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CINQUIÈME BULLETIN.

Au camp Impérial d’Enns, le 4 mai 1809.

Le 1er mai, le général Oudinot, après avoir fait 1100 prisonniers a poussé au-delà de Ried, où il en a encore fait 400, de sorte que dans cette journée il a pris 1500 hommes sans tirer un coup de fusil. La ville de Braunau était une place forte d’assez d’importance, puisqu’elle rendait maître d’un pont sur la rivière qui forme la frontière de l’Autriche. Par un esprit de vertige digne de ce débile cabinet, il a détruit une forteresse située dans une position frontière où elle pouvait lui être d’une grande utilité, pour en construire une à Comorn, au milieu de la Hongrie. La postérité aura peine à croire à cet excès d’inconséquence et de folie. L’Empereur est arrivé à Ried, le 2 mai, à une heure du matin, et à Lambach le même jour, à une heure après-midi. On a trouvé à Ried une manutention de huit fours organisée, et des magasins contenant 20,000 quintaux de farine. Le pont de Lambach sur la Traun avait été coupé par l’ennemi ; il a été rétabli dans la journée. Le même jour, le duc d’Istrie, commandant la cavalerie, et 1er duc de Montebello, avec le corps du général Oudinot, sont entrés à Vels. On a trouvé dans cette ville une manutention, 12 ou 15,000 quintaux de farine, et des magasins de vins et d’eau-de-vie. Le duc de Dantzick,  arrivé le 30 avril à Salzbourg, a fait marcher sur-le-champ une brigade sur Aufstein et une autre sur Rastadt, dans la direction des chemins d’Italie. Son avant-garde poursuivant le général Jellachich, l’a forcé dans la position de Colling. Le 1er mai, le quartier-général du maréchal duc le Rivoli était à Sharding. L’adjudant-commandant Trinqualye, commandant l’avant-garde de la division Saint-cyr à rencontré à Riedau, sur la route de Neumarck, l’avant-garde de l’ennemi ; les chevau-légers wurtembergeois, les dragons badois et trois compagnies de voltigeurs du 4e régiment de ligne français, aussitôt qu’ils aperçurent l’ennemi, l’attaquèrent et le poursuivirent jusqu’à Neumarck. Ils lui ont tué 50 hommes et fait 500 prisonniers. Les dragons badois ont bravement chargé un demi-bataillon du régiment de Jordis et lui ont fait mettre bas les armes ; le lieutenant-colonel d’Emmerade, qui les commandait, a eu son cheval percé de coups de baïonnettes. Le major Sainte-Croix a pris de sa propre main un drapeau à l’ennemi. Notre perte est de 3 hommes tués et de 50 blessés. Le duc de Rivoli continua sa marche le 2, et arriva le 3 à Lintz. L’archiduc Louis et le général Hiller, avec les débris de leurs corps renforcés d’une réserve de grenadiers et de tout ce qu’avait pu leur fournir le pays, étaient en avant de la Traun avec 35,000 hommes ; mais menacés d’être tournés par le duc de Montebello, ils se portèrent sur Ebersberg pour y passer la rivière.

Le 3, le duc d’Istrie et le général Oudinot se dirigèrent sur Ebersberg, et firent leur jonction avec le duc de Rivoli. Ils rencontrèrent en avant d’Ebersberg l’arrière-garde des Autrichiens. Les intrépides bataillons des tirailleurs du Pô et des tirailleurs corses poursuivirent l’ennemi qui passait le pont, culbutèrent dans la rivière les canons, les charriots, 8 et 900 hommes, et prirent dans la ville 3 à 4,000 hommes que l’ennemi y avait laissés pour sa défense. Le général Claparede, dont ces bataillons faisaient l’avant-garde, les suivait ; il déboucha à Ebersberg et trouva 30,000 Autrichiens occupant une superbes position. Le maréchal duc d’Istrie passait le pont avec sa cavalerie, pour soutenir la division, et le duc de Rivoli ordonnait d’appuyer son avant-gardes par le corps d’armée. Ces restes des corps du princes Louis et du général Hiller étaient perdus sans ressource. Dans cet extrême danger, l’ennemi mit le feu à la ville qui est construite en bois. Le feu s’étendit en un instant partout ; le pont fut bientôt encombré, et l’incendie gagna même jusqu’aux premières travées qu’on fut obligé de couper pour le conserver. Cavalerie, infanterie, rien ne put déboucher, et la division Claparede seule, et n’ayant que quatre pièces de canon, lutta pendant trois heures contre 30,000 ennemis. Cette action d’Ebersberg est un des plus beaux faits d’armes dont l’histoire puisse conserver le souvenir. L’ennemi voyant que la division Claparede était sans communication, avança trois fois sur elle, et fut toujours arrêté et reçu par les baïonnettes. Enfin, après un travail de trois heures, on parvint à détourner les flammes et à ouvrir un passage. Le général de division Legrand, avec le 26e d’infanterie légère et le 18e de ligne, se porta sur le château que l’ennemi avait fait occuper par 800 hommes. Les sapeurs enfoncèrent les portes et l’incendie ayant gagné le château, tout ce qu’il renfermait y périt. Le général Legrand marcha ensuite au secours de la division Claparede. Le général Durosnel, qui venait par la rive droite avec un millier de chevaux, se joignit à lui, et l’ennemi fut obligé de se mettre en retraite en toute hâte.

Au premier bruit de ces événements, l’Empereur avait marché lui-même, par la rive droite, avec les divisions Nansouty et Molitor. L’ennemi, qui se retirait avec la plus grande rapidité, arriva la nuit à Enns, brûla le pont, et contimua sa fuite sur la route de Vienne. Sa perte conisiste en 12,000 hommes, dont 7,500 prisonniers, 4 pièces de canon et 2 drapeaux. La division Claparède, qui fait partie des grenadiers d’Oudinot, s’est couverte de gloire ; elle a eu 800 hommes tués et 600 blessés. L’impétuosité des bataillons des tirailleurs du Pô et des tirailleurs corses, a fixé l’attention de toute l’armée. Le pont, la ville et la position d’Ebersberg seront des monuments durables de leur courage. Le voyageur s’arrêtera et dira : C’est ici, c’est de ces superbes positions, de ce pont d’une si longue étendue, de ce château fort par sa situation, qu’une armée de 35,000 Autrichiens a été chassée par 7,000 Français. Le général de brigade Cohorn, officier d’une singulière intrépidité, a eu un cheval tué sous lui. Les colonels en second Cardenau et Lendy ont été tués. Une compagnie du bataillon corse poursuivant l’ennemi dans les bois, a fait à elle seule sept cents [prisonniers. Pendant l’affaire d’Ebersberg, le duc de Montebello ; arrivait à Steyer, où il a fait rétablir le pont que l’ennemi avait coupé. L’Empereur couche aujourd’hui à Enns dans le château du prince d’Awersperg ; la journée de demain sera employée à rétablir le pont. Les députés des États de la haute Autriche ont ete présentés à S.M. à son bivouac d’Ebersberg. Les citoyens de toutes les classes et de toutes les provinces reconnaissent que l’empereur François II est l’agresseur : ils s’attendent à de grands changements, et conviennent que la maison d’Autriche a mérité tous ses malheurs. Ils accusent même ouvertement de leurs maux  le caractère faible, opiniâtre et perfide de leur souverain ; ils manifestent tous la plus profonde reconnaissance pour la générosité dont l’Empereur Napoléon usa pendant la dernière guerre envers la capitale et les pays qu’il avait conquis ; ils s’indignent avec toute l’Europe, du ressentiment et de la haine que l’empereur François II n’a cessé de nourrir contre une nation qui avait été si grande et si magnanime envers lui. Ainsi dans l’opinion même des sujets de notre ennemi, la victoire est du côté du bon droit. Voici un échantillon des publications dont on berce le peuple de Vienne.

Publications.

N° Ier

Depuis huit jours on n’a fait connaître qu’imparfaitement au public les nouvelles des opérations militaires d’Allemagne et d’Italie. Les mouvements se succèdent avec tant de rapidité, et l’agitation est telle, qu’il est impossible de donner une relation complète de ces événements compliqués ; car il faudrait pour la rédiger, un degré de tranquillité que, dans ces moments critiques, l’on ne peut ni espérer ni exiger. Le désir que l’on a de connaître l’ensemble de ces grands événements, ainsi que les efforts mémorables de notre armée et les actions particulières des défenseurs de la patrie, est à la fois naturel et juste, et dans quelque temps il sera complètement satisfait. Les habitants de cet empire ont, dans ces derniers temps, donné un grand exemple d’attachement au souverain, de zèle pour la gloire et la prospérité de l’État, de jugement dans la considération de leurs véritables intérêts, de confiance en eux-mêmes, de courage et d’union ; ils ont excité l’admiration du monde et se sont assuré dans l’histoire un rang que peu de nations partageront avec eux ; mais pour que cette gloire ne soit pas imparfaite, il faut que leur constance et leur fermeté ne puissent être ébranlées par des événements malheureux. Une guerre dont l’objet est de lutter contre les maux dont vingt années d’infortunes ont accablé l’Europe, ne peut avoir une heureuse fin après quelques jours ou quelques semaines de combats. Une guerre dans laquelle nous défendons tout ce qui nous est cher, tout ce qui est saint aux yeux des hommes, ne peut, comme ces hostilités éphémères commencées, soit pour un héritage, soit pour quelques milles de terres, finir aussitôt d’une manière ou d’une autre, suivant les résultats bons ou mauvais de telle ou telle expédition. Notre cause ne serait pas ce qu’elle est, si nous pouvions la gagner sans labeur. L’ennemi que nous avons à combattre pourrait, dans ce cas, avec quelque apparence de raison, nous accuser d’avoir exagéré les dangers contre lesquels nous nous sommes armés, et d’avoir peint avec trop de noires couleurs le sort qu’il a fait à tant d’États, et qu’il réserve à tous les autres. Tout ce qui peut affermir la confiance, élever l’âme et le courage, est de notre côté. C’était beaucoup autrefois d’avoir pour nous la justice de notre cause ; aujourd’hui nous avons plus que la justice : c’est le devoir, le sentiment du plus grand des devoirs, qui nous a fait courir aux armes. L’intérêt de la génération présente et des générations à venir nous anime sur le champ de bataille. A tous ces avantages l’ennemi n’en peut opposer qu’un : cette habileté, cette assurance dans les opérations militaires que lui a fait acquérir une guerre continuelle et presque toujours heureuse. L’Europe a cruellement senti l’effet de cet avantage ; l’Autriche fera voir au Monde que ceux qui ont de leur côté la justice, l’amour de la patrie et la persévérance, peuvent au moins le contrebalancer ; il a d’ailleurs des bornes ; les événements antérieurs le prouvent assez, ainsi que les mémorables efforts de nos soldats pendant les premières semaines de la campagne actuelle. La victoire nous a souri sur un grand nombre de points, et la gloire ne nous a point abandonnés, là même où la première résistance a été trop opiniâtre pour que nous fissions immédiatement des progrès. Dans une lutte semblable, il n’y a pas de malheur, de perte qu’on ne puisse réparer, tant que la nation conservera l’attitude qu’elle a prise, et qu’elle ne se départira point de sa noble résolution. Mettant une entière confiance dans la constante fermeté d’un peuple fidèle et éprouvé, et voulant ne laisser aucun doute sur les sentiments dont S.M. l’empereur lui-même est pénétré, on a ordonné que les objets qui pourraient le plus particulièrement engager l’ennemi à profiter d’un événement qui lui serait favorable pour faire une entreprise contre la capitale, fussent éloignés de Vienne, afin qu’il ne puisse jamais espérer qu’une monarchie qui, avec l’aide de Dieu, restera ferme et stable, consente jamais, effrayée par des menaces, à une paix qui compromettrait son existence ou son honneur. Ainsi, tout citoyen judicieux et ami de son pays, connaîtra le véritable et unique motif de cette mesure. L’honorable empressement avec lequel on a exécuté jusqu’à présent chaque ordonnance du gouvernement, ne se démentira ni dans cette conjoncture, ni dans celles qui peuvent se présenter encore. La tâche qui nous est prescrite ne sera heureusement achevée qu’autant que nous conserverons jusqu’à la fin l’énergie avec laquelle nous l’avons entreprise : conservons-la, cette énergie, et le succès est certain. Quiconque, dans ces grandes circonstances, dans ces jours décisifs, aura constamment devant les yeux le bien de sa patrie et de l’humanité, pourra léguer à ses enfants et aux enfants de ses enfants un héritage bien préférable à tous les trésors du monde.

N° II.

La sensation qu’a produite la nouvelle des derniers événements militaires de Bavière a été telle qu’on devait l’attendre du noble et excellent esprit dont le public de cette ville est animé. La crainte que le grand but de cette guerre, l’objet de toutes les espérances et de tous les désirs, ne pût être atteint, a plus vivement ému les habitants de la capitale, que la crainte de voir exposée à de nouveaux dangers l’une ou l’autre partie de l’Empire : cette noble sollicitude s’est fait remarquer partout. A ces traits du patriotisme le plus éclairé, S.M. l’empereur reconnaît avec une vive satisfaction les bons sentiments dont les peuples de sa monarchie lui ont donné des preuves si mémorables avant et depuis la reprise des hostilités. S.M. n’en est que plus disposée à lever tous les doutes qui peuvent exister dans l’état actuel des choses. Les moyens de défense de la monarchie sont grands et nombreux ; soutenus du zèle, de la confiance, du courage et de la persévérance de la nation, ils seront suffisants. Le corps d’armée du feld-maréchal-lieutenant de Hiller est assez considérable pour soutenir les efforts de l’ennemi. Sa résistance deviendra plus efficace encore par la mise en mouvement de la réserve, par la position de la landwehr de la Basse-Autriche sur les bords de l’Enns, par l’augmentation et le complément de tous les préparatifs de défense. D’un autre côté, l’armée sous les ordres immédiats de S.A I. le généralissime, s’est trouvée, après le combat opiniâtre livré sur les bords du Danube, dans la nécessité de passer de l’autre côté du fleuve ; ce passage s’est exécuté dans un ordre parfait, et ; notre perte n’a pas été plus considérable que celle de l’ennemi. La position que notre armée occupe actuellement, la met en état, sous un chef dont les droits à la confiance générale sont si bien établis, de déjouer par ses contre-opérations les opérations ultérieures de l’ennemi. La landwehr de Moravie est en marche. L’insurrection hongroise se met rapidement en état de contribuer avec vigueur à la défense de la monarchie. L’armée, sous les ordres de S.A.I. l’archiduc Jean, a fait en Italie des progrès si importants, qu’elle peut, suivant que les circonstances l’exigeront, ou suivre sa direction primitive, ou soutenir les autres corps d’armée de la manière la plus efficace. Ces derniers corps sont aussi considérablement renforcés par la landwehr de l’Autriche-Intérieure. Le noble enthousiasme des habitants du Tyrol assure à S.M. la possession de cette importante province, et met à couvert le point central de toutes les communications militaires. Les offres généreuses que les fidèles Tyroliens ont faites ces derniers jours, promettent un grand résultat. La position du corps d’armée commandé par le feld-maréchal-lieutenant de Chasteller est telle, que ce corps, de même que l’armée principale de S.A.I. l’archiduc Charles, menace les derrières de l’ennemi. Ce qu’il peut opérer et ce qui sera fait de concert dans le Tyrol donne de grandes espérances. Le corps d’armée de S.A.I. l’archiduc Ferdinand a déjà rempli sa destination primitive. Cependant, comme la situation de la monarchie antérieurement à la guerre, et le fâcheux état de nos relations politiques, état auquel cette même guerre doit mettre un terme, ont été naturellement cause que le premier théâtre des hostilités est un pays très voisin des frontières d’Autriche, on n’a pas dû regarder comme tout-à-fait impossible que ces provinces fussent attaquées, et même que l’ennemi fil tout-à-coup des démonstrations contre la capitale. Et afin que, dans ce cas, un semblable mouvement de l’ennemi lui fût inutile, S.M.I. a donné l’ordre que tous les objets qui pourraient particulièrement l’attirer dans la capitale, en fussent éloignés à temps et mis en lieu de sûreté. Tout le monde sentira que cette disposition n’a pour objet que le bien et la sûreté de la ville. S.M.I. pense qu’elle fait de nouveau connaître par là les sentiments dont elle était pénétrée, en se décidant à la guerre : ces sentiments seront à l’avenir et invariablement le mobile de sa conduite. S.M. désire que les habitants de la capitale, ceux de la Basse-Autriche et ceux des provinces limitrophes continuent d’être ce qu’ils ont été jusqu’à présent. Ses efforts et ceux de son peuple seront, avec l’aide de Dieu, couronnés d’un heureux et honorable succès. On fera connaître, par une nouvelle publication, les mesures qui seront prises pour le complément des préparatifs de défense.

A Vienne, le 30 avril 1809.

Par ordre de S.M.I.R. et A.

Signé, L’archiduc REINIER.

Une dépêche télégraphique donne les nouvelles suivantes, de la continuation des succès de l’armée d’Italie : Le 8, elle a passé la Piave, en présence de l’ennemi ; elle lui a pris 16 pièces de canon, et lui a fait prisonniers plus de 5,000 hommes, parmi lesquels se trouvent un général d’artillerie, un de cavalerie, et un grand nombre d’officiers. Plusieurs généraux autrichiens sont restés sur les champ de bataille. S.A.I. le prince vice-roi est à la poursuite de l’ennemi, qui est en pleine déroute.

Les lettres que l’on va lire font partie de ceIles interceptées par M. le général baron de Wrede, et relatées au 4e bulletin de l’armée d’Allemagne.

Au général-major baron Regisfeld, à Lintz, le 28 avril 1809.

Je dois vous apprendre, Monsieur, que toutes les circonstances qui avaient été prévues dans le cas d’une retraite ont eu lieu, et que les dispositions, dont on était convenu, ont été exécutées ; que déjà nous avons fait évacuer par eau les caisses et autres effets, comme pièces d’artillerie, dépôts d’équipements ; on a expédié très peu de choses par terre. Avant-hier on attendait l’arrivée de l’ennemi ; mais heureusement ce n’était qu’une fausse conjecture. Les ordres les plus sévères ont été donnés, sous la plus grande responsabilité, de brûler et détruire les ponts aussitôt que l’ennemi s’approcherait de trois milles. Dans la situation où l’on se trouve, V. Exc. reconnaîtra qu’au lieu d’envoyer ici, comme on avait déjà commencé, tous les objets d’artillerie dont on peut se passer, il faut les renvoyer à Steyermack, aussi bien que les objets d’équipement ; car ici je manque de moyens de faire transporter par terre, et je dois réserver pour l’évacuation des magasins et des caisses, les bateaux qui restent à ma dispoition. Ce qui regarde le second point, a atteint dans mon opinion le but proposé, et j’en ferai l’envoi par les compagnies qui doivent être portées à Steyermack. Les écoles militaires restent ici, et les jeunes gens exercés, selon leur âge, au maniement des armes, font partie de la division de réserve, mais ne sont sont régimentés que lorsqu’ils ont atteint l’âge convenable. Les officiers des conscrits n’ont renvoyé que leurs papiers les plus nécessaires. Si l’on trouve bon de ne point reporter les caisses trop en arrière, il faut avoir bien soin de donner à temps l’avis de les éloigner, dans le cas ou cela deviendrait nécessaire ; celle qui était ici, a été envoyée à Vienne, et l’on n’a gardé que 100,000 florins : pour satisfaire aux plus pressants besoins. Les chancelleries de gouvernement restent ici, faute de moyens de transport, ainsi que les arsenaux. Il n’est encore arrivé ici aucune compagnie des troupes du cordon, parce que le manque absolu de troupes pour occuper les frontières, les a fait, aussi longtemps que possible, retenir à leur poste. Quant aux pensions, tout est organisé comme à Salzbourg, et cependant cette insigne faveur ne doit pas donner beaucoup de satisfaction aux militaires, attendu que le protocole établit que les officiers pensionnés doivent se rendre aux lieux où ils ont à recevoir leurs pensions.

Signé, VON REUSSA, général-major.

Lintz, le 29 avril 1809.

Ma chère Pfenninger,

Je vous avais promis de vous écrire aujourd’hui et je tiens ma parole. Cependant cette lettre ne sera pas longue, attendu que notre situation ne le permet pas. Il n’y a point de Français ici, et ce ne serait qu’un événement extraordinaire qui pourrait les amener. En attendant tout est prêt jour et nuit pour incendier le pont en cas de besoin. Hiller est posté au-delà de Ried,, ayant des communications avec l’archiduc Louis et Kienmayer, qui va étendre sa ligne, encore aujourd’hui, le long du Danube jusqu’à Preyerback. L’archiduc Charles, qui était encore le 25 à Cham, s’avance vers Klattan, à ce qu’on dit, pour couvrir Ia Bohême. L’empereur est à Sternberg. L’archiduc Maximilien est passé hier par ici, venant d’auprès de l’archiduc Charles. Scharding a tellement souffert par le feu de l’artillerie, que cette ville n’est plus qu’un amas de pierres. J’ignore encore le sort de nos connaissances qui s’y trouvaient. On a vu à Gries-kirchen et Siegharting des partis de troupes françaises d’à peu près 200 hommes. Un régiment de hulans doit arriver aujourd’hui à Preyerback, qui ne manquera certainement pas d’enlever ces rodeurs. Je vous prie ainsi que votre mari, de me répondre promptement à mes lettres. Vous savez combien il est pénible de vivre dans la situation actuelle, séparé de vous deux et de ma chère Lolotte que j’embrasse mille fois. Comme je loge actuellement dans la maison d’Aduan, je ne vois même plus mes enfants, attendu que les travaux ne cessent ni jour ni nuit.

Votre IL.

P.S. J’ai adressé cette lettre à votre femme, cher Pfenninger, pour parler avec elle un peu plus en détail que les autres fois. L’officiant Hepp à Ried, a été nommé adjudant ; Ranschenberg, premier officiant à Ried, Battisti, officiant à Rohrbach, et Pfunnck, premier greffier à Ried, ont été nommés aides d’inspecteurs à Ried. Nos affaires sont en bon train. Il ne vous sera pas difficile, dans la situation actuelle, d’obtenir de votre côté un délai. Ecrivez-moi le plus promptement possible relativement à cet objet. J’attends avec impatience votre lettre.

Tout à vous. IL.

Mes compliments à Mme Wagner, etc.