Correspondance de Napoléon – 1er – 10 Mars 1807

Osterode, 1er mars 1807

Au prince royal de Bavière

Je reçois votre lettre du 22 février. Je suis aise de vous mettre à même de donner des preuves de vos talents, et que vous preniez l’habitude de commander vos armées vous-même, qualité utile dans tout souverain, mais surtout dans la position où se trouve placé le roi de Bavière.

 

Osterode, ler mars 1807

Au maréchal Berthier

Vous donnerez des ordres pour la formation d’une division de Polonais sous les ordres du général Zajonchek. Cette division sera composée des régiments polonais qui forment la division que commande ce général, et de deux régiments de la 1ere légion, qui est Varsovie et qui était ci-devant à Sierock et à Nieporent.

Cette division se réunira à Neidenburg et formera un corps d’observation qui liera Osterode avec Varsovie. A cet effet, vous enverrez l’ordre au général Zajonchek de partir demain de Graudenz avec un de ses régiments et de se diriger sur Neidenburg. Vous enverrez l’ordre an général Lemarois et au maréchal Masséna de faire partir de Sierock, de Nieporent et de Varsovie le régiment qui est le plus en état et qui se rendra également à Neidenburg.

Vous écrirez au prince Poniatowski que, si deux autres bataillons sont également armés et habillés, il les fasse partir pour Seidenburg, où je veux réunir un corps polonais.

Vous donnerez l’ordre à tout ce qu’il y a de troupes de Hesse-Darmstadt à Thora de se rendre à Graudenz; et, aussitôt après leur arrivée, tout ce qui reste de troupes polonaises devant Graudenz se rendra à Neidenburg.

Vous donnerez l’ordre au général Zajonchek de presser l’arrivée de toute sa légion à Neidenburg, où je désire réunir la légion qui se trouve à Varsovie et celle du district de Kalisz qu’il commande, au fur et à mesure qu’elles seront habillées et en état de faire campagne.

Vous écrirez au prince Poniatowski de faire partir toute la cavalerie polonaise qui se trouverait à Varsovie et sur les derrières, pour Neidenburg; et vous ferez connaître à ce directeur de la guerre qu’il faut faire lever toute la cavalerie du district de Plock pour se réunir au corps du général Zajonchek et contenir les Cosaques.

Le général Zajonchek sera chargé de correspondre avec vous et le maréchal Masséna, pour l’instruire de tous les mouvements de l’ennemi sur le centre et maintenir la communication entre les deux corps.

Il se nourrira des réquisitions qu’il fera dans le district de Plock, à Janowo, Mlawa, etc.

Mon intention est qu’avec son premier régiment il soit arrivé à Neidenburg dans six jours au plus tard.

Le général Zajonchek, en se rendant à Neidenburg, passera de sa personne à Osterode pour prendre ses instructions.

 

Osterode, 1er mars 1807

Au général Clarke

Passez la revue des dépôts de Küstrin et de Stettin. Tout ce qui est blessé de manière à avoir besoin des eaux ou à obtenir soit traitement de retraite ou de réforme, dirigez-le sur France; tout ce qui est en état de servir, dirigez-le sur Thorn, hormis ce qui appartient au 5e corps, qui sera dirigé sur Varsovie.

Jetez un coup d’œil sur vos états de situation, et faites partir des différentes places de votre gouvernement les hommes qui y seraient restés, ou qui y auraient été retenus par les commandants. Supprimez tous les commandants inutiles et dirigez-les sur le quartier général.

Le régiment de chevau-légers d’Arenberg a dû partir de Liège pour se rendre à Magdeburg; il est fort de 600 hommes. Écrivez à Liège pour savoir quel jour il est parti et quel jour il arrivera. Aussitôt son arrivée, servez-vous-en contre les partisans; il est très-bon pour cela.

 

Osterode, 1er mars 1807

Au roi de Naples

Je Vous renvoie le général César Berthier(Il s’agit du frère du maréchal, dont Joseph avait déjà dit qu’il était « propre à tout, plus qu’au métier qu’il fait »). Je vous laisse le maître de nommer ministre de la guerre, et chef de l’état-major de mon armée de Naples, qui il vous plaira. J’ai nommé dans la Légion d’honneur ceux que vous m’avez proposés. J’ai vu avec peine que vous m’ayez proposé M. de Bouillé, qui n’a pas fait la guerre. C’est ainsi qu’on m’a fait donner des récompense qui ne sont pas méritées.

J’ai nommé les colonels Huard, Abbé et Cardenan, généraux de brigade; j’ai nommé colonel M. Steenhaud, chef d’escadron du 4e chasseurs, et capitaines les lieutenants Roederer et Clary.

Je m’en rapporte à ce que vous dira le général César Berthier sur la comparaison que vous faites de l’armée de Naples avec la Grande Armée. Officiers d’états-majors, colonels, officiers ne se sont pas déshabillés depuis deux mois, et quelques-uns depuis quatre (j’ai moi-même été quinze jours sans ôter mes bottes); au milieu. de la neige, et de la boue, sans vin, sans, eau-de-vie, sans pain, mangeant des pommes de terre et de la viande, faisant de longues marches et contre-marches sans aucune espèce de douceurs, et se battant à la baïonnette et sous la mitraille; très-souvent les blessés obligés de s’évacuer en traîneaux, en plein air pendant cinquante lieues.

C’est donc une mauvaises plaisanterie que de nous comparer à l’armée de Naples, faisant la guerre dans, le beau pays de Naples, où l’on a du vin, de l’huile, du pain, du drap, des draps de lit, de la société et même des femmes. Après avoir détruit la monarchie prussienne, nous nous battons contre le reste des Prussiens, contre les Russes, les Kalmouks, les Cosaques, ces peuplades du Nord qui envahirent jadis l’empire romain.

Nous faisons la guerre dans toute sa force et sa rigueur. Au milieu de ces grandes fatigues, tout le monde a été plus, ou moins malade. Pour moi, je ne me suis jamais trouvé plus fort, et j’ai engraisse.

Par vos états de situation, je vois que vous avez 53 000 hommes à l’effectif, et 43 000 hommes présents sous les armes; c’est plus qu’il ne vous en faut. Vous n’avez devant vous qu’un effectif de 18 000 Anglais, ne formant pas un présent de plus de 100 000 hommes. Les Russes ont autre chose à faire qu’à s’occuper de vous.

Les levées immenses que je fais en France, en Italie, s’opposent à ce que je vous envoie de l’argent. Direz-vous que, malgré les grandes possessions que j’ai, je viens de dépenser douze millions en France pour acheter des chevaux ?

Une guerre comme celle que je fais use le personnel et le matériel; il faut donc un argent immense pour tout réparer. Je suis obligé d’entretenir une armée d’observation considérable en Italie. Il faut que je solde de nombreux corps de gardes nationales pour garder mes côtes, car mes côtes et mes ports sont bloqués comme les vôtres.

Voici tous les secours que je puis vous envoyer: 6 000 hommes des dépôts, armés et bien habillés, sont partis pour renforcer vos corps; 3 000 partiront au 15 avril ; ce qui fera 9 000 hommes de renfort. Je vous ai envoyé, depuis janvier, un million, qui était tout ce qui me restait de mon petit trésor de Turin. Je donne ordre qu’on vous envoie, pendant les mois d’avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre et novembre, 500 000 francs par mois; ce qui fera quatre millions.

En jetant un coup d’œil sur le rapport de M. Roederer, je me suis convaincu que vous avez des moyens immenses. Quand on paye vingt-six millions de dettes publiques, on peut retarder les payements d’un an et l’on a vingt-six millions sur-le-champ. Votre armée napolitaine vous coûte trop.

Mais de quoi parle M. Roederer, de caisse d’amortissement ? Il est bien question de ces babioles ! Il est question de payer l’armée.

Est-ce bien dans un pays qui n’est pas encore consolidé par la reconnaissance de l’Europe et par la paix, qu’on fait des projets d’établissements pour l’avenir ? M. Roederer est dans une position opposée à vos intérêts; il doit avoir besoin de mettre des théories à exécution, de se bien faire venir du pays en le soulageant de toutes les manières.

Ne faites point d’Ordres; ne fondez aucun établissement de crédit; tout cela sont des opérations de la paix, tout cela doit venir avec elle, et cette paix arrivera.

Le moyen de faire entendre à des hommes de l’imagination de Roederer que le temps est le grand art de l’homme, que ce qui doit être fait en 1810 ne peut être fait en 1807 ! La fibre gauloise ne s’accoutume pas à ce grand calcul du temps; c’est cependant par cette seule considération que j’ai réussi dans tout ce que j’ai fait.

Je pourrais en dire autant de Dumas (Mathieu Dumas, 1753-1837. Il est alors ministre de la guerre du roi Joseph à Naples). Ce sont des hommes qui n’ont pas eu et qui n’auront jamais la prudence du temps, qui feront aujourd’hui ce qui ne doit être fait qu’après-demain, et qui ne sauront pas vous tirer de la situation où vous vous trouvez. Un homme comme Salicetti (Antoine Christophe Salicetti, 1757-1809. Il est en 1807 ministre de la police du roi Joseph à Naples) eût été un bon ministre des finances.

Payez donc l’armée: c’est la dépense la plus sacrée.

Ne souffrez pas qu’on se plaigne. Avec le Français il faut montrer du caractère. L’armée de Naples n’a pas lieu de se plaindre.

Dites-leur : « Vous vous plaignez ! Demandez au général Berthier; il vous dira que votre Empereur est pendant des quinze jours mangeant des pommes de terre et bivouaquant au milieu des neiges de la Pologne. Jugez de ce que doivent être les simples officiers. Ils ne mangent que de la viande. »

 

Osterode, 2 mars 1807 (d’après J. Tulard, cette lettre doit être datée du 4 mars)

A l’impératrice

Mon amie, il y a deux ou trois jours que je ne t’ai écrit; je me le reproche; je connais tes inquiétudes. Je me porte fort bien; mes affaires sont bonnes. Je suis dans un mauvais village, où je passerai encore bien du temps : cela ne vaut pas la grande ville. Je te le répète, je ne me suis jamais si bien porte; tu me trouveras fort engraissé.

Il fait ici un temps de printemps; la neige fond, les rivières dégèlent; cela me fait plaisir.

J’ai ordonné ce que tu désires pour la Malmaison. Sois gaie et heureuse, c’est ma volonté.

Adieu mon amie, je t’embrasse de cœur. Tout à toi.

 

Osterode, 2 mars 1807

A Cambacérès

Mon cousin, je reçois votre lettre du 19 février. Nous n’avons ici rien de nouveau. Le printemps a l’air de commencer; la neige est fondue.

Je lis un rapport du ministre de la police, relatif à un criminel nommé Perrée (Ne pas confondre avec Jean-Baptiste Perrée, contre amiral, ou Pierre Nicolas Perrée, régent de la Banque de France !), qui a excité la commisération de la ville et qui a été manqué par le bourreau. S’il n’y a aucun esprit de parti dans cet événement, et si le mouvement populaire est l’effet d’une simple impulsion naturelle de pitié, sans projet concerté, mon intention est de faire grâce au coupable. Faites surseoir à son exécution, s’il en est temps, et faites passer cette affaire au Conseil privé.

 

Osterode, 2 mars 1807

Au général Dejean

Je reçois votre rapport par lequel vous concluez que l’armée doit avoir plus de fusils que d’hommes. Sans doute, si elle n’en avait pas consommé. Une bataille comme celle d’Austerlitz coûte au moins 12,000 fusils; de grandes marches en coûtent aussi. Jugez combien, depuis deux ans, on en a perdu. Ce n’est pas exagérer que d’en porter le nombre à 60,000. Sans ceux de Vienne et les fusils saxons, la France aurait dû me fournir bien davantage.

J’approuve que vous ayez fait partir le 15e de ligne de Mayence.

 

Osterode, 2 mars 1807, 2 heures après midi

Au maréchal Soult, à Liebstadt

Mon Cousin, il est deux heures, et je n’ai point de lettres de vous; ce qui me fait penser qu’il n’y a eu rien de nouveau aux avant-postes aujourd’hui. Vous vous serez préparé dans les journées d’aujourd’hui et de demain, et j’espère que vous enlèverez à l’ennemi quelques pièces de canon et des prisonniers. Les nouvelles d’aujourd’hui sont que l’ennemi a débouché de Guttstadt sur Queetz, chemin de Deppen, avec une colonne d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie. Comme le maréchal Ney a dû être en mesure sur ce point, je suis dans l’espérance qu’il sera beaucoup supérieur à l’ennemi, et qu’il y aura là un combat de détail brillant et avantageux. Je vous recommande d’être plein de l’esprit de la chose, de mettre de côté toute petite rivalité et de tomber ferme sur le flanc de l’ennemi, si demain matin il s’engageait un combat entre Queetz et Guttstadt. Tout me porte à penser que le maréchal Davout sera inutile : toutefois sa tête sera aujourd’hui à Mohrungen, prête à vous soutenir. La division Espagne doit vous être arrivée; ne l’employez cependant qu’en bonne connaissance de cause; car ce que peuvent faire seize escadrons d’aussi braves gens est incalculable. Il serait malheureux qu’ils donnassent à faux contre des bois et des ravins. Instruisez-moi de ce que vous faites.

Le maréchal Ney parait être dans l’intention d’attaquer demain peu avant le jour. Il écrit de ce matin que l’ennemi occupe Queetz et qu’il établit une chaîne de vedettes sur les montagnes qui dominent Ankendorf, et que son projet est de se réunir derrière Ankendorf, afin de tomber plus sûrement sur l’ennemi.

Vous sentez donc qu’il est nécessaire que vous attaquiez de bonne heure, et qu’après avoir culbuté ce qui se trouverait à Queetz à Lemitten, vous vous trouviez en mesure de faire une diversion sur le flanc droit de l’ennemi, en faveur du maréchal Ney, si celui-ci avait une affaire sérieuse.

 

Osterode, 2 mars 1807

DÉCISION

Le major général fait connaître que M. de Thiard demande la permission, 1° de ne pas accepter la place de major, qu’il ne se sent point en état de remplir; 2° de donner sa démission et de retourner en France à cause de son inactivité à 200 lieues du champ de bataille. Répondez à M. de Thiard que l’Empereur, auquel vous avez fait part de la demande de sa démission, la refuse, la regardant comme une folie et un coup de tête, et vous charge, au contraire, de lui donner l’ordre positif de rejoindre le quartier général.

 

Osterode, 2 mars 1807

64e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

La ville d’Elbing fournit de grandes ressources à l’armée: on y a trouvé une grande quantité de vin et d’eau-de-vie; ce pays de la basse Vistule est très-fertile.

Les ambassadeurs de Constantinople et de Perse sont entré en Pologne et arrivent à Varsovie.

Après la bataille d’Eylau, l’Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer tous les morts. On a trouvé un grande nombre de cadavres d’officiers russes avec leurs décorations. Il parait que parmi eux il y avait un prince Repnine. Quarante-huit heures encore après la bataille, il y avait plus de 500 Russes blessés qu’on n’avait pas encore pu emporter. On leur faisait porter de l’eau-de-vie et du pain, et successivement on les a transportés à l’ambulance. Qu’on se figure, sur un espace d’une lieue carrée, 9 ou 10,000 cadavres, 4 ou 5,000 chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d’obus, de munitions, 24 pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever; tout cela avait plus de relief sur un fond de neige : ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l’amour de la paix et l’horreur de la guerre.

Les 5,000 blessés que nous avons eus ont été tous évacués sur Thorn et sur nos hôpitaux de la rive gauche de la Vistule, sur des traîneaux. Les chirurgiens ont observé avec étonnement que la fatigue de cette évacuation n’a point nui aux blessés.

Voici quelques détails sur le combat de Braunsberg.

Le général Dupont marcha à l’ennemi sur deux colonnes. Le général Bruyère, qui commandait la colonne de droite, rencontra l’ennemi à Zagern, et le poussa sur le ravin qui se trouve en avant de ce village. La colonne de gauche poussa l’ennemi sur Wittenberg, et toute la division ne tarda pas à déboucher hors du bois. L’ennemi, chassé de sa première position, fut obligé de se replier sur le ravin qui couvre la ville de Braunsberg; il a d’abord tenu ferme, mais le général Dupont a marché à lui, l’a culbuté au pas de charge, et est entré avec lui dans la ville, qui a été jonchée de cadavres russes.

Le 9e d’infanterie légère, le 32e, le 96e de ligne, qui composent cette division, se sont distingués. Les généraux Barrois, Lahoussaye, le colonel Sémélé, du 24e de ligne, le colonel Meunier, du 9e d’infanterie légère, le chef de bataillon Bouge, du 32e de ligne, et le chef d’escadron Hubinet, du 9e de hussards, ont mérité des éloges particuliers.

Depuis l’arrivée de l’armée française sur la Vistule, nous avons pris aux Russes, aux affaires de Pultusk et de Golymin, 89 pièces de canon; au combat de Bergfriede, 4 pièces; dans la retraite d’Allenstein, 5 pièces; au combat de Deppen, 16 pièces; au combat de Hof, 12 pièces; à la bataille d’Eylau, 24 pièces; au combat de Braunsberg, 16 pièces; au combat d’Ostrolenka, 9 pièces : total 175 pièces de canon.

On a fait, à ce sujet, la remarque que l’Empereur n’a jamais perdu de canons dans les armées qu’il a commandées, soit dans les premières campagnes d’Italie et d’Égypte, soit dans celle de l’armée réserve, soit dans celle d’Autriche et de Moravie, soit dans celle Prusse et de Pologne.

 

Osterode, 3 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 28 février à onze heures du soir. Je vous ai envoyé hier un courrier. Les affaires ici vont bien. Les subsistances commencent à arriver. Il parait que la force de l’armée ennemie n’a point bougé de Königsberg. L’ennemi s’est seulement étendu pour prendre des cantonnements. Du reste, je fais faire aujourd’hui une attaque pour repousser les postes qui se sont trop approchés de nos cantonnements. Je pense que je déciderai ce que vous devez faire de M. de Vincent lorsque je vous écrirai à partir de Varsovie, où il ne serait pas impossible, cependant, que je me rendisse moi-même pour recevoir les ambassadeurs persan et turc.

Quel traité faire avec la Perse ? Comment voulez-vous que je réponde à cette question quand vous ne m’avez pas encore fait remettre le mémoire de M. Jaubert, qui me fasse connaître ce que c’est que la Perse ? Ce traité, d’ailleurs, peut se faire à Paris, c’est le moins pressant. Cela est différent pour la Porte. Mais, tant que vous ne me ferez pas connaître ce qu’elle veut, quel est le but de la mission de son ambassadeur, je ne puis vous envoyer d’instructions.

J’ai lu et relu la dépêche de M. de Stadion; je n’y comprends rien et ne sais quelle réponse vous faire. Si M. de Vincent vous a expliqué cette note pour la rendre intelligible, vous ne me l’avez pas dit. Que veut la Maison d’Autriche ? Je ne le sais pas. Veut-elle traiter pour garantir l’intégrité de la Turquie ? J’y consens. Veut-elle un traité par lequel la Russie venant à acquérir un accroissement de puissance ou de territoire en Turquie, les deux puissances feraient cause commune pour obtenir l’équivalent ? Cela peut encore se faire. Enfin la Maison d’Autriche veut-elle gagner quelque chose dans tout ceci ? se mettre du côté de celui qui lui donnera de l’avantage ? Que veut-elle ? Je ne sais rien de tout cela. C’est à M. de Vincent à expliquer là-dessus ce qu’il veut, de manière que tout cela soit bien clair. Il faut aller plus loin : après avoir dit à M. de Vincent tout ce que je vous dire, ajoutez que, si les affaires avec la Prusse ne s’arrangent pas, et que la Maison d’Autriche veuille faire cause commune avec nous, on pourrait lui donner une partie de la Silésie. Par ce moyen, elle aurait repris à la monarchie prussienne ce que cette monarchie lui a pris en d’autres temps. Mais cette dernière ouverture me parait bien hasardée. La Maison d’Autriche ne sait elle-même que faire, et dès lors il est bien difficile de la pénétrer. Faites-moi connaître votre opinion sur ce que veut la Maison d’Autriche, et ce qu’il faut faire pour se l’assurer. Ce doit être là mon premier intérêt. Du reste, pour rassurer M. de Vincent, vous pouvez lui dire qu’il viendra à Thora ou à Osterode avec vous, si vous y venez; qu’on est embarrassé de ce grand nombre de diplomates à l’armée, mais que lui, militaire, ne fera pas beaucoup d’embarras dans un quartier général. Dites-lui cela comme venant de vous et comme étant votre opinion.

 

Osterode, 3 mars 1807

Au général Duroc

Rapp doit être arrivé à Thorn; il doit avoir reçu l’ordre du major général pour prendre le commandement de Thorn en qualité de gouverneur. Réunissez tous les moyens pour faire terminer le pont de Thorn. Visitez tous les blessés et faites donner à chaque soldat un napoléon et à chaque officier cinq. Envoyez faire la même chose par M. de Tournon, ou par un autre, pour les blessés évacués à Bromberg. Envoyez-moi le recensement qu’on a fait des blessés à Thorn.

Faites partir du pain, des farines, du vin et de l’eau-de-vie pour l’armée; faites charger tout cela sur les caissons de la compagnie Breidt et sur les voitures qui ont amené les blessés. On a ici des fours pour cuire 30,000 rations par jour. Que de Bromberg on approvisionne Thorn. Écrivez à Posen pour avoir la force des dépôts et pour que tous ces hommes rejoignent l’armée. Envoyez à Culm pour prendre l’état de situation des dépôts de cavalerie qui s’y trouvent, arme par arme.

Donnez-moi des nouvelles du maréchal Lefebvre.

Restez quelques jours à Thorn; votre présence m’y est plus utile qu’ici. Il n’y a rien de nouveau; l’ennemi parait être du côté de Königsberg. J’imagine que l’idée de l’intendant général de prendre les bateaux du pont de Varsovie pour envoyer des vivres à Thorn n’a pas eu de suite; c’est la plus grande folie qui puisse venir dans l’esprit. Qu’on rétablisse au contraire le pont au plus vite, et qu’on fasse remonter des bateaux de Thorn sur Varsovie, tant pour rétablir le pont que pour prendre des subsistances. Mais il parait inutile de tant affaiblir Varsovie; le canal de Bromberg doit fournir ce qui nécessaire. Écrivez à Posen pour avoir des fusils, et faites-en venir de Thorn à l’armée; nous en avons besoin de 30,000 pour les Français.

Envoyez-moi l’état de tous les convois partis de Thorn pour l’armée.

Écrivez-moi par tous les courriers qui viennent tous les jours.

 

Osterode, 4 mars 1807, 6 heures du matin

Au général Morand, à Allenstein

Je vous expédie un officier d’ordonnance pour savoir ce qui passe du côté d’Allenstein et connaître le mouvement de l’ennemi sur notre droite. La division de dragons de Milhaud a ordre de se rendre près de vous; envoyez à sa rencontre. Vous dites, dans une de vos lettres au major général, que l’ennemi a eu de l’infanterie à Passenheim. Qu’il y ait eu de la cavalerie et des Cosaques, cela se conçoit; faites-moi connaître positivement ce qu’il en est. A-t-il
encore de l’infanterie à Wartenburg ? Depuis que l’ennemi s’est mis en retraite, et que nos postes sont au delà de Freimarkt, et que j’ai fait réoccuper Guttstadt, quel mouvement aperçoit-on dans les postes qu’il avait sur l’Alle ? Vous êtes bien placé pour envoyer des espions. Ne ménagez pas l’argent et envoyez-moi, deux fois par jour,
des rapports de ce que vous apprendrez.

 

Osterode, 4 mars 1807

Au maréchal Lefebvre, à Dibschau

Il n’y a dans ce moment à Danzig que 8,000 hommes de nouvelles troupes; vous en avez 18,000. Cernez la ville. Faites établir des redoutes pour fortifier votre blocus. Interceptez bien la communication avec Pillau, et conmencez à faire venir quelques pièces de siége à Stettin. Votre tâche est la prise de Danzig; votre gloire y est attachée. Les Polonais se sont distingués, entre autres le prince Sulkowski, dit-on. Faites-vous rendre compte de cela. Je veux leur accorder des décorations de la Légion d’honneur. Il doit être arrivé à Thorn des cartouches pour les Polonais.

 

Osterode, 4 mars 1807

Au général Dombrowski

Je reçois votre lettre du 3 mars. Je n’ai point la situation des troupes polonaises, infanterie et artillerie, qui sont au corps du maréchal Lefebvre. J’ai vu avec peine que vous avez été blessé. J’apprends que cela n’est point dangereux. Faites-moi connaître les hommes qui se sont distingués et qui méritent récompense. Qui commande à présent votre division ? Quand pourrez-vous en reprendre le commandement ?

 

Osterode, 4 mars 1807

Au général Rapp, à Thorn

Depuis cinq ou six jours, je n’entends plus parler de M. de Tournon, qui avait dû aller à Bromberg. J’attends des nouvelles de ce que vous faites. J’imagine que vous êtes entré en possession de votre gouvernement, et que vous commencez, avec votre activité ordinaire, à mettre de l’ordre dans la ville de Thorn. Le canal de Bromberg est-il dégelé et navigable ?

 

Osterode, 4 mars 1807

Au maréchal Soult, à Dietrichsdorf

Mon Cousin, d’après ce que me mande le général Bertrand, il parait que l’ennemi avait peu de monde à Wormditt. En avait-il à Mehlsack ? S’il s’est placé sur l’Alle pour vivre, pouvait-il manœuvrer sur notre droite ? Quand vous rentrerez dans vos cantonnements, gardez une ou deux têtes de pont; faites-y travailler sur-le-champ. Choisissez la hauteur la plus favorable, et faites mettre vos ingénieurs à l’ouvrage. Une tête de pont dans une bonne position doit en peu de jours être imprenable dans un pays où l’on a du bois autant qu’on veut.

 

Osterode, 4 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint la relation du combat de Dirschau. Comme c’est un combat polonais, s’il n’a pas été mis dans le journal de Varsovie, faites l’y mettre.

J’ai reçu vos lettres du 11 mars à dix heures du soir. Dites au prince Poniatowski qu’il donne l’ordre que tous les Polonais se rendent à Neidenburg; il y aura là environ 3,000 chevaux. Le général Zajonchek va s’y rendre avec sa division et avec la partie de la 1e légion qui est disponible, comme je vous l’ai mandé. Je formerai par ce moyen un corps de 10 à 12,000 Polonais, qui protégeront les communications, donneront de l’inquiétude à l’ennemi, et pourront se former, étant seuls et entre eux dans ces cantons. Quand ce corps sera réuni, le prince Poniatowski pourra l’aller passer en revue. Il faut diriger là tous les Polonais volontaires qui veulent servir. Le prince Sulkowski est venu me trouver au quartier général; il dit avoir un régiment de 600 hommes du côté de la Silésie. Je lui ai dit qu’il pouvait l’amener et que je le solderais. Dites cela au prince Poniatowski pour qu’il le dirige sur Neidenburg. J’avais proposé la levée d’un régiment de chevau-légers polonais qui me servirait pour la Garde; faites-moi connaître où cela en est. Il faudrait que le gouvernement pût se procurer des chevaux dans le pays. Si l’on pouvait le former de jeunes gens comme les dix-huit qui composent ma garde d’honneur, cela serait bientôt fait. Arrangez cela. Envoyez au quartier général les hommes isolés; il suffirait qu’ils soient armés, et on les organiserait.

Je vous ai fait connaître hier mes intentions sur la cour de Vienne. Je ne puis rien y ajouter. Je ne vois pas pourquoi renvoyer si vite l’ambassadeur persan à Paris. Il faut le laisser quelque temps à Varsovie. Mais l’important dans tout cela est l’ambassade de la Porte. J’attends de connaître ses instructions et les projets de la Porte. Je ne vois pas d’inconvénient que M. Reinhard s’en retourne à Paris, aussi bien que tout ce qui tient à la légation de Russie et qui ne saurait m’être utile. Peut-être pourriez-vous garder avec vous M. de Lesseps qui a séjourné longtemps en Russie et qui en arrive nouvellement.

Faites-moi connaître quelles sont les personnes qui ont écrit ces deux lettres.

 

Osterode, 4 mars 1807, 5 heures du soir

Au maréchal Davout, à Liebstadt

Mon Cousin, je vous ai fait connaître aujourd’hui dans quelle situation étaient les divers corps d’armée. Ayant laissé une de vos divisions à Allenstein, il est convenable que vous ralliiez tous les autres détachements de vos deux autres divisions près de vous, sans quoi vous vous trouveriez affaibli de tous les côtés. Vous avez laissé deux régiments de cavalerie légère à Napiwoden. Il faut que le général Morand fournisse l’infanterie nécessaire pour les soutenir, afin que vos deux divisions soient ralliées. Vous devez avoir reçu deux convois de pain d’Elbing, dont un qui était destiné pour le quartier général et que j’ai ordonné qu’on vous laisse. Je suppose que, dans la journée, le maréchal Soult aura repris ses cantonnements. Mon intention est de vous donner l’ordre de vous placer à Saalfeld, où vous serez à portée de recevoir des vivres de Marienburg. Faites-moi connaître votre état de situation.

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A l’instant j’apprends que mes ordres n’ont point été exécutés, que le convoi de pain n’a pas passé par Mohrungen et qu’il vient d’arriver à Osterode. Je donne ordre qu’il retourne. 1,200 hommes des régiments provisoires appartenant à vos corps viennent d’arriver. Je les dirigerai sur les positions que vous devez occuper.

 

Osterode . 4 mars 1807, 9 heures du soir

Au maréchal Davout

Mon Cousin, on dit qu’on a tiré aujourd’hui le canon vers Guttstadt; je n’ai point de rapport de ce qui s’est passé. Dans votre position intermédiaire vous devez l’avoir entendu. Écrivez-moi souvent et envoyez des officiers à Guttstadt et aux avant-postes du maréchal Soult pour savoir ce qui se passe et m’en instruire. Il me semble que l’ennemi fait quelque chose; quelques indices feraient penser qu’il fait un mouvement sur ma droite; le fait-il en force et d’une manière décidée ? c’est ce qui est douteux. S’il vous arrive quelques indices là-dessus, communiquez-les-moi.

 

Osterode, 4 mars 1807, à 9 heures du soir

Au maréchal Soult

Mon Cousin, l’ennemi paraissait hier avoir un régiment d’infanterie à Wartenburg. Tout porterait à penser qu’il faisait un mouvement sur notre droite. Le peu de défense qu’il a fait à Guttstadt, qui, dans ce cas, devait être son pivot, porterait à penser que sa résolution n’était pas fortement prise. Toutefois, je pense qu’il n’y a pas d’inconvénient à rester dans la position où vous êtes. Mettez-vous en correspondance avec le maréchal Ney. Je n’ai pas encore reçu ses rapports d’aujourd’hui, et je ne sais pas s’il est tranquille dans sa position. Ses avant-postes sont à Peterswalde. Si l’ennemi est en force à Heilsberg, il ne parait pas probable qu’il l’y laisse sans l’inquiéter. Il n’a fait aucune résistance devant Spanden et Braunsberg. Il paraît qu’il n’a personne à Mühlsack. J’attends donc de vos nouvelles pour être éclairé de tout cela. Mon intention est de rentrer dans mes cantonnements si l’ennemi ne fait aucun mouvement sur ma droite et si la masse de ses forces est tranquille. Si, au contraire, il s’est jeté sur ma droite, mon intention est de marcher sur lui en débordant constamment sa droite. Envoyez un officier à Guttstadt, et, si le maréchal Ney est attaqué, secourez-le, comme votre position vous met à même de le faire. Communiquez aussi au prince de Ponte-Corvo toutes les nouvelles que vous avez. Je lui ai donné ordre de pousser en avant sur Spanden, de manière à être prêt à se réunir à vous et savoir ce que fait l’ennemi.

 

Osterode, 4 mars 1807, 9 heures du soir

Au général Bertrand, à Guttstadt

Vos lettres ne disent rien. Vous aurez pu cependant interroger pour savoir le nom des régiments et du général qui commandait, et cent choses, toutes très-importantes ; l’esprit des troupes, la manière dont elles se nourrissent, la force des différent corps, ce qu’on sait en causant avec les colonels et les officiers des corps. Je m’attendais à plusieurs pages, et je n’ai que deux lignes. Réparez tout cela et écrivez-moi longuement.

 

Osterode, 5 mars 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 20 février. Les préfets demandent des permissions d’armes, et, à cet effet, exigent une rétribution. Cela est illégal. Faites un rapport au Conseil d’État, pour qu’il soit pris des mesures sur cet objet, car enfin aucune taxation ne doit être faite sur les citoyens que par une loi.

Le ministre de la guerre aura rappelé probablement le général Cervoni à ses attributions.

 

Osterode, 5 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois la lettre par laquelle vous m’instruisez de l’arrivée d’un chargement de Cayenne. Victor Hugues (Victor Hugues, 1762-1826. Agent particulier de la France en Guyane de 1800 à 1809) ne nous en envoie pas souvent. Je crois qu’il en a un peu fait sa propriété.

 

Osterode, 5 mars 1807

DÉCISION

Le ministre de la marine demande à l’Empereur si les officiers de la marine impériale, employés à Naples particulièrement, et aussi en Italie, servant dans les mêmes divisions que les officiers de ces deux puissances, doivent, à grade égal, avoir le commandement sur ces derniers, ou concourir avec eux de la date de leur brevet ? A grade égal, le commandement appartient à la marine impériale.

DÉCISION

Le ministre de la marine soumet à la décision de l’Empereur des prétentions élevées par les préposés des douanes hollandaises relativement au payement de droits auxquels ils veulent assujettir les bâtiments qui viennent à Flessingue. Les bâtiments ne doivent rien. Flessingue appartient à Sa Majesté en commun avec le roi de Hollande.

 

Osterode, 5 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 20 et du 21. Je vois avec peine les notes qu’on met dans le Moniteur, qui n’ont point de sens. Mon projet n’a jamais été d’aller à Königsberg. On dit aussi que je commande mon avant-garde. Tout cela est bêtise. Je vous prie de ne laisser mettre dans le Moniteur que les bulletins, ou tout au plus dire qu’on a reçu des nouvelles et qu’on a eu des succès, qu’on en attend les détails. Si cela est autrement, vous empêcherez de rien écrire, et alors vous aurez plus d’inquiétude. Berthier écrit du milieu du champ de bataille, fatigué, et ne s’attend pas que ses billets doivent être imprimés.

Il n’y a ici rien de nouveau. Mes troupes sont toujours cantonnées derrière la Passarge. La ville d’Elbing nous fournit des secours assez importants.

 

Osterode, 5 mars 1807

A Gaudin

Ce qui s’est fait à Mousseaux (l’ancienne Folie de Chartres de Philippe Égalité, aujourd’hui le parc Monceau. Napoléon songea un temps à y installer le zoo, qu’il voulait séparer du Jardin des Plantes) n’a pas rempli mon objet. Un beau jardin de plus est nécessaire à la grande ville. Il faut donc rédiger un deuxième projet pour avoir là un jardin qui, dans un genre différent, rivalise avec les Tuileries, le Luxembourg et le Jardin des Plantes.

Les jardins des Tuileries et du Luxembourg étant dans le genre français, un jardin véritablement beau dans le genre chinois (Napoléon veut dire ici genre anglais) ne peut être qu’un nouvel agrément pour Paris. Il faut qu’au moyen des embellissements dont on va faire le projet, il devienne plus beau qu’il n’a jamais été.

Le ministre des finances doit donc renvoyer cet objet au ministre de l’intérieur. On le chargera de faire exécuter mes vues, en faisant consulter les gens de l’art attachés à ce ministère.

 

Osterode, 5 mars 1807

DÉCISION

Sire, plusieurs évêques de ]’Empire dont adressé des représentations sur la manière peu décente avec laquelle on chôme, dans certaines communes, les fêtes conservées par le Concordat.

Ils exposent que, dans ces communes, les boutiques demeurent ouvertes et les ouvrages serviles continuent pendant les jours de fête comme pendant les autres jours. Ils font observer que, dans le cours de la révolution, des lois impérieuses de police prohibaient tout travail lorsqu’on célébrait le décadi ou quelques fêtes civiques. Ils ajoutent que le peuple, qui n’est régi que par les choses sensibles, s’habitue à négliger les pratiques religieuses et perd de vue la religion même en voyant l’espèce d’autorisation accordée à tous ceux qui affectent l’indifférence et le mépris pour les fêtes que la religion consacre. Ils demandent en conséquence que la célébration de ces fêtes soit protégée par des règlements capables de prévenir tout scandale et tout abus.

L’article 57 de la loi du 18 germinal an X porte que le repos des fonctionnaires publics sera fixé aux dimanches et aux jours destinés à célébrer les fêtes conservées par le Concordat. Cet article se tait sur la manière dont le dimanche et les fêtes chômées doivent être célébrés par la masse des fidèles; mais il est évident que l’esprit de la loi a été de commander à tous les citoyens la décence qu’il convient de garder pendant les jours consacrés à la religion.

Le principe de la liberté des cultes ne pourrait être un obstacle à l*exécution du vœu que MM. les évêques manifestent, car, dans le culte catholique comme dans le culte protestant , on chôme également le dimanche, on chôme les mêmes fêtes. 

Pourquoi la loi du 18 germinal an X a-t-elle diminué le nombre des fêtes?

Pour ne pas distraire trop souvent de leurs travaux les hommes qui ont besoin de travailler pour vivre, et pour ne pas suspendre trop fréquemment les travaux et les fonctions des personnes consacrées au service de la société. Le législateur a donc supposé que les jours
de dimanche et de fête doivent être des jours de recueillement et de repos pour tout le monde. S’il en était autrement, de quel motif raisonnable eût-il pu autoriser la réduction des fêtes ?

Il faut pourtant convenir que le principe général sur le repos ordonné dans les jours de dimanche et de fête reçoit des exceptions que l’état présent de nos sociétés ne permet pas de méconnaître.

Il est des circonstances où les travaux publics ne pourraient être suspendus sans quelque danger pour l’État. Il est certains travaux dans la campagne qui, dans le temps opportun, ne pourraient être différés sans que l’on s’exposât au risque de n’avoir point de récolte, ou de perdre celle que l’on est sur le point de recueillir. Ces exceptions ont toujours été reconnues, sans aucune sorte d’inconvénients. Dans tous les temps les travaux publics ont continué pendant les jours de dimanche et de fête, dans les arsenaux et dans les autres ateliers consacrés au service public, quand les administrateurs ont cru cette continuation nécessaire. Quant aux travaux de la campagne, non seulement ils ont été permis, mais même ordonnés par la police, quand le magistrat a pu croire que la plus courte suspension pouvait mettre la récolte en danger. Dans tous ces cas, le magistrat seul est arbitre de ce que l’on peut ou doit faire.

Nous ajouterons qu’il est des hommes qui ne pourraient cesser de travailler un seul jour sans compromettre leur subsistance et celle de leur famille. Il faut donc, ou que ces hommes soient nourris aux dépens du public, ou qu’ils ne soient jamais obligés de suspendre leurs leurs travaux, même pendant les fêtes chômées.

Certainement la religion ne saurait contredire les vues d’humanité; dans l’ordre religieux, comme dans l’ordre naturel et civil, la nécessité est au-dessus de toutes les règles et les fait toutes cesser.

Mais il est des choses de décence extérieure que l’on petit observer sans se nuire. Un ouvrier qui croit avoir besoin de son travail peut travailler sans tenir boutique ouverte les jours de dimanche et de fête. L’ouverture des boutiques pendant ces jours semble n’être qu’une vaine parade, une affectation, une couleur que l’on se donne pour avoir l’air de se mettre au-dessus des idées communes et de braver les idées et les pratiques religieuses. L’ordre public exige que chacun respecte la religion que les lois de l’État protégent.

Plusieurs préfets ont ordonné dans les départements,

1° Que les boutiques seraient fermées les dimanches et fêtes;

2° Que les cabarets ne seraient point ouverts aux heures des offices pendant ces mêmes jours.

Les arrêtés de ces préfets ont produit le meilleur effet et n’ont excité aucune réclamation.

D’autres préfets me consultant, je leur ai indiqué l’exemple de leurs collègues, mais n’ai pas cru devoir, de mon chef, leur tracer une conduite constante et sûre, avant que de connaître les intentions de Votre Majesté.

Si Votre Majesté l’agrée, j’inviterai les préfets qui m’ont déjà consulté , ou qui pourront me consulter dans la suite, à ordonner tout ce qui est de décence extérieure, les jours de dimanche et de fête , sans exercer aucune recherche inquiétante contre les citoyens. La décence extérieure se borne à ne pas tenir les boutiques ostensiblement ouvertes, à ne pas vendre et à ne pas travailler les jours de fête, avec la même publicité que les jours ouvrables, et à fermer les cabarets aux heures des offices. Ces règles sont généralement suivies chez toutes les nations où la liberté des cultes est admise comme en France.

Il est contraire au droit divin d’empêcher l’homme, qui a des besoins le dimanche comme les autres jours de la semaine, de travailler le dimanche pour gagner son pain. Le gouvernement ne pourrait imposer une telle loi que s’il donnait gratis du pain à ceux qui n’en ont pas. D’ailleurs le défaut du peuple en France n’est pas de trop travailler. La police et le gouvernement n’ont donc rien à faire là-dessus.

Les saints Pères mêmes ne prescrivent le repos, le dimanche, qu’aux hommes qui ont assez d’aisance, ou qui sont dans le cas de mettre assez d’économie dans leur travail de la semaine pour pouvoir passer le dimanche sans travail. Cela est si vrai, qu’il était dans l’usage de tous les pays chrétiens qu’avec la permission de l’évêque ou du curé on pouvait travailler le dimanche. Serait-ce à l’évêque, serait-ce aux magistrats qu’appartiendrait le droit de donner cette permission ?

On a vu, de nos jours, la force publique employée à parcourir les villes et les campagnes pour contraindre à célébrer la décade et à travailler le dimanche. On doit bien se garder de se mettre dans la nécessité d’employer un jour les gendarmes à empêcher l’homme qui a besoin de son travail pour assurer sa subsistance de travailler le dimanche. Dans l’un et l’autre cas il y a, de la part de l’autorité, superstition, soit politique, soit religieuse. Dieu a fait aux hommes une obligation du travail, puisqu’il n’a permis qu’aucun des fruits de la terre leur fût accordé sans travail. Il a voulu qu’ils travaillassent chaque jour qu’il leur a donné des besoins qui renaissent tous les jours. Il faut distinguer, dans ce qui est prescrit par le clergé, les lois véritablement religieuses et les obligations qu:i n’ont été imaginées que dans la vue d’étendre l’autorité des ministres du culte.

La loi religieuse veut que les catholiques aillent tous les dimanches à la messe; et le clergé, pour étendre son autorité, a voulu qu’aucun chrétien ne pût, sans sa permission, travailler le dimanches. Cette permission, il l’accordait ou la refusait à son gré, pour constater son pouvoir, et l’on sait que, dans beaucoup de pays, on l’obtenait avec de l’argent. Encore une fois, ces pratiques étaient superstitieuses, et plus faites pour nuire à la véritable religion que pour la servir.

N’est-ce pas Bossuet qui disait : « Mangez un bœuf et soyez chrétien ? ». L’observance du maigre le vendredi et celle du repos le jour du dimanche ne sont que des règles secondaires et très insignifiantes. Ce qui touche essentiellement aux commandements de l’Église, c’est de ne pas nuire à l’ordre social, c’est de ne pas faire de mal à son prochain, c’est de ne pas abuser de sa liberté. Il ne faut pas raisonner, mais il faut se moquer des prêtres qui demandent de tels règlements. Je ne les oblige pas à donner malgré eux l’absolution; je ne veux pas non plus qu’ils m’obligent à faire jeter dans le séjour du crime le paysan qui travaille, quelque jour de la semaine que ce soit, pour assurer sa subsistance et celle de sa famille.

Puisqu’on invoque l’autorité sur la matière, il faut donc qu’elle soit compétente. Je suis l’autorité, et je donne à mes peuples, et pour toujours, la permission de ne point interrompre leur travail. Plus ils travailleront, et moins il y aura de vice. Plus ils se procureront avec abondance la subsistance qui leur est nécessaire, plus, ils satisferont aux besoins des organes et au voeu de la nature.

Si je devais me mêler de ces objets, je serais plutôt disposé à ordonner que le dimanche, passé l’heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail. Quand on jette un coup d’œil sur les diverses classes qui composent la société, on sent à quel point le repos du dimanche est plus funeste qu’utile. On voit dans combien d’arts, dans combien de métiers, cette interruption du travail a des effets fâcheux. La société ne compose pas un ordre contemplatif. Quelques législateurs ont voulu en faire un couvent de moines et lui appliquer les règles qui ne conviennent que dans le cloître. Puisque le peuple mange tous les jours, il doit lui être permis de travailler tous les jours.

Il faut que M. Portalis prenne garde que cette concession une fois accordée, on ne manquera pas d’en exiger d’autres. Ayant une fois fait intervenir la force du gouvernement dans des choses qui sont hors de son ressort, on nous ramènera au temps désastreux des billets de confession, et à ces misérables époques où le curé croyait avoir le droit de gourmander un citoyen qui n’allait pas à la messe.

La force des ministres du culte réside dans les exhortations de la chaire, dans la confession. Les sbires et les prisons ne doivent jamais être des moyens de ramener aux pratiques de la religion.

 

 

Osterode, 5 mars 1807

Au général Duroc

Je suppose que vous êtes arrivé hier à Thorn. Tournon m’écrit qu’il m’a expédié 45,000 rations de pain de Bromberg. Faites remplir de farine, de pain, de biscuit et d’eau-de-vie tous les caissons de la compagnie Breidt, qui retournent de conduire des blessés, ainsi que les voitures du pays.

Il faut tirer de Varsovie le plus de chirurgiens qu’on pourra. Ceux de la ville pourront soigner une partie des blessés qui y sont, que les chirurgiens de Thorn puissent revenir, si nous en avons besoin.

Il faut organiser la manutention de Thorn de manière qu’on y fasse par jour 40,000 rations de pain et qu’il y ait de la farine pour quinze jours.

Organisez une manutention pareille à Bromberg. Mais ce qui est le plus pressant, c’est de nous approvisionner à Osterode et ensuite à Strasburg, où il faut quatre ou cinq gros fours et un bon approvisionnement, tant pour les passages que pour les mouvements de l’armée, si je juge à propos de me concentrer. Ce ne serait pas trop d’y faire 20,000 rations par jour. L’intendant général peut y avoir les ressources de Plock et des autres districts.

Nous vivons médiocrement, grâce à Elbing et à Marienburg; mais bientôt nous ne vivrons pas du tout, car les localités seront bientôt épuisées.

Il faut que l’intendant général cherche, par tous les moyens possibles, à avoir du riz.

Tout le vin que j’avais sur le canal et à Stettin doit être près d’arriver; ce serait une belle et grande ressource.

J’ai ici une manutention pour faire 15,000 rations par jour, mais je ne suis pas approvisionné en farine.

Il faut que Rapp passe, tous les jours à midi, la revue des hommes qui rejoignent l’armée, afin qu’aucun homme ne parte s’il n’est point armé et n’a ses cartouches; il faut que les hommes qui partent de Thorn pour l’armée aient du pain jusqu’à Strasburg, où on leur en donnera jusqu’ici.

J’ai établi que tous les hommes sortant des hôpitaux, les bagages, etc., appartenant au 3e corps seraient à Thorn; ceux du 4e, à Bromberg; ceux du 6e, à Fordon, et ceux du ler, à Schwetz. Faites-moi connaître si le gouverneur de Thorn et l’intendant général ont reçu là-dessus les ordres du major général; que le gouverneur écrive aux commandants, et l’intendant général aux intendants, pour diriger sur ces points les hommes et les bagages des différents corps.

Le dépôt général de cavalerie est à Culm.

L’armée a bien besoin de fusils. Il y en a à Posen et à Thorn; prenez des renseignements là-dessus.

Visitez avec soin le pont; on m’assure qu’il est raccommodé: qu’on y travaille de nouveau pour l’assurer davantage.

Rapp désire venir à l’armée active; je le désire aussi, car il y a ici des gens qui, au premier événement, ne soutiennent plus leur réputation. Cependant il faut un homme à Thorn qui puisse le remplacer, à moins que Lemarois n’ait assez de santé pour cela. D’ailleurs, faites-moi connaître si Rapp est entièrement guéri.

J’ai fait passer la Passarge à tous mes corps d’armée; l’ennemi s’est partout retiré précipitamment. Soult a poussé l’ennemi au delà de Freimarkt; le prince de Ponte-Corvo, au delà de Mehlsack. L’ennemi s’est retiré précipitamment sur Königsberg. Il a paru craindre que nous n’y arrivassions avant lui. Effectivement, je n’en suis qu’à quinze lieues, de Braunsberg. L’ennemi s’est aperçu quand on réparait ponts de la Passarge, et on n’a pu le surprendre. Voici la situation d’aujourd’hui.

 Je désire savoir le nombre des blessés qui ont passé à Thorn, corps par corps, en distinguant les grandes et les petites blessures. Rapp, j’espère, mettra une assez bonne police pour empêcher que les traînards et petits blessés ne désertent , et renverra tout le monde à son poste.

Il faut que l’intendant général prenne des moyens très-sérieux pour nous approvisionner ici; il faut qu’il fasse venir des voitures de Posen et de toute cette partie de la Pologne; qu’il donne, de son chef, une nouvelle direction aux fournitures de Bromberg. Il pourrait en faire des magasins à Mewe, comme le district de Posen pourrait mettre à même d’en former à Thorn et dans les environs.

Recommandez à l’intendant général de veiller à ce qu’on ne désapprovisionne pas trop Stettin et Küstrin et à ce qu’on convertisse les blés en farine.

Répondez-moi à cela article par article. Gardez Tournon à Thorn. C’est un homme plein de zèle et dont je suis très-satisfait, et aidera à faire marcher tout cela. J’ai ici de la cavalerie polonaise, mais je n’ai pas de sabres; écrivez au général Liébert combien il pressant d’en envoyer.

 

Osterode, 5 mars 1807

Au général Rapp

Je reçois votre lettre du 3. Restez encore quelques jours à Thorn où vous m’êtes utile. Après cela, je vous donnerai le commandement d’une division de dragons.

L’intendant étant arrivé à Thorn, je suppose qu’il va s’occuper de tout ce qui est relatif aux subsistances. Faites dresser l’état de situation des dépôts de cavalerie qui sont à Culm, régiment par régiment. Faites-moi connaître le nombre des fusils qui se trouvent à Thorn; nous en avons besoin à l’armée. Veillez qu’il ne passe au pont de Thorn, pour se rendre à l’armée, que des hommes bien armés, et envoyez-moi, par tous les courriers, l’état de situation des dépôts des corps d’armée. Écrivez à Posen pour activer l’arrivée des fusils et de tous les hommes de l’armée, afin de renforcer les cadres. Qu’aucun détachement ne parte pour l’armée que vous ne l’ayez, à midi, passé en revue.

 

Osterode, 5 mars 1807, 4 heures du soir

Au maréchal Soult, à Schwendt

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5 à huit heures du matin. L’ennemi a présenté hier à Launau 6,000 hommes d’infanterie au maréchal Ney, indépendamment d’une grande quantité de cavalerie. Cette cavalerie a fait plusieurs charges sur l’infanterie, dont elle s’est fort mal trouvée. Il y a eu une canonnade et fusillade où nous avons eu 80 à 100 hommes tués et blessés. Le général Bertrand a dû vous envoyer ces détails. Je suis fâché que vous ayez retiré de la cavalerie de Freimarkt, parce que les Cosaques que vous avez poussés à la pointe du jour feront un mouvement en avant. La raison qu’il n’y a point de vivres ni de fourrages n’est pas valable. Il y a dans ce village de quoi nourrir ma cavalerie pendant trois semaines. Le maréchal Ney doit aujourd’hui rester en position et ne pas attaquer l’ennemi à Launau. Si vous n’avez pas entendu la canonnade, c’est signe que l’ennemi, de son côté, n’a pas fait de mouvement offensif. Je n’ai point encore de nouvelles de ma droite. Tout porte à penser que l’ennemi aura reployé tous les mouvements qu’il avait faits de ce côté, car il me semble que Guttstadt doit être son pivot. Cependant il ne faut jamais vouloir deviner ce que peut faire l’ennemi. Mon intention est toujours la même. Si l’ennemi continue à faire des mouvements en force sur ma droite, je marcherai sur Königsberg par ma gauche. J’ai intérêt à ce que sa cavalerie ne revienne pas sur Freimarkt, mais qu’au contraire elle se tienne toujours en position d’être attaquée. Je désire rentrer dans mes cantonnements, parce que, dans peu de jours, mes vivres seront tellement assurés et la saison tellement avancée, que je pourrai manœuvrer avec avantage. Mais, si l’ennemi s’obstinait dans un mouvement offensif sur sa gauche, je ne serais plus le maître de m’arrêter. Je suppose que le prince de Ponte-Corvo aura fait son mouvement sur Mehlsack. Il a fait travailler à ses têtes de pont de Spanden et de Braunsberg. Il est nécessaire que vous ayez un poste à Elditten pour lier vos communications avec le maréchal Ney. C’est le cas de quelques abatis ou même d’une redoute en avant ou en arrière, selon les localités. Il faut remuer de la terre et couper du bois pour se palissader. C’est le moyen d’épargner l’infanterie et n’avoir rien à craindre des incursions de la cavalerie.

 

Osterode, 5 mars 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, il me semble qu’il vaut mieux placer le régiment napolitain à Novare que dans tout autre endroit. Quand j’aurai vu votre rapport je verrai ce que j’en veux faire; s’il ne désertait pas, je pourrais le faire venir à la Grande Armée. Je vous ai demandé le régiment de chasseurs royaux italiens; faites-le partir pour la Grande Armée. Il est heureux pour les régiments italiens d’avoir des occasions de se battre. La division Teulié commence à se former.

 

Osterode, 6 mars 1807, 6 heures du matin

Au maréchal Soult, à Schwendt

Mon Cousin, le mouvement offensif se fait sentir sur ma droite. Passenheim, Wartenburg sont évacués; je crois même Seeburg. Il parait que, s’il fût entré dans mes projets de marcher par ma gauche, j’aurais mis l’ennemi dans l’obligation de se réunir loin de Königsberg, car il n’aurait pas voulu donner bataille, privé de beaucoup de ses  divisions. C’est bien un des inconvénients que j’avais sentis des mouvements actuels que de les éclairer sur leur position; mais, d’un autre côté, ils me pressaient trop sur ma droite. Mais, désirant laisser passer le mauvais temps et organiser mes subsistances, je ne suis point autrement fâché de cette leçon donnée à l’ennemi. Avec l’esprit de présomption dont je le vois animé, je crois qu’il ne faut que de la patience pour lui voir faire de grandes fautes. Il parait qu’on a entendu une canonnade sur Braunsberg, où l’ennemi a marché pour prendre position. Faites éclairer Mehlsack et reconnaître la force de l’ennemi devant Braunsberg. S’il n’avait là qu’un détachement de moins de 20,000 hommes, peut-être qu’une marche de flanc de Wormditt sur lui, avec beaucoup de cavalerie, pourrait engager une affaire assez brillante et avoir de bons résultats. Cela pourrait se faire après-demain. Le maréchal Davout soutiendrait alors la position, et l’ennemi, qui aurait marché sur Braunsberg, se trouverait attaquépar vous et par le prince de Ponte-Corvo. Dites-moi ce que vous pensez de cela. Étant à Wormditt, vous devez avoir des nouvelles positives de Mehlsack, puisque vous n’en êtes qu’à quatre très-petites lieues.

 

Osterode, 6 mars 1807, 6 heures du matin.

Au général Morand, à Allenstein

Je reçois vos deux lettres du 5. Je désire que vous continuiez à m’instruire de ce qui se passe à Passenheim, Seeburg et environs, et de toutes les nouvelles importantes. Vous pourrez donner 30 louis. Envoyez même des espions à Heilsberg et Königsberg. Vous êtes hors du cordon et vous pouvez communiquer lestement, actuellement que vous avez un peu de cavalerie. Faites connaître au maréchal Ney que vous êtes là, et ce qui se passe. Tous les ponts sur la rive gauche de l’Alle sont gardés, et la route est libre.

Comme Allenstein est une des routes de Guttstadt, quoiqu’il y en ait de plus courtes, quand vous saurez quelque nouvelle de là, vous m’en instruirez.

Vous pouvez envoyer des voitures pour prendre de l’eau-de-vie pour votre troupe. J’imagine qu’Allenstein et les villages environnants vous fourniront assez de pain.

Deux régiments de cavalerie de votre corps d’armée se trouvent à Napiwoden. Envoyez au colonel qui les commande l’ordre de faire des patrouilles sur Passenheim, pour correspondre avec les vôtres. Est-il vrai qu’il y ait eu de l’infanterie de ligne et légère à Passenheim ,et Seeburg ? Envoyez prendre des baillis, afin de vous en assurer.

 

Osterode, 6 mars 1807

A M. de Talleyrand

Je reçois votre lettre du 3 à quatre heures après midi. Vous renvoyez les ministres persan et ottoman un peu trop vite, surtout le ministre ottoman. Il faut que ce dernier reste, qu’il fasse connaître positivement ce que veut la Porte; si la guerre est réellement déclarée, quel plan de campagne a été adopté; si elle veut de mes troupes ou si elle n’en veut pas; de quelle espèce de secours elle a besoin de moi, etc.

Le prince Poniatowski m’envoie toute la cavalerie qui est en organisation, au quartier général; mais il faut qu’elle soit équipée et armée, car que ferais-je d’hommes qui n’auraient ni selles, ni armes ? Il y a des sabres, des pistolets, des carabines à Posen et à Varsovie : quel est le nombre qu’on en a donné ? Je vous ai déjà mandé que je désirais que les bataillons de la première légion qui seraient armés et habillés se dirigeassent sur Neidenburg, où ils formeront un corps de Polonais sous les ordres du général Zajonchek avec d’autres troupes polonaises que j’y réunis. Ce corps défendra la communication de Willenberg à Allenstein et maintiendra libre tout le bas de la Pologne. Confiez au gouvernement et au directeur de la guerre que mon intention est d’ envoyer, d’ici à trois semaines, le maréchal Masséna en Moldavie avec 30,000 hommes, pour s’y réunir au général Marin et à 40,000 hommes qui partent de la Dalmatie. Mon intention serait de joindre aux 30,000 hommes du maréchal Masséna 15,000 Polonais, lesquels resteraient à Kaminiec, en faisant insurger cette province. Je ne suis point très-fâché que ces nouvelles courent, surtout dans le camp russe. Voyez les membres du gouvernement pour savoir si vraiment on pourrait calculer la diversion de quelque insurrection du côté de Kaminiec, dans la Podolie.

Faites tenir mes appartements prêts, parce qu’il serait effectivement possible que je me rendisse à Varsovie d’un moment à l’autre. Il ne faut que quinze heures pour faire le chemin. Annoncez ma présence de toutes les manières.

Je vous le répète, laissez l’ambassadeur ottoman à Varsovie encore quelque temps. Notifiez-lui, au reçu de cette lettre, qu’il m’attende à Varsovie. Vous ne me dites pas quels sont ses pouvoirs. Sa cour désire-t-elle que j’envoie 20,000 hommes pour couvrir Constantinople ? S’il dit non, veut-elle que je les envoie pour balayer le Danube ? Comment les traiterait-on ? Qui en aurait le commandement ? E voyez s’ils ont songé à quelque chose et s’ils désirent quelque chose. S’il y avait un congrès, l’ambassadeur a-t-il des pouvoirs pour ce congrès ? Que veut la Porte à la paix générale ? Voilà des choses sur lesquelles il faut que vous m’éclairiez.

Il ne doit pas être difficile de trouver quelques bateaux ou radeaux et de les charger de subsistances pour ici. Faites-moi connaître comment se porte le maréchal Lannes; est-il guéri ? (Lannes a été légèrement blesse d’une balle, le 26 décembre 1806, à Pulstuck, qu’il avait gagné de main de maître, quoique malade. Fin janvier il commence une convalescence à Varsovie, qui se continue jusqu’à la fin mars, le « privant » d’Eylau.)

Vous trouverez ci-joint une lettre que je reçois du prince de Saxe-Cobourg; elle n’est que ridicule, lorsqu’il est public que ce prince est au service du roi de Prusse. Qu’il rentre chez lui plus tôt, s’il ne veut pas perdre sa souveraineté.

Il y a ici des marches et des contre-marches, quelques coups de canon, mais rien d’important. J’ai fait chasser l’ennemi en avant de Guttstadt. Comme ses postes étaient venus se placer sur la Passarge, je les ai fait balayer à dix lieues.

 

Varsovie, 6 mars 1807

A M. Fouché

J’ai renvoyé au Conseil l’arrêté du général Cervoni. C’est une chose à laquelle il faut donner de l’éclat pour éclaircir les affaires de cette nature. L’article de votre bulletin à ce sujet n’est pas exact. Les préfets n’ont pas le droit de défendre ou de permettre le port d’armes. Ils abusent en étendant leur autorité, et les militaires sont ainsi conduits à abuser à leur tour. Je ne sais pas si un procureur zélé n’aurait pas pu poursuivre les préfets comme ayant établi des taxations arbitraires. Il me paraît même que, si j’étais grand juge, je ne manquerais pas de le faire. Ces objets sont de la compétence du souverain. C’est une grande erreur que celle qui fait considérer les préfets comme de petits ministres.

Je vois, dans le même bulletin, que l’ex-conventionnel Ricord a eu ordre de quitter Paris en conséquence de ce qui s’est passé en l’an VIII. Puisqu’on l’avait renvoyé alors, on a d’abord eu tort de le souffrir à Paris; l’y ayant souffert, on a eu raison de le renvoyer, s’il y a donné lieu par une conduite douteuse et par des propos; mais on a mal fait, s’il n’y a rien eu de nouveau à lui reprocher. Je ne vois pas pourquoi on rechercherait un homme à l’occasion de circonstances qui sont déjà à des siècles de nous. Il ne me parait pas qu’il se soit autrefois conduit comme un insensé, mais comme un homme qui aimait à vivre et qui criait selon le temps. Je le suppose dans l’aisance, et je ne le crois pas dans le cas de se jeter dans de mauvaises affaires pour vivre. Je désire donc que, s’il y a eu contre lui des motifs récents de mécontentement, on tienne à l’exécution de l’ordre que l’on a donné, et que, dans le cas contraire, on lui fasse connaître qu’il peut résider où il voudra.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, mille selles et mille paires de bottes doivent être prêtes au 1er mars. Faites-les diriger par les caissons de la compagnie Breidt sur Magdeburg, où elles seront à ma disposition. Faites diriger de la même manière, et sur le même point, les mille selles et les mille paires de bottes qui seront prêtes au 30 mars. Faites également diriger sur Magdeburg, , par les caissons de la compagnie Breidt, les effets de la Garde impériale. Il faut aussi laisser les corps envoyer l’habillement ainsi que le harnachement de la cavalerie, et mettez de l’ordre dans ces envois. Le meilleur moyen est de lever les brigades de la compagnie Breidt. Il faut donc en prévenir les corps et particulièrement ceux de cavalerie qui voudront envoyer leurs effets à Mayence. Le général Kellermann m’enverra l’état des objets et les numéro des brigades qui seront dirigés sur Magdeburg. Je donnerai ensuite les ordres de direction sur Spandau, Küstrin, et ainsi de suite sur les régiments.

Rien n’est vicieux comme l’organisation des transports-de la compagnie Breidt. Elle fait un mauvais service, mais elle en fait un. J’ai perdu une centaine de ses caissons, partie enlevés par les Cosaques, partie rompus dans les mauvais chemins. Ceux qui ont été pris par les Cosaques, au nombre de quinze ou vingt, ont été perdus par faute des agents, qui restent huit ou dix jours dans un même endroit.

Je voudrais que vous commençassiez à organiser économiquement ces équipages. A cet effet, je voudrais former des bataillons de transport des équipages militaires. Chaque bataillon aurait un conseil d’administration, et serait commandé par un homme ayant rang de capitaine dans la ligne. Chaque compagnie pourrait être composée de trente-deux caissons attelés de quatre chevaux chacun et conduits par deux hommes. Il est absurde de mettre un homme pour quatre chevaux; les hommes tombent malades et ne peuvent se remplacer,  tandis que les chevaux se remplacent dans le pays. C’est aussi une mauvaise économie de ne mettre que trois chevaux par caisson. Ainsi il y aurait dans une compagnie 32 caissons, 128 chevaux de trait et 64 hommes. On y ajouterait une forge de campagne, une voiture de rechanges de harnais et d’approvisionnements de réparations pour les caissons. Chaque compagnie serait divisée en quatre escouades à chacune de huit caissons et commandée par un maréchal des logis chef. Six compagnies pourraient former un bataillon , qui se trouverait ainsi composé de 192 voitures, 768 chevaux et 384 hommes. Chaque bataillon aurait un quartier-maître. Il y aurait une masse pour l’entretien des caissons, une de harnachement et une d’achat de chevaux. Les caissons et harnais seraient fournis.

Par ce moyen nous n’aurions plus d’intérêt à opposer à l’intérêt de l’armée, ce qui n’est pas à présent; car, par exemple, lorsque j’ai intérêt, à ce que les caissons arrivent vite, l’entrepreneur a un intérêt opposé. D’ailleurs, rien n’est absurde comme ces marchés où l’entrepreneur joue à la loterie et où il peut être ruiné sans qu’il y ait de sa faute, ou gagner un million sans raison. Causez de cela avec M. Lacuée. Rédigez un projet pour la formation de dix bataillons, et faites-le discuter au Conseil d’État. Ensuite commencez par former un bataillon, et n’attendez pas ma signature. J’approuve d’avance le projet que le Conseil aura rédigé. Il serait utile qu’il y eût un chef de bataillon chargé du commandement du régiment, et un directeur général des transports des équipages militaires ayant rang de chef de brigade. Notre administration est dans une grande barbarie. Mais il ne faut pas toucher à la compagnie Breidt et avoir soin que ces nouveaux arrangements n’apportent aucun retard , et m’envoyer très-promptement tout ce qu’il y a de prêt des équipages de cette compagnie. Quoique mal organisée, elle m’a rendu de grands services. Je n’ai que 6 à 700 de ses caissons, et il m’en aurait fallu 3,000.

Je veux, par la nouvelle organisation , faire des transports des équipages militaires comme du train d’artillerie, qui m’a rendu de très-importants services. Sans la manière dont le train est organisé, je n’aurais pas pu tirer mon immense artillerie des mauvais chemins, et jamais une pièce n’est restée en route. Ces résultats dédommagent bien de la dépense que cette organisation occasionne en temps de paix; nous n’avons fait qu’un pas en administration, c’est celui-là. Il faut donc organiser de même le train des transports des équipages militaires. Ayez aussi soin d’ordonner que les caissons soient plus légers et plus solides, qu’ils soient construits avec un bois bien sec et avec une grande attention. On donnera au train des équipages un uniforme différent de celui du train d’artillerie. Ses charretiers doivent être appelés soldats des équipages; ils sont exposés, quoique ce ne soit pas de la même manière que le train. Mais chacun l’est dans une armée, et ce n’est pas un modique salaire, c’est l’esprit du métier qui porte à faire son devoir malgré le danger. Sous ce rapport on avait fait les commissaires des guerres militaires, et cela devait être.

En résumé, continuez à m’envoyer les brigades de la compagnie Breidt, dont j’ai grand besoin pour apporter les objets qui viennent de France. Organisez des bataillons du train des transports des équipages; et, aussitôt qu’une compagnie sera formée, faites-la partir. Vous pouvez fort bien commander encore à Sampigny une centaine de voitures, et m’en envoyer tous les mois une compagnie de 32 voitures. Cela réparera mes pertes. Mais ayez soin qu’elles soient bien construites; de mauvaises choses ou des vieilleries ne servent à rien.

 

Varsovie, 6 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, faites connaître au grand bailli du Valais que si le bataillon valaisan n’est pas complété au ler mai, je le licencierai et que je regarderai comme nul le traité fait avec la République. Vous aurez soin d’accompagner votre lettre de marques de mon mécontentement.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au maréchal Ney, à Schmolainen

J’ai reçu votre lettre du 5. Je suis véritablement peiné des souffrances qu’endurent vos troupes. Il y aura tous les jours 122,000 rations de pain, 10,000 de farine et 20,000 rations d’eau-de-vie à votre disposition, mais les moyens de transport nous manquent. Il faudrait que les corps pussent envoyer, dès ce moment, cinq ou six voitures. Il faut établir à Deppen des fours et une manutention. J’attends des convois considérables de farine, qui seront dirigés sur ce point. D’ailleurs, vos caissons de la compagnie Breidt arriveront. Recommandez aux soldats d’épargner le pays; en le ruinant, on se prive des ressources.

Dans la position qu’occupent aujourd’hui vos troupes, elles soient bien fatiguées. Je désire que vous repreniez les cantonnements que vous deviez occuper selon vos premières instructions, la droite appuyée à Guttstadt, pour première ligne, s’étendant ensuite à Deppen. Ce serait le cas de faire sur une bonne position, à la gauche d l’Alle, quelques bonnes redoutes qui pussent favoriser la résistance des troupes que vous y laisserez. J’ai, du reste, là-dessus pleine confiance en vos dispositions et en vos talents militaires. D’Elditten à Guttstadt, il faut également reconnaître des positions où l’on puisse faire des abatis et quelques palissadements, afin que votre première ligne de postes se trouvât à l’abri des incursions de la cavalerie ennemie.

Le général Morand occupe Allenstein. Un corps d’observation polonais, que commande le général Zajonchek, se réunit à Neidenburg. L’ennemi borde la rive droite de l’Alle par une nuée de Cosaques et quelques Prussiens. Je le répète, je pense que c’est sur Deppen qu’il faut réunir vos parcs et magasins, car c’est sur la rive gauche de la Passarge qu’il faudrait se retirer, si vous étiez forcé.

Je vous recommande, dans vos rapports au major général, d’entrer dans beaucoup de détails sur ce que fait l’ennemi; et, quand vous faites un prisonnier, envoyez son interrogatoire, le nom des généraux ennemis, le nombre des régiments, leur force, etc., car les prisonniers arrivent toujours vingt-quatre ou trente-six heures après vos rapports. J’ai donné le commandement de la division Gardanne, dont vous n’êtes pas satisfait, au général Bisson. J’espère qu’il sera ici dans deux jours.

La faiblesse de nos moyens de transport s’oppose à ce que j’envoie une soixantaine de milliers de rations d’eau-de-vie à Deppen. Vous les auriez là en réserve, pour distribuer quand cela est nécessaire.

 

Osterode, 6 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, le courrier qui arrive m’apporte une lettre de vous, qui m’annonce le départ de convois de Varsovie, mais point de Thorn. Cependant les voitures qui ont conduit les blessés devraient être arrivées. Si on les laisse passer le pont, cela nous mettra dans l’embarras. Un jour plus tôt ou plus tard ne fait rien à l’évacuation des blessés. C’est la pénurie des vivres qui enchaîne toutes nos opérations. Farine, biscuit, eau-de-vie, tout est bon. Je vous ai écrit longuement là-dessus. Je suppose que vous avez écrit pour requérir des voiture, dans tous les villages.

Vous trouverez ci-joint une lettre du prince Jérôme, qui vous fera connaître les bonnes mesures qu’il prend pour nous procurer des vivres.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au maréchal Kellermann, à Mayence

Mon Cousin, ne mettez aucun délai dans le départ des troupes destinées à la Grande Armée. Je suppose que les 5e, 6e, 7e et 81 régiments provisoires sont partis, et qu’aussitôt qu’ils seront complétés vous vous occuperez de former les 9′, 10e, 11e et 12e. Formez également quatre régiments provisoires de cavalerie; chaque régiment composé de cinq compagnies, savoir : la 1ere compagnie composée de détachements tirés des dépôts des régiments de hussards, la 2e de détachements de chasseurs, les 3e et 4e de détachements de dragons, la 5e de détachements de carabiniers et de cuirassiers. Chaque compagnie sera de 120 hommes; ce qui formera par régiment 600 hommes. Vous en donnerez le commandement à un chef d’escadron ou à un major. J’espère que vous ne tarderez pas à faire partir le premier. Vous le dirigerez sur Potsdam. Vous aurez soin qu’il soit bien équipé, bien armé et bien habillé. Vous sentez que, par ce moyen, ces régiments arriveront en ordre à l’armée, et qu’ils pourront être utiles dans la route, suivant les circonstances.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Gouvion Saint-Cyr, gouverneur de Varsovie

Je reçois votre lettre du 3 mars. Le duc de Berg devant se rendre d’un moment à l’autre à Varsovie, conservez son logement. Traitez bien les principaux Polonais, qui nous ont montré du dévouement. Donnez ordre au général de division qui commande le dépôt de Blonie de se rendre au quartier général. Faites refaire le plus promptement que vous pourrez le pont de Varsovie. Veillez expressément à ce qu’il ne soit fait aucune espèce de gaspillage ni de mauvais procédés aux Polonais. J’imagine que tous mes guides d’élite sont partis hormis un détachement. Annoncez qu’au moment où l’on s’y attendra le moins j’arriverai à Varsovie; on n’annoncera pas une chose fausse Ordonnez que mes appartements soient toujours tenus prêts. Faites moi connaître si la tête de pont de Praga se termine enfin. Je ne parle point de camp retranché, mais de la tête de pont proprement dite. Allez-y tous les deux jours. Il est très-important que cela soit terminé. Ne souffrez pas que, de Varsovie, des hommes isolés viennent à Thorn; mais établissez autant de dépôts qu’il y a de corps d’armée. Au fur et à mesure que ces hommes sortent des hôpitaux, faites-les armer et habiller, et faites-les partir, par compagnies de 200, sous les ordres d’un officier. Cela est très-important, sans quoi tous ces hommes malingres viendront sans armes, déshabillés, et ne me seront d’aucune utilité. Songez que Varsovie est un pays de ressources. Si le général Lemarois n’est plus à Varsovie, chargez quelqu’un de continuer la même fonction et d’agir de la même manière. J’ai vu deux détachements, un de 1,500 et l’autre de 900 hommes, qui viennent d’arriver, qui m’ont paru en bon état.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Duroc

Je ne reçois qu’aujourd’hui votre lettre du 3. Je vous ai écrit longuement par les deux courriers que j’ai expédiés à Paris. Qu’on mette des gendarmes sur le pont et qu’on ne laisse passer que des hommes bien portants. Rapp me rend compte qu’il y a beaucoup de fuyards sur la rive gauche; qu’il envoie sur les principales routes pour les faire rejoindre. Un bon moyen serait de les supposer convalescents et de les renvoyer sur les dépôts des corps, qui sont, pour le 1er corps, Schwetz; pour le 3e, Thorn; pour le 4e, Bromberg; pour le 5e, Varsovie, et pour le 6e, Fordon. Engagez Rapp à tenir la main à ce qu’il y ait dans chaque dépôt un commissaire des guerres. Qu’on leur fournisse des vivres, qu’on répare leur habillement et armement, et que, quand leur moral sera un peu remonté, on les envoie par convois de 100 hommes sur Osterode. Écrivez à Hastrel à Küstrin, et à Mazel à Posen, pour qu’ils fassent la même chose; qu’ils envoient chacun des patrouilles commandées par un officier de gendarmerie ou un officier d’état-major, qui, marchant sur Thorn, fera refluer chacun sur son dépôt. Tous les hommes de cavalerie quelconques
doivent être dirigés sur Culm.

Le 7e corps ayant été dissous, vous trouverez ci-joint les notes des corps auxquels ont été donnés les régiments, savoir : les 16e léger, 63e et 24e de ligne, au 1er corps; le 7e léger, au 3e corps; les 14e et 105e, au 4e corps, et le 44e, au 10e corps.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Duroc

Quand vous aurez pris des mesures pour assurer le pont; que vous aurez fait préparer mon logement, décidé ceux que doivent occuper Talleyrand, Maret, Berthier; que vous serez convenu avec Rapp toutes les mesures à prendre pour mettre de l’ordre dans la ville Thorn et empêcher les traînards de s’en aller; conféré avec l’intendant pour vous assurer qu’il a pris toutes les mesures pour faire venir du biscuit, du pain, de la farine, de l’eau-de-vie, des chariots de toutes les parties de la Pologne pour l’armée; qu’il a dirigé les ressources du district de Plock sur Strasburg, et qu’il a pris des mesures pour y établir une manutention; qu’il a chargé des agents d’organiser la navigation du canal de Bromberg afin de lier la communication avec l’Oder pour faire venir de ce côté tout ce qui nous sera nécessaire; que vous aurez l’état de tout ce qui se trouve à Thorn et s’il est possible d’avoir à Posen des moyens de transport pour les subsistances et effets d’habillement, ainsi que des magasins de Bromberg, etc., que vous aurez pourvu à ce que tous les hommes de cavalerie isolés, que tous les petits dépôts de la rive gauche repassent et se rendent à Culm; quand, dis-je, vous aurez pris tous ces renseignements et ces mesures, vous vous rendrez, aussitôt que possible auprès de moi, en vous entendant avec Rapp et l’intendant pour correspondre par tous les courriers avec l’un et l’autre. Il est nécessaire que l’intendant reste quelque temps à Thorn pour organiser tout cela.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Rapp

Il vient d’arriver un courrier de Paris, et je n’ai point de lettres de vous. Comme je n’en ai pas de Duroc, je suppose qu’il n’est pas arrivé; mais vous qui êtes à Thorn depuis plusieurs jours, je m’attendais à recevoir de vous un long rapport sur ce qui m’intéresse tant à Thorn.

Je ne reçois qu’actuellement votre lettre du 4 mars, que me porte votre aide de camp. Écrivez aux officiers de gendarmerie qu’on ramasse les traînards et qu’on les fasse retourner à l’armée. Écrivez aussi à la chambre de Posen. On peut employer, à défaut de troupes françaises, les dépôts polonais pour battre les chemins. Envoyez des officiers sur les principales routes qu’ont prises les fuyards; qu’ils s’arrêtent dans les principaux lieux, et qu’aux fuyards qu’ils rencontreront ils fassent honte de leur lâcheté de se sauver quand nous avons la victoire. Ils doivent tous avoir pris une ou deux routes. Envoyez des officiers intelligents et qui auront un peu de fermeté. Écrivez à Küstrin et Posen de faire la même chose et d’envoyer à leur rencontre.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Rapp

Vous ne m’avez pas envoyé l’état de situation de la garnison de Thorn. Faites-moi connaître de quelle légion sont les bataillons polonais qui sont à Colin. Faites-moi connaître si les dépôts des corps d’armée commencent à s’organiser; quelle est la force en hommes des dépôts qui s’organisent à Thorn. Écrivez partout aux commandants de place qu’ils fassent retourner les traînards. Écrivez aussi à la gendarmerie. Renvoyez-les à Thorn. Vous ne me dites pas si le pont est fini, si les convois de subsistances arrivent, ainsi que les convois d’artillerie. Parlez-moi un peu de l’état de la place. Le 44e de ligne doit vous être arrivé pour tenir garnison. Cela vous mettra à même d’envoyer les Hessois à Graudenz. Donnez ordre au général Kirgener de se rendre à Graudenz. Il y commandera l’artillerie, le génie et les troupes. S’il n’a pas encore reçu l’ordre du major général, qu’il s’y rende.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Clarke

Pendant la bataille d’Eylau et sur les derrières de la ligne, on sema une terreur panique, on cria que les Cosaques venaient, et aussitôt les traînards et la valetaille prirent la fuite. Il en est qui se s ont sauvés au delà de Thorn, et qui se dirigent peut-être sur l’Oder. Donnez des ordres qu’ils soient arrêtés et qu’on les envoie sur les dépôts des corps, qui sont: Schwetz pour le 1er corps, Thorn pour le 3e, Bromberg pour le 4e, Varsovie pour le 5e, et Fordon pour le 5e. Le commandant de Küstrin doit même envoyer des patrouilles sur les grands chemins par où ils se sauvent, pour leur faire honte et les diriger sur leurs dépôts. On m’assure, ce que j ‘ai peine à croire, qu’il y a parmi eux des officiers. Si cela était vrai, donnez pour instruction à Hastrel de tâcher d’en pincer quelques-uns, pour qu’il en soit fait un sévère exemple.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Clarke

Les opérations de la guerre me retenant loin de Varsovie, M. Talleyrand a désiré se rendre à Berlin, ce qui a fait que le corps diplomatique s’y rend. Il n’y a pas d’inconvénient à laisser dire dans vos journaux que, quand les quartiers d’hiver seront bien assis, je m’y rendrai moi-même.

Il n’y a rien de nouveau. L’ennemi était venu border la Passarge et avait fait des mouvements sur ma droite, comme pour m’envelopper; j’ai fait passer la Passarge à plusieurs corps à la pointe jour, et je les ai poussés à dix lieues : il a précipitamment rappelé ses colonnes, et il a eu une peur mortelle que je n’arrivasse avant à Königsberg. Mon intention n’est pas de reprendre l’offensive; les vivres sont trop rares et le temps trop mauvais. Je rentre dans nos cantonnements et l’ennemi continue sa retraite.

Mettez dans les journaux qu’une avant-garde russe ayant voulu passer le Danube a été battue; que les Russes sont fort étonnés de l’union et de l’énergie que montrent les Turcs.

Je vous ai écrit avant-hier, hier et ce matin, de m’envoyer en toute diligence les quatre régiments provisoires pour renforcer mes cadres, ainsi que les 3le, 19e, 15e et 65e et le régiment de Paris. Faites partir, des dépôts de la Garde impériale à Berlin, tout ce qui est disponible. Quand donc le régiment de dragons de ma Garde viendra-t-il me joindre ? Faites-moi un rapport particulier. Il me tarde de le voir réuni à ma Garde.

 

Osterode, 6 mars 1807

Au général Zajonchek

Monsieur le Général Zajonchek, vous commanderez le corps d’observation polonais. Mon intention est d’augmenter ce corps jusqu’à 25,000 hommes. Vous porterez, demain 7, votre quartier général à Neidenburg, avec les deux régiments qui composent la légion de Kalisz, un régiment de cavalerie composé des deux régiments qui sont ici et qui sont destinés à former le régiment de la légion; quatre pièces d’artillerie de Hesse-Darmstadt seront sur-le-champ attachées à ce corps. Ainsi donc je compte que le 7 il y aura à Neidenburg 4,000 hommes d’infanterie, 4 pièces de canon et 1,000 hommes de Cavalerie. Je donne l’ordre pour que deux régiments de la la légion, qui est à Varsovie, formant 4,000 hommes, se rendent sans délai à Neidenburg; ils mèneront avec eux 6 pièces d’artillerie servies par la première compagnie d’artillerie de la 1e légion. J’ai lieu de penser qu’avant le 10 de ce mois le général Zajonchek aura 10 ou 12,000 hommes d’infanterie, 10 ou 12 pièces de canon et 1,000 hommes de cavalerie sous ses ordres. Il est autorisé à faire venir de Kalisz tout ce qui reste de sa légion, à se faire joindre par le régiment qui se lève à Plock, aussitôt qu’il sera formé, et enfin à lever plusieurs compagnies franches des chasseurs du département de Plock pour s’éclairer et en former un bataillon d’infanterie légère. Il est également autorisé à lever toute la noblesse de la rive droite de la Vistule, à la faire armer et à la ranger sous ses drapeaux. Ayant pris à ma solde le régiment de cavalerie que vient de lever le prince de Solkowski, je lui donne ordre de se diriger sur Neidenburg. Tout volontaire polonais qui aura levé un régiment de cavalerie pourra se rendre à Neidenburg sous les ordres du général Zajonchek. Aussitôt qu’il sera possible, j’y ferai rejoindre la légion du Nord et un autre régiment de cavalerie.

 

Osterode, 6 mars 1807

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL ZAJONCHEK

Le premier but du corps d’observation polonais est de garantir les flancs de l’armée, depuis Allenstein jusqu’à Neidenburg, et depuis Neidenburg jusqu’à l’Omulew, où s’appuie la gauche du 5e corps, qui forme la droite de l’armée et que commande le maréchal Masséna, dont le quartier général est à Pultusk. Il laissera entre Osterode et Neidenburg quatre postes de dix hommes chacun, et en placera aussi entre Neidenburg et Chorzellen, afin de pouvoir correspondre tous les jours avec le major général et avec le maréchal Masséna. Il placera des postes de cavalerie le long de la rivière de l’Alle, d’Allenstein à Neidenburg, de manière que tous les ponts soient gardés, et correspondra chaque jour avec le général Morand, qui commande à Allenstein.

La communication de Varsovie avec Osterode se fait par Soldau, Mlawa, Plonsk : le général Zajonchek doit s’attacher à protéger cette ligne toujours couverte de convois et d’hommes qui rejoignent l’armée. Il doit envoyer des patrouilles sur Passenheim, Ortelsburg, etc. pour éclairer les mouvements de l’ennemi et connaître tout ce qu’il fait sur la droite de l’Alle. Il enverra aussitôt que possible une bonne avant-garde à Willenberg, commandée par un bon général de brigade polonais, 500 chevaux et un bon bataillon. Ce corps poussera des partis sur Myszyniec , Bischofsburg, et éclairera toute cette partie; en cas d’événement, ce corps se retirera sur Neidenburg. Lorsque sa division aura été renforcée par un ou deux régiments de la 1e légion, il augmentera cette avant-garde en infanterie et cavalerie. Il aura soin de faire bien exercer ses hommes à la cible; d’avoir 500,000 cartouches à la suite de son corps; de bien accoutumer ses hommes à former rapidement, surtout en carré, et il accoutumera son infanterie à ne pas craindre les Cosaques et les Tartares. Il fera faire des imprimés pour engager les Polonais et Tartares à déserter. Il enverra des espions jusqu’à Königsberg et enverra tous ses rapports à l’Empereur. Le major général lui fera toucher une somme de 6,000 francs pour dépenses secrètes, pour être employée à ses frais d’espionnage. Comme tous les corps d’armée, il enverra chaque jour ses états situation, et assurera lui-même ses subsistances ; il les tirera de Plock et autres parties du pays environnant; il en enverra même au quartier général à Osterode. Quand sa cavalerie s’augmentera, soit par des volontaires, soit par la levée de la noblesse de la rive droite, il enverra des partisans dans le pays, tant pour avoir des nouvelles de l’ennemi que pour inquiéter ses communications.
Le directeur de la guerre polonais ayant donné au général Zajonchek un mandat qui n’a pas été payé, ce mandat sera acquitté, par ordre du ministre de la guerre, par le payeur de l’armée. Ce mandat de 200,000 francs sera porté sur les comptes des sommes que doit payer le gouvernement polonais.

 

Osterode, 6 mars 1807, 11 heures du soir

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 4, avec les dépêches de Constantinople, qui m’ont paru fort intéressantes. J’ai remis le manifeste de la Porte à Maret. Je ne pense pas qu’on ait de l’inconvénient à le mettre dans les gazettes de Varsovie et de Berlin.

Voyez l’ordonnateur qui est resté à Varsovie; qu’il s’arrange pour qu’il y ait à Pultusk et à Przasnysz des farines pour nourrir le corps du maréchal Masséna pendant vingt jours. J’apprends que la farine se consomme et ne se renouvelle pas. Il y a beaucoup de blé. Il faut laisser la quantité de blé qu’on peut moudre dans une vingtaine de jours, et transporter le reste à Thorn.

 

Osterode, 6 mars 1807, 11 heures du soir

Au maréchal Soult, à Schwendt

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 mars à une heure et demie après midi.. Je n’ai pas de nouvelles de maréchal Ney ni du prince de Ponte-Corvo, si ce n’est que la canonnade que l’on a entendue hier n’a pas eu de suite. L’occupation de Wormditt est une suite naturelle de ce que les Prussiens sont vis-à-vis Braunsberg, et qu’ils ont peur d’un mouvement de flanc qui les empêche de s’élever. Rien n’indique encore le mouvement des Russes sur leur droite : tout ce que vous me dites là-dessus n’est encore que conjecture. Je serais de mon côté assez porté à rester tranquille. Je vois bien clairement ce que font les Prussiens; je ne vois pas encore clair sur ce que font les Russes. Je suppose que vous vous tenez alerte et à l’abri de toute surprise; que vous faites travailler à vos têtes de pont, et que vous avez rétabli vos batteries.

Il a passé aujourd’hui un convoi de 12,000 rations de pain pour vous, venant de Plock. Faites-moi connaître l’état de situation de votre corps à l’appel de demain. Vous devez, dans tout état de choses, vous considérer comme maître de vos mouvements. Je vous écrirai d’ici à une heure après minuit, où je recevrai probablement des nouvelles des différents points de l’armée.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit

Au maréchal Bernadotte, à Preussisch-Holland

Mon Cousin, je vois avec plaisir, par votre lettre du 5, que la tête de pont de Spanden est déjà occupée; mais cela n’est pas suffisant : il nous faut une tête de pont à Braunsberg. Si le faubourg Braunsberg ne gêne pas, qu’on travaille sans délai à cette tête pont; s’il gêne, et que la position ne soit pas favorable, que le général Dupont choisisse sur la droite de Braunsberg une position convenable pour qu’on travaille sans délai à un pont et à une tête de pont. C’est dans la défense d’un pont et d’une tête de pont que consiste toute notre bonne position. Supposez que 25 ou 30,000 hommes se portent sur Braunsberg, et que vous vous y portiez avec votre corps d’armée pour leur couper le passage, et que, profitant d’une opération téméraire de la part de l’ennemi, un ou deux corps débouchent par Spanden pour tomber sur ses derrières, s’il n’y a pas un pont et une tête de pont, vous ne pourriez pas participer au combat, et nous aurions un désavantage marqué. Une rivière ni une ligne quelconque ne peuvent se défendre qu’en ayant des points offensifs; car, quand on n’a fait que se défendre, on a couru des chances sans rien obtenir mais, lorsqu’on peut combiner la défense avec un mouvement offensif on fait courir à l’ennemi plus de chances qu’il n’en a fait courir au corps attaqué. Faites donc travailler jour et nuit à la tête de pont de Spanden et à celle de Braunsberg; quand je dis Braunsberg, j’entend à une lieue ou environ de cette ville, dans la position la plus convenable. Une fois cela fait, faites bien reconnaître la nature du pays de Braunsberg à Mehlsack et à trois lieues autour de cette position; car, un peu plus tôt un peu plus tard, si l’ennemi prend l’offensive, je pense que c’est là qu’on se battra.

L’ennemi avait fait bien des fautes. Si j’avais eu du pain et que les mauvais temps ne m’eussent pas arrêté, je serais arrivé à Königsberg avant lui, et je l’aurais battu en détail. Il est constant qu’il avait détaché 25,000 hommes sur la rive droite de l’Alle, et qu’il avait des régiments d’infanterie arrivés à Passenheim. Le mouvement offensif qui a été fait lui a fait connaître sa témérité; et, depuis le 4 au matin, il marche en toute hâte pour se replier et reprendre sa position naturelle.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit

Au maréchal Lefebvre, à Dirschau

Je vois avec plaisir que, le 8, Danzig sera investi. J’espère que vous serez content des Saxons. Faites connaître au prince Sulkowski que je l’ai nommé membre de la Légion d’honneur. Autorisez-le à porter le ruban, jusqu’à ce que je lui aie remis la croix. Quand le 2e léger attaquera les bords de la mer, faites-le soutenir par huit pièces de canon francais, par les deux régiments de cavalerie française ou des cuirassiers saxons, et par 2,000 hommes de vos meilleures troupes saxonnes. Mettez Drouet et Schramm à la tête de cette expédition. Qu’ainsi, avec 4 ou 5,000 hommes, ils poussent sur l’estran, l’épée dans les reins, tout ce qui s’y trouvera, et cela pendant l’espace de plusieurs lieues, même jusqu’au bord de l’estran, si cela était possible. Après cela, ayez des officiers du génie tout prêts, qui élèvent des redoutes et palissades pour empêcher l’ennemi de revenir. C’est, je pense, l’objet le plus important du siège et qui affectera le plus la garnison. Je crois que vous avez quatre ou cinq officiers du génie. En cas que vous n’ayez pas ce nombre, j’écris au général Chasseloup de vous les envoyer. Établissez un régiment polonais tout entier dans l’île de Nogat, pour en garnir le pourtour. Que ce régiment envoie 200 hommes à Marienburg. Les Saxons doivent avoir beaucoup d’artillerie; vous devez en avoir douze pièces francaises; les Badois et les Polonais doivent aussi en avoir. Faites remuer de la terre , c’est nécessaire , surtout avec de mauvaises troupes; par ce moyen, vous bloquerez Dantzig sans danger.

Je n’ai point de nouvelles si Kolberg est investi; il devrait l’être à l’heure qu’il est. Écrivez à Stettin pour qu’on mette en marche tous les canons et mortiers dont on a pu disposer. Aucune opération ne sera plus utile à l’armée et plus glorieuse pour le brave maréchal Lefebvre.

Je désire beaucoup avoir un pont à Dirschau. Écrivez vis-à-vis Graudenz qu’on dirige tous les pontons à Dirschau.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit

Au général Morand, à Allenstein

Le corps d’observation polonais se réunit à Neidenburg. Un régiment d’infanterie fort de 2,000 hommes doit y être ce soir; un second régiment y sera demain. Avant le 8 ou 9, il y aura deux régiments d’infanterie polonaise, du canon et un millier de cavalerie polonaise. Le général Zajonchek les commande. Il sera rendu de sa personne demain. L’officier qui vous remettra la présente lettre vous remettra 3,000 francs pour les dépenses en espionnage. Vous avez, je crois, des détachements à Neidenburg et à Gilgenburg, vous pouvez les retirer. Correspondez exactement avec le général Zajonchek, et concertez avec lui vos reconnaissances sur Passenheim et la rive droite de l’Alle. Je lui ai donné pour instruction de border la rive gauche de l’Alle depuis Allenstein jusqu’à Neidenburg, d’avoir une avant-garde à Willenberg. Le général Milhaud doit vous être arrivé. Laissez les dragons se reposer, ils en ont besoin, et cantonnez-les sur la rive droite de l’Alle, où ils sont couverts et ne peuvent être inquiétés. Dans peu de jours, je donnerai ordre aux deux régiments de cavalerie du corps d’armée qui sont à Napiwoden de se porter à Allenstein.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous ai écrit cette nuit. Le général Zajonchek se rend à Neidenburg aujourd’hui avec 4,000 hommes d’infanterie polonaise et 1,000 chevaux. Il commande un corps que j’ai nommé corps d’observation polonais. C’est à Neidenburg qu’il faut diriger tous les Polonais qui veulent se battre, infanterie et cavalerie. Le major général envoie des ordres à ce sujet au directeur de la guerre polonais : qu’il dirige sur Neidenburg leur artillerie, les corps de la 1e légion, et qu’il active la levée de Kalisz et le complémentement (sic) de ce corps d’observation.

Ayant fait un mouvement offensif sur l’ennemi, il s’est mis partout en retraite. Je l’ai fait poursuivre l’espace d’une douzaine de lieues et je suis rentré dans mes cantonnements.

Le but du corps d’observation polonais que je forme à Neidenburg est de défendre le district de Plock des incursions des Cosaques, et rendre ma communication avec Varsovie extrêmement sûre. Il est nécessaire que le général Zajonchek ait la haute main sur la police et que tous les moyens du district de Plock soient mis à sa disposition.

Dans des dépêches que m’écrit le gouverneur de Varsovie, il me paraît fort indisposé contre le gouvernement; il a tort. Mon intention est qu’on ne loge personne chez les membre-s du gouvernement. Qu’on laisse au grand-duc de Berg son logement chez le comte Potocki; aussi bien il est possible qu’il s’y rende d’un moment à l’autre. Tâchez de convaincre Gouvion qu’il prend trop de passion contre ces gens-là. Il me semble qu’ils rendent autant de services que les circonstances peuvent le permettre.

 

Osterode, 6 mars 1807, minuit

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, un Polonais nommé André Statoriski m’a présenté un mémoire sur un plan d’insurrection dans la Volhynie et la Podolie. Voyez-le, je vous prie, et dites-moi si l’on peut compter sur quelque chose. Si l’on pouvait former là une confédération qui deviendrait maîtresse du pays et s’emparerait des magasins, etc., ce serait une diversion favorable, et je pourrais être à même de la soutenir. Mais il faudrait qu’il pût se réunir 7 à 8,000 hommes, afin d’être en état de résister aux détachements et aux dépôts que les Russes pourraient avoir laissés en arrière. Cette diversion obligerait Essen à faire un mouvement qui permettrait de retirer le corps francais qui est devant lui; mais il faudrait que cela se fit dans un mois.

Il demande, à ce qu’il me semble, qu’un corps francais arrive avant. Il faudrait au contraire que le mouvement se fit d’avance, afin de favoriser la marche du corps francais, et pour être certain que le corps qu’on enverrait là ne fût pas abandonné sans secours. 

 

Osterode, 7 mars 1807, 8 heures du matin

Au grand-duc de Berg

Je reçois le rapport du général Guyot (en fait le colonel Guyon). Je ne sais pas pourquoi les deux régiments ne sont pas réunis au 12e. Qu’il envoie un parlementaire pour réclamer votre aide de camp. Il me semble qu’il est tombé entre les mains des Prussiens. Qu’ils désignent tel officier qu’ils voudront du même grade, et on le leur rendra.

Le général Guyot dit qu’il y a de l’infanterie à Passenheim; cela n’est pas vrai, car le général Morand avait de fortes reconnaissances à Passenheim. La nouvelle de Willenberg n’est peut-être pas plus certaine, du moins pour de l’infanterie, car, pour de la cavalerie, je ne doute pas qu’il y en ait. Expédiez au général Guyot le même
officier, en poste, pour lui faire connaître qu’il vous instruise s’il y a 2,000 Polonais à Neidenburg; que le général Zajonchek s’y rend dans la journée; que d’autres troupes polonaises vont s’y réunir, infanterie et cavalerie ; qu’il est convenable qu’il reste là jusqu’à nouvel ordre; et, jusqu’à ce que le corps du général Zajoncheck soit bien organisé, il serait convenable qu’il opérât sa réunion avec le 2e de chasseurs et qu’ils restassent toujours ensemble ; qu’il est nécessaire qu’il ménage ses patrouilles et qu’il envoie beaucoup d’espions. Envoyez-lui 50 napoléons pour payer ses espions.

 

Osterode, 7 mars 1807

Au maréchal Ney

Mon Cousin, je suis peiné de tout ce que vous souffrez. Il faut encore un peu de patience. Les vivres sont prêts ici pour votre corps; les transports nous gênent, je m’en rapporte à vous pour faire tout ce qui est possible. Il faut gagner quelques jours; mes magasins seront alors organisés à Osterode, et nous serons maîtres alors de nos mouvements. J’ai nommé le colonel Bardet, du 27e, général de brigade. Il faut cependant qu’il continue à commander son corps.

 

Osterode, 7 mars 1807

A M. Regnaud, de Saint-Jean-d’Angely, président de la section de l’Intérieur, au Conseil d’État

J’ai l’honneur, Monsieur, de vous adresser les observations de Sa Majesté sur un arrêté du général Cervoni, commandant la 8e division militaire. Sa Majesté désire que ces observations, présentées à la section que vous présidez, soient ensuite portées au Conseil d’État.

Le ministre secrétaire d’État, par ordre de l’Empereur. 

OBSERVATIONS SUR UN ARRÊTÉ DU GÉNÉRAL CERVONI

Le général Cervoni, commandant la 8e division militaire, s’est permis un arrêté sans exemple dans notre législation :

   « Dans un mois, à dater de la publication de cet arrêté, tout particulier sur lequel il sera trouvé des armes sera renfermé au fort Saint-Jean de Marseille. Tout brigand qui sera arrêté avec des armes sera traduit à une commission militaire. »

Telles sont les principales dispositions de l’arrêté pris par le général Cervoni.

Qui donc a, dans notre législation, le droit de déclarer que tout citoyen qui a des armes sera arrêté ? Il est de principe en France que tout Français domicilié a le droit d’avoir des armes. On pourrait même examiner jusqu’à quel point l’Empereur lui-même aurait l’autorité nécessaire pour intervenir dans l’exercice de cette faculté, s’il n’y avait pas de la folie à penser que les droits du chef suprême de l’État peuvent être limités, lorsqu’il ne peut être jamais considéré que comme agissant pour l’intérêt général. Mais, dans l’état actuel de notre législation, il est au moins douteux que l’Empereur lui-même voulût rendre un décret semblable à l’arrêté du général Cervoni. Ce serait déclarer la majorité de la nation incapable d’avoir des armes, ou capable d’en abuser. L’Empereur pourrait porter cette défense pour certains cantons; mais alors il serait déterminé par les circonstances, et non par la rigueur de la législation.

Si ce droit, en thèse générale, n’appartient que par exception à l’Empereur, à plus forte raison n’appartient-il ni aux préfets ni aux généraux. Si l’on peut dire que tout Français qui a une arme doit être privé de sa liberté, qui empêche de dire aussi qu’il sera mis aux galères? Quand on aura porté ces peines contre lui, qui en prononcera l’exécution ? Ce ne sera pas un tribunal, car les tribunaux ne jugent pas d’après les arrêtés des préfets. Ce sera donc le préfet qui établira la législation et qui l’exécutera. Le préfet sera donc le législateur, le juge et l’exécuteur de ses jugements. Si l’on pouvait accorder que le préfet a le droit d’ordonner des fouilles dans l’intérieur des maisons des citoyens, où serait la limite de son pouvoir ? Qui l’empêcherait d’ordonner que tout citoyen qui ne va point à la messe, qui ne se promène pas à telle heure, qui ne fait pas telle ou telle chose, doit être puni de telle peine ? Le repos et la liberté des citoyens dépendront donc de l’exagération ou de l’arbitraire d’un simple administrateur.

Dépendront-ils aussi des volontés d’un général commandant une division du territoire ? Un général n’a aucune fonction civile dans notre organisation, à moins qu’il n’en soit investi par une mission ad hoc. Quand il n’a aucune mission, il ne peut exercer aucune influence ni sur les tribunaux, ni sur les municipalités, ni sur la police correctionnelle. Dans des époques de troubles, le général commandant la 8e division militaire a été investi de pouvoirs extraordinaires; mais la législation, dans ces temps critiques, a été faite non par le général, mais par le Gouvernement. Cette extension de son autorité n’était qu’une délégation de l’autorité suprême. Le Gouvernement a dit alors, parce qu’il se commettait beaucoup de crimes, que tout homme non domicilié que l’on trouverait en armes serait considéré comme vagabond. et traduit devant une commission militaire. Le général n’était alors chargé que de l’exécution des déterminations commandées par l’intérêt de la tranquillité publique à l’autorité suprême. Dans aucun temps le général n’a pu faire la loi, changer ou suspendre les droits des citoyens, et leur imposer de si fortes obligations.

On lit dans l’arrêté du général Cervoni que « tout brigand qui  sera arrêté avec des armes sera traduit devant une commission militaire. »  Mais qui fera la distinction, et qui dira que tel citoyen trouvé en armes est ou n’est pas un brigand ? Les commissions militaires jugent sans appel et font aussitôt exécuter leurs jugements. Ainsi tout citoyen se trouvera exposé à se voir traduire à une commission sans appel, enlevé à ses juges naturels et arraché à toutes ses libertés. Pareille chose n’a jamais existé dans les temps mêmes les plus orageux. Le Gouvernement, sur le rapport de ses ministres, déterminé par les plus importantes considérations de la sûreté publique, à pu dire, et a en effet dit alors : « Tout individu pris les armes à la main, en combattant contre la force protectrice de l’ordre social, sera traduit devant une commission militaire. ». On sent toute la différence de ces locutions. Il y avait dans ce temps des flagrants délits, des circonstances non équivoques, des cas exactement déterminés. Une simple sentinelle devient une sorte de magistrat; elle peut aussi arrêter les perturbateurs et les remettre entre les mains de l’autorité ; elle fait en cela ce que les tribunaux ne peuvent faire qu’après une longue instruction et un décret de prise de corps. De même, lorsque la gendarmerie escorte une diligence, qu’on tire sur elle un coup de fusil et qu’elle arrête les coupables, il y a là un flagrant délit qui constitue un homme en détention et prononce provisoirement sur sa liberté. Voilà ce que peut autoriser le pouvoir suprême dans les temps de troubles; mais, quand il le fait, il n’ignore point qu’il fait une chose qui pourrait être attentatoire aux droits des citoyens; il se détermine par des considérations d’État et d’intérêt général. Qu’un général de division, se mettant à sa place, dise : « Tout brigand sera traduit à une commission militaire » cette dénomination ne constitue pas le flagrant délit. Qu’il prétende que le flagrant délit dérive de ce que l’individu portait des armes, il en résultera que tout citoyen peut être à ses yeux un brigand, que tout homme domicilié sera justiciable d’une commission militaire.

On ne peut voir en tout cela que de la folie; on y verra de l’ignorance, et non du crime; peut-être même ces déterminations irréfléchies sont-elles l’effet du zèle.

Ces observations et l’arrêté qui y a donné lieu doivent être renvoyés au Conseil d’État, afin qu’il les prenne en considération et qu’il propose de statuer ce qu’il appartiendra.

Ces discussions donnent lieu à l’examen d’une autre question. Si tous les citoyens domiciliés ont le droit de porter des armes, ce qui paraît d’abord incontestable, de quelle autorité certains préfet ont-ils limité l’exercice de ce droit, et l’ont-ils soumis au payement d’une contribution ? Détermination peu méditée, qui a donné lieu à des rumeurs et à des calomnies. N’ont-ils pas pensé que l’on pouvait y voir, avec quelque raison, un acte de concussion, une taxe arbitraire ? Cette conduite n’a-t-elle pas autorisé celle des militaire s? Un intendant de département n’est point un vice-empereur; il n’a qu’une portion de l’administration générale; il n’a d’autre devoir que celui de procurer l’exécution des lois et des règlements.

Il est donc-nécessaire que le Conseil d’État rédige un projet de décret, ou pour déclarer que le droit de port d’armes est illimité, ou pour l’assujettir à des règles générales et fixes, ou pour l’accorder à tous les citoyens qui ont domicile et caution, ou pour ne le déférer qu’à tous ceux qui, s’étant fait examiner par l’autorité, en ont acheté le libre exercice au prix d’une contribution quelconque; et, dans ce cas, à qui cet examen sera-t-il déféré ? Ne sera-ce pas, au lieu du préfet, à la gendarmerie, qui est le surveillant véritable et nécessaire des vagabonds ?

Sa Majesté connaît assez la théorie du Conseil pour prévoir que les uns diront qu’il faut une loi, et refuseront au Gouvernement la faculté de faire ce que fait un préfet; que d’autres préféreront le maintien des abus au dérangement de leur système métaphysique. C’est, dans l’un et l’autre cas, une mauvaise manière de voir, qui, à la longue, dénaturera nos institutions.

Il faut, par un décret, décider si le droit de port d’armes sera accordé ou refusé à tous les citoyens, ou s’il sera refusé à quelques-uns dans tel et tel cas, et accordé aux autres moyennant le payement d’une somme d’argent. Dans cette dernière supposition, il faut aussi déterminer l’emploi de cette contribution, soit qu’elle tourne au profit de l’État, soit qu’on l’affecte aux hospices ou aux dépenses communales. Il pourrait y avoir quelques motifs pour en faire une branche de revenu qui, selon plusieurs calculateurs, s’élèverait à plus d’un million. Mais n’y a-t-il pas un inconvénient très-grave à infliger une flétrissure au citoyen, en lui défendant le port d’armes ? Tout noble était autrefois en possession de ce droit; aujourd’hui tout Français domicilié, tout citoyen qui, dans son existence privée, donne à la société une caution de sa conduite, est noble.

Ces dernières considérations sont les règles absolues. Les circonstances peuvent exiger d’autres mesures. Sa Majesté attend ce qui lui sera proposé par son Conseil. Elle l’invite à ne pas s’abandonner à une indifférence métaphysique, qui laisse faire sans s’embarrasser des conséquences, et à ne pas livrer à des magistrats isolés, qui n’ont pas l’ensemble des mesures et des combinaisons générales de l’État, la faculté d’imposer des obligations, de prescrire des règlements qui peuvent avoir tant d’influence sur le caractère de la nation.

 

Camp impérial d’Osterode, 7 mars 1807

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Les propositions arrêtées par le Conseil [1]sur l’emploi de 500,000 francs donnés chaque mois pour faire travailler les manufactures dans sa séance du 21 janvier 1807 ne seraient peut-être pas sans inconvénients dans leur exécution, et n’atteignent peut-être pas assez directement le but qu’on se propose.

D’autres moyens paraissent préférables, et Sa Majesté est disposée à s’y arrêter.

Elle désire en conséquence que le Conseil d’État soit mis dans le cas de délibérer successivement et sans délai sur les deux propositions ci-après :

PREMIÈRE PROPOSITION A DISCUTER ET A RÉDIGER EN PROJET DE DÉCRET

Les navires neutres qui arriveront dans les ports de l’Empire chargés de denrées coloniales ou autres objets de commerce venant de l’étranger, seront tenus d’en exporter la contre-valeur en produit du sol de la France et de son industrie.

DEUXIÈME PROPOSITION A DISCUTER ET A RÉDIGER EN PROJET DE DÉCRET

Le Gouvernement, voulant venir au secours des manufactures, fera aux fabricants un prêt, sans intérêt, égal à la moitié de la valeur des marchandises qu’ils voudront mettre en dépôt. Ce prêt sera fait pour un an, et pourra être renouvelé. Une somme de six millions sera destinée à cette opération et y sera employée par douzièmes à raison de 500,000 francs par mois.

Indépendamment de ces deux dispositions principales, Sa Majesté juge convenable qu’il en soit pris d’autres.

Des commandes pour les palais impériaux seront faites sur les fonds de la liste civile.

Ces commandes ont déjà eu lieu pour la ville de Lyon.

Le ministre de l’intérieur écrira à l’ambassadeur de Sa Majesté à Madrid pour demander que la prohibition des soieries de Lyon, Tours et Turin soit levée en Espagne. Elle l’a déjà été en Italie pour la ville de Gênes. Le ministre fera également demander la libre importation en Espagne des draps de Carcassonne, des toiles de Bretagne et de la quincaillerie.

L’impression des toiles est considérée comme en souffrance, et l’on dit que cela vient du défaut de consommation. Le défaut de consommation n’est point une chose probable; mais il peut y avoir contrebande, et dès lors une consommation qui ne tourne pas à l’avantage des fabriques. Le ministre doit prendre des renseignements à cet égard et concerter avec le ministre des finances les précautions nécessaires.

En même temps que le ministre de l’intérieur invitera l’ambassadeur en Espagne à faire des instances pour l’admission des produits de nos manufactures, le ministre des relations extérieures, à qui Sa Majesté en a fait transmettre l’ordre, donnera sur le même sujet des instructions positives.

 

Camp impérial d’Osterode, 7 mars 1807

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Sa Majesté a déjà pris une mesure analogue aux vues du ministre lorsqu’elle a, dès l’an XII, par un décret signé à Aix-la-Chapelle le 24 fructidor (décret du 11 septembre 1804), fondé des grands prix qui doivent être distribués à des époques dont on ne doit pas être très-éloigné. Il serait à propos de faire mettre ce décret de nouveau dans les journaux, de faire connaître, soit par une lettre à l’Institut, soit par toute autre publication convenable, qu’on n’a point renoncé à son exécution et qu’on ne l’a point laissé tomber en désuétude.

Sa Majesté ne voit pas d’inconvénients à l’adoption des cinq premiers moyens proposés par le ministre. Elle pense néanmoins que, relativement au troisième, ce n’est pas par une commission, mais par l’Institut, que le tableau des ouvrages les plus distingués doit être formé.

Quant au sixième moyen, qui est l’établissement d’une espèce de nouveau Port-Royal, Sa Majesté, avant de prononcer une opinion, désire avoir les développements de cette idée.

La loi de la librairie qui constitue le septième moyen doit être renvoyée sans délai à l’examen du Conseil d’État.
Mais il est bien un moyen dont le ministre ne parle pas : c’est l’existence d’un bon journal dont la critique fut éclairée, bien intentionnée, impartiale et dépouillée de cette brutalité injurieuse qui caractérise les discussions des journaux existants, et qui est si contraire aux véritables mœurs de la nation.

Les journaux actuels ne critiquent pas dans l’intention de dégoûter la médiocrité, de guider l’inexpérience, d’encourager le mérite naissant, de rétablir la considération due aux grands modèles : tout ce qu’ils publient est fait pour décourager, pour détruire. Peut-être le ministre de l’intérieur devrait-il intervenir pour y porter remède. Mais on ne peut se dissimuler qu’en évitant un écueil on en rencontre un autre sur la rive opposée; il pourrait arriver qu’on n’osât plus critiquer, que l’on tombât dans l’abus non moins grand du panégyrisme, et que les auteurs de ces mauvais ouvrages dont on est inondé, se voyant loués dans des feuilles périodiques qu’on est obligé de lire, se persuadent qu’ils ont créé des oeuvres de génie, et que de si faciles triomphes multiplient encore leurs imitateurs.

Il est quelques hommes de lettres qui ont montré des talents pour la poésie; on pourrait en citer dix ou douze. Il serait utile que le ministre fit faire de bons articles de critique sur leurs ouvrages, dans lesquels on les avertirait avec ménagement des fautes dans lesquels ils peuvent être tombés; on les louerait de ce qu’ils ont fait de bien; on les encouragerait sans les aduler. Le lendemain du jour où un article de cette espèce aurait paru dans le Moniteur, le ministre écrirait à l’auteur de l’ouvrage, ou, ce qui vaut mieux, lui accorderai une grâce. Une grâce ainsi accordée est une sanction du livre. L’inconvénient du moment actuel est qu’on ne forme pas d’opinion en faveur des hommes qui travaillent avec quelque succès. C’est la que l’influence du ministre peut opérer d’une manière utile. Un homme qui a fait une ode digne d’éloges, et qui est distingué par un ministre, sort de l’obscurité, le public le fixe, et c’est à lui à faire le reste.

 

Osterode, 8 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous envoie, par le major Friederichs, qui se rend à Paris pour prendre le commandement du 2e régiment des fusiliers de ma Garde, les drapeaux pris à la bataille d’Eylau. Ces drapeaux sont destinés à être placés dans le temple qui va être fait. Je vous laisse le maître de faire, pour la réception de ces drapeaux, ce que vous jugerez convenable.

 

Osterode, 8 mars 1807

A M. Daru, à Thorn

Monsieur Daru, je reçois vos lettres du 5 mars. Je suis fort alarmé de la mauvaise situation des magasins de Bromberg. Je suppose que vous avez pris des mesures pour y faire transporter les 6,000 quintaux de farine qui sont à Posen, et pour faire moudre les 24,000 quintaux de grains qui se trouvent dans cette dernière ville. Je vois qu’à Gnesen et Inowroclaw il n’y a presque rien.

Je n’ai pas besoin de vous prescrire en détail les mesures à prendre. Il faut avoir, le plus tôt possible, 20,000 quintaux de farine à Bromberg, à Thorn et dans les environs. C’est par là que doit se nourrir l’armée. Tous les convois de Kalisz, de Posen, devaient être dirigés sur Varsovie. J’imagine que vous leur avez donné la direction de Thorn. Le prince Jérôme me mande qu’il l’a déjà fait pour les convois de la Silésie, et je ne doute pas que les convois de Glogau ne soient arrivés à Posen.

Je suppose que le trésor est arrivé à Thorn.

Vous ne sauriez trop mettre d’activité et employer trop de moyens pour nous approvisionner, car tout est là. Si j’avais à Osterode 6,000 quintaux de farine, je serais maître de mes mouvements; mais ils n’y sont pas, et cela me donne de l’inquiétude. Du district de Plock et des différents points de la Pologne et de la Silésie, dirigez des bœufs sur Thorn et Osterode.

 

Osterode, 8 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, je reçois vos lettres. Faites établir des fours et une manutention à Strasburg; cela est important, afin que les hommes viennent de Thorn à Osterode reçoivent des distributions régulières.

Il faut évacuer les blessés le plus tôt possible, parce qu’il pourrait avoir des affaires. Il est nécessaire aussi que M. Perey et l’ordonnateur Lombart retournent au quartier général. Si l’armée se concentrait davantage sur Thorn, vous sentez l’importance d’avoir de quoi lui faire des distributions réglées.

 

Osterode, 8 mars 1807

Au général Rapp

Je reçois votre lettre du 7. Il est nécessaire que vous restiez au gouvernement de Thorn jusqu’à ce que votre santé soit entièrement rétablie. Je sais que vous ne pouvez pas encore bien vous servir de votre bras; il vaut mieux commencer un peu plus tard, plutôt de mettre de l’interruption dans votre service.

 

Osterode, 8 mars 1807

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 5 mars. Lorsque votre santé sera parfaitement rétablie, vous vous rendrez près de moi. Vous ne doutez pas du plaisir que j’aurais à vous avoir toujours, mais surtout un jour de bataille. Mais rétablissez-vous avant tout.

Ne doutez pas de mon amitié.

 

Osterode, 8 mars 1807

A Madame Victor

J’ai reçu votre lettre. J’ai fait échanger le général Victor, et pouvez vous attendre à chaque instant à le voir.

 

Osterode, 9 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 6 mars. Voici ce que vous répondrez à M. de Vincent. Le plan de l’Empereur dans les affaires actuelles est celui-ci : restituer au roi de Prusse son trône et ses États, et maintenir l’intégrité de la Porte. Quant à la Pologne, cela se trouve contenu dans la première partie de la phrase. Si ces bases de paix conviennent à l’Autriche, nous pouvons nous entendre. La tranquillité de l’Europe ne sera stable que lorsque la France et l’Autriche, ou la France et la Russie marcheront ensemble. Je l’ai proposé plusieurs fois à l’Autriche; je le lui propose encore. Quant à l’observation de M. de Vincent, que l’abattement de la Prusse est tel qu’elle ne peut pas se tirer d’affaire, elle est très-raisonnable. Vous pouvez dire à M. de Vincent que vous êtes autorisé à signer tout traité éventuel fondé sur ces bases.

Il faut également que vous écriviez dans ce sens à M. Andréossy, non pour qu’il provoque rien, mais pour qu’il s’en explique dans ces termes, lorsque M. de Stadion lui en parlera, mais avec lui seul. La fin de tout ceci sera un système entre la France et l’Autriche, ou entre la France et la Russie; car il n’y aura de repos pour les peuples, qui en ont tous besoin, que par cette union.

Dites aussi à M. de Vincent qu’il faut que, de son côté, il nous dise ce qu’ils désirent. Qu’ils voient que nous sommes prêts à les rassurer sur toute espèce de craintes, et à nous expliquer franchement sur toutes les questions qu’ils nous posent.

——-

Une observation de fait, c’est que les fortifications de Breslau , de Schweidnitz et de Breslau ont sauté; ce qui fait connaître qu’il n’y a aucune disposition de conserver la Prusse et de nuire à l’Autriche.

 

Osterode, 9 mars 1807, 4 heures et demie après midi

Au grand-duc de Berg

Je reçois votre lettre de Hohenstein à onze heures du matin, par laquelle vous m’instruisez que le général Zajonchek pense que l’ennemi a une division d’infanterie à Willenberg.

J’approuve que vous ayez pris avec vous toute la division Oudinot. Je suppose qu’elle a ses quinze pièces d’artillerie; avec les quinze de votre division de cavalerie, cela fera trente pièces. Vous sentez l’importance et la nécessité de vous servir d’une grande quantité d’artillerie. Il me tarde bien d’apprendre quel est le corps qui est à Willenberg. Il est surtout important de savoir si ce n’est pas le corps de Wolkonski, qui est la 3e division d’Essen. Si c’est celui-là, il ne doit pas avoir plus de 4 ou 5,000 hommes, car il a été fortement étrillé à Ostrolenka, où il a perdu un drapeau et trois pièces de canon. Le maréchal Davout a, ce soir, son quartier général à Detterswalde, le général Gudin doit être près de Hohenstein. Je suppose que le général Zajonchek doit avoir demain ses deux régiments, c’est-à-dire 4,000 hommes, marchant sur Willenberg, pour tâcher d’attaquer cette infanterie. Il est convenable d’arriver en masse le plus brusquement possible, de manière que l’ennemi ne découvre point la masse de cuirassiers que vous avez et votre infanterie. Il est aussi convenable, dans cette situation, de ne pas laisser voir des cuirassiers sur la gauche, vers Passenheim; ce serait un grand éveil pour l’ennemi.

Le maréchal Davout ayant avec lui le bailli d’Ortelsburg, qu’il garde en otage pour en tirer des nouvelles, je lui ai mandé de vous l’envoyer; je lui réitère cet ordre.

 

Osterode, 9 mars 1807, 5 heures après midi

Au général Zajonchek, commandant le corps d’observation polonais

Je n’ai point de lettre de vous depuis votre arrivée à Neidenburg.

Envoyez-moi la situation de votre corps, cavalerie, infanterie et artillerie, et ce que vous attendez dans la journée de demain. Faites-moi connaître tout ce qu’il a paru de Cosaques à Mlawa, Soldau; quelle infanterie il y a à Janowo, ce qu’il y a à Willenberg, et qui commande ce corps. Faites-moi aussi connaître d’où vous avez été renseignements, afin que je puisse juger du degré de croyance que je dois leur donner. Instruisez-moi si vous avez fait passer la lettre au général Gazan, et quelles nouvelles vous avez du 5e corps. Envoyez des espions de tous côtés.

 

Osterode, 9 mars 1807, à 5 heures après-midi

Au général Morand, à Allenstein

J’ai reçu votre lettre du 8 à cinq heures du matin. Le ler de chasseurs est seul et faible, il faut le ménager, sans quoi vous le perdrez tout en détail. Envoyez force espions. 

Je reçois votre lettre du 9 à huit heures du matin. Le grand-duc de Berg doit être ce soir avec une forte colonne d’infanterie à Dembenofen. Ne faites rien qui puisse faire découvrir ce mouvement à l’ennemi. Il a tant de facilités pour intercepter les ordonnances, qu’il serait malheureux qu’une lettre lui fit connaître ce mouvement. Envoyez des émissaires à ses trousses et promettez une récompense s’ils préviennent de bonne heure où il y a des Français; et ne manquez pas de m’instruire de ce qui se serait passé et de tout ce que vous apprendrez.

 

Osterode, 10 mars 1807, 4 heures après-midi

A l’Impératrice

Mon amie, j’ai reçu ta lettre du 25. Je vois avec plaisir que tu te portes bien, et que tu vas quelques fois te promener à Malmaison.

Ma santé est bonne, mes affaires vont bien. Le temps est un peu revenu au froid. Je vois que cet hiver a été partout fort variable.

Adieu, mon amie; portes-toi bien, sois gaie, et ne doute jamais de mon amitié.

Tout à toi.

 

Osterode, 10 mars 1807, 10 heures du matin

Au maréchal Masséna, commandant en chef le 5e corps

Mon cousin, je reçois votre lettre du 6 mars. Je vois avec peine que vous n’ayez pas fait marcher à Willenberg sur-le-champ, à la première nouvelle que la division du général russe Wolkonski, qui forme la 3e division de l’armée d’Essen, s’était portée sur ce point. Vous me dites que vous avez donné ordre au général Dumunstier de s’emparer de Chorzellen. J’espère que vous n’aurez pas perdu de vue cette avant-garde; sans quoi, si l’ennemi est plus fort à Willenberg, elle sera poussée. Nous sommes en présence avec l’ennemi, et on se bat souvent. Il est indispensable que vous souteniez cette avant-garde, que vous suiviez Essen, et que vous fassiez occuper Willenberg, au moins par une division, si Essen marche par Lomza et Rastenburg, comme cela parait prouvé, pour rejoindre le gros de l’armée de Bennigsen; sans quoi je me trouverai avoir ici des forces de plus sur les bras, et la moitié de votre corps deviendra inutile, tandis que la moitié du corps d’Essen viendra renforcer l’armée qui est devant moi. J’ai été obligé d’envoyer le grand-duc de Berg avec 6,000 hommes d’infanterie et beaucoup de cavalerie pour tomber sur le corps qui est à Willenberg. Le grand-duc de Berg a marché sur ce corps. Vous sentez combien il est malheureux que je m’affaiblisse ainsi, au moment où je suis en présence, pour faire une chose que devrait faire votre corps d’armée, qui, par là, peut m’être inutile dans des circonstances décisives.

 

Osterode , 10 mars 1807

Au maréchal Berthier

Comme il paraît qu’à Marienwerder il y a des inondations, et que le pont de Marienburg est fait, il est nécessaire de faire descendre des bateaux sur ce point. Par ce moyen, on aura un pont sur le bas de la Vistule.

Faites descendre de même les bateaux de Culm à Marienwerder pour avoir là un pont. Écrivez à ce sujet au général Songis et au maréchal Lefebvre.

Écrivez au maréchal Lefebvre que j’espère qu’il aura repoussé le général Rouquette et qu’il est sous Danzig.

Écrivez au général Rouyer qu’il ne donne pas assez de ses nouvelles, et témoignez-lui mon mécontentement de ce qu’un pontonnier a été pris sur la rive gauche, ce qui prouve que Graudenz n’est pas bien resserré.

Savoir si les troupes ont leurs canons pour repousser ce qui se retirerait de Graudenz. Enfin il est nécessaire de cerner véritablement Graudenz avec quelques ouvrages en terre et boyaux pour protège l’armée assiégeante.

 

Osterode, 10 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint copie d’une lettre que j’écris au maréchal Masséna par Pultusk. Faites-la-lui passer de votre côté. On m’a dit qu’il était encore à Varsovie; si cela était, ce que je ne puis concevoir, témoignez-lui, dans la conversation, qu’il est étonnant que, lorsque le corps du général Essen est en pleine activité, il soit à Varsovie et ne soit pas à son avant-garde.

 

Osterode, 10 mars 1807

DÉCISION

Le ministre de l’intérieur propose, pour réduire les dépenses des deux préfectures du Liamone et du Golo, de ne faire de la Corse qu’un seul département. Il faut attendre la paix maritime pour s’occuper de la Corse. 

 

Osterode, 10 mars 1807

65e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

L’armée est cantonnée derrière la Passarge; le prince de Ponte-Corvo, à Holland et à Braunsberg; le maréchal Soult, à Liebstadt et Mohrungen; le maréchal Ney, à Guttstadt, le maréchal Davout, à Allenstein, Hohenstein et Deppen; le quartier général, à Osterode, le corps d’observation polonais, que commande le général Zajonchek, à Neidenburg; le corps du maréchal Lefebvre, devant Danzig; le 5e corps, sur l’Omulew; une division de Bavarois que commande le prince royal de Bavière, à Varsovie; le corps du prince Jérôme, en Silésie; le 8e corps, en observation dans la Poméranie suédoise.

Les places de Breslau, de Schweidnitz et de Brieg sont en démolition. Le général Rapp, aide de camp de l’Empereur, est gouverneur de Thorn.

On jette les ponts sur la Vistule, à Marienburg et à Dirschau.

Ayant été instruit, le 1er mars, que l’ennemi, encouragé par la position qu’avait prise l’armée, faisait voir des postes tout le long de la rive droite de la Passarge, l’Empereur ordonna aux maréchaux Soult et Ney de faire des reconnaissances en avant pour repousser l’ennemi. Le maréchal Ney marcha sur Guttstadt. Le maréchal Soult passa la Passarge à Wormditt. L’ennemi fit aussitôt un mouvement général et se mit en retraite sur Königsberg. Ses postes, qui s’étaient retirés en toute hâte, furent poursuivis à huit lieues. Voyant ensuite que les Français ne faisaient plus de mouvements, et s’apercevant que ce n’étaient que des avant-gardes qui avaient quitté leurs régiments, deux régiments de grenadiers russes se rapprochèrent et se portèrent de nuit sur le cantonnement de Zechern. Le 5e régiment les reçut à bout portant; le 2le et le 39e se comportèrent de même. Dans ces petits combats, les Russes ont eu un millier d’hommes blessés, tués ou prisonniers.

Après s’être ainsi assurée des mouvements de l’ennemi, l’armée est rentrée dans ses cantonnements.

Le grand-duc de Berg, instruit qu’un corps de cavalerie s’était porté sur Willenberg, l’a fait attaquer dans cette ville par le prince Borghèse, qui, à la tête de son régiment, a chargé huit escadrons russes, les a culbutés et mis en déroute, et leur a fait une centaine de prisonniers, parmi lesquels se trouvent trois capitaines et huit officiers.

Le maréchal Lefebvre a cerné entièrement Danzig, et a commencé les ouvrages de circonvallation de la place.


 

References

References
1 sur l’emploi de 500,000 francs donnés chaque mois pour faire travailler les manufactures