délai, mon intention étant qu’en juillet cette opération des moines soit entièrement finie.

BUDGET.

6° Enfin les bases du budget sont à peu près arrêtées ; dès qu’il aura passé au Conseil, vous me l’enverrez imprimé avec les tableaux et le rapport du ministre des finances ; vous n’en ferez tirer qu’une copie pour moi; je vous la renverrai avec mes observations, pour que vous la fassiez imprimer et présenter au Corps législatif.

DOMAINES.

7° Il faut organiser promptement la régie des domaines.

INSTRUCTION PUBLIQUE.

8° L ‘instruction publique regarde M. Moscati. Mon intention est de prendre le même système qu’en France. M. Méjan doit connaître celui qui a été adopté. C’est un système neuf et qui a mérité l’approbation d’une partie des puissances de l’Europe, accordant des primes aux instituteurs, et des pensions dans les lycées aux meilleurs sujets des écoles secondaires. Je pense que l’instruction doit continuer, pour le reste de l’année, sur le pied où elle est à présent, moyennant les sommes mises par mois à la disposition des préfets; mais, avant le ler octobre, le nouveau système doit être soumis à ma signature.

CODE NAPOLÉON.

9° Le ministre de la justice aura sans doute déjà nommé une commission pour la traduction du code Napoléon. J’ai écrit à M. Abrial, qui est à Chambéry, de se rendre à Milan. Il y sera sans caractère public, mais il donnera sur l’organisation du système judiciaire tous les renseignements qui seront nécessaires. On m’a porté des plaintes à Brescia sur le genre de procédure que M. Spanocchi a mis en activité, qui non-seulement fait rétrograder les lumières et choque un pays qui, sujet autrefois de Venise, en avait reçu des idées plus libérales, mais qui n’est d’aucun profit pour l’intérêt public. Quand M. le sénateur Abrial sera arrivé, vous le chargerez de vous présenter des idées plus convenables et de vous dresser un tarif de droits de greffe plus profitable au trésor public. Nos finances y doivent gagner au moins un million.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, le mémoire sur l’instruction publique, ne me paraît pas assez soigné; on n’a pas assez expliqué ce que devait payer chaque élève; car, avec le peu de revenus qu’ont les maisons, tel qu’ils sont portés aux états, il est impossible qu’elles puissent entretenir ce nombre d’élèves gratis. Je joins des notes pour servir à la rédaction d’un projet de décret pour instituer l’université de Pavie qui a 100 ou 150,000 livres de rente, en école militaire, sur  le même plan que celle de Fontainebleau. Il faudrait ajouter qu’il serait joint aux universités de Pavie et de Bologne une chaire militaire et des maîtres de dessin et de fortification. De cette chaire militaire ferait partie un maître de tactique, qui montrerait tout les mouvement des armes. L’école de Pavie formerait un bataillon; et dès la première année, ce bataillon serait composé de deux compagnies, composées d’un sergent-major, 4 sergents, 8 caporaux, 80 soldats; un chef de bataillon nommé par le gouverneur aurait police sur toute cette jeunesse. Le professeur de tactique ferait les fonctions d’un adjudant-major. Chaque élève arrivant à l’université serait enrôlé dans une compagnie. Il irait une fois par jour à l’exercice, de manière qu’il soit en un mois à l’école de bataillon. Les élèves s’exerceraient quatre heures tous les dimanches. Chaque élève qui sera nommé sera tenu d’avoir un habit d’uniforme national.

ANNEXE

NOTE SUR L’ORGANISATION DE L’ÉCOLE MILITAIRE DE PAVIE.

1° Le collège national de Pavie sera organisé en école royale militaire.

2° Il sera disposé de manière à pouvoir contenir 200 jeunes gens.

3° La discipline et l’instruction seront les mêmes qu’à l’école militaire de Fontainebleau, hormis qu’au lieu de deux bataillons il n’y aura que deux compagnies, commandées chacune par un capitaine, un lieutenant et deux sous-lieutenants, sachant parfaitement les manœuvres, chargés de leur apprendre la discipline militaire. Ils vivront par chambrée, à la gamelle.

4° Les élèves seront reçus depuis seize ans jusqu’à vingt.

5° Tous les biens appartenant à ce collège seront administrés par un conseil d’administration. Le produit de ces biens devra servir à l’entretien de 60 élèves, ainsi qu’aux dépenses des professeurs.

6° Les pensionnaires n’y seront admis qu’avec l’approbation du Roi. Ils devront être âgés d’au moins seize ans, être bien constitués, et payer 1,200 livres de Milan de pension.

7° Leur service leur comptera comme soldats à l’école, et, après deux ans d’éducation, ils entreront dans l’armée avec le grade de sous-lieutenant.

8° Les places à la nomination du Gouvernement seront données aux jeunes gens de l’université de Pavie qui montreraient le plus de dispositions, qui auraient plus de seize ans et désireraient entrer dans la carrière militaire.

NOTES.

En faisant des chambrées, on tiendra 400 hommes. Ce collège a, dit-on, 100,000 francs de revenu; il doit en avoir davantage; on pourra d’ailleurs vendre tout ce qui est mauvais revenu, et le placer sur le Monte-Napoleime. Avoir soin de faire faire une liste d’un millier de livres français, comme les Hommes illustres; tout ce qui peut franciser les élèves. On y mettra un professeur de langue française; il faut transporter tous les droits patronaux de ce collège sur un autre.

Comme Brera est une espèce d’université, je désirerais qu’on l’organisât militairement.

On pourrait établir une troisième école militaire à Milan , en y adaptant les revenus des deux collèges nationaux; on y faisait des prêtres; maintenant il faut des militaires.

S’occuper sur-le-champ des deux universités. Il faut que dans quatre mois les projets pour Brera, Vérone, Reggio, Brescia, etc. soient faits.

Il faut aussi cette distinction, que 400 de ces jeunes gens sortiront comme officiers, et que les huit ou dix autres collèges seraient organisés de manière qu’on en sortirait sergent ou fourrier; dès lors, s’il faut 1,000 ou 1,200 livres pour les premiers, il faut tâcher qu’il faille que moitié pour les seconds. La lecture, la langue française, un peu d’arithmétique, les premières idées de la géométrie et tout les manœuvres de d’artillerie et de d’infanterie sont suffisantes pour ces derniers.

Il faut dire qu’ils seront citoyens du royaume, afin qu’on n’apprenne pas l’exercice aux étrangers;

Que ceux qui seront sur les matricules de ces bataillons, s’ils entraient dans la carrière militaire, leur service leur compterait du jour où ils seront inscrits sur les matricules, pourvu qu’ils aient seize ans;

Que le directeur de l’université nommera les sergents et caporaux; que le gouverneur de l’école militaire signera leur nomination; qu’il s’assurera avant qu’ils savent bien l’exercice et l’école de peloton;

Que les estropiés et ceux de mauvaise santé ou n’ayant pas quatre pieds onze pouces ne seront pas admis dans ledit bataillon.

Mettre un titre pour organiser la salle d’armes; le ministre de guerre nommera un armurier pour les entretenir.

La salle d’armes sera dans l’école royale militaire; les élèves s’y rendront pour les prendre et les y rapporteront après l’exercice.

Organiser à Bologne une école militaire semblable à celle de Pavie et ajouter tous les fonds de l’instruction qui sont à Bologne ou même à Ferrare, Modène, de manière à donner 100,000 francs de rente à ce collège, et, enfin, faire un seul projet de décret de ces deux.

Pour le projet de décret sur l’école militaire de Pavie, les élèves les plus instruits, comme il résultera de l’examen qui en sera fait, pourront, après une ou deux années qu’ils auront passées à l’école être envoyés à l’école de Modène, pour remplir les places vacantes de cette école.

Ajouter l’article : qu’ils mangeront à la gamelle, seront en chambrées et iront prendre leur dîner à la cuisine.

 

Brescia, 12 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je ne veux plus de train d’artillerie dans ma Garde; renvoyez à Paris ce qui est à Milan, pour être incorporé dans le reste du bataillon.

Faites-moi connaître si les 60 hommes de ma Garde qui sont à réformer ont subi leur réforme. Faites-le faire sur-le-champ, si cela n’est pas fait. Il y a à Milan plus de chevaux que ma Garde n’a d’hommes; faites passer ce qu’il y a d’excédant dans la gendarmerie ou dans les corps de l’armée qui en auraient besoin. Il restera à Milan trente-six musiciens; une partie peut être conservée, mais une partie aussi peut être réformée.

Le général Clarke vous aura fait le budget de la guerre. Si M. Lacuée est encore à Milan, il peut vous aider aussi pour me faire un travail sur cette partie, qui a besoin de grandes réformes.

 

Brescia, 12 juin 1805

A l’impératrice Joséphine.

J’ai reçu ta lette ma bonne petite Joséphine. Je vois avec plaisir que le bain te fait du bien. Je te l’avais conseillé il y a huit jours. Le lac de Côme te ferait du bien. Il fait cependant bien chaud.

J’ai passé toute la matinée au milieu des soldats dont je suis satisfait. Je le suis beaucoup de Brescia qui est pleine de feu.

L’on t’aurait désirée ici.

Demain j’aurai 40.000   sur le champ de bataille de Castiglione. Je serai à Vérone samedi et lundi à Mantoue.

Adieu, ma bonne amie, sois sage, gaie et heureuse. C’est là ma volonté.

5 heures du soir, mercredi.

 

Camp de Castiglione, 13 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je reçois vos différentes lettres de Gênes; elles m’ont fait sentir combien était urgente votre arrivée. Toutes les mesures que vous avez prises me paraissent bonnes. Il sera nécessaire de revenir sur ce qui a été fait depuis le décret du Sénat, car le public ne peut jamais être dupe de quelques intrigues particulières.

Par une lettre que j’ai reçue de M. Jérôme Bonaparte, en date du 22 prairial, il paraît que vous êtes bloqué par une division anglaise.

 

Camp de Castiglione, 13 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Les nouvelles d’Angleterre qui vont au 2 juin s’accordent parfaitement avec ce que je vois dans votre note télégraphique. Il paraît que les Anglais ont expédié 15 vaisseaux aux Indes, soit orientales, soit occidentales; j’opine pour les Indes orientales.

Un vaisseau de guerre et 2 frégates anglaises paraissent devant Gênes. Le Colibri, expédié secrètement, est toujours mouillé à Gibraltar. Grande incertitude et alarme partout.

J’ai reçu la note par laquelle vous m’annoncez que 36 caronades vont être envoyées à Brest, qu’il n’en faut que 300 pour armer votre escadre, et qu’elles doivent s’y trouver. La moindre chose qu’on puisse exiger de l’administration, c’est que les soldats se battent à armes égales; c’est le premier devoir du ministre, et rien ne le justifie de ne pas le remplir; n’avons-nous pas assez de désavantage sans celui de l’armement ? Quant aux si et aux mais,cela ne justifie pas. Un administrateur n’est pas responsable des événements. Un ministre n’est justifiable de rien, il doit réussir : il n’y a pas pour lui d’autre règle.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’avais déjà entendu parler de vos souffrances; je vois avec intérêt qu’elles ne vous empêcheront pas de suivre votre travail. J’ai passé toute la journée d’hier au camp de Castiglione. Quoiqu’elle ait été extrêmement chaude et fatigante, c’est une des plus agréables que j’aie passées, par la satisfaction que m’ont causée l’instruction et la bonne tenue des troupes, qui ont donné lieu à très-belles manœuvres.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je reçois vos lettres du 24 prairial. Vous ferez connaître à M. le baron de Giusti qu’il est le maître de rester à Gênes, mais qu’il n’a plus aucun caractère public, par la meilleure de toutes les raisons, qui est que le Gouvernement auprès duquel il était accrédité est dissous; qu’il est le maître de faire imprimer ce qu’il veut dans les gazettes de Vienne et de Venise, mais qu’il serait extraordinaire qu’il se crût en droit de disposer de la Gazette Gênes, ce pays étant actuellement français; que sa mission est finie non par la volonté du Gouvernement ligurien, mais par la nature des choses; qu’il est le maître de rester à Gênes, mais qu’il sera soumis à la surveillance ordinaire comme tous les autres citoyens, à moins qu’il ne reçoive des lettres de créance auprès de l’autorité que l’intention de l’Empereur est d’y envoyer. Je désire que vous lui disiez cela de vive voix, et que vous ajoutiez qu’il se compromet en faisant cet éclat; que la question actuelle est sérieuse; que sa cour est maîtresse de faire ce qu’elle jugera convenable, mais qu’il ne lui appartient pas de le préjuger; que l’Empereur, ayant constamment protégé l’indépendance de Gênes, saura protéger aussi le dernier acte de cette indépendance; que l’empereur d’Autriche n’en fait pas d’autres en Allemagne; qu’il s’est procuré des provinces en Souabe, entre autres Lindau, avec l’agrément des princes et par des indemnités ou en argent ou en biens patrimoniaux; qu’enfin, s’il fait du tapage, je le ferai mettre à la porte de Gênes, et qu’il en sera alors ce qu’on voudra; que la réunion de Gênes ne fait aucun tort à l’Allemagne, mais seulement à la marine anglaise; que, si l’on veut des prétextes de guerre, celui-là peut en servir, comme tant d’autres, mais qu’il paraîtrait extraordinaire qu’il prît sur soi une pareille responsabilité; que sa démarche est insensée aux yeux de toute l’Europe; que les principes naturels veulent que, lorsqu’un gouvernement cesse d’exister, et qu’on ne reconnaît point ce changement, on se retire; qu’en résumé vous avez ordre de ne le considérer que comme un simple particulier, de ne plus lui écrire, de ne plus recevoir ses lettres.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, j’approuve toutes les mesures que vous avez prises. Je désire qu’en faisant des recherches et prenant des notes sur les dernières démarches illégales et irrégulières du Gouvernement ligurien, vous évitiez d’aigrir et de jeter de l’odieux sur les hommes qui ont servi la cause de la France. A mon arrivée à Gênes, je verrai ce que j’ai à faire là-dessus. Cette affaire de Novare est une chose affreuse; ce doit être une créance de 93 ou de l’an III. Il y a beaucoup de choses que je ne laisserai pas passer. Tenez note de tout.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

A M. Fouché

Mon intention est que, des 31,661 francs qui ont été pris Dubuc, pas un sous n’entre dans la caisse de la police, et qu’ils soient distribués à l’agent secret qui a découvert l’affaire. Vous me ferez connaître cet agent secret. Je n’entends pas que personne s’empare de ce qui appartient à ceux qui ont servi; celui ou ceux qui ont déniché cet homme auront les 31,661 francs : voilà ma décision.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j’ai reçu votre lettre du 20 prairial matin (9 juin). Toutes les nouvelles qui me reviennent me porteraient à penser que les anglais sont dans la Méditerranée. Il paraît que, depuis la rentrée de l’escadre de Rochefort, l’escadre sous les ordres de l’amiral Collingwood, composée de 6 vaisseaux pris en Angleterre et de 6 vaisseaux de l’escadre devant Brest, a filé vers les Indes orientales. Je ne sais point où est Nelson, je le crois retourné en Angleterre ou dans la Méditerranée. Ses vaisseaux sont hors d’état de faire de grandes expéditions, et ses équipages sont extraordinairement fatigués. Il bien possible que, lorsque les Anglais sauront Villeneuve arrivé en Amérique, ils craignent son retour par les Orcades, et que cela les oblige à tenir une réserve aux Dunes; ce qui permet d’espérer qu’ils auront au plus 20 vaisseaux devant Brest. La croisière que j’ai donnée à l’escadre de Rochefort fera des miracles; par Dieu , faites qu’elle parte ! L’incertitude et la confusion où est l’amirauté de Londres ressortent de toutes parts : ordres et contre-ordres, et la grande indécision, voilà son état actuel. Soyez bien tranquille sur la crainte que l’ennemi tente rien dans l’île d’Aix.

L’Angleterre n’est pas aujourd’hui dans une position à rien donner au hasard. Rien n’est si fou que le projet de l’attaque d’une escadre française à l’île d’Aix. Je suis fâché de vous voir ces idées. Rien n’empêche cependant que vous écriviez au général de terre, non pas pour lui communiquer vos alarmes, mais pour lui recommander de veiller au ravitaillement et à la défense de cette île, puisque la sûreté l’escadre française en dépend. Écrivez à cet officier de manière à ne point lui donner d’inquiétude, car l’alarme abat les esprits et paralyse le courage. Que diable voulez-vous qu’une escadre de 5 vaisseaux, ayant de la poudre, des munitions, étant protégée et pouvant faire le coup de fusil, ait à craindre à l’île d’Aix ?
Je vous envoie la lettre de l’amiral Missiessy. Il répond d’une manière pitoyable à tous les reproches que vous lui faites; il n’a pas pris le Diamant, parce qu’il n’avait point d’instructions pour cela : en vérité, on ne peut que hausser les épaules; parce qu’il aurait eu des avaries dans ses agrès qu’il aurait perdu vingt-quatre heures à réparer : on ne peut encore que hausser les épaules d’une pareille raison et n’avoir que bien peu d’espérance d’un homme qui dit de pareilles bêtises. Sans doute que, pour cette attaque, une frégate et deux bricks auraient suffi, et la frégate aurait pu supporter le premier feu. Ce rocher sera un monument éternel de honte pour cette expédition. Non-seulement je suis mécontent de la précipitation avec laquelle il a abandonné Santo-Domingo, mais encore de ce qu’il n’y a point laissé un ou deux bricks, lorsque le général Ferrand lui a dit qu’un seul misérable brick anglais le désolait; que, lorsque à sa vue ce brick a arrêté des neutres et assuré son pavillon à la vue de l’escadre, qu’il croyait anglaise, il n’ait pas fait le signal à un de ses vaisseaux de le prendre. S’il a manqué de vivres, c’est qu’il a mal navigué, qu’il s’est trop élevé; s’il n’avait point fait de fausse navigation, avec ses 5 vaisseaux d’une marche si bonne et si rapide, il serait arrivé quinze ou vingt jours plus tôt.

Quant à l’article du Roseau et de Saint-Christophe, ses raisons sont encore plus pitoyables. Il a été huit jours devant le Roseau; c’était bien plus qu’il ne fallait de temps pour en embarquer l’artillerie. Il ne fallait pas se tenir à dix lieues en mer; et, si cette précaution était nécessaire, il pouvait laisser au Roseau un brick qu’il aurait chargé de cette opération. Il y a les mêmes reproches à lui faire sur l’île Saint-Christophe. Les habitants lui ont offert plusieurs millions de marchandises : il n’en a pas voulu; s’il n’eût pas craint de perdre soixante et douze heures pour embarquer quatre ou cinq millions de marchandises sur quelques bâtiments de transport, il eût fait beau-coup de mal à l’ennemi et enrichi son escadre. La Martinique et la Guadeloupe n’étaient pas des points de dépôt assez éloignés.

Quant à Santo-Domingo, il ne devait pas y rester un mois; mais il pouvait y rester quatre jours et y laisser des bricks, et même une frégate, puisque cela était nécessaire au salut de cette colonie et de quelques malheureux Français.

Enfin j’ajouterai que l’escadre a rencontré plus de dix convois, qu’elle n’en a chassé aucun, et que, s’il n’a pas enrichi ses équipages, c’est qu’il ne l’a pas voulu, et cela par son excessive pusillanimité, et peut-être une extrême ignorance et inhabitude du mandement.

On dit beaucoup de bien du capitaine Trullet, officier de cette escadre; on en dit encore davantage du capitaine de pavillon de l’amiral Missiessy, Willaumez, frère de celui que j’ai fait, il n’y a pas temps, contre-amiral. Il ne faut pas se le dissimuler, il faut que je choisisse désormais mes amiraux parmi de jeunes officiers de trente-deux ans, et j’ai assez de capitaines de frégate qui ont dix ans bonne navigation pour en choisir six auxquels je pourrai confier des commandements. Le général Lagrange m’a dit que le capitaine Willaumez levait les épaules quatre fois par jour des manœuvres fausses qu’ordonnait l’amiral Missiessy, et de ce qu’il ne faisait pas ce qu’il devait faire. Dans le fait, en y réfléchissant, Missiessy, Rosily, sont des hommes qui n’ont commandé que des frégates, qui ont l’inconvénient de l’âge et qui en savent moins que beaucoup de nos jeunes officiers. Présentez-moi une liste de choix de six jeunes officiers de marine commandant des vaisseaux ou des frégates, ayant moins de trente-cinq ans, les plus capables d’arriver à la tête des armées. Mon intention est de les avancer et de les pousser par tous les moyens. En attendant, faites partir l’escadre de Rochefort, soit avec Missiessy soit avec tout autre, et développez-lui bien que son but est de faire à l’ennemi le plus de mal possible.

Je vois, dans un extrait de journaux anglais, toute l’instruction donnée à Missiessy; je serais porté à croire que c’est le général Prevost qui en à instruit son gouvernement. Il paraîtrait donc concevable, probable que cette instruction a été livrée par quelques individus qui environnent le général Villaret. J’espère que Villeneuve ne communiquera pas les siennes à ce capitaine général. Ce serait un très-grand malheur; car il paraît qu’il est fort mal entouré et qu’il a autour de lui un tas de petits gueux qui vendent ses secrets aux ennemis.

 

Château de Montirone, 14 juin l805

A M. Jérôme

Mon Frère, j’ai reçu la lettre du 23, par laquelle vous m’annoncé qu’un vaisseau et deux frégates ont poursuivi les felouques que envoyiez en Corse. Je désire savoir de combien de canons est ce vaisseau, s’il est de 74 ou de 50. J’attache beaucoup d’importance à savoir son nom, voyez s’il vous est possible de le savoir.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie le second changement au projet de décret relatif aux communications de la commission du Corps législatif. Faites-le traduire, et envoyez-le-moi rédigé en règle pour que je le signe. Je n’ai point avec moi de secrétaire italien. Je vous envoie aussi le décret qui divise le Conseil législatif en sections. Je vous enverrai un décret pour nommer les membres du Conseil des auditeurs MM. Brema, Calcagnini de Ferrare, Paraviccini et Belmonti. Je présume que les deux ecclésiastiques du Conseil d’État sont déjà reconnus membres du Conseil des auditeurs. J’imagine que j’ai nommé membres du Conseil des consulteurs ad honores le cardinal Caprara et l’archevêque de Bologne. Faites-moi connaître si M. François Visconti, que vous me proposez, est le mari de madame Visconti.

Ce n’est pas du palais de Brescia, mais de Bologne, que je désirais nommer M. Guastavillani gouverneur; ou je pourrais le nommer conseiller auditeur, puisqu’il n’y a plus de place dans les autres conseils. Vous me proposez un nommé M. Louis Castiglione; faites-moi connaître s’il a du talent; ces places sont des places de travail. Je vous envoie des propositions de M. Melzi; elles ne sont que pour vous seul. J’attendrai que j’aie reçu vos observations sur ces propositions; il me paraît qu’il y en a de bonnes. Mon intention est de composer le Conseil des auditeurs de sujets propres à être faits ministres, préfets et à remplir les hautes places de l’administration. Consultez et prenez des renseignements sur ces individus; mais tenez les notes que je vous envoie très-secrètes, et ne laissez point soupçonner qu’elles viennent de M. Melzi.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, il me semble qu’il serait convenable que M. Moscati s’occupât à Milan de l’organisation de l’instruction publique. Visiter les établissements du royaume ne lui apprendra rien de plus; aller à Paris, il n’en rapportera pas des renseignements meilleurs que ceux qu’il trouvera dans le Bulletin des lois. Je pense donc qu’il est convenable de commencer par un premier projet qui dégrossirait le travail; ce qui n’empêcherait pas que M. Moscati ne se rendît en France dans un temps plus opportun.

Il me paraît que, tout en criant contre les étrangers, M. Melzi n’avait mis en place que des Napolitains, des Vénitiens ou des Romains. Il est plus naturel et plus convenable d’y placer des Français, et je crois qu’il n’est pas difficile d’en trouver de bons.

Je désire que vous supprimiez entièrement la censure des livres. Ce pays a déjà l’esprit assez étroit sans l’étrécir davantage. Bien entendu que la publication de tout ouvrage qui serait contraire au gouvernement serait arrêtée. Il faut exiger seulement que, lorsque les libraires auraient à mettre en vente un ouvrage, ils en envoient, sept jours avant, un exemplaire à la police.

 

Château de Montirone, 14 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, mon intention est de réunir les deux bataillons de ma Garde à pied en un seul régiment, ayant un seul conseil d’administration; de les composer de six compagnies, de 75 hommes chaque, ce qui fera 900 hommes à pied; tous ceux qui existent auront droit d’y rester; de former une compagnie d’artillerie légère à 60 hommes; et enfin de réunir les deux escadrons de cavalerie en un seul escadron, composé de deux compagnies, chacune de 160 hommes, dont 100 seulement à cheval. Ma Garde ainsi composée me coûterait environ 1,500,000 francs. Je maintiendrai cette garde comme devant servir de passage à ma Garde définitive, que j’aurais le projet d’organiser de la manière suivante :

1° Quatre compagnies de gardes d’honneur, savoir : une de Milan, une de Bologne, une de Brescia, et une dernière qui aurai le nom de Romagne. Elles seraient composées de 60 hommes à cheval et de 40 à pied, et formées de jeunes gens de l’âge de la conscription et même de deux ans au-dessous, pris dans les famille riches, de manière qu’ils pussent verser 400 livres de Milan dans la caisse de la compagnie et avoir en outre une pension de 600 livres

2° Deux bataillons à pied composés chacun de huit compagnies de 75 hommes chacune et formées par des jeunes gens de la conscription, qui verseraient dans la caisse de ce corps 200 livres de Milan.

3° Une compagnie d’artillerie de 60 hommes à cheval, et une compagnie de gendarmerie de pareil nombre.

Il faudrait voir ce qu’on penserait à Milan de cette organisation et des dispositions des jeunes gens, et si l’on ne pourrait pas les obliger à y entrer en n’admettant pas de remplacement pour la conscription dans la ligne. Cette garde ainsi organisée, on laisserait insensiblement dépérir la première. Mon but, en appelant ainsi les jeunes gens des principales familles, est de faire une révolution dans les mœurs. On donnerait des maîtres pour l’éducation de cette jeunesse. Les soldats de la Garde auraient le privilège d’entrer au bout de deux ans dans les corps, comme sous-lieutenants pour les gardes d’honneur, et sergents pour la garde à pied. Cette garde organisée, on aurait ainsi organisé la nation.

 

 

Vérone, 16 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vois par votre lettre du 21, huit heures du matin, que 7 vaisseaux et 2 frégates sont devant Rochefort. Je ne vois pas ce que l’amiral Ganteaume pourrait faire. A quoi aboutirait une bataille ? à rien. Faites seulement mettre dans les journaux que les Anglais, ayant appris que l’escadre de Rochefort était arrivée le 18, ont envoyé 8 vaisseaux devant ce port, et qu’ils ont affaibli d’autant leur croisière de Brest; de sorte que, les 18, 19 et 20, elle n’était que de 15 vaisseaux; qu’on ne conçoit pas comment l’escadre française ne profite pas de cette circonstance. Le lendemain, un autre journal dira qu’il est fort extraordinaire que les journalistes se permettent de pareilles réflexions; qu’avant de condamner ou d’approuver la conduite d’un amiral, dans une affaire de cette nature, il faudrait connaître ses instructions, et que, probablement, comme l’Empereur ne les a pas fait connaître aux journalistes, tout ce qu’ils disent là-dessus est fort inutile. Que la flotte de Rochefort se prépare à partir au premier signal, car les Anglais ne tiendront pas ce blocus.

Il est inutile, dans votre lettre au contre-amiral Gourdon, de parler de Brest et de la Manche; il suffit de dire qu’il marchera avec l’escadre qui le ralliera, à de nouvelles opérations. Je trouve que le secret n’est pas assez recommandé; il faut lui dire que le prince de la Paix ne le connaît pas, et que M. de Grandellana ne doit point le connaître; qu’il n’y a que moi, vous et lui au monde qui le sachions; qu’il doit donc sentir l’extrême importance et l’extrême nécessité de se taire. Je ne veux pas que M. de Grandellana commande mon escadre. Je regarderais mon expédition comme manquée si on la savait en Espagne, ce serait capable de tout compromettre. J’ai donc brûlé cette lettre, comme étant intempestive. Vous n’avez qu’un mot à dire au prince de la Paix : qu’ayant ordonné à mon escadre du Ferrol de se rendre à la Corogne, j’ai jugé que l’escadre espagnole devait en faire de même. N’entrez dans aucun détail de place ou non-place. Je crains aussi que, si les escadres combiné se tiennent à la voile, elles n’attirent une grande quantité d’ennemi au Ferrol, et, par contre-coup, sur la ligne d’opérations. Dans toutes les affaires, il faut laisser quelque chose aux circonstances. Je ne sais jusqu’à quel point il est nécessaire de prescrire aux escadres de se rendre à la Corogne; je ne connais pas assez les localités : toutefois il me semble qu’il est beaucoup plus simple que Gourdon s’y porte, et d’écrire au prince de la Paix d’y envoyer les vaisseaux espagnols qui pourraient s’y porter. Le petit nombre de vaisseaux qui resteront au Ferrol auront toujours plus de facilité sortir. Ne prononcez ni le mot de Brest ni celui de la Manche à qui que ce soit. Je ne sais pas d’ailleurs jusqu’à quel point le Gouvernement espagnol voudrait concourir à un projet de cette espèce. Aussi ai-je toujours éludé quand on m’a demandé mon secret. Quant à vous, votre réponse est simple : vous devez dire que vous ne savez pas.

 

Vérone, 16 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès,, M. Jérôme Bonaparte ne peut être capitaine de vaisseau; ce serait une innovation funeste que de lui permettre de prendre un grade lui-même. Dans ce sens, sa conduite est d’une légèreté sans exemple, et sa justification n’a pas de sens. Non seulement M. Jérôme n’a pas le droit de nommer un enseigne lieutenant mais je désavoue cette nomination : cette conduite est tout à fait ridicule. Quand il aurait eu un combat et qu’il aurait pris un vaisseau anglais, il n’aurait pas le droit de donner un grade, mais seulement de recommander ceux qui se seraient distingués.

 

Vérone, 16 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vois dans le Journal de Milan que c’est le cardinal Dugnani qui est nommé évêque de Brescia. C’est une erreur; c’est le cardinal Archetti dont j’ai voulu parler. Renvoyez-moi, le plus tôt possible, le décret, pour que j’en fasse un autre.

  1. Containi m’a écrit relativement à la manière de subvenir aux dépenses de ma Maison. J’ai fait mettre, à Milan, 200,000 livres à la disposition de M. Severno et 500,000 livres à la disposition de M. Containi. Ces 700,000 livres doivent être employées à solder les dépenses du Gouvernement. J’ai ensuite mis, ce mois courant, à la disposition de M. Containi, 500,000 livres pour commencer à payer les dépenses courantes. Il suffit que vous m’apportiez à Plaisance l’état de ce qui a été payé pour le couronnement et de ce qui reste dû, ainsi que le budget avec vos observations, et j’aviserai à tout. J’approuve que M. Containi ait payé les bijoux de Paris; mais il faut qu’il m’apporte l’état de ces bijoux, afin que j’y mette mon approuvé pour la règle.

Je vous renvoie, signé, le décret relatif aux communications du Corps législatif; j’en ai supprimé les articles 9, 10 et 11 comme inutiles. J’approuve ce que vous avez fait pour les fournisseurs. Je n’ai rien changé à la manière dont le trésor public fait ses recettes et ses payements. Cette partie est d’une simplicité que nous avons peine à établir en France. Je soupçonne qu’elle peut donner lieu à des abus; mais je crois que l’indolence naturelle au pays et l’honnêteté des receveurs mettent à l’abri des graves inconvénients qu’un pareil système entraînerait en France. Les observations que vous me faites relativement au mode de payement des pensions ne sont pas réelles; il est indispensable pour l’ordre des finances, et le point de vue sous lequel vous l’envisagez n’est pas le mien; ce n’est pas dans le but d’économiser, cette année, deux millions, mais pour établir un système fixe. Les payements par mois donnent lieu à trop d’embarras, et, comme ils sont toujours aussi certains et aussi sûrs avec le nouveau mode, cela ne fera qu’un mouvement très-léger.

Vous me proposerez, à Plaisance, le changement de M. Arese et ce qui serait relatif aux officiers de ma Maison.

Si j’ai bien lu votre dépêche, je vois que vous tenez le Conseil d’État à quatre heures du matin; c’est un peu de bonne heure.

 

Mantoue, 17 juin 1805

A l’électeur de Bavière

Mon Frère, j’ai reçu avec plaisir le grand cordon de l’ordre de Saint-Hubert que vous m’avez adressé. Ceux de mes sujets auxquels Votre Altesse Sérénissime Électorale a accordé cette décoration s’honoreront de la porter, et les relations qui se trouvent ainsi établies entre eux et les personnes qui vous ont montré le plus de dévouement ne peuvent que m’être agréables. Je verrai toujours avec plaisir ce qui pourra contribuer à resserrer les liens destitue et d’affection qui m’unissent à Votre Altesse Sérénissime Électorale.

 

Mantoue, 18 juin 1805

A M. Prina

Voici mes observations sur la loi des finances :

  1. – La manière dont l’état est fait évite les détails. Je crois qu’il ne montera pas au chiffre fixé par la loi du 21 m… ; 1,500,000 francs ont été portés pour extraordinaire; vous ne portez que 1,027,000 francs. Il avait été mis beaucoup davantage que ce qui est porté aux ministères des finances et de la justice. Si cela est dans les états, votre tableau portera des chiffres non d’après la loi; on pourra les vérifier, on les reconnaîtra faux, et votre compte sera discrédité. Cela m’a porté à ne rien changer au texte de la loi, ou au tableau, et vous direz dans votre compte, pour arriver au même résultat, que le débit monte à 400,000 francs; car dans les compte des finances il me faut être exact, concis et vrai. Pensez que votre budget va être lu dans toute l’Europe et scruté par les hommes à argent.

‘ai porté le revenu de 1805 à 88,670,000 francs; et, à cet effet, j’ai augmenté l’extraordinaire des domaines ou la vente des domaines nationaux de dix millions; et j’ai porté à la dépense 600,000 francs pour les pensions ecclésiastiques, et 800,000 francs pour les pensions civiles; non que mon intention soit de déroger à mon principe de payer tous les six mois les pensions, mais parce que ce mode, qui tient à l’ordre général des finances, est une . . . . . . . . économie d’un retardement de payement. J’ai bien pensé que ces dix millions ne rentreront pas dans l’année, puisqu’il faut y prélever quatre millions pour suffire à l’année 1804; mais, d’un autre côté, tous les fonds d’argent des départements ne seront pas consommés en 1805, et j’ai l’espoir d’économiser deux millions sur les différences des dépenses départementales. Les onze millions . . . . . . .  Mais, je vous le répète, mon intention n’est point de payer tous les deux ou quatre mois, mais tous les six mois ; cela tient à des idées générales de finances auxquelles il faut insensiblement conduire le pays.

Quant au budget de 1806, vous remarquerez que je l’ai porté à cent millions, augmentant de 2,600,000 francs le fonds extraordinaire des domaines, c’est-à-dire la vente des biens. J’ai accordé, dans les dépenses, 500, 000 francs de plus au grand juge, 500, 000 francs de plus aux relations extérieures, un million de plus à l’intérieur, et 300,000 francs de plus au fonds de réserve.

Vous aurez soin, dans le tableau que vous me ferez de ce qui doit être accordé à chaque département pour dépenses spéciales en 1805, de me porter une réserve de 1,500,000 francs, et même, s’il est possible, de deux millions.

Vous verrez que je n’ai fait aucun cas des observations du Conseil d’État relativement aux fonds d’amortissement. Toutes ces observations m’ont para assez ridicules.

Quant au budget de 1806, si je le puis, je le ferai faire une année d’avance, quoique les gens qui ont des idées justes et bien pensants en aient désespéré toujours. C’est qu’en France ce n’est pas possible, parce que le moindre changement de politique porte cent millions de différence dans le budget. Les vingt-cinq millions que le pays paye à la France pour le protéger répondent de tous les événements et mettent plus de stabilité dans son budget.

Dans votre discours, faites sentir que le budget de 1805 est hypothétique, mais que le fonds de réserve est assez considérable pour pouvoir pourvoir à tout.

Dans votre discours de 1806, après avoir parlé du Simplon et de Volano, parlez du canal que j’ai dessein de faire pour enrichir le Brescian , et des travaux pour mettre les terres de Bologne à l’abri des ravages du Reno; et enfin faites sentir que les dépenses des pensions iront tous les jours en diminuant; que la dépense du Simplon sera bientôt à son terme, ce qui permettra de dépenser, tous les ans six ou sept millions pour l’amélioration du territoire.

 

Mantoue, 18 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous renvoie le projet de loi sur les finances avec les trois états qui y étaient joints. L’état de 1804 est faux, en ce que les crédits accordés aux ministres ne sont pas conformes au texte de la loi. Vous verrez, dans ma lettre au ministre des finances comment on doit y remédier. J’ai oublié de lui dire, dans cette lettre d’ôter la distinction d’argent et de biens nationaux, qui est inexacte en ce que les biens sont vendus et rentrent en argent au trésor, tandis que cela pourrait laisser croire à l’Europe qu’on en serait encore au mesures désastreuses de donner des biens nationaux en payement des services. J’ai noté de ma main, à l’article des dépenses, à 1805, les changements que j’ai jugé à propos d’y faire. J’y porte la recette à 88,6 70, 000 livres, et j’augmente divers crédits. Les circonstance et le temps me manquant, je n’ai pas voulu discuter plus long temps avec le ministre des finances; mais plusieurs de ses article me paraissent erronés, entre autres celui du Corps législatif, qui ne doit pas coûter 400,000 livres, etc. Il faut qu’il m’envoie son budget de 1806, car ce n’est que lorsqu’on aura un budget de 1806 bien fait qu’on pourra asseoir les dépenses de l’intérieur pour cette année-là, où il n’y aura plus de dépenses départementales.

Il faut me renvoyer le projet de loi en écriture, avec les changements que j’ai indiqués et les tableaux , pour que je signe et la loi et les tableaux; immédiatement après vous pourrez le renvoyer au Corps législatif. Vous verrez ce que je dis là-dessus dans ma lettre au ministre des finances, dont vous pourrez garder copie. Vous verrez que je désire qu’on annonce que j’ai le projet d’ouvrir un canal dans le Brescian et d’arrêter les inondations du Reno, et que je le puis dans la situation où sont nos finances.

Je serai encore mercredi et jeudi à Mantoue. J’ai passé ma matinée à cheval; je suis appelé par d’autres affaires dans ce moment-ci ; je vous expédierai un autre courrier avant de me coucher.

————————

Je ne sais qui nommer président an Corps législatif; présentez- moi des notes; je voudrais un homme qui eût de la considération dans son département par ses richesses.

 

Mantoue, 19 juin 1805

A M. Regnier

Je reçois votre lettre du 23. Je ne puis approuver la conduite que vous avez tenue. Cette affaire avait assez occupé le public pour que vous jugiez que ce cas n’était pas graciable. Cependant comment voulez-vous que je juge, moi, à quatre cents lieues de Paris ; et, une fois qu’on m’y a fait intervenir, comment voulez-vous que je ne juge pas ? D’un autre côté, il paraîtra cruel à tout le monde de retenir pendant trois mois un malheureux homme pour le faire ensuite exécuter. C’est donner à la justice un caractère de cruauté que toutes les lois s’efforcent de lui ôter; et il me semble que mes ordres étaient précis, et que vous n’étiez autorisé à accorder des sursis qu’autant que vous reconnaissiez que le cas était graciable. Au reçu de ma dépêche, convoquez le ministre de la police, le président du tribunal de cassation , le procureur de ce tribunal, mon procureur près la cour criminelle. Ce ne sera point un conseil privé, mais un conseil de consultation, pour savoir s’il y a lieu à grâce; et, si leur décision est négative, vous laisserez courir le jugement, et vous écrirez au procureur qu’ayant pris des informations près les tribunaux vous ne pouvez arrêter le cours de la justice et la soumettre à l’Empereur. Je ne puis me dissimuler que cette affaire fera le plus mauvais effet en France, et que les tribunaux se croiront autorisés à user du droit de sursis pour demander des grâces. Quant à ce que cet individu ne pouvait être privé du droit de recourir en grâce, vu mon absence de Paris, les autres tribunaux de France ne sont-ils pas dans ce cas ? A Bordeaux, à Grenoble, à Toulouse, il l’aurait pu. Le même principe devrait être pour Paris.

 

Mantoue, 19 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je répugne à signer votre décret du 26 prairial, parce qu’il ne me paraît pas juste de mettre un droit de 2 franc par quintal sur les exportations du Piémont et de la France pou Gênes. Je préférerais rédiger le décret en ces termes :

1° L’exportation est permise des Etats de Parme et des départements au delà des Alpes dans les départements de Gènes, de Montenotte et des Apennins; 2° l’exportation des grains est prohibée des départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins, à l’étranger.

Si ce décret offre plus d’avantages que d’inconvénients pour Gênes, je ne vois pas de difficultés à l’adopter; il me paraît plus simple et plus clair, et tend à mettre le pain à Gênes de niveau avec Turin, et à Sarzane et Chiavari de niveau avec les États de Parme.

 

Mantoue, 19 juin 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, je vous renvoie vos deux portefeuilles; je n’ai aucun ordre à vous donner sur leur contenu. Écrivez à M. de la Rochefoucauld que le camp de Castiglione est dissous; que le nombre des troupes qui le composaient a été beaucoup exagéré; que si, depuis un an, j’ai augmenté le nombre des troupes en Italie, c’est qu’on a aussi un peu augmenté les troupes dans le Tyrol, l’Istrie et la Carniole; que, des deux côtés, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de ne faire aucune augmentation, et que, pour quiconque a des yeux, mon système continental est bien déterminé : que je ne veux passer l’Adige ni le Rhin; que je veux vivre tranquille, mais que je ne souffrirai point de mauvaise querelles.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 24 prairial. Il paraît que Collingwood et Nelson ont conféré longtemps sur l’Espagne; qu’un des deux est immédiatement entré dans la Méditerranée, que l’autre a disparu. Collingwood a 8 vaisseaux, Nelson en a 11; somme totale, 19 vaisseaux. Ils n’ont pas été ensemble, cela est certain ; un des deux est entré dans la Méditerranée. Les Anglais parlent beaucoup d’une escadre de réserve aux Dunes, qui paraît devoir être de 14 vaisseaux.

Si cela est ainsi, ils ne tiendront devant Brest que 18 à 20 vaisseaux. Si vous pouvez faire sortir Missiessy , faites-le sortir. Il me paraît que c’est un homme qui a besoin d’instructions plutôt hardies que prudentes. Par exemple, il faut lui prescrire de chasser et de prendre le plus de bâtiments qu’il pourra. Mes dernières nouvelles d’Angleterre sont du 8 juin.

 

Mantoue, 19 juin 1805

DÉCISION

Le ministre des cultes demande la maison des Collinettes, à Lyon, pour en faire un séminaire diocésain. M. le cardinal-archevêque de Lyon a déjà un séminaire. Quand il sera organisé, on verra s’il est nécessaire de lui en donner un second.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je reçois votre circulaire au ministre de l’intérieur; il est inutile de parler de la France. Cela peut se faire en conversation; mais, les circonstances n’étant pas les mêmes, ce n’est ni de la bonne logique, ni de la bonne politique, que de citer la France ou un autre pays. La circulaire est trop étendue; l’autorité raisonne moins et s’explique plus brièvement. Vous auriez mieux écrit en six lignes :

« Monsieur Felici, Ministre de l’intérieur (à ce propos, il est nécessaire que vous arrêtiez votre protocole, soit pour commencer, soit pour finir vos lettres, afin d’avoir de l’uniformité et de la dignité), l’intention de Sa Majesté est que la magistrature de révision soit supprimée et qu’aucune espèce de censure ne soit exercée sur la presse; et que, dans le cas de la non-connaissance de l’auteur, le libraire soit responsable de ce qu’il y a dans l’écrit qu’il débite de contraire à l’ordre public, à l’intérêt ou à l’honneur des particuliers.

Sa Majesté entend cependant que, sept jours avant de mettre un ouvrage en vente, une copie en soit envoyée au ministre de l’ intérieur, afin que, s’il contient quelque chose de contraire à l’ordre public, la publication en puisse être arrêtée; l’ouvrage pourra aussi être arrêté toutes et quantes fois qu’il sera reconnu contraire au Gouvernement et au bien public. Présentez-moi donc un projet de décret pour atteindre à ce but. »

Votre circulaire a l’inconvénient de contenir, en quatre pages, un grand nombre de dispositions législatives et réglementaires. Une lettre à un ministre ne doit avoir pour objet que de lui donner l’initiative, pour qu’il vous présente un projet de décret, ou que de discuter quelques points relatifs à l’exécution d’une loi ou d’un règlement existant; mais, lorsqu’il s’agit de peines, on ne peut parler que par une loi, un règlement, un décret.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, les 8,000 livres de pension accordées à M. Oriani sont comme récompense des services rendus; les 4,000 livres qu’il reçoit comme professeur, il doit les conserver tant qu’il exercera ses fonctions; les 1,500 livres qu’il touche pour la carte, il doit les conserver également pendant ce travail, qu’il conviendrait peut-être de réunir en cadastre ; les 1,500 livres qu’il reçoit comme membre de l’Institut, il doit les conserver également : ainsi il gardera les 15,000 livres dont il jouit.

  1. Appiani a 6,000 livres comme premier peintre du roi; il doit conserver les 1,500 livres qu’il a comme membre de l’Institut. Quant aux 1,500 livres comme commissaire des Beaux-Arts, ses fonctions paraissent rentrer dans celles de premier peintre; si, cependant, il est soumis, à ce titre, à un travail particulier, il doit les conserver également. Le principe qu’on ne peut cumuler deux traitements est un principe de rigueur et ne doit pas s’appliquer à des homme d’un grand talent, qui peuvent remplir plusieurs fonctions.

Je remarque que le ministre de l’intérieur s’adresse au secrétaire d’État pour avoir des explications; cette marche est irrégulière; elle constituerait premier ministre le secrétaire d’État. Le ministre doit consulter le prince dont il exécute le décret. Quand, pour la commodité usuelle, il adresse au secrétaire d’État des demandes d’explications, pour les faire passer au travail, elles doivent toujours être adressées au vice-roi.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, faites connaître aux particuliers de Milan et de Pavie qui demandent à jouir du transport de leurs fruits chez eux que j’avais ordonné qu’on me fît un rapport sur leurs réclamations, et que je prendrai à Gênes un décret qui établira la réciprocité pour mes sujets de France et d’Italie. Quant aux indemnités, il n’en a jamais été accordé à personne, ni en Suisse, ni en Allemagne. Ce n’est que pour des biens perdus qu’on a droit à des indemnités, mais non pour des biens dont on jouit et qui sont seulement soumis aux règles du pays où ils se trouvent situés.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je désirerais que vous fissiez faire un état de ce que ma coûté le cordon de Sanilà, pendant les années 1804 et 1805, pour tous les ministères, et que vous fissiez viser ce compte par une commission du Conseil d’État.

Je vous renvoie les deux décrets signés; vous verrez que, dans le budget particulier du ministre des finances, je n’accorde que 5 millions pour les pensions ecclésiastiques de 1805, et 600,000 livres pour les pensions civiles. Cela n’implique point contradiction avec ce que j’ai fait mettre dans la loi sur le budget de 1805, puisque je me réserve d’accorder davantage, s’il le faut. J’ai réduit les sommes portées dans l’état à 11,792,000 livres. Vous le ferez recopier conformément à la minute que je vous envoie. Il me faudrait le même budget pour le ministère de l’intérieur et pour les autres ministères.

Il faudrait faire dresser l’état de ce qu’a coûté aux différents ministères le passage du Saint-Père pour l’aller et le retour, et soumettre également ce compte à la révision d’une commission du Conseil d’État.

Je m’aperçois que tous les états à l’appui du compte des finances ne sont pas imprimés; je vous les renvoie pour que vous en fassiez achever l’impression.

Dites au ministre des finances que le dernier règlement sur la justice, qui est en vigueur depuis le ler janvier 1805, bien loin d’augmenter le produit des droits de justice, les a diminués partout. Ce règlement est vicieux, mais on va y remédier par le nouveau règlement ; il faut qu’il soit calculé de manière qu’il ne coûte pas plus que celui qu’on suit actuellement.

On ‘m’assure que La Carrière-Méricourt, que j’avais fait mettre en surveillance à Mantoue et ensuite enfermer dans la citadelle de Milan, a été vu dans les rues de cette dernière ville. Donnez des ordres pour qu’il soit arrêté et enfermé étroitement. C’est un très-mauvais sujet et un coquin de la première espèce.

 

Mantoue, 19 juin 1801

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie un décret pour l’armement des places du royaume. Si ce que je demande par ce décret peut m’être remis à Plaisance, ce serait un grand bien. Il y a de l’anarchie et de la confusion dans l’artillerie et dans le génie; il faut y mettre de l’ordre. L’artillerie qui est dans les places d’Italie appartient au royaume d’Italie; les dépenses qui s’y feront sont à ses frais; ainsi, tout est facile à simplifier. Il faut que, tous les mois, on me remette un état, pareil à celui qu’on me remet en France, de toutes les bouches à feu, armes portatives et approvisionnements de guerre que j’ai dans toutes les places.

Vous verrez, par deux autres décrets que je vous envoie, que je veux établir une ligne télégraphique à Mantoue et une à Milan, qui sera d’une grande utilité pour transmettre promptement des ordres sur l’Adige. Recommandez à celui qui sera chargé de l’exécution de placer le plus loin possible de Mantoue la première station de cette ligne, afin que, cette place étant assiégée, la correspondance ne soit pas interceptée. Les projets du canal de Brescia et des travaux du port de Volano et du Reno peuvent être publiés. Donnez l’ordre au ministre de l’intérieur de nommer des ingénieurs pour la confection de ces projets.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie le projet de décret sur les paroisses. Je n’ai pas besoin de règles générales. Ce tableau n’explique pas assez. Je ne veux pas supprimer des cures, mais les réunir; dans les principes de l’Église, ce n’est pas la même chose. Ainsi il faut dire : « Article 1er. La paroisse A, la paroisse B, sont réunies à la paroisse métropolitaine de Milan; la paroisse C et la paroisse D sont réunies à la paroisse de Sainte-Marie dei Servi » ainsi de suite.  » Les curés des paroisses réunies seront attachés aux cures conservées, comme vicaires, et jouiront de leur traitement. A leur mort, leur traitement sera réuni à celui du curé, qui sera tenu de fournir à ses vicaires un traitement convenable. » Cela est simple. Renvoyez-moi le projet rédigé ainsi. Il faut que le ministre des cultes s’accoutume à cette manière de faire. C’est l’art d’éviter des difficultés.

 

Mantoue, 19 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, j’ai mis une somme de 500,000 francs à la disposition de M. Containi, puisque je l’ai portée dans le décret des crédits des ministres. Je ne sais pas bien si c’est pour juillet, mais je crois avoir porté 500,000 francs en juillet, et 500,000 francs en août.

Dans plusieurs papiers que je vous ai envoyés sur le cérémonial des vice-rois, vous verrez la formule que vous devez prendre pour les décrets.

Je ne vois pas d’inconvénient qu’on accorde la permission de porter l’uniforme et de former une compagnie de gardes d’honneur dans toutes les villes où j’ai passé.

 

Mantoue, 19 juin 1805

A M. Marescalchi

J’ai reçu ce que vous m’avez écrit sur la rixe qui a eu lieu à Bologne. Le peuple a besoin de magistrats fermes et qui sachent inspirer de l’estime et de la crainte.

Vous trouverez ci-joint une note des bacs de l’Adige.

Expédiez un courrier à M. Rostagny  pour qu’il s’abouche avec le gouverneur général et lui fasse sentir qu’il est injuste que tous bacs soient du côté de la rive de l’Autriche, et qu’il serait convenable et plus conforme à la justice de faire une chose égale et déterminer que la moitié des bacs irait coucher à la rive droite et la moitié à la rive gauche; par ce moyen, toutes les difficultés sur cet objet seraient terminées; qu’il y aurait aussi quelques mesures à prendre pour le bien de la population de Vérone, comme de déterminer que la Vérone italienne pourrait tirer ses fourrages, vins et blés de l’Autriche, sans rien payer, se soumettant toutefois aux formes d’usage des douanes autrichiennes, et que la Vérone autrichienne serait traitée également; que, quelque inconvénient qu’il y ait de part et d’autre à cette mesure, il est de l’humanité de venir au secours d’une ville que les malheurs des temps veulent qu’elle soit partagée en deux, et que la générosité des deux gouvernements fasse qu’elle en souffre le moins possible. M. Rostagny, qui est homme prudent, sentira que pour les bacs il faut un arrangement; sans quoi je retiendrai de force sur ma rive les bacs impairs; cependant je n’emploierais ce moyen qu’autant que le gouverneur général ne voudrait entendre à rien là-dessus.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 25 prairial. Je me doutais bien que toutes les dispositions relatives à l’ordre judiciaire en Italie ne seraient pas entièrement à votre gré. Cela ne viendrait-il pas d’anciens préjugés ? Ce que nous avons appris, bien su et bien pratiqué pendant trente et quarante ans, fait une telle impression, que nous ne voulons entendre à rien de ce qui y serait contraire.

Je n’ai aucune incertitude sur la paix continentale; vous pouvez rassurer; et, si j’ai laissé entrevoir quelque doute, c’est que j’ai cru qu’il était assez prudent de faire voir que je ne le craignais pas. Voilà trois jours que je suis ici à parcourir les fortifications de Mantoue, ce qui ne laisse pas que de m’occuper. L’Impératrice est déjà partie pour Bologne, où je serai demain.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je désirerais connaître de quelle manière on pourrait empêcher les marchés à prime. Il me semble qu’une loi sévère, qui infligerait des peines afflictives et infamantes aux agents de change qui feraient de pareils marchés et abuseraient ainsi de la confiance publique, serait déjà un bon remède. Voyez si vous pouvez en trouver d’autres.

J’entends beaucoup parler de la crainte d’une mauvaise récolte; il paraît qu’elle ne s’annonce pas bien. Il faudrait peut-être défendre l’exportation des blés du côté de la Hollande et du Rhin; je crois cependant qu’elle a toujours lieu. Je désire que vous preniez des renseignements là-dessus, et que vous me fassiez connaître comment s’annonce la récolte aux environs de Paris.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, j’ai appris avec plaisir votre arrivée à Gènes. D’après ce que me marque M. Champagny, il me paraît que vous n’y manquerez pas de besogne. Ordonnez à M. Lacuée de prendre tous les renseignements nécessaires sur les troupes. Mon intention est d’organiser un régiment de canonniers de la marine, comme celui qui est à Lorient; il me servira non-seulement pour l’armement des vaisseaux, mais aussi pour fournir des canonniers aux batteries de côtes.

J’ai donné l’ordre au bataillon du 20e, qui est à la Spezzia, de se rendre à Gênes, afin de trouver un peu de troupes à mon arrivée. Je le fais remplacer à la Spezzia par un bataillon suisse qui est à Livourne.

Je n’aurai point de difficulté à créer un 113e, qui serait composé du bataillon ligurien qui est à Tarente, et d’un autre bataillon que je lèverai à Gênes. Que M. Lacuée me prépare ce travail. Je nommerai aussi quelques commissaires des guerres parmi ceux qu sont actuellement employés dans la république de Gênes.

Une chose à laquelle je vous recommande de veiller, c’est au logement des officiers. Ce qui a le plus vexé les villes d’Italie, ce sont les logements des officiers, qui s’établissent dans des maison dont ils ne sont jamais satisfaits. Mon intention est qu’on ne donne de logements à personne, mais que chacun paye. Les municipalité peuvent donner des facilités, comme d’affecter des hôtels garnis où chacun trouve à se loger selon son grade et à un prix raisonnable. Je désire que M. Lacuée me fasse un projet pour loger tous les soldats dans des casernes et les officiers dans des pavillons.

Nommez un payeur de la division militaire, que M. Marbois confirmera. Choisissez un homme entendu de Gênes. Nommez aussi un receveur dans chaque département, et préparez le travail de la translation des douanes.

Je pense que j’arriverai à Gênes vers le 10 (29 juin). Je désire y trouver à mon arrivée les maires et les curés des trois départements liguriens.

Occupez-vous de la dette publique, et voyez le parti que j’ai à prendre. Je ne verrais pas de difficultés à augmenter mon grand livre de la dette publique de France d’un million. Je ne voudrais pas en mettre davantage.

Créez pour la police des compagnies départementales, comme celle que j’ai établie à Nantes. J’imagine que des mesures sont prises pour l’organisation de la gendarmerie. Il serait convenable de réunir les troupes liguriennes à Gênes ou aux environs, pour les passer en revue et en faire sur-le-champ ce qui sera convenable.

Si cela était possible, je désirerais que les sous-préfets fussent Génois : voyez alors à choisir les personnes les plus propres. J’imagine que M. Bigot-Préameneu s’occupe de l’organisation de la justice et fait venir de Turin tout ce qui lui est nécessaire pour organiser tout le système judiciaire et pour la traduction du code.

Voyez, avec l’archevêque, d’organiser une nouvelle circonscription des évêchés. Il y en a deux qui paraissent inutiles, celui de Noli et de . . . . . . Si ce travail est fait avant mon arrivée à Gênes, vous pourriez me l’expédier, pour que je l’envoie au Pape.

Le district de Bardi faisait partie des États de Parme; je l’ai réuni au département des Apennins. Le général Clarke s’est porté sur les lieux et en a fait la reconnaissance. Je lui ai ordonné de vous en envoyer le résultat, afin que vous chargiez quelqu’un de se rendre sur les lieux pour poser les limites.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Regnier

Monsieur Regnier, je reçois votre lettre du 24. J’approuve la mesure que vous avez prise de faire poursuivre devant ma cour criminelle de Cahors des individus prévenus de manœuvres sur la conscription.

Je vous envoie une dénonciation faite par un juge de ma cour criminelle de Bordeaux. Il me semble que l’épigraphe de sa lettre donne une assez pauvre idée du jugement de cet individu. Il est extraordinaire qu’un juge prenne pour devise le cri de guerre, Mort à l’infâme gouvernement anglais, lorsqu’on peut faire la paix d’un moment à l’autre. Il dénonce le président du tribunal criminel. Cette affaire me paraît devoir être renvoyée à ma cour de cassation , afin que, si cette dénonciation est vraie, on déclare le président de Bordeaux indigne de ma confiance, et que, si elle est fausse, le dénonciateur soit chassé du tribunal, où il ne peut pas rester après de pareils actes.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je suis bien aise que l’affaire de M. Giusti soit finie.

J’ai préféré Port-Maurice à Oneille, parce que la ville est beaucoup plus considérable, que le port en est meilleur, et que ses habitants m’ont montré, dans tous les temps, un attachement que je ne dois pas oublier.

Le préfet maritime et les agents français de la marine doivent être arrivés à Gênes. Faites ce qu’il vous sera possible pour faire armer les deux bricks liguriens.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Fouché

Je ne conçois pas comment les blés sont à haut prix à Anvers : ils s’exportent donc pour l’Angleterre ? La Belgique cependant en produit tant ! Faites-moi connaître quelle est la situation de la récolte dans ces départements.

Envoyez-moi un rapport sur Laa et les autres espions, mon intention étant de les traduire devant une commission militaire. Avec deux ou trois exemples, nous rendrons ces gaillards-là moins audacieux et plus rares.

Envoyez-moi un rapport sur . . . . . .. et un projet de décret pour le traduire, en Hanovre, devant une commission militaire. Recommandez au maréchal Bernadotte de bien le faire garrotter, pour que ce coquin ne s’échappe pas.

Le prêtre Cadoudal, qui prêche contre les acquéreurs de domaines nationaux, doit être arrêté et envoyé sur-le-champ à Paris.

Il est instant que vous ouvriez les yeux sur le diocèse de Poitiers. Il est, en vérité, honteux que vous n’ayez pas encore fait arrêter Stewens. On dort, car comment un misérable prêtre aurait-il pu échapper ? Cependant il fait bien du mal.

 

Mantoue, 20 juin 1805

A M. Fouché

Je vous envoie l’opinion de M. Lebrun sur le rapport que vous m’avez adressé; j’en adopte les conclusions. Ce rapport prouve que vous n’êtes pas assez sévère. L’art de la police, afin de ne pas punir souvent, est de punir sévèrement.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au maréchal Berthier

Il faut vous mettre au fait de l’organisation de la flottille. Demandez aux généraux Ney et Davout leurs dispositions pour l’embarquement, comme vous verrez que Soult l’a fait par l’état ci-joint, et, lorsqu vous l’aurez ainsi arrangé, vous me le remettrez sous les yeux. Je désirerais que vous partissiez le 16 de Paris pour Boulogne, Étaples, Dunkerque; voir les troupes, pour l’inspection des troupes et pour remplir tous les états. Vous me proposerez les difficultés qui pourraient survenir; j’y répondrai.

Je n’embarque point de chevaux pour la garde impériale, point pour la gendarmerie; ces deux, corps, ainsi que les sapeurs et mineurs, seront répartis sur toutes les escadrilles. Il ne vous échappera pas que les compagnies sont de 130 hommes. Cependant Soult n’y porte que des compagnies de 90 hommes; il y aura encore de la place pour 40 hommes et des canons, ce qui laisse de la marge pour le remplissage.

La division d’Oudinot doit s’embarquer sur la 8e escadrille. Il a, il est vrai, sept régiments avec des bataillons de six compagnies. Il doit donc y avoir à Ambleteuse, entre les 7e et 8e escadrilles, de quoi embarquer la garde impériale, les divisions Gazan et Oudinot, qui forment l’avant-garde. Les Italiens qui doivent s’embarquer sur les corvettes de pèche laisseront des bâtiments vacants; ils ne sont que six bataillons, et il y a de quoi en embarquer neuf sur les corvettes de pêche. On pourra donc embarquer une partie de la division des dragons à pied; une partie pourra être aussi embarquée à Calais, même sur les écuries. Les écuries de la réserve peuvent embarquer 1,800 chevaux et plus de 3,000 personnes. Il est nécessaire que vous vous occupiez de ces détails avec le plus grand soin. Que le général Songis et Petiet aient tous les états en règle. Si vous aviez la copie de Soult, renvoyez-moi la mienne, toujours bonne à avoir.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au maréchal Berthier

Il y aura besoin à Gênes, à Gavi, à Savone et à la Spezzia, de commandants d’armes; envoyez-m’en la liste; il y a des officiers que j’ai réformés dans ma dernière revue à Boulogne, qui peuvent très-bien être employés là.

J’ai désigné également le général de division Montchoisy pour commander à Gènes en place du gouverneur. Donnez-lui l’ordre de s’y rendre sans délai. Il faut envoyer trois généraux de brigade pour commander dans chacun de ces départements.

Donnez ordre au général de brigade Bucquet, chef d’état-major de la gendarmerie, de se rendre à Gènes pour y organiser la gendarmerie et y prendre le commandement de cette légion. Mon intention est que cet officier reste à Gènes pendant la première année.

Mon intention est d’établir à Savone, à Gênes et à la Spezzia, à Gavi, une compagnie de canonniers vétérans français; d’établir à Gênes trois compagnies de vétérans , une de Piémontais et deux de Français. Faites-moi connaître quelles sont les compagnies qu’on pourrait ôter de différents points de France pour placer là.

Donnez ordre à tout le disponible du 3e bataillon de la 8e légère (bataillon corse), qui se trouve à Antibes, de rejoindre le bataillon au camp de Boulogne. Ordre à trois compagnies du 4e d’artillerie à pied , chacune de 80 hommes, de se rendre le plus promptement à Gènes.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Je suis enchanté de la petite affaire du capitaine Hamelin : ceci fait bien voir ce qu’il est possible de faire avec nos canonnières.. On dira ce qu’on voudra, c’est avec des hommes et du canon qu’on se bat, et, quelque avantage qu’on ait pour les marches par une meilleure position, il y a cependant une pratique à admettre et des avantages qui sont aussi propres aux chaloupes canonnières. 4 chaloupes canonnières ne pouvaient tirer que huit pièces de canon, 2 corvettes canonnières n’en avaient que quatre; cela fait donc douze pièces de canon; 1 frégate portait quarante canons, 1 corvette, vingt, 1 brick douze ou quinze, 1 cutter autant : ainsi voilà nos douze pièces de canon qui ont tenu au large et se sont défendues contre plus de 100 pièces. Je demande si, en place de ces 6 canonnières, qui ne m’emploient pas plus de 150 hommes d’équipage, qui ne valent pas plus de 200,000 francs de matériel, on eût mis 1 frégate et 1 brick : la frégate eût sans doute été prise par la division ennemie. Qu’est-ce que je veux en conclure ? C’est que, dans un combat qui aurait lieu devant Boulogne, si une vingtaine de prames et 200 chaloupes canonnières se mettaient en tirailleurs entre les combattants, ce seraient des mouches qui feraient de terribles piqûres aux escadres anglaises. Je veux en conclure aussi qu’aux environs de thermidor toutes les chaloupes canonnières des environs de Brest doivent être armées, que tous les canonniers du port et autres des environs doivent les armer; qu’on doit y mettre de bonnes garnisons et qu’elles doivent sortir avec mon escadre.

On ne peut pas dire qu’elles se sont vues de loin, puisqu’elles ont perdu beaucoup de monde, et l’ennemi beaucoup; c’est une petite affaire qui est charmante. Je désire que vous me proposiez des récompenses pour ceux qui se sont distingués. Vous voyez que les canonnières reçoivent des boulets dans le corps, dans la mâture, et qu’elles ne coulent pas.

Pressez le départ des bâtiments du Havre; il est bien temps qu’ils arrivent à Boulogne.

Pressez aussi Ver Huell de se réunir à Ambleteuse.

Faites-moi connaître de quel corps étaient les garnisons de la petite flottille qui s’est distinguée au combat de Fécamp.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Donnez ordre au général Sugny de se rendre à Gènes, pour y organiser un nouveau régiment de canonniers de la marine, dans lequel seront compris tous les canonniers génois. Il faut qu’il parte avec tous ses contrôles pour me les présenter. Il faut envoyer beaucoup d’officiers d’artillerie des régiments qui sont à Brest, Toulon et Lorient. J’espère trouver à mon arrivée à Gênes tous les chefs de service du port, pour terminer l’organisation définitive et l’affectation pour ladite organisation.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, tenez la main à ce que les officiers, soit Français, soit Italiens, qui sont en garnison à Mantoue, payent leur logement; mon intention est que les officiers soient logés, mais j’entends aussi que les propriétaires des maisons soient payés. La municipalité de Mantoue prétend qu’elle est créancière d’un millions sur l’État; faites-moi connaître sur quoi sa prétention est fondée.

La municipalité demande à établir un droit sur les cabarets; elle prétend que cet exercice lui rendrait 73,000 livres. Je vous prie de m’envoyer l’avis du ministre des finances sur cet objet.

Les villes de Mantoue, Vérone, Brescia, Milan, ont des créances sur la Maison d’Autriche. Chargez le conseiller d’État Testi de réunir tous les renseignements sur cet objet, et de faire pour le 1er août un rapport où seront détaillées toutes ces créances et les moyens de les recouvrer.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, demandez au ministre des finances des renseignements sur le domaine qu’on pourrait accorder à M. Melzi. Il est convenable que, dans cette session, les orateurs du Conseil d’État proposent au Corps législatif un projet de loi sur cet objet.

Occupez-vous de faire faire des projets de décorations pour l’ordre de la Couronne de fer, par Appiani.

Le palais de Mantoue est très-mal entretenu; le palais du Té est aussi très-mal entretenu. Mon intention est de prendre l’un et l’autre et d’en mettre l’entretien à la charge de ma liste civile. Mantoue est d’ailleurs un point important, où il est bon de passer un mois tous les hivers. Cette place est le boulevard du royaume. Vous direz à M. Containi de comprendre dans le budget des dépenses ce qui est nécessaire pour les gouverneurs, les concierges, etc., de ces palais. Il faut que cela soit fait en novembre, car il est probable que je vous écrirai vers ce temps de venir passer un mois à Mantoue.

Je vous envoie des décrets pour des plantations d’arbres. Si le ministre de l’intérieur dort, cela ne sera pas fait. Mon intention est de planter, aux frais de la couronne, le terrain de la porte de Cerese. Parlez à M. Containi pour savoir où l’on prendra ces arbres; je ne sais où il y a des pépinières; niais les arbres propres au sol de Mantoue ne doivent pas être difficiles à trouver, puisque ce sont des arbres aquatiques et de marais. Faites faire un projet de plantation d’arbres dans le forum Bonaparte, et faites préparer ce qui est nécessaire pour y planter, en novembre et dans la saison de d’hiver, deux ou trois cent mille pieds d’arbres et des bosquets. Il faudrait voir aussi s’il n’y aurait pas moyen d’acheter et de payer en rescriptions des domaines les jardins qui entourent la promenade de Milan pour ragrandir autant que possible, et les faire planter en arbres et en bosquets. Ce sont des choses que vous devez préparer et sur lesquelles vous prendrez des décrets quand j’aurai repassé les Alpes; ce sera utile et agréable à la ville de Milan. Vous m’enverrez les décrets avant de les publier, afin que je voie s’ils sont dans la forme voulue.

Il faut que M. Paradisi se mette sérieusement à la tête de sa besogne; eaux, canaux, chemins, tout cela le regarde, sous la direction du ministre de l’intérieur.

La fonderie de Pavie mérite toute votre attention; on m’assure que le fondeur est très-mauvais; faites-vous rendre compte si l’on a donné à cette fonderie les eaux et les jardins, comme je l’avais ordonné.

Faites-moi connaître quels sont les bijoux qui sont au trésor propres à donner en présents. Il doit y avoir une boîte sur laquelle j’ai ordonné qu’on mît mon portrait.

Mantoue, 20 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, faites mettre dans le journal officiel le mémoire sur le canal de Pavie, que je vous envoie. Faites-y mettre aussi différents articles sur la navigation du Mincio, et sur l’utilité dont elle sera. Faites parler aussi dans les journaux des mesures prises pour l’assainissement de Mantoue. C’est en parlant souvent d’améliorations qu’on dirige les esprits vers de bonnes choses et des travaux utiles. Il est nécessaire aussi de faire faire un mémoire raisonné sur tout le travail du Simplon, tant pour la partie française que pour la partie italienne, en faisant sentir que la France, en participant à plus de la moitié de ce travail, n’a fait qu’aider les finances du royaume d’Italie, car cette communication est d’un tel avantage pour la Lombardie, que, dans tous les temps, elle en aurait supporté seule les frais. C’est surtout dans le moment où l’on est occupé du budget qu’il faut parler beaucoup d’améliorations pour le territoire.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie une pétition de la famille Gonzague, de Mantoue. Si cet exposé est vrai, rien n’est plus injuste que la confiscation qu’elle a essuyée. Elle était dans le cas de souffrir la perte de ses droits féodaux, mais non la confiscation des maisons, terres et moulins qu’elle possédait. Je n’ai voulu prendre aucune décision avant de savoir ce que le ministre des finances, le grand juge et les gens de Milan qui connaissent cette affaire, en pensent. Je désire avoir un mémoire qui me fasse connaître de quel droit le domaine s’est saisi de ces biens, ayant à cœur de rendre à cette famille la justice que tous mes sujets ont droit d’attendre de moi. L’aîné de cette famille Gonzague vit à Venise; il est convenable de le faire rentrer dans sa patrie. Faites-lui écrire par le ministre de l’intérieur que mon intention est qu’il vive chez lui; qu’à défaut de cela, le fidéi-commis dont il jouit sera donné à ses frères. Le ministre de l’intérieur lui accordera jusqu’au 1er août pour tout délai. Il faudrait faire l’état des hommes les plus considérables de Milan, Mantoue, Bologne, Brescia, etc., qui se trouvent à Venise ou à l’étranger, afin de prendre, selon les circonstances, des mesures pour les faire rentrer.

Je vous envoie un décret par lequel j’accorde aux grands officiers de ma couronne une rente sur l’économat, équivalente à celle qu’ils doivent avoir en terres, jusqu’à ce que leurs commanderies soient organisées. Écrivez au ministre des finances de la leur faire toucher.

 

Mantoue, 20 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, il est nécessaire de faire rédiger la loi sur la conscription. Il faut qu’elle soit, comme celle de France, divisée en armée de réserve et en armée active, et que différents corps soient chargés du recrutement dans les départements. Je pense que 5,000 hommes pour l’armée de réserve et 5,000 hommes pour l’armée active sont suffisants pour l’année 1805. Il faudrait faire mettre à la disposition du Gouvernement la conscription de l’année 1806, avec la condition qu’elle ne pourrait être appelée dans le cours de la présente année; mais on pourrait appeler 5,000 hommes vers le mois de février. Il ne sera permis de se faire remplacer qu’autant que les compagnies de gardes d’honneur et de la garde royale seront complètes.

 

Mantoue, 20 juin 1805.

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie mon décret sur la formation de la garde royale; vous pouvez le faire imprimer et publier. Le ministre de la guerre ordonnera que ceux qui voudraient y entrer se fassent inscrire chez le préfet de leur département. En même temps vous me présenterez quatre commandants pour le corps et douze capitaines pour les vélites, en vous étudiant à choisir des hommes ayant de la fortune, de la popularité et de l’influence. Vous enverrez à Paris ce qui est nécessaire pour compléter la garde de ligne; à mon arrivée, je l’organiserai moi-même. Quant au reste, vous enverrez de la gendarmerie, et vous ferez ce que disposera le ministre de la guerre. Il me semble que M. Martinengo, qui a servi, qui de tout temps a été attaché, et qui vient de commander la garde d’honneur de Brescia, pourrait commander la compagnie de Brescia. Vous ferez le règlement pour les masses et le casernement; vous en ferez faire la revue, et vous me ferez connaître ce que cela coûtera. Vous réglerez aussi les uniformes; les gardes d’honneur auront le plus riche, ensuite les vélites. Vous ferez un règlement pour le service : vous êtes en état de le faire mieux qu’un autre. Vous réglerez le service dans le palais et pour les escortes, en donnant le premier poste aux gardes d’honneur, le second aux vélites et le troisième aux gardes de ligne. Si les inscriptions volontaires ne sont pas suffisantes, on pourrait revenir sur les remplacements de la conscription de 1804; ce qui va venir des conscriptions de 1805 et 1806 compléterait seulement les compagnies.

 

Bologne, 21 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie le projet de décret général sur les finances à envoyer au Corps législatif. Vous demandez des détails sur mon voyage : les gazettes des lieux où je passe en parlent; ainsi, faites-vous donner celles de Brescia, Vérone et Bologne, et faites-les mettre dans le journal officiel, en indiquant la gazette d’où les extraits sont tirés. Ayez soin aussi d’envoyer au Moniteur le journal officiel d’Italie. Je ne suis arrivé qu’aujourd’hui vendredi à Bologne. J’y resterai samedi et dimanche. Je passerai le lundi à  Modène, et je serai mardi à Parme. Il suffira donc que vous soyez mercredi à Plaisance.

 

Bologne, 21 juin 1805

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 juin. Je ne vous ai point parlé des sapeurs, parce que j’ai pensé que ces troupes étaient à disposition du génie pour les travaux. Dirigez les uns sans délais Mantoue, et faites écrire par le ministre de la guerre au général Chasseloup d’envoyer à Legnago, à Peschiera et à la Rocca d’Anfo la partie qui est nécessaire.

En mettant à Milan deux régiments d’infanterie et trois de cavalerie, j’ai eu pour but que vous puissiez veiller directement à l’instruction. C’est ce dont vous devez vous occuper sérieusement parce que cela vous conciliera l’attachement de la jeunesse italienne et, lorsque vous aurez quatre ou cinq régiments bien instruits, vous aurez un bon fond d’armée. Je pense que vous pourriez très-bien aller à la parade tous les jours, et le matin, à une heure fixe, aller voir exercer les recrues. L’armée russe n’a été organisée par l’empereur Paul, et les troupes prussiennes par le grand électeur, que parce qu’ils s’occupaient ainsi eux-mêmes des détails. Cela est moins nécessaire en France, où, depuis un temps immémorial, il y a un fond d’armée considérable. Vous, et vous seul, pouvez former troupes : je ne crois pas qu’il y ait de général italien qui le sache. Quand ils verront que vous vous en occupez, ils s’y mettront aussi par crainte de disgrâce; et, en effet, il faudra mettre de côté ceux qui n’y entendent rien.

Envoyez toute l’artillerie à Pavie, afin que dans cette place soit concentrée toute l’artillerie italienne. Mon intention est de réduire les pontonniers à une seule compagnie, et, dès ce moment, vous pourriez ordonner au ministre de la guerre de procéder à cette réforme.

Je ne vois pas d’inconvénient à ne donner aucun supplément de solde à Milan. Cela ne se fait à Paris que depuis peu de temps, si je ne l’ai point réformé, c’est que le service du soldat est tel qu’il  n’a que trois nuits de libres. Je vous ai écrit pour les conscrits; il faut une loi sur cet objet. Je vous ai envoyé un décret pour ma Garde; il est rédigé d’une manière toute différente. Vous verrez facilement que mon but est d’attirer dans l’état militaire toute la jeunesse.

 

Bologne, 21 juin 1855

Au prince Eugène

Mon Cousin, voici ma réponse au mémoire du ministre des cultes. Il n’y a pas besoin d’évêque dans la Valteline, et je préfère que l’évêque de Côme administre le diocèse de la Valteline. Il serait à souhaiter que nous n’ayons qu’un diocèse par département; mais comme, dans les choses que je déteste le plus, les querelles et les tracasseries de religion sont au premier rang, je laisserai les choses comme elles sont. Je réunirai, par exemple, l’évêché de Carpi, auquel on n’a point donné de traitement dans le tableau, à l’évêché le plus voisin. Je laisserai aux évêques la portion de leur diocèse qu’ils ont en pays étranger; mais je soustrairai toutes les paroisses du royaume qui sont sous la juridiction d’évêques étrangers, en les réunissant aux évêchés les plus proches. La cathédrale de Vérone étant dans la ville italienne, mon intention est d’y établir l’évêque de Vérone; l’autre se nommera comme on voudra. Quant aux formalités à suivre, qu’on fasse un projet de bulle fondée sur les principes que je viens d’indiquer, de manière cependant qu’il n’y ait pas un évêché qui n’ait au moins cent trente mille âmes, et qu’on dénomme paroisse par paroisse ce qui forme la circonscription de chaque diocèse; je le ferai adopter par la cour de Rome, et tout se trouvera ainsi terminé.

 

Bologne, 22 juin 1805

Au maréchal Berthier

Mon intention est que la fonderie de Pavie, l’arsenal de construction de Mantoue et tous les travaux soldés par les finances d’Italie, soient sous les ordres du vice-roi et sous la direction d’officiers italiens, sans que les officiers français aient à s’en mêler; si l’assistance de quelques officiers français est nécessaire pour les diriger, le vice-roi vous en fera la demande, et vous les mettrez à sa disposition. Je désire également que tous les ouvriers d’artillerie français soient réunis à l’arsenal de Plaisance, pour y pousser avec activité les travaux nécessaires à la confection de l’équipage de campagne français; si cependant des ouvriers français sont nécessaires, qu’ils n’y soient employés que jusqu’en brumaire, époque où les ouvriers italiens devront suffire.

 

Bologne, 22 juin 1805

A M. Cambacérès

Je reçois votre lettre du 26 prairial. Je suis à Bologne depuis hier; je suis extrêmement content de cette ville. M. Lebrun est arrivé à Gênes; je le joindrai dans douze ou quinze jours.

 

Bo1ogne, 22 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

L’objection que vous faites à mon idée de faire rentrer quelques vaisseaux dans la rade ne m’avait pas échappé. Je trouve quelque inconvénient aux sorties de Ganteaume. Il n’y a aujourd’hui que 18, 19, 20 ou 21 vaisseaux devant Brest. Rien de plus imprévoyant que le Gouvernement anglais; c’est un gouvernement occupé de chicanes intérieures et qui porte son attention où il y a du bruit. Je ne suis point d’avis que Ganteaume sorte; je ne crains rien à Bertheaume; il est inexpugnable; 20 vaisseaux entourés de batteries, avec un port derrière, ne s’attaquent pas facilement. Cela ne peut se comparer à Aboukir, à cause du voisinage de la terre, des équipages, de la position, et enfin l’amiral qui est devant Brest n’a pas, comme Nelson, une immense sottise à réparer. Mais, pour Dieu ! qu’on me mette des caronades. Ce n’est qu’avec des canons qu’on arme des vaisseaux, et pour des vaisseaux il n’y a que des canons de gros calibre.

Si Ganteaume veut donc sortir, je ne vois pas à quoi bon sa sortie, j’ai peine à le comprendre. Cependant, s’il le croit nécessaire, au lieu de la faire à la fin, qu’il la fasse avant le 15 messidor. Quant au Borée,il faut y nommer un jeune homme. Il paraît que l’Uranie est bloquée à Villefranche par 1 vaisseau et 2 frégates anglaises; c’est la seule force qu’il y ait dans ces mers. Je suis porté à croire que ce vaisseau est un vaisseau de 50 canons. Qu’on arme le Borée jour et nuit. Faites donc partir l’escadre de Rochefort. Je pense que plus tôt elle partira, mieux cela vaudra. Son départ aura encore ceci de bon, que les Anglais verront dans sa sortie le projet de faire la guerre dans les pays lointains. Tâchez qu’elle ait lieu avant le 20 messidor. Dites à O’Connor et à ses compatriotes, dans les proclamations :

« Des hommes impatients et insensés vous font faire des mouvements inutiles. Le moment de reconquérir votre indépendance n’est pas éloigné. Alors seulement vous pourrez avec sûreté vous lever en masse. Déguisez vos sentiments et conservez votre amour pour la patrie et votre indépendance jusqu’au moment où , secourus par vos alliés, vous pourrez le faire avec succès.  »

Mon intention serait d’endormir les Anglais le plus possible sur l’escadre de Brest, sans affectation cependant, et diriger le tout vers le Texel. Écrivez dans ce sens à Marmont. Il faut qu’il puisse partir vers le 20 messidor : moi-même je ferai marcher un piquet de ma Garde pour Utrecht, et, arrivé à Paris, j’annoncerai mon départ pour ce point. Cela leur fera craindre que Villeneuve ne s’y dirige, et les portera à s’affaiblir devant Brest, ce qui est le grand point.

Je vous renvoie la dépêche de l’amiral Ganteaume. Je pense que la division de 6 vaisseaux bons marcheurs dérouterait les calculs de l’ennemi et lui donnerait le change. L’ennemi ne manquerait pas d’être fier d’avoir empêché de sortir cette escadre. Mais je ne crois pas qu’il faille en faire sortir davantage; sans quoi il pourrait ne pas se croire en force et devoir en faire venir d’autres.

Vous recevrez par M. Maret le décret relatif aux équipages des forbans. Je ne vois point de difficulté, sur l’autre décret, de supprimer l’et coetera et d’en suspendre l’exécution. Cependant, si vous ne l’aviez pas publié au 15 messidor, il faudrait m’en prévenir, afin que je visse la mesure à prendre.

 

Bologne, 23 juin 1805

RÉPONSE DE L’EMPEREUR AU DISCOURS DE M. BELLUOMINI, GONFALONIER DE LA RÉPUBLIQUE
DE LUCQUES

Monsieur le Gonfalonier, Messieurs les Députés des Anciens et du Peuple de Lucques, mon ministre près votre République m’a prévenu de la démarche que vous faites; il m’en a fait connaître toute la sincérité. La République de Lucques, sans force et sans armée, a trouvé sa garantie, pendant les siècles passés, dans la loi générale de l’Empire, dont elle dépendait. Je considère comme une charge attachée à ma couronne l’obligation de concilier les différents parti qui peuvent diviser l’intérieur de votre patrie.

Les républiques de Florence, de Pise, de Sienne, de Bologne, et toutes les autres petites républiques qui, au XlVe siècle, partageaient l’Italie, ont eu à éprouver les mêmes inconvénients; toutes ont été agitées par la faction populaire et par celle des nobles. Cependant ce n’est que de la conciliation de ces différents intérêts que peut naître la tranquillité et le bon ordre. La constitution que vous avez depuis trois ans est faible; je ne me suis point dissimulé qu’elle ne pouvait atteindre son but. Si je n’ai jamais répondu aux plaintes qui m’ont été portées souvent par les différentes classes de vos citoyens, c’est que j’ai senti  qu’il est des inconvénients qui naissent de la nature des choses, et auxquels il n’est de remède que lorsque les différentes classes de l’État, éclairées, sont toutes réunies dans une même pensée, celle de trouver une garantie dans l’établissement d’un gouvernement fort et constitutionnel. J’accomplirai donc votre vœu; je confierai le gouvernement de vos peuples à une personne qui m’est chère par les liens du sang. Je lui imposerai l’obligation de respecter constamment vos constitutions. Elle ne sera animée que du désir de remplir ce premier devoir des princes, l’impartiale distribution de la justice. Elle protégera également tous les citoyens qui, s’ils sont inégaux par la fortune, seront tous égaux à ses yeux. Elle ne reconnaîtra pas d’autre différence entre eux que celle provenant de leur mérite, de leurs services et de leurs vertus.

De votre côté, le peuple de Lucques sentira toute la confiance que je lui donne, et aura pour son nouveau prince les sentiments que des enfants doivent à leur père, des citoyens à leur magistrat suprême, et des sujets à leur prince. Dans le mouvement général des affaires, ce sera pour moi un sentiment doux et consolant de savoir que le peuple de Lucques est heureux, content et sans inquiétude sur son avenir. Je continuerai d’être pour votre patrie un protecteur qui ne sera jamais indifférent à son sort.

 

Bologne, 23 juin 1805

A M. Fouché

Je vous prie de me faire connaître ce que c’est qu’ une pièce deDon Juan qu’on veut donner à l’Opéra, et sur laquelle on m’a demandé l’autorisation de la dépense. Je désire connaître votre opinion sur cette pièce, sous le point de vue de l’esprit public.

 

Bologne, 23 juin 1805

Au général Menou

Ayant augmenté les légionnaires de 2,000 places, toutes destinées à des individus ayant été blessés à la guerre, officiers ou soldats, je désire en nommer dix par régiment d’infanterie légère ou de ligne. Vous soumettrez des propositions pour les capitaines d’administration, des corps qui sont dans votre division. Il faut des hommes qui aient fait campagne et qui aient été blessés ou aient fait des traits éclatants. Vous réviserez ce travail pour que je l’approuve. Ces individus se rendront à Gênes pour recevoir la décoration.

Cinq places pour les régiments de cavalerie.

Inviter les Piémontais qui l’ont obtenue à se rendre à Gênes pour la recevoir.

 

Bologne, 23 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

L’île de France vit avec le produit de ses prises; il est bien plus naturel que la part des officiers soit payée en bons sur le trésor public. Tout l’argent qu’on enverrait serait dilapidé. Il serait beaucoup mieux d’y envoyer deux ou trois frégates neuves, parce que, avec des bâtiments croiseurs, cette colonie s’en tirera toujours.

 

Bologne, 24 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, vous me mandez que vous n’avez pour Brest que quatre mortiers à plaque. Il y en a deux à Granville : envoyez l’ordre, par un courrier extraordinaire, de les envoyer à Brest, et prenez des mesures pour que, au reçu de votre ordre, ils partent sans délai, soit par mer, soit par terre. D’ailleurs, ces six mortiers à grande portée me paraissent suffisants, puisque, à l’endroit du mouillage, il n’y a entre les deux points que 3,000 toises; des mortiers à la Gomer, qui se dirigent facilement, portant leur mobile à plus de 1,500 toises, remplissent le but. Il y en a à Brest, et l’on peut aussi en tirer des batteries où ils sont inutiles. Il y a aussi à Brest des mortiers de galiote en fer. Il en a été fait beaucoup sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Ces mortiers jettent des bombes à 1,700 toises. Si l’on y met de l’activité, on aura à Brest tout ce qu’on voudra pour compléter l’armement. Les six mortiers à plaque pourront toujours servir pour commencer le feu, tenir l’ennemi éloigné et lui porter les premiers coups; mais les quarante mortiers à la Gomer seront une véritable force.

 

Bologne, 25 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je m’aperçois, depuis que je parcours le pays, que ce qui est arrivé aux Gonzague est arrivé à soixante autres personnes, et entre autres aux Lambertini; c’est-à-dire que, par une disposition dont je ne conçois pas le principe, non-seulement on a supprimé le droit féodal, mais encore on s’est emparé de la terre sur laquelle le droit féodal était assis, comme la Convention a fait en France; ce qui est une injustice réelle, car cela ne pouvait se faire, comme l’avait fait l’assemblée constituante, qu’en mettant la condition de rachat; mais on a trouvé qu’elle avait été trop modérée, et on s’est emparé du fonds. Faites faire un rapport sur cet objet par la commission de législation, et demandez au ministre des finances un mémoire sur ce que cela a rendu. C’est une injustice qui ne peut être tolérée, à moins que ces dispositions n’aient été autorisées par quelque usage du pays qui, jusqu’à présent, n’est point à ma connaissance.

 

Bologne, 25 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint deux décrets : l’un ordonne l’établissement d’une promenade et d’un boulevard à Bologne; mon intention est qu’il y ait quatre allées autour des remparts. Vous aurez soin que le projet vous en soit soumis incessamment pour que vous l’approuviez, et que la municipalité prenne des mesures pour faire planter les arbres dès l’hiver prochain.

Pour subvenir à cette dépense, ainsi que pour améliorer et embellir la promenade qui existe à présent, j’affecte un bien national de 200 à 230,000 livres, que la commune fera vendre.

Le second projet de décret est relatif à la grande question des eaux du Reno. Après bien des conférences, j’ai été à même de prendre moi-même un dernier parti, et je me suis décidé à ordonner le versement du Reno dans le Pô. Plus ce parti est grand et présente de responsabilité, plus je me suis convaincu qu’il était nécessaire que je le prisse moi-même. J’ordonne que les dix-sept millions des biens des eaux soient liquidés. Je ne vois pas trop pourquoi la commission de la dette publique a refusé de reconnaître cette dette nationale; c’est un engagement que j’ai pris avec la République cispadane, il
y a plusieurs années.

Je vais incessamment prendre un décret pour maintenir la balance entre les universités de Bologne et de Pavie; j’ai trouvé la première dans un état d’infériorité et de nullité qui contraste avec l’abondance et les privilèges de celle de Pavie. Père de mes peuples, je ne dois admettre aucune différence entre eux, et je vois que cette partie de mon royaume a été sacrifiée à des intérêts de localité, quand la politique veut que l’on abonde en toutes espèces de grâces pour un ays qui, après avoir été longtemps capitale, se trouve réduit à état de province. Quatre millions pour l’entretien des deux universités ne sont pas trop.

Faites imprimer le rapport de M. Aldini sur le versement du Reno dans le Pô, non sous son nom, mais en lui ôtant tout ce qui un caractère officiel et de rapport, et en le convertissant en un grand article de journal qui paraîtra le lendemain de la signature du décret. Je n’admettrai aucune représentation, et mon intention est qu’on travaille sur-le-champ à jeter le Reno dans le Pô.

J’ai été extrêmement satisfait de la ville de Bologne. Cette ville et Brescia sont les plus importantes, les plus énergiques et les plus méritantes du royaume. Milan aurait tort d’être jalouse de qui que ce soit, puisqu’elle est la seule ville du monde qui ait tout gagné en peu de temps et avec si peu de sacrifices. D’ailleurs, je ne me refuserai pas à lui donner un bien national de 200,000 francs pour établir sa promenade dans le meilleur état. Je vous ai envoyé des notes pour l’achat d’une maison. Comme la construction d’un palais est un ouvrage qui ne peut être fini qu’en douze ou quinze ans, l’achat d’une maison de campagne est d’autant plus utile qu’il est essentiel pour l’intérêt de l’État que vous passiez un mois au moins chaque année dans le pays.

 

Bologne, 25 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie le décret sur la conscription. Il n’y est pas rappelé que les dispositions de la loi de 1802 sont maintenues, parce que cela est de droit, qu’une loi a son effet naturel tant qu’elle n’est pas rapportée, et que, quand on revient sur ces choses-là, cela finit par mettre du désordre dans l’administration. Il n’est pas dit, par la même raison, que les départements qui n’ont pas fourni leur contingent de la conscription de 1802 à 1803 doivent le fournir, parce que cela est de droit.

Vous ne m’expliquez pas pourquoi les particuliers de la rive italienne de la Sesia se trouvent ruinés : je vous prie de me faire faire un mémoire là-dessus.

Les 80,000 francs à mettre à la disposition du ministre de la guerre, pour la gratification accordée à des corps, peuvent être pris sur son crédit du mois prochain. Je vous envoie un décret par lequel j’augmente de 400,000 francs ce même crédit, pour qu’il puisse fournir aux dépenses des fortifications.

On propose dans le département de l’Adda quatre tribunaux de première instance : un seul suffit, vu l’établissement des juges de paix. Cinq tribunaux de première instance dans l’Agogna me paraissent trop, il suffit de trois; quatre dans l’Alto-Po sont trop, il suffit de trois ; quatre dans le Basso-Po sont trop, il suffit de trois; quatre dans le Lario sont trop, il suffit de trois; quatre dans la Mella sont trop, il suffit de trois; trois dans le Alincio sont suffisants; cinq dans le Reno sont trop, il suffit de quatre; trois dans le Serio sont suffisants. Cette réduction apportera une grande économie.

La même commission ne peut faire la loi sur les notaires, le règlement sur les procédures civiles, et la loi provisoire des translations; il faut au moins deux commissions pour pouvoir remplir avec activité ces trois objets.

Je vous renvoie le rapport A; je n’y vois rien d’important que ce qui est relatif aux petites vexations sur l’Adige. Il faut que M. Testi entretienne sur cet objet une correspondance suivie avec mon commissaire général des relations extérieures à Venise, pour demander pourquoi on arrête arbitrairement les passagers, ce qui est d’un assez mauvais effet. Alors le gouverneur général donnera des ordres; car ces petits inconvénients proviennent du fait des subalternes et des insignes militaires mal données. Ce sont des affaires de détail à suivre; quand on verra qu’on y met de la suite, les subordonnés agiront d’une manière plus circonspecte, et tout prendra une marche plus régulière.

Quant à l’affaire des auditeurs de rote, faites-en correspondre M. Testi avec le cardinal Fesch, mon ambassadeur à Rome.

Faites écrire à M. Antoine Malvezzi, de Bologne, ainsi qu’à M. Ercolani, décoré de l’ordre de Saint-Hubert, que je les autorise à porter la décoration de Bavière. Je vous envoie une note du Duroc sur les palais de Bologne. Il parait qu’il n’y a pas de doute sur le choix; je n’ai pu les voir moi-même; mon intendant peut se transporter à Bologne pour s’assurer s’il y en a un de convenable et en faire l’achat.

Le secrétaire d’État ne doit pas dater du jour où il contre-signe les décrets, c’est une chose absurde; un décret ne peut pas avoir deux dates, et, comme le contre-seing du secrétaire d’État ne lui donne aucune valeur, ce n’est qu’une chose inconvenante.

 

Bologne, 25 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, mon intention est de faire accompagner le prince de Lucques par Parme, Plaisance, jusqu’à Lucques, par quatre détachements des gardes d’honneur des principales villes du royaume, de 5 hommes chacun, et par 1,00 hommes à cheval de ma garde impériale. Le commandant de la garde à cheval de la garde d’honneur de Milan commandera les quatre détachements. Les gardes d’honneur de Pavie, de Lodi et de Como, s’il y en a une à Como, formeront un détachement de 25 hommes à cheval. M. Ercolani commandera la garde de Bologne; son détachement sera composé de celles de Bologne, Cesena, Ferrare, Forli. M. Martinengo commandera le détachement de la garde de Brescia, qui sera composé de celles de Brescia et de Vérone. Le commandant de la garde d’honneur de Modène commandera le détachement composé de celles de Modène, Reggio et Crémone. Les quatre détachements formeront en tout 100 hommes. Vous ferez prévenir que tout soit ordonné pour la réunion.

Les chevaux seront nourris en route par étapes. Les commandants des quatre détachements jouiront des indemnités et des étapes de colonel; les maréchaux des logis, de celles de capitaine; et les gardes, de celles de sous-lieutenant. Chargez le ministre de la guerre Pino de cette organisation, afin que tout soit prêt dans les vingt-quatre heures. Les gardes d’honneur seront prévenus qu’ils sont destinés à accompagner le prince et la princesse de Lucques, qu’ils resteront quinze jours à Lucques, et ensuite retourneront chez eux. Vous leur ferez connaître quelle est la marque de confiance que je leur donne, en les admettant à accompagner une princesse de mon sang et un prince qui arrive à la souveraineté d’un pays allié du royaume d’ Italie.

 

Bologne, 25 juin 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, ma réponse à la pétition du ministre des cultes est que ce qui est écrit est écrit. Si mon décret sur les cultes n’a rien décidé là-dessus, vous me le représenterez à Plaisance; s’il a décidé quelque chose; je ne puis y revenir.

Je vois, annoncé dans le journal de Milan, que le cardinal Dugnani a été transféré à Ferrare. Le secrétaire d’État a eu bien peu d’esprit de ne point faire dire que c’était une erreur, et qu’au lieu de Dugnani il fallait lire Archetti ; c’est prêter au gouvernement des inconséquences. Ces choses-là sont plus importantes qu’elles ne paraissent.

Je désire que, lorsque vous m’écrirez, vous mettiez à la date le jour de la semaine. Il paraît que vous serez à Plaisance le mercredi à midi : il n’est pas sûr que je sois jeudi à Plaisance.

 

Modène, 25 juin 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous envoie des décrets qu’il est bon de faire mettre dans le Moniteur. Je vous envoie des journaux de Milan dont vous pourrez faire extraire quelques articles. Je vous envoie une lettre du général Chasseloup. Si M. Marbois est à Paris, communiquez-la-lui pour qu’il prenne sur-le-champ les mesures nécessaires pour faire expédier de l’argent. S’il n’y était pas, vous ferez appeler celui qui est chargé de donner des ordres en son absence, et vous lui enjoindrez de faire toutes les dispositions pour que les fonds soient assurés. Le moindre retard peut arrêter les travaux pour la campagne. Je vous envoie une lettre du ministre de la police. Il est inutile qu’on sache que je vous ai envoyé cette lettre. Faites les démarches nécessaires auprès de l’administration des forêts, et tenez la main à ce que les intérêts du trésor soient à couvert.

 

Modène, 25 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Vous trouverez ci-joint une lettre de M. Jérôme qui m’annonce l’arrivée de l’Uranie. Il paraît que vers le 3 il y avait 2 vaisseaux et 3 frégates anglaises devant Gènes. Il paraît que le 17 prairial il y avait plusieurs frégates en vue de Barcelone. Il paraît aussi que le 13 prairial le convoi de Nelson était vis-à-vis Alicante. Tout cela, ce sont les mêmes nouvelles, ce sont les 2 vaisseaux qui ont escorté le convoi de Gibraltar.

Je vous réexpédie vos tableaux. Je ne vois pas d’inconvénient de les faire passer à Gourdon, qui ne les remettra aux Espagnols qu’au moment du départ.

Il serait assez convenable de choisir un autre capitaine général pour la Martinique; Villaret ne demande pas mieux que de retourner.

 

Parme, 27 juin 1805

A M. Barbé-Marbois

Je ne vois pas clair dans les affaires de Parme. Je désire que vous y envoyiez un employé du trésor, intelligent et bien au fait de notre manière de compter. Il se rendra à Parme et établira le budget, tant pour le revenu que pour la dépense, de 1802, 1803, 1804 et 1805. Il établira aussi la même chose pour les municipalités de Parme, Plaisance et Guastalla. Il y ajoutera un mémoire sur chacune des branches de l’administration, sur les biens nationaux qui ont été vendus, et ce qui existe encore. Moreau de Saint-Méry, qui aurait dû faire cela, est tout à fait incapable; et puis il est bon de voir clair dans toutes ces affaires. Il faut que vous envoyiez pour cela un homme intelligent et tout à fait au fait de la manière dont nous faisons nos budgets.

 

Parme, 27 juin 1805

A M. Fouché

Votre lettre du 2 messidor m’a annoncé l’arrestation d’un espion, enseigne de vaisseau, à Bordeaux, avec ses papiers, celle d’un ci-devant baron, dans le département du Pas-de-Calais, et de deux autres de ses compagnons de voyage, dans la Roër. Je considère ces arrestations comme de véritables succès. Elles ont une importance d’autant plus grande qu’elles nous déferont de cette classe de misérables, et rendront le métier d’espion anglais périlleux. Ne les perdez point de vue, non plus que Laa, afin que je prenne des mesures sur un rapport général que vous m’en ferez, et que je les fasse traduire, les uns devant une commission militaire à Bordeaux, et les autres devant une autre commission. Ces exemples réitérés seront d’un grand effet. Je ne puis donc que vous témoigner toute ma satisfaction sur l’un et l’autre de ces événements.

Des agents anglais dangereux traversent le royaume d’Italie dans tous les sens. Un agent français à Rimini et un à Bologne seraient importants. Ils correspondraient avec Milan et Paris, et seraient connus du prince Eugène. Cela pourrait servir à faire arrêter des individus qui traversent l’Italie pour correspondre de Naples à Venise.

 

Parme, 27 juin 1805

Au général Marmont

J’ai reçu votre lettre du 28 prairial. J’ai fait connaître mes intentions au ministre Decrès; mais, comme il pourrait ne point le faire avec tous les détails convenables, je pense devoir vous écrire directement, et je vous parlerai comme à un officier sur le secret et la confiance duquel j’ai le droit de compter entièrement. Les Anglais n’ont à Yarmouth que 3 vaisseaux d’un calibre plus fort que 64. J’ai besoin d’en attirer davantage sur ce point, pour aider mes opérations. Voici comment je conçois ce que vous avez à faire. Passé le 15 messidor, mettez en marche les détachements des troupes qui doivent s’embarquer à bord des vaisseaux et frégates; ils y seront arrivés le 20. Du 20 au 25, que les vaisseaux de ligne lèvent l’ancre et se rendent au point F de votre plan. Que le reste du camp ne bouge point. Qu’il n’y ait qu’un général de division d’embarqué; vous, ne le soyez pas. Faites courir le bruit que 5 vaisseaux et frégates, avec six mois de vivres, partent pour une expédition de long cours. L’escadre restera là jusqu’à ce qu’elle ait attiré devant elle une force ennemie supérieure; et si, même alors, elle peut y rester sans danger, elle continuera à y rester. Si la position n’est point tenable, elle rentrera, mais le plus tard possible.

Au ler thermidor, toute votre armée se mettra en marche. Les 6, 7 et 8, tout sera embarqué. Le 9, vous vous embarquerez de votre personne. Vous prendrez des pilotes et ferez croire le plus possible que vous allez en Irlande en doublant l’Écosse; vous mettrez dans l’erreur l’amiral et les officiers hollandais. C’est donc l’Irlande que vous menacez. Si, dans cette position, vous pouvez aller avec votre escadre à la position F, vous le ferez. Sans quoi, vous aurez l’air d’attendre qu’un coup de vent chasse la croisière anglaise pour mettre à la voile; ce qui nécessairement obligera les Anglais à tenir une escadre de 10 vaisseaux au moins, et leur donnera toutes sortes de sollicitudes.

Je compte donc que, les 10 et 12 thermidor, vous ferez toutes vos dispositions pour l’embarquement, et vos dispositions feront en Angleterre un tapage considérable. Vous prendrez vos mesures pour ne toucher en rien à vos munitions de siége et à vos approvisionnements, jusqu’au 25 thermidor. Je serai près de vous alors, et je vous ferai connaître fréquemment mes intentions.

Je vous ai dit que j’avais besoin que vous attiriez beaucoup de vaisseaux près de vos côtes, c’est mon premier but; mais il n’en faut point conclure que votre embarquement est un embarquement de parade. Il est de parade, dans ce sens qu’il est anticipé d’un mois; mais, ce temps-là passé, il est probable qu’il deviendra réel. Et, comme dans les opérations de mer les jours ne peuvent être calculés, quand je dis un mois, ce peut être quinze jours. Vous devez donc vous arranger pour être prêt à partir au reçu d’un ordre. Je crois que cela vous explique suffisamment mes intentions.

Vous ne recevrez juste que le 15 mon courrier. Organisez ce que vous embarquerez à bord de votre escadre, de manière à faire croire que c’est pour votre expédition; mais surtout faites que cela soit cru en Angleterre et en Hollande pendant dix ou douze jours. Il ne faut point faire embarquer de chevaux, vu que cela décèlerait une expédition de descente.

Dix ou douze jours après, comme je rai dit plus haut, il faut que l’on croie en Angleterre à votre opération de descente. Il vous est, en ce moment, impossible d’en comprendre toute l’importance et les raisons. Trompez les généraux de division que vous ferez embarquer sur les vaisseaux de guerre, en faisant faire des recherches sur le cap de Bonne-Espérance. N’embarquez que ce qui, selon l’opinion des marins, peut aller au Cap.

Dans votre état de situation, qui se monte à 20,000 hommes embarqués, je désire que vous y joigniez deux compagnies d’artillerie batave de plus, et quelques ouvriers et sapeurs de plus.

 

Parme, 21 juin 1805

Au général Bertrand

Monsieur le Général Bertrand, mon Aide de camp, je vous envoie le projet de chemin qui a été fait jadis. Vous le suivrez et vous tiendrez des notes, lieue par lieue. Vous ferez aussi un tracé des fortifications de Bardi, et des quatre ou cinq autres petits fortins des gorges des montagnes de Gênes, tenant aux États de Parme. Vous irez à Sarzana, à la Spezzia, et vous reviendrez à Gênes, tenant note des villes, ports, rades, que vous rencontrerez sur votre route. Vous ferez de toutes les notes que vous aurez recueillies deux mémoires, que vous me remettrez à Gênes, l’un sur les difficultés et sur la dépense d’une route qui irait de Sestri à Parme et de Parme à la Spezzia; l’autre sur la situation dans laquelle se trouve la Spezzia, sur la statistique de tout le département des Apennins, sur les batteries de côte qui existent et sur celles qu’il conviendrait d’établir. Enfin vous me présenterez un troisième mémoire sur les gorges des Apennins, sur les facilités que pourrait trouver une armée à se porter de Reggio, de Modène, de Parme, sur la Rivière de Gênes, et sur les obstacles que la nature et l’art y apporteraient.

 

Parme, 27 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Collingwood n’est parti que le 3 prairial; il a perdu quatre ou cinq jours à conférer avec Nelson dans la baie de Lagos. En supposant donc qu’il ait été en droite ligne où il devait trouver Villeneuve, il y arrivera beaucoup après lui. La Topaze est partie le 25 floréal, le Président, le 1er prairial, et dès lors il ne trouvera plus personne. Je me vois pas non plus bien clairement où a été Nelson. Cependant, très-certainement, il y a dans la Méditerranée 1 vaisseau à Naples, 3 qui rôdent sur nos côtes depuis Gênes jusqu’à Toulon, et 3 autres qui rôdent sur les côtes de Cadix, Carthagène. J’estime donc qu’il y a 7 vaisseaux dans la Méditerranée. On veut me faire croire que Nelson est du nombre; alors il aurait donné 4 vaisseaux de son escadre à Collingwood, qui serait parti avec 12 ou 13 vaisseaux. Selon vos calculs, il n’y en aurait que 24 devant Brest, dont 6 de la croisière de Rochefort; reste à 18; ajoutez-y les 4 du Ferrol que vous supposez réunis, quoique ce soit incertain; au moment du combat il n’y aurait donc là que 22 à 23 vaisseaux. Villeneuve aurait, en seuls vaisseaux français, 19 vaisseaux et 7 frégates, et 13 vaisseaux et 2 frégates espagnols. Selon votre état, il n’y aurait à Nore et à Yarmouth que 3 vaisseaux. C’est pour augmenter le nombre de ces vaisseaux que tendent tous mes efforts. A cet effet, mon intention est que, passé le 20 messidor, l’escadre batave du Texel sorte et rentre, et qu’au ler thermidor toute l’armée s’embarque et reste embarquée. Certainement 30,000 hommes embarqués, ce qui n’a jamais eu lieu, et 7 vaisseaux attireront beaucoup de forces de ce côté-là.

Écrivez sur cela au général Marmont. Il est bon aussi que vous fassiez courir légèrement le bruit que la partie de ma Garde partie de Paris se dirige sur la Hollande, et que moi-même je vais passer la revue du camp d’Utrecht.

Si Missiessy sort, comme je l’espère, et qu’il paraisse sur les côtes d’Irlande, il ajoutera à ces démonstrations plus de probabilités. Enfin je suis plein d’espoir que l’amiral Villeneuve ne trouvera pas à Brest une force qui puisse lui en imposer, et que nos escadres réunies présentant plus de 50 vaisseaux, seront longtemps maîtresses du passage des mers où elles doivent se rendre.

Le 15 messidor, écrivez à Villeneuve pour lui faire connaître l’état de la question. Le 20, envoyez-lui un second courrier; le 25, un troisième; le ler thermidor, un quatrième; le 5, un cinquième; que ce soient tous des gens vigoureux.

Écrivez au général Gourdon que, du moment que Villeneuve paraîtra, il expédie deux courriers, un à Brest et un à Paris, et qu’il promette 100 louis à ces courriers s’ils arrivent avant telle heure en recommandant à tous deux, sous peine afflictive, de ne pas dit un mot de ce qu’ils ont vu et du lieu où ils vont.

Dans votre lettre au général Villeneuve, faites-lui bien connaître qu’il trouvera des vivres à gogo à Brest; que d’ailleurs l’escadre, qui en a pour six mois, pourra lui en donner tant qu’il voudra; qu’enfin il en trouvera aussi sur l’escadre de Gourdon, qui pourront lui donner trois mois pour 5 vaisseaux, ce qui formera 15 jours pour 20 vaisseaux.

Écrivez également à Gourdon que, le 25 messidor, il vous expédie un courrier qui vous fasse connaître la situation de l’escadre espagnole, la sienne et celle de l’ennemi.

Je vous envoie la carte du Texel et la note des points où son escadre peut se porter, et de ce qu’elle peut faire, sans se compromettre, pour attirer le plus d’ennemis possible. Consultez-vous avec le Pensionnaire de Hollande, et écrivez-lui une lettre dans laquelle vous lui direz que, dans mon attaque générale de guerre, j’ai besoin qu’il fasse tel mouvement; donnez ordre au général Marmont de faire les démarches pour le faire exécuter auprès du comité de marine.

Faites entrevoir à M. Schimmelpenninck qu’il ne serait pas impossible qu’à mon retour d’Italie j’allasse visiter le camp d’Utrecht; que je serais flatté de trouver l’escadre du Texel forte de 9 vaisseaux de guerre.

J’ai peine à croire qu’il y ait 8 vaisseaux devant Rochefort, à moins que ce ne fût 6 vaisseaux de haut bord et 2 de 50.

Réitérez donc vos ordres pour que le Borée soit armé sans retard. Je voudrais confier une expédition à M. Jérôme, mais de quelque importance. Si au ler septembre je pouvais avoir le Génois, le Borée et 3 frégates, je pourrais lui faire faire une très-belle expédition. Faites-moi connaître le temps réel pour une expédition d’Afrique, si vous pensez que le Génois soit prêt. Si ensuite notre grande expédition réussissait, ces petites escadres pourraient bien servir à quelque occupation d’éclat importante.

Faites aussi terminer l’Annibal.

 

Plaisance, 26 juin 1805

DÉCISION

M. Regnaud, de Saint-Jean-d’Angely, annonce que des bateleurs représentent avec des figures mécaniques les mystères de la Passion, depuis la conception et l’accouchement de la Vierge, jusqu’à la résurrection de son Fils. Il ajoute que l’on se porte en foule à ce spectacle, auquel les prêtres ont permis d’assister. Renvoyé au ministre de la police, pour faire insinuer aux évêques que cela est contraire à toute idée saine, et faire connaître à ces individus qu’ils cessent leur spectacle, sous peine d’être fustigés très-réellement.

 

Plaisance, 28 juin 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous enverrez un officier à Granville, qui de là parcourra Cherbourg, le Havre, Dieppe, Fécamp, et viendra vous joindre à Boulogne, où il vous portera la note de toutes les chaloupes canonnières, bateaux canonniers, péniches, etc., qui seraient encore dans ces ports. Donnez ordre au 3e régiment de hussards de se rendre à Montreuil pour rejoindre sa brigade. Donnez ordre au général commandant l’artillerie de rappeler toutes les compagnies d’artillerie légère faisant partie de l’armée et disséminées sur les côtes pour faire le service des colonnes mobiles, ainsi que le matériel et les attelages dont il pourrait avoir besoin. Passez la revue de tous les corps d’armée en bordant la haie, et envoyez-moi la note de tous les officiers qui manqueraient, avec des projets de nomination, afin que les cadres soient complets en officiers. Consultez la situation des troupes, et faites venir des dépôts, en infanterie et cavalerie, les hommes nécessaires pour compléter les présents sous les armes que chaque corps doit avoir, sans y comprendre les hommes aux hôpitaux. Envoyez-moi un état de situation exact des présents sous les armes, au 15 messidor, dans les camps de l’armée de l’Océan, en ayant soin de marquer les hommes aux hôpitaux ou hors des ports de réunion de l’Océan : par ports de l’Océan, vous savez qu’on comprend tous les ports depuis la Somme jusqu’à l’Escaut.

Ayez l’œil sur tout; entrez dans tous les détails de vivres, eau-de-vie, souliers; dans tous les détails d’embarquement. Vous devez tout avoir dans vos portefeuilles, bien en règle. Faites embarquer un grand nombre d’outils d’artillerie; vous savez qu’on en manque toujours à la guerre. J’aurai le siège du château de Douvres, de Châtham, peut-être de Portsmouth, à faire; causez-en avec Marescot. Il est possible que j’aie assez de troupes pour les faire tous trois à la fois; il ne s’agit donc pas de si, de mais, de car; les cas sont prévus. Qu’on embarque donc beaucoup d’outils à manche, et qu’on fasse en sorte qu’on ne manque de rien. Je ne sais combien j’ai ordonné de compagnies de mineurs. J’imagine qu’on a tous les outils pour former l’équipage de mine.

Je pense qu’il n’y a qu’une division du camp de Bruges à Wimereux. Envoyez au maréchal Davout l’ordre qu’une autre division soit rendue avant le 26 messidor.

Je serai à Fontainebleau le 25. J’y recevrai des renseignements précis pour donner des ordres sur tout et faire toutes les disposition.

J’ai ordonné la formation de tous les dragons à pied du camp de Compiègne et d’Amiens. Donnez ordre au général Baraguey d’Hilliers d’en prendre le commandement et de se rendre avec à Calais.

Donnez ordre à l’artillerie de ma Garde, qui est à la Fère, de rendre à Wimereux : il suffit qu’elle y soit le 25 messidor. Si j’ai oublié quelques dispositions, remettez-les-moi sous les yeux. Comme la division de grosse cavalerie de Nansouty n’est pas destinée à s’embarquer tout de suite, je serai à temps de donner des ordres à mon arrivée à Paris. Il me suffit qu’il y ait possibilité qu’elle soit à Calais au 5 thermidor.

J’imagine que les cinq bataillons de sapeurs sont complets; s’ils ne le sont pas, faites appeler du dépôt d’artillerie tout ce qui est nécessaire pour les compléter.

 

Plaisance, 28 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je suis toujours sans nouvelles positives; il paraîtrait que Nelson aurait été aux Indes occidentales, mais seulement avec 10 vaisseaux. Dans tous les cas, il ne serait parti que le 25 floréal. Magon serait donc arrivé avant. Nelson aurait d’abord été devant Surinam, de là à la Trinité, et enfin à la Barbade; ce qui laisse des chances même pour l’arrivée de la frégate le Président, qui est partie le 1er prairial, c’est-à-dire à presque pas de jours de différence, et avec l’avantage d’un bâtiment contre une escadre, suivant une route plus courte et ne perdant son temps ni à rien chasser ni à prendre aucun renseignement. Nelson perdra deux jours au cap Vert; il perdra beaucoup de jours à se faire rallier par les vaisseaux et frégates qu’il fera chasser sur sa route. Quand il apprendra que Villeneuve n’est pas aux îles du Vent, il ira à la Jamaïque, et, pendant le temps qu’il perdra à s’y réapprovisionner et à l’y attendre, les grands coups seront portés : voilà mon calcul. Faites embarquer à Brest le plus de vivres que vous pourrez sur les flûtes.

Comment n’est-il pas possible de tirer parti de ce vaisseau l’Océan ? N’oubliez point les canonnières. Donnez l’ordre qu’au 5 thermidor ce qu’on peut trouver dans les ports s’embarque sur les canonnières, qu’on y mette de bonnes troupes, et que tout soit armé, jusqu’aux péniches. Les pièces de 18 et de 24 sont partout des pièces de 18 et de 24. Pourquoi même les deux ou trois bombardes qui sont à Brest ne sortiraient-elles pas ?

Expédiez un capitaine de frégate au Havre et un à Dunkerque, pour faire hâter le départ de l’un et l’autre côté. Donnez ordre à la frégate la Canonnière de se tenir prête, avec ses munitions, à partir vingt-quatre heures après la réception de votre courrier; vous savez de quelle utilité doit nous être cette frégate. Ayez aussi, au Havre, un ou deux bricks bons marcheurs, pour porter des ordres. Dans des moments si critiques, c’est un grand soulagement de recevoir tous les jours des nouvelles.

J’imagine que vous avez à Cherbourg au moins un mois de vivres pour tout le monde.

Je serai à Gènes les 11, 12, 13, 14 et 15. Voyez Lavallette pour que nos courriers prennent la route de Moulins, Lyon, Chambéry, Turin, Casal, Alexandrie et Gênes, afin que je ne manque aucune de vos lettres, et que je sois toujours au courant. Comme je marche avec deux voitures incognito, sous un nom supposé, et sans gardes, cela exige un grand secret. Il sera cependant nécessaire , passé le 18 messidor, qu’on dise aux courriers, en leur recommandant le secret, que, comme on ne sait pas mon itinéraire, ils observent bien sur la route, en cas que je passe incognito. Indépendamment des courriers, s’il y a quelque chose d’important, il sera convenable que vous m’expédiiez un officier que vous mettrez dans le secret de ma route.

 

Plaisance, 28 juin 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je reçois votre courrier et vos lettres de la Guadeloupe. Je vous prie de me rassurer par votre premier courrier, et de me dire si Villaret sait quelque chose du but de l’expédition, car je tremble que les Anglais soient instruits de tout par ce canal.

Il paraît bien positivement que Villeneuve sera arrivé le 16 floréal (8 mai) à la Martinique; il devait y rester quarante jours; il a donc dû en partir le 25 prairial (14 juin). Mais Magon est parti le 11 floréal (30 avril), il a dû arriver le 11 prairial (31 mai), et certainement avant le 20 (9 juin); Magon lui porte l’ordre de rester trente-cinq jours; il devrait donc en partir au 20 messidor (9 juillet); et, en cas que Magon fût intercepté, la Didon, qui est partie le 13 floréal (3 mai), porte le même ordre. La Topaze, qui est partie le 25 floréal (15 mai), sera arrivée le 25 prairial (14 juin) ; elle lui porte l’ordre de ne rester que vingt jours après l’arrivée de Magon, c’est-à-dire jusqu’au 5 messidor (24 juin). Ainsi l’amiral Villeneuve partirait du 5 messidor (24 juin); mais la Présidente , partie le ler prairial (21 mai), lui porte l’ordre de partir sur-le-champ; la Présidente arrivera au ler messidor (20 juin). Le Département-des-Landes, parti le 3 prairial (23 mai), lui porte le même ordre. On ne peut donc former aucun doute, et il n’y a pas moralement de chance pour que Villeneuve ne parte pas du ler au 10 messidor (20 au 29 juin) . Il mettra un mois pour son retour; je ne le compte donc que du ler au 10 thermidor (20 au 29 juillet) devant le Ferrol, du 10 au 20(29 juillet au 8 août) devant Brest, et du 20 au 30 (du 8 au 18 août) devant Boulogne.

Voyons actuellement ce qu’il y a contre nous. Il n’y a que 18 vaisseaux devant Brest, 6 devant Rochefort, et 8 devant le Ferrol; on ne sait pas ce qu’il y a dans la Méditerranée; de très-sûr, il n’y a que 4 vaisseaux. Il nous manque des connaissances de Nelson et de Colllingwood; Nelson et Collingwood étaient ensemble le 25 floréal, sur les côtes d’Espagne, avec 17 vaisseaux de guerre; ils sont partis : on n’en a réellement depuis aucune nouvelle. S’ils ont été ensemble, ils sont arrivés le 26 prairial devant Surinam, et le ler messidor à Barbade. Si alors ils se sont présentés devant la Martinique, ils ont trouvé notre escadre composée de 14 vaisseaux français et de 6 vaisseaux espagnols. Si je ne me trompe, messidor commence déjà 1’hivernage. Nelson aura fait une de ces deux choses : il aura cherché à se rallier à quelque escadre, et Villeneuve sera parti; ou, dès que Villeneuve aura appris l’arrivée de Nelson dans ses parages, il sera encore parti. Mais il est difficile de croire que, sans aucune nouvelle, les Anglais aient expédié 17 vaisseaux de guerre aux Indes occidentales, tandis que Nelson, devant se joindre avec ses 10 vaisseaux à Cochrane qui en a 6, et aux 3 qui sont à la Jamaïque, se fait une force de 19 vaisseaux qui lui donne la supériorité sur notre escadre, et que Collingwood, parti avec 8 vaisseaux pour les Grandes Indes, en trouve là 9 qui lui donnent une force de 17 vaisseaux, qui, avec les vaisseaux d’escorte, lui donnent encore la supériorité sur notre escadre; il est, dis-je, difficile de penser que, lorsque l’ennemi a ainsi des chances de se trouver maître partout, il ait à l’aveuglette abandonné les Grandes Indes. Enfin il y a une autre observation. Si les deux escadres anglaises réunies ont été en Amérique, elles auront passé au cap Vert, et n’arriveront que le 5 messidor (24 juin), c’est-à-dire, mettant quarante jours dans la traversée. Si, au contraire, Nelson était seul, il aura été sans hésiter et sans chercher aucun renseignement. Alors que fera-t-il avec 10 vaisseaux ? Il perdra huit ou dix jours à se réunir à Cochrane, et pendant ce temps-là Villeneuve partira, et l’ennemi se trouvera affaibli, au moment des combats, des escadres de Nelson et de Cochrane. Il est certain que Nelson était peu approvisionné; il a dû mouiller sur la côte d’Afrique pour faire de l’eau. Ses équipages étaient très-fatigués; il a débarqué à Gibraltar tous ses malades. Je crois ses équipages très-incomplets, ce qui doit lui inspirer plus de prudence et de réserve. Mon opinion est que Nelson est parti et est allé en Amérique; que Collingwood est parti et est allé aux Grandes Indes. Dans-tous les cas, nous devons avoir tous les jours de nouvelles données.

Enfin le but de Villeneuve est si difficile à deviner, que même Nelson, se ravitaillant à la Barbade, ne croira pas faire une si grande faute qu’il la fera en perdant trois ou quatre jours, puisque Villeneuve n’est pas attaquable dans la rade de la Martinique. Je compte Villeneuve parti pour se rendre au Ferrol, du 20 prairial au 10 messidor, (9 au 29 juin) avant que Nelson puisse paraître. Je hâterai mon arrivée de quelques jours, parce que je pense que l’arrivée de Nelson en Amérique pourrait pousser Villeneuve à partir pour le Ferrol. Nelson avec 10 seuls vaisseaux ne paraîtra pas devant la Martinique; il s’arrêtera quelques jours à la Barbade, afin de méditer sa réunion avec Cochrane.

Voici mes données sur la situation des escadres anglaises : 18 vaisseaux devant Brest, 6 devant Rochefort, 8 devant le Ferrol, 4 dans la Méditerranée, 9 ou 10 de l’escadre de Nelson, 7 ou 8 de l’escadre de Collingwood.

Tous les renseignements présentent Nelson comme croisant sur le cap Saint-Vincent; mais tout porte à penser que l’un et l’autre sont lancés. Dans cet état de choses, s’il est prouvé que Nelson et Collingwood sont lancés, et que Ganteaume trouvât jour à sortir, ne serait-il pas convenable de le faire sortir pour avoir l’air de menacer 1’Irlande, mais, au lieu de cela, pour s’emmancher et se porter devant Boulogne; ou bien de le faire aller devant le Ferrol se joindre aux 12 vaisseaux, et avec ces 33 vaisseaux entrer dans la Manche ? C’est un jeu mêlé, sans doute, mais qui nous sera toujours une ressource s’il arrivait que Villeneuve fût bloqué; d’autant plus que, dans cas , l’escadre de Brest sortie , on la croirait destinée pour la Martinique. Écrivez-en toujours à Ganteaume, en thème général, pour savoir ce qu’il en pense.

 

Plaisance, 28 juin 1805

A M. Melzi, grand-chancelier du royaume d’Italie

Je n’ai pu qu’être peiné de votre conduite depuis mon départ de Milan : vous n’avez communiqué avec le vice-roi que par le journal officiel dans lequel vous avez fait insérer que vous partiez. Je suis à concevoir comment un homme de votre prudence peut en mettre si peu dans ses relations les plus importantes. Mon intention est que vous répariez cette inconvenance, et que vous ne partiez de Milan qu’avec l’approbation du vice-roi.