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VINGT-UNIÈME BULLETIN.

 

Vienne, le 22 juin 1809.

Un aide-de-camp du prince Joseph Poniatowski est arrivé du quartier-général de l’armée du grand-duché. Le 10 de ce mois, le prince Serge Galitzin devait être à Lublin et son avant-garde à Sandomir. L’ennemi se complaît à répandre des bulletins éphémères, ou il rapporte tous les jours une victoire. Selon lui, il a pris 20,000 fusils et 2,000 cuirasses à la bataille d’Esling. Il dit que le 21 et le 22 il était maître du champ de bataille. Il a même fait imprimer et répandre une gravure de cette bataille, où on le voit enjambant de l’une à l’autre rive, et ses batteries traversant les îles et le champ de bataille dans tous les sens. Il imagine aussi une bataille qu’il appelle la bataille de Kitsée (Kitsée est sur la rive droite du Danube, a une lieue dans les terres.), dans laquelle un nombre immense de Français auraient été pris ou tués. Ces puérilités, colportées par de petites colonnes de landwehrs comme celle de Schill, sont une tactique employée pour inquiéter et soulever le pays. Le général Marziani, qui a été fait prisonnier à la bataille de Raab, est arrivé au quartier-général. Il dit que depuis la bataille de la Piave, l’archiduc Jean avait perdu les deux tiers de son monde ; qu’il a ensuite reçu des recrues qui ont à peu près rempli les cadres, mais qui ne savent pas faire usage de leurs fusils. Il porte à 12,000 hommes la perte de l’archiduc Jean et du Palatin à la bataille de Raab. Selonle rapport des prisonniers hongrois, l’archiduc Palatin a été, dans cette journée, le premier à prendre la fuite. Quelques personnes ont voulu mettre en opposition la force de l’armée autrichienne à Esling, estimée à 90,000 hommes, avec les 80,000 hommes qui ont été faits prisonniers depuis l’ouverture de la campagne ; elles ont montré peu de réflexion. L’armée autrichienne est entrée en campagne avec neuf corps d’armée de 40,000 hommes chacun, et il y avait dans l’intérieur des corps de recrues et de landwerhs ; de sorte que l’Autriche avait réellement plus de 400,000 hommes sous les armes. Depuis la bataille d’Abensberg jusqu’après la prise de Vienne, y compris l’Italie et la Pologne, on peut avoir fait 100,000 prisonniers à l’ennemi, et il a perdu 100,000 hommes tués, déserteurs ou égarés. Il devait donc lui rester encore 200,000 hommes distribués comme il suit : l’archiduc Jean avait à la bataille de Raab, 50,000 hommes. La principale armée autrichienne avait, avant la bataille d’Esling, 90,000 hommes. Il restait 25,000 hommes à l’archiduc Ferdinand à Varsovie, et 25,000 hommes étaient disséminés dans le Tyrol, dans la Croatie, et répandus en partisans sur les confins de la Bohême. L’armée autrichienne à Esling était composée du premier corps commandé par le général Bellegarde, le seul qui n’eût pas donné, et qui fut encore entier, et des débris du 2e, du 3e, du 4e, du 5e et du 6e corps, qui avaient été écrasés dans les batailles précédentes. Si ces corps n’avaient rien perdu et eussent été réunis tels qu’ils étaient au commencement de la campagne, ils auraient formé 200,000 hommes. L’ennemi n’avait pas plus de 90,000 hommes : ainsi l’on voit combien sont énormes les pertes qu’il avait éprouvées. Lorsque l’archiduc Jean est entré en campagne, son armée était composée des 8e et 9e corps, formant 80,000 hommes. A Raab elle se trouvait de 50,000 hommes. Sa perte aurait donc été de 30,000 hommes. Mais dans ces 50,000 hommes étaient compris 15,000 Hongrois de l’insurrection. Sa perte était donc réellement de 45,000 hommes. L’archiduc Ferdinand était entré à Varsovie avec le 7e corps formant 40,000 hommes. Il est réduit à 25,000. Sa perte est donc de 15,000 hommes. On voit comment ces différents calculs se soutiennent et se vérifient. Le vice-roi a battu à Raab 50,000 hommes avec 30,000 Français. A Esling, 90,000 hommes ont été battus et contenus par 30,000 Français, qui les auraient mis dans une complète déroute et détruits, sans l’événement des ponts qui a produit le défaut de munitions. Les grands efforts de l’Autriche ont été le résultat du papier-monnaie, et de la résolution que le gouvernement autrichien a prise de jouer le tout pour le tout. Dans le péril d’une banqueroute qui aurait pu amener une révolution, il a préféré ajouter 500 millions à la masse de son papier-monnaie, et tenter un dernier effort pour le faire escompter par l’Allemagne, l’Italie et la Pologne. Il est fort probable que cette raison a influé, plus que toute autre, sur ses déterminations. Pas un seul régiment français n’a été tiré d’Espagne, si ce n’est la garde impériale. Le général comte Lauriston continue le siége de Raab avec la plus grande activité. La ville brûle déjà depuis vingt-quatre heures, et cette armée qui a remporté à Esling une si grande victoire, qu’elle s’est emparée de 20,000 fusils et de 2,000 cuirasses ; cette armée qui, à la bataille de Kitsée, a tué tant de monde et fait tant de prisonniers ; cette armée qui, selon ses bulletins apocryphes, a obtenu de si grands avantages à la bataille de Raab, voit tranquillemeut assiéger et brûler ses principales places et inonder la Hongrie de partis, et fait sauver son impératrice, ses dicastères, tous les effets précieux de son gouvernement jusqu’aux frontières de la Turquie et aux extrémités les plus reculées de l’Europe. Un major autrichien a eu la fantaisie de passer le Danube sur deux bateaux, à l’embouchure de la Marsch. Le général Gilly Vieux s’est porté à sa rencontre avec quelques compagnies, l’a jeté dans l’eau et lui a fait 40 prisonniers.