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QUATORZIÈME BULLETIN.

Ebersdorf, le 1er juin 1809.

Les ponts sur le Danube sont entièrement rétablis. On y a joint un pont volant, et l’on prépare tous les matériaux nécessaires pour jeter un autre pont de radeaux. Sept sonnettes battent des pilotis ; mais le Danube ayant, dans plusieurs endroits, Vingt-quatre et vingt-six pieds de profondeur, on emploie toujours beaucoup de temps pour faire tenir les ancres, lorsqu’on déplace les sonnettes. Cependant les travaux avancent et seront terminés sous peu. Le général de brigade du génie Lazowski fait travailler, sur la rive gauche, à une tête de pont qui aura 1600 toises de développement, et qui sera couverte par un bon fossé plein d’eau courante. Le 44e équipage de la flotille de Boulogne, commandé par le capitaine de vaisseau Baste, est arrivé. Un grand nombre de bateaux en croisière battent toutes les îles, couvrent le pont et rendent beaucoup de services. Le bataillon des ouvriers de la marine travaille à la construction de petites péniches armées, qui serviront à maîtriser parfaitement le fleuve. Après la défaite du corps du général Jellachich, M. Mathieu, capitaine-adjoint à l’état-major de l’armée d’Italie, fut envoyé avec un dragon d’ordonnance sur la route de Salzbourg. Ayant rencontré successivement une colonne de 650 hommes de troupes de ligne, et une colonne de 2000 landwehrs, qui l’une et l’autre étaient coupées et. égarées, il les somma de se rendre, et elles mirent bas les armes. Le général de division Lauriston est arrivé à Oedenbourg, premier comitat de Hongrie, avec une forte avant-garde. Il paraît qu’il y a de la fermentation en Hongrie, que les esprits y sont très divisés, et que la majorité n’est pas favorable à l’Autriche. Le général de division Lasalle a son quartier-général vis-à-vis Presbourg, et pousse ses postes jusqu’à Altenbourg et jusqu’auprès de Raab. Trois divisions de l’armée d’Italie sont arrivées à Neustadt. Le vice-roi est depuis deux jours au quartier-général de l’Empereur. Le général Macdonald, commandant un des corps de l’armée d’Italie, est entré à Gratz. On a trouvé dans cette capitale de la Styrie d’immenses magasins de vivres et d’effets d’habillement et d’équipement de toute espèce. Le duc de Dantzick est à Lintz. Le prince de Ponte-Corvo marche sur Vienne. Le général de division Vandamme, avec les Wurtembergeois, est à Saint-Polten, Mautern et Krems. La tranquillité règne dans le Tyrol. Coupés par les mouvements du duc de Dantzick et de l’armée d’Italie, tous les Autrichiens qui s’étaient imprudemment engagés dans cette pointe, ont été détruits ; les uns par le duc de Dantzick, les autres, tels que le corps de Jellachich, par l’armée d’Italie. Ceux qui étaient en Souabe, n’ont eu d’autre ressource que de tâcher de traverser, en partisans, l’Allemagne, en se portant sur le Haut-Palatinat. Ils formaient une petite colonne d’infanterie et de cavalerie, qui s’était échappée de Lindau, et qui a été rencontrée par le colonel Reiset, du corps d’observation du général Beaumont. Elle a été coupée à Neumack, et la colonne entière, officiers et soldats, a mis bas les armes. Vienne est tranquille, le pain et le vin sont en abondance : mais la viande, que cette capitale tirait du fond de la Hongrie, commence à devenir rare. Contre toutes les raisons politiques et tous les motifs d’humanité, les ennemis font l’impossible pour affamer leurs compatriotes et cette capitale, qui renferme cependant leurs femmes et leurs enfants. Il y a loin de cette conduite à celle de notre Henri IV, nourrissant lui-même une ville qui était alors ennemie et qu’il assiégeait. Le duc de Montebello est mort hier à cinq heures du matin. Quelque temps auparavant, l’Empereur s’était entretenu pendant une heure avec lui. Sa majesté avait envoyé chercher, par le général Rapp, son aide-de-camp, M. le docteur Franck, l’un des médecins les plus célèbres de l’Europe. Les blessures étaient en bon état, mais une fièvre pernicieuse avait fait, en peu d’heures, les plus funestes progrès. Tous les secours de l’art étaient devenus inutiles. S.M. a ordonné que le corps du duc de Montebello soit embaumé et transporté en France, pour y recevoir les honneurs qui sont dus à un rang élevé et à d’éminents services. Ainsi a fini l’un des militaires les plus distingués qu’ait eus la France. Dans les nombreuses batailles où il s’est trouvé, il avait reçu treize blessures. L’Empereur a été extrêmement sensible à cette perte, qui sera ressentie par tous les Français.