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DOUZIÈME BULLETIN.

Ebersdorf, la 26 mai 1809.

On a employé toute la journée du 23, la nuit du 23 au 24, et toute la journée du 24, à réparer les ponts. Le 25, à la pointe du jour, ils étaient en état. Les blessés, les caissons vides, et tous les objets qu’il était nécessaire de renouveler, ont passé sur la rive droite. La crue du Danube devant encore durer jusqu’au 15 juin, on a pensé que, pour pouvoir compter sur les ponts, il convenait de planter en avant des lignes de pilotis, auxquels on amarrera la grande chaîne de fer qui est à l’arsenal, et qui fut prise par les Autrichiens sur les Turcs, qui la destinaient à un semblable usage. On travaille à ces ouvrages avec la plus grande activité, et déjà un grand nombre de sonnettes battent des pilotis : par ce moyen, et avec les fortifications qu’on fait sur la rive gauche, nous sommes assurés de pouvoir manœuvrer sur les deux rives à volonté. Notre cavalerie légère est vis-à-vis de Presbourg, appuyée sur le lac de Neusiedel. Le général Lauriston est en Styrie sur le Simeringberg et sur Bruck. Le maréchal duc de Dantzick est en grandes marches avec les Bavarois. Il ne tardera pas à rejoindre l’armée près de Vienne. Les chasseurs à cheval de la Garde sont arrivés hier ; les dragons arrivent aujourd’hui ; on attend dans peu de jours les grenadiers à cheval et 60 pièces d’artillerie de la Garde. Nous avons fait prisonniers, lors de la capitulation de Vienne : 7 feld-maréchaux-lieutenants, 9 généraux-majors, 10 colonels, 20 majors et lieutenants-colonels, 100 capitaines, 150 lieutenants, 200 sous-lieutenants, Et 3000 sous-officiers et soldats, parmi lesquels ne sont pas compris les hommes qui étaient aux hôpitaux, et qui montaient à plusieurs milliers.

L’archiduc Jean a adressé au duc de Raguse la lettre ci-jointe, datée de Conegliano, le 17 avril. La postérité aura peine à croire que des princes d’une maison illustre, dont le public a droit d’exiger les procédés qu’inspirent un haut rang et une éducation soignée, soient capables d’une action aussi contraire à la délicatesse qui règle la conduite de tous les hommes bien élevés, et aux sentiments qui dirigent les gens d’honneur. Le prince Jean est le même qui, aux champs d’Hohenlinden, montra tant d’inexpérience et si peu de courage. Les succès éphémères qu’il a obtenus en Italie, au prix d’une trahison, en attaquant une armée répandue dans ses cantonnements, sous la foi des traités et du droit des gens, ont exalté son orgueil ; et chez lui, comme chez tous les hommes dont le caractère est sans élévation, un moment de prospérité a produit la bravade et l’outrage. Aujourd’hui, fuyant en désordre, chassé, conspué par toute l’Italie, les circonstances ajoutent, à l’odieux de la lettre qu’il a écrite, le ridicule le plus éclatant. Un général qui a été capable de la signer, n’est pas digne du nom de soldat : il n’en connaît, ni les devoirs, ni l’honneur. Le duc de Raguse a fait de sa lettre le cas qu’il devait en faire, et ne lui a répondu que par le silence et le mépris. En attendant le signal d’entrer en activité, le duc de Raguse a réuni son armée devant Kuin, le 27 avril. Plusieurs escarmouches ont eu lieu avec l’ennemi : le général Soyez, qui était en observation à Ervenich, l’a battu, et forcé à se retirer. Différents détachements ayant paru sur la rive gauche de la Basse-Zermagna, le colonel Caseaux, avec un bataillon du 18e d’infanterie légère, les a rencontrés, sur les hauteurs du village d’Obrovatz, et quoiqu’ils fussent supérieurs en nombre, il les a battus, et leur a tué ou blessé quatre cents hommes, et leur a fait des prisonniers. Un engagement a aussi eu lieu sur la Haute-Zermagna, entre dès troupes de la division du général Clauzel, et une avant-garde autrichienne, forte de cinq à six mille hommes, qui débouchait sur le plateau de Bender. Un bataillon du 11e, et, les voltigeurs du 8e, chargèrent deux bataillons du régiment de Sluïn, et un bataillon d’Ottochatz, et les précipitèrent dans un ravin, où ils en firent un grand carnage. Le gros dé l’armée du duc de Raguse était à vingt milles de Zara, le 5 mai, prêt à se mettre en mouvement pour aller joindre l’armée d’Italie. Voici la lettre dont il est question dans cette note :

Monsieur le duc,

Le bruit des victoires remportées par mes armes sera sans doute parvenu jusqu’à vous. Six jours de combats consécutifs ont poussé l’armée française des bords de l’Isonzo au-delà de la Piave, mon avant-garde a passé ce fleuve, et ne trouve d’autre obstacle à combattre que celui de dix-mille hommes prisonniers à conduire, de l’artillerie et des charrois immenses qui couvrent les chemins. Le peuple en Tyrol s’est soulevé à l’approche des troupes autrichiennes, et a désarmé le corps bavarois répandu dans le pays. Enfin, de tous côtés les plus brillants succès ont couronné nos efforts. Ces avantages, et l’assurance que l’armée que j’ai devant moi n’a plus de nouvelles réserves à me présenter, m’ont mis dans le cas de disposer d’une forte colonne que je vais diriger sur la Dalmatie. Dans cet état de choses, des hostilités de votre part seraient sans but ; le sang qu’elles coûteraient, inutilement versé, serait dès lors perdu pour la gloire. C’est donc, monsieur le duc, dans les vues de votre propre intérêt, autant que par le désir de diminuer les maux de la guerre, que je viens vous demander de mettre bas les armes avec le corps que vous commandez. Des conditions honorables, telles que le méritent la réputation de vos troupes, ainsi que le haut rang que vous occupez, vous seront accordées. Mon intention est de venir au secours de l’humanité, et non point d’humilier des braves. J’espère donc, monsieur le duc, que vous répondrez d’une manière satisfaisante à l’ouverture que je viens de vous faire, et je désire vivement que vous me procuriez bientôt l’occasion de vous témoigner personnellement l’estime et la considération avec laquelle je suis, etc.

Au quartier-général de Conégliano, le 17 avril 1809.

Signé, JEAN, archiduc d’Autriche.