Napoléon à travers les caricatures anglaises

Mais cette opinion favorable se détériore rapidement dès la fin de cette année 1802, à la suite de l’annexion du Piémont par la France notamment. En novembre, Fox quitte la France.

Taking leave . Holland W. - 1802
Taking leave . Holland W. – 1802

Dans cette caricature, Napoléon est revêtu d’un uniforme militaire et il est coiffé d’une couronne ornée d’armes et d’une tête de mort de pirate.

Cette détérioration se reflète rapidement dans les caricatures.

A Phantasmagoria Scene - Conjuring an Armed-Skeleton. Gillray - Janvier 1803
A Phantasmagoria Scene – Conjuring an Armed-Skeleton. Gillray – Janvier 1803

Sous la forme de trois sorcières de Macbeth, le Premier Addington (à gauche), Fox (à droite, au fond) et  Lord Hawkesbury, font bouillir le lion britannique dans une marmite remplie de parpiers sur lesquels sont inscrits les avantages  stratégiques et territoriaux que l’Angleterre a abandonnés. Un coq gaulois, coiffé du bonnet rouge est perché sur la tête du lion blessé. Un squelette – c’est tout ce qui reste de l’Angleterre – surgit de la marmite, entouré du nuage de la paix.

The First Kiss this ten years ! or the Meeting of Britannia and Citizen Francois - Gill Ray - 1800
The First Kiss this ten years ! or the Meeting of Britannia and Citizen Francois – Gill Ray – 1800

Le caricaturiste présente ici sa perception du traité de paix, jouant sur les stéréotypes alors en faveur : un Français (Bonaparte) élégant et mince, rusé et trompeur, qui a pris soin de déposer son chapeau et son épée, ce qui signifie qu’il n’est plus un guerrier mais un ami, fait sa cour à l’Angleterre (Britannia) grassouillette et prospère à souhait mais un tantinet naïve, outrageusement vêtue. Ayant mis de côté, elle aussi, son trident et son bouclier, elle est subjuguée par son charme, tout en sachant « qu’il la décevra encore ». Dans le fond, des portraits de George III et de Napoléon se font face, mais les regards sont méfiants, même si leurs mains tendues semblent se rejoindre.
On dit que Napoléon fut extrêmement amusé par cette caricature.

L’année 1803, celle de la nouvelle brouille franco-anglaise, va être l’une des plus prolifiques en matière de caricatures.

La brouille . Anonyme - 1803
La brouille . Anonyme – 1803

Les compagnons de beuverie commencent à se disputer : le soldat français tire son épée, tandis que John Bull est tombé sur le dos, au milieu de sa bière et de son jambon. Mais avec sa rame brisée (symbolisant la puissance maritime britannique malmenée) il est prêt à frapper son compagnon.  Il a dans la main une carte de Malte, et il foule aux pieds le traité d’Amiens. Le Français lui a déjà arraché des mains le Hanovre. Au mur, un lion, qui représente la force, s’en prend au léopard anglais.  Le dindon, à droite, représente le souverain anglais : cet oiseau de basse-cour est une allusion à Georges Dandin, personnage de Molière, devenu le sobriquet attaché à Georges III.

En France, les préparatifs au débarquement en Angleterre continuent, ce qui met les dessinateurs en verve.

Little ! Ships ! or John Bull Inquisitive - Roberts (?) - 1803
Little ! Ships ! or John Bull Inquisitive – Roberts (?) – 1803

Avec son bâton de pèlerin John Bull entre dans l’atelier du petit Bonaparte, pour voir ce que fabrique le gamin.  Ce dernier sculpte des navires en bois, qui peu à peu s’accumulent dans la poubelle. Car, rassure-t-il, ce n’est que pour son amusement qu’il s’adonne à cette activité. Les visages méfiant de John Bull et naïf de Bonaparte s’opposent ici avec succès. Mais le lecteur n’est pas dupe : les sous-entendus sont ici assez clairs. Tant que le candide Français sera persuadé que John Bull ne s’apercevra pas des agissements de Bonaparte, l’Angleterre pourra dormir tranquille.

Cette arrivée tant redoutée de Bonaparte à la tête de ses troupes pourrait bien provoquer le réveil de l’Angleterre

Physical Aid or Britannia recovered from a Trance - The Patriotic Courage of Sherry Andrew and a Peep through the Fog. Gillray - 1803
Physical Aid or Britannia recovered from a Trance – The Patriotic Courage of Sherry Andrew and a Peep through the Fog. Gillray – 1803

Bonaparte vient de traverser la Manche. Britannia se réveille de son évanouissement. Ouvrant les bras elle lance aux docteurs (Addington et Hawkesbury) la célèbre réplique de Shakespeare – Hamlet – : Angels and ministers of (dis)grace defend us ! ».
Leur assistance ne sert à rien, même si Addington tente de la ranimer avec de la poudre à canon.
Sheridan, habillé ici en clown, semble avoir une attitude patriotique, mais avec des arrières pensées mercantiles. Quant à Fox, son chapeau sur les yeux l’empêche de voir le sérieux de la situation.
Aux pieds des acteurs, le traité de paix d’Amiens, dont plus personne ne s’occupe.