Chroniques villageoises – Les Français en Basse-Autriche et dans la région de Saint-Pölten au temps des guerres napoléoniennes

Le comte Pergen, ministre de la policeLe comte Pergen, ministre de la police

Les années de la Révolution

Les idées révolutionnaires avaient trouvé un terrain favorable dans les pays germaniques, en particulier dans les pays du Rhin. Alors, en Autriche, on avait pris des mesures pour y faire face. On s’appuie  sur cette police, créée à Vienne depuis 1782, et que François II  transforme, en 1793, en un appareil d’état, sous la direction du comte Pergen, qu’il nomme ministre de la police pour tous les pays de la couronne. La tâche principale qui lui est confiée est d’éviter la propagation des idées révolutionnaires. La peur de la monarchie est grande, en effet, de les voir gagner les pays de l’empire, surtout depuis la radicalisation de la situation en France, après la proclamation de la république.

Le comte Pergen, ministre de la police
Le comte Pergen, ministre de la police

Dans le pays, les patrouilles sont multipliées pour s’opposer au passage illégal des frontières, un certain nombre de personnes sont expulsées de Vienne ou emprisonnées, mais on ne découvre rien qui ressemble à un mouvement révolutionnaire. Pourtant, la police réussit à découvrir, en 1794, un groupe “jacobin”, lié à un groupe de conspirateurs hongrois, sous la direction due l’abbé Ignaz Joseph Martinovics, de la Cour de Leopold II. La police et la justice se donnent beaucoup de mal pour faire de tout ceci une affaire d’état -et il s’agit de personnes dont les noms sont bien connus – un magistrat, un lieutenant-colonel, le directeur de l’école supérieure vétérinaire, un conseiller impériale et un ancien professeur de l’empereur – et même un parent de l’évêque – les faits que l’on peut assembler contre eux sont vraiment insignifiants.

 

l'abbé Ignaz Joseph Martinovics
L’abbé Ignaz Joseph Martinovics

On ne peut reprocher aux conspirateurs que l’élévation d’un arbre de la liberté, à Brühl, près de Mödling, une fête célébrée dans l’intimité, au cours de laquelle l’un des prévenus, le lieutenant colonel Hebenstreit, a distribué un poème appelant à la destruction de la noblesse. Qu’importe, les peines prononcées ont été sévères : Hebenstreit est condamné à la mort par pendaison, les autres à plusieurs années de prisons, le Viennois Johann Hackel écopant de 30 ans de réclusion.

Les accusations selon lesquelles les conjurés auraient acheté les récoltes et provoqué la famine, pour provoquer la révolution, qu’ils auraient voulu faire sauter le Schlagbrucke sur le canal du Danube, et aurait fait venir de France une machine de guerre, une sorte de tank avant l’heure, ces accusations apparaissent bien fantaisistes, et en fait ne seront jamais démontrées, de même que le procès restera, jusqu’à nos jours, dans la plus grande obscurité.

Le lieutenant colonel Hebenstreit
Le lieutenant colonel Hebenstreit

Mais on a atteint un but : tout le monde a peur d’être pris pour un jacobin et condamné. La méfiance s’installe même entre amis, la société explose, toute les nouvelles de France sont étouffées. La censure, désormais exercée par la police impériale, pèse sur la vie intellectuelle, la propagation des journaux étrangers est, autant que faire se peut, interdite, et même les bibliothèques privées ne sont pas à l’abri des perquisitions.

Ce n’est donc pas tant la révolution française que les guerres napoléoniennes qui ont eut des répercutions sur la Basse-Autriche. Car les troupes du Premier Consul et de l’Empereur des Français ont à chaque fois pénétré jusqu’au cœur de la puissance des Habsbourg.

Franz Graf Saurau
Franz Graf Saurau

Déjà la première attaque, que Bonaparte emmène en 1797, a pour but, par la Carinthie et la Styrie, la capitale Vienne. A ce moment là, le gouvernement, et surtout le président du gouvernement de Basse-Autriche, Franz Graf Saurau, essaye, par un recrutement massif et l’établissement de fortifications à Vienne, de se mettre en travers des français, non seulement avec l’armée régulière, mais également en essayant de faire une levée en masse semblable à l’armée révolutionnaire.

“J’ai vu les drapeaux, la foule, l’Empereur à cheval, qui chevauchait dans les rangs. La vue était magnifique. Il y eut la prestation de serment de la milice et la distribution des différents postes de garde” (Graf Carl von Zinzendorf – Journal )

Ce même observateur rapporte qu’au delà des défenses, sur les hauteurs entre Simmering et Oberlaa, une sorte de redoute en étoile a été construite :

“Là, de nombreux Croates et Otocaner campaient sous des espèces de tentes, environ 1200 hommes étaient disponibles pour les travaux. Des canons de 18 avaient été amenés, une ou deux redoutes construite en avant.” (idem)

Mais on ne fortifie pas seulement Vienne; les habitants de Styrie et de Basse-Autriche sont également armés, on entraîne les compagnies de volontaires et de nouvelles milices bourgeoises.

Mais on s’occupe aussi de mobiliser les esprits, pour pouvoir s’opposer aux idées révolutionnaires. Le président du gouvernement de Basse-Autriche, le comte Saurau, donne mission à un homme de lettre proche de lui, Lorenz Leopold Haschka, d’écrire un hymne, que Joseph Haydn mettra en musique. L’hymne est présenté pour la première fois, le 12 février 1797, au Burgtheater,

“J’étais présent lors de la présentation de l’hymne avec les vers de Haschka. Dieu protège François, notre bon Empereur François. Les vers sont bons, parce qu’ils sont simples.  La musique est très simple.” (idem)

Après la paix de Leoben et la démobilisation qui lui succède les formations de volontaires sont dissoutes, les désarmés reçoivent une médaille du souvenir. La levée restera certes dans les mémoires, mais on n’y fera plus appel. Et on n’éprouvera jamais sa véritable valeur.

Ce n’est que dans les provinces dans lesquelles la défense par la levée populaire était une tradition qu’il s’est vraiment passe, ces années la, des choses notables : dans le Tyrol et le Vorarlberg.

Lorsque, durant l’hiver 1796/1797, des unités françaises font leur apparition dans les montagnes du Tyrol, elles ont à combattre le 2 avril 1797, à Berg Spinges an der Mühlbacher Klause, une unité de tirailleurs de la vallée de l’Inn, qui coûte la vie à 500 à 600 français, et à 58 tyroliens. Dans le Vorarlberg aussi, la milice permanente (la Landsturm), durant l’année 1796, défend le pays contre une invasion française.

Soldats français à Waidhofen
Soldats français à Waidhofen

Dans les années 1700/1800, des unités françaises, essaye une nouvelle fois de pénétrer dans le Voralberg, venant de l’ouest et du nord. Elles sont de nouveau repoussées par la milice nationale. Mais lorsqu’en 1800, des troupes francaises, arrivant par l’ouest, pénètrent en Basse-Autriche, c’est la ville de Waidhofen an der Ybbs qui a le plus à souffrir. Cette période est très bien documentée dans les chroniques locales.

En 1800, l’avant-garde subtilise aux habitants leurs montres, les unités qui suivent sont encore plus sévères, réclamant de l’argent, de la nourriture et des armes.

Si je devais rapporter tous les excès commis dans les maisons des habitants, et bien que je ne soit pas informé de tout, il en sortirait un livre ! Je dirais seulement…….

Des cette époque, une certaine résistance se fait sentir, et en Styrie, 5 bûcherons sont exécutés, pour avoir assassiné trois officiers francais. En plus de Waidhofen, dont on peut voir les évènements sur de nombreuses gravures, Markt Eisernez, en Styrie, a également transmis de nombreuses illustrations  de l’invasion de 1801. En 1804, le maire d’Eisenerz, Anton Wolf, commandera au peintre Johann Tendler, huit tableaux de ces évènements

Les guerres napoléoniennes

1805

En 1805 les habitants de la Basse-Autriche voient de nouveau, et par deux fois, des armées étrangères sur leur sol. En octobre, ce sont les russes (ils étaient déjà venus en 1799). Cinq colonnes d’infanterie, de chacune 10.000 hommes, avancent, à partir du 1er octobre, de Znaim vers Krems, pour se diriger ensuite vers l’ouest. Suivent cinq colonnes de cavalerie.

“Tout le monde se plaint des Russes, car il volent comme l’ennemi, battent les gens, surtout les paysans, qui doivent tirer les attelage, s’emparent des bœufs de trait et des chevaux, les abattent et plus encore.” (Le chroniqueur Holler, de Waidhofen)

Sur ce sujet, Napoléon écrit lui aussi, dans sa Correspondance :

“On est fort mécontent, en Autriche, des Russes, qui pillent, volent et violent partout. Ils dédaignent avec mépris les Autrichiens, qui commencent à ne plus se battre qu’à regret, les officiers russes s’entend, car les soldats sont tout à fait brutes et ne savent pas distinguer un autrichien d’un Français.” (A Joseph – 30 octobre 1805)

“Les Russes pillent, brûlent et bâtonnent d’une manière si effrénée que les peuples d’Autriche et de Bohême nous appellent à grands cris pour les délivrer de ces singuliers alliés.” (A l’électeur de Wurtemberg – 2 novembre 1805)

“l’empereur d’Allemagne (…) s’est convaincu par ses propres yeux des ravages affreux que les Russes font partout et de l’extrême mécontentement de ses peuples.” (16e Bulletin – 2 novembre 1805)

“C’est à elle à voir si cette intervention étrangère est la plus propre à satisfaire ce que semble exiger le besoin de ses peuples, qui souffrent moins de la présence de mes armées que de celle des Russes.”  (A l’empereur d’Autriche – 3 novembre 1805)

“Les Russes ont tout dévasté à Wels, à Lambach et dans tous les villages environnants. Il y a des villages où ils ont tué huit ou dix paysans.” (17e Bulletin – 3 novembre 1805)

“L’empereur d’Autriche, arrivé à Linz, a reçu des plaintes de la régence sur la mauvaise conduite des Russes, qui ne se sont pas contentés de piller, mais encore ont assommé à coups de bâton les paysans, ce qui avait rendu déserts un grand nombre de villages. L’empereur a paru très-affligé de ces excès, et a dit qu’il ne pouvait répondre des troupes russes comme des siennes et qu’il fallait souffrir patiemment; ce qui n’a pas consolé les habitants.” (18e Bulletin – 5 novembre 1805)

“Le général Klein a fait une incursion en Bohême avec sa division de dragons. Il a vu partout les Russes en horreur; les dévastations qu’ils commettent font frémir. L’irruption de ces barbares, appelés par le gouvernement lui-même, a presque éteint dans le cœur des sujets de l’Autriche toute affection pour leur prince” (25e Bulletin – 16 novembre 1805)

“On ne se fait pas d’idée de l’horreur que les Russes ont inspirée eu Moravie. En faisant leur retraite, ils brûlent les plus beaux villages, ils assomment les paysans.” (26e Bulletin – 18 novembre 1805)

On retrouve aussi le passage des troupes russes en Basse-Autriche, dans “Guerre et Paix”, de Tolstoï, comme la marche sur l’Inn, la retraite de l’armée de Koutousov par l’Enns, les combats de Loiben et de Schöngrabern.

Le 6 novembre, les troupes du maréchal Davout traversent la ville de Waidhofen.

Après la bataille d’Austerlitz, un terrible événement se produit à Melk. Un détachement de prisonniers russes du corps de Koutousov, 4 à 5.000 hommes, sont réunis à l’abbaye, le 13 décembre. Dans le bastion nord, 500 hommes sont rassemblés, le reste est dans la cour de l’Abbaye, autour de 50 feux de bivouacs. Le lendemain, le 14, 300 hommes, qui dormaient dans une salle du bastion, sont trouvés morts, asphyxiés par les fumées. Ils reposent encore aujourd’hui près du village de Winden, dans une prairie bordant, à gauche, la route nationale n°1, peu avant Neu Winden ; un imposant monument, entouré de grilles et gardé par deux magnifiques platanes) marque l’endroit depuis 1895 (das Russen Kreuz ou das russiche Gräbern). (voir Promenade de Passau à Vienne)

En novembre 1805, on s’attendait, dans la région de Saint-Pölten, à une bataille. L’empereur Napoléon ne pouvait pas imaginer qu’un pays comme l’Autriche puisse abandonner sa capitale sans combattre; il a souvent exprimé sa surprise à ce sujet. Lorsque, le 17 novembre, le comte Zinzensdorf se trouve en présence de Napoléon, à Schönbrunn (en compagnie d’autres envoyés de Basse-Autriche), celui-ci s’entretient une demie heure avec lui :  à Linz, lui dit-il, il avait espéré, qu’on ne le laisserai pas venir jusqu’ici, et même lorsqu’il était tout près de Vienne

En fait, une plus grande bataille était prévue dans les environs de Pottenbrunn : on peut en voir des schémas aux archives de la guerre à Vienne;  ils montrent comment l’armée autrichienne devait se positionner autour du Schilberg, à l’est de Saint-Pölten (mais le front tourné vers le nord). Les reconnaissances françaises dans cette région de Saint-Pölten conforte cette idée. Le prieur de l’abbaye d’Herzogenburg, Thadäuss Bayer, décrit, dans une lettre du 20 novembre au Doyen de l’Abbaye (qui a fuit à Raab, en Hongrie) la suite des événements . 

“Le 7 et le 8, toute l’armée russe a quitté Saint-Pölten pour Krems; une tête de pont a été installée à Mautern et à Stein, pour laquelle des travailleurs de tous les environs ont été recrutés. Le 9, le pont de Stein a été détruit, car les français arrivaient déjà à Mautern, où ils avaient un camp considérable (…)

Le matin du 10, à 9 heures, sont arrivés de nouveaux deux officiers avec un cuirassier bavarois, l’un d’eux s’est présenté comme étant le général Peti (note : peut-être s’agit-il du général Claude Petit, chef la 1e brigade de la 3e division du corps de Davout), il a réquisitionné tous les chevaux, de tous les environs les chevaux devaient être amenés à l’Abbaye, puis ils ont choisi ceux qui leur plaisaient; ils en voulaient 25 de l’Abbaye, ils nous en prirent 2, et comme nous n’avions pas le nombre demande, ils réclamèrent 5000 fl. sous peine d’exécuter 1000 hommes; nous avons discuté, autant que faire se pouvait, et nous nous en tirâmes avec 1.500 fl. Alors qu’ils étaient encore dans l’Abbaye, un régiment de cavalerie est arrivé de Walpersdorf, l’officier est entré dans l’Abbaye, et a réclamé plusieurs fois la somme de 24.000 fl.; si cela n’était pas fait immédiatement, il ferait exécuter 500 hommes dans l’Abbaye. Nous avons tout mis en oeuvre, pour montrer l’impossibilité où nous nous trouvions, finalement nous avons dû reconnaître que nous avions 2.700 fl. en papier, et 300 fl. en monnaie d’argent, et il s’en est allé avec.”

L’intendant des biens du prince Auersperg écrit de Saint-Pölten :

“D’abord trois chasseurs à cheval, brandissant des pistolets et sabre au clair, arrivèrent dans la ville submergée par l’inquiétude, où se trouvaient même de nombreux maraudeurs de l’armée ennemie, cachés dans les maisons, et à l’un desquels ils tranchèrent la tête. Sous la menace de leurs pistolets ils extorquèrent aux habitants argent et objets de valeurs, un officier a réclamé à la municipalité 100 ducats, mais, sur les explications du maire, de quelques citoyens  ainsi que des ..et du chancelier épiscopal, il se contente de 20 ducats.  Un autre lui a succédé, accompagné de six hommes, et qui s’est, lui, contenté, après de longues discussions, de 450 Gulden en billets et deux selles de cheval, au lieu des 2000 luis d’or qu’il réclamait. Un troisième officier s’est saisit du maire et lui a réclamé, sous la menace de son pistole, 1400 ducats, et deux montre en or, que l’intendant Maurer a lui-même donné, le délivrant de sa peur.”

Un rapport français, publié en 1895, confirme les faits :

“Le 18, la division a pris position sur les hauteurs au-dessus de Saint-Pölten, a une distance de 16 miles de Vienne. Saint-Pölten est une des villes les plus belles et les plus peuplées d’Autriche. La terreur qui nous précédait, avait fait fuir la plupart des habitants, une précaution qui se justifia, lorsque l’on sait les dévastations que nos soldats laissèrent derrière eux.  Heureux furent les propriétaires de maisons dont les portes étaient assez solides pour résister à l’assaut des pilleurs. Quelques fois, du temps était donné au pillage. Les lois de la guerre semblent l’avoir justifié, mais  Saint-Pölten était une ville ouverte, dont les habitants étaient loin d’opposer la moindre résistance, et, au contraire, s’empressaient de nous fournir des provisions. Je rougis à la pensée du désordre qui fut laissé ici, et qui salit notre gloire.”

Lors de leur retour en France, le 26 janvier 1806, les hussards réclament, auprès du chef de district Werner, le droit de piller la ville. Saint-Pölten est sauvée grâce à l’envoi, par Werner, d’une estafette auprès du maréchal Soult, qui se trouve alors à Melk. Plus tard, Werner recevra, en remerciement de la part de ses concitoyens, une peinture le représentant en consul romain !

Des relations semblables se rapportent à différentes localités.  Mais l’entrée à Vienne de Napoléon, le 14 novembre 1805, intervient sans aucun combat. L’empereur trouve la capitale de l’Autriche sans défenses, et les ponts intacts. Tandis qu’une partie de son armé poursuit, par Hollabrunn, les Russes et livre bataille à Schöngrabern, une autre colonne se dirige, par la route de Brünn, en direction de la Moravie. On peut se faire une idée de cette époque de l’occupation dans une région relativement épargnée par la marche de la Grande Armée, grâce aux sources écrites de Wiener Neustadt, et qui traitent essentiellement des réquisitions exigées des troupes hollandaises, qui y étaient stationnées. Rien que pour la période entre le 14 et le 17 novembre 1805, ces réquisitions imposées à la ville, en nourriture, aliments pour les bêtes, en chevaux, en équipement et en médicaments se montèrent ! 28.204 Gulden. Mais également dans les environs, par exemple dans la région de Türnitz, la population eut souvent à souffrir beaucoup plus que dans les villages. Là, un corps autrichien s’était retiré, sous le commandement du feldmarschall-leutnant Merveldt, poursuivi, à travers la montagne, par le maréchal Davout. Là, on pouvait déjà noter les premiers signes de résistance de la part de la population, sans pour autant qu’elle soit organisée.

 

1809

Mais en 1809, les Français ont à faire face à une telle résistance organisée. Depuis le début de la guerre d’Espagne, les français craignent les masses populaires, et, durant leur marche en avant, ils avaient souvent vu les dépôts d’armes pour la milice nationale autrichienne, qui leur étaient apparus suspects.

A Klosterneuburg, par exemple, juste après l’entrée des Français, et alors que l’on vient de trouver, au Rathaus, un dépôt pour la milice, le doyen de l’Abbaye est appelé par le commandant ennemi. Par malchance, un Français vient d’être abattu par un traînard autrichien. Le commandant en rend responsable le doyen et la milice. Mais celui-ci arrive à faire comprendre que cette milice à été levée par délégation de l’autorité et n’a pas vraiment de signification. Remarque que l’ennemi aurait pu d’ailleurs faire lui-même, de sa propre expérience. La chronique locale rapporte qu’en voyant les miliciens on ne pouvait s’empêcher de sourire :

“Ces braves gens étaient de bonne volonté, mais aucun d’entre eux ne savait vraiment pour qui ou pourquoi. Un habitant de Klosterneuburg était à la tête des insurgés locaux. Le poids des armes dont il s’était affublé aurait suffit à mettre ce septuagénaire au sol ! Les français, qui le trouvèrent le lendemain dans cet accoutrement eurent pitié de ce pauvre homme, le mirent sur un cheval et le ramenèrent en sécurité dans les bras de sa pauvre femme éplorée.”

La puissance occupante est beaucoup plus sévère qu’en 1805, lorsqu’elle suspecte de la résistance. Un total désarmement est ordonné, sous peine de mort.

Le 22 juin, le maire de Waidhofen an der Ybbs convoque

“plusieurs citadins pour leur rappeler qu’ils ne doivent pas se comporter de façon inamicale vis-à-vis de l’ennemi, sans quoi ils ne pourront espérer aucun appui de l’autorité, mais qu’au contraire, ils seront, à sa demande, livrés à l’ennemi.”

A Pyhra (village situé à l’est de Saint-Pölten), un événement significatif survient. Là dans le bois que traverse la route qui mène à Saint-Pölten,  un officier wurtembergeois, qui travaillait au commissariat de guerre de Saint-Pölten, est abattu par des brigands . Pyhra est menacé d’être mis en cendres, et lorsque le maire du village débusque les coupables, il est lui-même assassiné par les brigands. A cette époque, les troupes de Napoléon ont beaucoup de traînards et de maraudeurs, mais les Autrichiens aussi.  Le 9 mai, dans le Servitenkloster de Jeutendorf, à coté de Pottenbrunn,  un groupe de 40 à 50 hommes s’étaient déjà livrés au pillage et avaient abattu le Prieur, forçant les hommes d’église à prendre la fuite. Le 11 mai, le couvent, la bibliothèque, l’église, le château, l’école et d’autres bâtiments sont incendiés, et on interdit de combattre les flammes. On apprendra par la suite qu’il s’agissait d’une bande en uniformes français, sous les ordres d’un déserteur autrichien, du nom de Peter Horst, et appartenant au régiment Stein.  D’après ses dires, il participa à l’incendie de 45 villages, pour se livrer au vol et au pillage, parmi lesquels un cloître entre Perschling et Saint-Pölten. Cette bande de voleurs sera arrêtée en 1810 à Berlin et exécutée.

Les actions isolées de résistance conduisent à de sévères réactions de la part des Français. Le Goldburg, près de Murstetten, est incendié, de même que le village Untertiefenbach près de Böheimkirchen, sur le motif qu’un français aurait été tué, ce qui, plus tard, s’avérera faux. Markt Pulkau est livré au pillage, lorsque deux soldats français sont tués et Türnitz n’échappe à un destin semblable que grâce aux prières du prêtre, Ladislaus Pyrker, lorsque quelques téméraires garçons ont assassiné deux serviteurs d’un magasinier français. 

Dans le quartier de Wieden, à Vienne, un maître bourrelier est exécuté : il a caché trois canons, et un individu, soupçonné d’espionnage, est livré au commandement français de Vienne.

Le 17 juin 1809, un procès se déroule dans la salle des réunions du Rathaus de Saint-Pölten, contre 13 prévenus, parmi lesquels neuf paysans, accusés de rébellion et d’assassinat  de soldats français. Quatre d’entre eux sont condamnés à mort et exécutés dans les 24 heures.

Ce n’est pas seulement contre les Autrichiens  qui attaquent les armes à la main les Français et les alliés, que les troupes d’occupation ordonnent de si sévères mesures. Celles-ci visent aussi les maraudeurs et les déserteurs.  Un ordre du jour du 14 mai prévoit l’organisation de colonnes mobiles et de commissions militaires. Pour la région Ober der Wienerwald, quatre colonnes de gendarmerie voient ainsi le jour,  chacune de 60 cavaliers et de 60 fantassins.. La première est responsable de la région d’Amstetten, la deuxième de Melk, la troisième de Saint-Pölten et la quatrième se Sieghartskirchen. Leur mission est de maintenir l’ordre et de protéger les hommes d’église et les fonctionnaires. Par ailleurs, tous les maraudeurs de l’armée française , qui n’appartiennent pas aux corps d’armée des régions ou ils sont trouves, faits prisonniers et amenés à un point de commandement central. S’ils se sont rendus responsables de vols, d’assassinats ou d’autres faits semblables, ils doivent être présentés à une commission militaire de 5 officiers sous la présidence du commandant de district et condamnes a mort. 

Le 9 juin, à Saint-Pölten est déposé un rapport d’enquête sur des vols perpétrés, à Saint-Leonhard, par trois chevau-légers wurtembergeois.

A Saint-Pölten, se trouve, comme dans beaucoup d’autres villes, un hôpital militaire, qui fonctionnera du 9 mai 1809 au 21 août 1810. Le conseiller Matthias Klaus, qui deviendra maire plus tard, est nommé commissaire civil de cet établissement, Ce poste lui coûtera une partie de ses biens, car il ne pourra jamais recouvrer les sommes qu’il avancera, ni de la part des corps d’armée ni de l’administration. Mais on lui doit que la ville fut bien traitée. Il avait soigné pendant plusieurs semaines, dans sa propre maison, un colonel français atteint du typhus ou de dysenterie. 

Les souvenirs

La région de Basse-Autriche offre un grand nombre de souvenirs et de monuments témoignant des événements de 1805 et 1809. Ainsi à Ebelsberg, au village de Winden (près de Melk – Russengräbern), à Grubberg bei Lunz, Traunstein im Waldviertel (une pierre branlante, que les soldats français auraient voulu, selon la tradition locale, déloger de son socle), à Loiben (monument de la bataille de Durnstein), à Schöngrabern, à Aspern, Essling, Deutsch-Wagram.