Correspondance de Napoléon – Février 1804

Paris, 22 février 1804

Au citoyen Régnier

La commune de Saint-Jean-de-Mont, Citoyen Ministre, est le principal village du Marais, département de la Vendée. Je désirerais qu’il y eût un commissaire de police auquel on allouerait 3, 000 francs de traitement, et qui exercerait son influence sur tout le Marais.

Je désire également qu’il y ait à demeure, dans cette commune, une brigade de gendarmerie. Un juge de paix y serait également très-nécessaire. Faites-moi un rapport sur ce dernier objet.

 

Paris, 22 février 1804

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Mon intention, Citoyen Ministre, est qu’il y ait une école secondaire à Saint-Jean-de-Mont, principale commune du Marais, département de la Vendée. Faites choisir la meilleure maison qu’on y trouvera, nommez des instituteurs, et prenez des mesures pour mettre cette école en pleine activité avant deux mois. On y entretiendra, aux frais de l’État, cinquante jeunes gens du Marais et autres communes du département de la Vendée, dont la pension sera payée à raison de 400 francs. On leur enseignera à lire, à écrire, et les premiers principes du latin, de la géographie et de l’histoire.

 

Paris, 22 février 1804

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Les Espagnols ne payent point leurs subsides, Citoyen Ministre; ils devraient avoir payé au 1er ventôse 36 millions, et ils n’en ont pas payé 15. Je désire que vous ayez une explication à ce sujet avec le chargé d’affaires. J’ai compté sur cet argent pour le service.

 

Paris, 24 février 1804

NOTE POUR LE PREMIER INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L’ARTILLERIE

Le Premier Consul a ordonné qu’un certain nombre d’obusiers de 8 pouces soit fourni à la marine : combien doit-il en être fourni ? combien en a-t-on fourni ? combien croit-on qu’on en pourra fournir dans le courant de ventôse ? dans quels ports ? Ces obusiers sont destinés à être placés sur les chaloupes canonnières.

Avec chaque obusier, la terre devait fournir une certaine quantité  d’obus; combien en existe-t-il à Boulogne ?

Le Premier Consul a demandé un certain nombre d’obusiers de 6 pouces pour armer les péniches : combien en a-t-il été fourni ? dans quels ports ? combien pourra-t-on en fournir encore dans le mois ?

Combien y a-t-il d’obus de six pouces à Boulogne ? Il faut qu’il puisse en être fourni au moins 100 par obusier.

Le Premier Consul a demandé un certain nombre de pièces de 4 pour armer les péniches : combien en a-t-il été fourni ? dans quels ports ?

Le Premier Consul a demandé un certain approvisionnement de cartouches de 4, à boulets et à balles, pour le service des péniches : qu’a-t-on demandé ? qu’y a-t-il de fait ?

L’artillerie doit fournir un certain nombre de pièces de 24, de 16 ou de 18 à la marine : combien en a-t-elle fourni ? combien a-t-elle à en fournir ? combien pourra-t-elle en fournir par mois ? dans quels ports a-t-elle fourni ?

Le Premier Consul avait demandé un certain nombre de pièces de, 3 qui pesassent moins de 400 livres : combien en a-t-on fourni ? Il a demandé depuis des boulets : les a-t-on fournis ?

Le Premier Consul avait ordonné que l’on construisît un certain nombre d’affûts de côte de 36 ; il avait ordonné qu’ils fussent faits à la Fère ou à Paris : combien y en a-t-il de faits ? Cela intéresse l’expédition, attendu qu’il y a au Havre un grand nombre de pièces de 36 que l’on mettrait sur la côte, ce qui permettrait de retirer les pièces de 24.

Quelle quantité de poudre compte-t-on embarquer ? Où est-elle ? Quel est le nombre d’outils qu’on se propose d’embarquer ?

État d’installation de la flottille d’après les nouveaux essais, comparé à celui envoyé par le ministre.

Quelle est la quantité de boulets creux que l’on a à Boulogne ? A-t-on des fusées pour obus de 6 et de 8 pouces ?

 

Paris, 25 février 1804

PROJET DE SÉNATUS-CONSULTE

ARTICLE 1er. – Les fonctions du jury seront suspendues pendant le cours de l’an XII et de l’an XIII, dans tous les départements de la République, pour le jugement des crimes de trahison, d’attentat contre la personne du Premier Consul, et autres contre la sûreté intérieure et extérieure de la République.
ART. 2. – Les tribunaux criminels seront à cet effet organisés conformément aux dispositions de la loi du 23 floréal an X, sans préjudice du pourvoi en cassation.
ART. 3. – Le présent sénatus-consulte sera transmis par un message aux Consuls de la République. .
Le projet de sénatus-consulte ci-dessus sera présenté au Sénat demain, 6 du courant (26 février), par les citoyens Regnaud de Saint-Jean-d’Angély et Bigot de Préameneu, conseillers d’État, orateurs du Gouvernement.

 

Paris, 25 février 1804

Au citoyen Portalis

Je vous prie, Citoyen Conseiller d’État, de faire donner 20,000 francs à l’évêque de Coutances, dont 10,000 pour lui, et 10,000 pour son diocèse.

Faites faire un état de ce qui peut être nécessaire aux différentes églises de Paris, jusqu’à la concurrence de 50,000 francs.

Faites donner 10,000 francs à l’évêque de Meaux.

 

Paris, 27 février 1804

Au général Berthier

Le département du Finistère, Citoyen Ministre, formera l’arrondissement de l’armée d’Irlande, et sera directement sous les ordres du général en chef Augereau.

Donnez l’ordre que deux bataillons des 7e et 16e régiments d’infanterie légère, deux du 37e, deux du 24e, un du 70e, un du 65e et un du 47e régiment de ligne, chaque bataillon complété à 800 hommes, officiers compris, se rendent sur-le-champ à Brest pour former le camp.

Faites-moi connaître l’état de situation, au ler ventôse, des 70e, 65e et 47e régiments, afin que je voie s’ils peuvent former un second bataillon de 7 à 800 hommes.

Vous préviendrez le général Augereau qu’il cantonnera les troupes soit à Brest, soit dans les environs, de la manière qu’il jugera la plus convenable, ayant soin cependant de les réunir le plus possible et de les tenir nécessairement dans le département du Finistère.

 

Paris, 27 février 1804

DÉCISION

Rapport du citoyen Français (de Nantes) sur les octrois et sur les additions et suppléments dont ils sont susceptibles. Renvoyé au citoyen Lebrun. Il parait nécessaire de mettre les octrois et la perception du droit de passe dans les attributions du même ministère que les droits réunis. Je prie le citoyen Lebrun de voir tous les arrêtés relatifs aux ministères des finances et de l’intérieur, et de me proposer un projet d’arrêté pour partager différemment leurs attributions.

 

Paris, 27 février 1804

NOTE POUR LE CITOYEN DENON

Demander à Denon des projets de monuments pour être placés sur les champs de bataille

De Dego;
Mondovi, à la redoute;
Pont de Lodi, où il y avait un saint;
Valeggio, sur la hauteur;
Lonato, Castiglione, Rivoli, Ronco, la Favorite, Marengo.
Dans la maison de Cherasco, où la paix a été signée avec le roi de Sardaigne, une table de marbre avec une inscription;
Dans la maison de Tolentino, la même chose, pour la paix avec le Pape;
Dans celle de Mombello, la même chose; on rappellerait le traité de Campo-Formio.
Le minimum de chacun, dix mille francs.
Le maximum, vingt mille francs.
Celui de Marengo seul serait d’un ordre supérieur.

Sur chacun, une table de marbre avec la véritable relation de la bataille, que l’on ferait faire avec soin.

Mettre également des tables de marbre sur les portes de Mantoue, pour faire connaître les détails du site de Wurmser et la généreuse capitulation qui lui fut accordée.

Faire faire par la République ligurienne un monument à Montenotte, qui ne coûte pas plus de dix mille francs.

Demander à Denon trois portraits en pied par Gros :

Un pour Lyon, avec Comices de Lyon;
Un pour Rouen, avec Voyage à Rouen;
Un pour le tribunal d’appel de Paris, avec Code civil.

Envoyer en Italie celui de David.

Avoir pour la nouvelle école militaire des tableaux de bataille. Remettre au Premier Consul les tableaux de la bataille du mont Thabor et de Marengo, qui se trouvaient au dernier salon. Cette bataille de Marengo est une autre que celle de Lejeune.

Faire faire un grand tableau pour l’acte de médiation donné aux Cantons suisses, avec beaucoup de députés, dont dix-neuf en costumes.

 

Paris, 27 février 1804

DÉCISION

On soumet au Premier Consul un aperçu des dépenses de l’opéra des Bardes. Ces dépenses paraissent bien fortes, surtout cet opéra devant  n’être donné qu’en été.

 

Paris, 27 février 1804

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Voici la réponse aux demandes du citoyen Combis, directeur de la flottille de transport.

Pour combien de jours embarquera-t-on de vivres pour l’équipage d’un bateau ? Dix jours de vivres de mer sont plus que suffisant. Quant aux passagers, on portera pour chaque homme qui s’embarquera du biscuit pour trente jours.

Sur les bâtiments d’artillerie et sur ceux affectés aux troupes, ne mettra que le nombre de passagers nécessaire; il est à présumer que ce nombre montera à dix.

 

Paris, 28 février 1804

ORDRE

Le Premier Consul ordonne qu’à sept heures du soir les barrières de Paris seront fermées. Tout ce qui se présentera pour entrer entrera librement; on ne laissera rien sortir jusqu’à demain à six heures du matin. Sont exceptés du présent ordre les seuls courriers de malle, qui seront chargés de faire connaître que les barrières ont été fermées la nuit que pour empêcher Georges et une quarantaine de brigands de s’échapper.

Le gouverneur de Paris et le préfet de police feront exécuter sur-le-champ le présent ordre.

 

Paris, 28 février 1804

LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT AU CITOYEN DUBOIS, PRÉFET DE POLICE
(Louis-Nicolas Dubois, 1758-1847)

L’intention du Premier Consul, Citoyen Préfet, est que sur-le-champ, toutes les petites barrières de Paris soient fermées et que personne ne puisse y passer, soit à pied, soit à cheval, soit en voiture.

Il y aura à chacune des trente-six grandes barrières un agent de police avec deux gendarmes. Toutes les personnes qui sortiront de Paris, soit à pied, soit à cheval, soit en voiture, hommes ou femmes, sans aucune exception, seront tenues de descendre au corps de garde, où on les confrontera avec le signalement de Georges et des quinze brigands qui ont pu être signalés. On portera à l’exécution de ces Dispositions la surveillance et la sévère exactitude pour chacun de ces misérables ne puisse échapper. Les mêmes précautions seront prises pour les batelets, bateaux, coches et trains de bois, à la sortie de la rivière, soit en remontant, soit en descendant. A cet effet, il sera établi des batelets avec un agent de police et deux ou trois gendarmes ou soldats, qui s’assureront qu’aucun batelet, bateau, coche ou train de bois ne remonteront ni redescendront la rivière pour sortir de Paris, sans avoir passé au corps de garde et subi la vérification du signalement.

Le Premier Consul donne des ordres au gouverneur de Paris pour qu’il y ait des sentinelles à vue le long de toutes les murailles, afin qu’on ne puisse les escalader. Il faudra surveiller spécialement les murs qui servent de clôture à des maisons ou jardins, tels que Monceaux et autres maisons, soit publiques, soit particulières.

Les brigands sont tous à Paris; ils sont nombreux; il faut les y enfermer, afin de les avoir tous.

 

Paris, 28 février 1804

Au général Murat, gouverneur de Paris

Vous trouverez ci-joint deux ordres que j’ai donnés aux matelots de la Garde et à trois détachements, chacun de 60 hommes, de la Garde à cheval.

Les matelots de la Garde et la Garde à cheval fourniront le même détachement jusqu’à nouvel ordre. Il faut que les sentinelles d’infanterie et de cavalerie soient en vue, de manière que rien ne puisse échapper.

Affectez trois officiers supérieurs à la surveillance des barrières et des murailles, en leur donnant les mêmes arrondissements que j’ai donnés aux capitaines de la Garde à cheval. Recommandez bien que les malles des postes qui sortiront soient bien fouillées; cochers, postillons, courriers même, ainsi que le derrière des voitures contenant les paquets, doivent être examinés avec la plus grande attention. Demain au jour, lorsque les voitures pourront sortir de Paris, que tout soit examiné avec la plus grande attention, et le moins qu’un homme soit suspect ou n’ait pas ses papiers en règle, qu’on lui interdise la sortie et qu’il soit envoyé à la préfecture de police.

 

Paris, 28 février 1804

ORDRE

Deux officiers de la marine de la Garde seront commandés sur-le-champ de service. Ils auront chacun 15 matelots de la Garde avec eux. Un se rendra à la Rapée avec son détachement, l’autre aux Bons-Hommes. Ils feront monter quatre nacelles par leur équipage à chaque station, et resteront toute la nuit en rivière pour empêcher aucun batelet de sortir pendant la nuit. Ils laisseront entrer librement dans Paris tout ce qui se présentera pour entrer. Tout ce qui se présenterait pour sortir, ils l’amarineront et le mèneront au corps de garde de l’enceinte qui donne sur la rivière. Ils seront demain, à six heures du matin, relevés par un autre détachement.

 

Paris, 28 février 1804

ORDRE AU GÉNÉRAL BESSIÈRES, COMMANDANT LES TROUPES A CHEVAL DE LA GARDE DES CONSULS

Il sera commandé trois capitaines de la Garde à cheval, six lieutenants ou sous-lieutenants et 180 cavaliers.

Un capitaine prendra la surveillance de toutes les murailles, depuis Chaillot jusqu’à la barrière de la porte Saint-Denis;

Le second capitaine, depuis la barrière de la porte Saint-Denis jusqu’à la Rapée;

Le troisième, depuis la Rapée jusqu’à la barrière des Douanes, près l’école Militaire.

Chaque capitaine aura sous ses ordres deux lieutenants ou sous-lieutenants et 60 hommes; il distribuera ces 60 hommes par petits postes, le long de la muraille, en plaçant des actionnaires partout où la garnison de la place n’en aurait pas mis, et de manière à veiller toutes les murailles pour que personne ne puisse se sauver de Paris pendant la nuit.

Ils seront prévenus qu’un détachement de matelots de la Garde doit croiser sur la rivière, tant du côté des Bons-Hommes que du côté de la Rapée, afin d’empêcher aucun bateau de sortir.

Les chevaux resteront sellés toute la nuit.

Les postes seront relevés à six heures du matin par un pareil nombre d’hommes.

Le gouverneur de Paris et le préfet de police ont reçu des ordres pour que personne ne puisse sortir la nuit de Paris par les barrières, hormis les malles de la poste.

Le général de service recommandera aux capitaines de la Garde de se concerter avec les officiers de la garnison qui commandent les détachements, et de veiller spécialement aux lieux où les brigands pourront se porter pour escalader les murailles et se sauver de Paris.

Ils auront soin de prendre le mot d’ordre, et d’avoir des cartouches et leurs armes en bon état.

 

Paris, 28 février 1804

DÉCISION

Le ministre de la marine soumet un rapport du contre-amiral Missiessy sur la témérité d’un canot ennemi qui, dans la nuit du 2 au 3, s’est approché à une portée et demie du vaisseau le Républicain, et ne s’est retiré qu’après qu’on eût envoyé  deux canots armés à sa poursuite. Lui écrire qu’ayant été rendu  compte au Premier Consul, il a vu avec peine que, par un clair  de lune tel que celui qui avait  lieu cette nuit, on a pris assez peu de précautions pour ne pas prévenir un pareil incident, qui est tout entier sous la responsabilité du commandant de l’armée; qu’il ait à multiplier les bivouacs, de manière que rien ne puisse entrer dans la rade sans qu’il puisse en être averti d’avance, et qu’il puisse arrêter, etc.