Fra Diavolo (1771-1806)

Illustration à la Une : Le Cardinal Fabrizio Ruffo à la tête des Sanfedisti, sous la protection de  Saint-Antoine

Fra Diavolo
Fra Diavolo

Michele Pezza, qui sera plus tard plus connu sous le nom de Fra-Diavolo, naît le 7 avril 1771, à Itri, non loin de la ville de Gaete, au sein d’une famille de paysans aisés. Il a une enfance pénible, une jeunesse difficile : son père est un ivrogne, sa mère brutale, de sorte que, dès sa quinzième année, il fuit le foyer familial, pour mener une existence d’aventures, exerçant plusieurs métiers de misère . il est tour à tour berger, conducteur de mulets, postillon, messager de courrier postal. Il se fait aussi connaître par ses brigandages et même ses meurtres. En 1797, il doit même fuir, après avoir tué son employeur, au cours d’une dispute. Il s’engage dans l’armée sicilienne, où sa bonne conduite lui permet de devenir rapidement sergent.

Le cardinal Fabricio Ruffo
Le cardinal Fabricio Ruffo

Lorsque de royaume de Naples passe sous le contrôle des Français et que la République Parthénopéenne est fondée par Championnet, en 1799, le cardinal Fabrizio Ruffo, agissant au nom du roi Ferdinand IV de Bourbon, qui s’est réfugié en Sicile, prend la tête du mouvement de reconquête du royaume. A cet effet, il recrute des bandes de paysans, d’anciens prisonniers, de bandits et autres lazzaroni, qu’il réunit sous le nom de Sanfedisti ou Bandes du saint-Esprit. Parmi l’un des premiers à répondre à cet appel, Michele Pezza (qui a été licencié), à qui Ruffo, lui pardonnant ses crimes, donne le commandement d’une de ces troupes hétéroclites. Pezza engage contre les Français, Per il Re e Padre !,  une guerre de harcèlement, décimant les groupes isolés et assassinant les cantiniers et les courriers. Grâce à sa connaissance incomparable du pays, il réussit à interrompre les voies de communications des Français, sans pour autant  empêcher la prise de Naples par ces derniers, en janvier 1799.

Durant ces années, Pezza, comme tous les autres bandits-guerriers sous les ordres de Ruffo, se montre un sujet fidèle de Ferdinand, porte l’habit militaire et se voit même attribuer le grade de capitaine. Mais il continue d’être connu pour les atrocités qu’il a commise, comme le jour où il précipite dans un ravin ses prisonniers, hommes, femmes et enfants, ou celui où il fait exécuter pas moins de 70 prisonniers. A Albano, ses excès sont tels que le général napolitain Naselli le fait arrêter et emprisonner au château de St-Angelo, mais pour le libérer peu de temps après. Ruffo finira par lui interdire d’entrer dans les villes, par crainte des excès auxquels il pourrait se livrer.

Après le départ des Français, Pezza, qui a été fait duc de Cassano, profite d’une vie calme – paysan selon les uns, épicier selon les autres -, est devenu serviteur loyal de son roi.  Il fonde même une famille, se mariant à Fortunata-Rachele de Franco, fille d’un gros propriétaire terrien.

Joseph Bonaparte
Joseph Bonaparte

Mais en 1806, Joseph Bonaparte est nommé roi de Naples, et les Bourbons doivent de nouveau quitter la Sicile, sous la protection de la flotte anglaise. La reine déchue, Marie-Caroline, décide de reconquérir son royaume de la même façon qu’en 1799. Elle appelle de nouveau le cardinal Ruffo auprès d’elle, pour qu’il forme à nouveau une armée, mais celui-ci refuse.

Fra-Diavolo, lui, répond à cet appel, tout comme de nombreux hors-la-loi (par appât du gain – ils sont payés comme des mercenaires – par loyalisme ou tout simplement par peur d’être enrôlés dans l’armée française). Marie-Caroline donne à cette “armée” un drapeau sur lequel on peut lire : Viva Dio; viva il Re. Les lieutenants de Fra-Diavolo portent des noms truculents : Sciarpagrande, Pappasidero, Francatrippa Panedigrano….

Le nouveau roi de Naples a pour principale tâche de nettoyer le pays de supprimer le brigandage dans le royaume. Il établi des tribunaux militaires afin de venir à bout des bandits, et la tête de Pezza, devenu Fra-Diavolo (car, affublé d’un froc de moine, il paraît et disparaît ici et là), est mise à prix. Le général Hugo (le père de Victor) est chargé de s’en emparer.

Le maréchal Jean Masséna.
Le maréchal Jean Masséna.

Fra-Diavolo, semant la terreur en Calabre et levant une armée de 1.500 hommes destinée à chasser les Français, passe le détroit et débarque en Sicile, engageant aussitôt le combat contre ceux-ci. Un peu plus tard, il revient sur le continent à la tête de 200 insurgés, commettant de nouveaux excès en Terra di Lavoro. Mais l’armée francaise – c’est Masséna maintenant qui commande – est en alerte pour s’emparer de lui. Les échecs se multiplient. Il doit alors se réfugier dans les forêts de Lenola. Deux mois durant, il échappe à ses poursuivants, mais, finalement, affamé et malade, il se rend, sous un déguisement, à Baronissi, non loin de Salerne, où, le 1er novembre 1806, il est reconnu et fait prisonnier.

Le 3 novembre, il est conduit á Naples et écroué à la prison des Carmes. Présenté à un tribunal d’exception, il  est rapidement condamné à mort. Le 11 novembre 1806, malgré un appel à la clémence du général Hugo lui-même, et l’offre anglaise de l’échanger comme prisonnier de guerre, il est pendu, dans son uniforme de général royaliste, en public, sur la place du marché de Naples. Son corps est jeté à la fosse commune. 1)Les Mémoires de Masséna consacrent quelques lignes seulement à l’évènement  “Ce misérable, couvert de forfaits dans la réaction de 1799, et auquel la cour de Palerme avait donné le brevet de colonel, ne fut pas considéré comme prisonnier de guerre; traduit devant une commission militaire, il fut jugé et pendu”


 

References   [ + ]

1. Les Mémoires de Masséna consacrent quelques lignes seulement à l’évènement  “Ce misérable, couvert de forfaits dans la réaction de 1799, et auquel la cour de Palerme avait donné le brevet de colonel, ne fut pas considéré comme prisonnier de guerre; traduit devant une commission militaire, il fut jugé et pendu”