25 mai 1809 – La bataille de Sankt-Michael Leoben

Vladimir Brnardic
(traduction – adaptation – illustration : R. Ouvrard)

L'auteur Vladimir Brnardic
L’auteur Vladimir Brnardic

Introduction

Fortement encouragée par ce qui se passe alors en Espagne, et forte des réformes qui viennent d’être entreprises au sein de son armée, l’Autriche déclare la guerre à la France, en avril 1809, soutenue en cela par des subsides anglais.

L’espoir de battre l’armée française, alors qu’elle est encore dispersée en Bavière, échoue cependant, tant en raison du difficile terrain que du mauvais temps. Napoléon concentre alors, rapidement, ses troupes, et bat l’armée principale de l’archiduc Charles dans une série de batailles au sud de Ratisbonne (Regensburg) et le force ainsi à se replier en direction de Vienne.

L’autre armée autrichienne, emmenée par l’archiduc Jean, s’est, de son coté, avancée en Italie, jusqu’à Vérone, mais, après ce début victorieux, doit entamer son repli lorsque les mauvaises nouvelles d’Allemagne sont connues et que le prince Eugène, vice-roi d’Italie, reçoit du renfort. 

FML Franz Jellacic
FML Franz Jellacic

Le lien entre la partie de l’armée autrichienne qui se trouve au sud de la Bavière (VIe corps, sous les ordres de Hiller) et l’armée de l’archiduc Jean en Italie, est alors formé par une division du VIe corps, sous les ordres du FML Franz Jellacic, qui est également chargé d’aider le mouvement insurrectionnel dans le Tyrol (passé sous tutelle bavaroise après le traité de paix de Presbourg, en 1805). Renforcé de quelques bataillons de Landwehr de Haute Autriche et de Salzburg, Jellacic a sous ses ordres environ 19 200 hommes, mais il n’a avancé sur Munich qu’avec ses unités régulières (soit environ 12 800 hommes).

Lorsque l’armée principale se retire de Bavière, Jellacic est envoyé en direction de Salzbourg pour qu’il rejoigne ses unités de Landwehr (6 400 hommes). Durant ce mouvement, Jellacic reçoit de Hiller l’ordre “de protéger les cols et de maintenir le contact avec le Tyrol”. Peu après, il reçoit un nouvel ordre qui lui enjoint de rejoindre l’archiduc Jean, à Graz. Il continue donc son mouvement vers le sud-est, laissant quelques unités de Landwehr autour de Salzbourg.

A la même époque, le prince Eugène marche lui aussi en direction de Leoben, d’où il compte continuer sur le Semmering, dernière position défendable avant Vienne.  C’est presque par hasard, et malheureusement pour Jellacic, que les Autrichiens tombent sur les troupes de Grenier, à Sankt-Michael, point névralgique sur l’axe Salzburg-Graz où passe également la route venant d’Italie.

Bataille de Sankt-Michael - Matin
Bataille de Sankt-Michael – Matin

La bataille s’engage

Les protagonistes prennent conscience de leur présence respective, lors d’un engagement entre leur forces de reconnaissance. Entre 8 et 9 heures du matin le 25 mai 1809, 3 pelotons (au total à peu près trois-quarts d’un escadron) du 3e régiment autrichien de chevau-légers (O’Reilly), s’opposent aux avant-postes de la division Seras, non loin du village de Brunn. Jellacic avait envoyé la division de cavalerie et un demi bataillon de Grenzer pour attaquer par le sud-ouest, tandis que l’autre demi bataillon de Grenzer devait s’emparer du Fresenberg. Au bruit des combats, l’ensemble de la division autrichienne s’arrête,  alors qu’elle se trouve encore très dispersée sur la route de Graz, après des retards intervenus le matin au moment du départ.

Tout d’abord, le commandant autrichien ne pense pas avoir à faire avec des forces importantes, mais il est rapidement informé que 5 000 fantassins et 400 cavaliers ont franchi la Mur à Knittelfeld et que 5 000 autres les suivent.

La Autrichiens prennent l’initiative du combat – Les Grenzers repoussent l’avant-garde française et confortent leur position sur le Fresenberg, pendant que le colonel Eckhardt, avec le 2e bataillon du IR 32 (Esterhazy), rejoint l’action et prend position sur la route Brunn-Sankt-Michael, pour sécuriser le village et son pont sur la Liesing.

Seras est désormais obligé d’engager dans la bataille toute sa division. Une accalmie survient, qui dure jusqu’à environ 10 heures, lui permet de déployer ses forces au fur et à mesure qu’elles arrivent et de renforcer ses ailes, pendant qu’il met deux canons en position dans son centre. Tenant une position sur le trrain plat situé entre le Fresenberg et la Mur, juste devant Sankt-Michael, il est mesure d’empêcher toute avance autrichienne. En réponse, Jellacic rassemble le gros de ses troupes et , à 10 heures, il les a formées en ligne de bataille pour lancer son attaque. Sa droite (GM Ettinghausen) tient le Fresenberg avec le 1er bataillon des Grenzer Warasdin-Kreutz et un bataillon combiné de Landwehr de Salzburg. A coté d’eux, le 3e bataillon du IR 32 (Esterhazy) et le 2e bataillon du IR 45 (de Vaux), avec deux pièces de 3.

L’aile gauche (Oberst Eckhardt) est positionnée à l’ouest de Sankt-Michael : 2e bataillon IR 32 et 1er bataillon IR 45. Jellacic prendra plus tard le commandement de l’aile gauche, qu’il renforcera du bataillon IR 45, qu’il enlèvera à Ettinghausen. Même si cette première attaque ne progresse pas, le 3e bataillon du IR 32 parvient à tourner la position française vers 11 heures, forçant les français à l’abandonner et à laisser 70 prisonniers. Mais Jellacic ne les fait par poursuivre, mais s’arrête et regroupe ses bataillons fatigués, avant de retourner sur sa position initiale pour établir une ligne de défense dans cette position tactiquement forte, dont les Français, s’ils veulent continuer sur Vienne, devront s’emparer.

Sur son aile droite, sur le Fresenberg, Jellacic laisse un bataillon de Grenzer Warasdin-Kreutz et un bataillon de la Landwehr de Salzburg. Son centre est maintenant formé du 3e bataillon du IR 32, renforcé, en seconde ligne, du 3e bataillon du IR 55 (Reuss-Greitz), et une unité du IR 3 (Archiduc Charles) (mais ces deux unités sont constituées de nouvelles recrues)

Sur la gauche se trouvent le 2e bataillon du IR 32 et 2 bataillons du IR 45, dont trois compagnies ont été envoyées sur la rive droite de la rivière, une restant en réserve à l’est de Sankt-Michael. Ce sont tout juste 4 bataillons qui, sur trois rangs, tiennent un front de 1,5 kilomètre. Après leur fatigante marche par les Alpes et les combats de la matinée, les vingt compagnies qui forment la ligne principale d’infanterie sont maintenant réduites à environ 70% de leur effectif (3 200 hommes), de sorte que chaque mètre de la ligne n’est occupé que par deux combattants. Sans renforts, un assaut sévèrement mené brisera rapidement cette ligne.

 

Les Français se déploient

Le général Grenier
Le général Grenier

Recevant la nouvelle de l’échec de Seras, le prince Eugène envoie le reste de la division Grenier pour le renforcer. Pendant que Jellacic laisse ses troupes se reposer dans leur position défensive, les Français se préparent à attaquer en supériorité numérique. Eugène décide d’attaquer simultanément les deux ailes de son adversaire, puis de briser son centre affaibli. Deux bataillons du 62e de ligne sont envoyés franchir la Mur, pour attaquer les trois compagnies autrichiennes qui gardent l’aile gauche. Sur la gauche française, la brigade Roussel, dont les cinq bataillons sont renforcés par une bataillon du 23e léger (de la division Durutte). Deux des cinq bataillons de ligne, sous les ordres du major Forestier (envoyé par le quartier-général du prince Eugène) sont envoyés plus au nord pour tourner l’aile droite des Autrichiens et pour rejoindre la route qui va de Rottenman à Sankt-Michael par Mautern.

En première ligne du centre français se trouvent six bataillons de la division Seras, sous les ordres de celui-ci. Une deuxième ligne, en arrière de la première et derrière l’aile gauche, est composée de trois bataillons du 23e léger, sous les ordres du général de brigade Valentin. La cavalerie est placée entre ces deux lignes : ce sont les 6e et 9e Chasseurs à cheval, qui se sont déjà distingués sur la Piave, en Italie.

La réserve, placée derrière la seconde ligne, est composée de cinq bataillons d’infanterie (deux du 62e de ligne, trois du 102e de ligne), de la division Durrante, et placés sous les ordres du général de brigade Dessaix. Plus en arrière se trouvent deux bataillons du 22e léger. Au total, 15 000 Français de troupes régulières sont opposés à 8 000 Autrichiens de troupes régulières et de Landwehr. Jellacic aurait pu s’échapper, pendant que les français se déployaient, mais il décide de tenir sa position, pour pouvoir faire retraite à la faveur de la nuit.

 

Les combats reprennent

Après une longue accalmie, les premiers combats commencent vers trois heures de l’après-midi, les Français attaquant la droite des Autrichiens sur le Fresenberg. Leur avance est si vigoureuse que Jellacic doit très rapidement envoyer le 3e bataillon du RI 32 renforcer les défenseurs – la deuxième ligne des nouvelles recrues du RI 55 et du RI 3 avancent pour tenir le centre. Par chance pour les Autrichiens, un deuxième bataillon de Grenzer Warasdin-Kreutz vient juste d’arriver de Mautern et peut rapidement être envoyé dans le combat pour la possession de la colline (sauf une compagnie, gardée en réserve).

La bataille de Sankt-Michael - Après-midi.
La bataille de Sankt-Michael – Après-midi.

Dans le même temps, les Français, emmenés par deux bataillons du 62e de ligne, commencent leur attaque des trois compagnies d’infanterie qui gardent la gauche autrichienne le long de la Mur. Puis, à 4 heures commence l’assaut sur le centre autrichien affaibli. Au premier contact, l’infanterie française brise les bataillons inexpérimentés des RI 55 et RI 3. L’infanterie est suivie par les régiments de cavalerie, qui ont dès lors la tâche aisée de poursuivre et de disperser les Autrichiens en fuite, et de sécurise les ponts sur la Liesing.

La gauche autrichienne, qui a repoussé avec succès l’attaque des Français, se trouve elle aussi attaquée par la cavalerie française, sur sa droite et son arrière. Les Autrichiens essayent d’échapper par Liesing, mais seulement la moitié parvient sur la rive droite et atteint saine et sauve Sankt-Michael.  Ce qui reste, en plus des tués et des blessés, doit se rendre. 

Quoiqu’il en soit, face à une attaque en surnombre, les sous-officiers autrichiens montrent leur tempérament : aidé par quelques hommes qu’il a réuni autour de lui au nilieu de la panique générale, le caporal Gregor Horvath réussi à sauver le drapeau du RI 32 (Esterhazy), action pour laquelle il recevra plus tard la médaille d’or Pour la Bravoure. Le caporal Waldhauser, du IR 45, conduit un autre petit groupe qui sauve son drapeau.

Sur leur aile droite, les Autrichiens essayent désormais également de se retirer par Liesing, mais deux bataillons du 62e de ligne, soutenus par la réserve du général Valentin, les arrêtent. Se dirigeant alors en direction de Mautern, ils s’enfuient, en deux bataillons sous les ordres du major Forestier. Cernés de tous les cotés – la brigade Roussel à l’ouest, Forestier au nord, et poursuivis au sud et au sud-est par Valentin, ils sont obligés de mettre bas les armes.  Ce qui reste des troupes de Jellacic se retire en désordre vers Leoben, poursuivi par la cavalerie française. Il y aura deux actions d’arrière-garde : une sur le pont à Sankt-Michael, l’autre, à Leoben, sur le pont qui franchi la Mur. Le soir suivant, les restes de la division atteignent Graz, où l’archiduc Jean est lui-même arrivé deux jours plus tôt.

 

Conclusion

La bataille de Sankt-Michael fut un complet désastre pour les Autrichiens. La division Jellacic perdit 6 573 hommes (432 tués, 1 137 blessés, 4 963 prisonniers), un canon et deux drapeaux.  Des 12 000 soldats d’origine (y compris la Landwehr) un quart seulement de la division Jellacic avait survécu, et une seule moitié d’entre eux atteignirent Graz. Le renfort de 8 000 hommes espéré par l’archiduc jean n’était plus que de 1 500 hommes complètement désorganisés. De leur coté, les Français n’avaient eut à déplorer que 200 tués, 400 blessés et 70 prisonniers : le corps de Grenier pu ainsi, trois semaines plus tard, jouer son rôle dans la bataille de Graz.

 

Pour en savoir plus

Wagner AH: Das Gefecht bei Sankt-Michael-Leoben am 25. Mai 1809 (Militärhistorische Schriftenreihe Heft 51)

Lieux de mémoire

A la sortie de Sankt-Michael, en direction de Klagenfurt, après le pont de l’autoroute, se trouve le monument commémoratif de la bataille, juste à l’endroit où les Français pénétrèrent dans le front des Autrichiens, dans l’après-midi. Une simple inscription : “Gefecht 25. V. 1809”

Monument commémoratif de la bataille
Monument commémoratif de la bataille

Au cimetière militaire, à l’est de Sankt-Michael, un monument rappelle aussi les événements, par une simple inscription “1809” et un aigle aux ailes déployées sur un boulet.

Monument commémoratif au cimetière militire
Monument commémoratif au cimetière militire

A l’intérieur de la chapelle Sankt Waldburga, une inscription témoigne des combats de 1809.

 

Le musée de la ville de Leoben (Heimatmuseum) présente un diorama de la bataille.

Diorama au musée de Leoben
Diorama au musée de Leoben

ORDRES DE BATAILLE

 

Autrichiens (Partie du VIe corps d’armée)

Division Jellacic

Brigade GM Konstantin von Ettinghausen IR 32 Esterhazy ( 3 bataillons)

IR 45 de Vaux ( 2 bataillons)

Brigade GM Ignaz Freiherr von Legisfeld 5e Grenzer Warasdin-Kreuz ( 2 bataillons)

3e bataillon IR 55 Reuss-Greitz ( 1 bataillon)

Bataillon de renfort du IR 3 Archiduc Charles

Landwehr de Salzburg  ( 1 bataillon)

Escadron 3e Chevau-léger 0’Reilly (3 pelotons)

2 canons de 3

Français 

Commandant : Général de division Grenier
Chef d’état-major : Major Forestier

Division Durutte Brigade Valentin 22e léger ( 2 bataillons)

23e léger ( 4 bataillons)

Brigade Dessaix 62e ligne ( 4 bataillons)

102e ligne ( 3 bataillons)

6e Chasseurs à Cheval ( 4 escadrons)

2 Canons de 6

Division Seras Brigade Roussel 1er léger (4e bataillon), 35e et 42e ligne ( 3 bataillons)

53e ligne (4 bataillons)

106e ligne(4 bataillons)

9e Chasseurs à Cheval ( 4 escadrons)

10 canons de 6