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1812 – Défense de Badajoz par les troupes françaises.

J. Belmas. Journaux des sièges faits ou soutenus par les Français dans la péninsule, de 1807 à 1814, vol. 4. Paris, 1836-1837

(voir aussi : le siège de Badajoz)


Dès le mois de janvier 1812, et avant même la chute de Ciudad-Rodrigo, lord Wellington avait fait commencer secrètement les préparatifs néces­saires pour tenter une troisième fois le siège de Badajoz. Le corps du général Hill, qu’il avait laissé dans l’Alentejo, s’était porté sur la Guadiana, et occupait Mérida, d’où il poussait ses courses jusque sur la grande route de Séville. Le général Drouet avait été obligé de se retirer à Llerena, avec les troupes du cinquième corps, pour cou­vrir les défilés de la Sierra-Morena. La place de Ba­dajoz se trouvait donc livrée a elle-même, ne communiquant plus que très-difficilement avec Séville.

Armand Philippon - Friedrich Karl Rupprecht 1807 - Wikipedia
Armand Philippon – Friedrich Karl Rupprecht 1807 – Wikipedia

Au mois de février, le général Philippon [1], gou­verneur de Badajoz, apprit par ses espions et par des lettres interceptées que les Anglais faisaient d’immenses approvisionnements de vivres et de munitions à Elvas, ville forte de Portugal, à cinq lieues de Badajoz, et que deux mille ouvriers y étaient employés sans relâche à confectionner des gabions, des fascines et d’autres objets de siège. Bientôt après, il reçut avis que l’ennemi avait fait arriver de Lisbonne dans cette place un équipage de siège de soixante-dix-huit bouches à feu. D’un autre côté, le général Drouet fut informé que lord Wellington avait traversé le Tage à Villa-Velha, le 9 mars, et était en marche sur Elvas avec son armée. On ne pouvait donc plus douter que Ba­dajoz ne dût être bientôt assiégé, et l’ennemi se flattait même ouvertement de se rendre maître de la place avant qu’elle pût être secourue.

Badajoz avait des vivres pour quarante ou cinquante jours; mais ses magasins ne renfermaient qu’un très-petit nombre de projectiles creux et cent cinquante mille livres de poudre seulement. Le colonel Picoteau, directeur de l’artillerie, avait demandé avec instance qu’il lui fût envoyé de Séville cinq ou six mille bombes et deux cent mille livres de poudre. Deux fois un convoi de ces ob­jets était parti pour Badajoz; mais à chaque fois le général Hill l’avait fait rétrograder, de sorte que la place ne put être suffisamment approvisionnée. La garnison était forte de cinq mille hommes, y compris trois cents hommes à l’hôpital, et à peu près autant de non-combattants. Or, le dévelop­pement de la place et des ouvrages extérieurs exi­geait au moins sept mille hommes, et, lors du siège de 1811, les Espagnols en avaient neuf mille; mais les difficultés d’approvisionner une garnison de plus de cinq mille hommes avaient été un obs­tacle à son augmentation. La population de la ville, qui était de dix-sept mille âmes en temps or­dinaire, se trouvait réduite à la moitié par la fuite des habitants. Les fermes et les moissons avaient été brûlées par les Anglais lors des premières attaques[2], et les paysans s’étaient enfuis, de sorte que les terres étaient restées sans culture. Le général Philippon avait pris le parti de faire labourer les terres dans un rayon de trois mille mètres autour de la place, au moyen des bœufs destinés à l’approvisionnement du siège, et de les faire ensemencer par les soldats. Les jardins aban­donnés avaient été répartis entre les corps et les officiers de l’état-major; et, dans la prévoyance de l’interruption présumée des communications avec le dehors, rien de ce qui pouvait mettre la garnison en état de se suffire à elle-même n’avait été négligé.

Plan de Badajoz
Plan de Badajoz

La place était en assez bon état de défense, et l’on estimait qu’elle pouvait résister de vingt à vingt-cinq jours de tranchée ouverte. Dans les deux premiers sièges, l’ennemi avait battu en brèche le château, et afin de prendre cette brèche de revers, il avait attaqué en même temps le fort de San-Cristoval qui le domine. Ce fut aussi sur ces deux points qu’eurent lieu les principaux perfectionnements. On construisit la lunette Verley, cotée 36, à trois cent soixante mètres en avant du fort San-Cristoval, sur l’emplacement même où les Anglais avaient établi leur batterie de brèche contre ce fort. Les fossés de cette lunette furent taillés dans le roc, à l’aide du pétard, sur une profondeur de quatre mètres cinquante centimètres. On en releva de beaucoup les glacis, afin de couvrir les escarpes, et la gorge de l’ouvrage fut fermée par un bon mur crénelé. Cette lunette, bien qu’éloignée du fort San-Cristoval, était à l’abri d’un coup de main. Elle dominait tous les environs, si ce n’est du côté de la hauteur d’Atalaya; mais elle était bien défilée de ce point par une tra­verse sous laquelle on avait construit un maga­sin à poudre et un logement blindé pour cinquante hommes. Telle fut l’activité des travaux, qu’en moins de quatre mois cet ouvrage fut achevé et armé.

Les deux brèches faites par les Anglais au fort San-Cristoval avaient été réparées, les fossés appro­fondis dans le roc, les contrescarpes relevées en maçonnerie, et les glacis exhaussés de manière à couvrir les escarpes, qui, précédemment, étaient vues jusqu’au pied. On avait aussi amassé des ma­tériaux dans l’intérieur du fort pour y construire un magasin à poudre, une citerne et une caserne à l’épreuve de la bombe.

La tête de pont, ruinée dans le dernier siège, avait été réparée, ainsi que sa communication avec le fort San-Cristoval. Tous les ouvrages de la rive droite de la Guadiana se trouvèrent ainsi dans un bon état de défense.

Le château, situé au nord de la ville sur un rocher élevé de quarante-quatre mètres au-dessus du niveau des eaux de la Guadiana, était un excellent réduit pour la garnison. Il renfermait une partie des vivres et des munitions, et l’unique magasin à poudre de la place. Son antique muraille, flanquée de tours, et d’une hauteur qui variait de sept à quatorze mètres, avait été réparée avec soin, ainsi que la brèche que les Anglais y avaient faite. Dans la partie du château qui fait face au fort San-Cristoval, on avait élevé une batterie dirigée contre ce fort et un retranchement extérieur qui en défi­lait en partie le terre-plein. On avait remis en état les anciennes batteries, et l’on avait escarpé davan­tage le rocher du côté de la campagne, où le ruis­seau le Rivillas, flanqué par la lunette Saint-Roch, formait un autre obstacle. Tout cela faisait regar­der le château comme le point le plus sûr de la place.

Pour augmenter la force de la ville, on éclusa le pont du Rivillas, situé à la gorge de la lunette Saint-Roch, ouvrage revêtu et entouré d’un bon fossé qui assurait bien le barrage, et l’on fit en­core un batardeau en maçonnerie à l’extrémité du fossé de la face gauche. Les eaux remplirent les fossés du front 7-8, et refluèrent jusqu’à douze cents mètres dans le vallon, de manière à couper les communications de l’ennemi devant la place, ou à le forcer de rejeter ses attaques sur les fronts les mieux défendus.

Le fort de Pardeleras avait été relevé de ses ruines, et fermé à la gorge par un mur crénelé. On fit une double canonnière pour y communiquer de la porte del Pilar. On creusa plus profondément; ses fossés pour donner plus de hauteur à l’escarpe, et l’on rehaussa le front de droite, qui aurait pu prendre de revers les approches de l’ennemi le long de la basse Guadiana. On construisit dans ce fort un magasin à poudre et une caserne à l’é­preuve. Le chemin couvert fut réparé et palissade à neuf.

Les fronts i-a, a-3, et 3-4, qui étaient regardés comme les plus faibles de la place, furent renfor­cés par un système de mines composé de trèfles en demi-galerie pratiqués aux arrondissements de la contrescarpe, pour porter au besoin des fourneaux sous les emplacements présumés des batteries de brèche de l’ennemi. On fit, dans le fossé des deux premiers fronts, une cuvette d’un mètre soixante-dix centimètres de largeur, et d’un mètre soixante centimètres de profondeur, laquelle fut remplie d’eau, au moyen d’une source très-abondante, située près de l’angle d’épaule droite du bastion 3. La demi-lune du front a-3, qui avait été ébauchée par les Espagnols, fut revêtue et reformée en entier. Celle du front i-a fut massée en terre, et eut un commandement de trois pieds sur la crête de son chemin couvert; son revêtement fut élevé de cinq pieds au-dessus des fondations. Un remit en état la demi-lune en terre du front 3-4, et l’on répara la brèche faite en 1811 à la courtine. Les casernes avaient été mises en état et agrandies, ainsi que l’hôpital militaire.

Tous ces travaux, dirigés par le colonel du gé­nie Lamare et les officiers sous ses ordres, offrirent de grandes difficultés. Les troupes de la gar­nison étaient, pour ainsi dire, les seuls travailleurs dont on pût disposer, et la ville se trouvait dé­pourvue de toute espèce de matériaux. La forêt qui fournissait les bois était éloignée de trois lieues, on n’avait aucun moyen de transport, et les de­mandes faites à Séville pour en avoir avaient été sans résultat; toutes les ressources en ce genre, qui se trouvaient en Estramadure et en Andalou­sie, avaient été épuisées. Il fallut extraire la pierre des carrières et fabriquer la chaux, et l’on ne put même s’en procurer une quantité suffisante. Pour faire le charbon, on en était réduit à arracher les racines des oliviers qui avaient été brûlés dans les sièges précédents. Le manque de bois ne permit de faire aucun blindage, ni de remplacer les palis­sades du chemin couvert qui avaient aussi été en grande partie détruites pendant ces sièges.

L’artillerie, dont les ressources avaient été aug­mentées du matériel pris à Campo-Mayor, mit en batterie plus de cent quarante bouches à feu. Elle fit des traverses dans les bastions et sur les courtines; elle ouvrit de nouvelles embrasures et en ferma d’autres; et, de concert avec le génie, prépara tous les moyens destructifs nécessaires pendant la durée du siège et au moment des as­sauts.

Cependant lord Wellington était arrivé à Elvas, le ii mars, avec son armée. Le général Drouet, commandant des troupes du cinquième corps, instruit du danger qui menaçait Badajoz, en­voya au gouverneur le chef de bataillon du génie Truilhier, qui faisait partie de son état-major, le capitaine du génie Meynhart, Hollandais, et le lieu­tenant Vallon, avec cinquante sapeurs, deux com­pagnies du soixante-quatrième régiment de ligne, fortes ensemble de cent trente hommes, deux cents chasseurs à cheval du vingt-et-unième ré­giment, commandés par le lieutenant Raulet, et un convoi de cinquante à soixante mulets chargés de farine.

Le 16 mars, les Anglais jetèrent un pont de pon­tons sur la Guadiana, à deux lieues au-dessous de Badajoz, et y effectuèrent immédiatement leur passage. Trois mille hommes de troupes légères, postés à une demi-lieue en amont sur la Caya pour couvrir ce mouvement, poussèrent des reconnais­sances le long de la rive droite de la Guadiana jus­qu’en vue de Badajoz, où elles parurent à neuf heures du matin. Le général Veiland fut envoyé par le gouverneur pour les reconnaître, avec cent soixante-dix hommes d’infanterie et vingt-cinq chevaux. Bientôt après, on vit déboucher par la route d’Olivenza les divisions anglaises, qui investirent la place du côté de l’ouest et du sud jusqu’à la route d’Albuera.

Le général Picton
Le général Picton

A l’approche des Anglais, un grand nombre d’habitants de toutes classes abandonnèrent la ville pour se soustraire aux dangers du siège. On vit alors des vieillards, des femmes et des enfants, chargés d’effets, fuir de tous côtés, versant des larmes, et tournant douloureusement leurs regards sur leur malheureuse ville, qui, pour la quatrième fois, allait être livrée à toutes les calamités de la guerre : il ne resta dans la place que quatre ou cinq mille âmes, principalement des indigents.

Lord Wellington se trouvait à la tête de qua­rante-cinq mille hommes, y compris les troupes du général Hill, qui se trouvait à Mérida avec deux divisions d’infanterie et deux brigades de cavalerie. Il détacha encore le général Graham à Santa-Martha avec trois divisions d’infanterie et deux bri­gades de cavalerie, pour observer la grande route de Se ville, et réserva pour le siège la division lé­gère du colonel Barnard, la troisième division du général Picton , et la quatrième division du géné­ral Colville, au total environ seize mille hommes. La cinquième division, commandée par le général Leith [3]), était restée provisoirement en réserve à Campo-Mayor.

Sir James Leith, General and Governor of Leeward Islands, by Charles Picart.
Sir James Leith, General and Governor of Leeward Islands, by Charles Picart.

Le 17 mars, à l’aube du jour, la place se trouva complètement investie : la troisième division anglaise occupait la droite et gardait tout le terrain compris entre les routes de Talavera et d’Albuera; la quatrième division était placée au centre, et une partie de la division légère occupait à la gauche les bords de la Guadiana en aval de la ville, tandis que l’autre partie, restée sur la rive droite, bloquait la tête de pont et le fort  San-Cristoval. Dans la journée même, lord Wellington fit plusieurs reconnaissances avec ses ingénieurs, et dès le lendemain il se trouva en mesure de commencer le siège, ayant déjà seize pièces de 24, vingt pièces de 16, seize obusiers de 24 en fonte, avec un approvi­sionnement considérable, et trois mille outils, quatre-vingt mille sacs à terre, douze cents gabions et sept cents fascines.

De notre côté, les travaux de défense furent pous­sés avec activité. Le gouverneur renforça les postes extérieurs, et préposa des chefs à la défense de chaque ouvrage : le colonel Pineau eut le commande­ment du fort de Pardaleras; le colonel Gaspard Thiery, celui de la lunette de Picuriua ; le colonel Koller, commandant des Hessois, celui du château, et le capitaine de grenadiers Vilain, celui du fort San-Cristoval. La garnison fut distribuée sur le pourtour de la place, afin qu’en cas d’alerte chaque corps con­nût bien son poste. Les bastions i et a furent assignés au bataillon du neuvième régiment léger, les bastions 3 et 4 au bataillon du vingt-huitième léger, le bastion 5 au bataillon du cinquante-hui­tième de ligne, les bastions 6 et 7 au bataillon du cent troisième, les bastions 8 et 9 et le château au régiment étranger de Hesse-Darmstadt. Le déta­chement espagnol, au service du roi Joseph, fut placé à la porte de las Palmas, avec deux compa­gnies d’éclaireurs, formées de tous les employés civils et militaires renfermés dans la place. Le ba­taillon du quatre-vingt-huitième et la cavalerie res­tèrent en réserve sur la place Saint-Jean. Les deux compagnies du soixante-quatrième furent mises à la disposition de l’artillerie, dont le personnel était insuffisant; de plus, les sapeurs devaient, en cas d’alerte, être distribués dans les batteries pour se­conder les canonnières. Le général Veiland[4] forma, des meilleurs tireurs de la garnison, une compa­gnie qui eut pour chefs le lieutenant Michel, du neuvième léger, et le sous-lieutenant Leclerc de Ruffey, du cinquante-huitième de ligne, officiers braves et intelligents. Cette compagnie fut chargée spécialement d’inquiéter les travailleurs de l’en­nemi, en tirant continuellement sur les têtes de sapes.

1e Nuit, du 17 au 18 mars. L’ennemi ouvrit, avec dix-huit cents travailleurs, une parallèle d’environ six cents mètres de développement, à trois cents mètres environ de la lunette Picurina, ainsi qu’une communication. La nuit était très-noire; le vent soufflait avec violence et la pluie tombait par torrents, en sorte que ce travail fut dérobé à la place : ce ne fut qu’à la pointe du jour que notre artillerie y dirigea son feu ; mais déjà l’ennemi était couvert.

Le point d’attaque se trouvant ainsi connu, le gouverneur porta tous les travaux de défense sur les fronts 6-7, 7-8 et 8-9. La lunette Picurina, qui se trouvait particulièrement menacée, était située sur un plateau à trois cent cinquante mètres du front 6-7. Elle n’était pas revêtue; et son escarpe, taillée presque à pic dans une espèce de terre de pipe très-dure, était surmontée d’une fraise, mais n’avait que trois mètres cinquante centi­mètres de hauteur. Le colonel du génie Lamare fit approfondir le fossé de cette lunette, et afin de la flanquer, il fit creuser sous le chemin couvert, à l’arrondissement de la contrescarpe, une casemate à feux de revers pour vingt-quatre hommes, qui fut fermée sur le devant par un mur en bri­ques. Une espèce de réduit en gabions, et palissade, fut construit près du saillant dans l’intérieur de l’ouvrage, et la gorge fut protégée par deux rangs de palissades précédées d’un fossé. Enfin des fou­gasses furent préparées aux trois angles du che­min couvert pour faire sauter l’ennemi au moment de l’assaut. On arma cette lunette de quatre bouches à feu, et l’on mit en batterie dans celle de Saint-Roch, qui la protégeait, deux pièces et un obusier. Le nombre des pièces qui armaient le front de la place, ayant vue sur l’attaque, fut porté à vingt-deux, savoir: sept pièces au château; trois pièces de 24 au bastion 8 ; deux pièces de 24, deux de 16, un mortier de dix pouces, et un obusier de huit pouces, monté sur un affût de mortier, au bastion 7 ; trois pièces au bastion 6, et trois pièces au bastion 5.

 

2e Nuit, du 18 au 19 mars.

L’ennemi poussa sa parallèle d’environ quatre cents mètres vers la droite, jusqu’auprès de la re­doute de Talavera. Il s’étendit aussi par sa gauche jusqu’au bord de l’inondation du Rivillas, et pro­longea ses communications en arrière. Il entreprit deux nouvelles batteries :

Le n° 1, de trois pièces de 18 et de trois obusiers de cinq pouces et demi, pour battre la lu­nette Picurina.

Le n° 2, de quatre pièces de 24, pour détruire les palissades du chemin couvert et enfiler la com­munication de la lunette avec la place.

Le 19 au matin, le général Philippon, voyant que la droite de la parallèle ennemie n’était pas appuyée, ordonna une sortie sous les ordres du général Veiland. La colonne se composait de deux bataillons, forts chacun de cinq cents hommes ; d’un détachement de cent sapeurs ou mineurs, commandés par le capitaine Lenoir; de quarante cavaliers, commandés par le lieutenant Delavigne, du vingt-neuvième de dragons; et d’une pièce de canon. Le général Veiland sortit à midi par la porte de la Trinité. Il forma ses troupes dans le chemin couvert qui lie la lunette de Picurina à celle de Saint-Roch, et, débouchant à gauche de cette der­nière, il se porta avec son infanterie droit sur la parallèle ennemie. La cavalerie tourna au galop la droite de cette parallèle, et elle poussa jusque dans les bivouacs anglais, à plus de mille mètres en ar­rière, où elle mit le désordre parmi les troupes qui gardaient le parc de siège : un détachement de cent hommes, sorti de la lunette Picurina, atta­quait en même temps la gauche de la parallèle. Surpris par ces attaques, que favorisait un brouil­lard assez épais, les travailleurs ennemis, au nom­bre de dix-huit cents, et quinze cents hommes de tranchée, s’enfuirent avec précipitation jusque sur les hauteurs de Saint-Michel. Nos sapeurs détrui­sirent une grande partie de la parallèle, où ils ra­massèrent cinq cent quarante-cinq outils. C’était là tout ce qu’on pouvait attendre de cette sortie hasardée à une grande distance de la place, et les Anglais ne se rallièrent qu’au bout d’une heure : mais alors ils reprirent l’offensive, et bientôt nos troupes eurent à lutter contre toute la division du général Picton qui avait pris les armes. La pru­dence commandait de se retirer; cependant on voulut résister, ce qui fit payer l’avantage qu’on avait obtenu. Toutefois, le général Veiland opéra sa retraite en bon ordre. Nous eûmes vingt hom­mes de tués et cent soixante de blessés, dont treize officiers. L’ennemi eut près de cent cinquante hommes mis hors de combat, au nombre desquels se trouva le lieutenant-colonel du génie Fletcher qui dirigeait le siège.

Pour empêcher à l’avenir notre cavalerie de jeter le désordre dans ses camps, lord Wellington plaça quelques escadrons et quelques pièces d’artillerie derrière les hauteurs de Saint-Michel, et porta son équipage de siège à quinze cents mètres plus en arrière.

 

3e Nuit, du 19 au 20 mars.

L’ennemi répara sa parallèle, et la prolongea d’environ six cents mètres sur la droite jusqu’auprès de la Guadiana, en face du château. Mais la pluie, reprenant avec une nouvelle force, et le terrain se trouvant assez bas, cette partie de la parallèle se remplit d’eau. Il était resté dans cette parallèle une lacune d’une vingtaine de mètres sur la route de Talavera, où la dureté du terrain n’avait pas permis à l’ennemi de s’y enfoncer. Au jour, notre artille­rie dirigea son feu sur ce point, et y intercepta la communication jusqu’à ce que l’ennemi y eût fait un masque en sacs à terre.      

 

4e Nuit, du 20 au 21 mars.

L’ennemi entreprit, à la droite de sa parallèle, trois nouvelles batteries :

Le n° 4, de six pièces de 24 et d’un obusier de cinq pouces et demi, pour enfiler la face droite du bastion de la Trinité 7.

Le n° 5, de quatre pièces de 18, ricochant le flanc droit du bastion de San-Pedro 8.

Le n° 6, de trois obusiers de 24 pour enfiler la face droite de la lunette Saint-Roch.

Au jour, lorsque nous aperçûmes les travaux de ces batteries, nous crûmes que l’ennemi vou­lait battre en brèche le front 8-9, dont l’escarpe était fort mauvaise et vue jusqu’au pied, qui n’avait pas de fossé ni de chemin couvert, et dont la courtine, resserrée par les maisons de la ville, était sans parapet. On se hâta donc de renforcer ce front. Le colonel du génie Lamare fit commencer, en avant de la courtine, un retranchement en terre pour en couvrir les maçonneries, et il fit raser dans la ville les maisons qui resserraient le plus le rempart.

Il tomba beaucoup de pluie dans la journée, et l’inondation du Rivillas, tendue à sa plus grande hauteur, baignait les fossés du front 7-8 jusqu’à la moitié de la face droite du bastion 7. La lunette Saint-Roch, prenant par sa position des revers avantageux sur les cheminements de l’ennemi, on jugea nécessaire d’en assurer la communication ; mais au lieu de construire un parapet en terre, qui eût exigé plus de huit jours de travail, on se contenta de tendre, à partir de la porte de la Trinité, de simples rideaux de toile soutenus par des perches : nos troupes purent alors passer derrière sans être aperçues, ce qui fit le désespoir des tirailleurs anglais. Trois nouvelles pièces de 24 furent placées sur la courtine du front 7-8. Le bastion 8, outre ses trois pièces de 24, reçut deux mortiers de douze pouces, quatre obusiers de 8, dont deux montés sur affûts de mortiers, et sept mortiers éprouvettes. Comme la place ne se trouvait pas très-resserrée sur la rive droite de la Guadiana, le gouverneur fit sortir de la tête de pont deux pièces de ia allongées, qui furent mises en batterie au bord du fleuve près de l’embouchure de la Gevora, afin d’enfiler la parallèle de l’ennemi. Ces deux pièces firent beaucoup de mal aux Anglais, qui furent obligés de changer la direction de la partie droite de leur parallèle.

 

5e Nuit, du 21 au 22 mars.

L’ennemi continua ses travaux, auxquels il em­ployait journellement quatorze cents hommes qu’il relevait de six en six heures. Il entreprit une nou­velle batterie n° 3, de quatre pièces de 18, pour contre-battre de plein fouet la face droite de la lunette Saint-Roch, devant suppléer à la batterie n° 6, qui, construite dans un terrain bas, ne pou­vait ricocher efficacement cette face. La pluie ne cessa de tomber toute la nuit, et rendit imprati­cable toute la partie droite de la première pa­rallèle.

De notre côté, nous poussâmes activement nos travaux de défense, auxquels huit cents hommes étaient employés constamment. Déjà le massif en terre, entrepris pour couvrir la courtine du front 8-9, avait un assez grand relief. On fit un épaulement sur la rive droite de la Guadiana pour les deux pièces qui y avaient été placées, et dont les boulets balayaient la première parallèle sur une longueur de douze cents mètres. Ce fut alors que lord Wellington se décida à faire venir de Campo-Mayor la cinquième division, commandée par le général Leith, pour resserrer la garnison sur la rive droite de la Guadiana. La pluie, qui tomba par torrents à quatre heures après midi, remplit de nouveau les tranchées de l’ennemi. Le pont de pontons qu’avaient les Anglais sur la Guadiana, à deux lieues en aval de la place, fut emporté, et leur armée se trouva sans communications avec El vas. Lord Wellington, éprouvant la plus grande difficulté à recevoir des vivres, à armer et à ap­provisionner ses batteries, appréhenda sérieuse­ment d’être obligé de lever le siège.

 

 

6e Nuit, du 22 au 23 mars.

L’ennemi arma les batteries n° 1 et 2 : ses tra­vailleurs s’occupèrent à faire écouler les eaux qui remplissaient les tranchées.

Le temps parut se remettre au beau dans la ma­tinée; mais à trois heures après midi la pluie re­commença à tomber par torrents, et continua ainsi jusqu’à sept heures du soir.

 

7e Nuit, du 23 au 24 mars.

L’ennemi ne fit aucun progrès; le terrain était tellement détrempé par les eaux qu’il ne put armer ses batteries.

Le temps se remit au beau dans la journée. Les troupes de la division Leith vinrent compléter l’in­vestissement de la place sur la rive droite de la Guadiana.

 

8e Nuit, du 24 au 25 mars.

La nuit fut belle; l’ennemi en profita pour ter­miner et armer, toutes ses batteries.

A la pointe du jour, notre artillerie, s’étant aper­çue que l’ennemi avait dégorgé les embrasures de ses batteries, y dirigea son feu. L’ennemi ouvrit le sien à onze heures avec vingt-neuf pièces, ré­parties dans les batteries n° 1, 2, 3, 4, 5, 6. La canonnade fut très-vive de part et d’autre, et dura jusqu’à la nuit. L’ennemi parvint à démonter les pièces de la lunette Picurina et à endommager fortement le parapet de cet ouvrage, qui n’avait que quatre mètres d’épaisseur.

 

9e Nuit, du 25 au 26 mars.

Dès que la nuit fut venue, on se mit à répa­rer le parapet de la lunette Picurina avec des ballots de laine et des fascines. On disposa sur ce pa­rapet des bombes et des barils foudroyants pour jeter sur les assaillants au moment de l’assaut. Deux cents fusils chargés furent aussi rangés sur la ban­quette, afin que chaque défenseur eût plusieurs coups prêts à tirer. La galerie à feux de revers, en­treprise à l’arrondissement de la contrescarpe pour flanquer le fossé de la lunette, se trouvait achevée, et il n’y avait plus qu’à placer des augets aux trois fougasses disposées sous la crête du glacis. Encore quelques heures de travail, et les défenses de l’ouvrage eussent été amenées à perfection : mais l’ennemi, averti par un déserteur espagnol qui tra­vaillait à la galerie de contrescarpe, se hâta de li­vrer l’assaut.

En conséquence, le général Kempt, qui com­mandait la tranchée, réunit dans la parallèle, en­tre les batteries n° 1 et 3, deux détachements de deux cents hommes chacun, ayant en tête six charpentiers munis d’outils, six mineurs avec des pinces, et douze sapeurs avec des échelles. Une ré­serve de cent hommes se tenait à la batterie n° 2.

Le temps était beau, et l’on n’entendait que le bruit des travailleurs qui piochaient la terre et la voix de quelques sentinelles, lorsqu’à dix heures un coup de canon, tiré de la batterie ennemie n° 4, donna le signal de l’assaut. Le détachement de gauche tourna le flanc droit de l’ouvrage, pour forcer la gorge; celui de droite marcha directe­ment sur la communication de la lunette avec la ville; cent hommes y furent laissés pour intercep­ter les secours, et le reste se porta aussi sur la gorge de l’ouvrage.

A l’approche de l’ennemi, le colonel Gaspard Thierry, qui gardait la lunette avec deux cents hommes, fit partir deux fusées, signal convenu en cas d’attaque. L’artillerie de la place ouvre alors un feu très-vif. L’ennemi s’efforce en vain de couper les palissades de la gorge sous la fusillade des nôtres, et, après deux ou trois tentatives, il est obligé de renoncer à son projet. Une partie des assaillants se jette alors dans le fossé du flanc gau­che de la lunette, applique des échelles contre l’es­carpe et donne l’escalade. Le général Kempt, qui s’était avancé avec sa réserve, se dirige sur le sail­lant de la lunette et gravit le parapet. Ce dernier effort détermine la prise de l’ouvrage. Nos soldats, au lieu de se tenir dans le réduit, s’étaient portés vers la gorge, abandonnant les parapets que l’en­nemi put escalader sans beaucoup de peine. Le combat dura trois quarts d’heure. Le colonel Gaspard-Thierry fut pris, avec quatre-vingts hommes, un officier et trente hommes du régiment de liesse parvinrent à se sauver, et le reste fut tué à la baïonnette ou se noya dans l’inondation. La perte de l’ennemi fut de cinquante-quatre hommes tués et de deux cent soixante-cinq blessés.

Le bataillon du cent troisième régiment, sous les ordres du commandant Lurat, était sorti, mais trop tard, pour venir au secours de la lunette. Il essuya un feu très-vif de la colonne ennemie pos­tée dans la communication, perdit une cinquan­taine d’hommes, et rentra dans la place.

Le gouverneur et le général Veiland témoignè­rent hautement leur mécontentement de la faible défense qu’avaient faite les défenseurs de la lunette, qui, en effet, négligèrent de faire rouler sur l’ennemi les bombes et les barils foudroyants disposés sur les parapets, moyens qui avaient été si efficacement employés en 1811 au fort San-Cristoval. Le capitaine Salomiac, qui commandait l’ar­tillerie de la lunette, avait été blessé dans la jour­née et remplacé par un autre officier qui montra peu d’assurance. Cet incident et le grand isolement de la lunette contribuèrent sans doute au succès des assaillants.

L’ennemi travailla toute la nuit à s’établir dans l’ouvrage qu’il venait de prendre. Il fit un loge­ment dans le terre-plein et une brèche au saillant, d’où il ouvrit avec sa première parallèle une com­munication, qu’il soutint à gauche par une portion de deuxième parallèle appuyée à l’inondation.

Nous tirâmes toute la nuit sur ces travaux, tant de la place que du fort de Pardaleras, et notre artillerie, ayant armé le flanc droit du bastion 8 de six pièces de 24 ou de 16, fit au jour un feu si vif sur la lunette Picurina que l’ennemi fut forcé d’en retirer ses travailleurs. D’un autre côté, les feux plongeants du château bouleversèrent com­plètement la batterie n° 6, où deux obusiers furent démontés; et, dans l’après-midi, la plupart des batteries de l’ennemi se trouvèrent réduites au silence. Mais ce résultat n’avait pu être obtenu que par un feu très-vif, dans lequel notre artillerie con­somma une grande quantité de projectiles creux et douze mille livres de poudre. L’approvisionne­ment de la place se trouva réduit de moitié, et nous fûmes obligés les jours suivants de diminuer notre feu, afin de ménager les munitions.

 

10e Nuit, du 26 au 27 mars.

L’ennemi, qui du plateau de Picurina voyait jusqu’au pied les escarpes du front 6-7, choisit ce point pour y faire brèche. À cet effet, il commença sur le plateau trois batteries, savoir:

La n° 7, à la gorge de la lunette Picurina, pour battre en brèche, avec les pièces de 24, la face droite du bastion de la Trinité 7.

La n° 9, de huit pièces de 18, également à la gorge de la lunette Picurina, pour ouvrir le flanc gauche du bastion de Santa-Maria coté 6, lequel pouvait battre la brèche que la batterie n° 7 de­vait faire au bastion de la Trinité.

La n° 10, de trois obusiers de 24, dans la pre­mière parallèle, pour enfiler le fossé au pied de la brèche du bastion de la Trinité, afin de nous em­pêcher d’en enlever les décombres et d’y créer des obstacles.

L’ennemi, jugeant de plus qu’il aurait de l’avan­tage à s’emparer de la lunette Saint-Roch, afin de pouvoir saigner l’inondation du Rivillas, ce qui lui aurait permis de rapprocher ses cheminements du front 6-7, prolongea vers cette lunette la droite de sa seconde parallèle. Cependant il ne put l’é­tendre au-delà de la route de Talavera, tant à cause de la dureté de cette route que de la blancheur du terrain qui faisait découvrir ses travailleurs.

Le 27 au matin, notre artillerie démasqua une batterie de huit pièces de 24 qu’elle avait commencé la veille dans le bastion 9, pour plonger le lo­gement de l’ennemi dans la lunette Picurina. Ce­lui-ci travailla toute la journée à ses batteries de brèche, malgré le feu de notre artillerie, et dé­sarma sa batterie n° 6, qui avait été bouleversée par les feux plongeants du château. Le soir, il s’ap­procha de la lunette Verley 36, située sur la rive droite de la Guadiana, et engagea la fusillade avec les défenseurs de cette lunette, pour protéger la construction d’une redoute sur la hauteur d’Atalaya qui s’en trouvait à quatre cents mètres.

L’attaque contre le front 6-7 se trouvant dessi­née, le gouverneur fit suspendre les travaux du front 8-9, et employa les travailleurs à relever la contre-garde ébauchée du bastion 7, qui ne cou­vrait l’escarpe de ce bastion que sur une hauteur de sept pieds. En même temps, il fit garnir de ti­railleurs tout le chemin du front attaqué.

 

11e Nuit, du 27 au 28 mars.

Pour ne laisser aucun débouché à la garnison sur la rive droite de la Guadiana, l’ennemi entreprit sur cette rive une ligne de contrevallation, ap­puyée, d’une part, à la redoute commencée la veille sur la hauteur d’Atalaya, et de l’autre, à une batterie qu’il construisit en face de la tête de pont II continua son cheminement contre la lu­nette Saint-Roch; mais, au jour, notre artillerie dirigea un feu si vif sur ce cheminement que l’ennemi fut obligé de l’abandonner.

On se prépara dans la place à repousser l’assaut, bien que la muraille n’eût pas encore été battue en brèche. On fit à l’arsenal des barils foudroyants avec de gros tonneaux bourrés de paille goudronnée, de poudre, de grenades et de dix-huit ou vingt boulets creux de 24. On construisit des che­vaux de frise avec des laines de sabres de cavale­rie, implantées dans des poutres. On plaça sur les remparts, aux points d’attaque présumés, des bombes, de vieux boulets, des essieux de voitures et de grosses pièces de bois, pour être jetés sur l’en­nemi. Le chef de bataillon Billon, du neuvième régi­ment léger, chargé de la défense du bastion i, eut l’i­dée de faire creuser dans le parapet et au bord de l’escarpe une tranchée en guise de chemin de ron­des, afin de découvrir le fossé, et de repousser plus avantageusement toute tentative d’escalade. Le même travail fut fait par les autres chefs de corps sur presque tout le développement de la

 

12e Nuit, du 28 au 29 mars.

À l’extrême gauche de son logement sur le pla­teau de Picurina, l’ennemi commença une nouvelle batterie de brèche n° 8, de six pièces de 18, devant agir concurremment avec la batterie n° 7 contre la face droite du bastion de la Trinité 7. Il fit à la sape volante la portion de sa deuxième parallèle qui traversait la route de Talavera, et il poussa son cheminement sur la lunette Saint-Roch jusqu’à environ quarante mètres du chemin cou­vert de cet ouvrage.

Au jour, il essaya de continuer ce dernier cheminement; mais notre artillerie emportant ses gabions à mesure qu’il les plaçait, il fut obligé de retirer ses travailleurs. On remarqua du rempart que l’officier du génie anglais qui dirigeait ce travail, en avait indiqué le tracé sur le terrain au moyen d’un cordeau blanc, qui était resté tendu, soit par oubli, soit pour demeurer prêt à diriger les travailleurs, dès que l’obscurité de la nuit leur permettrait de revenir. Le général Veiland eut l’i­dée de faire changer la direction de ce cordeau en le plaçant dans l’alignement d’une des batteries du château, ce qui pouvait faire perdre à l’ennemi le travail d’une nuit. Le caporal Stoll, de la deuxième compagnie du deuxième bataillon de mineurs, se chargea de l’exécution. A la nuit tombante, un moment avant le retour des travailleurs de l’ennemi, il passe entre les palissades du chemin couvert de la lunette, se glisse à plat ventre sur le glacis jusqu’au cordeau, en arrache le piquet, et l’enfonce plus à droite dans la direction du château; ensuite, il rentre dans le chemin couvert, sans avoir été aperçu des gardes de tranchée, qui n’étaient pas à plus de vingt mètres. Pour récompenser sa bravoure et son intelligence, le gouverneur lui accorda une gratification de deux cents francs, et mit son nom à l’ordre du jour.

 

13e Nuit, du 29 au 30 mars.

A la chute du jour, l’ennemi reprit les travaux de sa ligne de contrevallation sur la rive droite de la Guadiana. Ces travaux n’étaient pas inquiétants, puisque le fleuve couvrait la place; néan­moins le gouverneur ordonna une sortie pour les détruire. À dix heures du soir, quatre cents hom­mes, sous les ordres du chef de bataillon Billon, du neuvième régiment léger, débouchèrent de la tête de pont, et se portèrent avec rapidité jusque dans les lignes de l’ennemi; mais les Anglais, qui se trouvaient en force, les obligèrent de rentrer sans leur laisser prendre aucun avantage. Le lieutenant Duhamel, aide de camp du gouverneur, qui avait proposé cette sortie inutile, fut tué à la tête des troupes. Nous perdîmes cinq hommes.

L’ennemi commença une nouvelle batterie n° 11, qui devait être armée de six bouches à feu arrivées d’Elvas, et qui était destinée à battre la lunette Saint-Roch et à ouvrir la courtine du front 7-8.

Le 30, à la pointe du jour, la batterie de brè­che n° 9 commença à tirer contre le flanc gauche du bastion 6, tandis que la batterie d’obusiers n° 10 enfilait la face droite du bastion 7. L’ennemi, pour répondre au feu de mousqueterie de nos chemins couverts, qui inquiétait beaucoup ses canonniers à la batterie n° 9, plaça des tirailleurs dans de petites portions de tranchées faites en avant de cette batterie.

 

14e Nuit, du 30 au 31 mars.

Le tir de l’ennemi contre le flanc gauche du bas­tion de Santa-Maria coté 6, et la direction de ses deux batteries n° 7 et 8 contre la face droite du bastion 7, ne nous laissèrent plus de doute sur les deux points où il voulait faire brèche. C’est pourquoi, à la chute du jour, le colonel Lamare, comman­dant du génie, fit commencer, en arrière du front 6-7, un retranchement en terre de trois cents mètres de développement, qui fut appuyé, d’un côté à la face droite du bastion 6, et de l’autre, à une caserne située dans le terre-plein du bastion 7. En arrière de ce retranchement, on prépara en­core une seconde ligne de défense, au moyen des maisons et de barricades élevées au débouché des rues.

Les Anglais poussèrent leur cheminement sur la lunette Saint-Roch, et ils armèrent leurs batteries n° 7 et 8, qui, à la pointe du jour, commencèrent à battre en brèche, avec dix-huit pièces de 24 ou   de 18, la face droite du bastion de la Trinité : la contre-garde de ce bastion n’avait pu être portée encore qu’à une hauteur de dix pieds, en sorte qu’elle laissait vingt et un pieds de l’escarpe exposés au feu de l’ennemi. En même temps, la batterie n° 10 ricocha de nouveau avec ses trois obusiers la face droite du même bastion, pour en ruiner les défenses et nous empêcher de déblayer le pied de la brèche. La batterie n° 9 continua à battre le flanc gauche du bastion 6.

Malgré le feu de l’ennemi, nous ne cessâmes de travailler aux retranchements commencés en arrière des brèches. Le chef de bataillon du génie Truilhier fut tué en dirigeant ce travail ; sa perte fut vivement sentie de toute la garnison. Notre ar­tillerie riposta avec vigueur aux batteries de l’en­nemi, et y démonta plusieurs pièces : elle tira dans la journée plus de quatre mille coups de canon. La fusillade, qui fut aussi très-vive, se continua bien avant dans la nuit.

 

15e Nuit, du 31 mars au 1er avril.

A la chute du jour, il existait beaucoup de dé­combres au pied des deux brèches; on employa des détachements de la garnison à les enlever. Ces bra­ves troupes exécutèrent ces travaux périlleux avec un courage héroïque, exposées qu’elles étaient à la mitraille de l’ennemi et aux balles de ses boulets creux, et cette opération difficile se répéta chaque nuit, malgré les pertes qu’on y faisait. La ville souffrait beaucoup, et la désolation était générale parmi les habitants. Frappés de terreur, ils se ré­fugiaient dans les caves et dans les églises, qu’ils croyaient à l’épreuve de la bombe, et beaucoup d’entre eux trouvèrent la mort sous ces frêles abris. La garnison elle-mt-me n’avait aucune espèce de logements voûtés ni blindés; néanmoins ses pertes jusqu’au 1er avril ne s’élevaient qu’à sept cent qua­tre-vingt-treize hommes.

L’ennemi ouvrit une communication entre ses deux batteries n° 10 et 11. Il détruisit un petit batardeau en terre, que nous avions construit sur le Rivillas au moulin ruiné au pied du château, afin d’établir une inondation inférieure dans le vallon de ce ruisseau.

Au matin, les batteries de l’ennemi recommencèrent leur feu, et à la fin du jour une partie de l’escarpe s’était écroulée, entraînant le parapet, tant à la face droite du bastion 7 qu’au flanc gauche du bastion 6. On fit aussitôt un nouveau pa­rapet au sommet des deux brèches avec des sacs à terre et des ballots de laine; mais on eut bien de la peine à le maintenir contre les boulets de l’ennemi.

Notre artillerie ne pouvait plus agir avec la même vigueur qu’auparavant, à cause du manque de poudre, qui nécessita d’en réduire la consommation journalière à six mille livres, et encore n’en restait-il que pour dix jours. On n’avait aussi que peu de projectiles creux et de mitraille. Bien que ce     dénuement, qui ne pouvait être caché aux trou­pes, dût leur faire prévoir la chute de la place avant qu’elle pût être secourue, la garnison ne donna jamais le moindre signe d’inquiétude ni de découragement; on la vit au contraire redoubler de zèle et d’ardeur à mesure que le danger augmentait, et son enthousiasme était tel qu’il n’était pas un seul soldat qui ne s’indignât a la seule pen­sée de capituler avant d’avoir repoussé plusieurs assauts. Le gouverneur, de son côté, ne négligeait rien pour entretenir ces bonnes dispositions.

 

16e Nuit, du 1er au 2 avril.

L’ennemi continua à se rapprocher de la lunette Saint-Roch. Ses batteries n° 7, 8 et 10 firent toute la nuit un feu continuel de mitraille, de bombes et d’obus pour empêcher nos travailleurs de déblayer les décombres du pied de la brèche du bastion de la Trinité 7. Les contre-forts de l’escarpe soute­naient encore le terre-plein du rempart de ce bas­tion, et, à la brèche du flanc gauche du bastion 6, des voûtes de casemates encore subsistantes of­fraient une grande résistance à l’artillerie ennemie.

Au jour, les batteries de brèche recommencè­rent à tirer avec activité.

 

17e Nuit, du 2 au 3 avril.

Toute la nuit, l’ennemi lança des bombes et des obus sur les brèches pour nous empêcher d’y tra­vailler. Il songeait à s’emparer de la lunette Saint-Roch, afin de pouvoir rompre les digues qu’elle couvrait et qui retenaient l’inondation du Ri villas, ce qui lui aurait permis de pousser ses chemine­ments jusque sur les glacis du front battu en brè­che, et aurait été favorable à la marche de ses colonnes d’assaut; il eût aussi été rassuré contre toute manœuvre d’eau que nous eussions pu diri­ger contre lui au pied des brèches. Mais, comp­tant peu sur l’expérience de ses sapeurs pour cou­ronner le chemin couvert de la lunette, il tenta de faire sauter à la dérobée le batardeau qui se trou­vait à l’extrémité du fossé du flanc gauche de cet ouvrage. A la faveur de la nuit, un ingénieur an­glais s’avança, suivi de vingt hommes portant quatre barils de poudre de quatre-vingt-dix livres et des sacs à terre, en même temps qu’un autre détache­ment de trente hommes se dirigeait en aval du ba­tardeau de la lunette pour protéger l’opération. L’eau déversait par-dessus ce batardeau, qui était soutenu d’un massif en terre, dont le talus obli­gea l’ingénieur anglais à placer ses poudres assez loin du pied du batardeau. Il allait les couvrir de sacs à terre, lorsque nos factionnaires, ayant donné l’alarme, il n’eut que le temps de mettre le feu au saucisson et de se sauver. L’explosion lézarda la contrescarpe, mais n’endommagea que peu le som­met du batardeau. Nous conservâmes ainsi l’inon­dation que l’ennemi avait tant d’intérêt à détruire. Au jour, la batterie n° 11 ouvrit son feu contre la courtine du front 7-8; mais après quelques coups, elle le dirigea contre l’épaule droite de la lunette Saint-Roch. Quarante bouches à feu, aux­quelles nos batteries ne répondaient que faible­ment foute de poudre, tiraient sans interruption contre le front d’attaque; les brèches commen­çaient à devenir praticables, et les efforts que nous faisions pour en enlever les décombres de­venaient insuffisants. La mort planait sur toutes les parties de la ville. Le gouverneur assembla le conseil de défense pour délibérer sur les mesures à prendre dans ces circonstances difficiles : sept cents hommes d’élite, choisis dans les différents corps de la garnison, furent chargés spécialement de la défense des brèches, sous les ordres des chefs de bataillon Barbot et Muistre; ils eurent pour réserve le bataillon du cent troisième, qui fut placé dans les retranchements commencés en ar­rière. On continua d’employer jour et nuit six cents travailleurs au perfectionnement de ces retranchements, deux cents travailleurs aux déblais des décombres des brèches, et cent à détruire les ram­pes et les escaliers des chemins couverts. Les généraux Philippon et Veiland se tenaient constamment au milieu des travailleurs pour les encourager : le premier fut blessé à l’épaule, et le second reçut, ainsi que ses deux aides de camp, plusieurs coups dans ses habits.

 

18e Nuit, du 3 au 4 avril.

L’ennemi entreprit à l’extrême droite de la pre­mière parallèle une batterie n° 12, de quatorze obusiers, pour contre-battre le château et le bas­tion 9, qui avaient des vues sur la brèche du bastion 7 ; mais cette batterie ne devait tirer qu’au moment de l’assaut.

Le 4, vers dix heures du matin, nous remar­quâmes un grand mouvement dans le camp des assiégeants. Lord Wellington ayant appris que le maréchal Soult avait quitté l’Andalousie pour ve­nir au secours de la place, et s’avançait avec vingt et un mille hommes par Guadalcanal et Fuente del Maestro, fit des dispositions pour l’arrêter. La cin­quième division, sous les ordres du général Leith, quitta les hauteurs de la rive droite de la Guardiana, où elle fut remplacée par quelques esca­drons de cavalerie portugaise, et alla renforcer l’ar­mée d’observation. Une autre division quitta la rive gauche, de sorte qu’il ne resta que dix mille hommes devant la place. Dans l’après-midi, nous vîmes arriver au camp des Anglais une longue suite de chariots chargés d’échelles, et faire d’autres dispositions qui nous annonçaient un prochain as­saut. Le gouverneur prit dès le soir même des mesures pour le repousser. Des chevaux de frise à lames de sabre furent placés en ligne en avant du parapet artificiel, construit au sommet de chaque brèche, et l’on disposa, en avant de cet obstacle, un chapelet de bombes de quatorze pouces et de barils foudroyants, que des canonniers, postés en arrière pour y mettre le feu, devaient faire rouler dans le fossé à l’approche de l’ennemi. Le sommet des brèches était en outre bordé par l’infanterie, couverte par le parapet artificiel, et l’on donna trois fusils à chaque soldat pour que le feu fût plus nourri au moment de l’assaut. L’ennemi ne s’étant pas présenté, on enleva à la pointe du jour tous ces moyens de défense pour qu’il n’en eût pas con­naissance et empêcher que son artillerie ne put les détruire; une semblable manœuvre eut lieu les nuits suivantes.

On continua à travailler au grand retranche­ment en terre commencé depuis quatre jours en arrière du front d’attaque; mais son fossé, qui n’avait encore que cinq ou six pieds de profon­deur sur autant de largeur, n’était pas un obstacle sur lequel on pût compter pour arrêter l’ennemi.

 

19e Nuit, du 4 au 5 avril.

La brèche du bastion 6 et celle du bastion 7 étaient très-praticables ; quelques-uns de nos sous-officiers de sapeurs y étaient descendus et remon­tés avec armes et bagages : la première avait près de vingt-quatre mètres de large et la seconde près de quarante. Il n’était plus possible d’en enlever les décombres, tant ils étaient considérables; d’ail­leurs l’ennemi, tirant sans cesse sur les travailleurs, nous en faisait perdre un grand nombre. Quant à la contrescarpe, elle était restée intacte, l’ennemi n’ayant fait aucune disposition pour la renverser et se préparer une descente du fossé. Le colonel du génie Lamaro profita de cette circonstance pour faire disposer dans le fossé un chapelet de soixante bombes de quatorze, pouces de diamètre. Ces bom­bes, placées à environ quatre mètres l’une de l’autre, étaient couvertes de trois à quatre pouces de terre, et reliées entre elles par des saucissons en toile remplis de poudre, et renfermés dans une ligne de tuiles creuses qui aboutissait au rempart d’où l’on devait donner le feu.  

Un grand bateau, qui dans la journée avait été amené à la porte de la Trinité, fut lancé à la nuit tombante dans la partie du fossé plein d’eau du bastion 7, et placé au saillant de ce bastion perpen­diculairement à sa face droite. Ce bateau reçut la compagnie de tirailleurs, qui se trouva ainsi avantageusement placée pour flanquer la brèche à une très-courte distance.

L’ennemi termina sa batterie n° 1 a, et fit des dispositions pour donner l’assaut. Les soldats an­glais, déjà excités par le pillage et le sac de Ciudad-Rodrigo, attendaient avec la plus vive impatience ce moment décisif, et regardaient Badajoz comme une proie assurée. Mais lord Wellington, étant venu à cinq heures du soir visiter la tranchée, jugea que la garnison avait pris de trop bonnes mesures pour qu’il put espérer de le livrer avec succès, et, bien que l’approche de l’armée du ma­réchal Soult lui fit désirer de hâter le moment de la prise de la place, il crut devoir, pour rendre la réussite plus certaine, ouvrir une nouvelle brèche à la courtine. Il pensait que dans les huit jours que ses batteries avaient mis à faire les brèches des bastions 6 et 7, le gouverneur avait eu te temps de faire construire des retranchements en arrière de ces brèches, et il espérait qu’en ouvrant la cour­tine, dont la maçonnerie ancienne et fort mau­vaise lui paraissait pouvoir être détruite en quelques heures, il tournerait ces retranchements, et que les assiégés n’auraient pas le temps d’en faire d’autres ; c’est ainsi qu’il avait fait à Ciudad-Rodrigo. Mais, comme cette opération exigeait de nouvelles dispositions, il ajourna l’assaut au lendemain.

Par suite de la marche du maréchal Soult, le corps d’observation du général Hill, après avoir fait sauter les ponts de Medelin et de Mérida pour empêcher qu’aucun détachement de l’armée de Por­tugal ne vint renforcer l’armée du Midi, se rapprocha de Badajoz, et prit position à Talavera la Real; les troupes qui avaient été détachées du siège pour le renforcer se rapprochèrent aussi de la place, afin de concourir à l’assaut.

 

20e Nuit, du 5 au 6 avril.

L’ennemi changea la direction des embrasures de ses batteries de brèche, et, à la pointe du jour, quatorze pièces commencèrent à battre la cour­tine du front 6-7 par la trouée qui se trouvait entre la demi-lune non-terminée et la contre-garde du bastion 7. L’escarpe, vue jusqu’au pied, n’avait que vingt-trois pieds de hauteur, et était si mau­vaise qu’elle fut renversée en deux heures. Bientôt la brèche devint praticable sur une largeur de plus de quinze mètres, la batterie n° 5 continuait à ricocher le flanc droit du bastion Saint-Pierre 8; mais, bien qu’elle tirât depuis dix jours, elle n’a­vait pu démonter les pièces de flanc, qui, par leur position élevée, se dérobaient en partie à ses rico­chets.

Cette journée fut des plus meurtrières. Lord Wellington, connaissant la situation delà garnison, s’attendait qu’elle demanderait à capituler, et il ne lui fit aucune sommation, parce qu’il voulait l’obliger à se mettre d’elle-même à sa discrétion, et avoir ainsi satisfaction du non-succès des deux premiers sièges. Le gouverneur, de son côté, prit l’héroïque résolution de s’exposer à tout perdre plutôt que de demander à capituler. Il fit mettre la nouvelle brèche dans le même état de défense que les deux autres, malgré le feu épouvantable de mitraille et de boulets creux qu’y dirigeait l’en­nemi, et il y plaça une compagnie de grenadiers hessois, qui fut tirée imprudemment du château.

A quatre heures de l’après-midi, lord Wellington vint visiter la tranchée. Reconnaissant que les brè­ches étaient praticables, il donna ses ordres pour livrer l’assaut le soir même. La division légère, commandée par le colonel Barnard, et la qua­trième division, sous les ordres du général Colville, toutes deux munies d’échelles pour descen­dre dans le fossé et de sacs de foin pour y sauter, furent chargées de l’attaque des brèches. La cin­quième division, sous les ordres du général Leith, dut attaquer le fort de Pardaleras et tenter l’esca­lade de la ville. La troisième division, commandée par le général Picton, fut chargée d’escalader le château, tandis que trois cents hommes de la garde de tranchée devaient assaillir la lunette Saint-Roch. La brigade portugaise du général Power fut chargée de faire une diversion du côté du fort San-Cristoval.

21e Nuit, du 6 au 7 avril.

A la chute du jour, l’ennemi fit sur les trois brèches un feu extrêmement vif de mitraille, de bombes et d’obus. Le gouverneur fît ses dernières dispositions pour soutenir l’assaut. Seize compa­gnies d’élite étaient chargées de la défense des brè­ches, et se tenaient derrière les parapets élevés sur le terre-plein du rempart; elles étaient soutenues par le bataillon du cent troisième, qui occupait le retranchement construit en arrière. La compagnie de tirailleurs était montée dans le bateau placé au pied du bastion 7. Le bataillon du quatre-vingt-hui­tième se tenait en réserve à la porte de la Trinité, et la cavalerie sur la place.

À dix heures moins un quart, une vive fusillade s’engagea à la lunette Saint-Roch, que l’ennemi fit assaillir par un détachement de la garde de tran­chée. En même temps, la troisième division, com­mandée par le général Picton, débouchant de la première parallèle, traversa le Ri villas au-dessous du barrage de Saint-Roch, pour escalader le châ­teau par la droite. Elle se jeta dans les chemins couverts du front 8-9, et elle appliqua ses échel­les contre l’escarpe du bastion 9. Il lui fut d’au­tant plus facile d’arriver jusque-là que les palissades du chemin couvert étaient brisées, et qu’il n’y avait pas de fossé. Le chef de bataillon Weber, qui défendait le rempart avec trois cents Hessois et quelques canonniers, reçut cette attaque avec vi­gueur. La nuit était très-obscure; mais l’ennemi lança des pots à feu et d’autres matières combus­tibles qui éclairèrent le rempart et les environs jus­qu’au Rivillas. Les défenseurs firent tomber du haut du parapet sur les assaillants une grêle de bombes, de grenades et de pierres, et ils firent un feu si vif de mousqueterie et de mitraille, qu’après une heure de combat, le général Picton, ayant perdu plus de six cents hommes, se désista de cette atta­que. La lunette Saint-Roch, ayant été escaladée par la gorge, l’ennemi employa aussitôt des tra­vailleurs à détruire le barrage du Rivillas.

L’assaut du château de Badajoz - © Mark Schurms
L’assaut du château de Badajoz – © Mark Schurms

Une demi-heure s’était à peine écoulée, lorsque la division légère et la quatrième division débou­chèrent par le chemin de Valverde, le long du bord occidental de l’inondation : l’une, par la place d’armes rentrante de droite, l’autre, par la place d’armes rentrante de gauche. Favorisés par une nuit très-obscure, les Anglais pénétrèrent dans le chemin couvert et se jetèrent dans le fossé, quoique la contrescarpe eût douze pieds de haut. Au cliquetis des armes, et au bruit subit et confus des assaillants, un cri général s’élève parmi les défen­seurs : Les voilà ! Les voilà ! La fusillade s’engage ; elle éclaire le fossé et laisse voir le désordre où se trouvaient les Anglais. Le lieutenant de mineurs Mailhet, saisissant le moment favorable, met le feu au chapelet de bombes enfoui dans le fossé; l’explosion fait un ravage épouvantable. Néanmoins les Anglais, pleins d’intrépidité, se forment et s’a­vancent, lorsqu’ils rencontrent la cunette[5] du fossé, profonde de six pieds et toute remplie d’eau, et ce n’est que par le grand nombre dos hommes qui s’y noient que le passage en est permis aux autres. Cependant les troupes de la quatrième division, entrées par la place d’armes rentrante de gauche, arrivent au pied du massif informe de la demi-lune, qu’elles gravissent croyant monter à la brèche du bastion 7, et elles y rencontrent la division légère, qui, venue par la place d’armes rentrante de droite, s’était postée aussi sur le même massif. Ces deux divisions, amoncelées sur un si petit espace et en prise à nos coups, se trouvaient dans une position extrêmement critique. Les talus de la demi-lune étaient fort roides à la gorge, et il y existait un reste de contrescarpe qui augmentait encore les difficultés de la descente. Les Anglais hésitent quelques moments; enfin, entraînés par leurs officiers, ils descendent ou ils sautent, et abordent les brè­ches. Mais là, ils sont renversés par la mitraille des pièces de flanc du bastion 7, par les bombes et les barils foudroyants qui sont roulés sur eux, par la fusillade des compagnies d’élite qui garnissent les parapets en arrière des chevaux de frise, et par le feu terrible des tirailleurs placés dans le bateau. Deux fois les assaillants renouvellent leur attaque, et deux fois ils sont repoussés. Le carnage fut affreux, et depuis l’invention de la poudre peut-être, aucun ras­semblement d’hommes n’avait été exposé à ses plus désastreux effets. Le fossé était comme un volcan, et le feu qui jaillissait des bombes et des barils fou­droyants faisait trembler le sol avec un bruit épou­vantable. Des gerbes de flammes, d’une lumière plus vive que celle du jour, qui soudain était suivie de l’obscurité la plus profonde, augmen­taient encore aux yeux des assaillants les dangers de cette scène d’horreur. Resserrés dans l’espace étroit que présentait le fossé et retenus par la contrescarpe, les Anglais ne pouvaient pas même se retirer, et ils restèrent ainsi pendant deux heures exposés à une mort presque certaine; aussi eu­rent-ils dans cette nuit terrible, sur ce seul point, trois mille hommes hors de combat. De notre côté, nous ne perdîmes que vingt hommes, au nombre desquels se trouva le brave lieutenant Maillet qui avait mis le feu aux fougasses[6].

Pendant ce conflit sanglant, les généraux Philippon et Veiland se tenaient avec les officiers de l’état-major et une faible réserve sur une petite place, à deux cents mètres en arrière du front d’at­taque. Tout à coup le chef de bataillon Rio, de l’artillerie espagnole, vint leur annoncer que l’en­nemi pénétrait par la brèche du bastion 6. À cette nouvelle, le gouverneur se porta sur les lieux, mais il reconnut bientôt quelques braves qui défendaient le bastion n’avaient pas bougé, et que l’alerte don­née par l’officier espagnol n’était que l’effet d’une terreur panique qui s’était emparée de lui au mo­ment de l’explosion des fougasses.

 

Le fort de Pardaleras fut assailli en même temps que les brèches; mais ses défenseurs repoussèrent l’ennemi, qui laissa les fossés et les glacis jonchés de morts et de blessés.

Le 30th monte à l’assaut de Badajoz. Richard Simkin.
Le 30th monte à l’assaut de Badajoz. Richard Simkin.

Ailleurs la fortune était favorable aux Anglais. Le général Picton, sans se laisser ébranler par le non-succès de l’attaque qu’il avait faite au bastion 9, ranime le courage de ses troupes en leur rappe­lant que jamais elles n’avaient été vaincues, et il les dirige un peu plus à droite au pied même des murailles du château. Un officier qui marchait en tête reconnaît, entre deux tours très-rapprochées, un endroit où l’escarpe n’avait que sept mètres de hauteur en contre-bas des embrasures d’une batte­rie qui ne se trouvait pas armée; il fait aussitôt dresser deux échelles en ce point, monte le premier, et, suivi des siens, parvient sans aucune opposition sur la muraille. Le colonel des Hessois Koller, qui gardait le château, n’avait plus avec lui que quatre-vingts hommes de son régiment, dont vingt-deux musiciens, vingt-cinq fantassins français, et quel­ques canonnières. Cette troupe, trop faible pour gar­der un ouvrage aussi étendu, eût néanmoins suffi pour empêcher l’escalade si elle se fût bien gardée; mais comptant trop sur la force de sa position, elle se laissa surprendre, et fut en partie égorgée. Au nombre des morts se trouvèrent le chef de batail­lon Smalcalder, l’adjudant-major Schultz, des Hessois, et le capitaine d’artillerie d’André Saint-Vic­tor. Le colonel Koller, blessé légèrement à la main, n’obtint la vie qu’en montrant la porte du châ­teau à un Anglais qui s’était saisi de lui.

Lord Wellington s’était porté avec son état-ma­jor sur la hauteur des carrières, près du ruisseau le Calamon. Instruit du désastre de ses troupes à l’attaque des brèches, il venait de donner l’ordre de les faire retirer, lorsqu’un aide de camp du gé­néral Picton lui apporta la nouvelle de la prise du château. Aussitôt, il commanda à la division légère et à la quatrième division de tenir ferme, en at­tendant qu’il fit tourner les brèches par une co­lonne détachée du château et par la cinquième division du général Leith, qui devait escalader le bastion Saint-Vincent coté 1.

L'assaut - Illustration anonyme
L’assaut – Illustration anonyme

Cependant le gouverneur était revenu à son pre­mier poste sur la petite place en arrière des brèches, après s’être rassuré sur leur défense, lorsqu’il vit arriver au galop le lieutenant de dragons Lavigne, qui lui annonça que l’ennemi avait escaladé le château. La fausse nouvelle qu’il avait reçue de la prise des brèches lui fit aussi douter de l’exac­titude de celle-ci. On avait toujours pensé que le château était inattaquable, tant par sa position que par la hauteur de ses murailles, et, avant de croire à un revers qui paraissait impossible, on perdit un temps précieux dont l’ennemi profita pour se reconnaître au milieu du dédale de traverses et de retranchements qui encombraient cet ouvrage, et se mettre en mesure de s’y défendre. Toutefois le général Philippon envoya de ce côté quatre com­pagnies sous les ordres du lieutenant Saint-Vincent, aide de camp du général Veiland, la seule réserve qu’il eût à sa disposition. Ces troupes se di­rigèrent sur la porte du château qui donne dans le bastion 9, mais il était trop tard; déjà l’ennemi avait fermé cette porte, et il reçut nos compagnies par une vive fusillade. Le lieutenant Saint-Vincent fut blessé, ainsi que plusieurs autres officiers, et sa troupe dispersée. Le gouverneur avait aussi donné l’ordre à deux compagnies du bataillon du neu­vième régiment léger, de garde aux bastions 1 et 2, d’attaquer le château par la seconde porte, située près des fronts de la Guadiana. Mais par suite d’un malentendu et par une fatalité inouïe, ces deux compagnies se rendirent aux brèches, où elles restè­rent inutiles. La perte inattendue du château, qui formait le réduit de la place, et la dispersion des quatre compagnies de réserve, ébranlèrent quel­ques officiers, et le désordre commença.

Il était minuit, lorsque la brigade Walker de la cinquième division, longtemps retardée pour avoir attendu l’arrivée des échelles d’escalade, attaqua le bastion Saint-Vincent 1. Les Anglais, s’étant diri­gés sur le saillant de ce bastion, franchirent la barrière du chemin couvert, descendirent dans le fossé, et plantèrent leurs échelles contre la face gauche du bastion. L’escarpe avait neuf mètres quinze centimètres de hauteur; mais à six mètres trente centimètres elle présentait une retraite large de deux mètres qui facilitait l’escalade. Les défenseurs, bien qu’affaiblis par le départ de deux compagnies, résistèrent vigoureusement. Cepen­dant, le général Walker parvint sur la muraille avec le quatrième régiment, et s’empara du bastion. Il forma ses troupes clans le terre-plein, et s’avança le long des remparts pour prendre à dos les défen­seurs des brèches; mais les deux bataillons du vingt-huitième et du cinquante-huitième qui gar­daient les bastions 3 et f l’arrêtèrent, et braquèrent contre lui une pièce de campagne qui se trouvait sur la courtine du front 4-5. Un canonnier qui servait cette pièce, ayant allumé une lance à feu, il en résulta une lumière si vive que les Anglais crurent que nous mettions le feu à une mine. Aus­sitôt une terreur panique les saisit, ils fuient sans combattre, et les nôtres les poursuivent l’épée dans les reins jusqu’au bastion 1, faisant nombre de prisonniers, parmi lesquels était le général Wal­ker lui-même, grièvement blessé. La fortune sem­blait vouloir nous sourire, et peu s’en fallut que l’ennemi ne fût chassé de la place; mais le général Leith avait eu la prévoyance de placer en réserve dans le bastion i un bataillon du trente-huitième régiment, qui arrêta les fuyards. Les Anglais se re­formèrent alors, et renforcés de nouvelles troupes qui leur arrivèrent, ils se divisèrent en deux colonnes, dont l’une reprit le chemin des brèches, tandis que l’autre se porta sur la place d’armes, où elle fit sonner ses cors. Ceux du château lui répondirent, et vinrent la rejoindre; dès lors le sort de la place fut décidé. Le gouverneur ne pouvait plus faire parvenir d’ordres ; on se fusillait dans les rues; on n’entendait que des cris de victoire et des gémissements affreux; la confusion était au comble, et la nuit ajoutait encore à l’horreur de cette situa­tion. Au milieu de ce désordre, le gouverneur Philippon et le général Veiland rassemblèrent une centaine d’hommes et quelques cavaliers, avec les­quels, suivis des officiers de leur état-major, ils parvinrent à gagner la porte de la Palmas et le fort, de San-Cristoval : il était une heure après minuit.

Le 88th d’infanterie à l’assaut du château. Richard Caton Woodville
Le 88th d’infanterie à l’assaut du château. Richard Caton Woodville

Les troupes qui défendaient les brèches n’avaient pas bougé. Le capitaine Grasse, de l’état-major, qui leur avait été envoyé par le gouverneur pour les faire retirer, n’avait pu arriver jusqu’à elles. Voyant que l’ennemi était dans la ville, et ne re­cevant plus d’ordres, ces braves, couverts de sang, accablés par le nombre, mais non vaincus, ces­sèrent leur résistance, et s’abandonnèrent à leur destinée; quelques-uns se retirèrent au fort de Pardaleras et dans diverses maisons de la ville, où ils tombèrent successivement au pouvoir des Anglais. A six heures du matin, le gouverneur, qui n’avait pas les moyens de se défendre dans le fort de San-Cristoval, fit arborer un mouchoir blanc au bout d’une baïonnette, et s’abandonna à la discrétion du vainqueur.

La malheureuse ville de Badajoz fut livrée au plus affreux pillage, et, pendant trois jours que dura le sac, elle fut dévastée de fond en comble. Les églises, les couvents, les boutiques, les maga­sins de vins et de liqueurs, les maisons particulières et les palais, tout fut saccagé; rien ne fut épargné. Les soldats se livrèrent aux actes de la licence la plus effrénée. Ils s’arrachaient leur butin les armes à la main, et on les voyait par centaines, couchés dans les rues, ivres morts au milieu des cadavres. Un grand nombre d’entre eux qui s’étaient enivrés à loisir dans un vaste souterrain de la cathédrale, s’y trouvèrent submergés par le liquide même qui coulait des tonneaux percés de leurs balles[7].

 

Ainsi tomba Badajoz après vingt et un jours de tranchée ouverte. Si cette place eût été convenablement approvisionnée de munitions, et si elle eût eu une garnison suffisante, il est probable que les Anglais eussent vu une troisième fois leurs efforts se briser contre ses murs. La victoire de lord Wel­lington ne fut en effet que le résultat d’un coup de fortune; car ses assauts avaient été repoussés aux brèches, et il n’avait aucune chance de les renou­veler avec plus de succès, puisque la contrescarpe était restée intacte. Si donc il s’empara de la place par escalade, c’est un événement sur lequel il ne pouvait pas compter ; autrement le siège eût été une opération inutile, et il eût pu tenter cette escalade dès la première nuit de l’investissement Les Anglais trouvèrent dans la place cent qua­rante bouches à feu et un équipage de pont, mais ni bombes ni obus, et seulement douze mille li­vres de poudre. D’après leurs rapports, la perte totale qu’ils éprouvèrent s’élève à quatre mille neuf cent vingt-quatre hommes, dont trois mille six cent soixante et un dans la seule nuit de l’assaut; et, d’après les renseignements pris sur les lieux ainsi qu’en Angleterre par les officiers de la garnison emmenés prisonniers, elle devrait être évaluée à plus de six mille hommes. Au nombre de leurs blessés se trouvèrent les généraux Picton, Colville. Kempt, Walker et Bowes. De dix-neuf ingénieurs qu’ils comptaient, quatre furent tués et neuf furent blessés Leur artillerie tira trente et un mille huit cent soixante et un boulet et lança trois mille quatre cent quatre-vingt-cinq bombes, obus ou boites à mitraille ; elle consomma deux cent vingt-sept mille livres de poudre.

La garnison perdit treize cents hommes, et le lendemain de l’assaut elle comptait deux mille sept cent cinquante hommes présents sous les armes et sept-cent cinquante non combattants ou malades. Total, trois mille cinq cents hommes qui furent faits prisonniers.

Le chef de bataillon Nieto, le capitaine Romero, les lieutenants Gambari, Olize, Guevora et quelques soldats espagnols au service du roi Joseph furent livrés aux partisans de Ferdinand VII et fu­sillés à l’instant. Le capitaine d’artillerie Farinas, qui connaissait mieux ses ennemis, se plaça sur la bouche d’un mortier et se fit sauter.

Le 7 avril, la maréchal Soult était arrivé avec vingt et un mille hommes à Fuente del Maestro et Villalba, et le 8 il était en marche sur Santa-Martha lorsqu’il apprit par quelques cavaliers échappés de Badajoz que cette place venait de succomber. Se trouvant trop faible pour risquer une bataille contre lord Wellington, et n’ayant plus d’espoir d’être secouru par le maréchal Marmont qui avait reçu l’ordre de l’Empereur de faire une diversion en Portugal par la province de Beira, il se décida à rentrer en Andalousie, où déjà les Espagnols avaient profité de son absence pour menacer Séville et chercher à nous faire lever le blocus de Cadix. Le général Drouet resta avec deux divisions à l’entrée des défilés de la Sierra-Morena.

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NOTES

[1] Armand Philippon (1761 – 1836)

[2] Au mois de mai 1811, à la suite d’un feu de joie allumé par des artilleurs portugais qui campaient près de Badajoz sur la rive gauche de la Guadiana, la flamme gagna les champs et les buissons voisins, et s’étendit avec une telle violence que, dans l’espace de trois jours, elle arriva près de Mérida; cette ville elle-même ne se trouva préservée de la plus horrible catastrophe que par sa position sur la droite du fleuve. L’in­cendie dura quinze jours, et dévora des maisons, des bois, des pâturages, les moissons déjà presque mûres, et enfin tout ce qu’il rencontra.

[3] General Sir James Leith GCB (1763–1845)

[4] En fait : Michel Veilande (1767 – 1845)

[5] Dans une fortification, une cunette est un canal large de 6 à 7 m et profond d’environ 2 m, que l’on pratique dans le fond d’un fossé sec de fortification pour en faire écouler l’eau, ou pour en mieux disputer le passage à l’ennemi.

[6] Le colonel anglais Napier a fait, dans son Histoire de la guerre de la Péninsule, un tableau de l’assaut de Badajoz qui peut passer pour un des beaux morceaux de la littérature anglaise.

[7] Un officier anglais, témoin des évènements, et auteur d’une relation insérée dans le recueil anglais The united service journal, rend ainsi compte de l’état de la place après l’assaut :

« Le7 avril, avant six heures du matin, tout ordre avait disparu parmi les troupes assaillantes pour faire place à une scène de pillage et de violence telle qu’il serait difficile d’en citer d’autre exemple. L’armée, si belle encore le jour précèdent, se trouvait alun, transformée en une borde de « brigands, renforcée d’une multitude de vagabonds espagnols « ou portugais soupirant après le pillage. On peut dire que pendant deux jours et deux nuits les malheureux habitants de la « riche et belle cité de Badajoz furent à la merci de vingt mille a furieux armés, qui s’y livrèrent à toute espèce de désordres. Le premier parti qui pillait une boutique en enlevait les objets les plus riches, et celui qui venait ensuite prenait ce qui restait; d’autres survenants ne trouvaient plus que des dégâts à commettre. Ni l’âge, ni le sexe des habitants ne furent respectés ; aucune maison ne resta intacte, et aucune femme ne put se soustraire aux insultes et aux mauvais traitements.

Le 8, les soldats, abrutis par l’ivresse, faisaient feu dans les rues sur toute espèce de personnes, même sur leurs camarades. Quelques-uns, s’étant établis dans les meilleurs magasins, y débitaient les marchandises ; d’autres les en chassaient, s’ils étaient les plus forts. Les troupes restées dans les camps fourniront des détachements pour rétablir l’ordre, mais ceux-ci furent gagnés par l’exemple. Cependant, sur la fin de la journée, les prévôts de chaque division, secondés d’une brigade nouvellement entrée dans la ville, parvinrent à faire reconnaître leur autorité.

Le 9 fut un jour de marché dans le camp, rempli du butin fait dans la ville. Le nombre des acheteurs était considérable. Le pillage de Ciudad-Rodrigo n’était rien en comparaison de celui de Badajoz. Quelques soldats réalisèrent jusqu’à a5o livres sterling ( plus de 6,000 franc ), d’autres moins, mais tous sortirent de Badajoz avec des valeurs qui payaient largement la bravoure qu’ils avaient déployée dans – l’assaut. iSeulement on doit regretter qu’ils aient souillé leur victoire par des traits de barbarie dont on ne retrouve pas d’exemple dans les annales d’aucune armée. »