Correspondance de Napoléon – Août 1803

Août 1803

 

Liège, 2 août 1803

Au consul Cambacérès

Je reçois, Citoyen Consul, vos lettres des 10 et 11 thermidor. Les chaleurs ne sont pas moins fortes ici qu’à Paris. Je suis extrêmement content de l’esprit des habitants de Liège.

—————–

Les chaleurs sont tellement fortes qu’il serait possible que, de Sedan, je me dirigeasse droit sur Paris.

 

Liège, 2 août 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Vous avez bien fait, Citoyen Ministre, de faire arrêter M. Christin; c’est un misérable couvert d’un grand nombre de crimes. Vous devez trouver dans ses papiers le fil de beaucoup d’intrigues. Qu’il soit ou non attaché à la légation russe, cela ne doit vous importer en rien; vous ne devez l’en tenir que plus sévèrement. Nous ne sommes point à Rome ; il n’y a pas ici d’immunités, et la légation russe ne se compose que de l’ambassadeur et de son secrétaire de légation.

Un nommé Pierre Gosselin, de la commune de Pirou, département de la Manche, est prévenu d’avoir des correspondances fréquentes avec les îles de Jersey. Donnez ordre de surveiller cet individu et de le faire saisir avec ses papiers.

 

Liège, 2 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

L’affût de côte, Citoyen Ministre, ne permet de tirer des pièces que sur l’angle 10 degrés, et une pièce de 24, sur
10 degrés, ne porte le boulet qu’à 13 on 1400 toises, tandis que, sur l’angle de 45 degrés, elle porte le boulet à 2,100 et 2,200 toises, ce qui fait une différence de portée de 800 toises; c’est la raison véritable qui fait que nos batteries de côte n’atteignent point les vaisseaux de l’ennemi, tandis que les boulets de ceux-ci dépassent nos batteries de 300 toises, parce que les pièces des vaisseaux, montées sur des affûts marins, permettent de tirer à 25 degrés et portent le boulet à,1,800 toises, l’inclinaison du vaisseau ajoutant aussi souvent quelques degrés. Il est donc indispensable de faire faire des affûts pour tirer avec quelques pièces de canon sur l’angle de 45 degrés. Je ne pense pas qu’il soit possible de se servir à toutes les batteries de ces affûts, vu qu’ils ne peuvent résister longtemps, mais on pourrait en avoir aux batteries principales ; au Havre, par exemple, six pièces de 24 placées sur des affûts permettant de tirer à 45 degrés, pourraient être placées dans la position la plus près du mouillage; on pourrait en avoir à Boulogne, à la tête du musoir, à Ostende également.

J’ai déjà fait écrire au citoyen Faultrier, à Douai, d’essayer ces affûts; mais c’est un objet si important, qu’il doit être le sujet de la méditation du comité d’artillerie.

Je désirerais aussi qu’on fît des recherches pour connaître quelle était la forme des mortiers de galiotes qui portaient les bombes à 2,300 toises et recevaient trente livres de poudre dans leur chambre. Quelques mortiers de cette espèce peuvent être aussi d’une très-grande utilité.

Il est constant que les Anglais se servent, pour le bombardement des places maritimes, de bombes qui vont très-loin.

Les batteries des côtes dont on se plaint le plus fréquemment sont celles des Côtes-du-Nord.

 

Liége, 2 août 1803

Au général Berthier

Les craintes que témoigne le général Murat, Citoyen Ministre, d’une insurrection en Romagne, dans la position actuelle, me paraissent ridicules. D’ailleurs, écrivez au général Murat qu’il connaît trop ce pays-là; que c’est faire plaisir à nos ennemis et donner lieu véritablement à du trouble que de paraître craindre une pareille insurrection, et de l’avoir communiquée aux autorités de la République italienne ; qu’il ne tienne point de détachements, mais qu’il réunisse ses troupes par bataillons; qu’il organise en Romagne quatre colonnes mobiles, depuis Rimini jusqu’à l’embouchure du Pô; chaque colonne, composée de 100 hommes de cavalerie française, de 50 hommes de cavalerie italienne, et de trois pièces d’artillerie servies par une demi- compagnie d’artillerie légère. Chaque détachement d’artillerie sera composé d’une pièce de 4, d’une de 12 et d’un obusier. Recommandez-lui de faire placer l’un de ces corps à Rimini, l’autre à Casatico, et les autres à égales distances sur la côte, de Rimini à l’embouchure du Pô ; qu’il ait un corps des demi-brigades, soit françaises, soit italiennes, à Rimini, et surtout qu’il ne se laisse point aller à un misérable espionnage; n’y aurait-il point de troupes françaises, il n’y aurait rien à craindre de la République italienne avec un seul régiment de cavalerie ; que mon intention est de mettre peu de troupes en Romagne; qu’elles doivent rentrer à Brescia et du côté de l’Adige.

 

Liège, 2 août 1803

Au général Murat, commandant en chef les troupes françaises en Italie

Citoyen Général Murat, j’ai reçu vos lettres. J’ai peine à concevoir que vous craigniez sérieusement une insurrection dans les Légations. Je vois que vous ajoutez trop de foi aux rapports qui vous sont faits. Faites simplement des dispositions pour mettre ces côtes à l’abri des insultes des frégates anglaises, et, pour cela, quelques corps mobiles légers sont suffisants.

Vous me paraissez craindre que les Anglais veuillent s’emparer d’Ancône. Il est possible que quelques chaloupes s’y présentent. Si cela avait des abus, on pourrait changer quelque chose aux dispositions. On peut attendre, au reste.

Vous m’avez envoyé sur le Tyrol un rapport faux; faites-le vérifier, et vous vous en convaincrez. Ce pays doit être tranquille. Je désire que vous gardiez pour vous ces rapports, et ne m’envoyiez que ce que vous pouvez garantir, car je n’ai pas le temps de lire tout les rêveries de quelques agents subalternes; je ne lis pas seulement ceux de Paris.

 

Liège, 2 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je suis très-surpris, Citoyen Ministre, que le général Bruix ait pris sur lui de donner l’ordre au contre-amiral Magon de partir, et encore plus que celui-ci l’ait exécuté. On ne doit point souffrir de tels abus. Témoignez-en notre mécontentement à l’amiral Bruix et au préfet maritime. Sans ordre, il n’y a point d’État.

Donnez ordre au contre-amiral Villeneuve de se rendre à Rochefort, d’arborer son pavillon sur le Majestueux, et de prendre le commandement de l’escadre qui se réunit dans ce port.

Le général Missiessy doit se rendre à son poste, puisque l’arrêté est signé. Il sera toujours temps, lorsqu’il le faudra, de l’envoyer en mer. Faites-le donc partir sans délai.

Il est bon de recueillir avec soin toutes les plaintes qui reviennent sur l’Espagne, et d’en tenir des procès-verbaux en règle car, si les choses continuent à mal aller là, il pourrait y avoir un coup de foudre, et il sera bon d’avoir toutes ces pièces.

Pressez l’amiral Bruix de se rendre à Boulogne. Je vous renvoie les lettres des généraux Rochambeau et Latouche.

Je ne vois pas d’inconvénient à adopter l’état A, s’il est convenable, au conseil d’administration du 15 thermidor; mais je n’y vois rien porté pour le rachat des bâtiments que nous mettons en réquisition. Il me semble qu’on devrait mettre au moins 500,000 francs pour cet objet.

On a acheté un bâtiment à Bordeaux qui, d’après le rapport de l’ingénieur, est pourri et hors de service. C’est le commissaire de la marine qui en a fait l’acquisition, pour le compte de la République, pour 40 à 50,000 écus. Lorsque ce marché passera à votre approbation, refusez-le.

 

Namur, 3 août 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Donnez ordre, Citoyen Ministre, de faire arrêter l’adjudant commandant Mentor, noir, qui se trouve à Saint-Valéry-en-Caux, de faire saisir ses papiers et les hommes qui sont avec lui, et de le tenir sous bonne et sûre garde.

  1. Latour-du-Pin a été à Lisbonne; on sait qu’il a des intelligences avec Coigny. Donnez des ordres pour qu’il soit arrêté à la frontière et ses papiers saisis.

 

Namur, 3 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Soixante-huit Français, Citoyen Ministre, arrivés dans le port de Belem, ont été arrêtés par ordre du Gouvernement portugais, qui ne les a relâchés que plusieurs jours après (Il s’agit de corsaires français, libérés par le commandant du navire anglais qui les avaient fait prisonniers). Faites passer une note à M. de Souza, pour vous plaindre de cette violation. Indépendamment de cela, un corsaire anglais s’est ravitaillé dans le Tage et y est resté huit jours.

——

Je vais de Namur à Givet, Mézières, Sedan, Laon, Paris

 

Namur, 3 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Les rapports que je reçois, Citoyen Ministre, et tout ce que me dit sur les côtes, me convainquent de la nécessité de prendre une mesure pour les garde-côtes. Présentez-moi donc un arrêté par lequel les communes qui fourniraient des garde-côtes seraient exempte de la conscription, et pour que tous les conscrits de ces communes soient tenus de faire le service des côtes jusqu’à la concurrence nécessaire; autorisez aussi tous les conscrits des années VIII et antérieures, qui ne feraient partie d’aucun corps et qui appartiendraient à ces communes, à entrer dans les garde-côtes.

Je désirerais connaître le nombre de conscrits de l’an VIII et années antérieures que chaque département doit encore fournir, afin d’en finir pour cette conscription. Plusieurs départements disent que cette nécessité de faire rejoindre ces conscrits rend errants beaucoup de citoyens, et rend impopulaire et difficile la conscription présente, à laquelle les citoyens s’accoutumeraient volontiers sans cet arriéré. Il me paraît donc nécessaire de finir la conscription des années VIII et antérieures; et, pour se mettre d’accord avec ce principe, il paraîtrait qu’il suffirait d’ordonner que les conscrits des années et antérieures, que les départements auraient encore à fournir , se présenteraient chez le maire de leur commune, qui formerait l’état des conscrits conforme à celui donné par les départements, et sur lequel il serait fourni seulement le dixième des conscrits de l’an VII et des années antérieures que les départements auraient à fournir. Par ce moyen, on aurait encore 5 à 6,000 hommes, et on ferait tout ce qui peut rendre populaire la conscription. Ces deux choses doivent être faites avant d’appeler la nouvelle conscription de l’an XII et XIII.

Je n’ai pas assez présente la législation de la conscription pouvoir prendre cet arrêté. Faites-moi rédiger un projet sur ces bases.

Vous trouverez ci-joint une lettre du préfet maritime de Brest. Je crois que les troupes de la 13e division militaire sont mal distribuées. Donnez ordre que toute la 24e demi-brigade de ligne se rende à Brest pour en renforcer la garnison et celle des environs. Il y aura alors dans le département du Finistère les 40e, 15e, 24e, 37e et 107e ligne ; dans aucun temps il n’y en a eu autant.

Donnez ordre que le 7e régiment de chasseurs se rende également à Brest. Il sera partagé sur les côtes du Finistère par compagnies et par escouades; chaque escouade commandée par un officier. On peut faire aussi du régiment une vingtaine de détachements qui peuvent être distribués sur les points les plus importants de la côte de ce
département, et se trouver partout où il sera nécessaire pour protéger les convois contre les péniches ennemies, veiller sur la correspondance de l’intérieur avec l’extérieur, et, en cas d’événements, renforcer les batteries et donner tout le secours possible à la côte. Il faut simplement avoir soin que les chevaux soient bien nourris, et que chaque homme ait une bonne carabine et des cartouches.

Le ler régiment de hussards sera destiné au même usage : deux escadrons pour le Morbihan et deux pour les Côtes-du-Nord. Le général de la division désignera les points les plus importants des côtes de chacun de ces départements. L’état-major du 7e régiment de chasseurs restera à Brest, et celui du ler de hussards à Pontivy. Ayez soin de faire rédiger une instruction pour que les chefs d’escouade rendent compte au capitaine de tout ce qu’ils auront aperçu sur la côte et de tout ce qui peut intéresser le Gouvernement; le capitaine en rendra compte au chef d’escadron; celui-ci, au général commandant le département ; le général commandant le département, au général de la division, qui fera passer tous les jours ce rapport au ministre de la guerre. Les chefs d’escadron auront soin, dans leur tournée aux différents postes, de visiter les batteries des côtes, et de se mettre au fait de tout ce qui peut intéresser le Gouvernement.

Dans le rapport sur les cuirassiers que vous m’avez envoyé, vous dites que les 7e et 8e régiments de cuirassiers manquent seuls de cuirasses ; ayant passé en revue le 6e régiment, je l’ai trouvé sans cuirasses et sans casques.

Le général Saint-Cyr, au fond de la Calabre, n’aura aucun moyen pour habiller ses conscrits, si le général Dejean ne fait acheter dans le royaume de Naples tout ce qui est nécessaire pour leur fournir au moins des culottes et des vestes; ce pays étant chaud, des vestes suffiront. Il n’y a pas d’inconvénient à ne les habiller qu’à leur arrivée aux corps.

——————-

Les conscrits pourraient partir de Breda par détachements de 500 hommes, et toujours conduits par un officier et un détachement de 15 hommes à cheval et de 25 hommes à pied des troupes qui sont à Deventer, qui les conduiraient ainsi jusqu’à la première ville de Hanovre. Chaque corps qui est à Hanovre pourrait envoyer quelques officiers et sous-officiers pour marcher chacun avec leur détachement.

 

Namur, 3 août 1803

DÉCISION

Le ministre directeur de l’administration de la guerre propose, vu l’insuffisance de la fabrication française, de faire acheter du drap pour la troupe dans les manufactures d’Allemagne, Le Premier Consul ne peut adopter cette proposition. Les fabriques des départements de Belgique et du Rhin ont augmenté considérablement les moyen la République en ce genre. Cette circonstance devait être pris considération dans le rapprochement que l’on a fait de l’état ancien à l’état actuel. Il en est de même d’une autre observation faite par le Premier Consul et relative à l’accroissement progressif de la prospérité de notre ancienne fabrique de draps.

Il faudrait donc, pour que le raisonnement fût concluant et qu’une détermination pût être prise, en connaissance de cause, que la direction de l’habillement présentât un état complet des fabriques existantes dans toutes les parties de notre territoire, et de l’extension qu’elles peuvent donner à leur fabrication pour le service des armées. On jugerait, sur cet état, s’il est vrai que la quantité de produit est insuffisante.

Mais, dans ce cas, la direction devrait proposer les moyens propres à élever leur fabrication jusqu’à nos besoins; car, sous quelque prétexte que ce soit, le Gouvernement ne peut se décider à demander à l’étranger ce qu’il doit obtenir de l’industrie nationale excitée et bien dirigée.

 

Namur, 3 août 1803

DÉCISION

Le ministre de la marine demande au Premier Consul ses ordres pour transférer la famille de Toussaint Louverture du port de Bayonne dans un lieu moins voisin de la frontière et de la mer Sera transférée et mise en surveillance á Agen

 

Namur, 4 août 1803

Au consul Cambacérès

Je reçois, Citoyen Consul, votre lettre du 14. Le ministre du trésor public n’est pas encore arrivé.

J’arriverai à Saint-Cloud au moment où l’on m’attendra le moins, peut-être de nuit. Je recevrai le lendemain les autorités.

Je n’en suis pas moins sensible à l’empressement du Tribunat.

——————

Mortier m’envoie à l’instant même un manuscrit en latin de Leibniz, adressé à Louis XIV, pour lui proposer la conquête de l’Égypte. Cet ouvrage est très-curieux.

 

Namur, 4 août 1803

Au citoyen Riouffe, président du Tribunat (Honoré-Jean Riouffe, 1764-1813)

J’arriverai probablement de nuit à Saint-Cloud. Je n’en apprécie pas moins la démarche du Tribunat. J’aurais regardé comme extrêmement agréable pour moi d’entrer à Paris au milieu des grandes autorités. Je vous prie de recevoir particulièrement mes remerciements pour les sentiments contenus dans votre lettre.

 

Namur, 4 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je reçois votre courrier, Citoyen Ministre; je vous renvoie toutes vos dépêches.

Je désire que vous remettiez une note forte à M. de Souza, pour vous plaindre du commandant portugais qui a retenu les soixante Français plusieurs jours sans leur donner de vivres, et a ajouté à leur malheur celui de les mettre en prison, et pour lui faire connaître qu’en écrivant aux ministres de la République il prenne un style plus conforme à la décence ; que l’on arme en Portugal ; qu’il y a de l’impudence à dire que le général Lannes n’a pas été attaqué; que je ne puis voir, dans toutes les menées et dans les mauvais traitements faits aux agents de la République, que la haine de M. d’Almeida et autres ministres ; que je suis instruit que le Portugal a donné 200,000 francs à des chouans et autres rebelles ; que j’attends une prompte satisfaction pour ce brigandage ; que j’approuve la conduite du ministre de France dans cette circonstance ; que, si le Portugal ne fait pas une sévère punition du commandant qui a osé retenir soixante-huit Français en captivité, je serai obligé de considérer le ministère portugais comme gouverné, non par le prince, mais par l’influence anglaise ; que je demande l’arrestation de Coigny et de tous les hommes qui fomentent le brigandage en France.

 

Namur, 4 août 1803

Au Prince Régent de Portugal

Je n’ai cessé de faire connaître à Votre Altesse Royale l’intention où je suis de vivre en bonne intelligence avec elle.

Cependant, tant que M. Malmeida, tout dévoué à l’Angleterre, sera en place, dans la position actuelle où l’Angleterre fait une guerre injuste à la la France, je ne puis m’empêcher de faire sentir à Votre Altesse Royal qu’il m’est impossible de considérer le Portugal comme puissance neutre ou amie, s’il n’est gouverné par Votre Altesse Royale et non par des
ministres tout à fait anglais, qui ne cessent de se porter aux plus grands abus contre le commerce français, et qui même aujourd’hui recommencent de nouveau et avec effronterie à se comporter de manière à attirer sur l’État de Votre Altesse Royale les plus grands des malheurs.

Le ministre de la République (Il s’agit bien sûr de Lannes, alors ambassadeur à Lisbonne) a été insulté deux fois de suite à Lisbonne, et sa sûreté y est journellement compromise, ce qu’on cache à Votre Altesse Royale et dont je suis obligé de me ressentir.

Soixante-huit Français débarqués en Portugal, au lieu d’être accueillis comme devraient l’être des Français, ont été jetés en prison et traités avec la plus grande barbarie.

Votre Altesse Royale ne pense pas que je puisse rester spectateur indifférent de tant d’insultes réitérées. Si elle veut que je regarde le Portugal comme ami, elle chassera de son cabinet tous ces hommes dominés par l’influence anglaise et s’entourera de véritables Portugais, animés de l’esprit de neutralité ; elle fera un exemple sévère du commandant portugais qui a osé attenter à l’amitié qui unit les deux nations. Certes, le peuple français n’a jamais souffert d’insultes.

J’attendrai la réponse de Votre Altesse Royale ; j’espère qu’elle me convaincra que j’ai affaire au Gouvernement portugais, et non à des ministres dominés et asservis par le Gouvernement anglais.

 

Namur, 4 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

La 75e demi-brigade, Citoyen Ministre, ne doit pas être détachée. Elle ne peut pas surtout envoyer des hommes à la Fère, puisqu’elle se recrute dans le département de l’Oise, ce qui mettrait les conscrits beaucoup trop près de chez eux.

Un grand nombre d’anciens militaires se sont présentés pour rentrer dans leurs corps ; mais une lettre du ministre de la guerre s’oppose à leur bonne volonté. Il serait bien essentiel de revoir cette décision et d’écrire une circulaire par laquelle tous les anciens militaires ayant leur congé en règle, qui veulent rentrer dans leurs corps, fassent leur déclaration à leur municipalité, et qu’il leur soit sur-le-champ donné une feuille de route pour rejoindre les corps qu’ils ont désignés, sans s’informer si le corps est complet ou non.

Tous nos corps sont faibles ; il leur manque à tous au moins 2 à 300 hommes pour être à 2,000 hommes.

Vous ne m’avez pas encore fait connaître le résultat des demandes que vous avez faites aux préfets pour le complément de la garde.

Sur l’état de situation de l’armée de Hanovre, je vois qu’il n’y a que les 1e et 20e compagnies du 8e régiment d’artillerie, tandis que je trouve sur l’état de situation de l’artillerie les 1e, 2e, 5e, 6e, 18e et 20e compagnies. Si ces six compagnies sont en Hanovre, c’est assez ; mais, s’il n’y en avait que deux, ce ne serait pas suffisant. Je trouve également, sur l’état de situation de l’armée de Hanovre, une seule compagnie du 3e régiment d’artillerie à cheval, tandis que, sur l’état de situation de l’artillerie , je trouve les 1e, 2e , 3e et 4e compagnies à cheval. S’il y a quatre compagnies à cheval, elles suffisent ; mais, s’il n’y en a qu’une, ce n’est pas assez.

Sur le même état de situation, il est dit qu’il n’y a en Hanovre que 500 chevaux d’artillerie, ce qui ferait 400 de trait. Il est évident que ce nombre est insuffisant ; l’armée de Hanovre doit avoir au moins 2,000 chevaux d’artillerie. Comme je n’ai point la situation de l’artillerie de l’armée de Hanovre, je ne puis voir s’il y a assez de pièces d’artillerie attelées. Ce corps d’armée devrait être au moins de 60 à 80 pièces de campagne, avec double approvisionnement.

J’imagine que vous avez ordonné qu’il n’y ait dans cette armée qu’un seul bataillon de train, et que ses compagnies fussent dédoublées, afin de fournir le nombre d’hommes nécessaire.

L’état de situation de l’artillerie et du génie que j’ai est du 15 messidor ; je désire en avoir un autre du 15 thermidor.

Donnez des ordres pour la réunion des différents détachements des bataillons du train.

Par le plan que vous m’avez envoyé du Havre, il résulte que l’ennemi n’était qu’à 1,200 toises de la place. Comment est-il possible qu’à cette distance nos canons et nos bombes ne l’incommodassent pas, nos bombes et nos mortiers à la Gomer portant très-certainement à 13 et 1400 toises ? Je suis donc fondé à croire qu’il n’y avait que des mortiers à petite portée, qui ne vont qu’à 800 toises. Les batteries de côte, sur l’angle de 10 degrés, doivent tirer à l2 et 1300 toises ; et, si le directeur d’artillerie avait été un peu intelligent, il aurait placé quelques pièces sur affûts marins, lesquels, permettant de tirer sur l’angle de 25 degrés, auraient porté les mobiles à 1,800 toises. Voilà les détails qui devraient regarder le premier inspecteur, car il est affreux de penser que les Anglais peuvent bombarder une ville comme le Havre à 1,200 toises. Je vous ai écrit pour faire faire des affûts pour tirer sur l’angle de 45 degrés.

Faites-moi connaître les mesures que compte prendre le général Mortier pour faire passer en France les 40,000 fusils qu’il a, toute l’artillerie de bronze qui lui est inutile, et les autres munitions d’artillerie. Les cartouches de 22 de calibre, n’étant pas bonnes pour nos fusils, il faut les faire refondre.

Je n’approuve pas l’ordonnance que j’apprends que vous avez faite pour changer les uniformes. Je ne conçois pas que vous ayez ôté le panache et le baudrier aux généraux de brigade, ce dont ils ont le plus besoin ; que vous ayez donné un uniforme particulier au lieutenant général, qui n’est pas un grade ; que vous ayez changé les couleurs des aides de camp. A quoi aboutit de changer tous les uniformes, si ce n’est à gêner des hommes qui avaient leur uniforme tout fait ? Vous me disiez que c’était la réunion de tout ce qui existait; il me paraît, par ce que je vois, que vous avez tout changé.

Vous ne m’avez pas envoyé la lettre du général Saint-Cyr. Recommandez-lui de reprendre toutes les fortifications qu’occupait le général Soult, et de vous envoyer l’état de l’artillerie qu’il a trouvée à Tarente et dans les différents postes. Il doit armer l’île et les côtes de manière qu’une escadre française de dix vaisseaux de guerre puisse être protégée contre une escadre supérieure. Envoyez-moi l’état de situation de son corps, pour voir s’il a besoin de canons. Dans tous les cas, il doit exercer un bataillon de ligne à faire le service de canonniers.

Donnez ordre à trois escadrons du 10e de hussards, complétés sur le pied de paix, de se rendre à Bayonne, ainsi qu’à trois escadrons du 25e de chasseurs.

Donnez ordre au général qui doit commander l’artillerie de ce camp, et au général de cavalerie, de s’y rendre dans le plus court délai. Assurez-vous que toutes les mesures ont été prises pour que le nombre de canons demandés pour le camp de Bayonne soient attelés et prêts à partir au premier moment.

Donnez ordre au bataillon expéditionnaire piémontais, qui est à Montpellier, de se mettre en marche pour le camp de Bayonne. Je suppose qu’il est en état.

Pressez le plus possible la formation de la légion piémontaise, dont je n’entends plus parler. Vous savez que le bataillon qui est à Montpellier n’en fait pas partie; c’est un bataillon séparé.

Donnez ordre au 18e régiment de cavalerie de se rendre au camp de Bayonne ;

A deux bataillons de la 105e demi-brigade, complétés sur le pied de paix, de se rendre au camp de Bayonne ;

A la 3e légère, qui est à Béziers, de se rendre à Perpignan, d’où le général commandant la division la mettra en garnison dans les places frontières de l’Espagne, telles que Bellegarde, etc.

Recommandez à ce général de placer ces troupes sans affectation, et de se faire rendre compte de l’état des frontières d’Espagne, de l’état de leurs munitions de guerre et de bouche, et des ressources qu’on pourrait trouver pour y former rapidement une division d’artillerie.

Écrivez au général Mortier que les compagnies d’élite de cavalerie ne doivent jamais quitter le régiment, et qu’elles doivent marche leur tour avec leur régiment.

 

Namur, 4 août 1803

Au général Mortier

Citoyen Lieutenant Général Mortier, commandant l’armée française en Hanovre, votre aide de camp m’a remis, avec votre lettre, le manuscrit de Leibniz’, que je reçois avec un grand intérêt et que je ferai traduire.

J’approuve la dépense de 1,700,000 francs que vous avez fait en gratifications extraordinaires au moment de votre entrée Hanovre ; mais je vous recommande de porter la plus grande économie dans votre armée, qui, devant être composée de 30 à 35,000 hommes, doit être nourrie pendant longtemps par le pays.

Faites faire un inventaire des bois et domaines du roi d’Angleterre sur lesquels, avec votre approbation, la régence peut faire emprunter ailleurs. Le roi d’Angleterre a tous les moyens de les dégrever, par ce moyen, votre armée serait abondamment pourvue.

Les conscrits de la réserve des années IX et X marchent à force pour renforcer vos corps. Il en part près de 400 pour chacune vos demi-brigades, ce qui vous fera près de 6,000 hommes ; armez-les et habillez-les.

Organisez votre artillerie et ayez 80 pièces de campagne attelées, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tous ces résultats ne peuvent s’obtenir qu’avec économie.

Si vous étiez mécontent de quelques généraux, faites-le connaître : on les ôterait.

Quoique j’aie tout lieu de penser que votre armée ne se battra point sur le continent pendant cette guerre, et qu’une partie alors sera appelée pour la descente, il n’en est pas moins vrai qu’il faut se tenir prêt à tout. Je vous recommande surtout les 80 pièces d’artillerie attelées, car vous savez qu’un renfort d’hommes s’envoie plus vite qu’un train d’artillerie.

 

Calais, 6 août 1804

L’Empereur me charge, Monsieur, de vous faire connaître qu’il désire que vous envoyez des instructions à Francfort pour que M. Czartakoff, agent de Hanovre, soit charge de cette résidence.

Lettres à Talleyrand

 

Sedan, 8 août 1803

DÉCISION

Rapport du ministre de la guerre sur de faux certificats de réforme délivrés à prix d’argent et sur les mesures à prendre pour prévenir ce délit. Renvoyé au grand juge, pour faire demander au général Dejean des renseignements sur un objet aussi important, et prendre des mesures pour réprimer un crime dont le but est la désorganisation de l’armée.

 

Sedan, 8 août 1803

Au consul Cambacérès

Je suis resté un jour à Mézières, Citoyen Consul. Je suis arrivé ce matin à six heures à Sedan, et, sur les instances très-réitérées de la ville de Reims, je me décide à y passer. Les chaleurs sont toujours assez fortes. Je pense être à Saint-Cloud le 24 on le 25. Je vous écrirai, au reste, plus positivement de Reims.

 

Sedan, 8 août 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je vois, Citoyen Ministre, dans le rapport de police du 18, que les nommés Lachaise et Babin, officiers chouans, se font remarquer par leurs propos contre le Gouvernement. Faites vérifier ce fait. Mettez à leur suite deux officiers de police, de manière que, lorsque publiquement ils témoigneront des regrets, ou parleraient du comte de Lille, on les arrête comme gagés par les Anglais.

 

Sedan, 8 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai reçu, Citoyen Ministre, vos lettres des 15 et 16 thermidor. J’ai lu avec intérêt les nouveaux détails sur l’insurrection d’Irlande.

Je ne crois point du tout au Portugal. Toutes les lettres que je reçois par tous les moyens m’instruisent de menées, de provocations, d’armements. Il est possible que les hommes sensés soient affligés de qui se passe; mais le prince régent s’attirera de grands malheurs parce qu’il est dominé par des ministres soutenus par la faction et l’esprit anglais.

Prévenez le général Brune (Alors ambassadeur à Brune) que les Anglais font débarquer des armes sur différents points de la Morée par des bâtiments portant pavillon français et commandés par des capitaines parlant français ; que c’est une ruse pour indisposer la Porte contre nous. Je ne crois pas qu’il faille répondre à la lettre de M. de Markof sur l’État libre et indépendant de la République des Sept-Îles, où le gouverneur Moncenigo fait et défait des constitutions et gouverne seul; cette conduite de la part du ministre russe est trop bête et trop impertinente.

Écrivez au ministre de la République à Rome qu’il est nécessaire que le Pape fasse armer ses forteresses de Cività-Vecchia et d’Ancône pour que ses ports soient protégés contre les pirateries des Anglais.

Écrivez au général Ney que la diète ne doit pas passer le temps prescrit par l’acte de médiation.

La réclamation de M. de Lucchesini, relative aux quatre bâtiments prussiens, ne demande point de réponse; il est trop ridicule que, dans les ports de France, le Gouvernement ne puisse se conduire comme il l’entend.

 

Sedan, 8 août 1803

Au citoyen Melzi

Cijoyen Melzi, Vice-Président de la République italienne, j’ai votre lettre. Dès le moment que la légion italienne sera en état de marcher, je la ferai passer en France dans une petite garnison. Il est nécessaire qu’il ait dans cette légion aucun déserteur autrichien, mais qu’elle soit toute composée d’italiens de tous les points de l’Italie.

Faites-moi connaître l’état des officiers qui la commandent, de l’habillement, de l’armement et du nombre d’hommes de cette légion.

L’état de situation de cette légion que m’envoie le ministre de la guerre, en date du . . . juillet 1803, n’est que de 224 hommes. Il faudrait la faire compléter sur le pied de guerre, et alors l’envoyer en France; car, s’il n’y a que des officiers, que voulez-vous que j’en fasse ?

Je désire que vous formiez le plus tôt possible la garde du président. Il y aura tout cet hiver des camps de manœuvre, et je désire beaucoup qu’elle s’y trouve. Il faudrait peut-être faire quelques corps pareils à ceux que j’avais formés avant Campo-Formio, afin que cette jeunesse prenne là l’orgueil et le goût militaires.

Je ne pense pas qu’il soit convenable que vous ayez des aides de camp ; cela vous met trop sur une ligne militaire; et, comme les généraux de la République, et, à plus forte raison, les généraux français, ont la confiance qu’ils sont meilleurs que vous pour ce métier, cela est contraire à la dignité du Gouvernement. Cependant il vous faut des colonels et des officiers mais, au lieu de les appeler aides de camp, ce qui suppose un service personnel sur le champ de bataille, appelez-les adjudants du palais.

Je ne vois pas d’inconvénient à ce que les Suédois s’en aillent. Il n’y a rien à craindre du roi de Suède, qui, pour avoir fait quelques algarades, parce qu’il est jeune et d’âge et de caractère, voulait au contraire me venir trouver à Mayence, si j’y eusse été.

Je n’aime pas que vous disiez que les troupes françaises sont insuffisantes en Italie, dans le même temps que vous dites n’avoir rien à craindre des Autrichiens : les troupes que vous avez et la gendarmerie suffiraient pour maintenir l’ordre, si quelque révolte se manifestait; il n’y a rien à craindre; en s’alarmant à tort, on fait bien du mal à la chose. Il y a, en Italie, dix fois plus de monde qu’il n’en faut pour la police du pays.

 

Sedan, 8 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je ne conçois pas, Citoyen Ministre, pourquoi vous avez donné une autorisation au nègre Mentor de parcourir les côtes de Normandie.

Je vous ai fait plusieurs fois demander les raisons qui avaient empêché le général Campredon d’arriver à sa destination.

J’avais oublié de vous parler des invalides de Louvain. J’ai été très-mécontent de leur habillement; ils sont couverts de lambeaux. Un grand nombre d’individus ayant un bras et une jambe de moins attendent, depuis plus d’un an, le grade de lieutenant auquel ils ont droit; le ministère de la guerre n’a pas répondu. Veuillez vous faire rendre compte de ces affaires et les expédier de suite. Du reste, la nourriture m’a paru assez bonne et le local bien distribué par le génie. Je joins la note qui m’a été remise par le général commandant pour s’excuser de ce que les invalides avaient de si mauvais habits.

Ne serait-il point convenable d’envoyer à Alexandrie un soi directeur d’artillerie ?

J’ai vu en grand détail les manufactures d’armes de Liège et Charleville. Celle de Charleville fournirait, cette année, 50,000 armes si elle avait des canons; elle a assez de platines et de montures. Celle de Liège, qui ne fournit, cette armée, que 14,000 armes, aurait fourni davantage, si elle avait eu assez de platines et de montures. Le directeur de la manufacture de Charleville a demandé qu’on lui vendît sept à huit cents arpents de bois nationaux, qui mettraient à même d’établir de nouvelles usines. Écrivez au ministre des finances pour que ces bois lui soient vendus sur-le-champ. Faites connaître à ce directeur qu’il s’est engagé à fournir 50,000 fusils cette année, et que j’entends qu’il les fournisse, et que, comme la sécheresse et les grandes chaleurs ont empêché de fournir les canons nécessaires, il achète 10,000 canons à Liége, afin qu’il puisse remplir son engagement. Quant à la manufacture de Liège, j’ai longtemps discuté les différents intérêts; cette manufacture, qui ne fournit que 12 à 14,000 armes, devrait en fournir 40,000.

La 12e demi-brigade de ligne a reçu un bataillon de la 11e ligne; cette demi-brigade a eu ses papiers pris à Liège, de manière que l’ancienneté de service des hommes ne peut être constatée. Il faudrait une ordonnance ministérielle sur les matricules des hommes incorporés. J’ai vu un grand nombre de vieux et bons soldats qui étaient singulièrement peinés de ce que, par un défaut de formes, tant d’années et de blessures ne leur étaient pas comptées. Cette demi-brigade a reçu dernièrement un bataillon de la 80e. Ce bataillon est arriéré de plusieurs mois de solde. Comme le reste se trouve en ce moment payé de son arriéré, activez le plus qu’il vous sera possible le complément de ce bataillon de la 86e, afin qu’il soit payé. Cette demi-brigade doit faire partie du camp de Saint-Omer. Vous sentez combien il est nécessaire que je ne sois pas rebattu, toutes les fois que je la verrai, de ses justes réclamations.

J’ai lu votre rapport du 6 thermidor. Mon intention n’est pas de rien ôter à la 17e de ligne; ce serait appauvrir cette demi-brigade sans ajouter à la 109e. Il sera nécessaire de ne rien donner à cette demi-brigade sur les conscriptions des années XI et XII; et certainement, dans l’espace de deux ans, l’excédent qu’elle a sera fondu, soit par quelques désertions, soit par mort; et, pour être en règle, il n’y a qu’à porter cette demi-brigade au nombre de celles dont le complet doit être de 200 hommes par bataillon, au lieu de 100.

Le ministre du trésor public me fait connaître que vous serez en mesure pour fructidor, parce qu’une partie du matériel sera imputée sur la solde. Préparez-moi un rapport sur cet objet. Tous les préparatifs extraordinaires que vous commencez à solder pour les camps de l’Océan peuvent être soldés pour l’an XII, puisque ce n’est qu’à dater du 1er vendémiaire de cette année qu’ils doivent servir. Ceci n’est qu’une idée pour vous ménager des fonds sans déranger votre budget, si vous en avez besoin.

 

Sedan, 8 août 1803

DÉCISION

Proposition d’accorder une gratification au capitaine Dandalle, de la 7e demi-brigade, pour sa conduite exemplaire et les soins qu’il donne à l’école d’écriture. Il ne paraît pas convenable de donner une gratification à un capitaine pour des motifs de cette nature.

DÉCISION

Le ministre de la guerre propose d’ordonner la levée du séquestre apposé sur des munitions de la guerre et des
pièces d’artillerie qui se trouvent dans le pays de Vaud.
Mon intention est que les scellés ne soient levés sur les armes que lorsque la diète aura fini ses séances et que le reste des Français aura évacué le pays.

DÉCISION

Le général Murat transmet une lettre du général Olivier, qui rend compte de l’arrestation, à Lucques, d’un officier
autrichien soupçonné d’embauchage.
Si cet individu est soupçonné d’avoir des intelligences avec les ennemis de l’État, il faut le faire juger selon la rigueur des lois; s’il n’est soupçonné d’avoir des correspondances qu’avec les Autrichiens, il faut le renvoyer sans faire de bruit.

 

Sedan, 8 août 1803

Au citoyen Portalis, conseiller d’État, chargé de toutes les affaires concernant les cultes

Citoyen Portalis, le cardinal de Franckenberg peut très-bien aller à Rome. Le Pape peut lui réitérer l’invitation de partir. Il peut partir par l’Allemagne, où il ne verra point de troupes.

L’évêque de Namur est très mauvais, il n’a pas l’esprit de son état ; il vit avec des filles, etc. Il faudrait lui insinuer de donner sa démission. C’est le seul moyen de rétablir la paix dans son diocèse. On lui conservera son traitement.

 

Sedan, 8 août 1803

Au général Murat

Citoyen Général Murat, la Toscane n’est pas chargée en proportion de la guerre que nous soutenons. C’est une charge  pour la France dont il est juste que la Toscane paye une partie.

Le général Campredon ne s’est rendu à l’île d’Elbe que deux mois après en avoir reçu l’ordre. Ce n’est pas ainsi que l’on sert. Il a besoin de réparer cette extrême négligence.

 

Sedan, 8 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

J’ai lu avec un grand intérêt, Citoyen Ministre, les détails relatifs aux constructions de Gênes. Passez sur-le-champ un marché pour mettre en construction deux vaisseaux de 74, deux bonnes frégates de 18, quatre bricks et quatre grosses flûtes. Nous y aurons l’avantage d’occuper les ouvriers de la Rivière de Gênes, qui doivent avoir grand besoin , et d’avoir des constructions qui nous seront d’une grande utilité.

 

Sedan, 8 août 1803

Au contre-amiral Decrès

Les affaires d’Irlande, Citoyen Ministre, font sentir l’importance d’avoir des conférences particulières avec les chefs des Irlandais- Unis, qui sont à Paris. Vous pouvez leur dire qu’on leur offrira 25,000 hommes, 40,000 fusils et toute l’artillerie et les munitions nécessaires; que le Gouvernement s’engage à ne pas faire la paix avec l’Angleterre que l’indépendance de l’Irlande ne soit constatée ; pourvu, toutefois, que 20,000 Irlandais-Unis, au moins, se joignent à l’armée française dans les premiers jours de son débarquement en Irlande.

Dépêchez-vous de me donner des nouvelles du Duquesne, du Duquay-Trouin, de la Créole, de la Guerrière, et de la Poursuivante. Nous allons recevoir là un bon renfort.

 

Sedan, 9 août 1803

Au consul Cambacérès

Je pars, dans une heure pour Reims, Citoyen Consul. Je suis très-content des manufactures de cette ville; je le suis beaucoup de son esprit.

Toutes les nouvelles que je reçois de tous cotés, m’apprennent que nos bâtiments rentrent à force dans les ports d’Espagne, et même du Nord.

La chaleur est toujours ici très-forte.

 

Sedan, 9 août 1803

ARRÊTÉ

Le Gouvernement de la République, sur le rapport du Ministre de l’intérieur,

Considérant que la famille Des Rousseau a contribué à établir et perfectionner la fabrique de Sedan ; que le nom de cette famille est encore en grand crédit dans le commerce; que le chef de cette maison, maire de la ville, a péri dans la révolution ; que sa fortune a été ruinée par suite des mêmes événements ; qu’il n’y a plus que deux métiers des quatre-vingts à cent dont se composait la fabrique de cette maison,

Arrête :

ARTICLE 1er. – Il sera donné, sur le fonds des encouragement des manufactures, une somme de 60,000 francs à la veuve Des Rousseau pour être employée à rétablir sa fabrique.
ART. 2. – Les ministres de l’intérieur et des finances sont chargés de l’exécution du présent arrêté.

 

Sedan, 9 août 1803

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Il sera construit un pont en pierre sur la Meuse, à Givet, au point qui sera déterminé par les ingénieurs du génie militaire et des ponts et chaussées, de manière que la navigation soit pas gênée.
ART. 2. – Ce pont sera terminé en quatre ans, à compter de l’an XI; et, à cet effet, il sera fourni, sur les fonds extraordinaires de l’an XI, une somme de 40,000 francs pour les travaux de la première année.
ART. 3. – La porte de la ville de Charleville, dite de France sera démolie aux frais de la commune. Les matériaux lui en sont concédés, et le conseil municipal avisera aux moyens d’assurer la clôture de la ville par une grille.
ART. 4. – Les fronts de la citadelle de Mézières, du côté de la ville, seront démolis.
Il sera ouvert un canal de communication et de navigation entre la haute et la basse Meuse, à Mézières. A cet effet, il sera soumis au Gouvernement trois projets d’exécution :
Le premier, suivant lequel la communication aurait lieu par les fossés extérieurs de la citadelle ;
Le second, sur l’emplacement des fronts de la citadelle démolis ;
Le troisième, par les fossés du front Saint-Julien.
Les ingénieurs militaires se concerteront avec ceux des ponts chaussées pour arrêter et présenter ces projets et devis.
ART. 5. – Il sera fait un devis estimant des frais de la démolition des fronts intérieurs de la citadelle, ainsi que de la valeur des matériaux et de celle du terrain qui pourra être concédé pour bâtir.
ART. 6. – Le bastion n° 7, la courtine et la porte situés dans l’intérieur de la ville de Sedan, seront démolis aux frais et à la diligence de la commune. La vente des matériaux et celle du sol serviront à payer les frais de démolition. Le surplus sera employé à acheter des rentes sur l’État, au profit des hospices de la ville.
ART. 7. – Les moulins situés dans l’intérieur de la ville de Sedan, et appartenant à la nation, seront vendus suivant les formes voulues par les lois.
Le canal de Torcy, communiquant à la haute et à la basse Meuse, sera achevé dans le courant de l’an XII. Il sera assigné 40,000 francs sur les fonds de l’an XI pour cet objet, et pour les travaux à faire dans le mois de fructidor prochain.
ART. 8. – Les ministres de l’intérieur, des finances et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du pré- sent arrêté.

 

Sedan, 9 août 1803

Au citoyen Lacuée, président de la section de la guerre au Conseil d’État

Citoyen Lacuée, votre projet de répartition de la conscription est sujet à beaucoup d’observations. Aujourd’hui que les revues sont faites, il faudrait établir chaque corps au pied de paix. Tous ceux que j’ai vus ont besoin de 3 à 400 hommes. J’ai trouvé dans la nomenclature beaucoup de fautes. Vous portez, par exemple, la 23e de
ligne à trois bataillons, tandis qu’elle n’en a que deux. Depuis un mois que je fais, presque tous les matins, le métier d’inspecteur, il me paraît impossible d’avoir plus longtemps des demi-brigades à deux bataillons, et, pour ne point rompre de demi-brigades, je préfère en réunir deux en une. Par ce moyen, il n’y aura dans les masses ni dans l’administration aucun embarras. Chaque demi-brigade aura un colonel en second et un major. Changez le nom de demi-brigade en régiment. Établissez un major, et ôtez le nom de chef de brigade pour mettre celui de colonel. Nous aurons, par ce moyen, seize demi-brigades de ligne à quatre bataillons, et trois demi-brigades légères. Nous en aurons, indépendamment, une de ligne et une légère à quatre bataillons, mais dont l’un sera aux Indes. Ce changement ne comporte point de délai et doit être fait pour l’an XII.

Chaque demi-brigade a 40 à 50 hommes ouvriers, autant de musique, toujours autant aux bagages, ce qui finit par réduire un régiment de deux bataillons à rien. Ils n’offrent d’ailleurs aucun jeu pour se compléter, et je répugne beaucoup à prendre un bataillon dans une demi-brigade et un dans une autre. D’ailleurs, j’estime, plus utile d’avoir des demi-brigades de quatre bataillons ; on maintient la régularité en n’en envoyant que trois à la guerre, et en mettant l’autre dans les places les plus importantes. Je vous envoie une note dictée de mémoire, qui peut être fautive. J’ai cherché à réunir les demi-brigades qui sont dans la même division, afin que l’arrêté se trouve exécuté sans délai.

Le tableau de la conscription doit se ressentir de ce changement ; le travail en deviendra, je crois, plus facile. Les 2le, 56e et 77e sont ordinairement portées à trois bataillons ; mais elles ont des détachements si forts aux colonies, qu’elles peuvent être considérées comme ne formant que deux bataillons.

J’estime, avant tout, qu’il faut avoir le tableau des revues ; le ministre doit avoir toutes celles de la dernière inspection. Il faut opérer en conséquence de la revue des corps et de ce que vous leur avez donné pour la réserve, pour arriver à leur complet.

Vous avez donné, pour le Hanovre, à peu près 500 hommes de la réserve par demi-brigade, c’est suffisant. D’abord, il faut les habiller ; ensuite, 2,000 hommes des dépôts coloniaux ont augmenté l’effectif des corps ; enfin , je n’ai point, pour cette année, de raison d’être alarmé, et je ne veux point alarmer l’Allemagne.

Ainsi, sans rapporter la mesure qui doit compléter ces bataillons à 900 hommes, il faut se compléter d’hommes donnés par la réserve. Nous verrons dans trois mois ce qu’il y aura à faire. La même chose pour Naples. Moyennant cela, vous devez ne pas leur donner 100 hommes de plus par bataillon. Si vous n’en avez pas assez, laissez plutôt en arrière les demi-brigades à quatre bataillons.

L’essentiel est d’être au complet de paix ; tous les corps que j’ai vus en sont très-loin. Il faut aussi compléter toute la cavalerie au pied de paix. Il faudra prendre en considération un arrêté que j’ai pris pour porter trois bataillons d’artillerie sur le pied de guerre.

Quoique je compte être sous peu de jours à Paris, j’ai voulu vous envoyer ces notes qui me sont venues à l’idée, afin qu’à Paris je vous trouve tout préparé pour mettre en vigueur la conscription.

L’arrêté que vous prendrez pour les vingt demi-brigades sera le même que celui qui établira l’état de l’armée pour l’an XII, et qui doit servir à la formation du budget.

 

Reims, 10 août 1803

Au consul Cambacérès

Je suis arrivé à Reims, Citoyen Consul, à quatre heures du matin. Je pense y passer la journée. Je suis satisfait de l’esprit que j’ai trouvé par toute la Champagne.

Je vous prie de faire demander à tous les ministres l’état des ordonnances de floréal, prairial et messidor, au compte de leurs ministères, qui n’auraient pas encore été payées, soit à Paris, soit dans les départements, et cela dans le plus grand détail, afin qu’au premier travail qui aura lieu après mon arrivée on puisse évaluer de combien la trésorerie se trouve en retard.

 

Reims, 10 août 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

Citoyen Ministre, le trésor public commence à mal marcher. Je reçois des plaintes que les ordonnances ne sont pas payées; et certainement, si une ordonnance n’est payée que quatre-vingts jours après qu’elle a été délivrée, il n’y a plus de finances ni de services dans l’État. Cela a lieu depuis plusieurs mois par le système qui a été pris par les receveurs généraux. Quand on renvoyait les bons à vue, on était payé sur-le-champ. S’il y a des complaisances pour les receveurs à la trésorerie, et si les ordonnances ne sont pas payées, nous retombons dans le plus affreux chaos, et toutes nos opérations manqueront.

Je vous envoie un rapport du génie de Boulogne ; je ne puis que vous en témoigner mon mécontentement.  Prenez des mesures pour que ces abus disparaissent promptement. Il a été convenu de tout temps que l’ordonnance a dû être payée dans les vingt jours qu’elle a été délivrée à Paris. Ce doit être la faute ou de la trésorerie ou du payeur de la division. On a été obligé de ralentir les travaux, de renvoyer les voitures ; cela rendra le prix des travaux dix fois plus cher. Préparez-moi un rapport détaillé à mon arrivée à Paris, pour que je sache à quoi m’en tenir sur la manière dont se fait le service et sur les mesures à prendre pour le réorganiser, car il a fléchi depuis plusieurs mois.

 

Reims, 10 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Plusieurs corps, Citoyen Ministre, que j’ai vus sur mon passage, se sont plaints d’une circulaire qui portait que, plusieurs corps étant complets, les soldats qui s’offraient pour servir devaient se présenter devant leurs municipalités et attendre la destination que leur donnerait le ministre; ce qui dégoûtait ceux qui voulaient avoir la certitude de rentrer dans tel on tel corps.

Je crois qu’il faut envoyer à Hanovre des détachements de tout les corps de cavalerie de la République. Vous pouvez en excepter seulement ceux qui sont en Italie et au camp de Bayonne, comme se trouvant trop éloignés.

J’ai accordé aux troupes de la 16e division militaire quinze jours de gratification ; à celles que j’ai vues dans la 24e division militaire un mois de gratification; et aux 12e, 14e et 111e de ligne, aux 6e, 25e et 26e légères, aux 4e, 6e, 7e de cavalerie, au 2le de dragons et au 27e de chasseurs, quinze jours de gratification.

Donnez, je vous prie, les ordres pour que le général commandant la 1e division militaire n’envoie aucun détachement pour mon escorte ; cela écrase la cavalerie sans aucun résultat.

 

 Saint-Cloud, 11 août 1803 

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

1°. Je désire que vous fassiez faire, avec le moins de frais possible, le compte des dogres, heus, spricks, bélandres de la Belgique, que mon intention est de réunir sur l’Escaut.

On pourrait prendre des renseignements sur le nombre que la Batavie pourrait en procurer.

2° Il faudrait s’assurer quel est le nombre de corvettes de pêche de Dunkerque et autres bateaux du même genre qu’on pourrait réunir dans ce port.
3° Quel est le nombre de chaloupes canonnières, de bateaux canonniers, de petits bateaux de pêche et de cutters, qu’ou pourrait se procurer pour réunir à Boulogne ?
4° Quel est le nombre de bateaux destinés à la pêche de Granville, Saint-Malo et autres ports de la Manche, qu’on pourrait réunir à Cherbourg ?
5° Quel est le nombre de bâtiments qu’on pourrait se procurer à Brest, capables de naviguer avec nos vaisseaux ?
6° Quel est le nombre de bâtiments qu’on pourrait se procurer à Bordeaux pour Rochefort, et capables de naviguer avec nos vaisseaux ?

 

Saint-Cloud, 13 août 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre que les bâtiments suivants, la Marguerite-Christine, 1’Amphion, chargés en fers, planches et goudron, qui sont sans le séquestre, dans le port du Havre, ainsi que la Fortuna, chargée de fil de laiton et de planches, qui est à Rouen, soient libres et puissent vendre leurs marchandises, l’arrêté
du ler messidor ne pouvant avoir lieu pour des marchandises du Nord dont nos ports ont besoin, et d’ailleurs évidemment suédoises; n’entendant déroger, pour ces bâtiments, qu’à l’arrêté du ler messidor et non à aucune autre loi.

Faites connaître au ministre de Suède l’ordre que vous donnez.

 

Saint-Cloud, 13 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous envoie, Citoyen Ministre, des décisions sur la capitulation suisse; expédiez-les par un courrier au général Ney, car je désire que cela soit terminé promptement. Ces trois demi-brigades sont incomplètes, coûtent beaucoup d’argent, et ne nous servent à rien ; il faut donc en finir. Écrivez au général Ney qu’il est autorisé à conclure et signer.

Toutes les nouvelles que je reçois d’Espagne me confirment la levée de milices et d’armées de terre. Je suis étonné que le général Beurnonville n’en dise rien. Comme il est convenable, pour un objet aussi important, de ne pas s’en rapporter à un seul homme, qui peut se tromper et qui, en méprisant les Espagnols, peut n’ajouter que très-peu d’importance à des choses auxquelles j’en attache beaucoup, écrivez aux citoyens Belleville, Le Roy(commisssaires généraux des relations commerciales à Madrid et Cadix), aux commissaires des relations extérieures à Santander, à la Corogne, etc., de vous faire connaître les mesures prises pour la levée des troupes espagnoles depuis six mois.

Écrivez également au général Beurnonville pour lui faire connaître ce que j’apprends ici, et que je désire être éclairci sur cet objet ; dites-lui de vous envoyer l’état de situation de l’armée espagnole.

 

Saint-Cloud, 13 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Les troupes de Hanovre, Citoyen Ministre, celles qui sont dans le royaume de Naples, celles qui sont en Hollande, n’auront point congés de semestre.

Les troupes qui sont en Bretagne, celles qui sont dans les différentes îles, celles qui composent le camp de Bayonne, celles sont à la disposition de la marine à Toulon, celles qui sont dans la 23e division militaire et celles désignées pour faire partie des camps, n’auront point de congés de semestre.

Je désire que vous me remettiez, au prochain travail, l’état des demi-brigades qui ne sont point comprises dans cette mesure, afin d’autoriser les semestres par demi-brigades, vu que quelques demi brigades doivent encore faire partie de ces différentes expéditions.

Écrivez au général Rusca que le général Campredon est à l’île d’Elbe ; que c’est lui qui a ordonné l’ouvrage dont il est question ; que Porto-Ferrajo ne peut se défendre s’il se renferme dans ses murs ; qu’il faut des ouvrages avancés ; qu’il tienne un conseil guerre composé, du général Campredon et des officiers du genie pour déterminer les ouvrages à faire hors de la place.

Par la lettre du citoyen Panetier, l’amiral Bruix paraît croire que c’est quatorze adjoints que vous devez lui fournir ; je ne sais si c’est une erreur de l’arrêté ou de votre lettre ; ce n’est point quatorze, mais quatre que porte l’arrêté.

Le général Marmont, commandant l’artillerie de l’armée, doit vous faire connaître les mesures qu’il a prises, soit pour les batteries volantes, soit pour les officiers d’artillerie commandant à Ostende et à Boulogne.

Donnez ordre au 6e régiment d’artillerie d’envoyer 30 hommes à Hanovre pour y recevoir 70 chevaux, afin de se compléter.

 

Saint-Cloud, 13 août 1803

DÉCISION

Le ministre directeur de la guerre demande l’autorisation de faire payer une somme de 18,938 francs à différents corps stationnés dans la République italienne, pour indemnités de vivres pendant l’an X. Ceci demande un grand examen : car enfin les fonds de la
République italienne ont tout payé pour l’an X; comment arrive-t-il que ces hommes viennent réclamer ?

 

Saint-Cloud, 14 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Ce qu’il y a de plus important dans notre position actuelle avec l’Espagne n’est point l’affaire des subsides ; ce n’est point l’exécution du traité qui nous lie, mais c’est, 1° l’étrange conduite d’avoir laissé enlever deux bâtiments ancrés à Algésiras, et de ne pas même offrir d’en payer l’équivalent; 2° c’est de voir quatre vaisseaux de guerre français arriver à la Corogne et de les laisser exposer aux attaques de l’ennemi, en les traitant avec tous les mauvais procédés qu’on peut avoir pour des Barbaresques ; 3° c’est l’impertinence avec laquelle on ose dire qu’on arme 100,000 hommes de milices, qui évidemment ne sont point pour faire la guerre aux flottes anglaises. Je désire que vous remettiez à M. d’Azara une note ainsi conçue :

« Le Premier Consul m’ordonné de faire connaître à Votre Excellence que la mesure des outrages qu’on se permet en Espagne contre la France depuis quatre mois est près d’arriver à son comble. Ce n’est pas ce que le Premier Consul avait le droit d’attendre de Sa Majesté Catholique. Il se plaît encore à croire qu’elle est étrangère à ces menées et à tous les outrages qu’on n’épargne pas au pavillon français. Mais cela tient sans doute aux calculs perfides d’hommes qui, insatiables d’or, ont vendu les intérêts de leur prince et de leur pays à l’Angleterre, où ils espèrent trouver un refuge contre l’abîme où ils veulent évidemment entraîner l’Espagne.

Deux bâtiments de Marseille, richement chargés, venant de la Martinique, sont arrivés à portée de pistolet du fort d’Algésiras. Le gouverneur, qui avait été averti, a fait tirer un coup de canon à poudre et a laissé amariner les bâtiments français. Le Premier Consul demande que la valeur de ces bâtiments, estimés à trois millions, soit versée à Marseille pour indemniser les propriétaires ; que l’officier qui commandait les batteries soit jugé par un conseil militaire comme ayant laissé violer le territoire espagnol ; que le gouvernement de Cadix, qui s’est permis d’arrêter des Français et de vouloir les forcer à entrer dans une levée de milices évidemment dirigées contre leur patrie, et que les hommes ennemis de leur roi et de leur pays qui entendent armer contre la France, soient sur-le-champ destitués; que les Français qui ont débarqué à Malaga par le mauvais temps et par les événements de la guerre soient traités, non comme s’ils étaient des Turcs, mais comme des soldats d’une nation amie de l’Espagne, et surtout d’une nation voisine qui a assez de force pour venger les outrages faits à ses drapeaux et à son sang ; que l’officier qui, à Algésiras, s’est conduit avec autant d’inhumanité que d’outrage envers les bâtiments français, soit destitué ; que l’escadre de quatre vaisseaux français qui a relâché à la Corogne depuis un mois, et, ce qui est sans exemple, à l’équipage de laquelle on n’a pas permis de descendre à terre pour faire la quarantaine et qu’on a contraint à rester encombré sur les vaisseaux, après les fatigues d’une traversée de soixante jours, sans lui permettre d’entrer dans le port et les bassins, mouillée au delà des jetées et exposée aux insultes des Anglais, puisse débarquer à terre et être mise en réparation ; car si elle était insultée sous le feu de la Corogne, comme c’est peut-être le projet de quelques hommes voués à l’Angleterre, ce nouvel outrage qu’essuierait la France dans les ports espagnols serait vengé par la chute de la monarchie espagnole ; que les 100,000 hommes de milices qui ont été levés soient sur-le-champ contremandés ; que toutes les troupes qui ont été envoyées en Catalogne, dans la Navarre, dans la Biscaye, dans les Asturies, à Valladolid, à Burgos, depuis le 1er vendémiaire an XI, en soient sur-le-champ retirées et dirigées du côté de Gibraltar et de la Corogne ; enfin que l’armée espagnole ne soit pas remise sur le pied de guerre ; ce qui ne peut être évidemment que dans des intentions hostiles contre la France ; que la marine espagnole soit réorganisée, au lieu de souffrir que des hommes ennemis de l’Espagne, ignorant que sa puissance est fondée sur ses immenses colonies, détruisent sa marine et osent menacer  et comprimer par ses armées de terre la nation française.

Après que le Premier Consul aura satisfaction sur ces questions, il restera à voir à Sa Majesté :

Si elle veut ou non soutenir le traité d’Amiens, qu’elle a signé et que l’Angleterre a violé ;

Si elle veut faire la guerre à l’Angleterre, ou, dans le cas de neutralité, accorder à la France le subside demandé, et qui peut seul compenser le tort que fera à la France la neutralité de l’Espagne;

Ou si Sa Majesté, aveuglée par l’esprit de vertige qui s’est emparé de ses ministres, veut faire la guerre.

Au reste, le Premier Consul me charge de vous faire connaître que la plus grande responsabilité qui ait pesé sur aucun ministre pèse sur vous par cette déclaration que je suis chargé de vous transmettre. Il est impossible que le roi ne s’aperçoive point qu’il est trahi, ou il a pris véritablement la résolution de se coaliser avec l’Angleterre contre la France. Dans l’un ou l’autre cas, l’intention ferme du Premier Consul est qu’avant le 20 fructidor cette question soit décidée, et qu’il sache à quoi s’en tenir. Il a laissé passer du temps, parce qu’il a vu les vaisseaux espagnols rentrer dans leurs ports ; cette complaisance a été prise pour de la faiblesse de la part des hommes qui dirigent le cabinet de Madrid ; mais le Premier Consul est décidé enfin à faire connaître que Dieu lui a remis l’autorité nécessaire pour faire respecter les traités, et qu’une nation voisine doit avoir pour le sang et le pavillon français les mêmes égards que la France a pour le sang et le pavillon espagnols. »

Je dirai ici dans deux jours un mot à M. d’Azara, pour accréditer cette note. Envoyez-la au général Beurnonville, pour qu’il la garde secrètement, et pour que, deux jours après que M. d’Azara l’aura envoyée à Madrid , il en remette une dans les mêmes termes. Déclarez-lui que je mets sous sa responsabilité personnelle s’il y a en Catalogne, dans la Biscaye, à Burgos et à Valladolid aucunes troupes, si toutes les levées ne sont pas congédiées, si l’on fait quelques approvisionnements dans les forteresses de Pampelune et de Fontarabie. Sous quelque prétexte que ce soit, mon intention est qu’il n’entre dans aucun pourparler qu’au préalable, 1° les vaisseaux français qui sont à la Corogne puissent débarquer à terre leur équipage et être mis en réparation ; 2° que toutes les troupes soient sur le même pied qu’elles étaient au 1er vendémiaire an X ; que toutes les levées de troupes soient contremandées ; enfin que Sa Majesté s’explique net que dans aucun cas elle ne fera la guerre à la France; que le gouverneur de Cadix soit destitué, et l’officier d’artillerie d’Algésiras puni ; que je ne puis dissimuler que je fais marcher des troupes, et que 80,000 hommes entreront en Espagne avant 15 vendémiaire. Il doit dire enfin positivement que l’Espagne ne doit pas tenir sur pied d’armée de terre autre que celle quelle avait il y a deux ans ; que je suis profondément outragé des 100,000 hommes dont il me menace et qui singent parfaitement avec la levée en masse des Anglais ; qu’il est évident qu’une armée de terre espagnole n’a d’autre but que de se coaliser contre la France ; que, du reste, j’entends qu’avant le 20 fructidor on ait remis dans mes mains les obligations des soixante et douze millions pour l’an XII, payables mois en mois, et les vingt-quatre millions, échus depuis prairial qui doivent être réalisés en argent avant le 20 fructidor; je ne recevrai pas en lettres de change, mais en piastres rendues à Bayonne ou bien que l’ambassadeur anglais soit chassé, l’embargo mis sur tous les bâtiments anglais ; les quinze ou vingt vaisseaux que 1’Epagne peut fournir, armés ; le Portugal et Gibraltar attaqués de concert avec l’armée française ; qu’entre cette double alternative et faire la guerre à la France je n’en connais pas une quatrième; que si l’on continue à rassembler des recrues, à refuser des semestres et à mettre enfin l’armée en état d’agir, le général Beurnonville doit demander une entrevue au roi, lui donner cinq jours pour se décider et se retirer à la campagne. Au bout de ce terme il préviendrait autant que possible nos commissaires des relations commerciales et ferait prendre la mer à nos vaisseaux. Dans ce cas, dans la dernière décade de fructidor, 90,000 hommes entreront dans Navarre, et 15,000 dans la Catalogne, qui seront soutenus par un nombre pareil.

 

 

Paris, 16 août 1803

Au citoyen Talleyrand

  1. d’Azara, Citoyen Ministre, m’a remis une note, qu’il a faite parce qu’il désespérait de me parler. Je lui ai dit de vous adresser une note en conséquence des ordres de sa cour. Envoyer sur-le-champ un courrier au général Beurnonville, pour lui faire connaître que le bruit court que l’on veut envoyer ici le ministre que le prince de la Paix entretient à Rome ; que je ne veux point ici de ministre intrigant qui se mêle des affaires intérieures du pays ; que je vois d’ailleurs avec peine qu’on donne des désagréments à M.. d’Azara, parce qu’on sait que je l’estime ; que la proposition que l’Espagne fera la guerre à l’Angleterre est acceptée ; que si l’on demande le jour auquel la rupture doit se faire : au 15 fructidor ( 2 septembre), le renvoi du ministre anglais et la mise de l’embargo sur tous tes bâtiments anglais qui se trouvent dans les ports de l’Espagne doivent avoir lieu ; qu’immédiatement l’Espagne mettra sur pied deux armées, l’une destinée à attaquer Gibraltar, l’autre le Portugal ; que j’aurai deux corps d’armée, de 16,000 hommes chacun, qui agiront de concert avec les forces espagnoles ; que le nombre de troupes qui se mettent en marche pour Bayonne devient considérable, et que, quoiqu’on dise qu’elles sont dirigées contre le Portugal, on ne tardera pas à s’apercevoir qu’il y a trop de forces pour le Portugal ; que si donc on doit arriver à un arrangement, et que l’Espagne veuille conserver la neutralité en payant un subside, elle doit accorder ce que nous avons demandé, sans attendre l’arrivée d’une aussi grande quantité de troupes, dont la première moitié (25,000 hommes) sera arrivée au ler fructidor (19 août); comme il y a effectivement une aussi grande quantité de troupes, je serai intéressé à les arrêter dans leur marche, à moins qu’on ne veuille entrer en compensation et qu’il s’agira de vouloir culbuter ce gouvernement ;

Que, quant au subside à payer, c’est toujours la même chose ; je n’entends point relâcher de six millions par mois et de vingt-quatre millions pour ce qui est échu si la somme qu’on proposerait était inférieure à cela, je préfère le parti de la guerre déclarée à l’Angleterre, parce que l’attaque de Gibraltar, que je veux faire, inquiétera beaucoup l’Angleterre et l’obligera à mettre une forte garnison dans cette place.

L’Angleterre a licencié les régiments suisses Dillon et Watteville, et l’Espagne a consenti à donner passage à ces régiments pour venir en France. De quel droit l’Espagne donne-t-elle passage pour la France à des régiments qui étaient licenciés par les Anglais ? Cela a été contre l’usage de tous les temps.

Les gazettes anglaises parlent d’une expédition contre la Corogne, pour y forcer les vaisseaux français. Faites sentir à ces gens-là que cette escadre ne prendra pas la mer qu’elle ne soit ravitaillée et doublée en cuivre ; sans cela elle restera perpétuellement dans leur port, parce que je ne veux point l’exposer à être prise par les Anglais; qu’ils doivent activer les fournitures de tout ce qui lui est nécessaire, d’autant plus que j’ai envoyé 500,000 francs pour tout payer. Faites en sorte qu’elle puisse partir dans deux mois ; elle peut être prête dans un.

Il sera aussi nécessaire, dans le cas où les choses s’arrangeraient, que l’Espagne donne passage à un bataillon français pour renforcer la garnison des vaisseaux; qu’on le fera passer par 30 et 40 hommes et à des distances éloignées.

La même chose pour l’Aigle, qui est à Cadix. Dès l’instant qu’il sera réparé, il a ordre de partir. Si l’Espagne continue à contrarier l’équipement et l’armement de nos vaisseaux, ils y resteront continuellement, ce qui sera un objet perpétuel de jalousie et de division qu’elle aura avec nous.

Enfin recommandez bien au général Beurnonville que, dans le courant de fructidor, il faut que j’arrive à l’une de ces trois choses :  1° que l’Espagne déclare la guerre à l’Angleterre ; 2° ou qu’elle paye le subside spécifié dans les lettres. précédentes ; 3° ou la guerre déclarée par la France à l’Espagne; car cela ne peut plus durer.

Je vous envoie quatre lettres relatives à la Russie et aux préparatif que l’on fait en Danemark et en Portugal.

 

Paris, 16 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Faites mettre sur le chantier de Paris seize caïques en construction, et quatre sur le chantier de Compiègne. Donnez ordre à Toulon qu’on en fasse construire vingt dans les petits ports voisins, et qu’on en expédie quatre pour la défense des côtes de l’île de Corse, et deux pour la défense des côtes de l’île d’Elbe. Les quatorze autres recevront une destination lorsqu’ils seront faits.

Il serait convenable que ces bâtiments fussent arrivés à leur destination avant brumaire.

Donnez ordre au préfet maritime à Rochefort de faire lancer le Lyon au 1er vendémiaire pour la fête de la République, et le Magnanime avant le 10 fructidor.

Donnez ordre au préfet maritime de Lorient de faire lancer le Suffren dans le courant de la première quinzaine de fructidor, et le . . . . . .. (en blanc sur la minute) au ler vendémiaire, jour de la fête de la République.

Faites connaître au préfet maritime de Brest qu’il fasse lancer le Vengeur au ler vendémiaire; qu’il faut qu’il s’arrange de manière à avoir prêts, pour l’escadre, trois vaisseaux à trois ponts, y comprisle Vengeur, et, au lieu de seize vaisseaux portés dans l’état, vingt vaisseaux prêts à mettre à la voile au 1er frimaire. Ces vaisseaux porteront 12,000 hommes pour l’expédition d’Irlande. Faites-moi connaître le nombre de frégates et de gros transports nécessaires pour porter jusqu’à concurrence de 20,000 hommes.

Il faudra voir les moyens qu’on pourrait avoir à Rochefort pour embarquer 10,000 hommes. Il y aura six vaisseaux de guerre qui pourront porter 4,000 hommes. Il y aura sept ou huit frégates qui pourront en porter 2,000 ; ce qui ferait 6,000 hommes. Il faudrait donc en chercher pour 4,000 hommes. ,

Il faudra s’assurer si les vaisseaux de Brest, et surtout de Toulon, sont armés de caronades, et si ces derniers seront prêts à partir dans le courant de brumaire. Il faudrait également connaître si, indépendamment des vingt vaisseaux qui doivent être prêts à Brest pour le 1er frimaire, propres à toute expédition, on ne pourrait pas en avoir quatre ou cinq armés de toutes leurs batteries et propres seulement à l’expédition d’Irlande.

 

Saint-Cloud, 17 août 1803

DÉCISION

Proposition d’accorder une indemnité de 200 francs au citoyen Marie, préposé des douanes, blessé dans une action avec les Anglais. Accordé. Faire vérifier par les commandants militaires des lieux que cette blessure a eu lieu dans un combat contre les Anglais, et étrangère aux affaires de contre-bande, afin qu’on puisse lui donner un fusil d’honneur.

 

Saint-Cloud, 17 août 1803

Au général Dejean, ministre directeur de la guerre

Faites connaître, Citoyen Ministre, au commissaire ordonnateur Michaux que mon intention est que l’ordre de la comptabilité soit rigoureusement maintenu, et que l’indépendance des receveurs et payeurs soit respectée. L’argent ne doit être reçu et donné que par eux, et l’ordonnateur n’a le droit d’avoir aucune caisse particulière.

Je désire que vous fassiez donner des bonnets de grenadiers aux grenadiers de la 111e demi-brigade.

 

Saint-Cloud, 17 août 1803

OBSERVATIONS SUR UN TRAITÉ FAIT AVEC LES RECEVEURS GÉNÉRAUX POUR LE SERVICE DU TRÉSOR PUBLIC PENDANT L’AN XII

ART. 7. – Dans le cas où l’agence, pour faciliter ses opérations, aurait besoin d’obligations d’une échéance plus rapprochée que celles indiquées dans l’article 5, elle pourra demander au trésor public jusqu’à concurrence de la moitié des échéances desdites obligations, pour chacune des échéances de l’an XII qu’elle indiquera, à la charge de verser, à titre de dépôt, une somme d’autres obligations équivalentes, et son engagement d’en réaliser le montant à Paris, le jour de l’échéance. Si la moitié de quelque échéance ne s’élevait pas à la somme de 8 millions, la différence pour compléter cette somme pourra être réclamée par l’agence, à la charge que ce complément lui sera précompté dans les mois suivants. Article 7. – On voudrait, au lieu de à charge d’en réaliser le montant à Paris au jour de son échéance,  » à charge de réaliser dans le point de la République  indiqué par le ministre du trésor public, au jour de l’échéance; » ou bien « à charge d’en réaliser le montant, soit à Paris, soit dans le lieu où était payable l’obligation qu’ils ont reçue. »
ART. 9. – Si le Gouvernement jugeait convenable, dans le cours de l’an XII, d’assigner au service des mois qui pourront l’exiger une plus forte somme que celle déterminée par l’article 4, et qu’il voulût faire une négociation extraordinaire des obligations foncières, personnelles et mobilières, les versements de l’agence seront faits dans les proportions qui lui seront indiquées, et les obligations qui lui seront remises pour la couvrir de cet excédant seront négociées au taux et d’après les conditions réglées par l’article 6 du présent traité.

Si néanmoins l’agence ne pouvait, à ces termes, se charger d’une opération extraordinaire, et sur son refus, le ministre du trésor public pourra faire faire ladite négociation par qui il avisera, aux conditions qu’il trouvera les plus avantageuses, à la charge que lesdites obligations négociées ne pourront être mises en circulation avant le mois de leur échéance. Il est convenu aussi que l’article 7 continuera à recevoir sa pleine et entière exécution. Dans tous les cas, la préférence sera donnée à l’agence, pour lesdites négociations, lorsque les conditions de l’offre qu’elle aura faite ne seront pas couvertes par une offre plus avantageuse faite par tous autres particuliers ou associations.

Article 9. – Cet article contient une condition trop onéreuse au Gouvernement, celle de ne pouvoir s’aider d’aucune de ses ressources et d’être soumis, pour cet objet, à l’arbitraire de l’agence. On pourrait faire plusieurs propositions pour y remédier :

La première, que l’agence serait obligée d’escompter aux mêmes conditions, une somme d’obligations échéantes dans le trimestre, sans que cela puisse monter à plus de 20 ou 30 millions dans l’année;

La seconde, qu’indépendamment des 87 millions que l’agence escompte, elle serait tenue, si le trésor public le demandait, à escompter, aux mêmes conditions, jusqu’à une concurrence proportionnelle des bons à vue qu’il recevrait. Ainsi, si on leur laisse les bons à vue provenant décimes pour franc des coupes de bois, des bons à vue de la vente des domaines nationaux, des bons à vue provenant de la taxe d’entretien des routes, des bons à vue des rachats de rente, toutes ces natures de bons à vue, que l’on évalue à 40 ou 50 millions, offrent un avantage, même en partant de l’esprit de l’article 9 du traité, qui fait paraître juste de demander que l’agence s’engage à négocier jusqu’à la concurrence de 25 ou 30 millions. On pourrait, par exemple, déterminer un million ou 1,500,000 fr. par chaque million de bons à vue rentrant à la caisse pour ces objets.

ART. 10. Les obligations et traites sur les portes et fenêtres et sur les patentes, et les obligations affectées sur le recouvrement des sommes imposées pour les frais de l’armement contre l’Angleterre, dont le Gouvernement autoriserait la négociation pendant le cours de l’an XII, seront escomptées par l’agence aux conditions et de la manière prévue par l’article précédent, en ce qui regarde l’escompte et la préférence à l’agence, sauf la clause y énoncée. Article 10. – Cet article n’est pas clair. Il y a un sens qui paraît tout à fait inadmissible, c’est celui en l’article 9, que les traites pour patentes et les obligations affectées sur le recouvrement des sommes imposées pour les frais de l’armement de guerre contre l’Angleterre ne peuvent être négociées que moyennant dépôt. En effet, si tel avait été le sens de l’article 10, on n’aurait pas fait un article séparé, puisque, par ce sens donné à l’article, il se trouve subir la même condition que les obligations, et l’on ne verrait pas pourquoi on n’y aurait pas compris les coupes de bois et les autres effets, montant à 100 millions, dont la mauvaise gestion et la mise sur la place influeraient. D’ailleurs, les articles 9 et 10 vont en ce sens, donnent à l’agence une tutelle inconvenante et inutile. Le Gouvernement a essentiellement intérêt à soutenir le crédit et des conditions de défense de négocier avec d’autres que l’agence sont bonnes si, comme il a été pratiqué avec les banquiers, l’agence s’engageait à négocier tous les effets : elle mériterait la préférence; autrement, c’est une clause contraire au bien du service de l’an XII; car l’agence, sûre qu’on ne peut s’adresser qu’à elle, est maîtresse de faire les conditions.
ART. 11. L’agence continuera à fournir au trésor public, pendant l’an XII, des rescriptions payables sur tous les points de la République, suivant le mode et conformément aux conditions stipulées par les articles 14 du traité du 30 thermidor an X et 6 du traité du 23 frimaire an XI. Ces rescriptions seront versées au trésor public dans les cinq jours qui suivront celui où la demande en aura été faite à l’agence. Article 11. – Il faudra s’occuper, en l’an XII, d’un système plus naturel; mais on peut, sans nuire à la lettre et à l’esprit de l’article 12, aider efficacement le service en prenant la détermination suivante :

On ferait deux tableaux des départements : le premier contenant tous ceux qui, dans l’an XI, ont absorbé plus de fonds que n’en produisent les bons à vue et les obligations du mois; le second, les départements qui, dans l’an XI, ont produit plus de bons à vue qu’ils n’ont fait de dépense, sans compter les obligations qui, étant disponibles au trésor public, peuvent être négociées comme on l’entendrait.

Alors on aurait soin de ne jamais donner aux receveurs qui, en exécution de l’article 3, demandent des obligations pour le service des mois, des obligations du premier tableau , mais seulement du second; et, dès le moment que les bons à vue des départements du premier tableau arriveraient, on les présenterait de suite à l’agence, en lui demandant, non un mandat sur la banque à vingt jours, mais une rescription sur le payeur dont le département fait partie, et les bons à vue provenant des départements du deuxième tableau, ce qui ne doit pas être très-considérable. On aurait soin de demander, à mesure que les bons à vue arriveraient, tout de suite une rescription pour ce qui doit se consommer dans le département, et le surplus en mandats à vingt jours sur la banque, et le service se trouverait d’autant mieux fait que moins de bons à vue auraient été convertis en mandats sur la banque.

Le trésor public pourrait faire ce tableau sur l’an X. Il verra successivement les augmentations ou diminutions qui viendraient à résulter des encaissements qui peuvent avoir lieu dans le cours de l’an XII.

ART. 12. – Les articles 10, 11, 12 et 13 du traité du 30 thermidor an X et 7 du traité du 23 frimaire suivant, relatifs au recouvrement des bons à vue, continueront d’avoir leur exécution pendant l’an XII, sauf la clause ci-après : le trésor public, afin de favoriser les opérations des négociants dans plusieurs places de commerce, se réserve la faculté de prescrire à l’agence de faire arriver à l’agence, à Paris, les fonds des bons à vue en billets et lettres de change desdits négociants et des commerçants, jusqu’à concurrence, de 4 millions par mois. Article 12. – Cet article ne parait pas assez clairement rédigé. S’il n’y est pas dit que l’agence et les receveurs seront obligés, jusqu’à la concurrence de 10 millions, de remettre des sommes au commerce dans les départements au pair et sans aucun escompte sous le prétexte du cours de Paris, on n’aurait rien fait. Les receveurs ont l’habitude de recevoir un demi et au moins un quart pour l’argent qu’ils donnent pour le papier sur Paris, qui est payé à vue.

 

Saint-Cloud, 18 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai reçu votre lettre, Citoyen Ministre. Votre observation sur le bataillon suisse qui doit faire partie de la garde m’a paru assez juste; en contracter l’obligation, surtout, a quelque chose d’étrange. Écrivez au général Ney qu’on peut envoyer ce bataillon, mais qu’on n’a jamais entendu en faire un article de la capitulation, ce qui serait inconvenant, mais que cela sera exécuté.

Je vous envoie des lettres de Lisbonne.

J’ai dicté hier à Durand quelques notes sur les affaires d’Espagne. Il me tarde bien que ces affaires soient finies, soit pour avoir de l’argent, soit pour asseoir définitivement tous mes plans.

Le parlement britannique s’est ajourné au 6 octobre.

————–

La note sur l’Espagne m’a paru bien. Je l’ai fait remettre.

 

Saint-Cloud, 18 août 1803

AU LANDAMMAN ET AUX MEMBRES DE LA DIÈTE GÉNÉRALE DE LA SUISSE.

Citoyens Landamman et Membres de la diète générale de la Suisse, vous me rappelez l’un des plus heureux moments de ma vie, lorsque ,vous m’écrivez que l’acte de médiation vous a épargné la guerre civile.

C’est dans cette vue que j’avais déféré au vœu de la Suisse entière et que j’étais intervenu dans ses dissensions.

L’expérience a servi de guide pour la base de vos institutions actuelles : elle peut en servir pour la continuation des rapports qui subsistèrent constamment entre la France et votre pays. Ces rapports sont fondés sur des sentiments d’affection et d’estime dont j’aimerai toujours à donner des témoignages à votre nation.

 

Saint-Cloud, 18 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, les lettres du général Rusca. Recommandez à ce général de porter une attention particulière aux fortifications de la petite île de Palmajola, et d’y envoyer le général Campredon pour s’assurer s’il y a un gril à boulets rouges et le nombre de mortiers et de canons nécessaire; deux bons mortiers à grande portée y seraient fort utiles. Il est extrêmement important de ne point laisser occuper cette île par l’ennemi. Il faut en renforcer la garnison; le nombre d’hommes qu’on y tient n’est certainement pas suffisant.

Je ne conçois pas comment on déserte de l’île d’Elbe. Je ne conçois pas non plus comment il n’est pas arrivé plus de monde du continent; il en est parti davantage du dépôt de Marseille.

Écrivez au général Rusca pour savoir si l’on a pris des mesures pour exercer une portion de l’infanterie aux manœuvres du canon.

Donnez ordre que la pièce de 36 en fer qui est à la Fère soit envoyée au Havre; les deux qui sont à Lille et les sept qui sont à Metz, à Boulogne.

Je désire connaître quel est le nombre de pièces de 36 qui seraient disponibles à Cherbourg, où il y en a cent vingt-deux de portées dans vos états. Ces états portent vingt-sept pièces de fer de 36 à Saint-Omer, soixante et douze à Lille, trois à Metz; si ces pièces sont autres que celles formant les batteries qui sont sur les côtes, donnez ordre qu’on les dirige sur Boulogne. Il y en a deux désignées comme existant à Bruxelles : faites-les diriger sur Ostende; vingt-neuf à Bruges : si elles sont autres que celles des batteries qui sont sur les côtes, faites-les diriger sur Ostende. La même chose pour les pièces de fer de 18. Faites diriger sur le Havre celle qui est à la Fève; toutes celles de Saint-Omer, Lille, Metz, sur Boulogne; et celles de Bruxelles, de Bruges, sur Ostende.

Nous avons à Namur une mine de plomb qui appartient à la République. Je désire que vous vous concertiez à cette occasion avec le ministre de l’intérieur, mon intention étant de la faire exploiter par les officiers d’artillerie et d’en faire verser le produit dans nos arsenaux pour nos approvisionnements en plomb.

 

Saint-Cloud, 18 août 1803

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de prendre les mesures convenables pour qu’il soit établi, avant le 15 fructidor, deux batteries au Havre, deux à Ostende et deux à Boulogne. Ces batteries seront composées, la première de trois pièces de 36, la seconde de trois pièces de 24. Les trois pièces de 36 seront approvisionnées à200 boulets creux par pièce, celles de 24, à 200 boulets.

Ces batteries seront placées sur des affûts marins qui permettent de tirer sur l’angle de 45 degrés; ce qui les mettra à même de lancer leurs mobiles à plus de 2,000 toises. Elles ne seront point placé dans le point le plus important, parce que, leur tir étant très-incertain, il faut garder les batteries ordinaires pour les meilleures positions. Ainsi, à Boulogne, elles seront placées sur les points les plus importants après la tête du musoir.

A Ostende, elles seront placées dans les petites places d’armes derrière la digue.

Ces batteries seront exercées souvent; et vous recommanderez lorsqu’il se présentera des bâtiments ennemis, de les laisser approcher à la distance ordinaire, et, lorsque le feu sera engagé à 12 ou 1300 toises, de faire tirer ces batteries, qui auront l’avantage d’incommoder de leur feu les bâtiments ennemis tout le temps que mettront à parcourir l’espace de 800 toises. L’importance de ces batteries, pour empêcher le bombardement, est telle, qu’il n’y a pas un moment à perdre pour les établir.

 

Saint-Cloud, 18 août 1803

Au général Berthier

J’apprends, Citoyen Ministre, que plusieurs conscrits de la réserve qui avaient été appelés pour le recrutement de l’artillerie, n’ayant pas la taille requise, ont été renvoyés chez eux, ce qui me paraît contraire à tout ordre. Donnez ordre aux différents régiments d’artillerie de vous envoyer l’état des hommes qui seraient renvoyés comme n’ayant pas la taille requise, et indiquez les corps où ces conscrits seront incorporés.

Des régiments de dragons ont reçu des hommes de deux pouces, qu’ils ne trouvent pas assez grands. Comme ces régiments ont été beaucoup augmentés, il serait très-difficile de les compléter avec des hommes de quatre pouces.

Donnez-leur l’ordre de les recevoir à deux pouces, et de vous envoyer l’état des hommes au-dessous de cette taille, pour que vous les destiniez pour l’infanterie.

 

Saint-Cloud, 19 août 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Vous êtes invité, Citoyen Ministre, à ordonner que l’on s’occupe sans délai du projet de communication à établir entre la ville de Reims et la rivière de l’Aisne. Le Premier Consul croit qu’il convient de charger de la rédaction des projets un ingénieur plus capable que ne paraît l’être celui du département.

Il y a à examiner si on pourra rendre la Vesle navigable, ou s’il faudra lui donner une nouvelle direction.

L’intention du Premier Consul est que le projet qui sera jugé praticable lui soit présenté au commencement du mois de brumaire prochain.

 

Saint-Cloud, 19 août 1803

Au citoyen Chaptal

Le Premier Consul a été frappé, Citoyen Ministre, de la situation fâcheuse de la commune de Villers-Cotterets. Il désirerait qu’il fût possible de former quelque établissement qui rendît quelque existence à cette petite ville; il vous prie en conséquence de prendre des informations sur l’état de l’ancien château, et sur le parti que l’on pourrait en tirer.

 

Saint-Cloud, 19 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que vous recommandiez au commissaire de la marine à Calais la stricte exécution de l’arrêté du ler messidor dernier, qui défend l’admission dans les ports de France de tout bâtiment venant d’Angleterre ou y ayant touché. Autant il importe d’user de rigueur envers eux, autant il convient d’accueillir avec toutes sortes d’égards les navires venant du Nord, et notamment ceux qui seraient chargés de planches, mâts, goudrons et de tous autres objets nécessaires à notre marine.

 

Saint-Cloud, 21 août 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je désirerais, Citoyen Ministre, que vous fissiez faire un bulletin des personnes que voit le général Hittorf, du logement qu’il occupe, de la dépense qu’il fait, des lieux qu’il fréquente. Cela doit être fait avec la plus grande circonspection, parce que c’est un homme très-bienveillant pour la France, et que cette surveillance n’est point du tout commandée par la méfiance, mais par d’autres considérations.

 

Saint-Cloud, 21 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Donnez les ordres, Citoyen Ministre, au général commandant la 16e division militaire de réunir toute la 10e demi-brigade légère au Havre; ordonnez au chef de brigade de ce corps de compléter de suite ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes.

Le premier bataillon fournira une garnison, composée d’un officier et 25 hommes, à chacune des six chaloupes canonnières qui se trouvent dans le port, portant les numéros 5, 6, 7, 8, 9 et 10.

Chaque compagnie fournira une garnison à trois bâtiments.

Le second bataillon fournira une garnison aux sept bateaux canonniers numéros 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, chaque compagnie fournissant également à trois bateaux.

Les soldats s’exerceront à nager en se familiarisant avec l’usage des avirons. Les garnisons suivront la marche des bâtiments; elles devront servir le canon, et enfin rendre tous les services nécessaires pour la manœuvre du bateau. Ces dernières dispositions sont générales à tous les corps qui fourniront des garnisons sur la flottille.

Ordre au général commandant la 12e division de réunir à Nantes tous les détachements de la 24e d’infanterie légère.

Ordre au chef de brigade de former ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes. Aussitôt que le premier bataillon sera formé, il partira pour Granville, où il mettra garnison sur vingt-deux bateaux canonniers, depuis le numéro 105 jusques et compris le numéro 126, à raison de 25 hommes et un officier par bateau, chaque compagnie fournissant à trois bateaux, ce qui emploiera sept compagnies et une partie de la 8e. L’autre partie de cette compagnie et la 9e compagnie attendront à Granville, pour fournir les garnisons et partir avec les premiers bateaux ou chaloupes canonnières qui seront lancés à l’eau, à raison d’un officier et 25 hommes par bateau. Il sera donné de nouveaux ordres pour désigner le numéro des chaloupes où les détachements fourniront garnison.

Le second bataillon enverra cinq compagnies à Saint-Malo, lesquelles fourniront un officier et 25 hommes de garnison sur les treize bateaux canonniers qui se trouvent dans cette place. Ces treize bateaux ne sont pas encore prêts, et ils ne sont pas portés sur l’état du Ministre de la marine. Il sera donné des ordres pour désigner les numéros des bateaux sur lesquels ce second bataillon fournira les garnisons; ce qui emploiera quatre compagnies et 25 hommes de la 5e. Le restant de cette compagnie attendra pour mettre garnison d’un officier et 25 hommes sur les premiers bateaux ou chaloupes canonnières qui seront lancés à Saint-Malo; les numéros des bateaux seront désignés.

Les quatre autres compagnies partiront le 20 fructidor avec le chef de brigade, la musique, l’adjudant-major, le quartier-maître, le chirurgien et tous les hommes qui tiennent à l’état-major et qui sont nécessaires pour entrer en campagne, et enfin avec les capotes qui doivent avoir été confectionnées pour se rendre à Saint-Omer.

Le 3e bataillon restera à Nantes.

Ordre à la 46e demi-brigade, qui est à Dunkerque, de compléter ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes.

Le ler bataillon mettra garnison d’un officier et 25 hommes sur chacun des bateaux canonniers composant la le division de la flottille, au nombre de 27, numérotés depuis le numéro 1 jusques et compris le numéro 27.

Chaque compagnie mettant garnison sur trois bateaux emploiera le bataillon entier.

Le 2e bataillon mettra garnison de même sur la 2e division, depuis le numéro 28 jusques et compris le numéro 54.

Le 3e bataillon avec le dépôt se rendra à Lille pour y tenir garnison.

Le chef dg brigade et l’état-major se rendront à Boulogne; ils partiront de Dunkerque jours après les bateaux, et après qu’ils se seront assurés que les bateaux ne seront plus dans une position à pouvoir rentrer.

Si les bateaux étaient obligés de relâcher à Gravelins,à Calais, le chef de brigade s’y rendra.

Ordre aux deux bataillons de la 36e demi-brigade de ligne, qui est à Mons, de se compléter chaque bataillon à 750 hommes, officiers compris, et de se rendre à Dunkerque.

Le 1e bataillon fournira la garnison sur la 3e division de bateaux canonniers, depuis le numéro 55 jusques et compris le numéro 81; un officier et 25 hommes par bateau ou chaloupe.

Le 2e bataillon fournira les garnisons du même nombre d’hommes sur les quinze bateaux restants, depuis le numéro 82 jusques et compris le numéro 97, ce qui emploiera cinq compagnies.

Les quatre compagnies restant du 2e bataillon mettront un officier et 25 hommes de garnison sur les chaloupes canonnières qui se construisent à Dunkerque. Les chaloupes canonnières à Dunkerque ne sont pas achevées; les numéros des batteries seront provisoires. Envoyez-moi l’ordre d’embarquement des garnisons. Le restant des hommes avec l’état-major, sa musique, resteront à Dunkerque, où ils attendront des ordres.

Le 3e bataillon et le dépôt resteront à Mons.

Ordre à la 75e demi-brigade de ligne de se rendre à Valenciennes: elle partira le 12 fructidor.

Ordre à la 26e demi-brigade d’infanterie légère de former ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes et de se rendre à Saint-Omer; elle partira le 15 fructidor; le 3e bataillon restera à Sedan.

Ordre à la 28e demi-brigade de ligne et à la 57e, qui sont à Boulogne, de former chacune leurs deux premiers bataillons à 750 hommes par bataillon, et d’envoyer leur 3e bataillon et leur dépôt à Lille.

Ordre à la 25e demi-brigade de ligne de compléter ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes et de se rendre à Dunkerque où elle tiendra garnison; le 3e bataillon et le dépôt resteront à Maubeuge.

Ordre à la 55e demi-brigade de compléter ses deux premiers bataillons à 900 hommes et de se rendre à Boulogne, en partant vingt-quatre heures après la réception de l’ordre; et de faire partir le 3e bataillon et le dépôt pour Lille.

Ordre à la 2e demi-brigade d’infanterie légère, qui est à Mâcon, de se rendre à Rouen, où elle attendra de nouveaux ordres.

Ordre à la 28e demi-brigade de ligne de fournir un officier et 25 hommes pour tenir garnison sur chacune des quatre chaloupes canonnières qui sont à Boulogne, numéros 1, 2, 3 et 4.

Ordonner à la 57e demi-brigade de ligne de fournir un sous-officier et 25 hommes de garnison pour chacune des caïques qui sont à Boulogne.

Ordre à la 14e demi-brigade de ligne de former ses deux premiers bataillons, chaque bataillon à 750 hommes, et de se rendre à Boulogne; le 3e bataillon et le dépôt resteront à Maëstricht.

Ordre à la 5le demi-brigade, qui est à Ostende, de compléter ses deux premiers bataillons chacun à 750 hommes; envoyer le 3e bataillon et son dépôt à Courtray.

Ordre aux deux premiers bataillons de la 108e, qui sont à Anvers, de se compléter chacun à 750 hommes et de se rendre à Ostende; le 3e bataillon et le dépôt resteront dans la citadelle d’Anvers.

Ordre à la 111e de compléter ses deux premiers bataillons, chaque bataillon à 750 hommes, et de se rendre à Bruges; le 3e bataillon restera à Verdun.

Ordre à la 61e demi-brigade de former ses deux premiers bataillons, chaque bataillon à 750 hommes, et de se rendre à Bruges; le 3e bataillon et le dépôt resteront à Bruxelles.

Donnez l’ordre à la 33e demi-brigade de ligne de former chacun de ses deux premiers bataillons à 750 hommes et de se rendre à Dunkerque; le dépôt et le 3e bataillon resteront à Tournay.

Les ordres doivent être expédiés sur-le-champ pour les corps auxquels on a désigné des chaloupes pour en fournir les garnisons.

Les autres corps pour lesquels je n’ai pas désigné l’époque du départ se mettront en mouvement vers le ler fructidor.

Vous recommanderez aux chefs de brigade d’entremêler les conscrits avec les anciens soldats, pourvu qu’ils soient habillés et à l’école de peloton.

Donnez l’ordre au général Victor de faire fournir par sa garnison de Flessingue un officier et 25 hommes pour chacun des trois bateaux canonniers qui sont à Flessingue, nommés le Breskens, le Terneuse et le Durler.

 

Saint-Cloud, 21 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, la lettre de l’amiral Bruix. Je lui écris directement par un courrier. Cette affaire me paraît extrêmement honteuse. Il n’y a pas d’énergie ni de service fait. Il est aussi malheureux qu’il n’y ait à Boulogne aucune augmentation de forces, depuis trois mois, pas une péniche, pas une caïque, pas un bateau canonnier. Donnez donc l’ordre à tout ce que vous avez sur les côtes de s’y rendre. Les nuits commencent à devenir longues.

 

Saint-Cloud, 21 août 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

La différence remarquée dans la journée du ……… (15 août 1803) à l’avantage de l’ennemi, dans la portée des boulets, ne vient pas des qualités différentes de la poudre.

Nos affûts de côtes ne peuvent tirer le boulet que sous l’angle de 10 degrés, et nos affûts de place sous celui de 13 degrés. Les affûts marins tirent sous l’angle de 25 degrés. Les vaisseaux tirent sous l’angle de 25 degrés, leur canon étant monté sur l’affût marin, mais le roulis ajoute encore à l’avantage de leur tir.

Nos boulets, sur affûts de côtes, n’iront jamais au delà de 1,300 toises; sur affûts de siège, au delà de 1,400, et sur affûts marins, au delà de 1,600; tandis qu’une pièce, sur affût au plus grand angle possible, c’est-à-dire à 43 degrés, portera le mobile à 2,500 toises.

Ces observations ont déjà été données par le ministre de la guerre aux officiers d’artillerie chargés d’établir à Boulogne, à Dunkerque et au Havre, deux batteries de pièces de canon, l’une de trois pièces de 36, l’autre de trois pièces de 24.

Elles sont placées sur des affûts construits de manière à pouvoir tirer sous l’angle de 43 degrés. Les pièces de 36 lanceront des obus de 6 pouces, et celles de 24 des boulets à une distance aussi considérable que peuvent le faire des vaisseaux.

Cette façon de tirer avait été interdite, parce que, si l’on montait un grand nombre de pièces de la sorte, ce serait souvent de la poudre jetée en l’air; car il y a une grande différence entre tirer sur un vaisseau, qui est un point unique, et tirer sur une plage ou sur une ville. De plus, les canonniers ne manqueraient jamais de tirer sous angle de 43 degrés; la batterie se trouverait hors de service au cinquième on sixième coup, c’est-à-dire dans le moment que le vaisseau s’approcherait et où le tir serait véritablement dangereux.

Si l’artillerie de terre tardait à faire construire ces affûts, l’amiral donnerait ordre d’en construire deux; ils suffiraient pour éloigner les vaisseaux ennemis, qui verraient bientôt qu’ils s’exposent à recevoir plus de mal qu’ils n’en peuvent faire.

On a commandé à la fonderie de Douai douze mortiers dont la chambre pourra contenir 25 livres de poudre, et qui tireront à 2,000 toises. L’amiral Bruix peut écrire à Douai et en demander deux qui doivent lui être envoyés sur-le-champ.

S’il n’y a pas à Boulogne des boulets creux pour des pièces de 36, l’amiral doit sans délai en demander au directeur du parc de Saint-Omer, qui doit en avoir beaucoup. Il convient d’observer que les deux nouvelles batteries ne doivent pas être établies sur le musoir de Boulogne, ce point étant trop important, et 20 ou 30 toises n’étant presque rien pour ce genre de batterie.

On peut, indépendamment des gargousses de 12 livres pour les pièces de 36, et de 8 livres pour les pièces de 24 faire faire de petites gargousses de 1 ou 2 livres, qui pourront servir à augmenter la charge des pièces dans les circonstances extraordinaires. Une augmentation de 2 livres de poudre fait gagner aux boulets une centaine de toises, mais elle fatigue et échauffe la pièce, de telle manière qu’il convient d’user sobrement de cette ressource.

Telle est, Citoyen Amiral, la réponse que le Premier Consul m’a ordonné de faire à l’un des ordres du jour de la flottille, que je lui communiqué et dans lequel vous attribuiez à la moindre qualité de vos poudres la différence de la portée des boulets des batteries avec celles des bâtiments ennemis.

 

Saint-Cloud, 22 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, que, parmi les bateaux canonniers qui doivent partir de Saint-Malo, Cherbourg et Granville, pour se rendre à Boulogne, on en équipe et arme deux comme pour l’expédition, conformément au tableau ci-joint.

Comme il ne se trouvera pas de chevaux là sous la main, vous donnerez ordre aux agents de la marine d’en acheter sept ou huit; et, arrivés à Boulogne, ces chevaux seront remis à l’artillerie. Donnez les mêmes ordres à Dunkerque pour plusieurs bateaux canonniers. Ensuite dressez procès-verbal du tout et de ce que l’on observera dans la traversée.

TABLEAU ANNEXÉ A LA PIÈCE PRÉCÉDENTE

Un bateau canonnier est armé d’une pièce de 24, approvisionnée à 200 coups, et a un équipage.
Il porte quinze jours de vivres et dix jours d’eau, les fusils, pistolets, sabres et grappins d’abordage, lances nécessaires à l’équipage pour la défense du bâtiment;
Une pièce de canon de campagne sur son affût, avec un armement de 200 coups à tirer, contenu dans des caisses;
Deux caisses contenant ensemble 27 fusils;
Une caisse contenant 30 baïonnettes;
Des caisses contenant 27 outils de pionniers, emmanchés;
Des caisses contenant 12,000 cartouches et 1,500 pierres à feu;
Des caisses contenant 1,200 rations de biscuit;
Des barriques contenant 1,100 rations d’eau-de-vie;
Huit marmites et huit bidons;

25 soldats de garnison,
50 de passage,
3 officiers de régiment,
1officier d’état-major,
1domestique,
————–
80 hommes.

Chaque soldat aura son sac, sa giberne, son bidon contenant une pinte de vin, 4 livres de pain accrochées à son sac, 30 cartouches, et 3 pierres à feu dans sa giberne.
Chaque officier a un portemanteau du volume et du poids de quatre sacs de soldats au plus;
Deux chevaux d’artillerie avec leurs harnais;
Cinq jours d’avoine et cinq jours de son;
Cinq jours d’eau pour les chevaux;
Cinq jours d’eau pour tous les hommes de passage.

CHALOUPE CANONNIÈRE

Une chaloupe canonnière porte trois ou quatre pièces de 24;
Deux ou trois caronades ou petites pièces;
Quinze jours de vivres et dix jours d’eau pour l’équipage;
Des caisses contenant 12,000 cartouches;
Des caisses contenant 1,200 pierres à feu
Des caisses contenant 27 fusils;
30 baïonnettes;
27 outils de pionniers, emmanchés;
12,000 rations de biscuit;
2,400 rations d’eau-de-vie;
25 hommes de garnison,
25 hommes de passage,
3 officiers de régiment,
2 d’état-major,
1 domestique,
—-
56 hommes;

Un cheval d’état-major avec sa selle;
Une caisse contenant cinq sabres de cavalerie.
Les hommes auront leur sac, pain, giberne, bidon, cartouches, comme dans le bateau canonnier.
Les officiers auront un portemanteau, comme dans le bateau canonnier.

 

Saint-Cloud, 22 août 1803

DÉCISION

Le ministre de la marine rend compte  que la fabrication des obusiers s’élève déjà à cent cinquante, et demande s’il ne conviendrait pas d’arrêter cette fabrication, dans le cas où le Premier Consul serait dans l’intention d’armer les péniches de canons. Le nombre de petits bâtiments est si considérable, que, quelque système qu’on adopte, on trouvera  toujours les moyens d’employer quatre ou cinq cents obusiers. Il n’y a donc pas d’inconvénient à faire continuer la fabrication des trois cents ordonnés.

 

Saint-Cloud, 22 août 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, j’ai reçu votre dernière lettre. Le ministre de la marine vous aura fait connaître le parti à prendre pour le musoir.

On me remet dans le moment votre lettre du ler fructidor. Je n’ai vu qu’avec peine, et je n’ai point du tout trouvée justifiée par le défaut d’artillerie ou de moyens maritimes, l’entreprise que vous avez laissé faire aux Anglais contre notre fort. Après la première tentative faite par l’ennemi, et l’intérêt qu’il doit prendre à empêcher la construction de ce fort, il était facile de penser qu’il enverrait quelque péniches pour le désarmer et détruire les sonnettes, dès l’instant qu’elles ne seraient pas gardées, et ce n’était point les garder que d’y mettre une seule péniche en forme de corps de garde. Que font donc les sept caïques, et quel inconvénient peut-il y avoir à les tenir toujours dehors ? Dans la haute mer, elles peuvent s’approcher autant qu’elles veulent des forts. Dans la basse mer, elles n’ont rien à craindre de se tenir à la laisse, et, en y joignant quelques canots, ce fort aurait été défendu. Quant à l’organisation de la place, vous
avez tous les pouvoirs. Il y a à Boulogne trois bataillons de la 28e et trois de la 57e, et il n’y a pas encore eu une attaque assez importante pour que ces troupes ne soient pas suffisantes. Je vous recommande d’établir votre tente sur la tour d’Ordre, car il n’y aura rien à faire à Boulogne tant que vous resterez en ville. Dans des affaires de cette nature, il n’est pas extraordinaire que le chef soit obligé de tout faire. Du reste, le ministre de la guerre vous envoie de nouvelles troupes et des canonniers.

Profitez de la première circonstance pour faire venir les cent bateaux qui sont à Dunkerque.

Le jour, l’ennemi n’osera jamais attaquer les sonnettes; pour la nuit, le moyen de l’empêcher d’approcher est de faire sortir, tous les soirs, les forces que vous avez. Il vous est même facile de tendre un piège l’ennemi, en ne lui laissant voir, le jour, que quelques caïques, et, du moment que la nuit sera arrivée, faisant sortir tout ce que vous avez, de manière que l’ennemi pourrait faire des dispositions pour attaquer les péniches ou bateaux qu’il aurait vus le jour, et ne s’attendrait pas à trouver des forces considérables qui pourraient lui faire beaucoup de mal. Si vous avez un capitaine ou un lieutenant de vaisseau intelligent, il peut se faire beaucoup d’honneur dans cette espèce de petite guerre. Mon intention est de faire travailler au port; à quelque prix que ce soit, il doit être fait. Qu’on laisse au musoir et aux autres batteries la mèche allumée toutes les nuits, et que nos forces maritimes passent toutes les nuits dehors.

Faites-moi connaître si toutes les batteries mobiles sont organisées, et si elles pourraient protéger les forces que nous avons à Dunkerque et qui doivent se rendre à Boulogne.

Faites-vous rendre compte de l’état de nos constructions de Dunkerque, Saint-Omer, Lille, etc., et faites activer celle des péniches, dont un certain nombre me paraît vous être fort nécessaire.

NOTE ANNEXÉE À LA PIÈCE PRÉCÉDENTE

On doit, dès ce moment, penser à employer tous les moyens pour soutenir l’avant-garde de notre flottille, lorsqu’elle sera embossée en rade, et pour soutenir notre fort Rouge.

1° Nous avons des pièces de canon de 24 qui, étant légères, seront facilement transportées jusqu’à la laisse de basse mer par six chevaux. Quelques pièces ainsi éparpillées ne laisseraient pas que d’être d’un grand effet. On pourra se servir de forges portatives pour tirer à boulets rouges.

2° Il faudra se servir d’une douzaine de mortiers, que l’on placerait sur la laisse de basse mer, soit en y laissant constamment le crapaud, soit en y laissant annexés et le crapaud et le mortier, soit, si l’expérience prouve que tous ces moyens sont impossibles, en plaçant des mortiers sur des roulettes pour les transporter, et les retirant à chaque marée.

Or le fort Rouge ne peut être avantageusement attaqué qu’à basse mer, puisqu’alors il se découvre. On pourrait donc avoir trente à quarante pièces ainsi disséminées pour le défendre.

Une division de la flottille, qui serait sortie et ne pourrait rentrer qu’avec la marée, ne pourrait pas être attaquée à la marée haute, parce qu’elle aurait la faculté de se serrer contre les forts; elle ne peut donc être attaquée avec succès qu’à basse mer, soit par une flottille plus considérable, soit même par des frégates. La laisse de basse mer, ainsi garnie de pièces, se trouverait sérieusement protégée. L’amiral Bruix pourrait se concerter avec le citoyen Sganzin, pour savoir s’il ne serait pas possible d’établir dans les différents points et à la hauteur de la laisse de basse mer une espèce d’épaulement de cinq pieds de haut fait en bois, et qui mettrait les hommes à l’abri de la mitraille. Cela consisterait tout simplement en une rangée de fiches qui auraient six pouces d’épaisseur.

 

Saint-Cloud, 22 août 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, je vous envoie la composition de la flottille, telle qu’elle me paraît devoir être définitivement arrêtée :

Douze divisions de chaloupes canonnières.

Chaque division composée de trois sections ou bataillons, chaque bataillon de trois escouades ou neuf chaloupes ou compagnies.

Ce qui ferait . . . . . . . . . . . 324 chaloupes canonnières.

Chaque chaloupe canonnière aurait une grande et une petite péniche.

Ce qui ferait . . . . . . . . . . . 324 grandes péniches.
et . . . . . . . . . . . . . . . . . 324 petites péniches.

Seize divisions de bateaux canonniers.

Chaque division sera composée de la même manière que celles des chaloupes canonnières.

Ce qui ferait. 432 bateaux canonniers.

Chaque bateau canonnier aurait une péniche.

Ce qui ferait . . . . . . . . . . . 432 péniches.

Quatre divisions de bateaux de pêche, armés en guerre chacun d’une pièce de 24.

Ce qui ferait………………….. 112 bateaux de pêche.

60 bateaux de grand échantillon.

Total général de la flottille de guerre : 2,008 bâtiments.

Il y aurait 5 ou 600 bateaux de pêche pour porter les non-combattants, les bagages et approvisionnements extraordinaires.

Tout nous porte à penser que ces bâtiments seront disponibles avant frimaire, car il y en a un plus grand nombre en construction, et toutes ces constructions sont à près de moitié.

La première question qui se présente est celle-ci : où placera-t-on tous ces bateaux ?

Ostende aurait deux divisions de chaloupes canonnières , quatre divisions de bateaux de pêche armés de pièces de 24 et six divisions de bateaux canonniers; le tout, avec leurs péniches.

Bâtiments de la flottille de guerre.
Ce qui ferait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 722
Ambleteuse aurait une division de chaloupes canonnières, une division de bateaux canonniers; le tout avec
leurs péniches. Ce qui ferait . . . . . . . . . . . .
135
Étaples aurait deux divisions de bateaux canonniers
avec leurs péniches. Ce qui ferait. . . . . . . . .
270
Total.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

Il n’en resterait donc plus que 8 à 900 à placer à Boulogne.

Faites-moi connaître ce qu’il vous semble de cette distribution, qui n’est qu’un projet, et si Boulogne, Ostende, Ambleteuse et Étaples pourront facilement contenir ce nombre de bâtiments, en y ajoutant quelques parties des 5 à 600 bateaux de la flottille de transport.

Donnez ordre que, parmi les bâtiments canonniers qui doivent se rendre de Dunkerque à Boulogne, il y en ait deux ou trois parfaitement équipés, comme ils doivent l’être pour l’expédition , conformément à l’état ci-joint.

Je désire que vous étudiiez les vents et que vous établissiez la ligne que nous devons prendre devant Boulogne. Comme on ne parviendrait jamais à sortir dans une marée un aussi grand nombre de bâtiments, il faudra donc, comme l’a fait le général Latouche, les tenir en rade.

Faites tracer sur un plan l’espace que doivent occuper les chaloupes canonnières, les bateaux canonniers, péniches et convois. Nos bâtiments de grand échantillon seraient très-propres à fortifier cette ligne, ainsi que quelques bombardes. Cette ligne de défense serait parfaite si nous pouvions avoir le fort pour la construction duquel le citoyen Forfait presse. Il pense que les travaux du port seront terminés au 15 vendémiaire (8 octobre 1803), et qu’on pourrait alors mettre une nouvelle activité au fort, qui peut être fini pour le mois de frimaire (décembre), et qui, une fois placé, n’aura rien à craindre des orages. Avant d’établir une chose qui paraît si extraordinaire, je désire que vous voyiez sur les lieux , avec le citoyen Sganzin (Joseph-Mathieu Sganzin, 1750-1837. Inspecteur des Ponts et Chaussées, responsable de l’ensemble des travaux portuaires nécessités par la construction de la flottille de débarquement), où l’on pourrait le placer, si vous croyez à la probabilité de ce projet.

Il est possible que les Anglais viennent attaquer notre flottille une fois en rade, et, s’ils sont battus, comme il y a deux ans, je ne doute pas que leur frayeur ne redouble et ne produise un grand effet dans le pays. Enfin je désire que vous me fassiez connaître l’époque où le port sera fini , ainsi que le fort Rouge, que les Anglais, j’espère, ne nous empêcheront pas de continuer à construire. Dès que le moment sera fixé pour placer la charpente, il faut que le citoyen Sganzin prenne des mesures telles que le canon soit immédiatement placé.

Enfin il me reste à connaître ce que l’on fera au port après que les travaux arrêtés seront achevés, et si l’on pourra sur-le-champ travailler aux barrages et aux écluses de chasse.

Faites-moi connaître si les bois pour la construction du fort Rouge ont été martelés, et s’ils se coupent; et, s’ils ne le sont pas, ce qui s’y oppose. Pourrait-on encore trouver dans les bois, aux environs de Boulogne, de quoi construire le fort du citoyen Forfait ?

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

On négocie à la Bourse, Citoyen Ministre des ordonnances de la trésorerie à deux pour cent de perte. Je vous prie de me faire un rapport sur cet objet.

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je pense qu’il est utile, Citoyen Ministre, que vous envoyiez à Laforest la dernière note de la Russie. Il peut la communiquer à M. de Haugwitz dans tous ses détails, et lui en faire sentir toute l’absurdité; lui déclarer que l’Angleterre n’obtiendra jamais de moi d’autre traité que celui d’Amiens; que je suis résolu à tout, mais que jamais je ne souffrirai qu’elle ait rien dans la Méditerranée; que je ne veux point traiter avec elle du continent; que je suis décidé à évacuer la Hollande et la Suisse; mais que je ne stipulerai jamais cette clause dans un article; la seule chose que je consentirai qui y paraisse, comme conforme au traité d’Amiens, sera l’évacuation d’Otrante, de Tarente et du Hanovre, mais en même temps que l’Angleterre évacuera Malte et la Méditerranée; que j’attribue à une extrême malhabileté de M. de Woronzof, ou à une grande folie de sa part, de proposer, avant que la médiation soit acceptée par l’Angleterre, les conditions de ladite médiation, c’est-à-dire le traité; que c’est un coup monté entre Markof et Woronzof pour mettre de la froideur entre les deux États; mais qu’après tout je n’y sais que faire; que j’ai toujours compté sur l’Empereur, mais non sur le cabinet; que j’ai demandé le rappel de M. de Markof; que je n’ai donné aucune suite aux propositions, mais que j’ai fait écrire à l’ambassadeur de la République que cette marche me paraît tellement folle que je n’y comprends rien. Il répétera les lieux communs de notre cause, que Lampedouse est la même chose que Malte pour nous, etc. Il ajoutera que la Russie parle beaucoup de l’intégrité de l’empire ottoman, tandis qu’elle la viole de tous côtés (du côté de la Perse, elle s’est emparée des villes vassales de la Turquie; elle garde les Sept-Îles; la Valachie est presque sous sa domination); que j’ai été seulement fâché pour l’Empereur que, dans les affaires de cette nature, il accordât tant de confiance à un cabinet dont il doit personnellement être si peu sûr.

Laforest pourra donner une copie des propositions de la Russie. Vous retrancherez seulement le dernier paragraphe du rescrit relatif M. de Markof.

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au citoyen Talleyrand

Je vous renvoie les pièces, Citoyen Ministre, avec des observations et des notes sur lesquelles devrait être appuyée une note en réponse au cabinet russe. Vous devez affecter d’accueillir fort bien l’officier russe et de renvoyer à M. de Markof, si cela dépend de vous, avec deux simples mots évidemment froids, pour lui faire connaître que vous avez reçu ses deux notes et que vous les avez mises sous les yeux du Premier Consul. Là finira le rôle de M. de Markof; car il est ridicule que ce polisson, qui est aux eaux de Barréges, devienne le centre de toutes nos affaires.

Expédiez un courrier au général Hédouville, pour lui faire connaître combien cette note a paru extravagante; qu’avec les sujets de mécontentement qu’a le Premier Consul contre M. de Markof, qui sont connus de tous les Russes et que lui-même ne peut ignorer, il n’a pas cru devoir répondre sur des choses qui, toutes de confiance, se pervertissent en passant par les mains d’un ministre aussi malveillant; qu’en parlant à M. de Woronzof, il lui fera connaître qu’il n’y a aucune différence pour nous entre Lampedouse et Malte ; que, si les Anglais doivent avoir Larnpedouse, autant vaut-il leur laisser Malte; que l’arbitrage était simple, puisqu’il n’exigeait aucun préliminaire, et qu’après avoir écouté les deux parties l’Empereur aurait prononcé, dans sa conscience et dans sa justice; qu’une fois l’arbitrage manqué , la médiation proposée ne peut conduire à rien ; qu’on s’invectiverait pendant deux ans sans être d’accord sur les principes sur lesquels on doit traiter.

Quels doivent être les principes de la médiation ? Les points contenus dans l’ultimatum de lord Withworth. Depuis longtemps on les discute, et les Anglais paraissent ne pas vouloir de cette base, cependant elle a été établie par eux. Si l’on adopte cette base, il ne faut pas proposer des choses qui ne sont pas dans cet ultimatum. Si l’on n’adopte point l’ultimatum de lord Withworth, il faut prendre les traités de Lunéville et d’Amiens pour base, et il ne faut point ajouter d’autres articles à ce traité. Les Anglais n’en veulent point encore.

On a proposé de négocier sur cette base, que l’une et l’autre nation émettrait ses plaintes et ses griefs, et qu’on tâcherait de les arranger. L’Angleterre s’y est refusée, et effectivement cela n’avance point la question et n’aboutit à rien. Nos différends avec l’Angleterre ne se bornent point à l’Europe. L’équilibre des villes de la Méditerranée, des mers, sont autant d’objets importants qu’il faudrait décider pour arriver avec honneur à un congrès et à un résultat stable.

L’Angleterre a fait sonner bien haut les plaintes qu’elle a à faire contre la France, qui n’a fait que répondre et n’a pas exposé ses griefs, parce que ses griefs , moins graves que ceux des Anglais, ne l’ont point portée à la guerre, et qu’elle y a été poussée par l’Angleterre. Un préliminaire de traité, pour être sensé, doit contenir les plaintes de part et d’autre, et le projet remis par les Anglais ne contient que les leurs. Enfin l’arbitrage pouvait conduire à la paix, puisqu’on s’en rapportait à un homme juste, à la décision duquel il n’y avait pas de déshonneur de déférer. Une négociation dans les circonstances actuelles ne conduit à rien , et, quand l’Angleterre voudra la paix et la croira utile à ses desseins, elle n’est pas délicate sur les moyens; elle la fera.

Le général Hédouville peut dire hardiment que, si le Premier Consul était assez lâche pour faire une paix ainsi plâtrée avec l’Angleterre, il serait désavoué par la nation; et si , après des insultes de toute espèce, au lieu de faire une paix loyale, il faisait un traité moins avantageux que celui d’Amiens, la France perdrait toute sa considération; qu’enfin le Premier Consul se prêtera à tout ce qui est grand, pourvu qu’il ne s’agisse point de le déshonorer et de peser sur la France, en accordant tout et en souscrivant à toutes les injustices de l’Angleterre; mais qu’il voit bien que la guerre était dans l’ordre du destin, et qu’il ne ploiera point la tête devant une nation orgueilleuse, en possession depuis vingt années de la faire ployer à toutes les autres puissances.

Si l’on ne comprenait point ce langage à Saint-Pétersbourg , il insistera pour établir comme première base la liberté des mers, question qui nous intéresse, non pour les puissances neutres, mais pour nous, puisqu’à la première guerre avec l’Angleterre, cela constitue toutes nos manufactures en guerre avec toute l’Europe.

Le général Hédouville peut très-bien, dans la conversation, laisser apercevoir à M. de Woronzof que nous avons parfaitement senti qu’il avait fort bien ménagé les affaires de l’Angleterre, et que les préliminaires qu’il propose sont plus avantageux pour elle que son ultimatum; mais qu’il faudrait que nous eussions de terribles revers pour adhérer à notre déshonneur. Du reste, il doit laisser tomber net la question de la médiation.

Comme il serait très-malhonnête de ne pas répondre, je ferai une lettre à l’Empereur, qui vaudra mieux que toutes les notes. A tout événement, envoyez au général Hédouville les observations et la note, non pour répondre, mais pour en faire l’analyse dans ses conversations.

OBSERVATIONS

PREMIÈRE ANNEXE

Article II. Pourquoi donner l’île de Lampedouse à l’Angleterre ? Dans l’ordre ordinaire des nations,, elle n’y a aucun droit, aucun titre, aucun prétexte. Est-ce par la crainte de Malte ? Par l’article précédent, elle est entre les mains de la Russie; mais donner Lampedouse à l’Angleterre, c’est lui donner Malte. En y dépensant 30 ou 40 millions en trois ou quatre ans, c’est la même chose que Malte. Maîtres d’un point central comme Lampedouse ou Malte, les Anglais en chasseront nos commerçants en leur faisant faire des avanies par les pachas. Maîtres de Lampedouse, une escadre anglaise y sera perpétuellement en station; dès lors, plus d’indépendance pour la Sicile, l’Italie, l’État de Naples. Et pourquoi cette puissance, maîtresse du commerce de l’Inde, de l’Amérique, voudrait-elle encore outrager une grande puissance à ses portes ? Elle l’outrage par la possession injuste de Gibraltar. Le monde est grand; l’Angleterre a assez d’avantages de commerce; c’est d’une ambition démesurée de convoiter ce qui n’est pas dans sa géographie et dans sa nature. Les Anglais occupant Lampedouse, c’est un point de déshonneur pour la France, comme l’occupation de Gibraltar en est un pour l’Espagne; jamais la France n’y consentira.

Pourquoi la France céderait-elle des indemnités au roi de Sardaigne à la considération de l’Angleterre ? Que l’Angleterre rende l’île de Ceylan à la Hollande, ou l’île de la Trinité à l’Espagne, et la France consentira à stipuler une indemnité au roi de Sardaigne, sur la demande de l’Angleterre.

Article IV. Cet article contient la définition de la neutralité et de l’indépendance des nations; on l’adopte; c’est celle de la France; mais a-t-on le pouvoir d’être neutre avec une puissance qui ne reconnaît aucun droit des gens, qui a pu s’asseoir à côté d’Alger et de Tunis, qui bloque des côtes entières (Nelson, de Malte, tient toute l’Italie bloquée), qui ose, ce qui a été jusqu’aujourd’hui sans exemple, bloquer des rivières ? Il faut assurer la neutralité des petits, mais il faut pourvoir à la dignité, à la gloire et à la sûreté des grands. La mer forme les trois quarts du globe.

Article VIII.  « La France s’engage à ne plus faire entrer, à l’avenir, ses troupes dans ces pays ». Mais si la France a fait entrer ses troupes dans ces pays, elle l’a fait parce que l’Angleterre a gardé Malte et a vicié l’indépendance germanique. Elle occupe la Hollande, parce que les Anglais n’ont pas évacué le Cap; et, d’ailleurs, ses troupes y sont entrées par le résultat de la guerre, et non depuis la paix. L’Angleterre propose d’évacuer le Hanovre : il ne sera évacué que lorsque l’Angleterre évacuera Malte et la Méditerranée.

DEUXIÈME ANNEXE

Le Premier Consul, pour éviter les maux de la guerre, avait consenti à s’en rapporter à l’arbitrage de Sa Majesté Impériale sur toutes les causes qui divisaient les deux nations. C’était une suite de la confiance extraordinaire que lui inspirent les idées libérales de ce prince. Ce n’était pas la Russie, c’était Alexandre à qui il voulait déférer. L’Angleterre a décliné cet arbitrage, et S. M. l’Empereur lui-même a cru ne pas pouvoir s’en charger.

Elle propose, en place, d’être médiateur pour couverture d’une négociation entre les deux puissances. Le Premier Consul aurait exécuté le résultat de l’arbitrage, quel qu’il eût été, parce que l’Empereur ne l’eût prononcé qu’après avoir ouï les deux parties, et qu’il est persuadé que la situation extraordinaire de deux grandes nations, présentée sous le véritable point de vue, aurait, dans un cœur aussi droit et aussi impartial, porté l’Empereur à une décision équitable et juste, puisée dans les traités et dans l’intérêt de toute l’Europe.

Les prétentions nouvelles qui se présentent aujourd’hui d’entamer une nouvelle négociation avec l’Angleterre sont bien autrement compliquées. Comment, en effet, s’entendre sur les bases de cette négociation au moment où l’on vient de rompre ? L’arbitrage éloignait toutes ces difficultés. C’étaient deux grands peuples qui, ne voulant point s’en rapporter à la fortune, qui est si souvent capricieuse, remettaient le jugement de leurs querelles à un homme juste qui était plus à même d’en connaître. Comment, en effet, entamer aujourd’hui une négociation avec l’Angleterre ? Celle-ci ne veut reconnaître ni ce qui est établi par le traité de Lunéville, ni ce qu’elle a signé au traité d’Amiens, puisqu’elle fait la guerre pour s’affranchir de celui-ci.

Le Premier Consul se trouvant en paix, quelques sujets de mécontentement que lui eût donnés l’Angleterre, il préférait souffrir et replâtrer la paix que de se remettre en guerre; mais aujourd’hui que la guerre est faite, il préfère la continuation de la guerre à une paix plâtrée, incertaine, qui pourrait être désavouée aussitôt que signée. Mais, enfin, s’il était vrai que, pour le bien permanent de l’Europe, on dût innover quelque chose aux traités, il faudrait, pour le bien permanent de l’Europe, que l’Angleterre voulût aussi permettre que l’on assît sur leurs véritables bases les principes de la neutralité des mers, dont la violation est pour l’Europe, et surtout pour la France, la plus grande de toutes les calamités.

Quelques restrictions dans la situation des affaires de l’Europe ne peuvent point terminer les différends de la France avec l’Angleterre. Leurs intérêts s’étendent aux Indes et en Amérique; il faudrait donc que l’Angleterre voulût restreindre sa puissance et rétablir l’équilibre dans les deux mondes.

Si, outre la possession importante de Gibraltar, l’Angleterre voulait en conserver une quelconque dans la Méditerranée, ce serait afficher évidemment le dessein d’unir au commerce presque exclusif des Indes, de l’Amérique, de la Baltique, celui de la Méditerranée; et, de toutes les calamités qui peuvent survenir au peuple français, il n’en est point de comparable à celle-là.

De toutes les transactions honteuses que la force des événements peut obliger un peuple à signer; il n’en est aucune semblable à la honte de promettre son influence pour dépouiller un petit prince d’une position importante pour la donner à son ennemi, sans que celui-ci ait le moindre droit ni le moindre prétexte légitime pour obtenir cette conquête, et le Premier Consul aime tout autant voir les Anglais à Malte qu’à Lampedouse. En effet, il n’y a aucune différence sous le point de vue politique et commercial.

Le Premier Consul a déclaré à toute l’Europe que les positions de Tarente et de la presqu’île d’Otrante, qu’il avait occupées, n’étaient qu’un équivalent à la possession de Malte et des autres positions que l’Angleterre peut occuper dans la Méditerranée, hormis Gibraltar.

Les prétentions de l’Angleterre, jointes au rescrit de Sa Majesté, font voir que les circonstances de conciliation ne sont pas encore arrivées, puisqu’elles sont plus exigeantes que l’Angleterre ne l’a été dans son ultimatum, élevant de nouvelles prétentions et n’offrant aucune garantie propre à rassurer l’Europe contre l’ambition de l’Angleterre et les principes exclusifs qu’a l’Angleterre sur les deux mondes et la législation des mers.

Aidé du bon droit et de Dieu, la guerre, quelque malheureuse qu’elle puisse être, ne réduira jamais le peuple français à fléchir devant ce peuple orgueilleux, qui se fait un jeu de tout ce qui est sacré sur la terre, et qui, surtout depuis vingt ans, a pris en Europe un ascendant et une audace qui menacent l’existence de toutes les nations dans leur industrie et leur commerce, sources de la vie des États.

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous envoie, Citoyen Ministre, les numéros des bâtiments. Renvoyez-les-moi dès que vous en aurez pris connaissance. Je n’y vois aucun changement, si ce n’est de ne pas envoyer le détachement de la 10e à Cherbourg, puisque le ministre veut garder les deux canonnières pour la défense de cette rade; de n’en fournir d’abord que quatre au lien de six, et de ne pas envoyer de garnison au bateau qui est à Gravelines.

Les villes d’Ostende et de Boulogne vont être le centre d’une réunion d’un grand nombre d’hommes. Il est convenable de faire éclairer les rues comme elles sont à Paris, à moins quelles ne le soient déjà. Le génie petit être chargé de cette dépense extraordinaire. Il faudra aussi éclairer deux ou trois débouchés qui conduisent du port au camp car ce sera souvent de nuit qu’on sera obligé de s’embarquer. Il faudrait aussi que le génie s’entendît avec la marine pour éclairer le port, de manière à faciliter les mouvements pendant la nuit.

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire faire une analyse de toutes les incursions que les Anglais ont faites sur nos côtes depuis 1700, y mentionnant le but qu’ils se proposaient par ces expéditions, et le résultat qu’elles ont eu.

 

Saint-Cloud, 23 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

J’adopte, Citoyen NMinistre, les numéros donnés aux différents bâtiments. Il est indispensable d’en dresser procès-verbal, pour constater l’année où il a été fait, la pièce qu’il porte, le nom qu’il avait avant, son tirant d’eau, la longueur de sa quille, etc. Cette opération faite, je prendrai un arrêté, afin qu’il n’y puisse être fait aucun changement.
Il faudrait aussi établir un signe pour reconnaître les divisions, soit en peignant de la même couleur tous les bâtiments de la même division, soit en les distinguant par une flamme particulière. Il y a douze divisions de chaloupes canonnières et seize de bateaux canonniers. Ce nombre n’est pas assez considérable pour ne pas être facilement distingué.

Je vous prie de me communiquer les lettres que vous recevrez de l’amiral Bruix. Je remarque dans sa correspondance qu’il fait de grandes dissertations sur le centre, la droite, la gauche des divisions; cela n’aboutit à rien. Toute ligne a un centre, une droite et une gauche.

La flottille de guerre se divise en flottilles de chaloupes canonnières, composée de douze divisions de vingt-sept chaloupes chacune. Chaque bâtiment doit porter le numéro de sa division et un numéro général, et, pour ne pas confondre ces numéros, peut-être préférera- t-on établir une flamme qui, même au milieu de la plus grande confusion, puisse faire reconnaître de quelle division est un bâtiment.

La flottille de bateaux canonniers est composée de seize divisions de vingt-sept chacune. Ceux-ci ont aussi besoin d’un signe qui fasse reconnaître à quelle division ils appartiennent, outre le numéro général. Je ne vois pas ce qu’a à faire à ceci la droite, le centre et la gauche des divisions, qui, dans l’état d’armement, se trouvent à Dunkerque, Boulogne, Ostende, et qui, dans l’état de mouvement, se trouveront dans une autre direction. Il faut bien s’entendre là-dessus, et écrire directement à l’amiral Bruix. Quant aux ordres donnés à la flottille, ou qui y ont rapport, il doit être mis au fait pour l’ordre.

Annoncez-lui que j’ai donné l’ordre de former deux camps sur la droite et la gauche du port, qui contiendront chacun cinq demi-brigades; que le général Soult commandera en chef le camp de Saint-Omer et établira son quartier général à Boulogne; que les chefs d’état- major et les généraux d’artillerie s’y rendent, et que tout va prendre une nouvelle activité et un aspect menaçant.

 

Saint-Cloud, 24 août 1803

DÉCISION

Le ministre du trésor public rend compte de la situation de la Banque et de la Caisse d’escompte. Il propose d’étendre à toutes les caisses publiques de Paris, et même à celles de l’octroi et du mont-de-piété, la faculté de recevoir des billets de la Caisse d’escompte. Il expose que, malgré les inconvénients de cette mesure et les suites qu’elle peut avoir, il est nécessaire de l’adopter, en l’accompagnant de toutes les précautions qui pourront en rendre l’exécution moins difficile. Une conférence sera tenue en présence du consul Lebrun. Les  citoyens Perregaux, Lecoulteux et Thibon, régents, y seront appelés.  Le ministre ordonnera à tous les comptables qui versent au trésor public de ne recevoir à l’avenir aucun billet de la Caisse d’escompte.

DÉCISION

Le ministre de la guerre soumet plusieurs questions relatives au marché à passer pour la fourniture des viandes. A quelle compagnie le Gouvernement donnera-t-il la préférence ? Le prix de la ration sera-t-il fixé à vingt-deux centimes et demi, vingt-trois centimes trois quarts, etc.? Il paraît que la compagnie Olry est celle qui a le plus de réputation.

Je ne voudrais pas passer vingt-deux centimes.

Il faudrait ajouter au marché que l’entrepreneur serait obligé de fournir 5,000 moutons, qui seraient toujours prêts pour l’embarquement.

 

Saint-Cloud, 25 août 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Il paraît, Citoyen Ministre, qu’il y a aux environs de Boulogne des hommes qui correspondent avec l’ennemi. On a vu des signaux partis de terre auxquels il a été répondu de la mer. J’ai chargé le général Moncey de renforcer ce point par de la gendarmerie. Envoyez un agent secret et intelligent qui puisse parvenir à découvrir ces espions. La sévère punition qu’on infligera à l’un d’eux dégoûtera les autres de cet infâme métier.

 

Saint-Cloud, 25 août 1803

Au général Moncey, Premier inspecteur général de la gendarmerie

Citoyen Général Moncey, il est convenable, dans les circonstances actuelles, de garnir la côte, de Flessingue au Havre, de renforts de gendarmerie. Il est nécessaire d’en avoir surtout qui puissent exercer une grande surveillance entre Étaples et Boulogne, et Boulogne et Calais. Il faut au moins, pour cela, trois brigades établies dans les petits villages de la côte, d’Étaples à Boulogne, et en proportion sur l’étendue du reste de la côte. Faites des dispositions en conséquence.

 

Saint-Cloud, 25 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Il est temps, Citoyen Ministre, de fixer une attention sérieuse sur l’armement de la flottille. Les bases de ladite flottille une fois arrêtées, conformément à l’état que vous m’avez remis, il reste à savoir le nombre de pièces à mettre sur chaque chaloupe et bateau canonnier et sur chaque péniche. Il faut que les canons ne retardent pas le départ de la flottille et soient rendus au Havre, Saint-Malo, la Rochelle, Bayonne, etc., avant la fin de vendémiaire. Je désire connaître ce que vous avez de canons disponibles pour la flottille dans chacun des ports de l’océan. Je prévois que vous n’en aurez pas assez. J’ai fait faire un dépouillement des secours que la terre pourrait vous offrir, conformément à l’état suivant :

1° Quatre cent cinquante obusiers de 8 pouces; ces obusiers pèsent 1,120 et lancent, à la distance de 1,200 toises, sous l’angle de 45 degrés, un obus pesant 40 livres et une mitraille de 60;
2° Trois cents obusiers de 6 pouces, pesant 650, et lançant, à une distance de 1,100 toises, un obus de 22 livres;
3° Cent pièces de 24 légères, pesant 2,500 livres chaque, et pareilles à celles qui se trouvent aux Invalides;
4° Cent pièces de 24, ordinaires, en bronze;
5° Cinq cents pièces de 24, en fer et deux cents de 18, ordinaires.

Mais, pour avoir ces sept cents pièces, il faut désarmer nos batteries de côtes, et les remplacer par des pièces en bronze, travail qui ne laisse pas d’être considérable et qui exige au moins quarante ou cinquante jours. Il n’y a donc pas un moment à perdre pour arrêter le parti définitif à prendre et donner les ordres en conséquence.

 

Saint-Cloud, 25 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

On m’écrit de Boulogne, Citoyen Ministre, qu’au lieu de cent bateaux canonniers qui devaient être à Dunkerque, il n’y en a que dix-neuf, une chaloupe canonnière armée de seize caronades, et un bâtiment armé de dix canons de petite espèce, prêts à partir;

Qu’il n’y a aucun établissement de fait, ni même commencé; qu’il n’y a pas de gargousses en parchemin, même pour les sept caïques; qu’il n’y a point de parc d’établi, point de magasin d’artillerie ou d’autres objets d’armement.

On se plaint de n’avoir pas même un havre pour la retraite des caïques; qu’elles n’ont point d’armes blanches, ni sabres d’abordage, ni pistolets; qu’elles n’ont point de filets d’abordage pour s’en garantir la nuit.

Portez-moi demain, au travail, des renseignements sur l’état du port de Boulogne, et sur tout ce que j’y trouverai au 1er, vendémiaire, où j’y vais.

 

 Saint-Cloud, 26 août 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois vos lettres des 6 et 7 fructidor. J’ai vu avec peine que vous n’aviez à Boulogne rien de ce qui constitue un parc et un commencement d’arsenal.

Je vous prie de m’adresser un procès-verbal des maisons choisies pour les manutentions de la marine, et qui me fasse connaître s’il y a des fours, s’il y a des approvisionnements, et quels approvisionnements s’y trouvent dans ce moment;

S’il y a un établissement d’artillerie de marine; quels magasins on a choisis, quels sont les ouvriers qui y travaillent, les maîtres canonniers et les officiers d’artillerie; combien de mitraille, gargousses et autres objets d’armement et d’approvisionnement y sont arrivés.

Vous me dites qu’il n’y a à Dunkerque que dix-neuf bateaux canonniers prêts à partir; cependant on m’en a annoncé cent. Ordonnez au préfet maritime de voir l’état, par numéro, de ceux qui sont prêts, et de ce qui manque aux autres.

Donnez ces ordres par un courrier extraordinaire, et exigez que ce procès-verbal soit fait dans six heures, afin que je sache sans délai à quoi m’en tenir.

Enfin, si , par le procès-verbal que vous ferez dresser, il résulte qu’on n’ait pas fait à Boulogne les dispositions convenables, faites-les sur-le-champ. Il doit y avoir un commissaire de marine pour la comptabilité, et votre qualité d’amiral met toute l’administration de la préfecture à votre disposition.

J’ai vu avec quelque peine qu’il fallait quinze jours pour remonter le fort lorsque tous les pieux seront battus. Quand la charpente sera mise, s’il n’y a pas de canons, l’ennemi pourra l’insulter avec plus de succès.

D’après le travail définitivement arrêté, les chaloupes canonnières ne porteront point de chevaux; mais les bateaux canonniers auront des pièces de campagne, vu qu’il n’y a pas besoin d’affûts avec des pièces de siège.

L’augmentation du bassin aurait sans doute beaucoup d’avantages, mais je crains qu’il ne faille défaire une portion de ce qu’on aura fait, et qu’on n’ait pas fini au ler brumaire. D’ailleurs, tout considéré, il deviendra peut-être prouvé que nos demi-péniches sont inutiles, puisqu’on assure que les péniches, dans un moment de nécessité et de naufrage, pourraient prendre les hommes de la chaloupe canonnière, c’est-à-dire 111 hommes, indépendamment de leur équipage et de celui de la canonnière, ce qui ferait 180 hommes. Dans ce cas, les demi-péniches seraient inutiles.

Indépendamment de cela, il est évident que les bâtiments ne pourront sortir dans une seule marée; il faudra donc tenir une avant-garde et l’embosser de la manière la plus avantageuse. Alors, l’espace entre l’avant-garde et le port permettra de se servir des deux marées de la journée pour sortir, et, dans ce cas, je pense qu’on pourra placer une grande quantité de bateaux de pêche et de péniches dans le fond du port.

Faites-moi connaître combien de péniches, de chaloupes et de bateaux canonniers on pourrait placer au delà du fort, jusqu’au lieu où la marée monte assez haut pour les déséchouer; car il m’a paru que ce qui embarrassait était la nécessité de tenir les bâtiments près de l’embouchure du port, pour pouvoir les faire sortir dans une marée; enfin, ne sera-t-on pas toujours à temps, le bassin achevé, de l’agrandir ou d’en faire un second ? Avant de prononcer sur cette augmentation, envoyez-m’en l’état et un rapport du citoyen Sganzin qui me fasse connaître le temps précis où il aurait achevé la partie qu’il faudrait défaire. J’imagine qu’il y aurait une grande quantité de terre à rapporter plus loin.

Faites-moi connaître à combien de toises la mer remonte dans la petite rivière de Boulogne. Remonte-t-elle jusqu’à 1,500 toises des jetées, et un canot qui tire 18 pouces d’eau peut-il remonter jusqu’à ces 1,500 toises ?

Y a-t-il là des granges, des habitations quelconques qu’on pût destiner, moyennant une palissade qu’on ferait autour, à faire un parc ou un lieu de réunion pour nos poulies, cordages, boulets, etc.? Cet éloignement les mettrait à l’abri du feu de l’ennemi, et le service serait facile, puisqu’on pourrait le faire avec des canots sur le lieu.

Portez-vous bien et comptez sur mon estime.

——————

Faites mettre à la laisse de basse mer un crapaud de fonte de mortier à la Gomer de 12 pouces. Faites placer, douze pieds en arrière, deux gros piquets, auxquels on amarrera ledit crapaud par les boulons, et voyez l’effet que fera la mer en montant et en s’en allant. Si cela réussit et que le crapaud reste, le jour d’après vous y ferez placer le mortier, pour voir encore quel effet cela produira, en ayant soin que les sous-bandes qui soutiennent les tourillons soient bonnes, et que les chaînettes soient bien placées. On renverserait le mortier du côté opposé à la lumière, et si vous pouviez placer ainsi quelques mortiers sans que la mer les dérangeât, vous sentez l’immense avantage que vous en retireriez pour la flottille.

 

Saint-Cloud, 26 août 18o3

DÉCISION

Rapport sur un annuaire publié par ordre du préfet d’Indre-et-Loire, et qui contenait un calendrier composé de noms empruntés à l’histoire et rangés dans un ordre systématique. On ne peut donner au baptême  que les noms portés dans le calendrier. L’annuaire du préfet n’est  qu’une chose ridicule.

DÉCISION

Des religieux, Français d’origine, sortant des couvents détruits de l’Allemagne, demandent à être employés l’enseignement .Prendre sur chacun les renseignements  nécessaires; s’ils sont favorables, les employer après un temps d’épreuve

DÉCISION

Le préfet du Lot demande, 1° s’il peut faire arrêter les prêtres qui exercent sans pouvoirs leur ministère; 2° si l’on ne doit pas renvoyer au lieu de leur naissance les ecclésiastiques non employés dans le lieu où ils résident; 3° ce que l’on doit faire des prêtres qui refusent d’être employés. Prendre à leur égard les mesures que les lois et les règlements de l’empire autorisent.

 

Saint-Cloud, 27 août 1803

Au consul Cambacérès

Quelques parties du ministère de la marine, Citoyen Consul, sont évidemment négligées, et je commence à soupçonner que le général Decrès n’a pas l’esprit d’ordre et de suite, première qualité d’un administrateur. Cependant il a aussi d’autres qualités, et, quelque lieu que j’aie dans ce moment de me plaindre de son imprévoyance sur les objets les plus importants, j’étais décidé à attendre encore trois mois pour fixer mes idées, car enfin on gagne peu de chose à changer. Mais je reçois la lettre ci-jointe du général Decrès; elle me paraît d’autant plus inconvenante, qu’elle paraît écrite avec la méditation convenable. Il se plaint de la lettre de l’amiral Bruix, qui, comme vous le verrez, lui donne des conseils, puisqu’il les lui demande. Il se plaint du citoyen Forfait; il est certes difficile de voir un homme plus accoutumé à la déférence et au respect dus aux ministres. Ses plaintes du général Rochambeau sont ridicules; s’il n’est pas destitué, c’est qu’il ne l’a pas proposé; et d’ailleurs, l’éloignement de Saint-Domingue doit seul expliquer et déterminer le parti qu’on prendrait.

Faites sentir cela au citoyen Decrès; s’il vous redemande sa lettre, je ferai comme si je ne l’eusse pas reçue. Si sa lettre veut positivement dire que les travaux du ministère sont au-dessus de ses facultés, deux années d’expérience doivent lui avoir appris à quoi s’en tenir; et dès lors vous devez lui dire qu’il donne simplement sa démission, et que je l’accepterai ; mais que cette démarche, comme toutes les démarches importantes, demande qu’il y pense de sang- froid, et à mon sens, elle ne peut entre justifiée que par la conscience bien réelle qu’il n’est point propre à ses fonctions.

 

Saint-Cloud, 27 août 1803

Au citoyen Melzi, vice-Président de la République

Je reçois votre lettre du 20 août. Le général Pino pense que la légion italienne ne tardera pas à déserter si elle vient en France. Je  ne vois qu’un moyen, c’est de l’envoyer à l’île d’Elbe. Mais il ne faut pas envoyer rien que des officiers Faites organiser un bataillon de cette légion, forte de 80 hommes, et faites-le diriger sur Piombino, où je donne ordre qu’on les embarque pour renforcer la garnison de l’île d’Elbe. Faites verser un mois de solde dans la caisse du payeur.

La 1e,légère, la 11e de ligne, un régiment de hussards et une compagnie d’artillerie formeront un corps que commandera le général Pino, pour arriver à Paris dans les premiers jours de brumaire. J’ai pris un arrêté pour ordonner la construction de dix caïques à Ferrare et dans les différents ports de la Romagne. Elles seront montées par des matelots et serviront à mettre les côtes à l’abri des péniches anglaises. Marescalchi vous en enverra le modèle. Elles ne coûtent que 15 à 1600 francs et portent une pièce de 24. Nous nous en servons avec une grande utilité sur nos côtes.

 

Saint-Cloud, 27 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Il y a à Toulon, Citoyen Ministre, une grande quantité de fontes de rebut, qui seraient nécessaires pour activer les travaux du Creusot. J’ai lieu d’être surpris qu’on n’y fasse qu’une pièce de 24 par jour. L’organisation de cet établissement, dans des cas comme ceux-ci, doit lui permettre d’en faire jusqu’à dix de 24 par jour; mais il n’a été pris aucune mesure proportionnée à l’urgence des circonstances. Il est dû aux entrepreneurs, sur l’an X et sur l’an XI, 300, 000 francs, qui gênent l’établissement déjà mal aisé.

Je désire que vous fassiez venir demain matin les entrepreneurs, et que vous leur fassiez passer un marché pour fournir deux cent cinquante pièces de 24 en vendémiaire, et autant en brumaire, avec un nombre de canons de 18 et de caronades proportionné. En con-séquence, donnez des ordres pour leur faire céder toutes les fontes existantes à Toulon et dont ils auraient besoin, pour leur faire payer les sommes reconnues leur être dues sur les années IX, X et XI, et même leur donner les avances dont ils auraient absolument besoin pour faire leurs approvisionnements dans les fourneaux voisins.

 

Saint-Cloud, 27 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

La légion italienne, Citoyen Ministre, composée de 800 hommes, doit se rendre à Piombino et de là être embarquée pour faire partie de la garnison de l’île d’Elbe. Donnez des ordres en conséquence.

Recommandez au général Rusca de ne pas écraser de service les troupes; qu’il les fasse souvent exercer, afin de les tenir dans un bon esprit militaire.

 

Saint-Cloud, 28 août 1803

ARRÊTÉ

ARTICLE ler. – Il sera construit à Boulogne un fort flottant sur les plans présentés par le conseiller d’État Forfait. Il sera terminé au 15 brumaire (7 novembre) et pourra être placé à cette époque.
ART. 2. – Le ministre de la marine et des colonies est chargé de l’exécution du présent arrêté.

 

Saint-Cloud, 29 août 1803

DÉCISION

On demande la liberté du citoyen Landsheer, prêtre du diocèse de Malines, détenu par ordre du grand juge. Accordé, avec ordre de le conduire jusqu’aux frontières de la République italienne, où le Pape sera invité à le faire prendre, pour le tenir à Rome dans un séminaire, où il s’instruira des devoirs d’un véritable prêtre.

 

Saint-Cloud, 29 août 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je viens de parcourir avec attention, Citoyen Ministre, l’état de situation de la flottille, tel que me l’a remis le citoyen Forfait, au 10 fructidor. Je vois qu’elle n’est encore qu’à deux cent cinquante chaloupes canonnières, y compris les constructions de Bayonne et les bâtiments en rade à Brest, à Boulogne et au Havre. Je pense donc qu’il serait utile d’accepter l’offre des Hollandais et de passer un marché pour trente chaloupes canonnières toutes gréées, à remettre à Flessingue du 15 au 20 brumaire.

Il y a plus de cinq cents bateaux canonniers; c’est tout ce qu’il faut. Il nous manque deux ou trois cents péniches; mais, outre que les bateaux de Saint-Malo peuvent nous suppléer, à mesure que les chantiers seront vacants, on pourra les remplacer par des péniches.

La République italienne a offert douze chaloupes canonnières, portant chacune le nom d’un de ses douze départements. Je crois que les endroits les plus favorables pour les mettre en construction seraient Paris et Compiègne. A cet effet, faites organiser le chantier de la Rapée à l’instar des autres, et mettez-le sous la même direction. On pourrait facilement y mettre huit chaloupes en construction; on mettrait les quatre autres à Compiègne, ce qui, avec les trente qui seraient construites en Hollande, ferait quarante-deux.

Les constructions faites sur le Rhin ne sont pas comprises; car je pense qu’il y en aura davantage en construction dans le 5e arrondissement.

Je vous prie de me faire connaître si le port de Dunkerque marche mieux qu’il ne marchait; il me parait que cela ne va point. Quarante-quatre bateaux canonniers sont portés comme n’étant pas encore carénés, et il n’y en a que vingt en état de partir, depuis six mois; il est difficile de voir un port plus mal organisé.

Sur l’état que vous m’avez remis des officiers commandant ces vaisseaux, je ne vois pas les noms des commandants du Bucentaure, de l’lndomptable, de l’Hortense; je vous prie de me les faire passer. Je n’ai point non plus ceux des officiers commandant le Diomède, le Jean-Bart et le Vétéran.

Faites-moi, connaître si le citoyen Violette, commandant le Majestueux, est dans le cas de commander un vaisseau aussi important. La frégate la Gloire n’a pas encore de commandant désigné.

Le Magiianime est lancé. Faites-moi connaître l’officier auquel vous destinez ce commandement.

Sur l’état de la flottille qui m’est remis, je vois qu’il y avait, au 10 fructidor, 1,300 bâtiments d’arrêtés et capables de porter 78, 000 hommes. Faites faire un état de ces bâtiments, en les divisant en trois classes :

1e classe, ceux qui portent plus de 30 hommes;

2e classe, ceux qui en portent plus de 60;

3e classe, ceux qui en portent plus de 100.

Je vous prie de me faire connaître si ces 1,300 bâtiments forment seulement le tiers ou la totalité de ce qu’a trouvé la commission, et quelle est la somme à laquelle seront évalués ces 1,300 bâtiments, ainsi que la partie qui a déjà été payée.

 

Saint-Cloud, 30 août 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

J’approuve, Citoyen Ministre, les idées contenues dans le mémoire du premier inspecteur général du génie sur la suppression de plusieurs places de la Belgique, telles que Mons, Tournay, Courtray, Menin, Furnes, Bruges, Yzendicke, Philippine, Axel, Hulst, Terneuse, Ath, Gand, Termonde, Oudenarde, Bruxelles, Liége;  je pense qu’il faudrait y joindre Malines. Ce serait une place à reconstruire et, dans ce cas, il vaudrait mieux faire ces dépenses sur la Meuse à moins que ce ne fût contre la frontière hollandaise, et alors se porter plus haut. Je pense également qu’il faudrait y a jouter Louvain

J’approuve beaucoup l’idée de vendre les débris de ces fortifications, et d’en faire une caisse particulière qui servirait à la construction des nouvelles places.

J’approuve également l’idée de fixer les garnisons dans la 24e division militaire, de manière qu’on conserve quelques casernes dans le grandes villes pour des circonstances imprévues, mais qu’on supprime cette immense quantité de casernes qui ruinent le trésor public.

Présentez-moi un projet d’arrêté sur ce dernier objet, et demandez au génie un rapport sur la note ci-jointe.

Ne pourrait-on point démolir les fortifications de Sedan ? Luxembourg le couvre. Mézières et Montmédy, avec quelques réparations, sont suffisants pour arrêter une avant-garde qui voudrait, par la droite ou la gauche, passer la Meuse et entrer en Champagne. D’ailleurs, on ne peut se dissimuler qu’il faudrait des millions pour réparer Sedan, que le système en est extrêmement vicieux,, et que, si l’ennemi était en mesure d’y arriver, il s’en emparerait facilement. Nous perdrions une garnison, une artillerie nombreuse, et cette prise ferait un très-mauvais effet moral, par l’opinion d’avoir perdu une place depuis longtemps connues. Ajoutez à ces considérations que ses fabriques sont importantes.

Il me paraîtrait nécessaire de faire d’Ostende une bonne place; c’est le seul port de la Belgique. Le superbe canal de Bruges, qui conduit à Bruxelles, est une des clefs de ce beau pays. Trois à quatre millions dépensés là seraient très-bien employés.

Le point de la Belgique où l’on doit tenir le plus de troupes est Anvers, parce que de là on est à portée de prévenir les invasions de la Hollande : Maestricht pour la 25e division militaire.

Il faudrait aussi adopter le principe de donner aux villes les casernes qui sont situées dans les villes qui ne sont point places de guerre, et exiger que ces villes soient chargées de les réparer; c’est le seul moyen de porter un peu d’économie dans ces parties coûteuses de l’administration.

ANNEXE

Le mémoire du premier inspecteur général du génie ne me paraît pas répondre tout à fait à ce qu’on désirerait. On ne préjuge rien à la frontière batave; mais il faut supposer qu’en cas de guerre elle est toujours à nous. Dans cet état notre ligne s’appuie à Grave et de là arrive à Venloo. Si l’on demande à mettre Anvers en état de défense, c’est :

1° A cause de l’arsenal de la marine, qu’on veut y établir;
2° Comme point central où l’on pourra tenir de l’artillerie pour fortifier et ravitailler promptement les places hollandaises.

Ce qui intéresse donc dans ce moment, c’est la frontière du Rhin depuis Grave jusqu’à la Moselle.

De Grave à Venloo il n’y a point de places. Il reste à savoir si l’on préférera Gueldre, qu’on a proposée, et qui effectivement pourrait remplir ce but.

Ruremonde pourrait être fortifiée si la position s’y prête. On pense que, si la position était trop ingrate, il vaudrait mieux se mettre quelques lieues à côté, ou en avant.

Maëstricht et Juliers sont faits. Une place sur la Moselle peut être utile. On voudrait, de cette place sur la Moselle à Juliers, trois places situées dans la position la plus favorable sur le contre-fort qui sépare les eaux du Rhin de la Meuse, ce qui ferait six nouvelles places à établir sur cette frontière. Si elles peuvent être placées de manière qu’on ne puisse absolument se porter sur la Meuse et ne la passer qu’après avoir pris une ou deux de ces places, tant que les autres resteraient, elles peuvent offrir des avantages de toute espèce pour la reprise de l’offensive.

Quant à l’ordre de construction, il faudrait au plus en construire deux à la fois, et les pousser de manière à dépenser deux millions par an, et tout entiers dans les fortifications proprement dites, sans mettre un sou aux bâtiments militaires.

Quelque importante que soit Gueldre, elle ne nous est utile que contre la Prusse. Les deux places les plus importantes paraîtraient celles qui intercepteraient la chaussée de Liège à Coblentz; c’est par là que sont toujours venus les Autrichiens; c’est là où il paraîtrait essentiel de travailler le plus tôt possible.

Ainsi, en l’an XII, on réparerait Anvers; on continuerait les travaux de Juliers, et on dépenserait deux millions à la nouvelle place.

Par-dessus tout, on ne peut trop recommandé de déterminer le local pour la convenance des fortifications, car alors elles coûtent très-peu et les forfications sont bonnes.

 

Saint-Cloud, 30 août 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, le citoyen Forfait vous expédie les instructions, les plans et tout ce qui est nécessaire pour la construction de son fort. J’ai pris hier un arrêté pour la coupe de 4,000 pieds d’arbres dans les forêts de Boulogne, à ce destinés. Vous êtes autorisé à passer les marchés et à faire tout ce qui vous paraîtra convenable pour la construction de ce fort. Apprenez-moi, avant le 20 fructidor, que la construction en est commencée. Je compte, du 11, au 15 brumaire, assister à son installation. On a pris des mesures pour faire sur-le-champ transporter les ancres. Si vous avez besoin de voitures, écrivez aux préfets du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme de vous fournir cinquante voitures chaque, qui seront bien payées, pour aider au transport des bois, en leur faisant connaître les conditions que l’entrepreneur leur fera.

J’ai vu avec peine que le port de Dunkerque ne marche pas; faites-m’en connaître les raisons. Vous avez aujourd’hui la haute main; tout est à votre disposition. Vous pouvez y envoyer, appeler qui vous voudrez à Boulogne, vous faire rendre compte de tout, vous faire représenter les états; mais que cela aille. Quoi qu’il arrive, il faut que tout soit prêt, pour que les bateaux profitent du premier moment favorable pour faire leur entrée à Boulogne; nous sommes à l’équinoxe.

Le général Marmont me rend compte qu’il arrive aujourd’hui à Boulogne deux mortiers de nouveau modèle, qui portent les bombes à 1,800 toises; que deux autres vont suivre, et que quatre sont en marche de Strasbourg pour Ostende; qu’il a fait passer un châssis à Boulogne, avec des instructions par lesquelles il devient possible de tirer des pièces de 36 avec des affûts de côte, sur l’angle de 45 degrés. Faites-moi connaître si l’artillerie a monté ainsi quelques batteries; les boulets arriveront, sur cet angle, à 2,200 toises.

Nous avons à Paris 1,600 ouvriers qui travaillent avec la plus grande activité; également à Compiègne; les marins en sont fort contents; ils n’ont cependant qu’un ou au plus deux mois d’exercice. Ceci nous prouve que les ouvriers de l’intérieur peuvent nous être d’un grand secours. Vous êtes autorisé à requérir de chacun des trois préfets du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, 100 charpentiers de maisons pour la construction de votre fort. Vous aurez soin de leur faire payer leur route et de les bien traiter.

 

Saint-Cloud, 31 août 1803

ARRÊTÉ

ARTICLE 1. – Les canonniers sédentaires de la ville de Lille, institués depuis le 2 mars 1483, seront de nouveau organisés.
ART. 2. – Ils porteront un uniforme de canonniers et s’exerceront aux manœuvres. A cet effet, il leur sera donné une maison nationale, pour leur tenir lieu de celle qui a été vendue.
ART. 3. – Il leur sera fait présent de deux pièces de 4, sur lesquelles seront gravés ces mots, Le Premier Consul aux canonniers de Lille, avec la date du 29 septembre 1792, afin de conserver la mémoire du siége de Lille.
ART. 4. – Les ministres de la guerre et des finances sont chargés de l’exécution du présent arrêté.

 

Saint-Cloud, 31 août 1803

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE

Le commissaire général ne peut être un intermédiaire entre le ministre et les ordonnateurs en chef des camps que pour les détails d’exécution; mais il ne peut être chargé des ordonnances ni des liquidations. Comment à Boulogne pourra-t-il suivre les détails administratifs de Bayonne ? Le directeur de l’administration, étant au centre, doit toujours tout diriger, de la même manière qu’il dirige l’administration de l’armée en Italie. Il est essentiel, pour cela, qu’il conserve la correspondance directe avec chaque ordonnateur, les répartitions de fonds et les liquidations; autrement il dirigerait à l’aveugle. Chaque camp doit avoir ses fonds séparés, mais sous la surveillance du commissaire général, auquel le ministre donnerait avis des crédits ouverts pour chaque service, mais en adressant directement les crédits aux ordonnateurs et à la trésorerie nationale; c’est le seul moyen d’éviter les retards pour l’envoi des fonds et d’en surveiller l’emploi.

D’ailleurs, le service des camps va être confondu avec celui des divisions; si le ministre ne conservait pas sur l’un et sur l’autre la même surveillance, tout rentrerait bientôt dans la confusion.

L’armée sortie du territoire de la République, ce sera différent; il faut bien alors que le commissaire général soit revêtu de tous les pouvoirs administratifs; mais il est impossible de les diviser dans l’intérieur, et qu’une partie des divisions corresponde avec le ministre et l’autre avec le commissaire général.

 

Saint-Cloud, 31 août 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre du 12 fructidor (30 août). J’y vois que le chef de l’administration a pris une maison destinée pour cayenne, capable de contenir 300 marins, mais vous ne me dites pas si cette maison est située sur le port ou sur la Liane; que l’admistration a loué une maison particulière destinée à servir de magasin général, mais vous ne me dites pas si elle est située sur le port ou sur la Liane; que le directeur d’artillerie a choisi une maison particulière pour le service de la marine, et vous ajoutez que cette maison est insuffisante, mais vous ne me dites pas si elle est sur le port ou sur la Liane.

Je n’ai rien à dire sur la maison que vous avez choisie pour l’hôpital.

Le rapport du citoyen Sganzin , no 2, fait mention d’un emplacement propre à un parc d’artillerie; la marine, à Boulogne, passe avant tout : si l’emplacement choisi pour l’artillerie de la marine n’est pas suffisant, pourquoi ne pas choisir celui-là ?

Dans le même rapport, vous parlez d’établir une boulangerie pour la marine; ne perdez pas une heure pour faire servir à cet usage la maison que vous y destinez.

Dans le cas où vous choisiriez la maison dite de Capécure, dont il est question no 2, faites choisir une autre maison pour le parc d’artillerie de l’armée de terre, plus loin, mais sur la Liane. Il est nécessaire que le parc d’artillerie de la marine soit plus près du port que le parc d’artillerie de terre.

Il faut avant tout que le citoyen Sganzin nous remette, au 15 vendémiaire, comme il l’a promis, le port et le bassin achevés. Nous verrons alors s’il est besoin de l’agrandir. Je suis effrayé de ce qu’il demande encore trois mois.

Du procès-verbal fait à Dunkerque, il résulte qu’il y a douze bateaux canonniers qui n’ont point de pièces de campagne; ils peuvent s’en passer pour venir à Boulogne, et on peut, à Dunkerque, mettre en place une petite pièce de marine.

Faites faire l’état de toutes les fermes et maisons de campagne sur la Liane, jusqu’où elle est navigable, et même à droite et à gauche jusqu’à l’espace de 100 toises.

J’ai vu avec grand plaisir qu’enfin on continue les travaux du fort Rouge.

Il me semble que, dans ma dernière lettre, je vous avais dit qu’après avoir mis un crapaud au bord de la mer, il fallait mettre dessus un mortier; les circonstances des affouillements ne sont rien, vu qu’à toutes les marées on le changerait de place; mais le projet que vous avez de faire des plates-formes est bien meilleur encore. Les batteries me paraissent trop nombreuses de trois pièces; il faut qu’elles  ne soient que de deux. Mon intention n’est point de retirer les pièces tous les jours, mais de laisser sur ces batteries les pièces de canon pendant toutes les hautes mers. Je ne pense pas non plus qu’il faille s’éloigner de 50 toises, c’est toujours une distance de perdue. Il faudrait donc, à mon sens, faire établir le tiers de vos plates-formes tout à fait sur la laisse de basse mer, le tiers à 50 toises et le dernier tiers à 80 toises. Mon projet n’est pas non plus de se servir de pièces légères pour cet usage; car, quoi qu’on puisse dire, de grosses pièces vont plus loin. Alors mon intention est d’avoir quelques pièces de 24 légères, attelées, avec plusieurs divisions d’obusiers de 8 pouces, portant une bombe de 43 livres à 1,300 toises, également attelés; et, au moment où les Anglais approcheraient, tout cela s’avancerait sur la laisse de basse mer et renforcerait les batteries permanentes.

Je vous prie de faire exécuter les dispositions suivantes et de m’en envoyer le résultat : faire prendre une pièce de 36 ou de 33, la faire mettre sur un affût marin , et la laisser sur la laisse de basse mer à toutes les marées; on dressera procès-verbal de ce qui se sera passé, et de la situation dans laquelle elle se trouvera. On tirera deux coups de canon de cette pièce ainsi placée sur le sable, à toute volée et à toutes charges. On tiendra note de ce qui arrivera. On mettra le mortier sur ce crapaud et on le laissera ainsi plusieurs marées; on tirera deux bombes, chambre pleine, et on tiendra note de ce qui sera arrivé.

Artillerie à pied, artillerie à cheval, matériel, tout va se diriger sur Boulogne.

Je vous ai expédié hier un courrier, avec l’ordre et des instructions pour la mise en construction du fort du citoyen Forfait.

Je vous envoie une note.

Le gouverneur du palais doit avoir envoyé des officiers du palais pour préparer mon logement. Je vous prie de me dire quels locaux on pourrait choisir; je ne veux point être en ville. J’ai remarqué deux maisons de campagne près la tour des signaux , à ce que je crois, sur le chemin de Calais. Ces deux maisons paraîtraient me convenir; si elles ne me convenaient pas, alors j’aimerais à être sur la Liane, au delà du pont, dans une maison de campagne.