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1812 – Vingt-Huitième Bulletin de la Grande Armée

Smolensk, 11 novembre 1812

Le quartier-général impérial était, le 1er novembre, à Viazma, et le 9 à Smolensk. Le temps a été très beau jusqu’au 6 ; mais, le 7, l’hiver a commencé, la terre s’est couverte de neige. Les chemins sont devenus très-glissants et très-difficiles pour les chevaux de trait. Nous en avons perdu beaucoup par le froid et les fatigues ; les bivouacs de la nuit leur nuisent beaucoup.

Depuis le combat de Malojaroslavetz, l’avant-garde n’avait pas vu l’ennemi, si ce n’est les cosaques qui, comme les Arabes, rôdent sur les flancs et voltigent pour inquiéter.

Le 2, à deux heures après-midi, douze mille hommes d’infanterie russe, couverts par une nuée de cosaques, coupèrent la route, à une lieue de Wiasma, entre le prince d’Eckmühl et le vice-roi. Le prince d’Eckmühl et le vice-roi firent marcher sur cette colonne, la chassèrent du chemin, la culbutèrent dans les bois, lui prirent un général-major avec bon nombre de prisonniers, et lui enlevèrent six pièces de canon ; depuis on n’a plus vu l’infanterie russe, mais seulement des cosaques.[1]

Depuis le mauvais temps du 6, nous avons perdu plus de trois mille chevaux de trait, et près de cent de nos caissons ont été détruits.

Peter Christianowich Wittgenstein
Peter Christianowich Wittgenstein

Le général Wittgenstein ayant été renforcé par les divisions russes de Finlande et par un grand nombre de troupes de milice[2], a attaqué le 18 octobre[3], le maréchal Gouvion-Saint-Cyr ; il a été repoussé par ce maréchal et par le général de Wrede[4], qui lui ont fait trois mille prisonniers, et ont couvert le champ de bataille de ses morts.[5]

Le 20, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, ayant appris que le maréchal duc de Bellune, avec le neuvième corps, marchait pour le renforcer, repassa la Dwina, et se porta à sa rencontre[6] pour, sa jonction opérée avec lui, battre Wittgenstein et lui faire repasser la Dwina.

Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr fait le plus grand éloge de ses troupes. La division suisse s’est fait remarquer par son sang-froid et sa bravoure. Le colonel Guéhéneuc, du vingt-sixième régiment d’infanterie légère a été blessé. Le maréchal Saint-Cyr a eu une balle au pied. Le maréchal duc de Reggio est venu le remplacer, et a repris le commandement du deuxième corps.

La santé de l’empereur n’a jamais été meilleure[7].

 

[1] A la bataille de Wiasma, le prince Eugène à sous ses ordres environ 25.000 hommes, dont quelques milliers de traînards sans armes. Il y perd 4.000 tués ou blessés, 3.000 prisonniers et 3 canons. Le prince Poniatowski est blessé. Les Russes sont au nombre d’environ 24.500 hommes. Leurs pertes s’élèvent à environ 1.800 tués ou blessés.

[2] Les forces russes se montent à environ40.000 hommes (dont 9.000 miliciens) et 136 canons. Elles perdent environ 8.000 tués ou blessés.

[3] Deuxième bataille de Polotsk (18 – 20 octobre 1812). Les forces franco-bavaroises sont sous les ordres de Gouvion Saint-Cyr (IIe corps d’Oudinot – Vie corps de Gouvion Saint-Cyr) sont d’environ 23.000 hommes.

[4] Commandant la 20e division (bavaroise).

[5] Les franco-bavarois perdent environ 7.000 tués ou blessés et 2.000 prisonniers.

[6]  En fait, les forces franco-bavaroises sont si faibles qu’il doit abandonner Polotsk et retraiter en direction du sud-ouest.

[7] On voit que cette célèbre phrase, toujours associée au XXIX Bulletin du 3 décembre, avait déjà été écrite le 11 novembre ! Depuis la nouvelle reçue du coup d’état manqué de Malet (nouvelle arrivée le 6 novembre), Napoléon tient à préciser qu’il est bien portant !