Les arrondissements de Vienne

Le point de départ est la Schwarzenberg Platz. Laissant à droite le bel édifice de l’ambassade de France, nous empruntons la Prinz Eugen Strasse (il s’agit bien sûr du prince Eugène de Savoie), pour arriver à l’entrée latérale du Belvédère supérieur (l’entrée par le Gürtel, plus loin, permet d’avoir une belle vue sur le palais et la superbe grille).
Le passionné d’histoire napoléonienne devra savoir que deux des musées installés dans les deux palais présentent quelques oeuvres s’y rattachant :

• Au Belvédère inférieur :
o une des cinq copies que Jacques-Louis David fit, avec les artistes de son atelier, de son célèbre “Bonaparte franchissant les Alpes au Grand-Saint-Bernard” (le “prototype” est à la Malmaison, les autres copies au château de Charlottenburg, à Versailles – 2 – et à Milan ;
o Une sculpture de Leopold Kielsing, “Mars et Vénus avec Amour, allégorie du mariage de Marie-Louise et Napoléon;

• Au Belvédère supérieur
o Un tableau de Johann-Peter Krafft montrant l’entrée de l’empereur François Ier après la paix de Paris, le 16 juin 1814 (maquette des trois tableaux se trouvant à la Hofburg, dans la salle d’audience – l’un des deux autres représentant le retour de l’Empereur de Presbourg en 1809);
o Du même Johann-Peter Krafft, ses célèbres Départ et Retour du soldat territorial;
o Un portrait de l’empereur François Ier par Friedrich von Amerling.
Pour revenir à la Schwarzenberg Platz, nous pourrions faire un détour par l’Argentiner Strasse. Au n° 29 se trouvaient, en 1809, les quartiers du maréchal Berthier, à qui Napoléon rendra ici quelques visites, incognito. Mais l’immeuble vient d’être démoli.
De là, nous rejoignons, par la Lothringerstrasse, le Heumarkt, puis le Vordere Zollamts-Strasse, le canal du Danube, que nous longeons jusqu’au Rotondenbrücke.
A droite, voici la Rasumovskygasse. Au 25, se trouve le palais du même nom, construit sur les ruines de celui qui, élevé en 1806 par Louis Montoyer, fut totalement détruit par le feu, dans la nuit du 31 décembre 1814, au cours de l’une des magnifiques fêtes organisées durant le Congrès de Vienne. L’incendie détruisit les magnifiques collections de peintures et d’objet d’art rassemblées ici par le prince Andrej K. Rasumovsky, ambassadeur russe à Vienne.

Le palais Rasumovsky (côté jardins). Aquarelle de Eduard Gurk.
Le palais Rasumovsky aujourd’hui – Côté rue (Photo R. Ouvrard).
Le palais Rasumovsky aujourd’hui – Côté jardin (Photo R. Ouvrard)

En décembre 1808, avait eu lieu ici, dans la salle de musique, la première audition de la Ve symphonie de Beethoven.
Le général Lasalle logea en ce lieu lors de son séjour à Vienne en mai et juin 1809, et y fut transporté après qu’il ait été mortellement blessé à Wagram.

Nous allâmes dans le jardin Razoumovsky où nous rencontrâmes le général Roussel. Dans la belle salle, sur un lit de parade, gisait le corps du général Lasalle. (Czernin)

Endommagé durant la dernière guerre, le palais a été reconstruit depuis. Il est désormais propriété privée (pas de visite).

De là, nous empruntons la Landstrasse, par où arrivèrent les blessés de la bataille de Wagram

Les habitants de Vienne distribuent des secours aux blessés français qui reviennent par la Land-Strasse . (Museum Wien Karlsplatz)

Quelle lamentable vision que celle de tant de centaines de voitures occupées par des blessés souffrants, à demi inconscients, que l’on ramenait depuis plusieurs jours du champ de bataille. Des prisonniers autrichiens ensanglantés, pitoyables, éveillèrent notre compassion. Le nombre des blessés augmenta au point que ces malheureux mouraient à même le sol, sans même avoir été pansés. On avait ordonné aux habitants de la ville de ramener, avec leurs chevaux, les blessés et les mourants du champ de bataille. Cette mission fut accomplie avec le plus grand empressement, mais la bonne volonté ne pouvait pas suffire à tout. (Czernin)

Arrivé au Gürtel (cette voie circulaire, tracée sur l’emplacement de la ligne de défense extérieure, en 1809, des faubourgs de la ville), nous l’empruntons sur notre droite pour rejoindre l’Arsenal, et ses bâtiments roses de style neo-colonial, reconnaissables de loin.
Mais en 1809, l’arsenal de Vienne, construit dans les années 80 du XVIe siècle et les années 70 du XVIIe siècle, était en fait situé dans la partie nord-ouest de la vieille ville, limité au sud par le cloître des Écossais, à l’ouest par les bastions “Elendbastei” et “Schottenbastei”. Les bâtiments “Obere u. Untere Arsenal”, formaient un énorme complexe, qui barrait alors la sortie des Renngasse et Wipplingerstrasse.

Mais de tout ce que j’ai remarqué ici, rien ne m’a frappé autant que l’arsenal. On peut affirmer qu’il n’en existe pas de pareil en Europe. Les quatre grands bâtiments qui le forment encadrent une vaste cour carrée aux murs de laquelle est appendue, en énormes festons, une chaîne de fer monstrueuse dont chaque anneau pèse au moins 30 livres. Cette chaîne qui semble être l’ouvrage des géants, a une longueur de 200 toises, et n’est cependant qu’une partie de celle dont les Turcs se servirent autrefois pour barrer le Danube pendant le siège de Bude. (Fantin des Odoards)

L’Arsenal que l’on visite aujourd’hui fut construit de 1849 à 1856, la Révolution de 1848 ayant montré la nécessité d’installations militaires, propres à tenir en échec une nouvelle révolte populaire. Il est considéré comme une oeuvre d’art total de l’historicisme, mais aussi comme le représentant de la dernière époque impériale de l’architecture à Vienne.
Ses murs hébergent le Musée de l’Histoire de l’Armée (Heeresgeschichtliches Museum). Aménagé en 1850-1857, c’était alors le premier musée de Vienne.

• Au rez-de-chaussée, dans le grand hall d’entrée, 56 statues en marbre, grandeur nature, adossées à des piliers, représentent des célébrités militaires de l’armée autrichienne, parmi lesquelles, pour la période napoléonienne

• Archiduc Charles de Habsbourg
• Feld-maréchal Schwarzenberg,
• Andreas Hofer (le patriote tyrolien)
• Feld-maréchal Jérôme Colloredo-Mansfeld,
• Feld-maréchal Dagobert Wurmser,
• Feld-maréchal Charles de Croix de Drumez, comte de Clerfayt,
• Général Vincent Bianchi, duc de Casalanza en 1815 ;
• Général baron Paul Kray de Krajowa.

• Au premier étage, les salles consacrées aux guerres révolutionnaires et de l’Empire. Une rénovation récente du musée fait que, hélas, un grand nombre des objets correspondant à cette période, pourtant nombreux, ne sont plus exposés, mais peuvent, cependant être visionnés sur les consoles d’ordinateurs mises à la disposition du public. On se contentera donc :

– De la vitrine renfermant des souvenirs du roi de Rome:
• Une épée, qui avait appartenu au précepteur du roi de Rome;
• Une médaille en argent le représentant en empereur des français, avec, à l’avers, la légende “Napoléon II/empereur des Français”; au revers :”né en 1811/proclamé par les chambres en 1815/mort 1832″;
• Une lithographie (Wolf) montrant le duc de Reichstadt participant à des exercices avec
• son régiment, sur le glacis (aujourd’hui : Alsergrund);
• Une aquarelle, le montrant menant une charge près de la Croix à la Fileuse (aujourd’hui en haut de la Triester Strasse)
• Une aquarelle de Daffinger (1831) le représentant dans son uniforme d’officier hongrois (60e d’infanterie – Wasa)
• Le chapeau d’officier du duc de Reischstadt

– Et de maigres témoins de la période napoléonienne :

• mannequins de soldats de l’armée autrichienne,
• manteau du comte Chouvalov, commissaire russe chargé d’escorter (avec un commissaire autrichien) Napoléon de Fontainebleau à l’île d’Elbe, et que l’empereur revêtit dans la vallée du Rhône pour se dissimuler à la foule,
• et quelques tableaux, gravures, armes, décorations, etc. On remarquera en particulier :

 la prise du fort de Malborghetto (Albrecht Adam)
 la bataille de Kulm (30 août 1813) (Aquarelle de C. Fischer)
 les Alliés traversant les Vosges (Höchle)
 l’archiduc Charles à la bataille d’Aspern (à comparer avec la statue équestre de la Helden Platz) (tableau de Krafft)
 le prince Schwarzenberg annonçant la victoire de Leipzig (tableau de Krafft)
 l’empereur François et son état-major à la bataille d’Aspern. (sur un mur)
Mais la bataille de Wagram n’est présente que par un tout petit tableau attribué à Albrecht Adam….

D’ici, nous pourrions aisément, en empruntant de nouveau le Gürtel, vers la voie rapide circulaire (“die Tangente”), atteindre la Fasangasse, puis le Rennweg.

o A gauche (direction centre ville), on peut aller jusqu’au n° 27, où se trouve le palais Metternich, construit sur l’emplacement de la “Villa Metternich” où le prince donna de fabuleuses réceptions durant le Congrès de Vienne (la palais actuel date de 1846-1848 – on ne visite pas),

La villa Metternich, au Rennweg. Lithographie de B. Edinger, d’après E. Gurk. (1838)
Le palais Metternich aujourd’hui

 

 

 

 

 

 

 

 

o A droite, en direction du cimetière central, on passera devant l’ancienne caserne des Artilleurs, où Larrey, en 1809, établit un grand hôpital de campagne : seize chambres, deux pharmacies, quatre cuisines. En plus du personnel de santé français, soixante civils autrichiens et des chirurgiens de Vienne furent mis à contribution.

Le quatrième jour (après Essling), les ponts étant rétablis, les blessés furent tous transportés aux hôpitaux, que l’inspecteur général, M. Heurteloup, avait fait préparer á Ebersdorf et Vienne. Je fis placer ceux qui appartenaient à la garde dans la superbe caserne de Reneveck (sic), consacrée autrefois à l’usage de l’école impériale d’artillerie. Ce fut dans ce magnifique hôpital que nous traitâmes nos malades jusqu’à leur guérison. (Larrey)

La K u K Caserne du Rennweg (Kriegs Archiv)

La caserne aujourd’hui. On aperçoit l’église Sainte-Marie de la Nativité (Photo : R. Ouvrard)

Nous reprenons le Gürtel, en direction de Schönbrunn, faisant une courte halte à Süd-Tiroler-Platz, où l’on remarquera :
• Le mémorial Andreas Hofer, oeuvre de Jakob Adlhart, inauguré en 1978. La face avant porte, au-dessus du nom d’Hofer, un aigle impérial. Sur la face opposé, une forteresse. Sur l’un des cotés, un poème à la mémoire du héros tyrolien.
• le bâtiment situé à droite du monument a été baptisé « Andreas Hofer-Haus » ;
• en face, un autre est dénommé « Pater Innerkofler-Hof », du nom d’un autre héros tyrolien.
• à l’angle opposé, des fresques sur la façade de l’immeuble qui fait face au Gürtel, deux grandes fresques représentent des paysans tyroliens.

Sur la façade de l’immeuble à l’angle de la place et de la Favoriten Strasse (au 47), une grande PC portant l’inscription : « Non loin d’ici vécu Jakob Eschenbach. En 1809, il cacha deux canons dans son jardin. Il fut trahi par un troisième. Il mourut ici le 26 juin 1809. » En réalité sa maison se situait Favoritenstrasse 6, et Eschenbach fut exécuté le long du mur de la Jesuitenhof, qui se trouvait dans la Rathgasse, au bas de la Mariahilfer Strasse.

 

Le monument Andreas Hofer sur la Süd-Tyroler Platz (Photo : R. Ouvrard)
Le monument Andreas Hofer sur la Süd-Tyroler Platz (Photo : R. Ouvrard)
Fresque à la mémoire de Jakob Eschenbach (Photo : R. Ouvrard)

 

 

 

Nous rejoignons le centre ville par la Mariahilfer Strasse, faisant une halte sur la place de l’Europe (Europaplatz). Ici (entre les deux voies de la grande artère circulaire), se trouve le monument dédié au 49e régiment autrichien d’infanterie (régiment Reuß-Kerpen), qui s’illustra, le 13 mai 1809, au combat de Schwarzen Lacken (au nord de la ville), tentative manquée, ou feinte, de passage du Danube par l’armée française, avant que Kaiser-Ebersdorf soit choisi comme point de passage du Danube.

L’Empereur et le maréchal Lannes arrivèrent sur les bords du Danube pour être témoins de cette catastrophe. Ils adressèrent de vifs reproches au général Saint-Hilaire.” (Marbot)

Oeuvre du sculpteur Josef Tuch, c’est un obélisque de cinq mètres de haut, surmonté d’une couronne impériale. Sur une face, un groupe de statues en bronze représentant un officier casqué, sabre au clair, brandissant un drapeau avec à sa droite un soldat blessé. Sur l’autre face, un lion en bronze dominant un canon sans affût et un drapeau de la Grand Armée.

Le monument à la mémoire du régiment d’infanterie n° 49 (Photo : R. Ouvrard)
En souvenir / des faits d’armes du régiment d’infanterie de Basse-Autri¬che n° 49 / et spécialement du combat de la Schwarzen Lacken le 13 mai 1809 / Avec Dieu à la victoire. (Photo : R. Ouvrard)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Descendant la Mariahilfer Strasse, nous empruntons, à droite, la Webgasse, puis la Schmalzhofgasse pour arriver à la petite Haydngasse, au numéro 19 de laquelle se trouve la Haydn Haus.

Joseph Haydn habita dans cette maison de 1797 à sa mort le 31 mai 1809. Napoléon ordonna une garde d’honneur jusqu’à l’enterrement du compositeur, auquel assistèrent toutes les personnalités françaises alors présentes à Vienne (cf plus haut, Schottenkirche). L’appartement de Haydn accueille un musée qui présente de nombreux souvenirs du compositeur.

Un des mes confrères, qui était déjà venu à Vienne, me dit qu’il savait où demeurait le célèbre Haydn, le père de la symphonie et que, si je voulais, il m’y conduirait. Je ne demandais pas mieux; mais pouvions-nous espérer d’être reçus, après tant de généraux et de maréchaux qui avaient tenus à honneur de visiter l’illustre musicien ? Nous y allâmes à quatre et, malgré nos craintes, nous fûmes bien accueillis. Il nous dit qu’il avait toujours grand plaisir à s’entretenir avec des musiciens, mais qu’il craignait bien de ne pas avoir longtemps encore ce plaisir, vu qu’il se sentait bien affaibli. Il disait vrai, car il est mort dans la même année. (Philippe-René Girault)

Nous sommes de nouveau sur la Mariahilfer Strasse, que nous descendons vers le centre ville. Par la Schweighofer Gasse, nous atteignons la Burggasse. Ici, c’est le Spitelberg, juste à coté du tout nouveau Quartier des Musées (Museum Quartier).
C’est à peu près à cet endroit que les généraux Bertrand et Navallet, sur l’ordre du général Andréossy (tout nouveau Gouverneur de Vienne, qui va ainsi bombarder “sa” ville), installèrent leurs pièces, une batterie de 20 obusiers de campagne (32 croit se rappeler Savary) . C’était pratiquement le même endroit choisi, en 1683, par le turc Kara Mustafa ! Ces obusiers visent essentiellement les quartiers de la porte de Carinthie et le Graben. A 9 heures du soir, le 11 mai 1809, les premiers tirs atteindront la ville. 12.000 obus vont être ainsi tirés (selon un rapport contemporain). 31 maisons sont incendiées, 66 endommagées

Le siège de Vienne, 11 mai 1809 (Musée de Deutsch-Wagram). On reconnaît, à gauche, les écuries impériales, à droite, les remparts et la cathédrale Saint-Étienne
Bombardement de Vienne la nuit du 11 au 12 mai 1809. Lithographie coloriée de Piringer, d’après Höchle. (Heeresgeschsichte Museum, Wien). Ici, la vue est inversée : les écuries impériales sont à droite, Saint-Étienne à gauche. Au centre, la cathédrale Saint-Charles.

A neuf heures du soir, une batterie de vingt obusiers, construite par les généraux Bertrand et Navelet à cent toises de la place, com¬mença le bombardement; 1,800 obus furent lancés en moins de quatre heures, et bientôt toute la ville parut en flammes. Il faut avoir vu Vienne, ses maisons à huit, à neuf étages, ses rues resserrées, cette population si nombreuse dans une aussi étroite enceinte, pour se faire une idée du désordre, de la rumeur et des désastres que devait occasionner une telle opération. (Septième Bulletin de la Grande Armée)

 

Le bombardement de Vienne
Prise de la ville de Vienne capitale de l’Autriche

 

 

 

 

 

 

 

Longeant les nouveaux musées, nous passons la Mariahilfer Strasse et arrivons au Naschmarkt, qui s’étend à droite. A quelque distance se trouve la Papagenogasse.
Une plaque commémorative apposée sur l’ancienne façade historique du Theater an der Wien (le Théâtre actuel a son entrée en face du Naschmarkt) rappelle que Fidélio, opéra de Beethoven , y fut représenté la première fois, sans succès, le 20 novembre 1805, lors de la première occupation française. Le mauvais sort s’attache décidemment sur cette œuvre : le 10 mai 1809, les troupes françaises se présentant aux portes de Vienne, la représentation, au théâtre de la Hofburg de l’opéra Leonore, de Beethoven, est annulée !
Pendant le Congrès de Vienne, le théâtre (qui ouvrait tous les soirs) accueillit les souverains, le 14 octobre 1814, pour une représentation du Moses de Haendel.

Le « Museum Quartier », à l’emplacement des Écuries Impériales. Les pelouses à droite occupent une partie du glacis de 1809. (Photo : C. Hardy)
La caserne de grenadiers et l’écurie impériale, 1780. Johann Ziegler. Wien Museum. La vue est prise depuis le glacis, devant la Burgbastei. On distingue la Mariahilfer Straße, qui mène vers le faubourg, et, à gauche, les casernes qui n’existent plus aujourd’hui.

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